Nucléaire : bienheureuse insécurité

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Le nucléaire civil, ce n'est pas seulement la production d'énergie et de kWh. C'est aussi l'exaltation du développement matériel et du pouvoir, pouvoir sur la matière et pouvoir social. Les choix technologiques ne sont jamais neutres en termes humains. Les doutes et les peurs se rapportent également au choix de société. Nucléaire : bienheureuse insécurité ? Oui, dans la mesure où nous saurons répondre en terme de développement humain à l'énorme développement technologique qui marque notre époque au risque de nous emporter dans une logique folle.
Publié le : jeudi 1 mai 2003
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EAN13 : 9782296321281
Nombre de pages : 166
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Alain MOREAU

NUCLÉAIRE . BIENHEUREUSE INSÉCURITÉ

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

Collection Questions Contemporaines dirigée par J.P. Chagnollaud, A. Forest, P. Muller, B. Péquignot et D. Rolland
Chômage, exclusion, globalisation... Jamais les «questions contemporaines» n'ont été aussi nombreuses et aussi complexes à appréhender. Le pari de la collection « Questions contemporaines» est d'offrir un espace de réflexion et de débat à tous ceux, chercheurs, militants ou praticiens, qui osent penser autrement, exprimer des idées neuves et ouvrir de nouvelles pistes à la réflexion collective. Dernières parutions

Françoise D'EAUBONNE, L 'homme de demain a-t-il un futur ?, 2002. Points CARDINAUX, Manifeste pour l'égalité, 2002. Michel VERRET, Sur une Europe intérieure... ,2002. lC. BARBIER and E. VAN ZYL (eds), Globalisation and the world of work, 2002. Nicole PÉRUISSET -FACHE, Professeures, l'État c'est vous I, 2002. Bernard ROUX, Le département évanoui ?, 2002. Emile USANNAZ, La refondation du lien social, 2002. Joachim de DREUX-BRÉZÉ, Concilier l'homme et le pouvoir, avec Bertrand de Jouvenel, Simone Weil et Henri Laborit, 2002. Jean-Luc BEQUIGNON, Psychologues à la Protection Judiciaire de la Jeunesse, 2002. Jean-François VENNE, Le lien social dans le modèle de l'individualisme privé. De chair et d'os, 2002. Paul ARIES, Pour sauver la Terre: l'espèce humaine doit-elle disparaître?, 2002. Michel AROUIMI, L'apocalypse sur scène, 2002. Calixte BANIAFOUNA, Vers une éradication du terrorisme universel ?, 2002. Vincent Sosthène FOUDA, Notions de réussite et d'échec dans la filiation adoptive, 2002. Collectif Habitat Alternatif Social, L'insertion durable, pratiques et conceptions,2002. Robert DECOUT, Chronique d'une élection bouleversante, 2002. Jean-Michel DESMARAIS, Voter Chirac un cas de farce majeure, 2002. Alain REGUILLON, Avenir de l'Europe: une convention pour quoi faire ?, 2002. Jacques RENARD, Un pavé dans la culture, 2002. Lionel TACCOEN, Le pari nucléaire français, 2003.

2003 ISBN: 2-7475-4380-3

@ L'Harmattan,

Les

échanges et les débats, parfois

passionnés, que J"ai eus avec mes collègues m'ont beaucoup apporté, etje tiens à les en remerczer. Je remercie également les personnes qui m'ont aidé à élar;gir l'horizon de ma formation d'origine, celui des sciences de la matière. Enfin, mes remerczOements vont à ceux et à celles qui ont particzpé à la réalisation
concrète de ce livre.

Avant-propos.
J'ai travaillé pendant plus de 30 ans dans la recherche nucléaire civile, au CEA, Commissariat à l'énergie atomique, à Saclay. Je viens de quitter cet organisme pour faire valoir, selon la formule consacrée, mes droits à la retraite. Ingénieur physicien, j'ai d'abord eu une activité technique de sécurité nucléaire. Je me suis ensuite orienté après des études complémentaires de psychologie vers des activités non techniques, la formation et l'enseignement, le « facteur humain », les études de perception des risques, la communication interne et externe. Cette nouvelle orientation fut le résultat du constat qu'il m'était impossible de comprendre mon travail, même dans un milieu réputé à la pointe de la science et de la technologie, sans introduire la dimension humaine avec les aspects émotionnels, comportementaux, idéologiques. La nature de mon activité professionnelle m'a permis de rencontrer de nombreux collègues et d'échanger avec eux, notamment au cours des formations que j'ai animées sur le thème de la «Dimension humaine et relationnelle» des activités. Le texte qui suit doit beaucoup à ces échanges qui ont constitué une sorte de test, de vérification concrète des idées que j'ai formulées à la suite des observations de terrain. La rédaction m'a permis de clarifier mes positions, elle a permis de mieux me situer, de préciser à mes propres yeux les fondements de ma motivation dans mes choix professionnels, ainsi que mes points de vue à l'égard d'orientations scientifiques, techniques ou organisationnelles. Cette rédaction n'a pas été toujours aisée ni indolore. D'un certain point de vue, j'aurais pu intituler ce livre «Je travaille dans le nucléaire, mais

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je ne suis ni un fou, ni un monstre» tant il m'est apparu nécessaire de m'en convaincre, et que le travail de rédaction constituait de fait une démarche de réconciliation avec moi... même et avec mes choix. Le nucléaire m'a fasciné, je me suis beaucoup investi dans mon activité professionnelle, je demeure profondément intéressé, et l'effort pour prendre du recul est à la mesure de la fascination et de l'intérêt ressenti. Je dois, d'autre part, reconnaître l'expression d'un trouble sentiment de culpabilité, notamment lorsque je décris des réalités fort peu positives, sentiment de culpabilité que je mets sur le compte d'une crainte d'apparaître comme trahissant le milieu social dans lequel j'ai évolué, qui est le mien, et à l'égard duquel j'ai de très forts liens. Ce n'est bien sûr pas un hasard si je réussis enfm à m'exprimer avec liberté quand je quitte ce milieu social. La crainte de représailles possibles est désormais sans fondement, mais ce sont aussi des interdits profondément intériorisés qui s'estompent. Le nucléaire me paraît particulièrement intéressant pour sa dimension humaine. Toute activité humaine sur la matière a, bien sûr, un sens humain et est fondée sur un projet, une orientation humaines. Cela est particulièrement vrai pour le nucléaire qui se rapporte à la relation au noyau même de la matière, à la relation entre la matière et la lumière. Les implications psychologiques tels la fascination, le sentiment de puissance, mais aussi la peur et la culpabilité ne peuvent se comprendre en ne considérant que la dimension technique, la science de l'ingénieur. L'examen de la dimension mythique, symbolique est indispensable. Les trois niveaux, physique, psychologique, symbolique sont de fait profondément imbriqués et il faut noter que cette situation est apparue aux yeux de certains observateurs dès les premiers temps de la -8-

Avant-Propos

technologie nucléaire. Par la relation quelle établit entre le niveau de la matière et celui du rayonnement et de la lumière immatériels, le nucléaire constitue une démarche identique à celle de la démarche religieuse et évoque le sacré par analogie. Il n'est donc pas surprenant que les principes architecturaux des installations nucléaires soient identiques à ceux des édifices religieux. J'espère qu'il apparaîtra clairement que je ne cherche pas à régler des comptes personnels, qui d'ailleurs n'existent pas puisque j'ai vécu avec grand plaisir dans mon milieu professionnel et que j'y conserve de profonds liens et de profondes amitiés à tous les niveaux hiérarchiques. Il est exact que certains de mes propos apparaîtront pessimistes, et peutêtre inquiétants pour l'avenir. C'est le cas pour la question des déchets nucléaires ou celle du plutonium. Je cherche à être aussi lucide que possible, estimant plus dangereux de se raconter des histoires ou de se voiler la réalité que de regarder celle-ci en face, telle qu'elle est. Si j'ai des comptes à rendre, c'est au citoyen qui a assuré mon revenu salarial par la subvention accordée à l'entreprise CEA, et, sans doute aussi, à mes enfants, et aux générations futures à qui nous laissons le soin de trouver une solution aux problèmes que nous avons créés. J'ai fait des rappels techniques aussi simples que possible. Audelà de la complexité technologique, les principes ne sont pas très compliqués et ce sont eux qui importent pour comprendre l'aspect symbolique et aborder le sujet en terme de démarche humaine. Nucléaire: bienheureuse insécurité? Oui, dans la mesure où les inquiétudes qu'il fait naître peuvent nous conduire à des interrogations fondamentales sur nos choix de vie, sur le sens -9-

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que nous donnons à nos existences. Oui dans la mesure où nous savons répondre en terme de développement humain à l'énorme développement technologique, développement de Avoir, qui a marqué le dernier demi-siècle, au risque de nous l' emporter dans une logique folle et monstrueuse.

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-I A la recherche d'un sens.
Les sujets de société donnant lieu à débats sont nombreux aujourd'hui. La plupart de ces débats ne permettent guère de clarifier la situation et de faire apparaître les réponses aux problèmes soulevés et il est en conséquence parlé de société en crise, en manque de sens, c'est-à-dire d'orientation. Cela concerne la famille, le couple, la sexualité, l'enseignement, la médecine, la justice et bien d'autres domaines. Nombreux sont les aspects des existences humaines dont l'orientation pose des interrogations à ceux qui ne se satisfont pas de la compensation offerte par la consommation des objets manufacturés. La science, elle-même, n'échappe pas aux questions. Nous entendons essentiellement par le terme «science », dans nos sociétés, ce qui se rapporte aux sciences de la matière, aux sciences physiques, la démarche qui se donne pour objectif de déterminer les lois régissant les phénomènes matériels, qui a fait ses preuves par l'application technologique. Parmi ces sciences de la matière, la Biologie s'est développée de façon spectaculaire depuis plusieurs décennies par application des méthodes importées de la physique et de la chimie. Cette discipline attire beaucoup l'attention depuis que le développement des appareillages physiques de laboratoire permet les interventions au niveau des composants même de la cellule. Les espoirs entraînés par ce qui relève plus de la technologie fine et de l'habileté du praticien que d'une démarche de connaissance, concernent deux domaines fondamentaux, la procréation et la santé. Il reste à préciser les

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règles humaines d'utilisation de ce nouveau pouvoir. La biophysique et la biochimie, qui osent parfois se baptiser Sciences de la Vie, ne fourniront pas, elles-mêmes, la réponse aux questions qu'elles font apparaître. L'Energie est un autre domaine fondamental pour l'existence humaine. Elle anime nos multiples machines et robots placés à notre service, met notre environnement domestique à température agréable et assure son éclairage. Le niveau de développement matériel d'une société peut se mesurer par sa consommation d'énergie et on relie la quantité d'énergie utilisée à ce qui est appelé niveau de bien-être, qu'il faudrait plutôt appeler niveau de bien-avoir. Une méthode de production d'énergie a marqué le dernier demi-siècle: l'énergie nucléaire, celle que nous avons appris à extraire des composants fondamentaux de la matière, utilisant pour cela les découvertes révolutionnaires des sciences physiques de la première moitié du XXè siècle, qui ont montré que matière et énergie étaient de même nature. Cette technologie a joué le rôle de symbole prestigieux de l'application des résultats scientifiques au bienfait de l'humanité. Sa première utilisation a été militaire mais l'aspect horrible des conséquences a été occulté par l'idée qu'elle a joué un rôle essentiel pour la libération de forces politiques monstrueuses. Le mot Libération est d'ailleurs le mot clef pour caractériser cette énergie: libération de l'énergie de la matière, libération de l'oppression politique dans sa première utilisation, libération de la misère par le développement du progrès matériel quasiillimité. .. libération des potentialités humaines, la promesse du bonheur. «Promesse d'atome» est le titre d'un ftlm institutionnel que le Commissariat à l'énergie atomique a fait réaliser pour son 4üième anniversaire en 1984. Chaque partie d'un ftlm très chaleureux présente une promesse dans chaque
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domaine de l'existence humaine: santé, énergie, alimentation, introduite par le même refrain: «Demain, les enfants de l'atome. .. . » Demain. Demain. . . Demain, nous y sommes et c'est l'heure des bilans. L'exaltation des premiers temps est retombée. La consommation électrique a augmenté de façon spectaculaire, comme celle des objets manufacturés; la promesse a été tenue sur le plan du confort matériel même si celui-ci est inégalement réparti. Mais le bonheur qui devait suivre n'est pas, pour autant, assuré. Pire, ce ne sont plus des images d'espoirs qui sont le plus fréquemment associées à cette énergie fondamentale, mais des images de peur pour aujourd'hui et pour l'avenir des générations futures. Après l'exaltation, la dépression, selon un véritable mécanisme de balancier. Les pionniers du nucléaire sont disparus, les bâtisseurs sont à la retraite. Les ingénieurs en activité font tourner les machines qui ont été construites et s'interrogent principalement sur les moyens de les faire durer plus longtemps sans courir de risques. Ils doivent répondre à des questions essentielles bien embarrassantes que les espoirs du passé avaient fait considérer comme secondaires: des accidents ont montré que la libération d'énergie peut devenir incontrôlée, le pouvoir humain, quoiqu'on ait promis, a ses limites. D'autre part, que va devenir l'énergie maintenant libérée mais non utilisée, à laquelle il a été donné le nom de déchets nucléaires? La question se pose pour des durées bien supérieures à celle d'une existence humaine. Voilà qui conduit à une réflexion sur les conséquences de nos choix et de nos actions. Les ingénieurs voudraient bien donner la réponse, ne serait-ce que pour se soulager, regagner une image positive aux yeux de leurs concitoyens et reprendre du moral. Mais ils n'ont pas cette réponse. Certains font semblant en essayant de revenir à l'ancienne époque où la
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science pouvait faire des promesses avec assurance. Mais il en résulte surtout des discours que seules les techniques dites de communication arrivent à rendre crédibles, notamment pour quelques hommes politiques qui ne demandent que cela pour se rassurer, au moins le temps de leur mandat. La relève de la génération actuelle des ingénieurs s'effectue difficilement par suite de la décroissance des effectifs étudiants en sciences, et notamment dans les disciplines du nucléaire par manque d'attrait d'un domaine où s'accroissent les doutes et qui ne profite plus du prestige populaire de jadis.

La première moitié du XXè siècle a vu se développer des théories scientifiques qui ont révolutionné notre représentation de l'univers. L'observation des phénomènes physiques a conduit à conclure, notamment, que ce que nous désignons par matière, par énergie et par lumière sont des entités de même nature, que tous les éléments de l'univers sont reliés entre eux, que nous créons, en étant observateur, la représentation mentale de l'objet observé. Il est possible de trouver les principes de ces théories dans des philosophies anciennes, mais le fait de les découvrir par la voie des sciences physiques leur donne un nouveau poids, accroît leur caractère de vérité et contribue à un élargissement des esprits. Par comparaison, la seconde moitié du XXè siècle a été très pauvre en avancées scientifiques fondamentales. La dernière en date, en 1953, est la remarquable découverte de l'ADN en biologie, avec la théorie de l'information au niveau cellulaire. Cette seconde partie du siècle a, en revanche, vu une véritable explosion des applications technologiques des découvertes scientifiques précédentes, qui a même contribué à établir l'idée de la poursuite des progrès de la connaissance, avec la création du terme de «techno-science ». En réalité, le savoir sur le - 14-

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fonctionnement des objets s'est certes développé avec l'accumulation d'énormes quantités d'informations dans les domaines de la physique et de la biologie en particulier, mais sans que se cristallise un progrès de la connaissance permettant un élargissement de notre représentation de l'univers et de nous même. Les propositions des théories exprimées pendant la première moitié du siècle sont elles-mêmes, bien loin d'être assimilées, y compris dans les milieux scientifiques eux-mêmes. Si les conclusions en ont été tirées de façon spectaculaire dans le domaine des applications matérielles, elles ont eu peu de conséquences dans celui de la connaissance et de l'évolution de l'esprit humain. Les développements technologiques permettent de se déplacer dans l'espace, d'augmenter la vitesse des trains et des avions, d'augmenter les possibilités des téléphones portables et les capacités des machines informatiques, d'assurer la guérison de certaines maladies et la prolongation de quelques années d'existence. Tout cela a son intérêt mais n'assure pas un élargissement de l'esprit humain, de notre vision de l'univers et de nous-mêmes. L'accumulation d'objets éphémères ne constitue pas une justification pour les existences humaines. Nous en arrivons d'ailleurs à un point où l'une de nos principales préoccupations réside dans la difficulté de gestion et d'élimination des objets et produits usagés ou rejetés. L'orientation actuelle de nos sociétés, leur système de valeur, ne peuvent fournir de réponse aux aspirations humaines fondamentales. Il en résulte des tensions individuelles et collectives qui, d'un certain point de vue, sont heureuses et salutaires puisque révélatrices et porteuses d'évolutions. Les tensions s'expriment de différentes manières. La crise que subit actuellement le nucléaire, la perte de confiance à son égard, les angoisses que cette technologie, archétype de l'application technique de découvertes scientifiques, fait naître, - 15 -

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sont représentatives des interrogations. La crise du nucléaire ne peut se comprendre que dans un cadre plus vaste et la réponse ne pourra être trouvée que dans ce cadre plus vaste également. L'enjeu n'est pas mince pour une technologie dont la puissance pose la question de la catastrophe industrielle majeure et du legs que nous laissons aux générations futures. Il nous faut sortir du simple domaine de la technique pour comprendre les raisons des choix humains à un moment déterminé de l'histoire. Il nous faut également sortir du simple domaine technique pour préparer un avenir qui émerge du domaine quantitatif dans lequel nous nous enfonçons de plus en plus jusqu'à bientôt étouffer.

Sur le plan quantitatif, le bilan du nucléaire est honorable. Environ 1340 réacteurs ont été construits dans le monde depuis la fm des années 40, dont 570 à terre pour la production d'électricité et, pour certains d'entre eux, de plutonium militaire, et 770 pour la propulsion navale. Il reste aujourd'hui 440 réacteurs à terre en fonctionnement, répartis de façon très inégale dans 35 pays, les Etats Unis, la France et le Japon étant de loin les mieux pourvus.

En France, 80 % de l'électricité produite - ce qui correspond à
la consommation du pays - provient de 58 réacteurs dont les plus anciens ont été raccordés au réseau en 1974 et les 4 plus récents et plus puissants en 1996 et 1997. Nous devons au nucléaire une part du développement économique, une grande part de notre confort domestique, les lumières et les illuminations de nos cités. Aucun accident nucléaire grave n'est à déplorer dans les réacteurs qui ont fonctionné dans notre pays. Les rejets de radioactivité dans leur environnement proche sont de l'ordre du centième de la radioactivité naturelle déjà existante. Il n'y a pas de rejets de gaz carbonique ou - 16 -

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d'autres polluants chimiques et la contribution à l'effet de serre est quasiment nulle. Les déchets sont strictement contrôlés et emballés, et leur volume est faible, à la différence des déchets chimiques qui sont beaucoup plus mal répertoriés et dont une partie est directement rejetée dans l'environnement. Le coût de production de l'électricité d'origine nucléaire, bien que difficile à estimer avec précision puisque des incertitudes subsistent sur les coûts de gestion des déchets dans l'avenir et les coûts de démantèlement futur des installations, est officiellement inférieur aux coûts de production de l'électricité par les centrales au pétrole, charbon et gaz. Il n'existe plus de projet de construction de nouveaux réacteurs en France qui détient le record mondial de la part du nucléaire dans la production d'électricité. Les 4 derniers ont eu des difficultés de démarrage et il s'est écoulé plusieurs années entre leur raccordement au réseau et leur production industrielle. Sur le plan mondial, le nombre de réacteurs en fonctionnement est pratiquement stable depuis une décennie. Cette technologie est devenue la mal aimée de l'opinion publique, et les investisseurs sont réticents pour se lancer dans des aventures ressenties désormais comme incertaines. Une analyse historique fait apparaître quatre périodes depuis l'après guerre. Une période d'espoir, d'abord, de 1945 à 1955, espoir animant une grande quantité d'études marquées par le secret militaire ou industriel, avec la production de la première électticité d'origine nucléaire aux Etats Unis en 1951. Une seconde période d'euphorie devant les possibilités entrouvertes, allant de 1955 à 1965, qui voit la création de l'Agence Internationale de l'Energie Atomique chargée de la promotion mondiale de cette nouvelle technologie. Une période d'expansion industrielle de 1965 à 1975, marquée par le record des décisions de construction qui seront concrétisées jusqu'à la - 17 -

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fm des années 80, avec la mise en service de 20 à 30 réacteurs chaque année dans le monde. La décennie suivante, décennie 80, est décrite comme celle des débuts de la confusion et des doutes à la suite de l'accident de Three Mile aux Etats Unis en 1979. La fm du siècle, enfin, est restée sous l'influence du choc de la catastrophe de Tchernobyl de 1986 dont les conséquences sanitaires, écologiques, économiques, politiques même, sont encore en partie à venit. Au niveau mondial, le nucléaire semble, désormais, être au mieux toléré par résignation puisqu'il ne peut être question de se priver du jour au lendemain de l'électricité qu'il produit. Selon des sondages d'opinion renouvelés chaque année en France, un tiers environ des personnes sont d'accord pour reconnaître que «La construction des centrales nucléaires a été une bonne chose », un tiers est d'avis contraire, le dernier tiers est partagé. 70 % déclarent que « Il ne faut plus en construire de nouvelles, mais continuer à faire fonctionner celles qui existent ». 8 % seulement déclarent « Qu'il faut continuer à en construire ». 15 % voudraient tout arrêter. Les déchets nucléaires, surtout, sont placés parmi les premières préoccupations des Français et la situation au sujet de ces déchets apparaît dans une impasse dans beaucoup de pays. Le moindre incident, même mineur, dans une installation nucléaire fait l'objet d'articles de presse, notamment s'il se rapporte à ces questions de déchets. Certains mots, comme plutonium par exemple, qui ont fasciné au temps où ils ont été créés, ont pris, aujourd'hui, symbole de mal absolu. La chute des vocations en milieu universitaire montre que la crise touche jusqu'au milieu étudiant. Le déclin des compétences dans les disciplines nucléaires fait que la satisfaction des besoins futurs en personnel en devient compromis, alors que ces besoins sont cruciaux pour assurer le
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