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Numériser, reproduire, archiver les images d'art

De
291 pages
Les images d'art envahissent le web: sites d'art personnels ou collectifs, galeries et musées en ligne, bases de données iconographiques. Elles sont couramment imprimées au moyen de procédés numériques. En raison de l'exigence qualitative particulière qu'imposent les images d'art, il est difficile de bien maîtriser les technologies numériques destinées à obtenir des reproductions optimales, aussi bien sur écran vidéo que par impression papier "photoréaliste". Les problèmes sont variés: définition et résolution, type de compression, format de fichiers, dynamique, contraste, etc.
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Numériser, Reproduire, Archiver les images d'art

Champs visuels Collection dirigée par Pierre-Jean Benghozi, Raphaëlle Moine, Bruno Péquignot et Guillaume Soulez
Une collection d'ouvrages qui traitent de façon interdisciplinaire des images, peinture, photographie, B.D., télévision, cinéma (acteurs, auteurs, marché, metteurs en scène, thèmes, techniques, publics etc.). Cette collection est ouverte à toutes les démarches théoriques et méthodologiques appliquées aux questions spécifiques des usages esthétiques et sociaux des techniques de l'image fixe ou animée, sans craindre la confrontation des idées, mais aussi sans dogmatisme. Dernières parutions Pascal VENNESSON, (sous la dir.), Guerres et soldats au cinéma, 2005. Sébastien ROFF AT, Animation et propagande. Les dessins animés pendant la Seconde Guerre mondiale, 2005. Rose-Marie GODIER, L'Automate et le cinéma, 2005. Jean MOTTET, Série télévisée et espace domestique. La télévision, la maison, le monde, 2005.

Elodie DULAC et Delphine ROBIC-DIAZ (coordonné par),
L'Autre en images, 2005 Mohamed ESSAOURI, Selon la légende et l'image, 2005.

Graeme HAYES et Martin O'SHAUGHNESSY (sous la dir.),
Cinéma et engagement, 2005.

Marie-Thérèse JOURNOT, Le courant de

« l'esthétique

publicitaire» dans le cinéma français des années 80 : la modernité en crise, 2004. Pierre BEYLOT (coordonné par), Emprunts et citations dans le champ artistique, 2004. UIli PICKARDT, Travelling arrière, 2004. Stéphanie WILLETTE, Le cinéma irlandais, 2004. Roy MEREDITH, Mathew Brady, Photographe de Lincoln, 2004. Jean-Pierre ESQUENAZI (Sous la dir.), Cinéma contemporain, état des lieux, 2004. Clotilde SIMOND, Esthétique et schizophrénie, (Zabriskie Point, Au hasard Balthazar et family viewing), 2004. Martin BARNIER, Des films français made in Hollywood, 2004.

Jean-Claude Chirollet

Numériser,

Reproduire,

Archiver

les images d'art

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'HarmattanHongrie Konyvesbolt Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest

L'Harmattan Italia Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE

DU MÊME AUTEUR
Esthétique du Photoroman, Edilig, 1983 Esthétique et Technoscience, Mardaga, 1994 Les Mémoires de l'art, P.D.F., 1998 Philosophie et Société de l'information, Ellipses, 1999 è Art fractaliste. La complexité du regard, 1 éd. OOhOO.com,2000 2è édition revue et modifiée L'Harmattan, 2005 Photo-Archaïsme du xx! siècle, éd. CY éditions, 2001 & 2003 Réédition IDLIVRE, www.idlivre.com. 2005

www.1ibrairieharmattan.com e-mail: harmattanl@wanadoo.fr @ L'Harmattan, 2005 ISBN: 2-7475-8724-X EAN:9782747587242

Introduction

L'intention de ce livre est de fournir un panorama explicatif des technologies récentes de l'imagerie numérique, quant aux services qu'elles peuvent offrir pour la numérisation, l'archivage et la reproduction en haute qualité des images d' œuvres et d'objets d'art. Dans ce but d'ordre qualitatif, il s'agit d'exposer comment, par des moyens assez élémentaires en général, il est possible d'appliquer des techniques logicielles accessibles au non spécialiste de l'imagerie numérique. Subtilité des teintes et des nuances chromatiques, exactitude des valeurs lumineuses et précision des détails plastiques et iconographiques, représentent un véritable défi à la numérisation de haute qualité. Mais s'il est incontestable que les images d'art représentent l'un des secteurs de la numérisation informatique parmi les plus difficiles et exigeants au plan technique, cela est également vrai, bien entendu, de toutes les images numériques qui manifestent un souci de qualité esthétique élevée. C'est pourquoi malgré l'orientation prioritaire que les images d'art représentent dans ce livre, les questions qui y sont abordées concernent également tout type d'image l1umérique impliquant de recourir à la numérisation de haute qualité technologique, sans qu'il soit nécessaire d'être un spécialiste de l'informatique graphique pour aborder ces questions. En premier lieu, il s'agit donc d'expliquer de manière simple, mais avec précision, les conditions matérielles autant que logicielles de la numérisation d'image visant le maximum de qualité possible. Le but est de faire comprendre avant tout les méthodes avancées de numérisation et de présentation matérielle des images d'art, et les raisons qui peuvent guider le choix parmi les multiples technologies ou procédés d'imagerie, qui sont d'ailleurs en évolution constante. Que l'on utilise un scanner ou un photoscope numérique pour enregistrer des photographies d'art, que l'on fasse usage d'une imprimante àjet d'encre quadrichrome ou à sublimation thermique, 5

d'un vidéoprojecteur numérique, d'un moniteur vidéo d'ordinateur ou d'un écran de télévision numérique ou analogique pour les présenter, ou bien encore que l'on utilise tel ou tel logiciel d'imagerie photo-numérique pour coder et compresser de telles images, sous plusieurs formats de fichiers possibles, dans tous les cas se posent de nombreuses questions relatives à l'obtention d'un rendu optimal de l'image numérisée. Cependant, il n'est pas question de donner seulement un lot de recettes ou d'informations purement techniques. L'intention qui guide cet ouvrage est également d'apporter des contenus d'information variés destinés à engager une réflexion expérimentée sur les procédés technologiques, dans leur relation aux images d'art numérisées, conservées en mémoire informatique et présentées sur des supports diversifiés tels que les CD et les DVD-Rom, le Web, le papier photographique ou l'écran d'un vidéoprojecteur, par exemple. A cet effet, certaines adresses Internet significatives renvoient le lecteur vers des ressources en ligne susceptibles de prolonger ce livre, tant au plan technologique qu'informationnel en général. Les technologies de l'image, logicielles et matérielles, progressent à un rythme soutenu; aussi ma préoccupation a-t-elle été d'exposer les répercussions, actuelles mais aussi à long terme, de leurs plus récents progrès, relativement aux exigences qualitatives qui motivent la numérisation des images d'art. A l'occasion, je suis allé à l'encontre de quelques idées reçues, fausses ou très approximatives, voire dénuées de toute prétention qualitative, que l'on peut rencontrer couramment dans beaucoup d'ouvrages de vulgarisation sur l'image numérique. Les technologies de l'image et de la numérisation, appliquées au cas particulier des images d'œuvres et d'objets d'art, ne révèlent toute leur portée qu'en comparaison avec les procédés traditionnels de saisie des images, d'une part, et les usages individuels ou collectifs qui en sont faits par l'intermédiaire des réseaux d'information, d'autre part. C'est pourquoi il était indispensable d'évoquer certaines notions relatives à la photographie argentique traditionnelle, ainsi que de parler de l'importante question des bases de données d'images d'art, privées ou institutionnelles. Les 6

ressources technologiques fonnent une chaîne dont tous les maillons sont indissociables. Les progrès de l'imagerie numérique dont bénéficient les images d'art proviennent des technologies de la numérisation (scanners, photoscopes, capteurs numériques, cartes graphiques et écrans vidéo-numériques, impression numérique, etc.) autant que des logiciels de traitement, de compression, de visualisation et de catalogage d'images. Mais ils découlent aussi de manière essentielle, de l'extension renforcée de l'hyper-réseau Internet. La rapidité et la fiabilité de la transmission des données numériques, suscitent en retour un besoin de qualité accrue des images numériques, en particulier des images d'art qui sont légion sur le Web (sites d'art personnels, institutionnels, universitaires; bases de données d'histoire et de théories des arts; sites éducatifs et fondations; musées; galeries d'art ou revues d'art en ligne). Ce livre ne prétend pas se substituer aux nombreux manuels et ouvrages techniques qui concernent le seul traitement numérique des images, notamment ceux qui expliquent les méthodes de retouche d'image dans tel ou tel logiciel d'imagerie particulier. D'ailleurs tout logiciel de traitement d'image (libre ou commercial) possède son propre guide d'utilisation. Notre propos concerne les principes fondamentaux de la numérisation, les techniques de présentation vidéo-numérique, ainsi que les technologies de reproduction et d'archivage des images d'œuvres d'art en tout genre. En conséquence, les questions concernant la retouche d'image en général sont situées, le plus souvent, en aval des principes de numérisation qui sont ici exposés. Précisons aussi que les références aux logiciels, matériels infonnatiques et sites Web, ont une valeur d'information exemplaire, mais bien entendu non exclusive, et que les versions des logiciels évoqués sont les plus récentes, au moment de la publication de ce livre. Cela ne signifie pas que les versions antérieures soient forcément inopérantes quant à la mise en œuvre de certaines fonctionnalités exposées dans cet ouvrage.

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Chapitre 1
Qu'est-ce que l'art numérisé?

1.1- La mémoire numérique au service de l'art
Aujourd'hui, n'importe quel internaute désireux de glaner des informations sur l'art rencontre, au gré de ses pérégrinations sur le réseau Internet, de très nombreux sites consacrés aux arts. Qu'il

s'agisse de musique, d'arts plastiques (peinture, arts graphiques notamment Bande dessinée et Graff Art ou «Art Graffiti» -, photographie d' art, sculpture) ou bien d'architecture, de théâtre ou - entre autres - de cinéma, les sites d'art sont foisonnants et se sont depuis les débuts de l'Internet, taillé la part du lion. L'art est très bien représenté sur le Web, l'art contemporain autant que l'art le plus ancien, celui des peintures pariétales des grottes préhistoriques, en passant par toutes les formes de l'expression artistique de n'importe quelle civilisation et de toute époque. En outre, l'art numérique constitue une forme de création en expansion depuis que les artistes « numériciens » usent couramment d'ordinateurs et de logiciels de traitement de l'image et du son. L'art de la synthèse numérique, souvent spécifiquement dédié au réseau Internet, occupe donc également une grande partie de la Toile mondiale et affiche ouvertement l'ambition de s'adapter à ce média universel, d'en importer les codes de présentation multimédia. A cet égard, il ne faut pas confondre l'art numérique, dont les créations sont directement synthétisées au moyen d'algorithmes mathématiques par l'intermédiaire d'ordinateurs ou de synthétiseurs de sons, avec l'art numérisé, qui désigne la transposition iconique d'un objet d'art sur un support digital, au 9

moyen de procédures de numérisation opérées soit par un scanner, soit par un photoscope numérique, soit encore par une technologie de numérisation point par point au moyen d'un rayon laser, comme dans le cas de la stéréolithographie par exemple (reproduction informatique d' œuvres sculptées, dans les trois dimensions physiques). Rien d'étonnant, par conséquent, à ce que les sites artistiques soient aussi proliférants, puisque les variétés de la création artistique sont à la fois nombreuses, originales et en constante augmentation depuis la seconde moitié du vingtième siècle. Mais si l'Internet a permis la diffusion massive des œuvres d'art sous une forme numérisée, le marché de la production de supports numériques, sous la fonne de Vidéo-CD et DVD, a remplacé avantageusement celui des traditionnelles cassettes vidéo à enregistrement analogique, difficiles à manipuler et de qualité vidéo nettement moins bonne que celle qui est propre à un Vidéo-CD ou un DVD-Rom de qualité numérique. L'art numérisé sur supports digitaux offre une consultation en hypertexte très fonctionnelle, de type multimédia de surcroît, puisque textes, images, musique et commentaires vocaux se voient harmonieusement combinés. L'art de toute époque apparaît, sous cette perspective interactive et multimédia, comme une production vivante et parlante, et non comme un simple stock d'objets témoins d'un passé considéré, à tort, comme révolu... Mais l'art numérisé permet en outre une qualité d'image qui peut être quasi indéfiniment améliorée en fonction des exigences spécifiques des utilisateurs, et en relation directe avec les technologies de numérisation, d'enregistrement et de conservation en progrès constant depuis ces dernières années. Les technologies de la numérisation font sans doute partie des technologies informatiques les plus évolutives dont profite abondamment l'art sous sa forme digitalisée. Les Vidéo-CD et les DVD-Rom d'art intègrent par ailleurs, outre une présentation multimédia et une consultation en hypertexte, des technologies d'images panoramiques qui font varier à volonté le spectacle artistique en continu sur 360 degrés, permettant de visionner sous forme de panoramas les salles entières d'un musée, 10

du sol au plafond de la pièce dans laquelle est installée l'œuvre d'art entourée de ses voisines. La même technologie de «visite virtuelle» interactive et panoramique, par exemple avec Quick Time VR d'Apple ou Windows Media Player de Microsoft (ou d'autres logiciels multimédia disponibles sur Internet) s'applique bien entendu à merveille à l'architecture et à la sculpture qui supposent un sujet qui «tourne» autour de l'objet ou parcourt des espaces architecturaux virtuels. La technologie interactive Quick Time VR (VR == Virtual Reality) est abondamment exploitée sur le Web, par les banques d'images patrimoniales et les sites de l'art mondial, comme celui qui répertorie et présente en réalité virtuelle dynamique, les sites et les monuments classés «patrimoine de l'humanité» par l'UNESCO (http://www.world-heritage-tour.org). L'art numérisé devient ainsi un art dynamique et réellement interactif, servant à la promotion d'une vision panoramique et pluri-perspectiviste, véritablement génératrice d'intérêt pour la création artistique. On ne saurait s'en plaindre, l'art demeurant un secteur créatif assez mal connu de la moyenne de nos concitoyens, bien que multi-millénaire et universel. Avec les technologies de l'information numérique, dont les progrès rapides annoncent des bouleversements novateurs dans la chaîne du traitement de l'image - et de l'image d'art en particulier -, depuis son codage numérique jusqu'à ses nouveaux modes de conservation, de présentation et de reproduction, c'est à la fois le regard sur les œuvres et l'intérêt pour l'art universel qui sont portés par un souffle de renouvellement, pour le plus grand bénéfice des amateurs, des collectionneurs et des spécialistes de l'art, mais également du plus large public qui se sentait jusqu'alors peu concerné. L'art numérisé, plus que les albums et les revues d'art, est susceptible de faire entrer chacun de nous dans une logique commerciale, mais aussi esthétique, de la communication et de la diffusion des réalités artistiques, même s'il ne remplace sans doute pas complètement l'édition traditionnelle qui possède aussi ses charmes et ses avantages spécifiques. Car les sites Web, les encyclopédies en ligne, les CD-Rom et DVD-Rom, ainsi que les Il

nouveaux types de supports et de présentations numériques plus performants, notamment holographiques, sont devenus très aisément manipulables, avec des aspects ludiques qui font souvent défaut au livre d'art traditionnel. En outre, l'interactivité multimédia de l'art numérisé - sur Internet autant que sur les mémoires « mortes» des supports numériques - engendre un esprit curieux, comparatif et désireux d'acquérir de l'information en réseau, de l'information « vive» en somme. Pratiquement tous les CD et DVD-Rom d'art renvoient, par adressage direct, à des sites Internet complémentaires, de type encyclopédique, qui forment pour ainsi dire le prolongement dynamique de la « mémoire fixe ». La Toile mondiale de l'information constitue l'extension naturelle du savoir historique et des images d'art inscrits dans les microstructures binaires de la galette circulaire. Les images d'œuvres d'art sont d'abord, sous cet angle informatique, des fichiers numériques standardisés, des alignements programmés de bits 0 et 1. Mais c'est à cette condition « logicielle» que l'art peut entrer dans la logique séductrice commerciale et esthétique - de la communication et de la diffusion maSSIve. Ainsi, dès 1999-2000, la société américaine Lexmark, spécialisée dans la fabrication d'imprimantes, a su jouer avec beaucoup de pertinence sur le double aspect de cette logique en offrant, à l'occasion de ses ventes d'imprimantes dotées de qualité d'impression «photoréaliste », des CD-Rom d'œuvres d'art des musées français et étrangers (collection « Print Gallery»), dont les images numérisées sont directement imprimables en grand format. Il faut souligner que Lexmark a fait alliance avec la Réunion des Musées Nationaux français pour réaliser cette opération commerciale, mais aussi culturelle, le label des musées de France apportant sa caution simultanément à la qualité du produit industriel et à la valeur de l'art. Fin 2003, la firme industrielle Canon adopta également ce type de promotion publicitaire en offrant un DVD-Rom d'art aux acheteurs de l'une de ses imprimantes de qualité photographique, en l'occurrence un DVD-Rom des musées du Louvre, d'Orsay et du Centre Beaubourg. Il s'agit là d'exemples ingénieux de promotion 12

de l'art numérisé, significatifs de l'impulsion que la technologie est capable de donner à l'intérêt pour l'art, de la part du grand public.

1.2 - Supports et formats d'images haute qualité
La numérisation des images d'œuvres d'art, qu'il s'agisse de peinture, de graphisme (notamment le dessin d'art et la Bande dessinée), de photographies ayant une valeur esthétique, de sculpture ou de toute autre forme de réalisation artistique tridimensionnelle comme l'architecture ou les installations muséales de l'art contemporain, requiert un matériel et des logiciels performants tout au long de la chaîne graphique. Le codage binaire de l'information en premier lieu, qui est déterminant pour toute la suite des transformations de l'image, mais également les moyens de stockage durables de l'information numérique (CD et DVD-Rom, disquettes amovibles de grande capacité, mémoires holographiques, etc.). Ensuite le matériel de visionnement (écran vidéo d'ordinateur ou de téléviseur, voire projecteur numérique), puis enfin le matériel d'impression de l'image de qualité « photographique », ainsi appelé par analogie avec les hautes qualités de l'imagerie photographique traditionnelle, notamment la photographie argentique. Tout au long de cette chaîne, aucun détail n'est anodin, car chaque étape détermine l'exploitation optimale ou, inversement, la sousexploitation des performances de tous les autres aspects de la chaîne matérielle et logicielle, en amont comme en aval. En particulier, le codage des données numériques dépend de la performance des logiciels servant à l'échantillonnage et à la quantification des trois composantes chromatiques primaires RVB (Rouge, Vert, Bleu) de la synthèse additive des couleurs, ou des quatre composantes primaires CMJN (Cyan, Magenta, Jaune + Noir rajouté en quadrichromie) des procédés d'impression soustractifs. La séparation des couleurs en mode CMJN est destinée, en priorité, à l'impression professionnelle en haute qualité sur papier photographique, ainsi qu'aux procédés propres à la photogravure numérique.

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Mais le codage numérique dépend aussi de manière très substantielle de la définition de l'image (le nombre de pixels ou points élémentaires d'image qu'elle comporte au total), elle-même dépendante de sa résolution (et réciproquement), la résolution étant proportionnelle au nombre, à la finesse (petitesse) et à la densité des pixels sur un intervalle de référence, mesuré en langage infographique sur un pouce: 1" = 2,54 cm. Enfin, ces deux propriétés de l'image - définition et résolution - dépendent nécessairement de son format (ses dimensions physiques), lequel est fonction des conditions de visionnement de l'image: moniteur d'ordinateur, support papier, grand écran télévisuel de haute définition, ou écran de projection vidéo-numérique par exemple. Le format d'agrandissement de l'image conditionne à la fois la définition et la résolution; l'inverse est aussi mathématiquement vrai, comme cela sera exposé dans un prochain chapitre. Format, résolution, définition d'image sont interdépendants, mais une autre donnée logicielle absolument capitale intervient dans la chaîne graphique, d'un bout à l'autre: c'est le système de compression des données utilisé pour réduire l'information numérique, la rendre moins volumineuse et donc plus rapidement transportable sur Internet que si elle n'était pas compressée. Les codees ou programmes de codage/décodage fondés sur des algorithmes de compression très diversifiés, sont nombreux et évolutifs. De nouveaux logiciels de. compression révolutionnaires, préservant toute la qualité d'une image, sont en pleine expansion et l'avenir en promet d'autres encore plus performants en gain de place sur disque, bien que respectant complètement les qualités d'origine d'une image. Une image de très haute définition requiert pour son codage beaucoup d'information numérique et donc de place en mémoire fixe. La compression s'avère donc souvent providentielle. Il en existe de deux sortes: les compressions avec perte de données mesurées, perte plus ou moins visible (voire indécelable) en fonction du degré de compression choisi (le classique JPEG par exemple), et les compressions sans perte qualitative dites « compressions conservatives» telles que PNG, TIFF, BMP, EPS, PSD, JPEG-LS (option sans perte - « lossless» - du JPEG), ZIP (fichier zippé sans perte, à taux de compression variable), et surtout 14

le récent JPEG-2000 fondé sur la compression multirésolution par ondelettes. Ce dernier type de compression est doté des options « lossless » (sans perte) et « lossy», c'est-à-dire avec perte modulée invisible à l'œil nu, même à d'assez forts taux de compression destructrice. Le format de compression JPEG-2000 et tous les autres systèmes de compression multirésolution par ondelettes possèdent ces caractéristiques. Les logiciels de traitement photo-numérique comportent de nombreuses options de compression, sans aucune perte qualitative ou bien, selon les besoins du traitement de l'image, avec des déperditions modérées et précisément dosées. C'est pourquoi les images d'art sont tributaires de tous les systèmes logiciels de codage et de compression, qui sont autant de filtres sélectifs de la qualité chromatique et du rendu visuel. Il faut cependant souligner que la capacité de stockage des mémoires fixes ne cesse d'augmenter, tandis que les dimensions de ces mémoires numériques continuent de décroître. Cette évolution rend désormais envisageable le stockage des images en très haute définition et sans compression, ou bien avec des compressions sans perte, moins efficaces en ce qui concerne la réduction du volume d'information, mais possédant l'avantage de préserver absolument l'intégrité des images numérisées. Enfin, les capacités de transmission des réseaux, en terme de vitesse ou débit informationnel, ne cessent aussi d'augmenter avec le câble optique, le satellite, l' ADSL et autres systèmes en gestation, tel le VDSL (débit d'information de 22 Mbits/seconde), la « boucle locale radio» (BLR, transmission par ondes hertziennes), la technologie en réseau local sans fil, avec la norme WiFi (<< Wireless Fidelity »), et tous autres moyens de transmission ultra-rapides de communication des données sur l'Internet, dont l'infrastructure évolue profondément en ce sens et dessine déjà les contours de l'hyper-réseau de seconde génération, l' Internet-2. Pour exemple, le VTHD - sigle de « Vraiment Très Haut Débit» -, réseau expérimental de France Télécom, appuyé sur la technologie du multiplexage des longueurs d'ondes transmises simultanément par fibre optique, présente un modèle particulier de ce que pourrait devenir l'Internet de «nouvelle génération ». En conséquence, la 15

question du volume des fichiers d'images en haute qualité (et sans compression) devient nettement moins problématique pour ne pas dire insignifiante, quant à la diffusion de telles données sur les sites Web et les serveurs FTP de transfert d'informations numérisées. D'ailleurs, en novembre 2001 déjà, des ingénieurs et chercheurs de l'université de Washington et de Californie du sud ont diffusé en direct sur écran vidéo numérique de grande dimension, des images télévisées de très haute définition (TVHD), de l'ordre de plusieurs centaines de milliards de pixels, par le réseau Internet à haut débit utilisant la fibre optique (images transmises à la vitesse d'environ 2 gigabits par seconde). Fait étonnant, cette transmission en direct des images en haute résolution n'a nécessité aucune compression logicielle (http://www.washington.edu/hdtv). Evénement révélateur du fait que l'image en haute définition trouve aisément sa place désormais sur les réseaux de transmission numérique à fort débit (2 à 10 gigabits par seconde et au-delà, avec la transmission par fibre optique ). Cependant, il faut bien tenir compte aussi, avec réalisme, des composantes très inégales de l'infrastructure informatique mondiale. Les flux d'images non comprimées, à plus de 2 gigabits par seconde, sur grand écran numérique et en centaines de milliards de pixels ne sont pas encore une réalité banalisée. Aussi les logiciels de compression d'images fixes et animéès (de même que les techniques de compression sonore), toujours plus efficaces, ontils un bel avenir, d'autant mieux qu'ils permettent de sauvegarder, simultanément, qualité d'origine de l'image numérisée et gain de place en mémoire informatique. Les images d'art en sont les premières bénéficiaires, au même titre que les images médicales, astronomiques ou cartographiques, parmi les catégories d'images qui exigent des systèmes de codage fidèles et en haute résolution. L'art est entré depuis de nombreuses années déjà, dans le langage des logiciels de codage binaire, il fait partie du monde des fichiers numériques, car il adopte le langage booléen des ordinateurs. Aussi est-il indispensable de comprendre cette généralisation du numérique pour connaître les possibilités actuelles et futures (qui s'annoncent déjà résolument) des moyens matériels et logiciels de codage numérique des images d'art. Le développement accéléré des 16

capacités de stockage d'information (plusieurs gigaoctets ou téraoctets), au moyen de supports opto-électroniques ou holographiques toujours plus miniaturisés, n'est pas la moindre des avancées technologiques dont l'art est susceptible de profiter rapidement. Plus la quantité d'information stockable sur un support numérique devient importante, plus les images d'art disponibles en réseau ou sur mémoires fixes seront à la fois nombreuses et de haute qualité, la numérisation ne reculant plus devant les résolutions très élevées ni devant le codage chromatique le plus fin possible. Une autre conséquence de ces nouvelles perspectives qualitatives consiste dans la multiplication des banques de données d'images d'art, privées ou institutionnelles, très utiles aux historiens d'art, aux esthéticiens et en général à toutes les catégories de personnes souhaitant disposer d'images d'œuvres d'art, à titre professionnel ou personnel, les collectionneurs tout autant que les amateurs, désireux de mieux connaître les œuvres du patrimoine mondial ou même celles, insoupçonnées, d'un artiste local ou d'un groupe d'artistes expérimentaux. La mise en réseau de ces banques de données offre un avantage culturel général autant que spécifiquement professionnel, qui est devenu très vite indispensable, notamment aux historiens, esthéticiens, experts, collectionneurs et artistes, même si le contact visuel avec les oeuvres originales constitue évidemment une source d'expérience esthétique dont on ne peut souvent se dispenser. Bien entendu, les grandes institutions telles que le Bildarchiv Folo Marburg (http://www.fotomarburg.de/) n'ont pas attendu les moyens technologiques puissants d'aujourd'hui pour constituer une superbe banque de données d'images d'oeuvres et de documents écrits sur l'art, consultables (et achetables) sur Internet, destinée par vocation aux chercheurs en histoire de l'art et en esthétique, mais aussi aux professions et particuliers intéressés par les questions artistiques. Cet institut universitaire fondé en 1913 s'est modernisé en créant tout d'abord des microfiches photographiques de ses collections de photographies d'art et d'architecture (en 1976), puis en recourant vers le milieu des années 1980 à la scannérisation en résolution assez élevée pour l'époque (de l'ordre de deux millions de pixels) de photographies et de diapositives couleurs (et 17

monochromes), avec le concours des stations graphiques d'IBM. Le nombre de couleurs discemables par le système et reproductibles sur un moniteur, était aussi très inférieur à ce qu'il est devenu aujourd'hui, mais exploitable néanmoins pour les recherches en histoire de l'art et pour la création de corpus iconographiques intégrés au sein de bases documentaires. Les reproductions digitalisées d' œuvres artistiques sont, depuis cette époque, de qualité très supérieure, et les moyens de stockage et de catalogage des pièces répertoriées beaucoup plus puissants. D'ailleurs, nul besoin de forcément recourir à un matériel et à des logiciels de professionnels de l'infographie pour être doté de moyens d'excellent niveau, aussi bien pour la numérisation par scanner ou appareil photo-numérique, que pour le visionnement sur moniteur vidéo ou l'impression sur papier de qualité dite « photographique ». Quant aux logiciels de traitement d'image de bonne performance technologique, ils sont relativement bon marché, bien qu'offrant souvent des fonctionnalités dignes de logiciels professionnels. Certains sont gratuits, comme les logiciels libres CinePaint (http://cinepaint.sourceforge.net) ou The Gimp (http://www.gimp.org), dont la dernière version offre des performances parfois proches d'Adobe Photoshop 8/ CS. Bien entendu, il ne faut pas confondre le travail effectué en photogravure numérique professionnelle avec la numérisation, aussi exigeante soit-elle, requise pour illustrer un site Web artistique, archiver des images d'art ou les imprimer sur papier photographique. Notre propos n'est pas consacré à la photogravure numérique, activité requérant des matériels et des procédés plus spécialisés; cependant les techniques de numérisation exposées dans ce livre demeurent généralement valables pour l'impression par photogravure numérique. Les productions de l'art mondial, toutes formes de créations confondues, disposent à présent de perspectives de codage informatique et de transmission en réseau qui laissent augurer non seulement de leur extension généralisée sur l'Internet - l'art est déjà proliférant sur la Toile mondiale - et sur mémoires numériques fixes, mais surtout de la qualité informationnelle sans précédent de cette digitalisation des images d'art. Supports numériques dotés de 18

grandes capacités de mémoire qui se comptent en giga ou téraoctets, formats d'images et codees préservant l'intégrité des données numérisées tout en autorisant la compression optimisée, logiciels de traitement d'images conviviaux et multi-fonctionnels, vitesses de transmission des données ultra-rapides grâce à la mise en œuvre d'infrastructures dites « à très haut débit » (câble, fibre optique, ondes radio, satellite et autres systèmes contribuant à la mise en œuvre de l'Internet-2, deuxième génération de l'Internet) : tous ces moyens conjugués permettent d'envisager la constitution performante de gigantesques banques de données d'informations artistiques et de reproductions numérisées d'œuvres d'art plastiques ou musicales.

1.3 - Pourquoi et comment numériser les images d'art?
La numérisation des images d'œuvres d'art n'est pas réservée aux grandes banques de données d'infonnations spécialisées en histoire de l'art, comme cela pouvait être le cas à la fin des années 1980. Aujourd'hui, les concepteurs de sites Web sur l'art sont très souvent des artistes ou des gens intéressés par l'art à des titres divers: professeurs d'art et d'esthétique, chercheurs en histoire de l'art, collectionneurs, amateurs d'art à titre privé, institutions culturelles. Nul besoin d'être spécialiste ou expert pour envisager la constitution d'une banque de données d'images d'art personnelle; les voyages de vacances et les excursions touristiques peuvent à eux seuls suffire pour susciter l'envie de créer une iconothèque artistique personnelle où les monuments d'architecture, les sculptures, les peintures et les objets d'art rencontrés au gré des pérégrinations - dont les images sont achetées sous forme de reproductions papier, comme les cartes postales ou les livres d'art forment potentiellement une véritable bibliothèque digitale des arts. Mais pourquoi numériser les images d'œuvres d'art si l'ambition n'est pas de constituer une banque de données d'images d'art institutionnelle, à vocation commerciale, culturelle ou universitaire? Et la photographie « argentique» traditionnelle ne 19

suffit-elle pas à combler le besoin d'images d'œuvres d'art? Enfin, dans cette perspective, le matériel et les logiciels disponibles pour le grand public sont-ils suffisamment performants?

1.3.1 - Sauvegarder la mémoire du patrimoine culturel
Pourquoi numériser les images d'art? Parce qu'en premier lieu, les productions artistiques locales ou les réalisations architecturales d'une région, sont un sujet permanent de découverte culturelle et esthétique. Les créations d'artistes méconnus forment la majorité des productions d'art, tandis que seuls les phares de l'art contemporain ou plus ancien (nombreux, il est vrai), ainsi que les plus grandes réalisations monumentales, sont valorisés par les médias, les encyclopédies en ligne et les publications livresques ou numériques sur CD et DVD-Rom. Certes, les lois du marché commercial de l'art et celles de la notoriété peuvent expliquer cet état de fait, mais l'art ne se réduit pas à sa médiatisation officielle, mise en avant par les institutions culturelles, les musées et les galeries qui s'en font souvent l'écho. De même, dans toute localité comme parfois dans notre proche voisinage, il existe des centres d'intérêt monumentaux ou des curiosités architecturales. Tous ces témoignages matériels - individuels ou collectifs - attestent de l'intelligence, de la sensibilité et du sens esthétique de l'être humain et, pour cette raison, sont dignes d'intérêt et de mémorisation photographique. Or, aujourd'hui, la photographie numérique est devenue le marché le plus important de la photographie considérée dans son ensemble. Il est facile de se procurer et d'utiliser des appareils d'excellente qualité, toujours meilleurs en qualité d'images, sans pour autant se ruiner. Les appareils photo-numériques (ou photoscopes) se vendent mieux dans le monde que les appareils classiques reposant sur la photographie argentique classique ou à base de procédés chimiques, et disposent d'une qualité technologique digne de rivaliser pleinement avec celle-ci, voire de la surpasser nettement dans quelques temps, comme nous l'expliquerons par la suite. Certes, les capacités de capture d'image d'un photoscope numérique disposant d'une matrice de capteurs CCD opto20

électroniques (ou CMOS) de 3 à 4 mégapixels ne sont pas identiques à celles d'un appareil possédant des capteurs CCD ou CMOS de 6 à 12 mégapixels (et même au-delà pour certains appareils d'élite). Pourtant un tel photoscope est parfaitement apte à fabriquer des images suffisamment précises et exploitables, sous certaines conditions à respecter, pour l'archivage et la reproduction photo-numérique d'images d'objets d'art, et aussi pour la création de sites Internet comportant des illustrations artistiques. En second lieu, un nombre considérable de photographies argentiques d'œuvres d'art diverses existent de par le monde, qui n'attendent que leur digitalisation au moyens de scanners, pour enfin se révéler au plus grand nombre, qu'il s'agisse de photographies appartenant à des personnes privées ou bien à des institutions. La numérisation des films vidéo analogiques sur cassette magnétique VHS requiert aussi de toute urgence un sauvetage digital avant détérioration; c'est également le moyen de redonner vie à toutes ces images d'art qui furent enregistrées sur bande magnétique de qualité parfois aléatoire, les signaux vidéo analogiques étant sujets à dégradation avec le temps. Les collections d'images d'art personnelles autant que les banques d'images d'art institutionnelles ne peuvent que s'en trouver bénéficiaires, sauvegardant un patrimoine iconographique considérable, source d'intérêt pour les amateurs comme pour les professionnels de l'art. En outre, les images numérisées donnent lieu à des possibilités d'indexation automatique et de catalogage informatisé très précises et efficaces pour retrouver les pièces documentaires recherchées. Il est infiniment plus pratique, rapide et pertinent, d'utiliser un logiciel de catalogage que de manipuler de vieilles fiches manuscrites ou dactylographiées dans le but de dénicher, de manière plus ou moins aléatoire, les images d'art dont un utilisateur peut avoir besoin. .. En troisième lieu, les images numérisées d'objets d'art - par scannérisation ou directement par un capteur opto-électronique de photoscope - sont susceptibles d'être exposées sur un site Web, au même titre que, par exemple, les clichés d'un photographe d'art ayant une galerie en ligne. Les conditions d'exposition d'œuvres d'art sur un site Web demandent de tenir compte de facteurs limitatifs, tels que la vitesse relative de transmission des flux de 21

données numériques. Cependant l'amélioration constante des performances technologiques du réseau laisse déjà largement percevoir que les moyens de stockage, de numérisation, de compression, d'affichage sur moniteur, de transmission et d'impression des reproductions d'art sont en voie d'optimisation rapide, de telle sorte que les technologies pour l'heure les plus innovantes doivent être largement employées, en anticipant même la pleine exploitation qui en sera faite par la suite. Contrairement aux conseils frileux et « minimalistes » que donnent souvent les ouvrages généralistes sur les questions relatives à la photo-numérisation, il ne faut pas, me semble-t-il, hésiter à regarder avec plus d'ambition - et surtout à utiliser' - les technologies matérielles et logicielles les plus innovantes. Car c'est une telle impulsion novatrice qui active le progrès techno-scientifique en matière de numérisation d'art comme en d'autres domaines relatifs aux technologies de l'information. L'exigence qualitative de la part du plus grand nombre de personnes suscite la créativité et donc l'émergence de technologies plus performantes, à chaque étape de l'évolution scientifique de l'humanité. Aussi n'hésitons-nous pas, dans ce livre, à regarder le présent en fonction du futur en cours de construction, et à conseiller au mieux le lecteur dans la perspective d'une véritable volonté d'exigence qualitative en matière de numérisation. C'est bien la moindre des choses, d'ailleurs, concernant le domaine de l'art qui œuvre dans un univers où règne, par définition, le souci du qualitatif et l'intention esthétique.

1.3.2 - La photographie « argentique » est-elle périmée?
Depuis l'invention de la photographie en 1816 par Nicéphore Niépce, les collections d'images d'œuvres d'art se sont multipliées, surtout depuis les premières « missions héliographiques» - ou photographiques, dans la terminologie moderne - qui partirent en Egypte, vers 1839-1840. La photographie argentique a connu depuis cette époque un succès croissant; elle a bien servi la cause de l'histoire des arts mondiaux en alimentant les banques d'images spécialisées. Cette glorieuse tradition de la photochimie est-elle en voie d'élimination drastique par la photographie numérique? 22

A vrai dire, il faut reconnaître que le support photo-chimique traditionnel souffre de limites de durabilité et se dégrade plus ou moins vite, d'où la nécessité de numériser ces photographies anciennes avant qu'elles ne deviennent trop évanescentes. La numérisation et la restauration digitale des photos viennent providentiellement à la rescousse de la mémoire iconographique des arts. D'où aussi l'idée de procéder à la photographie numérique directe des objets et œuvres d'art de toute nature, afin d'en conserver immédiatement la matrice binaire indéfiniment reproductible sans variation ni altération. Cela signifie-t-il que la photographie «argentique» ou plus généralement photochimique, soit définitivement enterrée pour réaliser cette entreprise? Rien n'est moins sûr pour l'instant, car les très hautes définitions et les résolutions élevées d'une émulsion inversible de grain ultra-fin (et peu sensible par conséquent), telle une diapositive Kodachrome de 25 à 64 ISO, surpassent largement celles des appareils numériques possédant des capteurs de 6 à 10 mégapixels. Par contre, un capteur numérique de plus de 6 mégapixels rivalise sans infériorité notable avec une émulsion négative de grain fin et de sensibilité moyenne ou élevée. Car il ne faut pas oublier que l'agrandissement photographique sur papier argentique, même de grande sensibilité, entraîne logiquement une perte inévitable de micro-détails et de nuances tonales. Aussi, la photographie numérique prèsente-t-elle l'avantage de l'immédiateté et de l'inaltérabilité des informations qu'elle recèle dans ses mémoires, sans que la différence avec un agrandissement photochimique soit remarquable, jusqu'à un certain format d'agrandissement toutefois (ces questions importantes seront évoquées dans un chapitre ultérieur). Il existe cependant une façon de rivaliser avec une diapositive de haute résolution et définition, c'est en numérisant une émulsion négative de grain fin en très haute résolution, puis en la comprimant au moyen d'un logiciel de compression sans perte ou avec perte invisible à l'œil nu, seul le compte-fils du photographe étant capable de détecter les oblitérations de l'information originelle. La même opération peut être réalisée avec une émulsion inversible (diapositive), mais le problème - pour l'instant - réside dans l'énorme quantité d'information nécessaire pour préserver 23

exhaustivement sa qualité chromatique. Là encore, il est démontrable que cette volonté d'exhaustivité n'est pas absolument nécessaire, en raison des effets d'agrandissement de l'image sur support papier et sur écran TV ou de projecteur vidéo-numérique. La photographie traditionnelle est-elle donc condamnée pour l'archivage et la présentation des images d'art? En partie seulement pour l'instant, tant que les capteurs et les artifices logiciels n'atteindront pas encore des niveaux de finesse équivalents à ceux d'une émulsion inversible à grain ultra-fin. Mais c'est sans doute un faux-problème... Quant aux photoscopes atteignant 6 à 12 mégapixels, jusqu'à un certain format d'agrandissement des images obtenues par leur intermédiaire, ils rivalisent sans réserve avec la photographie argentique, et obtiennent même très fréquemment de meilleurs résultats en netteté et en précision de calcul des valeurs chromatiques et lumineuses. Enfin, les photoscopes de 4 à moins de 6 mégapixels réalisent des performances excellentes en matière de rendu des surfaces, des textures, des détails et des couleurs, mais jusqu'à un certain facteur d'agrandissement inférieur à celui rendu possible par les capteurs CCD ou CMOS les plus denses en nombre de pixels (6 à 12 millions de photosites). De toute façon, c'est toujours la claire définition du but de la numérisation qui dicte les meilleures conditions à mettre en œuvre: images d'art sur le Web, sur un CD-Rom ou un DVD-Rom ? Projection vidéo-numérique sur écran toilé ou affichage sur écran vidéo de téléviseur? Impression papier de grand format? Photogravure numérique pour des albums d'art? Archivage en haute définition numérique pour des usages variés? Bref, photographie argentique et photographie numérique se complémentent mais ne s'excluent pas... pour le moment. Car les progrès constants des capteurs sensibles de photoscopes et surtout ceux des scanners (domestiques et surtout professionnels) laissent déjà voir sans ambiguïté une réelle équivalence entre les deux modes de saisie photographique. Le numérique représente bien, à court terme, la voie ou la destination défmitive de «l'argentique ». Raison supplémentaire pour exploiter au mieux et comprendre les motifs fondamentaux de cette transformation inéluctable qui s'amplifie de manière continue. 24

1.3.3 - Matériels et logiciels de photo-numérisation
Les différences de capacités techniques existant entre logiciels de traitement photo-numérique professionnels et logiciels pour amateurs ou grand public, se sont très nettement estompées durant ces dernières années, tout au moins en ce qui concerne les logiciels de haut de gamme. En outre, certains logiciels d'images numériques innovants sont gratuits, disponibles sur Internet par téléchargement. C'est le cas des logiciels libres The Gimp (http://www.gimp.org) et CinePaint (http://cinepaint.sourceforge.net), dont les professionnels de PAO et les artistes photo-numériciens disent qu'ils rivalisent sous certains angles avec Photoshop 8 / CS. Précisons également tout de suite que la numérisation et le simple traitement des infoffi1ations d'une image numérisée, même une image d'art de grande finesse, possédant de nombreuses tonalités et de multiples petits détails, ne requièrent en aucune façon des logiciels dotés d'innombrables fonctions graphiques. En effet, le problème de celui qui numérise une image d'art est moins de produire des effets artificiels en utilisant des filtres et des calques photo-numériques, ce qui pourrait d'ailleurs nuire à la fidélité de l'image, que de disposer au départ de capacités technologiques de numérisation importantes dès le processus d'échantillonnage et de quantification dtts couleurs. Définition, résolution, format, associés à la puissance d'échantillonnage des signaux d'image et à la finesse de quantification des trois couleurs primaires RVB en synthèse additive (RVB = Rouge + Vert + Bleu), quel que soit le système de numérisation: appareil photonumérique ou scanner, forment les cinq données de base pour permettre d'évaluer la qualité d'une numérisation. De plus, ces cinq paramètres de base se révèlent complètement interdépendants pour la production matricielle de l'image, son stockage digital, sa diffusion en réseau et ses modes de représentation analogique sur moniteur vidéo ou impression photographique par exemple. Les logiciels photo-numériques interviennent en aval de la mise en œuvre des dispositifs de numérisation, et par conséquent ils sont souvent utilisés pour rectifier des défaillances possibles de ces dispositifs. Il faut cependant savoir qu'une médiocre numérisation 25

ne serajamais rectifiée pleinement par un logiciel photo-numérique, aussi performant soit-il, tel Photoshop 8 / CS. Un tel logiciel doté de multiples fonctionnalités correctrices (retouche du contraste, de la dynamique des valeurs tonales ou de l'équilibre chromatique, sélection de zones d'images, recadrage, etc.), ne peut exercer sa pleine efficacité qu'à partir de numérisations initiales contenant toute l'information nécessaire. Heureusement, la qualité des numérisations et celle des systèmes de compression d'information mis en œuvre à partir de scanners et d'appareils photo-numériques, atteignent des niveaux techniques très exigeants qui conviennent parfaitement à la numérisation des images d'art, dont les propriétés chromatiques laissent peu de place à des concessions relatives aux cinq paramètres fondamentaux de la numérisation évoqués cidessus. L'univers des images d'œuvres et de réalisations artistiques en tout genre, gigantesque mémoire documentaire de l'art - qu'il s'agisse de banques de données personnelles ou à vocation institutionnelle, consacrées à l'histoire des arts, ou bien encore de CD-Rom et DVD-Rom culturels -, est à la portée des technologies de la numérisation les plus avancées, devenues aisément accessibles. Encore faut-il bien connaître et respecter certains principes d'utilisation de ces technologies, afin de réaliser les meilleures images possibles d'oeuvres d'art et de réalisations artistiques, celles qui ne les trahiront pas ou ne les réduiront pas à des sortes de « caricatures» banalisantes, inexploitables pour le spécialiste comme pour le simple curieux du domaine de l'art lorsqu'il consulte un CD ou un DVD consacré à un artiste ou un courant de l' histoire des arts. Les œuvres d'art constituent des sujets particulièrement difficiles à reproduire sous forme d'images photographiques, que l'image soit argentique ou numérique. Or, à cet égard, force est de constater que certains CD ou DVD-Rom culturels, provenant parfois d'éditeurs prestigieux, n'offrent pas les qualités iconographiques que l'on est en droit d'attendre de telles productions à l'ère du «tout numérique». Les raisons sont sans doute en partie d'ordre commercial, des images moins détaillées ou plus petites diminuent sans doute un peu le prix de revient d'un CD-Rom, car il est possible d'en loger plus sur une même galette numérique, en 26

gagnant du temps de fabrication de surcroît. Le DVD-Rom ainsi que les supports numériques de bien plus grande capacité qui vont s'imposer, devraient logiquement résoudre le problème du volume d'information. Pourtant les réalisations sur DVD-Rom dans le domaine des images d'art ne le démontrent pas toujours. Elles laissent assez souvent le sentiment d'un compromis entre l'ambition louable de développer la connaissance des arts et l'hésitation à dépasser le stade de la qualité moyenne des images, fonction d'un matériel informatique médiocre -, même s'il existe des exceptions très réussies malgré tout. Les concessions sur la qualité chromatique, la définition, la résolution et la compression, ne sont pas admissibles pour des images d'art numérisées. Raisonner de manière minimaliste, en fonction des ordinateurs supposés de faible capacité que possèderait la moyenne de la population, pour créer des mémoires d'images d'art de bas niveau, n'est certainement pas le meilleur moyen de faire évoluer ces installations informatiques domestiques. Ce point de vue ne peut qu'encourager, au contraire, la conservation de matériels dépassés.

1.4 - Haute résolution et capacité informatique
Un autre facteur important doit être évoqué: la puissance des ordinateurs - leur fréquence de calcul - et leur capacité en mémoire vive (mémoire RAM). Il est évident que pour traiter des images en haute résolution et de grande qualité chromatique, des photographies d'art en particulier, il convient de disposer d'un ordinateur assez rapide doté d'une fréquence de calcul d'au moins 2,5 giga-hertz, permettant d'effectuer les opérations de numérisation en un temps aussi réduit que possible, surtout si l'on désire numériser en chaîne de nombreuses images. Cela permet de réduire considérablement le temps occupé à la numérisation, même s'il est tout à fait possible de bien numériser avec des vitesses un peu inférieures. Or, les ordinateurs domestiques possèdent des microprocesseurs qui montent régulièrement en puissance et atteignent couramment 2,5 à 4 giga-hertz. A cet égard, la différence 27

entre les microprocesseurs d'ordinateurs personnels et ceux des stations graphiques professionnelles ne cesse de s'atténuer. Il s'avère surtout indispensable de disposer d'une mémoire vive (RAM) minimale de 512 mégaoctets (512 Mo), et même dans certains cas d'au moins 1 gigaoctets (1 Go), pour obtenir plus de confort, quand les traitements d'images sont complexes, les images grandes et très détaillées, ou bien tout particulièrement lorsqu'on travaille avec des fichiers en 48 bits RVB / 64 bits CMJN par pixel, ou mieux encore, en mode de codage HDR à très haute dynamique (High Dynamic Range), en utilisant le calcul des valeurs en « virgule flottante». C'est pourquoi la mémoire RAM est autant, sinon plus importante encore, que la fréquence du microprocesseur. Tout traitement d'images possédant une haute dynamique et une résolution élevée, réclame une grande quantité de mémoire vive. Une capacité minimale de 512 Mo de mémoire vive, extensible jusqu'à 1 Go, permet d'accélérer notablement les traitements photonumériques. Le prix des barrettes de mémoire RAM ayant beaucoup diminué depuis quelques années, il est donc conseillé d'installer une quantité maximale de mémoire vive. Il convient également de coupler le mieux possible la rapidité du microprocesseur et la grande capacité de mémoire vive, car dans les cas où les traitements photo-numériques exigent une énorme quantité de mémoire RAM, cela signifie aussi qu'ils exigent une fréquence élevée de l'horloge du système informatique. Un ordinateur de fréquence de calcul insuffisante ne permet pas d'exploiter pleinement la capacité de traitement dont est capable la mémoire vive, aussi importante soit-elle. Le problème de la «mémoire morte» ou réinscriptible est très nettement relativisé aujourd'hui, puisque les disques durs d'ordinateurs gagnent chaque année en nombre de gigaoctets (Go). Ils offrent couramment de 100 à 200 Go, avec une perspective à court terme de 500 Go, et même de 1 téra-octet (1 To = 1.000 Go) grâce aux mémoires holographiques. D'autre part il existe de nombreuses formes de mémoires réinscriptibles complémentaires, sous forme de disques amovibles, de CD-Rom et de DVD-Rom, y compris des DVD-Rom de capacité très élevée, atteignant celle fournie par le disque dur installé sur l'ordinateur. Sans parler, bien 28

entendu, des traditionnelles disquettes de faible capacité (1,44 Mo), mais qui peuvent suffire dans les cas où l'information est peu volumineuse. Ce n'est évidemment pas le cas pour les images en haute résolution et définition, à moins de les réduire drastiquement par compression logicielle (au format JPEG avec fort taux de compression destructeur, par exemple). Enfin, quels que soient les logiciels ou les périphériques utilisés (photoscope, scanner, écran vidéo, vidéoprojecteur, système d'impression numérique), ce sont avant tout les principes théoriques de la numérisation qui permettent de comprendre l'usage des matériels disponibles pour l'archivage, la présentation multimédia ou l'impression des images d'art. Les trois facteurs essentiels et complémentaires de la numérisation - en lien avec les différents

types de supports d'images - sont respectivement: a) la définition
déterminant les dimensions possibles d'une l'image, b) la résolution, facteur essentiel quant à la précision des détails graphiques, c) enfin le codage des couleur~ par quantification de l'information chromatique RVB (profondeur d'échantillonnage). Ces questions feront l'objet des prochains chapitres.

1.5 -« Fidélité » des reproductions d'art
Les procédés de numérisation, d'affichage et de reproduction, en progrès constant, sont désormais arrivés à maturité et procurent d'excellents résultats, tant au niveau professionnel le plus

sophistiqué - notamment en photogravure numérique et en PAG que dans le secteur grand public. Les images d'art prises en charge par la physique et la mathématique du traitement des signaux, devraient en toute logique être fidèles « objectivement» à l'original numérisé, qu'il s'agisse d'un film négatif ou inversible, d'une épreuve positive ou de l'objet d'art lui-même (tableau, graphisme, sculpture, architecture, etc.). D'un point de vue purement technologique, on peut considérer que c'est tout à fait vrai, qu'en particulier une reproduction d'art bénéficiant des moyens numériques modernes est plus fidèle qu'une ancienne reproduction entièrement analogique. 29