Petit traité d'existence à l'usage des jeunes artistes et des amateurs d'art

De
Publié par

Ce catalogue un brin extravagant est une manière ludique de pénétrer l’histoire de l’art contemporain. Des actions réalisées dans le champ de l’art y sont décrites comme de petits synopsis parlant à chacun selon sa sensibilité, ou encore comme des partitions interprétables par tous. Leurs auteurs peuvent être identifiés en allant au répertoire situé en fin d’ouvrage. Les initiés pourront ici reconnaître et contrôler le bien-fondé de leurs connaissances, et les non-spécialistes découvrir ce qu’ils croyaient auparavant impossible ou déraisonnable.


Les mille interventions qui constituent cet ouvrage, apparaissant politiques, absurdes, philosophiques, obscènes, voire poétiques, ne manquent pas de nous questionner sur ce qu’est ou ce que prétend être l’art aujourd’hui, tant dans les motivations des créateurs, dans leurs pratiques, que dans leurs conceptions du beau, du bien ou de la vérité.


Cette version numérique propose un véritable système de lecture interactif vous permettant de naviguer entre les actions présentées et leurs auteurs facilement et rapidement, de retrouver aisément parmi tous les artistes présentés un artiste en particulier...


Publié le : lundi 15 octobre 2012
Lecture(s) : 24
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782917829707
Nombre de pages : 178
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

Jean-Paul Thenot

Petit traité d’existence

à l’usage

des jeunes artistes

et des amateurs d’art

Cet ouvrage est une production de Critères Éditions.
Critères Éditions 2012.
Toute reproduction, même partielle est interdite
sans autorisation de Critères Éditions et de l’auteur.
Critères Éditions
11 rue Aimé Berey, 38000 Grenoble
editions@criteres-editions.com


www.criteres-editions.com

Conception et réalisation : Critères Éditions
ISBN 978-2-917829-70-7
Dépôt légal à parution

« Sache toi aussi divaguer en m’écoutant,
si tu veux saisir le sens profond
de mes paroles. »

Tchouang-tseu

Prendre l’Art au mot

Chacun d’entre nous a rêvé de réaliser une action, qu’elle soit grandiose ou presque insignifiante, mais qui ait un sens et exprime quelque chose d’important, qui serait comme un souffle intense qui donne soudain le sentiment illusoire mais profond d’être libre et d’exister pleinement. L’insatisfaction permanente nichée au cœur de l’homme est le moteur essentiel de l’action et de la création. Nous nous adonnons presque tous, parfois sans le savoir, à la fuite dans l’activité ou au divertissement au sens pascalien, pour répondre à la pesanteur de l’existence.

Le fait d’exister est une lourde tâche et l’art d’être, pourrait-on dire, est sans doute un art que certains artistes abordent avec sérieux et d’autres avec humour et légèreté. Certains cherchent à nier le réel, ou à l’embellir, d’autres à le modifier au gré de leurs désirs, ou mieux, le transfigurer. La recherche d’éventualités s’impose pour agir sur le monde de manière utopique ou réelle. Œuvrer, c’est construire et se construire, exprimer sa manière d’être au monde. C’est se projeter dans un ailleurs imaginaire, celui des potentialités futures et d’une mise en actes des possibles.


En vérité, quand vous vagabondez en zappant dans cette liste d’actions qu’il est conseillé d’appeler partitions et d’utiliser au sens musical du terme, c’est-à-dire comme quelque chose d’écrit et de noté, jouable et rejouable à l’infini par des interprètes, vous avez la surprise de rencontrer toutes sortes de propositions. Elles peuvent paraître tour à tour politiques, philosophiques, absurdes, provocatrices ou carrément obscènes, pas toujours artistiques. Selon votre sensibilité, vos centres d’intérêts, vous leur accorderez un certain sens, qui sera inévitablement différent d’un lecteur à l’autre.

Vous serez induits, vous aussi, à proposer votre signification, par le jeu d’une libre association d’idée. Ce qui montre qu’il n’est pas besoin d’interpréter le plus fidèlement et le plus intellectuellement possible un récit original, mais qu’il suffit de se laisser aller, d’oublier que l’interprétation, au sens musical, est une forme et que pour saisir cette forme, il faut revenir à l’essence du récit, c’est-à-dire d’une certaine manière à soi-même et à son propre imaginaire.


Proust, dans Le Temps retrouvé, abonde dans notre sens : « En réalité, chaque lecteur est, quand il lit, le propre lecteur de soi-même. L’ouvrage de l’écrivain n’est qu’une espèce d’instrument d’optique qu’il offre au lecteur afin de lui permettre de discerner ce que, sans ce livre, il n’eût peut-être pas vu en soi-même. » Plus loin, il poursuit : « Regardez vous-même si vous voyez mieux avec ce verre-ci, avec celui-là, avec cet autre »… L’affinement de l’observation ne va pas sans une certaine sophistication du langage. Le filtrage du monde objectif par la sensibilité de chacun peut être révélé par la qualité de l’appareillage optique que peut devenir la littérature, dans un usage bien pensé.

Le parti prix des mots

Contrairement à l’idée reçue, une description photographique n’est pas forcément plus éclairante qu’une description verbale. La photo n’est qu’une appréhension possible d’une œuvre. Prise sur un lieu précis, son cadrage et sa signification restent très subjectifs et ne permettent pas, contrairement à ce que l’on croit, de mieux percevoir les œuvres, de mieux les comprendre ou d’en être ému. Elle n’est que reproduction partielle, hors échelle, hors coloris, hors contexte, hors cadre, de quelque chose qui s’est absenté surtout lorsqu’il s’agit, comme ici, d’actions qui ont eu une durée et un vécu particuliers. La part d’invisible s’en échappe tellement, qu’une reproduction photographique n’évoque qu’avec peine quelques cendres de la création.


Pour ceux qui me considèrent trop dadaïste ou trop philosophe, c’est selon, je les renvoie au site de l’Américain Matt Richardson. Il vient d’inventer un appareil qui produit des descriptions d’images au lieu d’images. Je m’explique : on cadre l’objet et lorsqu’on appuie, au lieu d’une photo, il sort un texte imprimé qui décrit l’objet ou parfois donne des jugements esthétiques sur le réel. Exactement ce que vous allez trouver dans ces pages. Excepté que je ne décris pas des objets, mais des gestes, des intentions, des performances. D’où le recours aux mots et à une forme symbolique de description du réel émotionnel par le langage…

L’œuvre comme partition

En dépassant l’aspect langagier des partitions, nous pourrions aller voir du côté de leur capacité conceptuelle à être saisies et transmises à une sorte de postérité. Le remake, bien connu au cinéma, affirme l’idée de modèles réutilisables à l’infini, de synopsis disponibles tant pour l’action quotidienne que dans un espace artistique. C’est dans la différence que se joue l’expérience humaine : l’art est le produit de cet écart. Le développement d’Internet et du numérique, la démocratisation de l’information, l’apparition du sampling ont facilité l’émergence d’une nouvelle culture, où, pour résumer schématiquement, l’instrumentiste est devenu moins important que le remixeur, les concerts moins excitants que les rave party et où la notion d’authentique ou de faux est passée à la trappe. L’appropriation est devenue un mode d’existence et chacun peut se permettre de tout re-jouer.


Une conception ouverte et évolutive de la conservation des œuvres autoriserait une part d’interprétation. Cette interprétation est à entendre de deux manières : elle sert à la fois à expliquer - comme le ferait un critique -, mais aussi à exécuter - comme le ferait un instrumentiste pour une œuvre musicale. Autrement dit, la faire exister par sa « mise en circulation dans le monde », grâce à la médiation et à la qualité de celles ou de ceux qui l’interprètent. Toute intervention créée pourrait être traitée comme la possible déclinaison d’un concept abstrait qui, lui, constituerait l’œuvre véritable faite de ses interprétations successives.

Questionner la pratique artistique

L’ancêtre de ce livre est un envoi postal « Constat d’existence » expédié en 1970 non seulement aux professionnels de l’art, critiques, artistes, galeristes et collectionneurs, mais également à trois cents personnes choisies par des tables de nombre au hasard. Dans cet envoi étaient énoncées de la même manière, en quelques phrases, des propositions réalisées par quelques artistes reconnus de l’époque, sans toutefois mentionner leur nom. Ce message, isolé de tout contexte et de toute référence demeurait peu compréhensible pour les destinataires « anonymes » qui le recevaient et restait dans la perspective d’une énigme en gardant, du moins peut-on l’espérer, une portée réellement « questionnante », que le message soit identifié ou non en tant que fait artistique.

C’est cette ambiguïté au niveau du décryptage qui est intéressante, dans la mesure où elle met en évidence les différents niveaux de lecture que suscite un même texte, selon s’il est identifié ou non en tant que fait artistique. De nos jours, l’œuvre n’est devenue qu’indice de son contenu et l’art est ailleurs, comme toujours, au-delà du visible. Autrefois, en se fiant attentivement à la forme, on accédait au sens d’une œuvre. Parmi d’autres, les noms de Kazimir Malevitch et de Marcel Duchamp symbolisent la fin du lien classiquement entretenu entre la forme et le sens. En contrepartie, cela induit le risque et la possibilité de présenter tout et n’importe quoi…


Nous avons regroupé les actions dans douze chapitres dont les titres et le classement restent volontairement aléatoires. Le choix des actions est tout aussi arbitraire et injuste. Il existe trois mille, dix mille et plus, d’actions réalisées de par le monde, dont un grand nombre d’auteurs nous sont tout à fait inconnus. Nous avons limité notre sélection à 1 000, un choix qui comprend inévitablement de nombreuses omissions et une subjectivité évidente.


Résumons-nous, un petit vent extravagant et insensé souffle dans ce catalogue atypique, qui renvoie pourtant à des actions qui ont effectivement été réalisées par une ou plusieurs personnes, soit dans le cadre d’une intention artistique, soit lors d’un projet la dépassant, en profitant du champ de l’art pour l’exprimer. Les mille interventions qui constituent cet ouvrage ne manquent pas de nous questionner sur ce qu’est ou ce que prétend être l’art aujourd’hui, tant dans les motivations des créateurs et leurs pratiques, que dans leurs conceptions du beau, du bien ou de la vérité.

Pour le dire autrement, ce petit livre n’est rien d’autre, au temps du zapping permanent, qu’une manière ludique de pénétrer un aspect de l’histoire de l’art contemporain. En se référant au numéro de chaque partition et en allant au répertoire situé à la fin de l’ouvrage, les initiés pourront reconnaître et contrôler le bien-fondé de leurs connaissances, et les non-spécialistes découvrir ce qu’ils croyaient auparavant impossible ou déraisonnable. Bref, l’opportunité de prendre l’art au mot…


Jean-Paul Thenot

1

Faire
l’espiègle

Touchez les numéros des actions pour connaître automatiquement leurs auteurs.

1 – Faire de l’auto-stop avec comme seul bagage son piano.

2 – Lâcher des rats en liberté au milieu du public.

3 – Faire jouer un match de football avec deux ballons, histoire de remettre en question les règles et d’observer l’attitude des footballeurs dont les repères trop codifiés entravent la liberté de jeu.

4 – Vendre à 1 00 euros, dans une foire d’art contemporain, 1 000 monochromes rouges d’un mètre par un mètre, préalablement exécutés par des ouvriers, dans une fabrique des environs de Shanghai.

5 – Organiser un circuit de visites guidées dans les musées qui évitent purement et simplement, mais aussi systématiquement, tous les tableaux de nus.

6 – Monter tout en haut d’une échelle double, en plein milieu d’un boulevard, et s’asseoir au sommet pour regarder passer les gens avec des jumelles.

7 – Exécuter une symphonie de Beethoven à rebours.

8 – Ne pas sourire pendant plusieurs jours.

9 Attaquer à coup d’œufs et de farine un train de touristes, avec l’aide d’enfants, devant des caméras de télévision et des photographes convoqués pour l’occasion. Filmant la scène sans intervenir, ils en deviennent ainsi les complices.

10 – Inventer une drogue euphorisante.

11 – Passer en boucle une vidéo où l’on voit flotter le drapeau tricolore avec une bande son où résonnent sifflets, hurlements et injures. Autrement dit, s’offrir le luxe d’exposer publiquement une œuvre illégale, la loi punissant de 7 500 euros d’amende les insultes au drapeau français. Demander à une association amie de ce style d’action d’accrocher un chèque de la même somme auprès de cette installation.

12 – Revendiquer fièrement des faux en écriture, un pillage informatique et la diffusion de scènes privées.

13 – Faire le tour du monde à la recherche de substances illicites et les absorber aux quatre coins de la planète afin d’accomplir une œuvre de narcotouriste.

14 – Parodier les discours et s’interroger, au cours de conférences publiques, sur l’écart entre la vérité et la certitude.

15 – Rédiger un communiqué de presse, le traduire en douze langues minoritaires qui ne sont pas présentes dans l’art contemporain. Les informations deviennent non identifiables et incompréhensibles pour la presque totalité des visiteurs.

16 – Infliger au spectateur des sévices symboliques. Effectuer une mise en scène violente dans une pièce obscure, avec un flash et un bruit d’arme à feu assourdissant.

17 – Inviter par affiches à venir uriner dans une réplique de la Fontaine de Duchamp, remise en état de fonctionnement pour l’occasion.

18 – Se faire embaucher pendant trois semaines comme femme de chambre dans un hôtel. Faire le ménage et pendant ce temps examiner les affaires des occupants de ces chambres. Noter sur un carnet tous les sentiments et impressions, prendre des photos, réunir le plus d’informations possible par la seule observation des effets personnels des clients. Publier les documents.

19 – Suivre une vieille dame dans une rue sombre comme si l’on avait l’intention de l’attaquer. Bondir sur elle en criant puis la prendre en photo.

20 – Voler auprès d’amis, d’associations ou d’entreprises, des objets ayant plus ou moins de valeur, comme un sac de confettis ou un caleçon bleu. Les exposer et les répertorier en indiquant le jour et le lieu du vol ainsi que le nom de la victime. Inviter les propriétaires de ces petites choses à les redécouvrir et, éventuellement, à récupérer leur bien, en le considérant comme matière à œuvre d’art.

21 – Après avoir trouvé un carnet d’adresses perdu dans une rue, demander aux personnes dont les noms y figurent de parler de son propriétaire. Publier le tout dans un grand quotidien, ce dernier devenant instrument et/ou complice de la démarche.

22 – Organiser un festival de destructive art, où plusieurs actions de type « casse à la masse » ou « mise à feu » se font dans la rue.

23 – Bombarder de pierres un réfrigérateur sur la place d’une ville, face à des personnes qui pourront témoigner.

24 – Placer sur le mur d’une galerie trente-et-une lames de scie circulaire très proches les unes des autres et tournant à 3 200 tours minute.

25 – Poursuivre un inconnu clandestinement pendant quelques jours. Noter ses déplacements et le photographier à son insu.

26 – Exposer en pleine ville, avec un réel souci pédagogique, la méthode de conception d’un cocktail Molotov, ou encore les plans d’un livre piégé.

27 – Ruiner des sites officiels Internet pour défendre les droits des zapatistes et se servir des médias pour humilier publiquement certaines institutions.

28 – Écrire des manuels de construction qui proposent de subvertir les normes d’habitations inadaptées aux modes de vie contemporains. Il pourrait s’agir, par exemple, d’un mode d’emploi pour étendre la surface d’un appartement sans illégalité : une nouvelle chambre, soutenue par des échafaudages, peut se justifier légalement par la nécessité de ravaler une façade.

29 – Exposer d’impressionnantes sculptures de lumières, créées avec des détritus ménagers.

30 – Circuler dans des lycées en proposant aux élèves un éloge de l’analphabétisme.

31 – Effectuer des trous et des excavations dans le désert.

32 – Poser, comme enseigne, une seringue en néon de cinq mètres de haut dans un quartier de dealers. Provoquer discussions et scandales par cette stratégie publicitaire, au profit d’un acte qui est plus qu’un simple trait d’esprit.

33 – Monter une entreprise et fonder un véritable usage artistique de l’économie.

34 – Ouvrir un restaurant à thème pharmaceutique.

35 – Dépenser toute son énergie à lutter contre la qualité de l’œuvre.

36 – Jouer une pièce de théâtre dans les toilettes de l’université de Saint-Denis, toilettes qui, en tant que lieu clos et oppressant, permettent une proximité rarement manifestée au théâtre.

37 – Présenter comme des œuvres nouvelles, des remakes de tableaux du groupe des « Incohérents », exposés un siècle auparavant. Ne révéler le pot aux roses qu’une fois les œuvres vendues comme des petits pains.

38 – Se donner rendez-vous avec un objet, pour des retrouvailles impossibles et dans une surenchère à la fois réfléchie et fantomatique.

39 – Disposer au sol des entassements de planches formant un trottoir, comme sur un chantier, au milieu d’un espace public.

40 – Expérimenter la démultiplication des rôles : artiste, critique, collectionneur, éditeur ou commissaire d’exposition.

41 – Faire en sorte que les visiteurs marchent sur le drapeau américain pour accéder à des images de manifestations contre la politique étrangère américaine.

42 – Utiliser des fourmis vivantes pour réaliser une œuvre : des grains de sable colorés formant des drapeaux de toutes les nations sont, avec le temps, déplacés par les fourmis de façon à ne plus former qu’un seul drapeau aux couleurs mélangées

43 – Quitter un lieu d’exposition le matin, marcher en ville et à un endroit précis, se déterminer à compter ses pas. Revenir au point de départ et rendre compte de cette situation. Être invité et payé pour accomplir ce qui est simplement la réitération d’un geste quotidien.

44 – Intégrer des sculptures organiques, comme celles momifiées d’un cheval en érection et d’une jument au vagin dilaté.

45 – Aller au-devant de pierres, d’éclats de faïence et de porcelaine, pour un rendez-vous avec quelque chose d’indéfinissable qui se matérialisera sous les yeux et dans les mains, en un objet tout à la fois imaginaire et réel.

46 – Installer douze chevaux à la galerie L’Attico à Rome.

47 – Exposer un âne vivant dans une galerie new-yorkaise sous un lustre de cristal.

48 – Mettre en scène un chien albinos attaché au mur, dans un environnement où figurent un tas de terre et des blocs de glace.

49 – Installer un nain géant à l’entrée d’un parc, portant un énorme sapin de Noël, qui est en fait un godemiché de quinze mètres de haut.

50 – Raturer des photos de bébés avec un stylo Bic, pour dessiner des enfants aux yeux rayés.

51 – Représenter Lénine avec une fesse anamorphique, panifiée et molle du bout.

52 – Élever des cochons en Chine, puis les tatouer et vendre leur peau en tant qu’œuvre à des collectionneurs.

53 – Fabriquer une poupée grinçante, à l’échelle humaine, sculpture composite qui autorise une manipulation apparemment illimitée. Ce qui nous renvoie au monde de l’enfance et brise avec une force inouïe toute illusion d’innocence de ce paradis perdu.

54 – Mettre en scène, dans une cage, des silhouettes d’enfants réalisées avec des graines agglomérées. Placer des pigeons par dizaines, qui viendront picorer les bouilles des gamins. Poser la question de ce qui nous choque : les apparences de bambins malmenés ou les mauvais traitements infligés aux volatiles qui excitent la vindicte publique, appel au meurtre, gavage forcé.

55 – Inviter quelques quidams à mettre leur tête dans le cul d’une vache sculptée.

56 – Photographier un téméraire poing planté dans un anus.

57 – Abandonner au regard du public, par l’intermédiaire de photographies, son lit souillé de sperme, de bière et de serviettes hygiéniques usagées.

58 – Enterrer quatorze postes de télévision hors d’usage en les laissant affleurer au niveau du sol, leurs écrans tournés vers le ciel ; positionnés de telle sorte qu’ils forment l’équivalent visuel du latin video, « je vois », en langage braille.

59 – Peindre les trois couleurs du drapeau belge sur un fémur d’os de poulet.

60 – Disposer à l’intérieur d’une galerie tous les accessoires nécessaires à l’utilisation de drogues : seringues, poudre, coton, alcool, petites cuillères… Les placer simplement sur une table de telle sorte qu’ils puissent être dérobés facilement durant l’exposition.

61 – Offrir au public l’expérience inédite d’être autorisé à faire dans une galerie d’art tout ce qui est d’ordinaire strictement interdit ; à savoir toucher, utiliser, tester, ou emporter les objets présentés.

62 – Inonder une galerie avec trois complices, monter sur des échelles pour se trouver au-dessus de l’eau, et jeter un fil électrique branché sur 220 volts. Rester là à regarder, pendant plusieurs heures.

63 – Faire couler du sang à l’entrée d’une exposition qui commence et se termine par un documentaire sur les camps d’extermination.

64 – Installer une machine à baptiser dans une église et déclencher la colère des fidèles en faisant dégouliner de la résine sur les certificats de baptême, en déclarant qu’il s’agit du sperme du créateur.

65 – Utiliser tout le budget de production d’une exposition pour racheter une partie de la dette italienne.

66 – Maroufler des publicités, récupérer des icônes kitsch ou placer en apesanteur des ballons de basket-ball dans des conteneurs immaculés.

67 – Former un mouvement où chaque tableau est un bristol d’une grande sobriété.

68 – Réaliser des coulures pour soutenir visuellement des peintures anciennes, dans la Chapelle des charcutiers de l’église Saint-Sulpice.

69 – Exposer au centre d’une chapelle un aquarium où fourmillent des asticots, afin de montrer la beauté dans ses aspects visuels les plus répulsifs. En changeant notre regard, la beauté apparaît partout.

70 – Installer des bidons sur une place ancienne classée par les monuments historiques, sans attirer l’attention des pouvoirs publics.

71 – Provoquer une perte des repères en agrandissant certains meubles ou objets, pour qu’ils retrouvent la taille démesurée qu’ils avaient à nos yeux d’enfants : brouette de deux mètres de haut, lit gigantesque, carnet de croquis si lourd qu’on attrape des crampes en tournant les pages.

72 – Proposer, sous la forme d’un protocole rédigé de manière laconique, de se livrer à toutes sortes de pitreries plus ou moins impossibles et proches de la notion de défi, comme se tenir debout sur deux melons le plus longtemps possible, rester cinq minutes les pieds dans un seau avec un autre sur la tête, garder deux champignons fichés dans les narines ou se coucher sur des balles de tennis.

73 – Faire disparaître le contenu de son exposition en confiant aux spectateurs le soin de le trouver, à savoir une liasse de billets de 50 000 francs suisses cachés dans l’espace du lieu. Demander aux visiteurs de fouiller méticuleusement les lieux, sans même hésiter à percer les cloisons. Pour que personne ne trouve, respecter le bon vieux principe d’Edgar Poe de la lettre volée, la liasse étant à portée de main puisque cachée dans la poignée de la porte.

74 – Décider une nuit d’obstruer toutes les serrures des banques bruxelloises au moyen d’allumettes.

75 – Écrire au pochoir « Que regardez-vous ? » sur un mur jouxtant une caméra de vidéo surveillance.

76 – Bouger mécaniquement, un peu comme des créatures anthropomorphiques. Se couvrir le visage de maquillage doré tandis qu’un petit magnétophone portatif diffuse une rengaine de music-hall des années 1930.

77 – Marcher dans une rue, avec un pistolet Beretta 9 mm dans la main droite. Observer les réactions des passants. Marcher le plus longtemps possible.

78 – Réaliser des feux d’artifice comme un vendeur de rêves, et utiliser des énergies et non des matériaux.

79 – Fabriquer l’équivalent black du Bibendum Michelin. Le personnage a le poing levé à la manière des leaders des Black Panthers, une coupe de cheveux afro et la peau noire.

80 – Réaliser un grand dessin d’un « orgue à pets », fonctionnant avec un tuyau en verre qui fait des kilomètres de virages et s’achève par une partition.

81 – Remarquer depuis une rue la vitre brisée d’une fenêtre, installer un coussin dans le cadre laissé vide pour obstruer ce dernier, geste ténu et modeste qu’aucune indication particulière ne contribue à mettre en évidence.

82 – Se dissimuler en plein hiver dans un sac-poubelle, sur un trottoir enneigé, et faire le mort.

83 – Demander à un couple de s’embrasser à travers une vitre transparente. En effectuer quelques photographies en vue de les publier.

84 – La veille d’un vernissage, passer par la fenêtre du lieu d’exposition et s’enfuir. L’œuvre présentée devient une échelle de fortune faite de draps noués les uns aux autres, laissée sur la façade.

85 – Clouer une à une les touches de son piano.

86 – Se faire tracter par une automobile, sur une route de campagne, assis dans un kayak.

87 – Déplacer de l’ombre à la lumière un amas de pierres moussues afin qu’elles reçoivent le soleil pour la première fois.

Les milles
descriptions
et leurs
auteurs

1 Serge iii Oldenbourg

2 Vautier Benjamin (Ben)

3 Tzaig Uri

4 Julliard Pascal

5 réalisé au Virginia Museum of Fine Arts

6 Snyers Alain

7 Marinetti Filippo Tommaso

8 Higgins Dick

9 Boucherot Marc

10 Höller Carsten

11 Castro Jota

12 Declercq Alain

13 Alÿs Francis

14 Duyckaerts Éric

15 García Dora

16 Lévêque Claude

17 Lennep Jacques

18 Calle Sophie

19 Un étudiant de la Villa Arson

20 Paraponaris Hervé

21 Calle Sophie

22 Metzger Gustav

23 Durham Jimmie

24 Green Gregory

25 Calle Sophie

26 Green Gregory

27 Electronic Disturbance Theater (groupe)

28 Parejo Santiago Cirugeda

29 Webster Sue et NOBLE Tim

30 Bedard Thierry

31 Heizer Michael, Smithson Robert, Land art

32 Brinch Jes, Jakobsen Henrik Plenge

33 Hyber Fabrice

34 Hirst Damien

35 Hirschhorn Thomas

36 Schwab Werner

37 Présence Panchounette

38 Duchamp Marcel

39 Kawamata Tadashi

40 Broodthaers Marcel, Duchamp Marcel, Obrist Hans Ulrich

41 Tyler Dread Scott

42 Yanagi Yukinori

43 Brouwn Stanley

44 Semefo (groupe), Lopez Carlos, Angulo Arturo, Margolles Teresa

45 Cheval Ferdinand (Facteur Cheval), Isidore Raymond (Picassiette), et tous les « singuliers » de l’art

46 Kounellis Jannis

47 Cattelan Maurizio

48 Calzolari Pier Paolo

49 McCarthy Paul

50 Messager Annette

51 Dalí Salvador

52 Delvoye Wim

53 Bellmer Hans

54 Attia Kader

55 Kulik Oleg

56 Mapplethorpe Robert

57 Emin Tracey

58 Minkoff Gérald

59 Broodthaers Marcel

60 Pommereulle Daniel

61 Obrist Hans Ulrich

62 Burden Chris

63 Bismuth Pierre

64 Cardinali Faust

65 Motti Gianni

66 Koons Jeff

67 Allais Alphonse

68 Armleder John

69 Knight Nick

70 Pagès Bernard

71 Fourtou Jean-François

72 Wurm Erwin

73 Motti Gianni, et Büchel Christoph

74 Dehoux Robert

75 Banksy

76 Gilbert & George

77 Alÿs Francis

78 Hubert Pierre-Alain

79 Peinado Bruno

80 Barbier Gilles

81 Alÿs Francis

82 Borsato Diane

83 Kovanda Jiri

84 Cattelan Maurizio

85 Maciunas George

86 Signer Roman

87 Pane Gina

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.