Poux, puces, punaises

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Cet ouvrage confronte données matérielles, textuelles et iconographiques pour répondre à un certain nombre de questions concernant le rapport de l'homme à ses parasites au cours de l'histoire. Où et comment les a-t-on pensés, décrits, répertoriés et représentés ? Comment a-t-on expliqué leur origine, leurs modes d'existence et leurs modes d'action ? Quelle est la dimension symbolique voir spirituelle de ces créatures, à la fois sujets de considérations scientifiques et médicales et objets de création langagière et artistique.
Publié le : mardi 1 décembre 2015
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EAN13 : 9782336397764
Nombre de pages : 420
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considérations scientiIques, ils sont aussi objets de création artistique et langagière.
SOus Là DiRectiOn De FRànck Collard et ÉveLyne Samama
POUX, PUCES, PUNAISES LA VERMINE DE l’HOMME
Découverte, descriptions et traitements Antiquité, Moyen Âge, Époque moderne
POUX, PUCES, PUNAISES LA VERMINE DE L’HOMME
Rencontres d’histoire de la médecine, des pratiques et des représentations médicales dans les sociétés anciennes Publications précédentes : Air, miasmes et contagion. Les épidémies dans l’Antiquité et au Moyen Âge,études réunies par D. Quéruel, É. Samama et S. Bazin-Tachella, Langres : Dominique Guéniot, juin 2001, 198 pages, lSBN 2-87825-208-X Le corps à l’épreuve. Poisons, remèdes et chirurgie : aspects des pratiques médicales dans l’Antiquité et au Moyen Âge,études réunies par Fr. Collard et É. Samama, Langres : Dominique Guéniot, juillet 2002, 192 pages, lSBN 2-87825-233-0 Mires, physiciens, barbiers et charlatans. Les marges de la médecine de e l’Antiquité au XVI siècle, études réunies par Fr. Collard et É. Samama, Langres : Dominique Guéniot, mars 2004, 180 pages, lSBN 2-87825-277-2 Pharmacopoles et apothicaires, les « Pharmaciens » de l’Antiquité au Grand Siècle, études réunies par Fr. Collard et É. Samama, Paris : L’Harmattan, août 2006, 196 pages, ISBN 2-296-01061-X Handicaps et sociétés dans l’histoire. L’estropié, l’aveugle et le paralytique, études réunies par Fr. Collard et É. Samama, Paris : L’Harmattan, mars 2010, 226 pages, ISBN 978-2-296-11443-2 Dents, dentistes et art dentaire. Histoire, pratiques et représentations Antiquité, Moyen Âge, Ancien Régime, études réunies par Fr. Collard et É. Samama, Paris : L’Harmattan, décembre 2012, 370 pages, ISBN 978-2-336-29012-6
Sous la direction de Franck COLLARDet Évelyne SAMAMAPOUX, PUCES, PUNAISES LA VERMINE DE L’HOMME Découverte, descriptions et traitements Antiquité, Moyen Âge, Époque moderne
Comité de lecture pour le présent ouvrage : Nicoletta Palmieri Laurence Moulinier Brogi Elisabeth Belmas Edition, mise en page et maquette : Franck COLLARD et Évelyne SAMAMA avec le concours de Nicolas BOILEAU (UVSQ)
© L’Harmattan, 2015 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-07898-4 EAN : 9782343078984
A v a n t - p r o p o sDepuis bientôt presque vingt ans, les « Rencontres d’histoire de la médecine, des représentations et des pratiques médicales » réunissent, dans une démarche diachronique et pluri-disciplinaire, des philologues, historiens, littéraires, historiens de l’art, archéologues, anthropologues, scientifiques et médecins pour interroger le passé éloigné, de l’Antiquité aux Temps modernes, de l’Orient au Nouveau Monde, sur des questions diverses et e variées. Si grandes aient-elles été, les révolutions survenues depuis le XIX siècle dans le domaine de la médecine et dans le monde sanitaire n’ont pas coupé totalement ceux-ci des réalités pathologiques et thérapeutiques qui prévalurent des siècles durant dans des sociétés dites traditionnelles, certes pauvres en moyens de guérison, mais moins résignées qu’on a pu le dire à la souffrance et aux maladies. Sans négliger de mettre les représentations forgées par les périodes reculées sur l’arrière-plan des connaissances actuelles, il s’agit de les explorer et de les comprendre dans leur contexte, sans exclure la possibilité d’en percevoir encore quelques prolongements ou vestiges en notre temps. Parmi les nuisances du quotidien, en des temps d’hygiène sommaire et de promiscuité, les parasites de l’homme que sont poux, puces et punaises (selon une classification qui n’était pas celle du passé) ont tenu une place rien moins qu’anecdotique. Mais leur trivialité a longtemps détourné le regard des historiens de ces créatures minuscules qui opèrent un retour marqué dans les sociétés dites avancées. Le sujet a une première dimension de « philosophie naturelle » : où et comment a-t-on pensé, décrit, répertorié et représenté, à travers les siècles, ce qui ne se nomme « parasites » que e depuis le XVIII siècle seulement ? Comment a-t-on expliqué à la fois leur origine (externe ou interne ?), leurs modes d’existence (voyage dans le corps) et leurs modes d’action (agitation démangeante ou parasitage) ? Se rattachent à cette première série de problèmes des interrogations sur les conditions d’hygiène dans les sociétés anciennes souvent caricaturées à cet égard, ainsi que des questions sur la vision symbolique, voire spirituelle, de ces créatures participant de la misère de l’homme mais aussi, croit-on, de la gloire divine de l’engendrement sans accouplement, censé caractériser leur génération. La deuxième dimension, médicale, concerne les pathologies liées aux « parasites » ainsi que les protocoles thérapeutiques mis en œuvre, préventivement ou curativement, pour obvier à leurs effets ou les combattre. Ces moyens incluent aussi des procédures non pharmacologiques voire non savantes, comme l’épouillage qui a beaucoup intéressé anthropologues et ethnologues. Les vingt-cinq contributions rassemblées sont la forme écrite des communications présentées au colloque des 11, 12 et 13 mars 2015 à l’Université de Versailles-St-Quentin-en-Yvelines, au Centre Scipion de 5
l’AP-HP (Assistance publique – Hôpitaux de Paris) et à l’Université de Paris Ouest Nanterre. Deux journées d’études préparatoires, tenues en novembre 2013 à la MSH Paris-Nord puis en mars 2014 à Nanterre, ont permis de dégager les grands axes de la réflexion qui forment l’ossature de ce volume. Journées d’études et colloque ont été financés par trois laboratoires, l’EA 2356 Pléiade (Université de Paris-13, Sorbonne-Paris-Cité), l’EA 1587 CHiSCO (Université de Paris-Ouest Nanterre La Défense) et l’EA 2449 DyPaC (Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines), par l’ED 395 de l’Université de Paris-Ouest Nanterre et par le Forum « Jeu et Société » ainsi que par le Conseil régional d’Île-de-France. Toute notre gratitude va à Elisabeth Belmas, professeur à l’université de Paris-13, qui a, une nouvelle fois, œuvré au bon déroulement de nos rencontres. L’AP-HP nous a reçus dans les magnifiques locaux de l’Espace Scipion et nous remercions pour leur accueil Patrice Guérin, conservateur en chef des Archives de l’AP-HP, et son équipe. Nous sommes très reconnaissants à Nicolas Boileau (UVSQ DyPac) d’avoir trouvé et adapté l’image qui a illustré l’affiche du colloque et la couverture de ce livre.La publication des actes a été possible grâce au Forum « Jeu et Société » et Conseil régional d’Île-de-France. Historienne, c’est-à-dire soucieuse de comparer les époques et les aires pour mettre en évidence les transmissions, les permanences et les évolutions, la démarche suivi a visé à dégager les voies d’approche d’un thème à première vue aussi insaisissable que les animalcules qu’il concerne et à confronter les données matérielles, textuelles et iconographiques, en faisant varier les modes de présence des poux, puces et punaises, sujets de considérations scientifiques et médicales, de création artistique et langagière, mais aussi objets d’exaspérations nocturnes et de traitements plus ou moins élaborés, véhicules d’une dimension symbolique et support de discours moraux, voire théologique. Le propos a été divisé en autant de sections qu’il y a de créatures mentionnées dans le titre. La première regroupe des réflexions sur les traces matérielles et verbales laissées dans l’histoire par les poux et leurs cousines, après un cadrage parasitologique qui donne l’état des savoirs actuels et montre la permanence d’affections pédiculaires ou autres présentes aux époques les plus lointaines et détectables lors de fouilles archéologiques par paléo-anthropologues et paléo-parasitologues à l’affût de la moindre marque de grattement ou de la moindre larve fossilisée. Non contentes d’infester les corps, les linges et les demeures, les bestioles considérées se répandent aussi dans le langage et les différentes langues, leurs maux se transcrivent en mots. Leur lexicographie est riche d’enseignements dans des domaines qui dépassent de loin la seule philosophie naturelle. La deuxième section explore les aspects plus proprements scientifiques de la question à travers des sources textuelles savantes qui relèvent soit de la description (encyclopédique ou non) de la nature, avec le problème de la visibilité du minuscule et celui de la classification de nos 6
créatures, soit des écritures médicales. Cette documentation se caractérise certes par l’absence de traité spécifique dévolu aux trois catégories étudiées — puisque la notion de parasite émerge très tardivement — mais aussi par la relative abondance de réflexions produites à leur propos, leur enrichissement à partir de la base greco-romaine, la grande fidélité des auteurs arabo-musulmans et occidentaux à des « vérités » fausses (la génération spontanée en particulier) mais aussi l’importance des préoccupations prophylactiques ou curatives qui témoignent à la fois de l’enfer de démangeaison que pouvait être le quotidien des gueux ou des rois et de la recherche de solutions pour améliorer les choses. Comme dans la première section, la dimension morale et symbolique affleure, car même les créatures les plus viles reflètent un ordre du monde voulu par la Providence. La dernière section aborde plus directement ces dimensions en envisageant poux et consorts comme des motifs de jeux (littéraires ou libertins), de méditation spirituelle (impureté et humilité), de réflexion politique (pédiculose et tyrannie, majesté et misère du corps) ou de représentations picturales qui donnent à voir ce que, grâce aux progrès modernes de l’optique, les « lunettes à puces », premier nom du microscope, commencent au même moment à mieux pouvoir discerner. Ainsi peut-on espérer que le lecteur aura une connaissance, sinon complète du moins diversifiée, sur un sujet rien moins que saugrenu ou incongru. Car, outre le fait qu’il met en jeu les plaies de l’existence quotidienne des populations du passé et regarde donc l’histoire sociale à travers celle du corps, il offre des perspectives de grand intérêt sur l’histoire des idées scientifiques et médicales ainsi que sur l’histoire des représentations. On sait, depuis Michel Pastoureau, que les animaux ont une histoire qui dit beaucoup sur celle des hommes. Il n’y avait aucune raison de laisser dans l’ombre poux, puces et punaises au prétexte qu’ils comptent parmi les plus vils et les plus menus. Une culture commune s’est construite à leur « contact », de la Grèce ancienne à Byzance et Bagdad, du Moyen Âge au Grand Siècle, du Vieux Monde aux Antilles. Et ils ont concouru à changer la vision des choses. S’il faut absolument trouver une « modernité » au sujet, on peut dire, à bien y réfléchir, qu’elle réside moins dans la réapparition récente des punaises de lits que dans le rôle tenu dans l’invention de la science moderne par les poux et les puces. L’appareil inventé pour voir ces dernières a permis l’invalidation de la théorie de la génération spontanée incarnée, si l’on ose dire, par les premiers. Utile vermine, qui, bien loin de matérialiser la punition divine qu’elle était censée être aux yeux des théologiens ou des moralistes de jadis, a piqué la curiosité des hommes et élargi les champs d’investigation des historiens. Franck Collard et Évelyne Samama octobre 2015 7
PREMIÈRE PARTIE MOTS, MAUX ET TRACES : DÉCOUVRIR, IDENTIFIER, NOMMER
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