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Robot : de l'homme artificiel à l'homme synchronique ?

De
168 pages
Partant du double constat des progrès accomplis par la recherche en robotique et en informatique et de la place qu'occupent les robots et autres I.A. (Intelligence Artificielle) dans la culture populaire, cet ouvrage montre comment ces progrès nous invitent à réfléchir sur l'homme en tant que tel : reproduire le réel suppose avant tout de le comprendre. La façon dont l'homme conçoit ses robots est révélatrice de la manière dont il se conçoit lui-même...
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ROBOT:
DE L'HOMME ARTIFICIEL À L'HOMME SYNCHRONIQUE?

@ L'Harmattan, 2008 5-7, rue de l'Ecole polytechnique, 75005

Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion. harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo. fr

ISBN: 978-2-296-05836-1 EAN : 9782296058361

,

Damien LAGAUZERE

ROBOT:
DE L'HOMME ARTIFICIEL À L'HOMME SYNCHRONIQUE?

L' Harmattan

Questions Contemporaines Collection dirigée par J.P. Chagnollaud, B. Péquignot et D. Rolland
Chômage, exclusion, globalisation... Jamais les « questions contemporaines» n'ont été aussi nombreuses et aussi complexes à appréhender. Le pari de la collection « Questions contemporaines» est d'offrir un espace de réflexion et de débat à tous ceux, chercheurs, militants ou praticiens, qui osent penser autrement, exprimer des idées neuves et ouvrir de nouvelles pistes à la réflexion collective.

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au XXle siècle, 2007.

URTEAGA Eguzki, La politique d'immigration du gouvernement basque, 2007. GROU P., CICCHINI J., HAMARD G., MERTENSSANTAMARIA D., Pour un redécoupage des régions

INTRODUCTION
Les premières réflexions de Turing concernant les modalités d'apprentissage d'une machine l'ont conduit à les comparer à celles d'un enfant qui s'articulent autour des notions de plaisir et de douleur. Ainsi, le plaisir vise à fixer le caractère là où la douleur, au contraire, incite à modifier son comportement. Il est intéressant de noter qu'une telle conception de l'apprentissage n'est pas sans rappeler la désormais célèbre « éducation anglaise». Par là même, la conception d'une I.A. (intelligence artificielle) par Turing est un produit culturel typiquement anglais; nous sommes donc déjà dans le domaine de la reproduction sociale. A cela, ajoutons que les progrès en génétique, notamment ceux concernant le clonage, font que le rêve de créer un véritable, un authentique alter ego est aujourd'hui plus que jamais à portée de main. Or, comme le remarque Debré, la volonté et le désir de reproduire le vivant visent non seulement à imiter la nature mais avant tout à la comprendre afin de la domestiquer et, éventuellement, de corriger ce que nous estimons être ses défauts. Dès lors que nous comprenons que la conception d'un 7

alter ego s'avère être un invariant culturel, nous comprenons mieux l'orientation des réflexions de Turing et pourquoi il conçoit sa machine non seulement comme un enfant, mais comme un enfant anglais. Aussi loin que nous puissions remonter dans le temps, les premiers êtres à s'être fabriqué des alter ego sont les dieux. Ainsi, en Mésopotamie, ils ont créé les hommes afin que ceux-ci les servent et supportent à leur place les souffrances et les peines inhérentes au travail et à l'entretien du monde. N'est-ce pas alors une motivation similaire qui nous anime, nous les hommes, dans nos recherches en robotique et en génétique? Ne s'agit-il pas pour nous de nous prendre pour des dieux et de nous créer une nouvelle espèce de serviteurs? N'oublions pas que le mot même «robot », créé par l'écrivain tchèque Karel Capek à partir du mot robota, traduit l'idée du travail forcé. Les premiers robots sont donc, dans son roman paru en 1920, avant tout des hommes-machines. Nous pourrions même, pour employer la terminologie de Sloterdijk, parler d'instruments bipèdes. Dans la perspective de Pignon, la recherche en informatique et en robotique est effectivement intimement liée au phénomène de la rationalisation du travail. Il rappelle d'ailleurs les propos de Smith à qui « il semble que c'est à la division du travail qu'est originairement due l'invention de toutes ces machines propres à abréger et faciliter le travail... »1 Ainsi, cette rationalisation du travail avait déjà pour finalité le remplacement de la main-d'œuvre humaine par des machines, par des robots. Et, à titre anecdotique, nous remarquerons que la « machine analyln PIGNON D., Les machines mol/es de von Neumann, in VON NEUMANN J., L'ordinateur et le cerveau, Champs/Flammarion, Paris, 1996 (1 èreéd. 1957), p. 95.
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tique» de Babbage s'inspirait déjà de la machine à tisser de Jacquard, la première machine-outil programmable grâce à des cartes perforées. C'est pourquoi, depuis environ trente ans, le monde de l'industrie moderne a principalement utilisé les robots de deux manières: tout d'abord en tant que machines-outils à vocation manipulatrice, puis en tant que système de traitement de l'information. Nous pouvons donc aujourd'hui regrouper en trois grands thèmes les nouveaux domaines d'application orientant les recherches en robotique: I-Ie travail en milieu hostile: fonds marins, volcans, espace; 2-I'amélioration des conditions de travail de l'homme quand elles sont dangereuses ou pénibles, que ce soit physiquement ou psychologiquement: mines, agriculture, travaux publics, maintenance des égouts; 3-le travail en contact avec le public: robotique médicale, assistance aux personnes âgées ou handicapées, surveillance, nettoyage.. . Actuellement, les progrès en robotique trouvent donc leur principale application dans le domaine de l'industrie. La première conséquence de cette utilisation est certes une amélioration des conditions de travail et du rendement mais il ne faut pas oublier que toute médaille a son revers et que l'usage croissant des robots suppose également qu'une partie des salariés puisse perdre son emploi. Dans Ie manga Ghost in the shell, par exemple, Ie personnel hôtelier a depuis longtemps été remplacé par des robots. Toutefois, la fonction première du robot, soit travailler à la place de l'homme, n'impose pas qu'il ait une forme humaine. A titre d'exemple, les robots destinés à l'exploration spatiale ont l'aspect de « petites voitures» et 9

certains de ceux conçus pour intervenir sur les lieux de catastrophe ressemblent à des serpents montés sur roues. Pourtant, l'homme ressent le besoin de créer des robots à forme humaine. En effet, sur le plan purement industriel, un robot s'avère moins productif qu'une simple machineoutil, mais si un robot de forme humaine peut paraître moins performant pour une tâche donnée, il est à même, par contre, puisqu'il est possible de modifier sa programmation, d'accomplir des tâches de différentes natures. De plus, dans la mesure où il peut imiter les gestes humains, un tel robot peut travailler à la place d'un homme sans avoir à modifier son environnement. Toutefois, nous pensons que cela répond également à un besoin plus profond. L'enjeu de la forme humaine pour un robot n'est donc pas tant lié à son rendement, dans le domaine industriel, qu'à des considérations d'ordre psychologique et culturel dès lors qu'il doit interagir avec des êtres humains. Sa forme humanoïde peut en effet avoir une fonction rassurante, même si elle n'est pas non plus sans poser de questions plus profondes quant à la nature humaine. Mais pour l'heure, revenons-en à des considérations plus concrètes. Les premiers robots apparaissent au début des années 1960. Ce sont des « manipulateurs» caractérisés par l'exécution de mouvements définis à l'avance par rapport à une base fixe. C'est donc ce fonctionnement purement « mécanique », sans retour d'information possible, qui caractérise ceux qu'on appelle les robots de première génération, avant tout destinés à l'industrie. A la fin des années 1960, ces robots sont dotés de « capteurs» émulant des organes de perception et leur permettant de localiser et reconnaître la pièce à saisir. Cette intégration de la fonction de perception de l'état à la tâ10

che à celle de mouvement définit les robots dits de deuxième génération. Enfin, les robots de troisième génération sont dotés d'une intelligence artificielle, ce qui traduit la volonté d'accroître sans cesse leur autonomie décisionnelle. Il s'agit de les rendre aptes à « raisonner» quant à la tâche à réaliser, c'est-à-dire à l'exécuter en fonction de l'état réel de celle-ci et de son environnement. A l'origine donc, moins de 15% des robots dits de «première génération» possèdent les facultés d'« intelligence» leur permettant de s'adapter à la tâche pour laquelle ils ont été conçus. Les progrès dans le domaine de la robotique visent à accroître cette « intelligence» et leur capacité d'adaptation à leur environnement de travail. Il s'agit donc non seulement de développer leur autonomie

mais d'accroître leur ergonomie et leur convivialité - c'està-dire de les rendre plus humains - afin qu'ils ne soient
plus qu'une simple extension de l'opérateur humain, mais puissent également être utilisés par un individu lambda. C'est pourquoi la recherche, actuellement, se désengage peu à peu du secteur industriel. On attend désormais des robots de troisième génération qu'ils soient capables d'interpréter la tâche qui leur est assignée et de s'adapter aux conditions effectives de son exécution. Autrement dit, ils doivent percevoir, comprendre et interagir
avec leur environnement. Un tel projet rend nécessaire

l'élaboration de nouveaux outils théoriques et méthodologiques, d'autant plus qu'il s'agit désormais de mettre au point des robots à même d'assister l'homme dans un nombre sans cesse croissant d'activités et de coopérer avec lui. Parmi les nouvelles fonctions orientant les recherches en robotique, nous trouvons l'amélioration des conditions de vie de l'homme. Ainsi peut-on lire sur le site Il

Internet de Honda (créateur du robot ASIMO) : « L'objectif de Honda est de créer un robot humanoïde capable d'interagir et d'assister l'homme en lui rendant la vie plus facile et plus agréable. Bien qu'on soit encore loin de pouvoir attribuer des rôles spécifiques aux robots humanoïdes, ils pourraient être utilisés pour porter assistance et offrir une plus grande autonomie aux handicapés et aux personnes âgées, par exemple. Naturellement, il faudra encore de nombreuses années pour atteindre cet objectif, mais certaines sociétés au Japon louent déjà les services d'ASIMO pour des rôles promotionnels tels que l'accueil des visiteurs. »2 Or, améliorer les performances des robots suppose également de faciliter leur interaction avec l'homme, de développer une certaine convivialité. C'est pourquoi un robot comme ASIMO est doté de capteurs visuels et kinesthésiques afin, par exemple, de pouvoir serrer la main qu'on lui tend. Il est également pourvu d'un axe supplémentaire au niveau du cou afin de lui permettre des mouvements le rendant plus expressif. A ces considérations, ajoutons que, dans la lignée d'un Gehlen, Sloterdijk considère les machines comme des prothèses, des extensions de nos membres, de nos organes, dont la fonction consiste à les amplifier puis à les remplacer. Or, ces machines usent d'une énergie non organique, ce qui fait remarquer à Michaud que, peu à peu, la machine remplace le vivant et l'énergie non organique remplace l'énergie organique. De là, pouvons-nous postuler que l'I.A. remplacera l'intelligence organique ou au moins une de ses parties, de ses fonctions? De plus en plus d'ailleurs les progrès scientifiques font état de leurs réussites lorsqu'il s'agit de connecter un cerveau humain à
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In http://www.honda.fr/car/content/company/our

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un ordinateur afin qu'il soit possible d'ouvrir une application ou d'actionner un bras artificiel par la seule force de la pensée, d'où notre interrogation: alors même que nous nous évertuons à produire des conceptions de l'homnle comme n'étant pas une simple machine, contrairement à ce qu'ont pu affirmer Descartes ou La Mettrie, ne sommes-nous pas en train de nous transfonner nous-mêmes peu à peu en machines? Giralt évoque en effet ce pan de la recherche visant à marier l'organique et l'artificiel. Il prend ainsi pour exemple la greffe d'un dispositif microélectronique sur les organes locomoteurs d'un cafard, ce qui, au passage, n'est pas sans rappeler les prothèses cybernétiques des personnages de Gibson, auteur, entre autres, du roman de science-fiction cyberpunk Neuromancien. Dans une même perspective, il rappelle que certains chercheurs en robotique tentent, à partir de comportements élémentaires simples et de moyens de communication entre entités extrêmement réduits, de générer des comportements de groupe d'un niveau supérieur tel que l'on puisse parler d'intelligence collective. Cette dimension de la recherche, rappelons-le, était déjà mise en scène par Asimov dans son roman Les robots (1950). Et la réalité rattrape la fiction quand les moyens actuels de communication permettent de considérer comme un système unique le regroupement de plusieurs robots qui, bien que séparés physiquement et exécutant des tâches différentes, peuvent être considérés comme étant les éléments d'une machine ou d'un système unique dont les différents organes sont reliés à un réseau de communication. Une organisation d'un type similaire suppose un ensemble de robots aux facultés de perception et de calcul limitées reliés par voie hertzienne à une sorte de machine-cerveau assurant la bonne marche, soit le fonc-

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tionnement intelligent, de chacun des robots comme de l' ensemble. Giralt envisage également la possibilité d'un pilotage du robot par l'homme ou encore d'une coopération entre l'homme et la machine afin de partager l'effort. Cette fonction, là non plus, n'a pas été oubliée par les auteurs de science- fiction. Nous pensons ici à l'exosquelette de l'héroïne du « marché d'hiver» de Gibson, comme à sa version améliorée que sont les landmates de Shirow. Notons à ce propos que Giralt oppose l'orthèse, appareil censé compenser ou corriger une déficience fonctionnelle, à la prothèse remplaçant tout ou partie d'un membre. Dans cette optique, les implants cybernétiques chers aux personnages de Gibson peuvent apparaître comme des synthèses de prothèses et d'orthèses dans la mesure où, non seulement ils remplacent un membre, mais aussi en accroissent les capacités. La plus grande prudence s'impose toutefois dès lors que nous faisons référence à des ouvrages de fiction, et qui plus est des ouvrages de science-fiction, genre décrié s'il en est. A aucun moment en effet, nous n'oublions que nous sommes tous le produit de notre époque et de sa manière de (nous faire) penser. Donc, certes, nous obéissons tous aux valeurs, aux schèmes de perception et de pensée régissant l'espace-temps qui est le nôtre, même si nous ne pouvons pas toujours les identifier, mais cette obéissance n'est que partielle. Plus simplement, nous sommes « prisonniers» de notre époque, mais nous possédons malgré tout un espace de liberté ou une certaine marge de manœuvre, même si celle-ci est peut-être plus restreinte que nous sommes enclins à le croire. Ces considérations, même si elles peuvent passer pour des digressions inutiles, nous les avons toujours gardées à l'esprit lorsque nous avons utilisé comme matériau des ouvrages n'ayant a 14

priori aucun rapport avec notre sujet ou, plus encore, lorsque nous nous appuyons sur des romans de science- fiction. Ainsi, nous avons considéré ces derniers non pas, bien sûr, comme des ouvrages à caractère scientifique mais comme étant les produits, les reflets des questionnements concernant notre objet propres à l'époque de leur conception. Il devient alors intéressant de constater que les thèmes abordés, entre autres par Gibson, sont plus que jamais d'actualité, notamment lorsqu'il devient possible d'équiper une personne handicapée d'un bras artificiel, de doter un aveugle d'un système de perception semblable à celui d'une chauve-souris ou encore de déplacer le curseur sur un écran d'ordinateur par la pensée, via toutefois des électrodes placées à divers endroits du crâne. Mais pour en revenir à la notion d'alter ego, autorisons-nous un détour par le monde des réalités virtuelles et rappelons que Cadoz établit un parallèle entre elles et les peintures préhistoriques dans la mesure où toutes deux sont des représentations, dans le sens de présenter à nouveau. Et il insiste sur l'importance de cet acte de représentation dans la vie comme dans le fonctionnement des communautés. Mais quel est ce rôle? Le mythe de l'alter ego relève-t-il de ce rôle? Les progrès concernant les réalités virtuelles, dans le domaine de la médecine par exemple, permettront à un chirurgien de préparer une opération en la simulant avant de l'exécuter, ou bien de visualiser ce qui se passe à l'intérieur du corps de son patient pendant l'intervention. Dans une telle perspective, reproduire le réel ne consiste pas tant à copier fidèlement une image qu'à rendre possible l'interaction avec celui-ci. Cette interaction est, nous le pensons, un des enjeux de la recherche en robotique, comme dans celle au sujet des intelligences artificielles, et les mo15

dalités de cette dernière nous paraissent également être une source d'interrogation, voire d'inquiétude, pour le public qui, lors d'une présentation, croit que le robot « ressent» réellement la musique et danse avec son concepteur alors qu'il ne fait qu'obéir à un programme. La machine informatique, donc, complète, voire remplace, petit à petit certaines de nos relations naturelles avec notre environnement. Rares en effet sont les activités humaines se passant aujourd'hui de cet outil. Son omniprésence témoigne en effet que l'informatique est devenue une sorte d'intermédiaire inévitable entre l'homme et son environnement, d'où alors sa volonté de lui donner un statut spécial. « Tout en l'utilisant comme média d'interaction avec le monde réel, remarque Cadoz, il veut que dans cette fonction même elle se comporte comme une représentation avec laquelle il puisse établir des relations en tout point identiques à celles qu'il entretiendrait avec son environnement naturel, à l'aide de ses moyens naturels. L'homme substitue à la relation avec son monde en évolution une relation avec une représentation de celui qu'il cherche à doter des propriétés et des attributs de l'environnement « naturel» auquel il est accoutumé. »3 Outre le fait de savoir si une telle démarche est possible et légitime, nous nous demanderons également dans quelle mesure elle s'applique aux progrès en robotique et influe sur notre perception du robot en tant qu'outil et/ou alter ego. Toutefois reproduire le réel suppose donc une connaissance approfondie de celui-ci. Ainsi en témoignent les progrès concernant la perception des robots. En effet, les premiers systèmes de perception reproduisaient le sonar des chauves-souris et des dauphins. Ces capteurs sonores ne permettant pas une perception suffisamment précise, ils
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CADOZ C., Les réalités virtuelles, Flammarion, colI. « Dominos », Paris, 1994, p. 74. 16

furent remplacés par le télémètre laser. Une nouvelle étape fut franchie lorsqu'on équipa les robots de deux caméras afin de reproduire le stéréovision humaine qui nous permet de percevoir notre environnement en trois dimensions. C'est également pourquoi les casques de réalité virtuelle sont équipés de deux écrans afin de reproduire la stéréovision humaine. Et des considérations similaires présidèrent à la mise au point du simulateur de vol Super Cockpit, dans les années 1970 et 19804. Mais comprendre les mécanismes de la vision ne suffit pas à reproduire le réel. Il faut également s'atteler à comprendre le fonctionnement de nos autres sens, notamment le toucher. Une expression populaire comme « Pince-moi, je rêve! » nous révèle combien ce sens est lié à notre perception de ce qui est réel ou non. Le toucher se caractérise notamment par les informations qu'il nous transmet quant à la température, l'état de la surface et la consistance des objets, mais aussi et surtout parce qu'il allie étroitement action et perception. De la même manière, reproduire un son suppose de comprendre ce qu'est un son, soit une vibration de l'air, une variation de sa pression, qui se propage comme le font les ondes à la surface de l'eau et provoque un mouvement du tympan. C'est ensuite le cerveau auquel ce tympan est relié qui conçoit une perception sonore. Le cerveau a en effet pour fonction de combiner les informations relatives, par exemple, aux mouvements de la main, non seulement à celles ayant trait à son environnement extérieur, mais également à celles relatives aux fonctionnement de l'organisme comme l'état de nos articulations et de nos muscles. Il est donc nécessaire de comprendre le réel dans toutes ses dimensions
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Le Super Cockpit est un simulateur de pilotage d'avion de chasse superposant aux images réelles des informations relatives au contrôle de l'appareil, à la présence d'ennemis etc. 17

pour pouvoir le reproduire le plus fidèlement possible. Par conséquent, les progrès en robotique, dans la mesure où ils visent la création d'un androïde, supposent une connaissance quasiment exhaustive de l'être humain et de son fonctionnement. Construire un robot humanoïde capable de se déplacer sur deux jambes suppose également de comprendre les différents mécanismes à l'œuvre dans le processus de la marche chez l'homme. Ainsi, ce dernier parvient à se tenir debout parce qu'il est capable de maintenir son centre de gravité dans l'axe de son corps. C'est à ce prix qu'il évite la chute. Or, le moindre mouvement provoque un déplacement du centre de gravité. C'est là qu'intervient l'oreille interne dont le rôle est de signaler tout changement de ce type au cerveau afin qu'il réagisse en conséquence et déclenche toute une série d'actions nous évitant de tomber. Pour faire marcher un robot, il ne suffit donc pas de le doter de deux jambes articulées, il faut également le doter d'un équivalent de l'oreille interne lui garantissant un certain sens de l'équilibre. Mais il faut également prendre en considération le mouvement des bras dont la fonction est là encore d'assurer l'équilibre. Par conséquent, reproduire une fonction qui nous paraît aussi évidente et aussi simple que la marche nécessite, malgré les apparences, d'en étudier et d'en comprendre les moindres détails. Ainsi peut-on lire: « Au cœur de ce système se trouve la "marche intelligente", une application de Honda qui permet à ASIMO de marcher en temps réel avec une grande souplesse de mouvement. Cette capacité est rendue possible grâce à une fonction qui permet au robot d'anticiper sa prochaine position et d'adapter ses mouvements en conséquence. Ainsi, à l'instar d'un être humain qui, lorsqu'il prend un tournant, se penche pour déplacer son centre de gravité vers l'intérieur, ASIMO prévoit également les 18