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Sociologie générale et africaine

De
331 pages
Cet ouvrage présente les questions théoriques liées notamment aux définitions de la sociologie et de son objet, à sa subdivision, à ses rapports avec les autres disciplines des sciences sociales et humaines, aux grandes théories contemporaines. Il propose la maîtrise des concepts de base s'inscrivant tant au niveau de la microsociologie que de la macrosociologie. L'auteur offre les outils d'analyse, d'interprétation et de compréhension de la réalité sociale afin d'en proposer des remèdes.
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SOCIOLOGIE GENERALE ET AFRICAINE
Les sciences sociales et les mutations des sociétés africaines

ESPACE L'HARMA

TT AN KINSHASA

Créé en 2003, L'espace L'Harmattan Kinshasa est dirigé par Léon Matangila Musadila. Il veut inciter les intellectuels africains à revaloriser la culture de l'écrit et des belles-lettres, à permettre aux auteurs africains la possibilité de publier aux Editions l'Harmattan à Paris sans avoir à se déplacer, afm de mieux faire connaître les problèmes de l'Afrique. L'Espace L'Harmattan Kinshasa est ouvert aux différents thèmes de réflexion sur la société, sans aucune distinction. En effet, dans le cadre complexe du mouvement de la mondialisation, le continent africain reste encore, en ce début de XXIesiècle, un vaste chantier à construire. Tout se passe comme si on devait donner raison à un afro-pessimisme. Avec l'Espace L'Harmattan Kinshasa, l'Afrique veut vivre la réalité de la mondialisation comme un «rendez-vous du donner et du recevoir}) au sens de L. S. Senghor. Cependant, l'Afrique ne peut en aucun cas sortir de ses différents maux sans l'engagement des Africains eux-mêmes, des intellectuels surtout. Pour tout contact: Espace L' Harmattan Kinshasa Faculté des sciences sociales, politiques et administratives Université de Kinshasa BP 243 Kinshasa XI Tél. : 0024398697603 (Kinshasa) Email: matangilamusadila@yahoo.fr

Albert MULUMA MUNANGA G. T. Professeur Ordinaire Ancien Vice-Doyen chargé de l'Enseignement

SOCIOLOGIE GENERALE ET AFRICAINE
Les sciences sociales et les mutations des sociétés africaines
Préface de Clément MWABILA MALE LA Professeur Ordinaire

L'Harmattan

Espace Harmattan Kinshasa Dirigé par Léon Matangila (Kinshasa) et Eddie Tambwe (Paris)

Dernières parutions D. BAMUENE SOLO, Le VIH/SIDA : Incapacité ou chef de nullité canonique ?, 2008. matrimoniale

P. BNOYA MAKUTU, Pari d'une transition apaisée en République démocratique du Congo, 2008. S. MBUY AMBA MUSUNGAI, Les années MOBUTU et les vérités historiques, Tomes l et II, 2007. Charles Wola Bangala, Entrer dans la troisième république, 2007. Marie-Madeleine Mwifi Bodibatu, L'avènement du leader constructeur du Congo Démocratique, 2007. Y' Ambayamba Kasongo-Mwema, Enjeux et publics de la télévision en République démocratique du Congo (1990-2005), 2007. Emmanuel Kabongo RDCongo,2007. Malu,
Epurations

ethniques

en

Léon Matangila Musadila, Bruno Lapika (sous la direction), Le paradoxe politique: une réalité pour la diversité culturelle au Congo-Kinshasa,2007. Sylvain Shomba Kinyamba (sous la direction), Les sciences sociales au Congo-Kinshasa, 2007. Didier Mumengi, Sortir de la pauvreté, la révolution du bon sens au Congo, 2006.

REMERCIEMENTS

Cet ouvrage est l'aboutissement d'un effort gigantesque de plusieurs années de recherches et de réflexions. Plusieurs personnes ont collaboré pour sa réalisation et sa mise en œuvre. Je pense plus particulièrement aux assistants et chefs de travaux de la cellule de sociologie, ainsi qu'aux Professeurs Clément
Mw ABILA MALELA et Pascal PA YANZO NTSOMO.

Je remercie d'une manière particulière les chefs de travaux Ruffin NGOMPER ILUNGA et Donat OLELA qui ont respectivement lu les manuscrits et saisi cet ouvrage. Enfin, mes sentiments de reconnaissance s'adressent à mes enfants PAPY, VANCE, GAMA, JERRY, BELINDA, SARAH, TIZIA, GEMY, ELIE, TOUSSAINT, ERIC, FALONNE, STIVE. Qu'ils trouvent ici l'expression de ma profonde gratitude et d'amour, en leur nom à tous, je dédie ce livre à l'Elite intellectuelle africaine, espoir de notre cher continent.

@ L'HARMATTAN,2008 5-7, rue de l'École-Polytechnique;

75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan(a)wanadoo.fr harmattan l (a)wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-05093-8 EAN : 9782296050938

PREFACE

« Si c'est cela la sociologie, c'est d'un grand intérêt de l'apprendre. » Cris unanimes de toute une classe de licence en économie rurale dans laquelle je venais de terminer un cours portant sur l'étude sociologique des milieux ruraux congolais. L'examen du cursus complet suivi par ces étudiants indique pourtant un cours de sociologie générale en première année, mais de leur avis général, ils avaient tôt fait d'oublier cette matière rébarbative, à leur passage en deuxième année, oublier jusqu'au nom du professeur titulaire de cette branche. Certes l'étudiant en économie n'est pas très coutumier des concepts sociologiques, tout comme celui de médecine, de droit, de polytechnique ou de

toute autre faculté, mais comment se destiner à travailler sur un champ - ici la société congolaise et africaine - sans en connaître tous les contours et toutes
les composantes. Soulever cette interrogation, c'est affirmer déjà la nécessité de la connaissance de cette discipline pour toute pratique sociale, celle de l'économiste, du médecin, du juriste, du polytechnicien ou de tout autre acteur social. Non que la sociologie entretienne quelque ambition impérialiste parmi les disciplines universitaires, mais en raison de son utilité de larges rayons d'action lui sont ouverts qui en font un véritable soubassement à l'interdisciplinarité pour la bonne intelligence de toute pratique sociale. La sociologie elle-même, il est vrai, semble responsable du dés amour qu'elle provoque auprès de ceux qui l'abordent superficiellement. Bien peu d'étudiants de nos départements de sociologie, en effet, seraient capables de donner de façon satisfaisante une définition, même approximative de cette discipline, sans recourir aux travaux des grands maîtres habituellement cités, dont on connaît pourtant les rivalités et les oppositions. La crainte exprimée à ce propos par R. K. Merton au sujet des travaux des ancêtres de la sociologie constitués d'individualités isolées, reste d'actualité s'agissant de nos propres travaux et de nos principales références!. Pour paraphraser Merton, ces travaux peuvent rarement servir de guides à une analyse actuelle des problèmes sociologiques, en effet, la tradition accumulée est encore si mince que les épaules des géants de la sociologie ne nous fournissent pas une base très solide. Nos travaux gagneraient donc à s'organiser de manière cumulative et complémentaire, ordonnée autour du
1 Je pense explicitement aux sociologues de nos Universités congolaises.

projet concourant à la manière de penser la société, d'analyser les liens sociaux porteurs de notre existence collective, de saisir la dynamique de nos sociétés dans leurs diversités, leur développement, etc. Sur ces différentes préoccupations, nos contributions sont déjà remarquables. Si donc certains milieux intellectuels perçoivent mal l'intérêt de la sociologie, c'est que sans doute les travaux des sociologues sont mal connus, qu'ils leur manquent une synthèse et un projet conducteur explicite. Mais il en va autrement de l'utilité de la sociologie et des sciences sociales qui s'impose d'elle-même en amont de toute pratique sociale. Le mérite de l'ouvrage du Professeur Muluma est précisément de tenter de concilier l'intérêt et l'utilité de la sociologie en les référant de préférence aux mutations des sociétés africaines. Le développement de celles-ci ne saurait, sans risque de déformation, se passer de l'éclairage sociologique et de celui des sciences sociales en général, seules susceptibles de conduire à une connaissance totale de l'unité de l'action sociale, dufonctionnement des systèmes sociaux, de leur structuration et de leur dynamique. Mieux que beaucoup d'autres modes de connaissance, la sociologie joue, à n'en pas douter, un rôle prépondérant dans la marche vers la construction des sociétés du savoir, voie obligée pour les sociétés africaines de s'ouvrir sur leur propre connaissance avant de s'adapter aux situations nouvelles dues à l'accélération de l 'histoire du monde. Connaître ces mutations, en déceler les éléments constituants et en contrôler l'impact, participent de l'intérêt et de l'utilité ici postulés. L'auteur de Sociologie générale et africaine. Les Sciences sociales et les mutations des sociétés africaines ne s'éloignent pas de cette préoccupation qui a servi d'hypothèse conductrice implicite à sa pensée. Ses conclusions le proclament très nettement. L'intelligence africaine, affirme-t-il, face à l'afropessimisme doit agir pour que l'Afrique participe réellement au progrès mondial, à l'échange économique et social... Mais la participation de l'Afrique au concert international doit tenir compte des valeurs positives réellement africaines.. . De même, l'ordonnancement du texte reflète ce même souci d'affirmation de la nécessité et de l'utilité de la sociologie. L'auteur a voulu ainsi couvrir un large champ des sciences sociales dans leur relation avec les mutations des sociétés africaines. D'où ma conviction que cette étude intéressera tous ceux qui se préoccupent de l'analyse sociale et d'une réflexion sur nos sociétés. Elle apporte en effet une information sur le corpus de la sociologie, sur ses principaux concepts et renseigne sur quelques-unes des contributions des penseurs congolais et africains à la sociologie, avant d'évoquer quelques courants sociaux et africanistes. Ce faisant, elle met à la disposition du lecteur

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l'information nécessaire sur une sociologie appliquée à l'intelligence des sociétés africaines. Certes, l'auteur ne prétend pas épuiser toute la problématique intéressante des mutations sociales en Afrique, mais il y contribue grandement par cet effort de combler un vide qui était certainement ressenti. Puisse ce livre avoir un long parcours parmi ceux, élèves, étudiants, professeurs, chercheurs, opérateurs politiques et analystes sociaux, qui observent, étudient, transforment ou accompagnent les mutations des sociétés congolaises et africaines. Clément MW ABILA MALE LA Professeur Ordinaire à l'Université de Kinshasa Ancien Recteur de l'Université de Kisangani

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INTRODUCTION

GENERALE

Les législateurs scolaires et académiques africains en imposant le Cours de Sociologie et des Cultures africaines dans le cursus de formation visaient plusieurs objectifs. En tant que «science qui étudie la réalité sociale totale », l'objectif primordial de cette science c'est de faire acquérir à l'étudiant les notions fondamentales de la sociologie et de la culture africaine susceptibles de l'amener à découvrir toutes les composantes de cette réalité. Cette acquisition commence par l'assimilation des faits de la morphologie sociale (facteurs géographiques, facteurs démographiques et les techniques) et ceux inhérents à la structure sociale comme les institutions sociales, les groupes sociaux, l'Etat, la famille... en passant par les faits de la conduite collective (qui sont des faits de la socialisation ou d'intégration sociale comme les normes sociales...) pour déboucher sur les faits psychologiques ou de la conscience (comme les attitudes, les signes et les symboles...). Tous ces faits sociaux canalisent les schèmes de comportement ou de conduite collective et ont comme soubassement la notion de «paliers en profondeur» proposée par le sociologue français Georges Gurvitch. L'avantage d'une telle démarche dans un ouvrage comme le nôtre est sans doute la maîtrise de plusieurs concepts sociologiques de base s'inscrivant tant au niveau de la microsociologie que celui de macrosociologie. Ces concepts doivent servir des matériaux de base pour comprendre la réalité sociale africaine globale. Ainsi, l'étudiant ou l'élève sera capable d'interpréter, d'analyser et de comprendre certaines situations qui se déroulent dans son milieu social afin d'en envisager des remèdes appropriés. En outre, cette vision des faits ne doit pas nous faire perdre de vue que les phénomènes sociaux sont caractérisés par leur mouvance et leur extrême complexité. Ils font intervenir une multitude de facteurs qui se transfonnent perpétuellement sous l'effet de leurs interactions réciproques. Comme les autres sciences sociales, la sociologie a des méthodes et des techniques complexes qu'on doit absolument acquérir. Un autre objectif poursuivi c'est le fait que la plupart des ouvrages écrits sur la sociologie par les Africains ou non n'abordent que d'une manière périphérique les réalités africaines ou pas du tout. En effet, la sociologie africaine ne s'oriente que dans le cadre des traditions africaines ou du mariage voire dans le cadre de la prostitution des femmes. Cette vision est non

seulement viciée mais aussi idéologique à plusieurs égards. Quelle démarcation peut-on faire entre la tradition et la modernité? Il faut absolument dépasser cette approche statique pour envisager avec dynamisme la marche évolutive des sociétés africaines. L'Afrique est en mutation en dépit des cortèges de problèmes liés par exemple aux conflits interethniques, aux guerres entre les Etats, à la démocratie piégée, au sousdéveloppement, bref, à la pauvreté. Toutes ces questions sollicitent, à notre avis, une nouvelle approche de la réalité africaine et qu'un regard synoptique et prospectif des faits ferait un pas de géant considérable. Le présent ouvrage a pris en compte toutes ces questions en les situant d'une manière diachronique et synchronique, des indépendances à nos jours, cela, à travers les auteurs sociologues africains. L'ouvrage est destiné à un public large, à savoir: élèves des humanités, candidats au baccalauréat, étudiants des instituts supérieurs et des universités, journalistes, hommes politiques, chercheurs, etc. C'est une œuvre qui a l'ambition de compléter d'autres qui ont été rédigés dans des circonstances particulières. Toutes les questions théoriques liées notamment aux définitions de la sociologie et à son objet, à sa subdivision, à ses rapports avec les autres disciplines des sciences sociales et humaines, aux grandes théories contemporaines, à l'analyse sociologique ainsi qu'à l'historique de la sociologie ont été passées en revue. A la fin de l'ouvrage, le lecteur trouvera une riche bibliographie sélectionnée suivie par les index des auteurs et des matières. Enfin, l'ouvrage comporte deux grandes parties subdivisées en six chapitres. La première partie est consacrée à la sociologie générale. Elle aborde les généralités, l'historique, les étapes du développement de la sociologie et les concepts sociologiques de base. La deuxième partie parle de la sociologie africaine. Elle est subdivisée en trois chapitres qui portent respectivement sur l'aperçu général, l'esquisse d'une sociologie africaine, les courants sociaux, politiques et économique africanistes.

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PREMIERE INTRODUCTION

PARTIE GENERALE

A LA SOCIOLOGIE

Cette partie est consacrée à la sociologie générale. Son objectif est de présenter une vue cohérente du social et de son évolution notamment en définissant les modes d'interdépendance des facteurs et en procédant à leur pondération. Elle comprend notamment: les généralités, l'historique de la sociologie et les étapes de son développement ainsi que les concepts sociologiques de base.

A la Conférence nationale souveraine: une attitude du Professeur muluma, scrutateur, en conversation avec Mgr L. Monsengwo, évêque de Kisangani, président de la CNS, 1.992.

CHAPITRE

PREMIER

LES GÉNÉRALITÉS

L'objet de ce chapitre est de donner un aperçu général de la sociologie sur les définitions et l'objet de la sociologie, sur ses rapports avec les autres sciences sociales et humaines, sur les caractéristiques du social, sur quelques théories sociologiques contemporaines et les difficultés propres à la sociologie. 1.1. Définitions et objet de la sociologie
Etymologiquement étrangères: parlant, le mot «sociologie» vient de deux racmes

- du latin socius signifiant société ou compagnon; de sociatas signifiant compagnon ou société; - du grec logos signifiant étude, discours, science, connaissance, savoir...

Nous retenons que la sociologie est l'étude, le discours ou la science de la société, c'est-à-dire qu'elle étudie les groupes humains, leurs structures et leurs rapports; et elle touche par conséquent à la société dans ses divers domaines; à savoir: politique, économique, juridique, religieux, familial, loisir, industriel, commercial, éducatif, culturel, artistique, du travail, etc. Autant de domaines qui constituent des sociologies particulières. C'est ainsi qu'on parlera par exemple de la sociologie politique, de la sociologie économique, de la sociologie juridique, de la sociologie de la religion, de la sociologie de la famille, de la sociologie des loisirs, de la sociologie industrielle, de la sociologie du commerce, de la sociologie de l'éducation, de la sociologie du travail, de la sociologie des arts, de la sociologie de la connaissance, de la sociologie du langage, etc. Au sens strict, la sociologie est une science des phénomènes sociaux, qui a pour objet soit la description systématique de comportements sociaux particuliers (nous avons cité la sociologie politique, la sociologie économique, la sociologie industrielle, la sociologie de la religion, la sociologie de l'éducation, la sociologie de l'information...) ; soit l'étude des phénomènes sociaux totaux (d'après Marcel Mauss) qui vise à intégrer tout fait social au groupe dans lequel

il se manifeste, et qui a pour approche méthodologique l'observation et l'analyse des faits objectifs. Dans un sens large, la sociologie a pour objet la connaissance des faits sociaux. Cette définition, pour simple et banale qu'elle soit, pose cependant des problèmes complexes. Car la connaissance implique trois moments distincts, mais inextricablement liés dans la pratique scientifique, à savoir:
-

la descriptioncorrecte et complètedes faits sociaux;

-leur explication, c'est-à-dire la recherche des causes des faits; -la compréhension de leur signification dans la société, c'est-à-dire la recherche de leur logique2. Ainsi, la sociologie a un projet scientifique qui postule que: - les faits sociaux ne sont pas le fruit du hasard ou de la providence;
-

régularités qu'on peut découvrir; -l'observation de ces régularités peut autoriser des prévisions3.

dans les facteurs innombrables qui interfèrent sur les faits sociaux, il y a des

Il se dégage que la sociologie s'oppose à des visions de la vie sociale dans lesquelles tout serait aléatoire ou providentiel, et tout fait social est unique et irremplaçable. Le Professeur Mme Delruelle souligne que le projet scientifique de la sociologie est contesté par certains qui invoquent deux types d'arguments: -la sociologie n'a pas de techniques spécifiques, car elle emprunte à des disciplines très diverses ses techniques d'observation et d'analyse;
-

sur le plan théorique, la sociologie n'offre pas d'unicité: il existe des théories
générales qui s'opposent nettement sur des points axiomatiques essentiels4.

Nous retiendrons que les faits sociaux comprennent tout ce qui a trait à la vie des hommes, du plus concret, du plus stable, du plus organisé, au plus tenu, au plus effervescent, au plus éphémère. Il s'agit de faits se rapportant à des groupes, à des collectivités, à des catégories, donc toujours des faits de nombre. Parce qu'il s'agit de faits de nombre, ils présentent toujours une extériorité par rapport aux individus (même s'ils comprennent aussi des faits de conscience). Les faits ont toujours une histoire, ils sont toujours les produits des faits antérieurs. Pour le Professeur Delruelle, définir les faits sociaux comme objet de la sociologie pose certains problèmes. Il yale fait que la sociologie n'est pas la seule à avoir pour objet les faits sociaux. D'autres sciences comme le droit, l'économie, l'histoire, la psychologie sociale, l'anthropologie, la géographie humaine, la philosophie, la science politique... partagent le même objet avec la sociologie.
2 DELRUELLE-VOSSWINKEL N., Introduction versité de Bruxelles, 1987, p. 7. 3 Ibid. 4 Ibid. à la sociologie générale, Bruxelles, Ed. de J'Uni-

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La distinction de la sociologie avec les autres sciences sociales réside au niveau du regard, du point de vue, c'est-à-dire de la méthode que la sociologie adopte pour l'étude des faits sociaux. Alors que les sciences sociales particulières opèrent une sorte de découpage dans la vie sociale pour ne retenir que certains faits, la sociologie quant à elle entend toujours replacer les faits sociaux dans leur contexte le plus large, le plus général, celui de la société globale. C'est la règle de la totalité prônée par Emile Durkheim5 que la sociologie utilise. D'où la définition selon laquelle ]a socio]ogie étudie les phénomènes sociaux totaux et globaux se justifie. IJ arrive aussi que ]a sociologie déborde de son objet pour s'intéresser à des faits d'une autre nature. Ainsi va-t-elle par exemple s'intéresser à certains faits psycho]ogiques. Ces derniers, en tant que tels, n'intéressent pas que la sociologie. Pourtant, ils vont donner lieu à des analyses sociologiques lorsqu'on recherche la cause de ces phénomènes dans les faits sociaux. Emile Durkheim dans son ouvrage Le suicide montre bien ]a différence de perspective entre ]e sociologue et le psychologue lorsqu'ils traitent des mêmes phénomènes6. Se]on Fichter, la socio]ogie est l'étude scientifique du comportement humain modelé et partagé. Les manières d'agir des gens ]es uns vis-à-vis des autres, c'est-à-dire leurs relations sociales, ont été scrutées, examinées, décrites par ]es historiens et ]es polito]ogues, par ]es théologiens et les philosophes, par les poètes et ]es romanciers... La tâche du sociologue consiste à analyser du point de vue scientifique le dérou]ement des événements sociaux? La sociologie cherche à saisir des modes existants de vie sociale. Il peut imiter le chimiste en assemblant des é]éments dans un tube expérimental. Il n'invente pas quelque chose à la manière de Samuel Morse, créateur du télégraphe. IJ faut reconnaître que des changements sociaux surviennent, que de nouvelles formes apparaissent dans la vie des groupes, que les techniques d'action socia]e évoluent; de plus, ces réalités font l'objet de l'étude scientifique de ]a société. Selon G. Gurvitch, la sociologie est une science qui étudie les phénomènes sociaux totaux dans l'ensemble de leurs aspects et leurs mouvements, en les captant dans des types dialectisés microsociaux, groupaux et globaux en train de se faire et de se défaire (Vocation actuelle de la sociologie, PUF, ]962). Selon E. Durkheim, la sociologie est l'étude totale des manifestations de la vie sociale. Il se dégage de toutes ces définitions que la sociologie est la science qui étudie les phénomènes sociaux dans la totalité de leurs aspects et en référence à la société globale. Parmi ces phénomènes sociaux, nous pouvons citer: les groupements humains, leurs structures, leurs rapports, les institutions et valeurs,
5 Lire DURKHEIM E., Les règles de la méthode sociologique, PUF. 6 DURKHEIM E., Le suicide, PUF, 1960. 7 FICHTER J. H., La Sociologie. Notions de base, Ed. Universitaires,

1960.

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les comportements et les faits de conscience, les actes et motivations, les données statistiques ou sociographiques, etc. Les aspects sous lesquels la sociologie étudie les phénomènes sociaux sont à la fois statique (équilibre en force), dynamique (en mouvement) et dialectique (en conflit). 1.2. Objet de la sociologie et ses rapports humaines avec les autres sciences

Il y a lieu de noter que la vie est plus souvent un phénomène collectif. Que ce soit dans le monde animal ou végétal, les êtres vivants se développent en groupes. Les différentes modalités, les différentes structures des groupes, les réseaux d'interaction qui s'établissent entre les individus ou sous-ensembles d'individus constituant les groupes, sont des faits sociaux. Leur étude, c'est-àdire leur compréhension et la recherche de leur explication, constitue l'objet de la sociologie. En effet, quelle que soit la dimension d'un groupe humain: groupe de quelques amis, entreprise, rassemblement sur une place ou dans un stade, village, petite ville, cité, tribu, groupement, territoire, district, province, ils présentent tous le caractère constitué d'individus agissant et réagissant les uns sur les autres. Ce sont ces actions ou plus exactement ces interactions qui constituent pour le sociologue-anthropologue français Marcel Mauss et d'autres sociologues bien sûr, l'objet spécifique de la sociologie. Comme nous l'avons souligné avant, les faits sociaux sont innombrables. Chaque aspect de la vie sociale constitue une discipline à part entière. A un certain niveau, toutes les disciplines se rencontrent. D'où la complémentarité entre elles qui s'impose pour l'harmonie ou la désharmonie de la société. Ciaprès, nous passons en revue le lien existant entre les unes et les autres. Voyons le lien entre la sociologie et la psychologie. 1.2.1. Rapports sociologie-psychologie (société et individu)8 A la fin du XIXesiècle, une controverse s'est développée entre E. Durkheim affirmant l'indépendance de la sociologie et G. Tarde l'un des fondateurs de la psychologie sociale. Dans son ouvrage, Les lois de l'imitation, paru en 1890, Gabriel Tarde cherche à démontrer que le fait psychique individuel est un fait premier et que sa répétition engendre le fait social. Une société est donc un groupe d'hommes unis entre eux par l'imitation, le mimétisme, la contagion psychosociologique. Selon Tarde, il existe néanmoins deux manières d'imiter: - d'une part, l'imitation positive,par exempleles modes, les coutumes; - d'autre part, l'imitation négative,c'est-à-dire les réactions à contre-courant.
8 LUGANJ. c., Eléments d'analyse des systèmes sociaux, Toulouse, Ed. Privat, 1983, pp. 22-24.

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E. Durkheim, à l'inverse, dans Les Règles de la méthode sociologique parues en 1919, cherche à montrer que le fait social existe en lui-même, à travers et au-delà des faits individuels. D'après cet auteur, « Est fait social, toute manière de faire, fixée ou non, susceptible d'exercer sur l'individu une contrainte extérieure »9. L'idée fondamentale de Durkheim est donc de considérer les faits sociaux comme des choses, autrement dit comme des phénomènes irréductibles. Les faits sociaux seraient des données immédiates et non le produit de l'activité individuelle. C'est en ce sens que l'appréhension de l'action sociale chez Durkheim a pu être qualifiée d'objectiviste. Max Weber quant à lui, en particulier dans son ouvrage Essai sur la théorie de la science montrera que les caractères fondamentaux de l'action sociale résident dans leur perception et leur compréhension de la conduite des autres acteurs sociaux. Le comportement extérieur objectivement observable sert en quelque sorte d'indice pour détecter cette perception et cette compréhension. C'est pour cette raison que l'appréhension de l'action sociale chez Weber a pu être qualifiée de subjectivistelO. Dans les démarches actuelles, on tiendrait fréquemment compte de cette composition binaire de l'action sociale. La sociologie serait à la fois compréhension et explication subjective et objective. En effet, le sociologue qui observe un phénomène social est obligé, à un moment ou à un autre de son analyse, d'adopter la perspective des sujets ou des groupes qui sont les acteurs du phénomène observé. En quelque sorte, la réalité sociale ne serait ni totalement intérieure aux individus qui la vivent ni totalement extérieure à ces individus. Elle serait vécue en situation par des acteurs, en même temps que des contraintes s'imposeraient à eux de l'extérieur. La sociologie s'attacherait donc à l'étude des conditionnements sociaux de la conduite, des actions, des individus ou des groupes alors que la psychologie s'attacherait plutôt aux fondements biologiques ou psychiques de ces conduites et actions. En d'autres termes encore, on pourrait conclure d'une manière simple que la sociologie étudie l'ensemble des interactions sociales, en considérant les personnalités des acteurs sociaux comme des variables explicatives de ces relations, alors que la psychologie oriente ses recherches sur les composantes des personnalités individuelles en considérant le milieu social comme une variable explicative de ces personnalités individuelles. D'ailleurs ce dépassement d'une opposition psychologie-sociologie a été approfondi par des recherches, en particulier dans la sociologie américaine. Ainsi Georges Mead, dans son ouvrage L'esprit et la société'l a montré en particulier la manière dont
9 DURKHEIM E., Les Règles de la méthode sociologique, 10 WEBER M., Essai sur la théorie de la science, Plon, 11 MEAD G. H., L'esprit et la société, PUF, 1964. Paris, 1965. PUF, 1947.

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la personnalité individuelle se développe et se construit dans un contact permanent avec les autres acteurs sociaux, à travers les autres acteurs sociaux par assimilation et adaptation aux autres acteurs sociaux. Au fond, la personnalité psychique individuelle serait de par son origine même une sorte de produit social, mais sans être toutefois un pur reflet du milieu ambiant, car elle serait toujours adaptation individuelle au milieu et reconstruction du milieu. Kurt Lewin dans son ouvrage A Dynamic Theory of PersonalUyl2 explique pour sa part la conduite sociale par sa théorie du champ social. La conduite sociale serait à lafois fonction de la personnalité et de son environnement: C = FO(P.E.) Ces deux éléments étant dans un rapport dynamique de réciprocité. Cela signifie que, pour Lewin, la structure de l'environnement est perçue au travers des besoins et des désirs de l'individu et que le contenu de l'environnement met la personne dans un certain état d'esprit. De cette façon, il n'y a pas d'un côté l'individu, de l'autre la societé. On passe par des transitions insensibles de l'individuel au collectif et du conscient à l'objectif. L'individu, les institutions, les sociétés, les événements sont tous des éléments de situation. En outre, tous ces éléments sont entre eux dans des rapports dynamiques de réciprocité et cet ensemble de rapports détermine la structure de ce que Lewin dénomme le champ psychosociologique. Enfin G. Gurvitch a lui aussi insisté sur cette réciprocité de perspective entre le psychologique et le sociologique, entre l'aspect subjectal de la conduite et l'aspect social. Il n'existe donc ni opposition ni rupture entre l'individu et la société, entre l'individuel et le collectif. Ce sont les mêmes règles de conduite, les mêmes normes que l'on retrouve dans les consciences individuelles et dans les institutions, dans l'individu et dans les sociétés. Donc, a priori, écrit Gurvitch, tout compartimentage des diverses sciences de I'Homme ne peut être que relatif car, pour reprendre sa formule: « L'homme est un et les « nous », les groupes, les classes, les sociétés auxquels il participe ne se laissent pas découper en morceaux» 13.Dans ce sens, la sociologie a des liens avec d'autres sciences sociales et humaines, en voici ci-après: 1.2.2. Rapports de la sociologie avec les autres sciences sociales et humaines Bien entendu le problème des limites, du champ propre de la sociologie, se pose avec une série d'autres disciplines: l'histoire, l'ethnologie, la psychologie sociale, l'anthropologie, les sciences économiques, le droit, les sciences politiques, la théologie, les sciences de l'éducation...

12 LEWIN Kurt, A Dynamic Theory of Personality, PUF, 1964. 13 GURVITCH G., La vocation actuelle de la sociologie, Paris, PUF,

1962.

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1. La sociologie et l'histoire L'histoire s'intéresse à la diachronie, c'est-à-dire à la succession d'événements dans le temps, succession dont elle cherche à dégager la notion de causalité historique. L'analyse sociologique est au contraire plus synchronique, c'est-à-dire qu'elle examine une situation présente et les structures sociales profondes qui la caractérisent. D'ailleurs, il faut bien remarquer que la sociologie augmente considérablement ses chances de tomber dans les errements de la philosophie de l'histoire, c'est-à-dire dans une interprétation se voulant générale de l'évolution des sociétés, lorsqu'elle introduit de la successivité dans les structures sociales. La sociologie consiste à étudier également les circonstances dans lesquelles ont évolué certaines institutions. Par là son rôle devient explicatif. Il se confond même parfois avec celui de l'histoire. Rappelons à ce sujet le mot d'E. Durkheim selon lequel «la sociologie est l'histoire entendue d'une certaine façon ». En poussant plus loin, la sociologie s'efforcera de rechercher quels sont, à travers l'énorme diversité des sociétés, à travers le temps et l'espace, les éléments et les facteurs constants, ceux que l'on retrouve partout, la famille, la hiérarchie, le droit, etc., en les classant et en notant leurs différences et leurs similitudes et les corrélations qui se manifestent dans leur coexistence ou leurs
succeSSIOns. L'histoire et la sociologie entretiennent des relations complexes faites de différences et de ressemblances. Dans de nombreux cas, il est difficile de décider avec rigueur si une étude relève de l'une ou de l'autre discipline. Il faut donc se méfier des distinctions trop tranchées.

2. La sociologie et l'ethnologie Etymologiquement, l'ethnologie est la science des ethnies. Elle utilise des méthodes assez voisines de celles de la sociologie, mais elle a aussi pour domaine d'études privilégié les sociétés traditionnelles. De fait, anthropologie et ethnologie sont sœurs jumelles. Précisons que l'ethnologie consiste en la description de faits, de phénomènes dont l'anthropologie tente de tirer des lois, c'est-à-dire dont elle est la science. 3. La sociologie et la psychologie sociale La psychologie sociale, que l'on pourrait considérer comme la science humaine intermédiaire entre la psychologie et la sociologie, voit quant à elle ses méthodes et sa problématique varier dans une étroite mesure suivant qu'elle adopte une attitude «psychologisante» en mettant l'accent sur les éléments individuels ou une attitude plutôt « sociologisante » en mettant l'accent sur les facteurs d'origine sociale. La psychologie sociale étudie comme la sociologie 23

les interactions sociales, les motivations sociales, etc. la différence entre les deux réside au niveau des perspectives ou des méthodes. 4. La sociologie et l'anthropologie Etymologiquement, anthropos du grec signifie homme, logos du grec signifie science ou discours. Etude de l'homme dans sa totalité. Terme large qui englobe celui de l'ethnologie, jusqu'ici utilisé en France, et d'ethnographie. En France d'abord, l'anthropologie est l'étude physique de l'homme ou réflexion philosophique. Pour les Anglo-Saxons, l'anthropologie a un sens plus étendu, c'est la science de l'homme et de différentes coutumes. A l'heure actuelle, cette dernière acception l'emporte. Les usages ayant varié dans le temps, il règne souvent une certaine confusion entre les termes employés pour désigner les différentes branches de l'anthropologie et leurs rapports avec d'autres
disciplines 14.

Il existe deux domaines de l'anthropologie: l'anthropologie physique étudie l'homme sous son aspect purement biologique. C'est l'étude biologique de l'homme; celle de ses caractères somatiques, des groupes sanguins, de l'hérédité, de la nutrition, de l'anatomie comparée, etc. ; l'anthropologie sociale et culturelle entretient des rapports étroits avec l'ethnologie et la sociologie. En bref, l'anthropologie étudie l'homme de tout temps et de tout lieu, sous toutes ses dimensions: biologique et culturelle (technologie, économie, religion, art, relations sociales, etc.). L'anthropologue étudie la nature de l'homme, considéré comme organisme biologique, assorti d'une dimension culturelle et recherche les répercussions du biologique sur le culturel, et du culturel sur le biologique. Quelle est alors l'originalité de l'anthropologie et ses liens avec la sociologie? Les anthropologues, abandonnant de plus en plus les sociétés archaïques pour étudier les phénomènes de rencontre de civilisation actuelle, ou d'acculturation et même parfois s'attachent à des monographies des villes modernes; on peut alors se demander s'il existe encore une différence entre anthropologie et sociologie. D'abord, rappelons que l'anthropologie garde de ses origines, liées aux sciences naturelles, le culte de la description, la nécessité, quel que soit par ailleurs l'objet de sa recherche, de décrire la culture dans laquelle elle s'inscrit. Seule parmi les sciences humaines, la géographie se soumet avec l'anthropologie à cette obligation.

14 COLLEYNP., Eléments Bruxelles, 1979, p. 41.

d'anthropologie

sociale et culturelle,

Bruxelles,

Ed. de l'Université

de

24

La sociologie, au contraire, découpe son objet d'enquête et mêle dans ses recherches ses propres documents, obtenus par interview, observation directe, etc., aux documents comme les statistiques par exemple, recueillis par d'autresI5. Partant, la méthode, dans les deux cas, est la même. Il n'y a pas de méthode de recherche proprement sociologique ou anthropologique, mais du fait de points de vue différents nous trouvons une manière dissemblable de recueillir des données et de les vérifier. La différence essentielle provient du fait que l'anthropologue étudie une culture étrangère à la sienne, ce qui l'oblige à rechercher d'abord une hiérarchie des normes, à observer les schémas de comportements admis, l'explication approfondie de tous les aspects culturels, même quotidiens. Dans un domaine ignoré, le banal devient intéressant. Le sociologue, au contraire, ne s'intéresse pas à tous les aspects journaliers supposés connus, d'une culture. L'anthropologie, malgré ses diverses tendances, paraît moins hétérogène dans son objet, dans ses méthodes et dans son inspiration, que la sociologie. Ceci provient sans doute d'une plus grande complexité des problèmes posés par les sociétés actuelles et de la difficulté, pour les sociologues, de valider leurs réponses par une méthode de comparaison très systématique, comme cela peut se pratiquer plus facilement dans des sociétés closes ou fermées. Les recherches anthropologiques sont divisées et financées par secteur géographique. Une fois sur le terrain, le chercheur s'intéresse à ce qui lui plaît. Le sociologue, écrit Murdock, part d'une situation qui a besoin d'être expliquée, au lieu d'une question abstraite qui attend une réponse. Ces difficultés rencontrées par le sociologue, la complexité des éléments qu'il doit traiter, le côté particulier des situations qu'il observe, ont développé sa rigueur méthodologique et une véritable imagination scientifique, dont font rarement preuve les anthropologues. Cependant, l'anthropologie peut apporter à la sociologie, les éléments de vérification et de comparaison sur les facteurs en cause, dans les sociétés différentesl6. Mais là où certains voient les possibilités d'une fructueuse collaboration, d'autres, comme Lévi-Strauss, estiment que les relations entre sociologues et anthropologues se placent encore sous le signe de l'équivoque. L'évolution de ces sciences n'a pas permis de bien percevoir la véritable différence qui continue à les séparer, même si à l'heure actuelle les autres particularités s'effacent.

15

16Comme le note BALANDIER ., les bouleversements qui affectent aujourd'hui certaines régions G d'Afrique et d'Asie, en voie d'industrialisation, offrent aux sociologues des conditions expérimentales d'observation, qui sont pour eux exceptionnelles. Cahiers Internationaux de Sociologie, 1956, XXI, pp. 114-127. 25

COLLEYN

P.,

op.

cU.

5. La Sociologie et les sciences économiques Au sens le plus large, le social regroupe tout ce qui concerne la société et inclut donc le politique et l'économique... La vie sociale des hommes n'est pas seulement faite de groupements plus ou moins durables, de comportements plus ou moins efficaces; elle est dominée par la nécessité du travail, de la division du travail, par les lois du marché. Certes, la considération des attitudes (thésaurisation ou confiance), des groupes (secteurs de production et groupes de producteurs, par exemple) entre en jeu dans l'économie politique, mais tout est toujours ramené à un objet unique: la marchandise et à la monnaie, fétiche du jeu économique réel, mais fétiche efficace. Ce que l'économie politique dit à la sociologie, c'est que tout n'est pas possible et que tout se paie. L'économie doit être conçue comme indissociable de ses relations avec l'ensemble de la société. C'est ainsi que pour K. Marx, l'économie politique étudie les formes selon lesquelles les hommes produisent, consomment, échangent et règlent la répartition au sein de rapports de production caractéristiques d'une société. L'économie doit non seulement définir des catégories économiques, le salaire, les prix... en expliquant leur formation et leur variation, mais aussi préciser comment les rapports sociaux interviennent dans ce mécanisme. K. Marx se présente comme critique de l'économie politique bourgeoise et conteste les catégories et la nature des analyses qui négligent la prise en compte des rapports sociaux et considèrent comme donné et donc éternelle capitalisme. 6. La sociologie et le droit Les deux sciences entretiennent des rapports réciproques. Le droit c'est le pouvoir de quelqu'un de disposer d'une chose. C'est la capacité reconnue à quelqu'un de disposer ou d'aliéner un bien sans en être inquiété étant entendu qu'on lui reconnaît la paternité de ce bien. Dans ce cas, le droit est une activité sociale. C'est un fait social par excellence. Au sens objectif, le droit est un ensemble des règles régissant la vie en société, sanctionnées par la puissance publique. Au sens subjectif, le droit est une prérogative attribuée aux individus, leur permettant de disposer d'une valeur, d'une chose ou d'exiger d'autrui une prestation. D'où une distinction entre le droit naturel, le droit positif et divers droits spécialisés. Les hommes vivant en société sont vraisemblablement régis par des normes, des lois, des règles. Les unes sont écrites et les autres orales. Les deux catégories exercent une certaine puissance contraignante sur la vie des hommes sur leurs rapports sociaux, sur leurs activités... Le non-respect des normes sociales produit des sanctions négatives. C'est l'exemple des hors-la-loi (les

26

marginaux, les drogués...). Les normes sociales s'expriment au sein des institutions sociales lesquelles sont les prisons, les services pénitentiaires ou les maisons d'arrêt. La sociologie étudiant la société doit entretenir des rapports étroits avec le droit et vice versa. Nous reviendrons sur cette question notamment au chapitre abordant les concepts liés aux faits de conduite collective et de conscience. 7. La Sociologie et les sciences politiques Le but du politique est d'organiser la société en vue du bien commun; d'assurer la justice, l'ordre et la paix. La sociologie étant une étude scientifique des faits sociaux s'intéresse aux aspects politiques à travers la sociologie politique. Celle-ci est une étude scientifique des faits sociaux relatifs au pouvoir, au gouvernement, à l'autorité concernant les affaires publiques d'une unité politique particulière et déterminée. La sociologie politique étudie le facteur politique dans la vie sociale, elle est l'étude de l'institution politique

centrale - l'Etat -, elle donne lieu à la sociologie de l'Etat qui, avec la sociologie électorale, l'étude des régimes politiques, les partis politiques, constitue une branche spécialisée des sciences politiques. La sociologie électorale recherche des corrélations entre les conditions sociales et la distribution des votes électoraux. Elle se démarque de plus en plus de la sociologie politique en se constituant une branche autonome. L'apport de la sociologie dans l'analyse des faits politiques est à souligner en ce sens qu'elle constitue l'alpha et l'oméga à la compréhension de la réalité sociale. 8. La sociologie et la théologie ou la science de la religion Il existe une branche de la sociologie qui étudie les rapports entre la société et la religion. Il s'agit de la sociologie de la religion. Celle-ci considère la religion comme un fait social empiriquement observable. Elle étudie les rapports réciproques entre la religion et tout le reste de la vie sociale. La religion est un fait social, c'est-à-dire un fait humain. L'expérience religieuse est incarnée dans le tissu de l'action sociale à laquelle elle déborde au point parfois de lui dénier, comme dans certaines formes extrêmes d'ascétisme (vie austère, fait de privations) et de mysticisme, toute validité sinon toute réalité. Une contribution déterminante fut élaborée par Max Weber (1864-1920). Il a élaboré cette contribution à partir du postulat philosophique et sa contribution est encore vivante pour la réflexion sociologique aujourd'hui. Suivant la ligne de développement de la sociologie tracée par M. Weber, la religion n'est pas étudiée en raison du problème de son origine ou de son essence, mais plus de ses manifestations spécifiques. Le souci est de chercher quelles sont les formes que le comportement religieux assume dans la société et quels sont les rapports entre la religion et les autres faits sociaux? C'est la démarche que suit M. Weber dans son œuvre L'Ethique protestante et l'esprit du capitalisme. 27

A. Comte, M. Weber, E. Durkheim ont consacré des ouvrages centraux ou des parts importantes de leurs travaux au thème religieux. Ces trois penseurs laïcs se sont livrés à l'analyse du sacré, du fonctionnement de la religion dans les sociétés humaines et des formes principales d'organisation religieuse en s'appliquant à comprendre quel rapport il y avait entre ordre social et économique et ressources de sens et mécanismes d'accord social17. 9. La sociologie et les sciences de l'édncation E. Durkheim définit l'éducation comme étant essentiellement l'action exercée par les générations d'adultes sur les générations des jeunes. L'éducation a donc pour objet de susciter et de développer chez l'enfant un certain nombre d'états physiques, intellectuels que réclament de lui la société politique dans son ensemble et le milieu spécial auquel il est particulièrement destiné. Par là, l'éducation est une activité éminemment sociale. La sociologie de l'éducation essaye d'appréhender la fonction d'éducation de la société en tant que phénomène social. D'après E. Durkheim (in Education et Sociologie), le rôle du sociologue de l'éducation est:
-

d'identifier les facteurs sociaux et leurs fonctions sociologiques; d'identifier les relations entre l'éducation et le changement ou le développement
socioculturel;

-

de faire des recherches comparatives et culturelles des systèmes d'éducation; d'étudier la salle de classe, l'école comme un système permanent.

L'éducation est avant tout le moyen par lequel la société renouvelle perpétuellement les conditions de sa propre existence. La sociologie observe l'homme en tant qu'être social et l'individu dans son rapport avec les autres. La plupart des changements dans la société est introduite par l'éducation qui est elle aussi phénomène social et fait partie de la sociologie. Pour bien étudier ce phénomène et apporter du progrès au sein de la société, une discipline autonome de la sociologie s'occupant spécialement des problèmes éducatifs est née, c'est la sociologie de l'éducation qui existera au même titre que les autres. Dans ce sens précis, l'évolution de la société impose la réforme des institutions scolaires et de l'école comme une institution sociale et doit suivre en principe le progrès de la société. Elle doit introduire de nouvelles matières que les nouvelles conditions de la vie sociale imposent. Bref, l'organisation, le contenu et même les méthodes et les moyens de l'enseignement sont imprégnés d'un caractère social.

17ACQUAVIVAS. et PACE E., La sociologie CERF, 1994.

des religions.

Problèmes

et perspectives,

Paris, Ed.

28

1.2.3. La sociologie est-elle science carrefour?

Il est évident que la sociologie empiète sur de nombreuses disciplines des sciences humaines, d'où ce que les tenants de ces disciplines ont dénommé « l'impérialisme intellectuel de la sociologie », mais le mouvement inverse est peut-être de plus en plus vrai aussi. N'est-ce pas logique au fond, puisque c'est en considérant les faits sociaux dans leur interdépendance, dans leur totalité, que l'on peut tendre à saisir une partie au moins de la réalité humaine? « C'est en considérant le tout ensemble que nous avons pu percevoir l'essentiel, le mouvement du tout, l'aspect vivant, l'instant fugitif où la société prend, où les hommes prennent conscience sentimentale d'eux-mêmes et de leur situation visà-vis d'autrui »18. En définitive, l'on peut considérer que l'objet de toutes ces sciences humaines est le même: il s'agit de la réalité socioculturelle, c'est-à-dire les « Nous », les groupes, les sociétés et les relations entre tous ces composants. Les méthodes sont fréquemment identiques, le langage et la conceptualisation également. Seul le fait que cet objet soit encore très large pousse à un découpage du champ socioculturel. D'ailleurs, la pluridisciplinarité, la complémentarité, la multidisciplinarité, la transdisciplinarité et encore l'interdisciplinarité, malgré toutes les difficultés qu'elles présentent, sont révélatrices d'une prise de conscience de l'unité de la réalité humaine.

1.3. Définitions et caractéristiques du fait social
V oici, ci-après, les définitions et les caractéristiques 1.3.1. Définitions du fait social du fait social.

Le fait social constitue l'objet-sigle de la sociologie. Il a fait l'objet de longues discussions entre sociologues parce que difficile à définir. Dans le cadre de cet ouvrage, nous n'en donnons donc que l'essentiel de la définition pour bien fixer nos lecteurs. En effet, le social est un aspect du groupe qui le caractérise en termes d'un certain passé ou, selon Henri Jannel9, c'est un contenu spécifique du groupe défini en termes historiques. On peut dire que le fait social est le phénomène micro ou macrosocial. Par conséquent, le fait social est tout ce qui est expression de la société, par exemple, le langage. A partir du langage, on peut identifier quelqu'un et le situer dans la société à laquelle il appartient. Parmi d'autres exemples, nous pouvons citer les rapports éconoMAuss M., Essai sur le don, Paris, PUF, 1924. 19JANNE H., Le système social. Essai de théorie générale, logie de rULB, 1968.
18

BruxeIles,

Ed. de l'Institut

de SOCIO-

29

miques, l'éducation sexuelle, la danse - celle-ci situe l'homme dans sa société et dans son époque de la vie -, le mariage, les sports, le commerce, etc. Selon E. Durkheim, le caractère qui pennet de reconnaître le fait social est la contrainte qu'il exerce sur les individus. Ainsi arrive-t-il à dire qu'« Est fait social toute manière de faire susceptible d'exercer sur l'individu une contrainte
extérieure» 20.

Le fait social est d'essence collective, c'est-à-dire qu'il est une manière de faire des généralités dans une société donnée. Ainsi, certaines pratiques collectives, certaines coutumes positives, certains usages admis et acceptés par les hommes, les groupes sont des faits sociaux. Panni les faits internes et externes dont l'homme fait l'expérience vivante, quels sont ceux qui sont l'objet de la sociologie? En d'autres termes, quels sont les caractères spécifiques des faits sociaux? Nous allons essayer de répondre à cette question en cherchant les caractéristiques propres des faits sociaux. L'ensemble de celles-ci pennettra d'en dégager la définition.
1.3.2. Caractéristiques des faits sociaux

Les caractéristiques du social distinguent ses différentes typologies; pour les uns, le social est relationnel, moyen, nonnal, extérieur, intériorisé; pour les autres, il est collectif, objectif et positif. Parmi les sociologues qui ont défini les faits sociaux, nous retenons Emile Durkheim, Maurice Duverger et Henri Janne. Pour E. Durkheim, le fait social est contraignant ou coercitif, extérieur et intériorisé, nonnal et général. Durkheim propose un critère objectif, qui doit pennettre de distinguer le caractère proprement social d'un fait social. Ce critère c'est la contrainte. La contrainte est le critère auquel on peut, du dehors, reconnaître les phénomènes sociaux en les distinguant des phénomènes purement individuels. Certains comportements vis-à-vis des autres, certaines manières d'être, d'agir... ont un caractère éminemment social, parce qu'ils s'imposent en nous. En voulant agir autrement, en voulant enfreindre la règle qui nous est imposée dans certains cas et certains comportements, nous nous exposons à des sanctions (exclusion, dédain, méfiance, marginalité...). Si j'essaie de violer les règles du droit, elles réagissent contre moi de manière à empêcher mon acte. Si je ne me soumets pas aux conventions du monde, si en m'habillant je ne tiens aucun compte des usages suivis dans mon pays et par mon auditoire (classe), le rire que je provoque, l'éloignement où l'on me tient, produisent, quoique d'une manière plus atténuée, les mêmes effets qu'une peine proprement dite... Le social est extérieur. Par exemple, le langage, à notre naissance, n'était pas en nous; de même l'habillement, il a fallu un certain âge et des remarques des parents pour que nous nous habillions de nous-mêmes. En effet, le social est
20 DURKHEIM E., Les règles de la méthode sociologique, Paris, PUF.

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donc préétabli par rapport aux individus. Le social est venu de l'extérieur et existait dans la société avant d'être acquis par l'individu. A un certain moment, le social sera intériorisé dans le « sunnoi » par le conditionnement. Celui-ci, aux dires de S. Freud, c'est la contrainte devenue inconsciente. Un fait social est normal, c'est-à-dire qu'il obéit à des règles ou des normes pour un type social détenniné, considéré à une phase détenninée de son développement. Ceci signifie que le fait social est relatif. Pour M. Duverger, les phénomènes sociaux sont collectift, objectifs, généraux et positift. Le social est collectif. Il est commun à plusieurs individus. Cette collectivité est réelle et identifiable. Le social est objectif. Il a une existence soit réelle et matérielle soit représentative et n'existant pas en dehors des consciences qui font la réalité en la pensant. Les uns sont complets par eux-mêmes comme les groupes, les populations, les règlements, les écrits, etc. ; les autres ne sont que des aspects, des points de vue des premiers comme les opinions, les croyances, les idéologies, etc. Le social est général. Il se réalise de multiples manières, mais en dépit de son historicité ou de sa singularité qui date et situe ces faits humains. Ceux-ci peuvent être confrontés et rapprochés les uns des autres par une abstraction de l'esprit qui néglige les différences de degrés et retient leur nature, à condition que celle-ci ne soit pas absolue mais relative. Un adage dit que « quand tout le monde est fou, personne n'est fou ». Le social est positif. Il est l'objet de l'observation directe. Il est, il existe. Il fait l'objet d'une analyse objective. Comme à l'époque d'Auguste Comte avec sa typologie des trois états, le positif s'oppose à l'état théologique et à l'état métaphysique. L'état positiviste est scientifique. C'est l'état final... Selon H. Janne, le social est relationnel, moyen, nonnal, contraignant, extérieur et intérieur, structuré et fonctionnel. La plupart de ces critères ont été repris par E. Durkheim et M. Duverger. Le social est relationnel. Le social se constitue des réseaux de relations interpersonnelles à un moment donné. Il y a relation sociale lorsque l'existence ou l'activité de l'un des tennes influent les actes ou l'état psychologique de l'autre. Pour H Janne, les réseaux constitués de ces relations sont en même temps le produit de l'action des hommes et la source de celle-ci. La vie sociale est fondée sur le binôme action-relation2I. Chaque individu dans les situations où il peut se trouver, possède, au départ, indépendamment du caractère plus ou moins favorable de ces situations,

21

JANNE H., op. cil., p. 13.

31

une capacité d'influencer. C'est cette capacité qu'Eugène Dupreel définit comme la« force sociale »22. La force sociale d'un individu dépend de sa force physique, de sa beauté, de son intelligence, de sa capacité de concentration intellectuelle, de ses connaissances et de sa culture, de sa compétence technique, de son caractère, de la cohérence de sa personnalité, de l'expérience assimilée, de ses performances passées, de l'importance sociale des groupes auxquels il appartient (famille, classe sociale, église, parti, club sportif...), des valeurs auxquelles il s'identifie, de sa richesse, de son prestige personnel et social ainsi que de l'opinion d'autrui, de ,ses relations, des fonctions et des rôles qu'il exerce dans la société et de . . 1 mamere dont 1 es assume,23 etc. a 11 Le social est moyen. Pour A. Quetelet, « le social s'identifie à la notion de "moyen"; l'homme défini socialement, c'est "l'homme moyen ». Pour cet auteur, «plus le nombre des individus que l'on observe est grand, plus les particularités individuelles, soit physiques, soit morales, s'effacent et laissent prédominer la série des faits généraux en vertu desquels la société existe et se conserve ». « La régularité ou la loi fondamentale se concrétise dans la convergence des résultats autour d'une moyenne24. » Le moyen terme est donc le produit des causes régulières débarrassé de l'efficience des causes accidentelles qui se détruisent mutuellement dans l'ensemble des observations. Puisqu'exprimant « une moyenne» le fait social peut être au-dessus et en dehors de la moyenne pourvu qu'il porte en lui virtuellement les conditions de création d'une moyenne future. Le social est structuré. Les réseaux relationnels ne sont pas dus au hasard, ils tiennent des armatures plus ou moins rigides et hiérarchisées: les unes commandent les autres, elles transcendent l'individu impliqué (EGO). Ainsi A. MarchaI et A. Cuvilier définissent-ils la structure comme « les éléments d'un ensemble qui, au cours d'une période déterminée, apparaissent comme relativement stables les uns par rapport aux autres» et se trouvent comme fixés et institués. Statiquement, la sociologie étudie les types et l'organisation des structures sociales plus ou moins institutionnalisés (c'est notamment les faits inhérents à la structure sociale et à la morphologie sociale). Dynamiquement, la sociologie étudie les processus d'intégration et de densité et de désintégration, leur évolution et leurs mutations (le social change, il est en mouvement, il évolue... ). Le social estfonctionnel. Il fonctionne, il a une fonction dans la société. La fonction selon R. K. Merton, « c'est le rôle de toute activité récurrente dans la vie sociale, rôle considéré sous l'angle de sa contribution à l'existence et à la
22

Ibid., p. 14.
JANNE H., op. cit., pp. 14-15, QUETELET A., L'homme 24 ; - QUETELET A., L 'homme de ses facultés et le développement ou Essai de physique de ses facultés sociale, 1835.

23 24

ou Essai de physique sociale, 1835.
et le développement

32

continuité des structures »25.En somme, la fonction a pour objet de perpétuer une configuration sociale déterminée qui se traduit dans la réalité par un ensemble structuré de relations individuelles. Qui dit fonction, dit système. Le système est un ensemble constitué de composantes réciproquement ajustées, interdépendantes et en interaction. Un système est dynamique mais reste de son type propre aussi longtemps que l'équilibre de ses composantes se maintient à l'intérieur de certaines marges de changement. Tout système comporte un processus d'équilibration et de rééquilibration constitué en dispositif d'auto, . 76 regu IatlOn- . Après avoir passé en revue tous les traits caractéristiques du fait social, nous retenons avec H. Janne que « le fait social est relationnel et en conséquence vecteur de force sociale (capacité d'influencer); il est récurrent; il représente une moyenne typique et normative pour chaque espèce de relations sociales; il est normal; il est contraignant sous un contrôle plus ou moins extérieur ou intériorisé et plus ou moins consciemment subi; il est extérieur en ce qui concerne l'individu et dans ce sens « préétabli» ; il se trouve plus ou moins institué et en conséquence intégré dans des structures hiérarchisées; il est fonctionnel et contribue à la perpétuation d'une configuration sociale déterminée qui est un système structuré de relations individuelles »27. Enfin, nous ajoutons que le fait social est toujours relatif pour un type social déterminé. Cette définition complexe mais cohérente rend compte du caractère en même temps stabilisateur et créateur du fait social. Pour des raisons didactiques, il nous revient de révéler la confusion qui plane dans la définition du fait social et du phénomène social ou du fait sociologique.
1.3.3. Fait social et phénomène social

Le fait signifie étymologiquement ce qui est tandis que le phénomène signifie étymologiquement ce qui apparaît. Le social est ordinairement particulier tandis qu'un phénomène social peut désigner ce qui est général. Ainsi parle-t-on du phénomène de la pesanteur, de la condensation, mais on ne dit guère un fait de la condensation ou de la pesanteur, car un fait général n'a de réalité que dans l'esprit, il est de l'ordre de la représentation ou du phénomène.
1.3.4. Fait social et fait sociologique

Tout phénomène social est un fait sociologique et non pas un fait social. Un fait social est en dernière analyse un fait historique observé d'un point de vue
25 MERTON R. K., Éléments de théorie et de méthode de sociologie, 26 JANNE H., op. cÎt., pp. 28-29. 27 Ibid., p. 29. Paris, Gerald Monfort, 1965.

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