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TERMINAL N°75

160 pages
De nombreux articles sur Internet :
L'Internet remède à la crise
Internet et la démocratie
Internet, l'informatique et l'école
L'industrie du logiciel : ébauche d'une approche prospective
Voir plus Voir moins

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EDITO Stratégies industrielles et société de l'information FORUM L'Internet, remède à la crise? Guy Lacroix 9 Débat avec Guy Lacroix : Le changement dans l'entreprise et les technologies de l'information
RÉSEAUX

Michel Delaplerre Jean-Benoit Zimmermann

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Comité de rédaction

23

Cybermonnaie : les implications d'une nouvelle forme monétaire (1ère partie)
TRAVAIL

Robert Guttmann

45

Gestion des horaires et fragilité des négociations dans la grande distribution Les rencontres européennes de Parthenay sur la démocratie et les réseaux multimédia
MULTIMÉDIA

Michèle Descolonges Barbara Multner Michel Bumier

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Internet et la démocratie Internet, /'informatique et l'école
STRATÉGIES

Hervé Le Crolnler Jacques Vétois

81 99
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La Numérisation:

Analyse

en

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terme de trajectoire technologique ~~L'industrie logiciel: Ebauche du d'une approche prospective

Jean-Louis Caccomo J. B. Zimmermann

109
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.5 e;

REPERES Pente radioscopie statistique des radios associatives Les actions du collectif "Informatique, Fichiers, Citoyenneté" DomlnlquB DBsbols Chantal Richard M;chBl Bum;Br 143 145

Les actions du Colloque CREIS/GERSULP "Informatisation et anticipation: Chantal Richard

entre promesses et réalisations."
BLOC-NOTES ABONNEMENT

DanlB' Naul/eau

153 157 160

terminal édité par te CUI-Terminai (Centre d'information et d'Initiatives sur l'Informatisation Président: Guy Lacroix

-terminal),

@ Copyright: terminal! L'Harmattan. Directeur de publication: Jacques Vétols. Maquette: Stuc/Io AFTER La Teinturerie - 01 43 66 10 16 Comité de rédaction: AJZENBERG Armand, BRIEFSUlrich, BUREAUD Annick, BURNIERMichel, DELAPIERREMichel, DESBOIS Dominique, DESCOLONGES Michèle, DURAND Jean-PIerre, LACROIX Guy, LAMARCHE'Thomas, NAULLEAU Daniel, PRADES Jacques, PRINCE Bemord, RICHARD Chantal. VETOISJacques, VITAUSAndré, WEISSBERG Jean-Louis, ZIMMERMANN Jean-Beno1t

Relecture et corrections:

Sonia Debeauvals.

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Adresse du comité de rédaction: 24 rue de la Chine F-7502QParis, Tél-Fax: +33 01 40334570 Email: vetois@lsv.ens-cachan.fr Intemet: ht1p:!!www.termlnal.ens-cachan.fr Couverture: Michel Raby Commission paritaire: N° 63526 (dépôt légat à parution) ISSN: 0997-555l1mprlmé en C.E.£. terminal est édité avec le concours du Centre National du Uvre

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@ L'Hannattan, 1998 ISBN: 2-7384-6631-1

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Stratégies industrielles
et société de l'information
Michel Delapierre et Jean-Benoît Zimmermann

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es grandes manœuvres continuent. Compaq vient de réaliser son

grand projet en rachetantDigitalpour la sommefabuleusede

9,6 milliardsde dollars.Déjà,il Ya un an, Compaqavaittenté, sans succès,de réalisercetteopérationet avait,en revanche,acquisTandem. Compaq, leader mondial de la microinformatique, voit dans cette

acquisition la possibilité de renforcer son chaînon le plus faible en accédant à la clientèle d'entreprise maîtrisée par Digital. Le jeu des chaises musicales au sein du peloton de tête de l'industrie se poursuit, génération après génération, et Compaq accède ainsi au deuxième rang de l'industrie informatique mondiale, rang auquel Digital était elle-même parvenue en 1981, par la puissance montante de son offre de mini-ordinateurs, contribuant à reléguer les constructeurs traditionnels de mainframes à des places plus reculées dans la hiérarchie du marché. Seille, mM, de par l'ampleur des ressources qui lui procure sa part de marché considérable et sa capacité à pénétrer de nouveaux segments, est parvenue à conserver sa place, en tête du groupe des leaders, au fIl des révolutions conceptuelles qui ont agité l'industrie informatique, du mainframe à la mini, puis à la microinformatique. Mais sa part du marché mondial des systèmes est passée de 63% en 1975 à moins de 10% aujourd'hui, tous segments confondus, et ce n'est plus elle qui désormais dirige le jeu, malgré sa puissance industrielle et de marchél. Qui mène le jeu aujourd'hui? La collusion de fait du tandem IntelMicrosoft constitue indéniablement le fondement d'une position dominante autour d'un standard unique, malgré les attaques frontales des concurrents directs d'Intel que sont AMD ou Cyrix, dans la micro-électronique, malgré les menaces de la législation antitrust à l'encontre de Microsoft (cf. par exemple les difficilltés que rencontre la firme pour la mise sur le marché de son Wmdows 98, avec ou sans son Internet Explorer). La "dissidence" de Apple semble en passe d'être réduite et c'est désormais Microsoft elle-même qui contrôle l'essentiel des logiciels d'application mis en œuvre sur les ordinateurs de la firme de Cupertino.
1. Le CA total d'IBM en 1996 est de 76 milliards de dollars

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Dans ces guerres de position, le "club" des prétendants à l'héritage d'IBM ne manque plus que d'un troisième membre. Compaq, par sa fusion avec Digital peut désonnais revendiquer la place du 'constructeur dans cet "oligopole technologique", pour fonder sa prééminence sur les diverses composantes du marché de la microinfonnatique, qui demeure le potentiel de croissance le plus solide de l'industrie infonnatique avec +17% en 1997 et des prévisions équivalentes pour 1998. Ceci d'autant plus que Digital s'était récemment rapprochée de Microsoft avec laquelle elle avait passé des accords relatifs à la consolidation de sa plate-fonne Windows-NT en direction des entreprises. Ceci expliquant cela, les manœuvres stratégiques dans l'industrie infonnatique se traduisent par un mouvement généralisé de concentration, auquel participe chacun des acteurs pour affennir sa position. Ainsi Sun vise à asseoir sa prédominance dans le monde Unix, dans lequel elle commercialise ses stations de travail construites sur la base de ses propres processeurs (Spare) er de son propre système d'exploitation (Unix Solaris), en concurrence avec la montée en puissance des produits construits autour des puces Intel et de Wmdows-NT. Elle entend fonder sa stratégie sur la construction d'une compétence dans l'infonnatique communicante et les produits nomades, en misant sur le langage Java et les "logiciels enfouis" (rachat de l'entreprise française Chorus System). Sun cherche de la sorte à créer et à diffuser une nonne qu'elle contrôlerait. Computer Associates vient de lancer une OPA sur Computer Science, dont l'acquisition lui pennettrait, elle aussi, de se hisser à la deuxième place du palmarès des finnes de services informatiques, derrière IBM. Ce que Computer Associates cherche à réaliser, c'est la fourniture d'un service complet, "one stop shopping", aux entreprises. Ces mouvements de recomposition, au sein de l'industrie infonnatique, semblent pouvoir être analysés selon deux tendances croisées. La première se traduit par une segmentation horiwntale de l'industrie en strates spécialisées, les composants, le logiciel, les services, les périphériques. Sur chacune de ces strates, la lutte est très vive pour conquérir des parts de marché significatives qui pennettent de dicter la nonne à l'ensemble du domaine, et d'ériger des barrières à l'entrée fondées sur les économies d'échelle et l'iImovation continue. Les nonnes perdent alors leur caractère propriétaire; elles s'imposent à toute l'industrie et garantissent l'interconnexion des éléments développés et produits par des entreprises indépendantes. La seconde correspond aux stratégies d'intégration verticale développées par les groupes qui sont parvenus à une position dominante sur leur strate d'origine et qui tentent de prendre pied sur d'autres segments. Elles procèdent soit directement par des acquisitions ou des prises de 4

participation; c'est le cas des groupes du "club", par des accords de coopération qui visent à peser sur la fixation des standards. Dans le même temps, tout le monde semble s'accorder pour reconnaître que l'on assisterait à l'émergence d'une "société de l'information", depuis longtemps évoquée, mais jamais jusqu'ici réalisée. C'est à une véritable révolution qu'il y aurait lieu de se préparer, tant sur le plan des modes d'organisation de la production et du travail, que sur celui de la culture, du divertissement et de la socialisation. Nombre de publications ont été consacrées récemment à ce thème que Thierry Gaudin2 qualifiait il y a une quinzaine d'année comme le troisième grand virage culturel de l'humanité, depuis l'invention de l'écriture et celle de l'imprimerie. La définition donnée par le groupe d'expert de l'Union Européenne animé par L. Soete met l'accent sur l'usage généralisé des technologies de

l'information et de la communicationet sur les innovationsorganisationnelles, commerciales, sociales et légales qui vont nécessairement
l'accompagner et changer profondément la vie au travail et dans la société. Cette société de l'information, jusque là souvent évoquée sous différentes formes, on perçoit bien qu'elle n'a pas vraiment été jusqu'ici grand chose d'autre que l'automatisation de fonctions existantes. Aujourd'hui il semble que c'est bien plus et ce pour différentes raisons : - parce que nous sommes entrés dans l'ère de "l'économie fondée sur la connaissance" ; - parce que la diffusion à tous les aspects des structures économiques et sociales requiert une grande variété de configurations (essentiellement sur le plan des logiciels d'application), une imagination inventive qui ne peut s'arrêter à quelques utilitaires standard; parce que pour la première fois, autour de la numérisation, s'est

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effectuée une réelle convergence informatique-télécom3

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parce que les progrès dans la puissance de calcul, les capacités de stockage et surtout dans les techniques de compression, ont ouvert la voie à l'ère du multimédia, demain TV numérique, accès aux réseaux sur la base de l'utilisation d'applets. On voit bien au travers de cette énumération que la réflexion sur la société de l'information s'appuie beaucoup plus sur la prise en compte des technologies
2. Voir par exemple le récent numéro spécial de Communications & Stratégies, N°28 4ème trimestre 97 intitulé La société de l'information: performances économiques et implications sociales; Der GMD Spiegel 4-97 (Dezember): Auf dem Weg zur Informationsgesellschaft; ou le récent rapport (juin 97) d'un groupe d'experts de l'Union Européenne coordonné par Luc Soete. 3. Voir G. Dang Nguyen et D.Phan, Apprentissages et diffusion du paradigme numérique dans les Technologies de I1nformation et de la Communication, in B.Guilhon, P. Huard, M. Orillard et J.B. Zimmermann (Eds.) "Economie de la Connaissance et Organisations", L'Harmattan, Paris, 1997.
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que sur de nouvelles fonnes d'organisationéconomiqueet sociale4.La véritable question demeure celle de savoir ce que nous allons être capables d'imaginer et de décider en ce qui concerne remploi des technologies de l'infonnation. n faut se garder de penser que les technologies, par leur développement autonome, pourraient orienter et détenniner révolution de la société. Alors ces transformations sociales qui s'opèrent sur fond de grandes manœuvres industrielles conduisent-elles vers l'uniformisation ou vers la diversité? L. Soete insiste sur le fait qu'il n'y a pas un modèle unique de "société de l'information", mais qu'il en existe une multitude, selon les pays, les régions, les économies, les cultures. n plaide pour un modèle européen de société de l'infonnation fondé sur la valorisation de la diversité: The true
challenge of the European Information Society is from this perspective
searchfor competitiveness based on cultural, educational

the

and social variety.

Une telle perspective reste-t-elle soutenable dans un contexte où les manœuvres actuelles tendent à limiter la combinatoire aux composantes offertes sous la bannière des grands opérateurs, en quête de positions dominantes ? En ce qui concerne Microsoft, la stratégie consiste à rechercher, non seulement une position dominante sur l'outil d'exploitation des platesformes matérielles: Wmdows 95 ou 98 pour le grand public, Wmdows-NT pour les entreprises, mais aussi sur les outils d'application, voire sur le contenu informationnellui-même de ces outils. Alors faut-il voir le gentil Bill Gates (reçu comme un chef d'Etat à l'Elysée en 97 avec son mulot) en Big Brother version fin de siècle, reprenant, mais cette fois en version soft et grand public, le rôle autrefois dévolu à IBM ? Mais allant beaucoup plus loin, car il ne s'agit pas tant de la constitution d'une clientèle captive, prisonnière des spécifications d'un constructeur particulier, mais beaucoup plus de la promotion d'un standard propriétaire qui deviendrait un vecteur de diffusion des technologies de l'information précisément parce qu'il s'imposerait à tout utilisateur de système de traitement de l'infonnation.

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4. Voir sur ce point l'article très clair de M. Maheu "Vous avez dit Société de l'information ?," dans les Annales des Mines, oct-novo 1996. 5. Towards a European Information Society, Communications et Stratégies, N°28, 4ème trimestre 1997. 6. Voir par exemple Microsoft's Future, Business Week, 19.01.98. 7. Par opposition avec un standard ouvert comme POSIX dans le monde Unix ou comme Linux dans celui de la micro-informatique. Un standard propriétaire, de nature privée vise à la recherche d'une position dominante tandis qu'un standard ouvert est un bien public et vise à la coordination. Sur cette distinction voir par exemple J .B.zimmermann L'industrie du logiciel: de la protection à la normalisation, in M.Baslé, D.Dufourt, J.A.Héraud et I.Perrin (Eds.), "Changement institutionnel et changement technologique", CNRS Editions, 1995.

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I Dominique

Desbois

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Décrypter quelques uns des enjeux économiques et
sociaux d'Internet comme figure emblématique des autoroutes de l'information, utopie sociale fondée sur les innovations technologiques récentes du secteur des télécommunications, tel est l'objectn de la synthèse proposée par Guy Lacroix1.~auteur, bien connu de nos lecteurs,qui s'appuie dans ses analyses sur le point de vue originel exprimé par Norbert Wiener, mathématicien américain, dans son ouvrage "Cybernétique et Société"2 soulignant les possibilités accrues de contrOle induites par les technologies du traitement de l'information. L:auteur replace donc la mise en œuvre du projet de dérégulation globale du secteur des télécommunications dans le mouvement d'automatisation et d'informatisationinitiéà la fin des années 50 qui n'en finit pas de remodeler le paysage industriel des pays développés et de conditionner l'évolution des sociétés post-fordiennes. Entreprenant un travail de déconstruction des paradigmes informationnels, Guy Lacroix nous livredans cet ouvrage une cartographie critique de l'internet, ou plutOtdes différents positionne-

ments et usages de ces innovationstechnologiques récentes:
Internet des sciences, intranet/extranet des entreprises, cybercommerce, etc. La critique de l'usage des nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTlC) rejoint alors celle du mode de production. ~analyse du jeu des médiations entre agents économiques proposée par Guy Lacroix souligne les effets croissants de la dissymétrie d'information dans la compétition écono1. Le mirage Internet. Enjeux économiques et sociaux., Guy Lacroix, Collection Essentielle. Vigot, 1997, 156 p.l. 2. Cybernétique et société ou de l'usage humain des êtres humains, Wiener N. UGE (10/18), 1962, Paris. 7

mique, rejoignant ainsi les recherches les plus actuelles sur l'évolution des règles du marché financier, mais aussi celles des marchés de produits désormais globalisés et interconnectés. Les médiations introduites par les NTIC explorées dans l'ouvrage ne se limitent pas au champ de l'économie mais s'étendent à l'élaboration des représentations sociales au sein du patchwork des qbercommunautés, à la reproduction de l'illusion pédagogique économisant une réflexion institutionnelle sur les enjeux éducatifs actuels, à l'inégale appropriation de l'information réglementaire par les usagers, aux conséquences liberticides de l'interconnexion des fichiers. Autant de domaines où Guy Lacroix en appelle au contrôle démocratique des choix technologiques par des instances plurielles d'information et de débat se saisissant démocratiquement de ces questions. Pour conclure, il pose la question de l'Internet comme lieu privi-

légié de tels échanges cnoyens : Internet comme remède à la crise?
l:histoire du temps présent nourrit bien des interrogations social de l'automation, sur le bilan et Guy Lacroix ne manque pas d'en relever un

des aspects les plus singuliers: la prolifération des machines à communiquer semble à la mesure de l'incapacité croissante de nos sociétés high-tech à générer une communication authentiquement humaine. Nous publions en première partie de ce forum des extraits de cette conclusion. Ce fut le point de départ d'un débat du comné de rédaction dont nous retranscivons également l'essentiel.

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la crise?

remède
Guy Lacroix

eux principes entrent en tension dans l'Internet. D'une part, avec la formalisation de nouveaux secteurs de traitement de l'information, s'instaure la possibilité de nouveaux contrôles, articulant notamment les micro-comportements avec l'émergence de méta-représentations planétaires. D'autre part, les réseaux favorisent la création d'informations nouvelles par une mise en fusion relationnelle due au décloisonnement -potentiel- des institutions et des groupes contingentant l'information. Ce qui veut dire que l'avenir est largement ouvert, et qu'il est difficile a priori d'anticiper sur les voies que nos sociétés pourront prendre. Si l'Internet représente bien l'amorce d'une nouvelle rupture qualitative dans le machinisme et dans l'organisation des sociétés, nous ne disposons pas d'éléments de comparaison, hormis celui de cette "seconde révolution industrielle' qui s'est ébauchée dans l'entreprise avec l'automation et la robotique. L'automation nous intéressera ici, non seulement parce qu'elle a préparé le terrain à l'Internet, mais parce qu'elle nous fait toucher du doigt les obstacles auxquels est affrontée une innovation technique radicale pour se transfornler en innovation sociale. Elle met en relief les mécanismes de défense et de dénégation qu'une société met en œuvre pour s'aveugler sur elle-même et ne pas prendre en compte les aspects radicaux d'une nouvelle technologie. Le chômage actuel en est sans doute une des conséquences. Or l'Internet amorce peut-être des bouleversements encore plus fondamentaux que l'automation de la production. C'est justement le caractère radical de cette seconde phase de l'informatisation dans laquelle nous entrons avec les réseaux informatiques, qui nous amène à penser que le projet d'autoroute de l'information, tel qu'il est conçu actuellement, parce que pour l'essentiel il est une transposition de l'état de chose existant, est condamné à l'échec. Non seulement il ne nous aidera pas à sortir de la crise, mais il nous y enfoncera d'avantage en exacerbant les fractures sociales, sans offrir d'alternatives.
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Ce qui ne veut pas dire qu'il n'existe pas d'alternatives possibles. mais cela demanderait de dépasser le cadre économique et institutionnel actuel pour l'adapter à l'instauration d'une société, qui, comme le souhaitait Norbert Wiener, se donnerait les moyens d'utiliser la puissance des machines et des sciences pour promouvoir "un usage humain des êtres humains"

Les leçons de l'automation
L'automation illustre bien les difficultés à anticiper sur les changements sociaux introduits par l'informatique. C'est un exemple significatif de la résistance à l'innovation sociale, de ses lenteurs, et de la manière dont une société s'est avérée, en fin de compte, incapable d'utiliser les innovations technologiques au profit de tous ses membres. L'automation qui a augmenté de manière considérable la productivité du travail, n'a pas créé l'abondance, mais le chômage. Cela nous fait mesurer le gouffre existant entre les possibilités sociales d'une technologie -même "révolutionnaire'et ce que va en faire une société. L'automation a préparé l'Internet, qui en est, dans une certaine mesure, l'aboutissement et la prolongation. Aussi, va-t-elle nous servir à mettre en lumière quelques-uns des obstacles auxquels va se trouver inévitablement confronté un projet d'autoroute de l'information qui voudrait utiliser les potentiels des TIC (Technologie de l'Information et de la Communication) pour le bien de tous. Dans les années cinquante, les automaticiens et roboticiens issus de la mouvance cybernétique pointaient la radicalité sociale d'une automation encore en gestation. Rappelons que beaucoup de cybernéticiens furent des promoteurs de l'informatique et qu'ils se sont particulièrement préoccupés d'automation et notamment de robotique, domaines où ils eurent un rôle de pionniers. Ils participèrent en grand nombre au démarrage de l'automation -aussi bien à l'Ouest qu'à l'Est- avec une approche "globalisante' et intégrative de la restructuration des processus industriels et sociauxl. En effet, avec le feed-back, on peut asservir le comportement d'un effet à la représentation commandant une action. À un niveau de plus grande complexité de ses éléments, les résultats de l'action peuvent modifier cette représentation. Ces assertions qui ont l'air trivial résument pourtant les bases de l'automation et de la robotique, où il s'agit de substituer à une "commande humaine', une commande "machinique' pour
1. En France, Albert Ducrock n'est pas seulement un cybernéticien et un vulgarisateur hors pair; il fut aussi l'un des principaux introducteurs des méthodes d'automation, notamment avec le défunt mensuel Automation.

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assurer le bon déroulement d'une action, ou pour la modifier. L'outil de cette commande sera l'ordinateur. La cybernétique indiquait une rupture qualitative du machinisme. Elle marquait le passage de la mécanique classique aux machines auto-régulées et communicantes. La première repose sur la causalité linéaire des cames et des engrenages, la seconde sur l'intégration de la causalité circulaire et la maîtrise des flux d'informations. Dans la première, l'homme est indispensable pour guider et conduire la machine, car celle-ci est dotée d'un comportement rigide et répétitif et ne peut s'adapter aux variations de son milieu. C'est l'homme qui la conduit2. Dans la seconde, la prise en charge de la régulation par la machine elle-même, puis des relations entre les machines, permet son "autonomisation' progressive, bouleversant sa relation avec l'homme. L'automation et la robotique empruntent au vivant. TIs ne l'imitent pas, mais ils en transposent certains principes qu'ils incarnent avec leurs moyens propres. Ils dotent la mécanique classique d'un "système nerveux' électronique et d'une instance de représentation et de contrôle informatique qui peut agir en hybridation et en symbiose plus ou moins profonde avec l'homme, ou se substituer à lui. La plupart des ingénieurs ne distinguaient alors dans les régulateurs et les ordinateurs qu'un simple perfectionnement de la mécanisation, un petit plus ajouté à une production qui resterait inchangée dans ses grandes lignes. Les cybernéticiens considéraient au contraire l'automation comme marquant une rupture fondamentale. dans la logique du machinisme et de l'organisation du travail, annonciatrice d'un bouleversement de l'organisation des entreprises et des sociétés. Pour eux, les nouvelles machines étaient l'avant-garde d'une véritable révolution des bases de la production, qui allaient amener à une reconsidération totale du travail humain et des rapports de I'homme avec la machine. L'automation marquait les prémisses d'un bouleversement au moins équivalent au début de l'agriculture ou à la révolution industrielle, et il était indispensable de s'attacher à en analyser l'ampleur et à en repérer les principales lignes de forces. On pouvait d'ailleurs commencer à les lire dans la logique même des nouvelles machines. Celles-ci tendaient à se substituer à la partie intellectuelle du travail humain et à exclure I'homme de la production directe et du contact avec les matériaux.
2. Le taylorisme en a inversé les termes. En fait, c'est la machine qui se charge aussi de conduire l'homme qui la sert en lui imposant ses rythmes. Comme pour la mécanique "classique' avec la chaîne-transfert, l'informatique peut être utilisée de manière taylorienne pour contraindre et conduire le travail de l'homme et organiser une succession d'opérations intellectuelles. 11

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L'automation poursuivait ce mouvement d'augmentation de la productivité du travail inhérente au machinisme, mais elle lui faisait accomplir un bond quantitatif et qualitatif. Après avoir remplacé et amplifié la puissance musculaire, la machine se substituait aux processus de guidage de l'action et de décision que l'on pensait jusque-là l'apanage exclusif du travailleur humain. Grâce à elle, l 'homme pourrait satisfaire ses besoins en travaillant moins. L'humanité s'apprêtait à entrer dans une ère d'abondance. Cette perspective enthousiasmait les cybernéticiens. Aussi pour eux, dès l'aurore de l'automation, régulateurs, ordinateurs (analogiques et digitaux) et robots, étaient-ils considérés comme des moyens pour réaliser, au plus vite, des systèmes artificiels intégrés de production et de gestion dans lesquels, des processus locaux de régulation jusqu'aux prises de décisions et à la prévision, tout s'enchaînerait de telle sorte que l'adaptation des unités de production aux demandes du "milieu' pourrait se faire avec un minimum d'intervention humaine. Ce qui veut dire que l'information circule d'ordinateurs à ordinateurs dotant l'entreprise d'une sorte de "système nerveux artificiel'. La conscience des nécessités technologiques d'éliminer le plus possible l'élément humain de la partie directement productive du complexe "machinique' -intégré à celui-ci, il est réduit à un appendice de la machine qui le soumet à ses rythnles et à ses exigences- se combinait avec une conception "hunlaniste' du progrès technique qui condamnait le "gâchis des cerveaux' imposé par le taylorisme. La mise en œuvre de l'automation devait impérativement se garder de reproduire sous une autre forme ce type de scénario. Judicieusement conçue, l'automation s'avérerait un instrument de "désaliénation' des travailleurs par la suppression prioritaire des tâches ingrates ou pénibles, l'élévation du niveau général de qualification, le développement de la polyvalence, et surtout la diminution du temps de travail. Celle-ci permettrait une vie plus riche et une consommation accrue. Elle s'intégrerait à l'instauration d'une éducation permanente nécessaire pour que les travailleurs puissent évoluer en même temps que les
machines, et aussi satisfaire leurs besoins culturels.
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On peut dire que ce schéma global s'est en grande partie imposé aux entreprises, mais son déroulement intime ne s'est pas passé de la manière dont l'imaginaient les automaticiens. L'automation a été bien plus lente que prévu. Le taylorisme n'a pas disparu, il a changé de forme3, et surtout,
3. Cf. les travaux de Jean-Pierre Durand, entre autres: Robert Boyer, Jean-Pierre Durand, L'Après-fordisme. Paris, Syros, 1993, qui explicitent le contrôle des hommes par les flux matériels et informationnels. 12

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l'augmentation de la productivité des machines a engendré un chômage
massif, une recrudescence des inégalités sociales et une réduction minime du temps de travail. En fait, les automaticiens se sont montrés incroyablement naïfs. Ces ingénieurs étaient des idéalistes empreints d'une "fétichisation'
inconsciente des techniques. TIs agissaient en techniciens "rationnels' et en

humanistes, incapables d'imaginer que le raisonnable et le souhaitable ne s'imposaient pas forcément en matière d'évolution sociale. Ils n'ont pas perçu -ou mal perçu- les enjeux de pouvoir et la crise d'identité que provoqueraient de tels bouleversements. À leur décharge on peut se demander qui les percevait alors, et qui les perçoit encore véritablement aujourd'hui. On peut porter à leur crédit d'avoir immédiatement compris que seule une diminution importante et rapide du temps de travail pour chacun, accompagnée d'une réfonne de fond du système éducatif instaurant une véritable éducation pennanente, fonnait le noyau minimum des l'éfonnes indispensables pour adapter la société aux impacts de l'automation et de l'infonnatisation, car plus on automatise, plus on augmente la productivité et plus on diminue le temps de travail humain socialement nécessaire (à production constante). Pour eux, il était acquis que la définition d'un noyau irréductible de besoins (alimentaires, médicaux, culturels, de logement, etc.), et leur couverture sociale prioritaire, fonneraient les conditions minima à partir desquelles la société pourrait utiliser son potentiel productif pour favoriser l'épanouissement des individus. Rares parmi eux étaient les gens qui, comme Wiener, avaient anticipé les risques de l'automation. Pour lui, rien n'était joué d'avance. Celle-ci pouvait aboutir à la meilleure ou à la pire des choses: à l'émancipation de l'homme ou au chômage généralisé ; à une vie meilleure pour tous, ou à une crise sociale dramatique. L'histoire de l'automation est riche d'enseignements pour l'Internet. Elle met en lumière les erreurs d'appréciation des principaux acteurs sociaux, leur aveuglement et surtout leur volonté de ne pas changer les choses. Elle nous indique d;Une part que scientifiques, ingénieurs et infonnaticiens ne sont pas trè's-bOnsprophètes; ils font trop confiance à la technique et leur vision de la société est simpliste. D'autre part, on ne peut pas dire qu'ils aient été préoccupés, dans leur majorité, par les conséquences sociales de leurs recherches et de leurs actes. Ils sont pourtant de plus en plus la source originelle des transformations de nos sociétés. Ce sont eux qui créent l'infonnation scientifique et technique et qui la mettent en œuvre. On ne peut pas considérer non plus que les intellectuels et les spécialistes des sciences humaines aient, dans leur majorité, fait preuve de plus
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de clairvoyance. Souvent hypnotisés par une conception mythique de la lutte des classes, ignares en matière de sciences et de techniques, fascinés par une "classe ouvrière' dont ils refusaient d'envisager le déclin, persuadés de détenir le vrai et l'affirmant avec arrogance, prompts à condamner toute déviation idéologique par rapport à des schémas hérités du XIX" siècle, ils ont formé avec les groupes dominants un couple de duettistes dont les affrontements, largement fantasmagoriques, ont occupé la scène médiatique et cadenassé toute possibilité de questionnement sur les changements plus radicaux qui travaillaient, en sourdine, le tissu social. L'appréhension de l'impact de l'automation sur les transformations du travail s'est également heurtée au corporatisme syndical. Le syndicat existe par le travailleur. Dans les années passées, la défense des intérêts des travailleurs peu qualifiés et qualifiés de l'industrie formait le noyau des mythologies syndicales. Si le nombre de travailleurs diminue, si l'importance du temps de travail se réduit, si la qualification des travailleurs augmente et se déplace sur les services, si le travail n'est plus le point central de l'existence et des identifications sociales, le syndicat perd de ses justifications traditionnelles. Il ne devient pas inutile, mais son rôle se transforme profondément. Aussi, les syndicats, tout particulièrement en France, ont rarement réussi à se placer en position offensive face à l'infor-

matisation, pas plus qu'ils ne sont parvenus à prendre en compte les intérêtsdes ancienstravailleursdevenuschômeurs. La prise de conscience de la montée inévitable du chômage si des
réformes de fond n'étaient pas entreprises, s'est surtout heurtée à l'hostilité du patronat. Celui-ci s'est battu bec et ongles contre la réduction du temps de travail et a mis progressivement en place, au niveau mondial, des stratégies de contingentement et de neutralisation des potentiels subversifs de l'automatisation. Elle s'est aussi heurtée à l'indifférence et au scepticisme des hommes politiques. La plupart d'entre eux travaillent en "temps réel'. Ils ne s'attaquent à un problème social que lorsque celui-ci se pose de manière tellement massive qu'il en devient incontournable. Rarissimes sont les hommes politiques capables d'anticiper les changements sociaux, et lorsque c'est le cas, ils se trouvent exceptionnellement en position d'imposer des réformes de fond. Ceux qui en auraient eu la possibilité et le temps n'étaient dotés que d'une vision étriquée de l'avenir. Habiles à conquérir le pouvoir et à s'y accrocher, ils n'avaient pas la stature que l'histoire eut exigé d'eux. L'histoire de l'automation présente des analogies avec la situation de l'Internet. Elle en souligne aussi les différences. Il s'agit, dans l'un et 14

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l'autre cas, d'innovations radicales lourdes d'un potentiel de changement social important. L'argumentation développée par les promoteurs de l'Internet d'un progrès technologique majeur apportant un remède aux problèmes sociaux, est sur le fond relativement similaire à celle des automaticiens d'hier. On sait ce qu'il en est advenu. La différence fondamentale -et elle est de taille- c'est qu'aujourd'hui, le discours de la solution des problèmes sociaux par les TIC, est massivement repris à leur compte par les États et l'industrie, avec le projet des autoroutes de l'infonnation, et qu'ils cherchent à y impliquer le grand public. La situation est interprétable de différentes manières. La première, optimiste, nous ferait penser que nos sociétés ont mari, qu'elles ont appris de l'automation, et qu'elles sont maintenant prêtes à faire le nécessaire pour utiliser les progrès technologiques pour le bien de tous. Que les groupes sociaux, s'apprêtant à tirer les conséquences des effets positifs et négatifs de l'infonnatisation, vont se saisir des nouvelles opportunités offertes par l'Internet pour s'acheminer, plus ou moins péniblement, vers un compromis satisfaisant. La seconde est plus pessimiste. Elle est de considérer que les groupes dominants ont réussi à gagner le temps nécessaire pour apprendre à neutraliser les aspects socialement les plus émancipateurs de l'infonnatisation. Ceux qui les menaçaient dans leur existence. Qu'après avoir freiné des quatre fers pendant une quarantaine d'années, ils se sentent maintenant prêts à prendre la tête de réfonnes de fond, parce qu'ils ont compris comment s'approprier, aujourd'hui, les aspects les plus novateurs de l'infonnatisation et des réseaux en les tournant à leur avantage. Nous nous trouverions, dans ce cas, devant un "véritable' projet social, même si l'on affecte de ne parler que de technique. Mais ses effets ne seraient pas forcément ceux que l'on nous annonce4. Une troisième hypothèse, serait de considérer que les groupes qui nous gouvernent -et ceux qui ont intérêt à la poursuite de l'infonnatisationn'ont rien appris sur le fond, mais que du seul fait qu'ils disposent du pouvoir, ils se contentent de bloquer les solutions organisationnelles qui ne leur sont pas favorables. Nous serions alors entrés dans une société fortement conflictuelle, mais sans projet social global -malgré la mondialisation- si ce n'est celui de durer en agissant au jour le jour. Dans cette optique, le chômage et la crise représenteraient pour nos élites, un moindre mal. Ils seraient le symptôme de l'incapacité où elles se trouvent
4. Alain Bron et Laurent Maruani, La démocratie de la solitude. De ['économie politique de /' information, Paris, Desc1ée de Brouwer, 1996.

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de bloquer un progrès technico-scientifique qui les déstabilise tout en étant nécessaire à leur sUIVie.Ils indiqueraient leur impuissance à en contrôler ses conséquences sociales. Aucune de ces hypothèses n'est totalement satisfaisante. Pour ma part, j'aurais plutôt tendance à privilégier la dernière, mais je crois qu'il y a aussi du vrai dans les deux premières. Une seule certitude: aucun groupe social aujourd'hui, pas plus qu'hier, n'est totalement armé pour affronter les problèmes complexes que la convergence entre les technologies de la communication et les ordinateurs posent à nos sociétés. L'automation présente l'exemple édifiant d'une révolution technologique ratée. Non pas sur le plan technique, mais sur le plan social. C'est aussi une histoire qui n'est pas achevée. On peut considérer que l'Internet, dans l'entreprise et hors de celle-ci, s'insère comme l'instrument privilégié de l'entrée de nos sociétés dans une seconde phase de l'informatisation. La première, avec l'automation, a essentiellement touché la production directe et un peu la gestion, la seconde, avec les réseaux et l'Internet, y inclut le travail collectif sur l'information et tente de "boucler' la production sur la commercialisation en informatisant une partie de la relation entre producteurs et consommateurs. Le développement de l'Internet va-t-il répéter les erreurs de l'automation?

Le mirage Internet
Le bilan scientifique et technique de cinquante ans d'épopée informatique est extraordinaire; par contre le bilan social de l'informatisation reste essentiellement négatif. Force est de constater que les sociétés démocratiques n'ont pas su exploiter au profit de l'ensemble des populations les possibilités extraordinaires des nouvelles machines. Bien au contraire, elles les ont transformées en instruments d'appauvrissement et de relégation. Elles ont fait de l'automation un instrument de chômage. La productivité des machines s'est accrue, mais la population des pays technologiquement avancés, dans sa grande majorité, n'y a pas trouvé son compte. Les riches se sont enrichis et les pauvres se sont appauvris. La classe ouvrière est passée aux oubliettes et la classe moyenne inférieure est doucement en train de fondre. Quant aux cadres, de plus en plus surmenés, ils commencent à se trouver eux-mêmes victimes du chômage. Aujourd'hui, alors que le monde est devenu trop petit et que l'expansion coloniale s'avère impossible, il semblerait que les entreprises se retournent contre ellesmêmes et commencent à dévorer leur propre cœur. 16

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