//img.uscri.be/pth/9add6b587ccea82c9bb3cfa6c023d09b525315ba
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 9,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

TERMINAL N° 79

162 pages
Ce numéro rassemble plusieurs articles : Ethnographie d'une délocalisation virtuelle (Madeleine Pastinelli), une discussion avec Jean-Louis Weissberg, Diriger les hommes autrement : l'empowerment chez Motorola (Séverine Cartesse), une rubrique Technoscience avec deux articles : Réinstituer la forme en Occident industriel (Bruno de Dominicis) et le rôle de l'information scientifique et technique dans une économie mondialisée (Dominique Desbois).
Voir plus Voir moins

terminal
,.:.:.:.:.

.

.. ...

..,,::::::::::::::.' ;.:.:.:.:.:.:.:.'

............ .............. ................. .................. ..................... ...................... ........................ ............. ......................... .......... .......... ........ ......... ........ ........ ........ ................ ........ ........ ......... ........ ......... .......... ......... .......... , .......................... ........... ............ ....... ..:::::::~:::::::::::::::::::::::::::~::::~:::::::::. ........
. :.:.:.:.:.:.:.:.: ...

'

...
:. .. ... ..

...~.......... ........ ................ ................ ................ .................. .......... ........ ..............

;~.:.:.:.:.:.:.'

.

:.:.:..... .

EDITO Informatique et liberté: un grand bond en arrière, un petit pas en avant
FORUM

Guy Lacroix

3

Présences à distance

Jean-Louis Weissberg

9 25

Discussionavec Jean-LouisWeissberg Comité de rédaction
RÉSEAUX

Ethnographie d'une délocalisation virtuelle: Le rapport à l'espace des internautes dans les canaux de "chat"
TRAVAIL

Madeleine Pastinelli

41

Diriger les hommes autrement: L'empowerment
TECHNOSCIENCES

chez Motorola

Séverine Cartesse

63

Réinstituer la forme en occident industriel: vers une nouvelle coupure épistémologique Normaliser pour conquérir: le rôle de l'information scientifique et technique dans une économie mondialisée Dominique Desbois 113
Bruno De Dominicis

91

~ ~ ~, ~ ~ \ ~) .~ ~ ~ ~ .~ ~ ~ ~

IDENTITÉS POUVOIRS

Les cartes du contrôle
REPÈRES "SeNices publics" : sortir de l'étatisme

Christian Papilloud

125

par 141 145 149

la reconnaissance de l'usager-citoyen Philippe Brachet Encore un fichier contestable
BLOC-NOTES ABONNEMENT
.' le STIC

Chantal Richard

159

terminal édité
(Centre d'information

par le CUI-Terminal et d'initiatives sur l'informatisation Président: Guy Lacroix

-terminal)

I

terminal/L'Harmattan. Directeur de publication: Jacques Vétois. Maquette: Studio AFTER- La Teinturerie - 01 43 66 10 16

@ Copyright:

AJZENBERG Armand, BRIEFS Ulrich, BUREAUD Annick, BURNIER Michel, DELAPIERRE Michel, DESBOIS Dominique, DESCOLONGES Michèle, DURAND Jean-Pierre, LACROIX Guy, LAMARCHE Thomas, NAULLEAU Daniel, PRADES Jacques, PRINCE Bemard, RICHARD Chantal, VETOIS Jacques, VITALIS André, WEISSBERG Jean-Louis, ZIMMERMANN Jean-Benoit Relecture et corrections: Bruno Marty.

Comité de rédaction:

~ ~ ~
I ~

Adresse du comité de rédaction: 24 rue de la Chine F-75020 Paris, Tél-Fax: +33 01 40 33 45 70 Email: vetois@lsv.ens-cachan.fr Internet: http://www.terminal.ens-cachan.fr

~

~
.~
~

.~

~ ~

~

Couverture: Michel Raby Commission paritaire: N° 63526 (dépôt légal à parution) ISSN: 0997-5551/mprimé en C.E.E.
terminal est édité avec le concours du Centre National du Livre
(Ç) L' Harmattan, 1999 ISBN: 2-7384-8269-4

~

~

lIœII

Informatique et libertés: un grand bond en arrière, .
un petIt
Guy Lacroix

pas

en avant

'évolution des TIC remet perpétuellement en question l'alchimie délicate par laquelle se sont construites et se perpétuent les démocraties. C'est, en effet, en grande partie par les manières dont s'élabore, se mémorise et circule l'infonnation que se marquent les différences entre démocraties, dictatures et totalitarismes. Deux événements récents démontrent que nos représentants sont loin d'avoir les idées claires en la matière. D'abord ils nous concoctent un "big brother", puis, quelque temps après, ils se préparent à élargir la liberté d'expression. Commençons par l'amendement du député Jean Pierre Brard. Voté en catimini et maintenant approuvé à quelques modifications près par le Conseil constitutionnel, il a autorisé l'impensable: l'introduction du NIR dans les fichiers fiscaux avec autorisation aux seIVices des impôts de collecter, conserver et transmettre le NIR. Par le biais de cet identifiant unique, le NIR (plus connu sous le nom commun de numéro de sécurité sociale), l'interconnexion des fichiers fiscaux et sociaux est à redouter. Cette mesure accorde un pouvoir disproportionné à l'administration. Avec d'autres, des syndicats des impôts et de l'INSEE se sont effrayés de cette décision (http://www.ufr-info-p6.jussieu.fr/-creisl) . Cet amendement liberticide possède aussi une charge symbolique très forte, il balaie 20 ans de réflexions en matière de fichiers infonnatiques. C'est en effet la révélation du projet SAFARI!, de connecter les fichiers administratifs par l'intermédiaire de ce même NIR, qui, en 1974, a déclenché dans notre pays la prise de conscience des dangers que les fichiers infonnatiques faisaient courir aux libertés. C'est à partir de la réflexion engagée alors qu'a été élaborée la loi "infonnatique et liberté", et instituée la CNIL comme garante des libertés dans le domaine informatique. Cela sous le gouvernement de Giscard d'Estaing.
1. Par le journal Le Monde dans un article de Philippe Boucher: français" . "SAFARI ou la chasse aux

L

~ '\) ~I ~ ~ ~ .5 ~ ~ ~ .~ ~ ~

3

~ ~ ~
I ~

Que ce soit aujourd 'hui la gauche vertueuse qui ait vidé la loi "informatique et liberté" d'une grande partie de sa substance, est symptomatique de la pauvreté de la réflexion politique dans le domaine technologique. Elle nous démontre que la tentation de l'efficacité technique est susceptible de conduire les Etats à s'ériger en fossoyeurs inconscients des principes démocratiques qu'ils prônent. Terminal ne peut que manifester sa réprobation. SAFARI, ou la chasse au Français, est à nouveau ouverte; l'Etat tient le fusil et c'est la CNIL qui a fourni les cartouches! Nos députés ont oublié que les démocraties sont fragiles. Elles sont subverties aujourd 'hui par les maffias et surtout par les sectes qui tentent, avec succès, de pénétrer entreprises et administrations. Trop exposer les citoyens en connectant les fichiers, c'est pelVertir l'Etat; c'est aussi fourbir des annes pouvant être utilisées clandestinement par des groupes occultes au détriment des personnes. La sécurité en matière administrative reste formelle et illusoire pour des gens décidés et organisés. Le glissement aux dictatures ou aux totalitarismes -il reste certainement à en inventer des fonnes nouvelles- peut parfaitement s'opérer de manière démocratique. Hitler comme Milosevic ont été d'abord consacrés par les urnes. Si les démocraties sont mortelles, elles sont aussi perfectibles. fi se poun-ait que l'Internet puisse concourir à renforcer la liberté d'expression et les moyens d'infonnation en introduisant une rupture dans une communication de masse qui fonctionne, jusqu'à aujourd'hui, de manière censitaire. Pour la première foi, l'utilisateur ne se retrouve plus en position totalement passive face aux médias : il dispose d'une petite marge de liberté. Chacun, s'il le désire, peut s'exposer à tous. Cette possibilité n'est pas sans ambiguïtés ni sans dangers. La liberté d'expression et d' infonnation implique aussi des devoirs. Elle avait trouvé un certain équilibre avec l'encadrement législatif de la presse et de l'édition. La sélection de ceux qui ont accès aux moyens d'expression fonde la responsabilité de l'éditeur et du journaliste. L'expression du lecteur est bridée, mais en contrepartie il peut s'y reconnmÎreet accorder une certaine crédibilité aux infonnations publiées. Ce qui n'est pas toujours le cas avec l'Internet. Le réseau arrivera-t-il à s'instaurer comme un espace de citoyenneté? Rien n'est encore certain dans cet univers en mouvement pennanent où la liberté d'ex-

~

~
.~
~

.~

~ ~

~

pression est écartelée entre les intérêts des marchands, les censures
administratives (voir la question du cryptage), et une législation inadaptée. L'affaire Estelle Hallyday illustre bien les tâtonnements de la justice devant un nouveau média qui ne peut être ramené aux régIes régissant la presse et l'édition, et qui pourtant leur emprunte certaines de leurs caractéristiques. Elle nous montre que nos élus savent parfois allier la 4

~

~

claiIVoyance à la diligence. Résumons. Des photos d'Estelle Hallyday dénudée, antérieurement parues dans la presse "people", sont diffusées sur l'Internet, entre autres par un site hébergé par AltemB, un serveur gratuit qui comporte plus de 4500 sites. E. H. porte plainte contre le serveur (et non contre le site) qui a reproduit les photos, en demandant des dédommagements substantiels. Or AltemB n'assure que le support technique, il se contente de fournir un espace d'expression. Il n'est pas en mesure de contrôler le contenu des sites hébergés, qui d'ailleurs peut changer à tout moment. Même s'il le pouvait, AltemB considère que son rôle n'est pas de s'ériger en censeur. Le problème est le même pour les sites commerciaux, sauf s'ils se mettent en position d'éditeur. Le jugement, tout en reconnaissant qu'un débat sur le fond était nécessaire, a néanmoins considéré qu'AltemB était bien à l'origine du préjudice subi par E. H. fi a assorti son renvoi de pénalités telles qu'elles reviennent à fermer le serveur. La RATP s'est engouffrée dans ce précédent réclamant des dommages et intérêts et une astreinte à AltemB, ainsi qu'à l'auteur d'un autre site ébergé dont l'humour grinçant lui a déplu. Après de multiples épisodes et prises de positions tant du Conseil d'Etat que de la Commission européenne qui s'inquiète depuis quelques temps des obstacles au commerce de l'infonnation, les choses semblent évoluer favorablement vers une adaptation de la législation. Le 18 mai dernier, le député Patrick Bloche a déposé deux amendements au projet de loi du gouvernement sur la liberté des communications dans le secteur public audio-visuel. Ceux-ci établissent un statut des fournisseurs Internet qui leur retire toute responsabilité éditoriale indue. Ils protègent également les droits des citoyens utilisateurs de ces seIVicesen obligeant les fournisseurs d'hébergement à aider, sur requête de l'autorité judiciaire, à l'identification des auteurs d'infractions. Cette solution apparaît a priori comme satisfaisante, adoptée en première lecture le 27 mai, espérons qu'elle sera votée définitivement prochainement (www.iris.sgdg.org). Cette célérité et cette ouverture d'esprit ne sont peut être pas seu1ement dues à l'amour de la liberté: l'état actuel de la législation fonnait aussi obstacle à l'extension des seIVeurs commerciaux. fi est probable que cela a contribué quelque peu à l'avancement de la discussion. Tant mieux pour la liberté d'expression -pour l'instant tout du moins. La question est cependant loin d'être close. Les TIC et l'Internet n'ont pas fini de nous surprendre et de nous inquiéter. Nos députés aussi. Il

~ ~ ~ ~ ~ \ ~) .~ ~ ~~ .~ ~ ~

5

I

Jacques Vétois

I

. . . . . . . ... . .... . . . . .... ... . . .... .... . . . . . ... ... . . . . . .... . . ... . . . . . . . .... ... . . . ... .... ... ... ... .... ... . . . .... . . . . ... . .... . . . . . . . ... .. .. .... . .... . . . . .... ... . . . . . ... ... ... . . . ... . . .... . ... . . .... . .... . . . . .... . . . . ... . .... .. . ... . . . ... . . . . ... . . .... . ... . . . .... ... . . ... . .... . . . ... ... .... . . . . . . . . . . .... . . . . ..... . . . . . . ... ...... .... .. . . . . ...... . . . . ... ..... ... ... . . ..... ... . ... . . . . . .... . ... . ... ... ... . . . . . . .... . ... ... . .... . . . . . .... ..... ... . . .... .... .. . .... ... ... .... .. . . . . .... .... . . . .. . . . .. . ... . . . . . . ... .... ... . . ... .... . . . . . . ...... ...... . . ..... ...... . . . . ... ... . . . . . . . .... .. . . . . .... ..... . . . . . . .. .. . . ... .. . . ... .................................... . . . .... .... . . ... ... .... . . . . . .. .. . . . . .. ...

. . . ... ... ... . . . . ... ... . . . ... ... .... . .... . ... . ... . . . .... .... . . . . . . ... ... . . . ... .... .. . . . . .... ... ... ... .... ... . . . . .... . . . . . . .. .. . .. .. . . . . .. . . . .. .. . . .. . . . . . .. .. . . .. . . .. . . . . . .. . . . .. . .. . . . . . . . . . .. . . . .. .. . . .. . . . . .. . . ... . . . . ... ... . . . . . . . . . .... . . . .... .... . . . . . ... . . . . . . . . . . . .... .... . . . . ... . ... . . . . . . .... . . . . . ... .... . . . . . . . .... . . . . . . . .... .... . . . ... .... . . . . . . .... . . . . . . ... .... . . . ... .... ... . . ... . . . . ... . . ..... ... . . . .... ..... . . ... ... .. . . ..... . ... . . ..... ..... ... . ... ... . . . . .. . . . . . .. ... ... . . . .. . ... . . . .... . . . . . .. .. . . . . .. . . .. .. . .. .. . . . .. .. . . . . . .. . . . . .. .. . .. . . . .. . . . .. .. . .. . .... ... . . . . . . . .... . . . . ... ... ... . . . . .... . . . . . . ... . ... . . . ... . . . . .. . . . .. . . . .. . . . .. . . . .. . . . . ... . . . . . ... .... . . . . .... ... ... . ... .... . . . ... ...... ... . . . .... ..... . . . . .. .. . . .. .. .. .. . . . . .

.. .. .. .. ............ ....... ....... .......... .. ... .. . . . .. .. . .. .. . . .. .................. .. .. . . . . .. . . . .. ..

....... .................. .... .. ................. ............ ...................... .. ...........................
.......................... ............. .........................

........................... ..., ......................... .................... ... '......................... ......................... .... . .. ............................... . .. .. ... . .. .. . . .. .. . . .. .. . .. . ......

.. .. . ...
.. .. .

f:::::':-

.. .. . .. .. .. . . .. .. ........ ..... ....... .. .......... ...... ................ ........ ...... ... ... ... ... ....... ... . ... ... .. ... . . . .. .. .. .. .. .. . . .. .. . . . . . 1..............
~:.:.:.;.:.:.:.:.;.:.:.;.;.;.:.:.;.:-:-

.. .... ............ ...... .... .......... ...................... .. . . ... .. .. .. .. .. . .. . .. . .. . . .. .... .. ..... ... ..... .. .... .. .. .... ....... ..... . .. . .. .. . . .........................................

.. .. .
~~

:-:.:.:.;.;.;. .;.:-:.:.:.;.;.:.:~~//\ . . ... .. .. ............................ . .. ...................... ................... .......... ..................................................... .... .. .. ... . .. . .. .. .. .. ... .. .. :-:.:.:.:.:.;.:.:.:.;.:.;.:-:.;. \... .. . . . .. .. . . .. .. .. .......... .. ...... .. .. .. .. .... .. .. ... .. ....... ........ . ...... .. . .. .. .. .. .. .. . . .. .

.. .. . ..1

. .

....................

....... ....... ....... ....... ....... ................... ..................
::::::::::::::::::f~~ff

........ ........ ....... ....... ....... ....... ....... ....... .......

)//)

1........... ........ ....... .......

)/)/

... ... .. .. .. .. .. ... .. ... .. .. .. .. ...., .. . . . . .. .. . ... .. . .... . ...... .. ..... . ... ...., .. ......... .. ......... ........ .. ... .. ..... .... . . . .. . .. .. . .. . .. . .. . . .. . .. .. . . . . . . . . .. .. .. . ...... . .. . .................................. ......................... .. .,. .. ..... . ....... .. ... .. .. ..... . ...... ... .. . . .. . .. .. , . .. ....... . .. . . ...
. , ..................... . ... ., ........... . . . . . .. . .. . . . .. . . . . . . . .. .... . . . .. . . . . . . . . .. . . . .. .. .. . . . . . ..

[~_!j~~i~ij:ji~i~

Jean-Louis colonnes

Weissberg

est bien connu de nos lecteurs. Dans son culturelles de la cyber-informatique

livre "Présences à distance", il complète les analyses parues dans nos sur les conséquences autour du thème fondamental de la présence à distance. Celle-ci alimente la crise de confiance dans la télévision. La possibilité d'accéder directement aux sources, d'expérimenter sur des modèles de la réal~é que nous offrent les nouvelles technologies de la télé-virtualité soulignent un peu plus le côté unilatéral des mass média dominants. Mais Jean-Louis Weissberg met en évidence a pas d'incidence univoque des technologies également qu'il n'y

numériques mais des

effets contradictoires et paradoxaux: délocalisation et inscription locale, temps différé et temps réel, séquentialité et hypertextualité, accélération et ralentissement. Nous revenons longuement dans le débat qui réunit le com~é de rédaction sur les modifications apportées au travail intellectuel par le remplacement des intermédiaires par de nouveaux mécanismes automatiques (moteurs de recherche) et l'apparition "d'auteurs collectifs" sur les réseaux. Nous publions en "bonnes feuilles" des extra~s du dernier chapitre et de la conclusion de l'ouvrage. Le livre de Jean-Louis Weissberg est publié chez LHarmattan (prix 160 F) et est intégralement consultable sur le site du département "Hypermédia" de l'Université Paris 8 : http://hypermedia.univ-paris8.fr/Weissberg/presence/prese nce. htm

-

...
Présences à distance

Nous publions un extrait du dernier chapitre du nouveau livre de Jean-Louis Weissberg Présences à distance, ainsi qu'une partie de la conclusion qui en prolonge le propos.

Panoptisme et réglage individuel des trajets
Corrélativement à l'expansion des technologies de l'image, nos représentations de l'espace sont en mutation. De nouvelles fonnules de visibilité se découvrent, mues par de puissants mouvements inséparablement culturels et techniques qui, par exemple, transfonnent la cartographie, valorisent le réglage des échelles de vision et confèrent un nouveau statut au détail. S'y expriment aussi des confrontations originales entre individualisation et collectivisation du regard. Comment interpréter ces figures visuelles, non plus sous l'angle des rapports entre territoire et inscription, mais comme représentation de l'espace? S'agit-il d'une abdication de tout dessein panoptique par prolifération des vues? À moins que l'on y décèle une revanche d'un panoptisme d'auto-contrôle, sous les auspices d'une dissolution de toute expérience collective au profit d'une perception purement individuelle de l'espace. Après avoir décrit quelques propositions particulièrement exemplaires des nouvelles scènes spatiales en construction, nous montrerons que, sur ce telTain aussi, des régimes inédits combinent unicité collective et définition subjective individuelle des représentations spatiales. On verra donc comment la fragmentation et l'individualisation autorisent le maintien d'un nouveau genre de point de vue panoptique global.

~ ~ ~I ~ ~ ~ ~ .~ ~ ~ ~ .~ ~ ~

9

Échelles de vision et libres ballades urbaines
Face à un écran géant, on tient la terre entière sous sa main, grâce à une manette de commande. La planète numérisée offre chacun de ses continents à une descente (aux enfers ?) par un zoom continu (ou presque, car les cartes qui correspondent aux différents niveaux de vision se raccordent avec un certain temps de latence). Le dispositif T-Vision1 se rapproche progressivement d'une carte régionale, puis locale, enfin d'une vue aérienne (issue d'images satellitaires mapées sur ces cartes), dans laquelle on pénètre jusqu'à apercevoir des détails tels que des immeubles, des carrefours et des rues. Les Systèmes d'Infonnations Géographiques mettent en œuvre les mêmes procédés. Par zooms ou agrandissements d'une rue, d'un quartier, d'une ville, on circule, en continuité, du plan local à la carte de France. Comme dans le film Les puissances de dix, la plongée dans l'image ressemble plus à un sUIVol,depuis l'espace, et à un atterrissage qu'à la saisie d'un panorama. L'effet de simulation réside ici dans l'iITéalité d'un franchissement accéléré des échelles de vision, depuis l'obseIVation à partir d'un satellite jusqu'à la focalisation rapprochée. fi ne s'agit pas seulement de I'hétérogénéité des échelles. À cela, les dispositifs optiques nous avaient déjà habitués. Ici, en revanche, le lissage est continu entre ce que le regard humain peut saisir (une rue, une place) et ce qui exige un artifice technique (voir simultanément la rue et le plan de la ville ou contempler la terre depuis l'espace, par exemple). L'élision de la frontière entre ces deux types de saisie dessine un espace lisse et partout disponible, ouvert à tous les trajets visuels, à l'image de la métaphore de la "toile", enserrant le globe dans ses mailles en constante densification. Une fois que toutes les données cartographiques et topographiques terrestres seront réunies et stockées dans la mémoire de la machine -ce qui est loin d'être le cas- le mythe panoptique sera-t-il réalisé ? Le CD-Rom "Paris"2 poursuit, à l'échelle d'une ville le même type de projet. Ici, on se ballade dans Paris; sorte de flânerie urbaine sur écran, avec des fonctions de déplacement et de vision assez évoluées, prenant comme modèle la libre déambulation dans un espace urbain. Cette déambulation est assistée par les fonctions propres au visionnage numérique (déplacement sur plan, signalétique surimprimée par des flèches, fenêtres d'infonnations sur les sites, monuments, etc.). Face au plan de la ville, le promeneur choisit son point de départ: le pont Neuf, par exemple.
1. T -Vision a été installé dans l'exposition Voyages virtuels, 4/8 octobre 1995 à Paris. 2. Ce CD-Rom est édité par Hazan et3e Vague.

~ ~ ~,
~

~ .~
~

~

~
.~
~

~

~

10

A chaque calTefour, le flâneur peut choisir sa direction. Rotation d'un tour sur soi-même pour découvrir le panorama, zoom avant dans la direction indiquée par une flèche, la visite se poursuit selon ses inclinations. D'où la promesse de cette réalisation: un déplacement, par zoom, en un infini planséquence qui nous amènerait, à partir d'un site, en tous points de l'espace visible. Mais est-il possible de s'engouffrer dans une ruelle entr'aperçue au détour d'une promenade, ou d'entrer dans l'échoppe, là juste à droite? Fameux désir de transcrire l'infinie profondeur de la réalité dans un média nécessairement fini. Car les capacités de stockage limitées du CD-Rom ne pennettent pas d'emmagasiner toutes les rues de Paris. Et la génération des DVD-Rom, reculant les limites, ne parviendra pas plus à capturer toutes les cours d'immeubles avec leurs recoins, tous les escaliers et tous les intérieurs d'appartements. Un système mondial omniprésent de webcams, d'une densité aussi serrée qu'on voudra n'y suffirait pas plus. On comprend qu'il ne s'agit pas là d'une limitation de l'espace-mémoire des supports ni de la quantité d'équipements de transmission télécommandés nécessaire, mais de l'impossibilité constitutive d'envisager l'explosion fractale des curiosités potentielles: curiosités qui se révèlent, non pas en tant que projets préalables à l'exploration, mais dans son cours même. Faire reculer sans cesse les contraintes qui enserrent nos déplacements, augmenter sans répit nos latitudes exploratoires, nourrit parallèlement notre insatisfaction face à des promesses qui, se voulant approcher la vraie vie, nous font miroiter toujours plus de libertés. La frustration en est d'autant plus vive; ce faisant, elle devient un moteur pour relancer une quête que l'on sait sans fin.

"Place" ou l'intérieur et l'extérieur en court-circuit
Avec Place-A User's Manual3, l'artiste Jeffrey Shaw renouvelle, avec les moyens de l'imagerie interactive, le genre "diorama" et imagine ainsi une nouvelle fonnule panoptique. Placé sur une plate-fonne, au centre d'un cylindre, le visiteur manipule une caméra-interface qui fait tourner la plate-fonne motorisée. Sa rotation délimite une portion de l'écran circulaire, toujours en face de lui. L'image projetée représente une série de cylindres (une dizaine en tout) sur lesquels des panoramas (numérisés à partir de photographies prises avec de très grands angles), eux-mêmes
3. L'installation a été montée à Artifices 4, Saint-Denis, novembre 1996.

~ ~ ~ ~ ~ \) ~ .~ ~ ~ ~ .~ ~ ~

11

~

~ ~

circulaires, sont affichés4. La caméra-interface permet de contrôler le déplacement, deux boutons commandant les zooms dans les panoramas. Arrivé très près du cylindre, une rupture se produit et on se retrouve à l'intérieur du panorama circulaire, découvrant le paysage sur la surface englobante du cylindre devenu enceinte. Mais en arrière-fond, derrière le paysage affiché, se dessinent les autres cylindres aperçus précédemment. Un autre zoom et l'on franchit à nouveau la surface pour retrouver le paysage panoramique initial des cylindres. L'exploration librement interactive de l'univers virtuel englobant prend la fonne d'un franchissement permanent de la frontière entre intérieur et extérieur des cylindres. La scène cylindrique princeps (celle d'où le visiteur déclenche l'exploration), qu'on pourrait nommer le lieu réel de la visite, se redouble dans la fonne cylindrique des lieux visités. Lesquels sont parcourus, selon notre choix, par leur surface externe ou interne. Vision d'un espace paradoxal où l'intérieur contient l'extérieur et où l'extérieur s'affiche à l'intérieur. Cet espace courbe se dérobe au contrôle panoramique (indissolublement visuel et moteur), non pas dans le point de fuite de l'espace perspectiviste, mais parce que les notions de proximité et d'éloignement, de successions hiérarchisées de plans, d'avant et d'après sont confondues, inversées, mises en abîme dans ce qui n'est plus une visite mais une circulation où chaque paysage contient tous les autres, à l'infini. Mixte de labyrinthe (où l'on revient sur ses pas sans s'en apercevoir), de figure paradoxale à la Escher, l'exploration rappelle la circulation hypermédiatique sans fin, où les chemins liant des sites sont parcourus plusieurs fois à partir de sites différents, si bien que naît le sentiment de découvrir à l'infini de nouveaux paysages d'un même lieu, dans une même enceinte. Une fonne fractale -la partie contient bien le tout- mais selon un schéma qui se reproduit à l'identique (alors que dans une fractale pure, les générations de formes sont de même complexité mais toutes différentes). Finitude des composants spatiaux et multiplicité des trajectoires, l'œuvre de Jeffrey Shaw -parfaite réunion de monades leibniziennes- est homogène à l'espace de la circulation hypermédiatique dans les réseaux.

~ ~ .~
~

~

~
.~
~

~

~

4. Voir le commentaire kabalistique qu'apporte Pierre Lévy, sur la scénographie, homogène au symbolisme de l'arbre séphirotique de la tradition mystique juive (Cyberculture, Odile Jacob/Conseil de l'Europe, Paris, 1997, p. 82/83).

12

" 18 h 39" ou le panoptisme

en surplomb

Le CD-Rom" 18h39" propose de consulter "un instant photographique" présenté sous fonne d'un quadrillage en seize pavés, chacun d'eux se prêtant à des avancées possibles sur quatre niveaux de profondeurs';. Le spect-acteur s'aperçoit très vite que le photogramme de départ est, en réalité, plus un sommaire multimédia qu'une surface opaque. Un sommaire et un instrument d'exploration tout à la fois, puisque la photographie centrale contient les moyens de sa propre dissection. Le viseur photographique (ou celui de l'anne de précision) sert de pointeur et on peut, en effet, découvrir et actionner, à l'intérieur de l'image, des instruments de visionnage (dénommés "machine de vision" tels que panoramas, visionneuse de diapositive, séquences vidéo, plans de situation, cartes, etc.). La photographie apparaît alors comme une lucarne dont il est possible de déplacer les limites: repousser les bords, changer de point de vue pour découvrir ce qui se cache derrière un personnage ou un meuble, faire fonctionner un objet. Les limites temporelles sont, elles aussi, mobiles puisque certaines informations glanées au cours de l'exploration (films vidéo, par exemple) présentent des événements antérieurs. Le regardeur acquiert des indices relatifs aux événements qui ont abouti à la vue de départ: séquences vidéo, analyse spectrale d'objets, sonogrammes d'un tir de fusil, fiches signalétiques d'objets, analyse d'empreintes digitales, par exemple. Cumulant toutes les fonnes d'archives (fiches documentaires, photographies, vidéos, simulation d'objets), l'explorateur raccorde certaines bribes et établit des chaînes associatives reliant événements, objets et personnages. Fouille archéologique, enquête policière, criminologie scientifique, les genres se mêlent pour tenter de comprendre ce qui s'est passé à 18 h 39 (1839 est, rnppelons-Ie,l'année où la photographie fut inventée). fi n'y a pas de trame narrative, mais on s'aperçoit que des indices appartiennent à des familles de faits. D'où l'idée qu'une histoire se tient en arrière-plan, laquelle orienterait la succession des signes mis à jour. Mais cette histoire n'existe pas. On peut -on ne manque pas de- s'en fabriquer une. (Même si ce n'est pas son objectif, cette proposition résout, de manière astucieuse, la contradiction entre narration et interactivité. Pas d'histoire, mais des matériaux, des trames, des associations pour s'en fabriquer autant qu'on veut Toutes sont valides et consistantes puisque c'est nous qui les imaginons, avec leurs incongruités éventuelles, et qu'aucune n'a été conçue en particulier. C'est, en creux, tout l'intérêt de la réalisation: montrer qu'un moteur narratif fonctionne toujours en nous). La scénographie d'ensemble combine astucieusement des plongées qu'on peut croire infinies dans
5. Réalisation de Serge Bilous, Fabien Lagny et Bruno Piacenza, Flammarion "Art & Essais", Paris, 1997. 13

~ ~ ~ ~ !Ë ~ .t: ~ ~ ~ .t: ~ ~

des détails avec un retour régulier à l'image initiale. Si bien que le sentiment d'une réalité de complexité insondable, provoqué, en particulier, par la multiplication des niveaux d'analyses, ce sentiment est tempéré par le rappel constant à une représentation centrale. La grille matricielle en fil de fer, appliquée sur cette image, symbolise assez bien l'alliance entre l'autonomie de chacune de ses parties d'une part, et le maintien d'un certain contrôle panoptique global, de l'autre. Mais, bien sûr, il s'agit là d'un panoptisme original qui nous continne qu'une image numérique dissimule autant qu'elle révèle.

Un panoptisme distribué
Nous avons volontairement choisi des champs d'activités hétérogènes (œuvres artistiques et outils d'infonnations logistiques) pour questionner le statut de l'espace tel que les technologies numériques le modèlent et le présentent. Mais comment comprendre ces diverses propositions? Quel cadre d'analyse pennet d'en révéler les mouvements princeps? On se souvient que Foucault symbolisait la société de surveillance par le panoptisme. Lequel supposait un centre unique de vision, lieu du pouvoir. Ici, le "tout visible" cher au projet panoptique est remplacé par une autre fonnule, le tout réglable, pénétrable, mais grâce aux décisions du regardeur. Et, surtout le centre panoptique est potentiellement démultiplié puisqu'il se confond avec la disponibilité du dispositif. n est vrai que T-Vision reste un prototype nullement appelé à s'installer dans nos foyers. Mais d'autres équipements, notamment de guidage routier, s'apprêtent, eux, à offrir largement leurs services. Etudiés selon les mêmes principes, ils pennettent, outre la localisation dynamique, de régler les échelles de vision. En revanche, l'unicité de l'espace -que symbolisaient les cartes imprimées- n'est plus une donnée évidente. Elle devient un horizon abstrait: la même Terre, la même ville mais qui se défonne selon les inclinations de chacun. Les trajets sont multiples, subjectifs, seul leur champ d'opération est maintenu commun (le globe, Paris ou une zone géographique). Au tout visible, à partir d'un lieu unique et surplombant, fait place un panoptisme collectif, truffé d'instruments de navigation à l'image de la possible commande par tout un chacun, via Internet, d'une photographie satellitaire de n'importe quel point du globe avec une précision digne des seIVicesde renseignements militaires6. Le panoptisme moderne est distribué. Ce n'est plus l'œil du maître qui en est le siège, chacun peut s'y exercer. Mais, différence fondamentale, en sachant qu'une portion seule de l'espace lui est visible; celle, finie, correspondant à ses trajets.
6. On peut désormais mobiliser de chez soi, via Internet, le satellite Earlybird I, lancé depuis déeembre 1997 par une société américaine. Moyennant quelques centaines de dollars, on obtiendra une photographie d'une précision de l'ordre de trois mètres (les prochains succcesseurs d'Earlybird promettent de descendre à un mètre). Le monopole militaire du renseignement spatial est ainsi brisé. 14

~

~ ~
\,) ~

~ tË

.~
~

~
.~
~

~

~

On pourrait, à première vue, affinner que le nouveau panoptisme qui s'invente illustre parfaitement l'omniprésence du réglage individuel des parcours. Mais alors pourquoi continuer à parler de "panoptisme" et ne pas y substituer la diffraction individuelle de l'obseIVation ? Une telle interprétation ne rendrait pas compte d'un phénomène essentiel: l'obsession d'une saisie commune de l'espace, de son rassemblement dans une même vue techniquement organisée. L'interprétation orwellienne (le contrôle absolu par un regard anonyme et omniprésent), tout comme la perspective strictement individualiste, monadologique, ne semblent pas rendre compte des scénographies spatiales qui s'installent dans nos modernes fenêtres. Les webcams7 sur Internet, sortes de viseurs démultipliés par lesquels chacun peut voir ce qu'un autre a décidé de lui montrer, relèvent d'une exposition généralisée. Mais ces lucarnes ouvertes à qui veut bien s'y glisser délivrent une vue fragmentée de l'espace. Et l'exhibitionniste, même s'il autorise la manipulation, par l'Internaute, de la caméra, conseIVe le contrôle des champs de vision. La multiplication des webcams fait signe vers une couverture instantanée complète des vues possibles sur la planète, une improbable saisie de toutes les images du monde où chacun met son regard à la disposition de tous. Cet exercice "d'omni-diffusion", est le pendant visuel de la conversation multipolaire, éclatée qui s'alimente sans cesse sur le réseau. "Vu sans savoir qui voit" (et non plus seulement "voir sans être vu") pourrait en résumer le fonctionnement; idéal d'un panoptisme réparti en autant de volontés assurant la diffusion d'un morceau infime du grand puzzle non-totalisable. Paul Virilio, dans son article "œil pour œil, ou le krach des images"g, interprète unilatéralement le développement des webcams dans une perspective de contrôle généralisé. Les webcams deviendraient "des régies vidéo des comportements", "postes de contrôle de la perception du monde". Le panoptisme est logiquement sollicité dans une version inquisitrice classique, avec le "marché du regard" ouvrant au "panoptique de télésuIVeillance généralisée". Mais ce diagnostic présuppose qu'un œil unique est en position sommitale pour totaliser toutes les obseIVations (et symétriquement qu'un corps unique produit toutes les exhibitions). Or c'est bien à l'opposé du rassemblement des points de vues qu'œuvre la
7. Une webcam diffuse en permanence l'image d'une scène (carrefour, intérieur privé, etc.) sur un site Internet. Par exemple, le tournage, à Franconville, du fùm La Palinoire s'est accompagné de la création d'un site, où l'on pouvait consulter le scénario in extenso mais aussi la feuille de service quotidienne, et à intervalle régulier, les images des trois webcams installées. Le son, en revanche, a été coupé pour préserver l'intimité des rapports entre le réalisateur et les acteurs. L'expérience a été rééditée sur le tournage de Regarde mon père, ma mère, fùm de Charlotte de Turckheim. Une nouvelle forme de promotion? 8. Article paru dans Le Monde diplomatique, mars 1998, p. 26/27. 15

~,

~ ~
"!;)

~ ~ .~ ~ ~ ~ .~ ~ ~

diffraction des télé-regards par webcams interposés. Et si l'on osait une prédiction socio-technique, il faudrait postuler l'émergence d'une industrie du rassemblement des images de webcams, aujourd'hui indépendantes, à l'aide de puissants robots-chercheurs visuels organisant l'affichage gradué des visions du local, au régional puis au mondial, avec toutes sortes de focalisations spatiales, thématiques, etc. La dialectique diffraction/réunion -autre manière de nommer la question du mode de collectivisation de l'expérience sociale- n'a probablement pas fini de nous étonner L'œuvre de Jeffrey Shaw (Place) manifeste, elle aussi, l'impossibilité d'un point de vue unique dès lors qu'aucune position ne pennet une véritable vision panoptique, impliquant le contrôle d'un espace devenu réversible. Sous les espèces de la fusion de l'intérieur et de l'extérieur, là aussi, l'obsession de la clôture de l'espace est évidente. Bien qu'on y voyage librement et indéfiniment, on ne sort pas du paysage. Tous les lieux de la Terre rassemblés dans une même base de données et liés continûment les uns aux autres, tous les sites d'une ville accessibles par les mêmes pro-

cédures, tous les réseaux fonctionnelsd'une communemémorisés sur un même support: comment ne pas y déceler la marque d'une inquiétude,
celle d'une fuite des repères communs? Mais aussi une réponse assez forte à cette inquiétude, sous la fonne d'un compromis ingénieux maintenant le cadre collectif tout en organisant la dispersion des saisies et des trajets.

Conclusion
Une culture de la relativité élargie s'annonce. Une autre localisation est provoquée par la déterritorialisation. La suppression des intennédiaires engendre l'apparition de mécanismes médiateurs. On redécouvre la puissance de la linéarité grâce à la luxuriance de I'hypennédiation. Le réglage individuel des prises de vues donne naissance à une fonnule panoptique inédite. Le ralentissement de la communication est l'autre face de l'augmentation des vitesses de computation. Et on pourrait allonger la liste des paradoxes repérables dans l'horiwn des technologies numériques9. De tels

~ ~ ~
.~
~
~ ~

~ ~

~
.~
~

~

~

9. Par exemple, le mouvement de virtualisation basé sur la modélisation numérique pouvait laisser croire qu'il signait le triomphe de l'abstraction ainsi que la primauté de la vision. Mais la Réalité Virtuelle a injecté le corps au centre du couplage homme/machine pour donner forme à un genre de déplacement de présence incomparablement plus charnel et engagé que les anciens dispositifs de simulation. De même, la radicalisation de la simulation va de pair avec une concrétisation croissante dans l'élaboration des modèles (qui engage, il est vrai, des relations assez inédites entre actualité, réalité et présence), concrétisation qui ne se confond évidemment pas avec l'ancienne matière physique de l'expérimentation traditionnelle, mais qui ne relève pas non plus d'un univers éthéré et de pures abstractions logiques.

16