Transdisciplinarité et formation

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La transdisciplinarité tente de répondre à une nouvelle vision plus large et plus globale de l'homme et de la nature. En se situant "entre" et "au-delà" elle souhaite rapprocher les disciplines jusqu'alors séparées par des méthodes qui lui sont spécifiques. Ce nouveau discours se définit par un éclairage inaccoutumé des marges et des ponts qui séparent et relient les disciplines entre elles. Mais il implique aussi l'acceptation d'espaces sortant du cadre disciplinaire et qui précisent la relation entre objet et sujet en s'interrogeant sur une nouvelle épistémologie du sujet et de sa formation.
Publié le : mardi 1 février 2005
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EAN13 : 9782336276984
Nombre de pages : 220
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TRANSDISCIPLINARITÉ

ET FORMATION

@ L'Harmattan, 2005 ISBN: 2-7475-7837-2 EAN: 9782747578370

Coordonné par

Patrick PAUL et Gaston PINEAU

TRANSDISCIPLINARITÉ ET FORMATION

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

Harmattan Konyvesbolt 1053 Budapest, Kossuth L. u. 14-16

FRANCE

HONGRŒ

L'Harmattan Italla Via Degli Artisti 15 10214 Torino ITALIE

COLLECTION INTERFACES ET TRANSDISCIPLINARITES
Dirigée par

Patrick PAUL & Didier DE ROBILLARD

Cette collection s'appuie sur la jeune équipe de recherche Dynamiques et Enjeux de la Diversité: langages, cultures, formation a.E. 2449 Dynadiv) de l'Université François Rabelais de Tours. Comité Scientifique Martine LANI-BA YLE, Professeur de Sciences de l'Education, Université de Nantes Pascal GALVANI, Professeur de Psychologie, Université du Québec à Rimouski Mariana LACOMBE, Professeur de Philosophie, UNICAMP (Brésil) Jean-Jacques WUNENBURGER, Professeur de Philosophie, Université de Lyon Rémi GAGNIEYRE, Professeur de Sciences de l'Education et médecin, Université de Paris XIII. Véronique CASTELLOTTI, Professeur de Sciences du Langage, Université de Tours. La transdisciplinarité est considérée comme approche épistémologique et méthodologique des interfaces (des frontières et des ponts) situées entre ou au-delà des champs disciplinaires classiques et qui demandent, face à la complexité ambiante, exploration. La collection se limitera cependant aux sciences humaines et médicales en insistant: sur les approches permettant de penser la complexité du sujet à travers et au-delà des objets disciplinaires, sur les points de vue permettant de préciser les interfaces entre les pratiques, les représentations sociales et les théorisations, sur les interactions entre recherche, action et formation.

TABLE DES MATIERES

INTRODUCTION Patrick Paul
CHAPITRE 1

5

RECHERCHES TRANSDISCIPLINAIRES Gaston Pineau.

ET UNIVERSITE 11

I. TRANSDISCIPLINARITE
CHAPITRE 2

SOCIO-INTERACTIVE

29

FERTILISATION CROISÉE DES SAVOIRS ET INGENIERIE D'ALTERNANCE SOCIa-FORMATIVE Le programme de recherche-£ormation-action Quart Monde / Université Pascal Galvani,
CHAPITRE 3

31

TRAJET DE RECHERCHE SOCIO-ECOLOGIQUE: MARCHE LENTE VERS LA TRANSDISCIPLINARITE Dominique Bachelart ...... ...

UNE 47

II. TRANSDISCIPLIN

ARITE REFLEXIVE

67

CHAPITRE4 VERS LA TRANSDISCIPLINARITÉ Patrick Pau1 ... .....
CHAPITRE 5 LE SENS DU SENS Gaston PINEAU
CHAPITRE 6

....

.. .......

. ... 69

83

L'IMAGINAIRE ET LA TRANSDISCIPLINARITE L'UNIVERSEL ET LE SINGULIER Patrick Paul

ENTRE 105

CHAPITRE

7

ALTERNANCE TRIPOLAIRE ET RAISON EXPERIENTIELLE A LA LUMIERE DE LA SEMIOTIQUE DE PEIRCE Noël Denoyel ..115 III. TRANSDISCIPLINARITE PARADIGMA TIQUE TERNAIRE 129 127

CHAPITRE8 AUTOFORMA TION ET APPROCHE Gaston Pineau CHAPITRE9 L'AUTOFORMATION, TRANSPERSONNELLE, TRANSCUL TURELLE Pascal Galvani

UNE PERSPECTIVE TRANSDISCIPLINAIRE

ET ..143

CHAPITRE 10 LE CONCEPT D'ANTHROPOFORMATION Patrick Paul
CHAPITRE 11

163

SUJET, AUTO FORMA TI ON, ANTHROPOFORMA NIVEAUX DE REALITE Patrick Paul

nON

ET 175

BIB LI 0 GRAPHIE

203

4

INTRODUCTION
Patrick Paul

Les recherches en formation, au prix de leur crédibilité scientifique, se construisent le plus souvent sur un réductionnisme scientifique méthodologique de rigueur. Mais la rationalité qui valorise l' obj ectivité critique se trouve régulièrement mise à mal sitôt que l'on questionne le suj et en formation dans sa singularité, son entièreté ou ses divers environnements. Face à la complexité des différentes réalités composant le fait humain total, qui présente de plus habituellement ses multiples aspects imbriqués sans nécessairement de prédominance des uns par rapport aux autres, le réductionnisme disciplinaire et scientifique, en devenant ontologique ou éventuellement monisme ontologique, interdit toute aspiration en direction d'une intégration, d'une globalisation ou diffraction dialectique pourtant désirées au -delà des éclatements. La transdisciplinarité, dans une optique de contre-pied, tente de répondre à une nouvelle vision de l'homme et de la nature par dépassement intégratif du paradigme actuel. Elle ouvre les sciences, en particulier humaines et sociales, à une relation différente entre objet et

sujet, à la fois plus nuancée (par le concept de « niveaux de réalité») et
plus large. Réunissant des chercheurs d'horizons différents, elle espère faire jaillir du dialogue issu de leurs compétences respectives un nouveau discours qui se définirait non pas tant par un territoire commun que par un éclairage des marges, des ponts et des frontières entre les champs. La transdisciplinarité s'apparente en effet à une épistémologie des limites, des entre-deux, des zones floues se situant aux confins, c'est-à-dire « entre», «au-travers» ou «au-delà» des champs identifiés. Elle postule, indépendamment de la question disciplinaire, de la réalité d'au moins deux « niveaux» déterminés par des lois différentes. Elle se définit comme un processus épistémologique et méthodologique de résolution des données complexes et contradictoires situant les liaisons à l'intérieur d\~n système global et

hiérarchisé (représentant l'ensemble des niveaux de réalité et incluant un réel ouvert) mais sans frontières immuables entre les disciplines, de façon à trouver des solutions pratiques. Cette nouvelle approche suppose donc explicitement l'importance des apports disciplinaires, chaque secteur définissant son obj et et ses méthodes. Mais elle implique aussi l'acceptation d'espaces flous situés entre les frontières ou au-delà des zones classiques d'objectivation ainsi que la reconnaissance de la personne impliquée dans l'acte cognitif en redonnant ses lettres de noblesse à un sujet en formation permanente et en transformation tout au long de sa vie, s'inscrivant dans un dynamisme cognitif complexe incluant autant la sensation, l'expérience, l'imagination ou l'intuition que la raison. L'ensemble des données impose en conséquence la coexistence (ou 1'alternance) d'une épistémologie moniste, causale, réductionniste et d'une épistémologie téléologique, par exemple holiste ou dualiste, dans le cadre d'une épistémologie plus large et non-duelle de façon à ne plus séparer ce qui ressort de l' 0 bj ectivité et de la subjectivité, de la raison discursive et d'autres savoirs plus inconscients, intuitifs, eXpérientiels, imaginaux. La transdisciplinarité s'inscrit donc dans une démarche hypothéticodéductive mais inclusive d'autres rationalités plus inductives, herméneutiques, intégratives, heuristiques (P. Paul, 2003). Malgré cela la transdisciplinarité, d'ailleurs souvent confondue avec l'interdisciplinarité, est fréquemment considérée comme suspecte. Nous n'entrerons cependant pas, dans cet ouvrage, de plain-pied dans ce débat critique son objectif étant, plus modestement, de témoigner d'un certain nombre de recherches conceptuelles récentes en formation qui s'appuient explicitement ou implicitement sur le paradigme transdisciplinaire. L'idée de formation qui lui est ici associée dans le titre de cet ouvrage, au-delà de son sens général, tend à questionner les profondeurs et la globalité la plus grande possible de la personne en posant la question de la relation entre phénoménologie et ontologie dans celle de l'homme en formation. Les questionnements propres aux dimensions philosophiques, expérientielles ou imaginales, la dimension tripolaire de la formation par les relations à l'environnement, les autres et soimême ne peuvent aisément se concevoir dans les approches classiques. Ils pointent, inversement, la problématique croisée de l'anthropoformation et de la transdisciplinarité. Il s'agit aussi, dans ces nouveaux champs, de pouvoir relier deux faces jusqu'alors séparées de la connaissance comme «savoir du dehors» et «connaissance du dedans» (G. Lerbet, 1992), la question d'un nouveau statut de la connaissance incluant les savoirs indigènes, eXpérientiels et l'imagination (la face «nocturne» de la formation) étant, en ce domaine, 6

essentielle. La formation transdisciplinaire, dans ce contexte élargi, renverrait alors à l'acte formateur par excellence, le champ de la formation devenant aussi celui du dévoilement de soi comme
« Bildungformation

». L'articulation des savoirs en formation intègre

dès lors le domaine des perceptions issues de l'environnement (D. Bachelart), la façon dont cet environnement nous forme. Il affirme tout autant l'importance des compétences issues de l'expérience (G. Pineau; N. Denoyel), les aptitudes forgées par l'imagination, la rencontre aux régimes diurnes et nocturnes (P. Galvani, P. Paul), l'importance de la prise en compte du conscient et de l'inconscient (P. Paul), ces différentes approches étant à relier et à articuler avec la logique rationnelle classique (N. Denoyel). Ce livre s'est construit en rassemblant des textes de nature épistémologique accompagnant des recherches en formation d'adultes menées par des enseigants-chercheurs en sciences de l'éducation et de la formation de l'Université François Rabelais de Tours, dans le cadre d'abord d'une équipe d'accueil Education et alternance (EAD, 1374, 1991-1999), puis du Centre d'Etudes et de Recherches sur les Pratiques et Politiques Educatives de l'Université de Rennes 2 (EA 3210, 1999-2003) et enfin d'une jeune équipe « Dynamiques et enjeux de la diversité: langues, cultures et formation» G.E. 2449 Dynadiv; 2004-2008). La production de la majorité de ces textes a été suscitée par une coopération étroite avec le Centre d'Education Trandisciplinaire (CETRANS) de l'Ecole du Futur de l'Université de Sao-Paulo. Ils doivent beaucoup au dynamisme de fondateurs de ce CETRANS: Maria DE MELLO, Vitoria MENDOSA DE BARROS et Americo SOMMERMAN. De plus, les deux coordinateurs de ce livre sont reliés au Centre International de Recherche Transdisciplinaire (CIRET), fondé et animé par Basarab NICOLESCU. L'option inter et transdisciplinaire de la Jeune Equipe « Dynadiv» renforce cette dynamique historique. Elle a poussé à inscrire la production de cet ouvrage dans la création d'une collection «Interface et transdiscip linarité ».

Structure

de l'ouvrage

Dans le premier chapitre G. Pineau, à l'occasion d'une communication au Brésil répondant à une interrogation universitaire, situe globalement le mouvement transdisciplinaire de recherche de liaisons entre les disciplines qui se développe depuis un demi-siècle. La classification qu'il propose selon trois axes, ceux de la transdis7

ciplinarité socio-interactive, réflexive puis paradigmatique sera reprise pour construire les trois parties qui suivent. La première partie, comme transdisciplinarité socio-interactive pose tout d'abord le paradigme transdisciplinaire comme susceptible de supporter la question de l'alternance des savoirs et de l'écoformation en reliant le concept de formation à celui d'environnement et de nature. La part expérientielle et imaginative, la sensibilité poétique y sont exacerbées. L'approche transdisciplinaire de l'écoformation réside dans l'importance d'une mise en forme et ensemble d'éléments dispersés par une volonté d'ouverture à des causalités multiples et à l'essai de traitement de la multicausalité (G. Pineau, 2000). P. Galvani (chapitre deux), en développant la fertilisation croisée des savoirs et l'ingénierie d'alternance socio-formative, présente une réflexion méthodologique fondée sur l'expérience du programme européen Quart Monde-Université. L'alternance des savoirs est construite comme un croisement dialogique où les savoirs d'action d'expérience et les savoirs théoriques s'interrogent mutuellement. La méthodologie de l'alternance consiste ici à accompagner l'émergence et la production de sens. C'est par les multiples interactions des différentes sources de savoirs que se construit la recherche. Le troisième et dernier chapitre de cette première partie, rédigé par D. Bachelart, en s'appuyant sur une recherche-action menée pendant une dizaine d'années autour du pastoralisme, ré-analyse cette activité au regard de l'horizon ouvert par les articles de la Charte de la transdisciplinarité adoptée lors du Premier Congrès Mondial qui s'est déroulé à Arrabida, au Portugal, en 1994 (dans B. Nicolescu, 1996). La recherche d'une compréhension multidimensionnelle, l'apprentissage de la co-disciplinarité pour mieux distinguer les niveaux de la construction biographique et la lecture des apprentissages traversant et dépassant toujours les disciplines sont des terrains privilégiés de recherche transdisciplinaire. La seconde partie, comme transdisciplinarité réflexive, interroge plus précisément les cadres de pensée. Le quatrième chapitre (P. Paul) se questionne sur la crise actuelle que traverse la science, d'ordre épistémologique, méthodologique et ontologique. La transdisciplinarité, après la pluridisciplinarité et l'interdisciplinarité, y apparaît comme l'une des solutions possibles en réponse à l'explosion disciplinaire et à ses conséquences mais aussi comme une nouvelle approche riche de promesses liée aux nouveaux impératifs de la SCIence.

8

La problématique du sens au travers des trois définitions de ce mot à entrées multiples, le sens comme sensation, orientation et signification compose le cinquième chapitre (G. Pineau). La panne de sens des institutions à l'image de celle de nos vies ne peut s'ignorer. L'approfondissement de la sensibilité à la vie et le signe faisant sens en orientant vers soi-même opèrent une concertation polysémique maximale créatrice de boucles étranges au cœur de la conscientisation. Mais chacune des entrées proposées ne prend sens que reliée à l'ensemble de la matrice qui en permet le dépassement en posant la question de la transdisciplinarité au centre de ce sens giratoire, en abstraction réfléchissante aujourd'hui, en approche plus pratique ultérieurement. Le questionnement des relations entre imagination et transdisciplinarité occupe le chapitre suivant (P. Paul). Il insiste sur l'importance de l'imagination dans les relations qui se tissent entre l'universel et le singulier, le modèle germanique de la Bildung étant interrogé de façon élargie en précisant le concept de «niveaux de réalité ». L'épistémologie transdisciplinaire permet ici de mieux appréhender les relations possibles entre approches contradictoires et de pouvoir les articuler au lieu de les opposer. Le septième chapitre (N. Denoyel) situe les trois pôles de la formation (auto-, hétéro-, éco-) dans la sémiotique de Peirce avec sa distinction entre icône, indice et symbole. Une logique ouverte permettant de penser la formation alternée en découle, construite sur la pragmatique des trois raisons, sensible, expérientielle et formelle. L'auteur insiste cependant plus particulièrement sur l'importance de la seconde, la raison eXpérientielle devenant chez lui une rationalité pratique à visée dialogique, écologique, éthique. La troisième partie de l'ouvrage concerne la transdisciplinarité paradigmatique. Le huitième chapitre qui la débute (G. Pineau) précise un certain nombre de points d'actualité sur l'autoformation, en particulier grâce à l'approche ternaire qui devient une problématique épistémologique de fond pour travailler sur l'auto sans s'enfermer dans l'illusion subjectiviste ou solipsiste, l'objectif affiché de la démarche étant de « lier la chicane du tiers à celle de l'auto. » Le neuvième chapitre (P. Galvani) situe la question de l'autoformation dans une perspective à la fois transdisciplinaire et transculturelle. Le texte enracine, comme précédemment, la formation en l'analysant comme processus tripolaire mais aussi comme pluralité de niveaux de conscience qui associent les différents régimes du traj et anthropologique à l'autoformation. La formation humaine s'ouvre ainsi à une dimension plus imaginative et intérieure orientant sur 9

l'impératif d'une meilleure exploration de notre vision du monde liée à l'intercompréhension de l'expérience vécue. La question de l'anthropoformation (P. Paul) occupe le dixième chapitre. Ce néologisme, à envisager autant comme «l'homme en formation» que comme «formation de l'homme», d'émergence récente, est à référence anthropologique explicite. Le texte reprend la question de la construction identitaire et sociale mais de manière élargie. Le mythe de la caverne offre une illustration à ce processus en situant les différentes étapes du cheminement, considérées comme ressortant d'une invariance anthropologique, qui deviennent autant de références précisant la question des niveaux de réalité qui structurent le développement de toute formation. Le onzième et dernier chapitre enfin (P. Paul) précise cette même interrogation en déployant une épistémologie du sujet en formation et en transformation, à identités variables et à phénoménologies multiples, reposant sur un dynamisme qui s'inscrit selon deux temps (nocturne et diurne), trois pôles dialectiques et quatre axes. La succession des différents textes qui précèdent, orientée vers la formation, n'épuisera ni le thème ni les contestations qui, en ce domaine, pourraient résulter d'un débat sur la transdisciplinarité d'autant que l'émergence de cette dernière approche, somme toute assez récente (la décennie 90), demandera du temps pour sortir des débats d'opinion infondés et pour pointer failles ou limites. Mais audelà de ce qui pourrait en résulter il faut surtout retenir que cette approche, fondée sur les principes gnoséologiques de la pensée complexe et du paradoxe ou sur les outils méthodologiques que sont la logique du tiers inclus et les différents niveaux de réalité (B. Nicolescu, 1996; P. Paul, 2003), ne ressort pas de l'aspiration à une sorte de super-discipline qui prétendrait gérer toutes les relations et qui souhaiterait unifier toutes les sciences en un pseudo-syncrétisme uniformisant. Elle comporte, inversement, une intention pédagogique élargie grâce à des mises en tension dialectiques. Surtout, la transdisciplinarité s'est peu à peu imposée comme une stratégie dominante du travail formatif Q-P Resweber, 2000) où elle tend à supplanter les débats sur la pluri- ou l'interdisciplinarité. Enfin sa visée mobilise un projet anthropologique et plus encore, anthropoformateur, postulant la notion de parcours, d'étapes ou de degrés, ce que les champs de la philosophie, de Platon à Buber, et de la formation affirment par ailleurs.

10

CHAPITRE

1

RECHERCHES

TRANSDISCIPLINAIRES Gaston Pineau

ET UNIVERSITE1

Professeur à l'Université François Rabelais de Tours

Cette communication essaie de répondre aux questions suivantes de Mop.sieur Ie Recteur de l'UNESC, Edson Carlos Rodrigues, transmises par Monsieur Americo Sommerman du Centre d'Education Transdisciplinaire (CETRANS) de l'Université de Saô Paulo: Comment penser la recherche scientifique dans l'approche transdisciplinaire? Comment faire une recherche transdisciplinaire? Comment une recherche transdisciplinaire peut-être validée dans le milieu académique (par exemple, dans une thèse de maîtrise ou doctorat) ? L'approche transdisciplinaire va d'abord être située globalement dans le mouvement de recherche de liaison entre disciplines qui se développe depuis une trentaine d'années autant pour essayer de construire des ponts de communication à l'intérieur des universités que pour tenter de répondre à des problèmes extérieurs non disciplinaires et encore moins disciplinés. Ensuite quatre exemples de

1

Communication

à l'université du extrema sud catarineuse (Unesc) - Brésil,
frontières de l'éducation, 2000.

Séminaire

sur les nouvelles

recherches transdisciplinaires seront rapidement présentés: deux recherches collectives et deux recherches individuelles doctorales. Enfin, une troisième partie essaiera d'en tirer les leçons pour répondre aux questions initiales.

I. Le mouvement pluri-, inter-, transdisciplinaire comme essai de réponse à la division des disciplines et à la pression externe de problèmes non-disciplinaires

1.1 Un mouvement de liaison en tension entre universalité et diversité des savoirs.
Tout d'abord, ce mouvement transdisciplinaire n'est pas la négation des disciplines mais l'essai de leur utilisation selon des degrés d'ouverture et d'interaction variable. Ce mouvement est apparu dans les années 70 à la crête d'un mouvement de recherche de liens entre les disciplines pour contrebalancer un mouvement inverse de divisions disciplinaires proliférantes et inflationnistes. Face donc à une nécessité de spécialisation qui entraîne un émiettement des savoirs, il représente une autre nécessité de liaisons pour articuler des rationalités locales dans une rationalité d'ensemble. Sinon la contradiction entre les pôles locaux et globaux des développements fera éclater toute unité viable. A notre avis si le mot inter et transdisciplinaire représente une forme universitaire récente de ce développement bipolaire tensionnel, cette forme n'est pas radicalement nouvelle. Historiquement, l'évolution universitaire est tendue entre ces deux pôles contraires du mouvement de production et diffusion des savoirs:

.

.

Un pôle d'universalisation des savoirs comme l'indique le mot université et le poursuit le projet universitaire d'une communauté d'enseignants et de chercheurs rendant accessible le maximum de savoirs au maximum de monde. Un pôle de divisions des savoirs pour pouvoir pratiquement les produire et les transmettre. Tout le monde ne peut pas tout savoir. Mais en même temps que les divisions spécialisantes, il faut veiller à construire les voies de communications. Sinon c'est l'éclatement et la disp ersion.

Le mot université traduit bien l'exigence unitaire de la cité sociocognitive à construire. Mais il faut lui ajouter aussi celui de multi12

versité pour être réaliste et nommer cette multiplicité de savoirs qui la compose. Ce n'est pas une uniformité, mais une diversité disciplinaire se diversifiant. Quel pont, quelles voies de communication universitaire, construire avec et dans, entre cette diversité disciplinaire? A cette nécessité interne universitaire de liens pluri-, inter- et même transdisciplinaires s'ajoutent les pressiop.s externes de problèmes qui ne se posent pas en terme ni disciplinaires, ni même disciplinés: problèmes de lutte contre la pauvreté, de pollution, d'emploi, de développement, de formation. Comment y répondre? L'université peut-elle longtemps demeurer absente de leur traitement parce qu'il ne relève directement d'aucune discipline? Et si indirectement ou partiellement plusieurs sont concernés, comment les articuler? Cette pression externe transdisciplinaire est peut-être encore plus forte que les besoins internes de communication interdisciplinaire. Mais quelles différences entre les deux? Il n'est peut-être pas superflu de représenter, même schématiquement, les différentes formes de ce mouvement selon les degrés d'ouverture et de liaison entre les disciplines. Ensuite quatre exemples de recherches universitaires transdisciplinaires seront rapidement analysés pour pouvoir en 3ème partie en tirer quelques conditions méthodologiques.

1.2 Un mouvement diversifié selon les degrés d'ouverture et de liaison des disciplines.
La transdisciplinarité est la crête d'un mouvement d'ouverture et de liaison entre disciplines. Selon le degré d'ouverture et de liaison, le degré. tableau suivant la présente schématiquement comme le 3ème 1.2.0 Le degré zéro d'uni-disciplinarité permet de rappeler une définition que l'Unesco donne d'une

discipline: « ensemble spécifique de connaissances qui a ses caractéristiques propres sur le plan de l'enseignement, de la formation, des

méthodes et des matières. »
Les 4 plans mentionnés sont utiles car ils dé-globalisent l'ensemble. Cette dé-globalisation fournit autant de plans de liaison différentielle qui rend les disciplines plus ou moins éloignées ou parentes les unes des autres avec des hiérarchies très prégnantes. Par exemple, celles qui partagent une matière «dure» - les sciences dures (mathématiques, astronomie, physiques, chimie, biologie.. ..)- ont des méthodologies et des formulations fondées sur le nombre. Ces disciplines représentent une famille très différente de celle qui regroupe les sciences humaines 13

et sociales qui travaillent sur des sujets moins matériels. Ces disciplines sont présentées comme des sciences molles ou souples. Les problèmes de liaison entre disciplines ne se posent donc pas de même façon selon toutes les disciplines et les familles de disciplines. Surtout que le découpage disciplinaire est relativement récent (XIxème siècle) et prolonge d'autres découpes du savoir: les 4 facultés de l'université médiévale - Xlllème siècle: «Arts, Théologie, Droit, Médecine, après les 7 arts libéraux divisés eux-mêmes en deux: le Trivium (arts philologiques et logiques: grammaire, rhétorique, dialectique) et le Quadrivium (arts des nombres: arithmétiques, géométrie, astronomie, musique). Ces découpes historiques demeurent agissantes de façon plus ou moins enchevêtrée et souterraines. Retenons d'elles que s'il y a eu un avant disciplinaire, il peut aussi y avoir un après. Les disciplines ne constituent pas toute l'histoire du savoir. Les degrés suivants indiquant des liaisons pouvant aller à travers elles, au-delà d'elles. /.2.1 Le 1erdegré de liaison

- appelé

multi ou pluridisciplinarité-

est minimal. Il est assuré par un même sujet, un même thème, un même problème, une même matière explorée par plusieurs disciplines mais de façon juxtaposée, sans autre lien. Par exemple, une recherche multi ou pluri-disciplinaire sur un problème social non-disciplinaire la lutte contre la pauvreté - rassemblera dans une même production les éclairages juxtaposés des différentes disciplines sans que les auteurs de ces disciplines ne se soient vus et même lus, et sans qu'un retravail éditorial n'ait ressorti les liens entre les apports. /.2.2 Une recherche interdisciplinaire est caractérisée par un deuxième degré de liaison entre les disciplines qui complète par exemple l'exploration d'un même problème - la lutte contre la pauvreté - par le partage oral ou écrit de cette eXploration. Cet échange imprègne plus ou moins les points de vue: on parle alors d'une interdisciplinarité centripète (CDprocessus de l' éponge) qui peut devenir centrifuge si cette imprégnation est transférée sur un autre objet <ID. ar exemple, dans une dimension P interdisciplinaire d'une recherche sur la lutte contre la pauvreté, les échanges avec un historien m'ont permis à moi sciences de l'éducation, de conscientiser les formes historiques de cette lutte CD. t E cette sensibilisation m'a éclairée sur les formes historiques d'autres manières de vivre et de voir <ID. Le terme de co-disciplinarité est utilisé pour signifier la dimension « avec» de cet «entre ». «Plus qu'un tissage de liens entre les 14

disciplines convoquées, il s'agit d'évoquer une co-construction de sens à propos d'un même objet d'étude» (Blanchard - Laville CI., 2000, p. 59), la co-pensée peut aller jusqu'à produire codisciplinairement des savoirs nouveaux CDet @. Cette co-production interdisciplinaire est souvent présentée comme le maximum de degré transdisciplinaire est liaisons possibles entre disciplines. Le 3ème constitué en effet par une ouverture « au-delà» des disciplines qui lance dans une recherche non disciplinaire paraissant trop aventureuse et dangereuse. /.2.3 Le troisième degré de liaison disciplinaire ouvre à des transactions cognitives qui à travers et entre les disciplines vont au-delà de celles-ci:

.

Cet «au-delà» peut intervenir dès le départ de la recherche en s'ouvrant à des éléments non disciplinaires. Par exemple, dans la recherche sur la lutte contre la pauvreté, en intégrant comme partenaire à part entière de recherche, les « lutteurs» directement impliqués avec leurs savoirs d'expérience. Se construit alors une recherche transdisciplinaire socio-interactive associant des représentants de disciplines scientifiques mais aussi des acteurs sociaux. Restent à construire des langages, des méthodologies, des objectifs pour communiquer minimale ment de façon productive et heuristique. Les constructions communes pendant la recherche de moyens de communication ouvrent alors à des réflexions méta-disciplinaires sur les cadres de pensée de chacun, disciplinaire compris. On peut parler alors d'une transdisciplinarité socio-réflexive. Dans la recherche transdisciplinaire sur la lutte contre la pauvreté, des disciplinaires et des acteurs sociaux sont restés bloqués pendant 6 mois sur des conceptions de savoirs opposés. Le déblocage s'est opéré par la découverte d'une structure bio-cognitive de fond audelà des disciplines.

.

15

Tableau nO}

Représentation du mouvement uni-, pluri-, inter-, transdisciplinaire selon les degrés d'ouverture et d'interaction disciplinaire *.

:~Construit avec l'apport de CROS Françoise, Interdisciplinarité dans Dictionnaire encyclopédique de l'éducation et de la formation, Paris, Nathan, 1998, p. 585-587. LEGENDRE Renald, Dictionnaire Actuel Montréal, Paris, 1988, Transdisciplinarité. de l'éducation,

.

BLANCHARD-LAVILLE CI., De la co-disciplinarité en Sciences de l'Education. Revue F. de Pédagogie, n0132, 2000.

16

Cet « au-delà» des disciplines de certaines structures bio-cognitives fait entrevoir aux transdisciplinaires les plus hardis des ouvertures paradigmatiques post-disciplinaires. La prise en compte de nouveaux champs de savoirs pour de nouveaux objectifs peut appeler de nouvelles méthodologies et de nouvelles épistémologies. Par exemple, créer une université transdisciplinaire de recherche de lutte contre la pauvreté nécessite de savoir comment créer de nouvelles interactions socio-cognitives entre les pauvres et les intellectuellement riches. La « Transdisciplinarité» de Basarab Nicolescu présente de façon sans doute la plus manifeste et structurée ce paradigme transdisciplinaire. Nous y renvoyons pour plus de détail. Notre objectif est de répondre à des questions plus pragmatiques: comment faire une recherche transdisciplinaire ? Comment peut-elle être validée? A ces questions pragmatiques, nous répondrons pragmatiquement en présentant donc 4 recherches.

17

II. Quatre

recherches

transdisciplinaires

Nous venons de voir que l'approche transdisciplinaire se situe comme la crête d'un mouvement de liaison entre les disciplines s'ouvrant, à travers elles, à un au-delà possible ou plutôt à des au-delà possibles. Quatre recherches transdisciplinaires

Le croisement des savoirs Quand le Quart Monde et l'Université pensent ensemble.

De l'air Essai sur l'écoformation

Transactions socio-écologiques et formationdéveloppemen t RechercheFormation avec des bergers transhumants pluri-actifs dans les PyrénéesAtlantiques.

Pratiques médicales, formations et transdiscipli narité Contribution à la construction d'un modèle bio-co gnitif de formation de la personne.

Titres

Groupe de recherche Q.M. Université Universitaires: 12 (8 discipl.) ProfessionnelsFormateurs: 5 Personne Q.M. : 15 Construire une démarche d'autoémancipation sociale par une triple alliance (Univ. - Pro. Public)

Gaston Pineau & collaborateurs

Dominique Bachelart 5 groupes d'acteurs en partenariat (Org. agric., prof., polit., form. et jeunes)

Patrick Paul

Auteurs

Universitaires: 9 (7 discipl.) Personnestémoins: 7

Objectifs Axiologie

Construire une éducation à l'environnement par le développement d'une sensibilité écologique.

Construire une formationdéveloppement ouverte sur ses enVlronnements naturels, SOCIOprofessionnel et local.

Construire un modèle biocognitif transdisci plinair e de formation de la personne.

18

Epistémologie ouverte: recherche de la pluralité des savoirs et de leur légitimité (savoirs formels, d'exp. et d'action). Epistémologie Epistémologie constructive, construire de nouveaux saVOIrS ensemble (croisement par une écriture commune ). - Méthodologie de RechercheAction Formation, - Ingénierie d'alternance SOCIOformatrice de fertilisation croisée des saVOIrs.

Epistémologie systémique et symbolique.

Epistémologie transversale transactionnell e par triangulation formative multi-polaire.
(p. 463-465)

Epistémologie transdisciplinaIre : -de la complexité paradoxale -du tiers inclus -et des différents niveaux de réalité.

Méthodologie

- Méthodologie de recherche collective par productions individuelles d'identité et de traitement des problèmes. -Structuration systémique

Méthodologie transversale articulant progressIvement: -recherchediagnostic -rechercheparticipante -rechercheaction exist. (p. 182)

Histoire de vie professionnelle et histoire de vie imaginale.

La lutte contre la grande pauvreté.

La lutte contre la pollution aérienne.

Relier la formation des jeunes à l'évolution des emplois et au développement local durable.

L'expérience médicale qui remet en cause l'opposition classique entre 2 courants: -l'un à tendance scientiste, moniste et matérialiste -l'autre à tendance traditionnelle holiste et vitalis te

Problèmes

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II.1 Plusieurs au-delà disciplinaires possibles En effet, ceux-ci ne se réduisent pas à un au-delà/hypothétique de la construction d'une nouvelle unité cognitive encyclopédique surplombante, englobant toutes les disciplines en les dépassant. Paradoxalement, c'est cet au-delà post disciplinaire le plus éloigné qui s'impose le plus souvent en premier. Il surgit certainement du pôle de pensée unitaire qui non confronté à celui de la réalité multiple propulse des désirs fous d'unification uniforme. La dynamique transdisciplinaire s'enracine dans ce désirbesoin de connaissance unitaire. C'est sa force mais aussi son danger de dérive totalitaire si ce désir rend aveugle à la complexité et aux différents niveaux de réalité. C'est contre ce danger de pensée unique possible à l'horizon que s'élèvent les adversaires les plus lucides de la transdisciplinarité. Et ils ont raison, ce désir unitaire est si fort qu'il se pathologise très rapidement s'il ne se confronte pas humblement à la complexité luxuriante et tenace des autres réalités, dont la prise en compte a justement donné naissance aux disciplines. La transdisciplinarité s'inscrit aussi dans le pôle objectif de la nécessité de la dure loi des choses. Et c'est parce que le découpage disciplinaire classique ne réussit plus à traiter tous les problèmes objectifs qui s'imposent que l'approche transdisciplinaire est née et se développe.
«

Par une de ces coïncidences étranges dont l'Histoire possède

les secrets, la mécanique quantique, la première guerre mondiale et la révolution russe surgirent pratiquement en même temps. Violence et massacres sur le plan du visible et révolution quantique sur le plan de l'invisible. Comme si les spasmes visibles de l'ancien monde étaient accompagnés de l'apparition discrète, à peine perceptible, des premiers signes du nouveau monde. » (NicolescuB. 1996,p. 26) Aussi commence pratiquement le premier manifeste de la transdisciplinarité écrit par Basarab Nicolescu, physicien théoricien de la mécanique quantique. C'est donc moins le désir fou d'unité ultime que le besoin vital pressant de traiter des nouveaux problèmes non pris en compte par les disciplines qui imposent des recherches transdisciplinaires. C'est le cas des quatre recherches que nous allons maintenant survoler.

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