1941-1942. Et si la France avait continué la guerre…

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Et si, la prise du pouvoir par Pétain ayant échoué, la France avait continué la guerre en juin 1940 ? Telle est l’histoire « alternative » que racontait le premier volet de cet essai où l’histoire rencontre la fiction. Mais ensuite ?
En 1941, le centre de gravité du conflit s’est déplacé vers le sud, la guerre en Méditerranée s’intensifie, tandis que Hitler envisage de se lancer à l’assaut de l’URSS. Couvrant tous les aspects du conflit – politique, économie, diplomatie, stratégie et même tactique –, ce deuxième volume livre le récit d’une histoire qui n’a pas été, mais qui aurait pu être, celle des années 1941-1942.
Ce récit haletant se lit comme un véritable roman, mais il constitue aussi un exercice historique original. Une façon entièrement novatrice et fascinante de relire l’histoire de la Seconde Guerre mondiale.
Publié le : jeudi 21 août 2014
Lecture(s) : 63
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9791021006874
Nombre de pages : 720
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Sous la direction de
JACQUES SAPIR FRANK STORA LOÏC MAHÉ
1941-1942
ET SI LA FRANCE AVAIT CONTINUÉ LA GUERRE…
Essai d’alternative historique
Avec le concours de
Laurent Arenales del Campo, Alexandre Bertrand,
Jean-Marc Mendel, Jean Schreiber, Jean-Philippe Such,
Alain Venturini et Patrick Voisin
TEXTO
Le goût de l'histoireDES MÊMES AUTEURS
1940. Et si la France avait continué la guerre …,
Tallandier, 2010 ; coll. « Texto », 2014.Éditions Tallandier – 2, rue Rotrou 75006 Paris
www.tallandier.com
© Éditions Tallandier, 2013 pour la présente édition numérique
w w w . c e n t r e n a t i o n a l d u l i v r e . f r
Réalisation numérique : www.igs-cp.fr
EAN : 979-10-210-0657-7
© Éditions Tallandier, 2012 et 2014 pour la présente édition
Cartographie © Florence Bonnaud, 2012
2, rue Rotrou – 75006 Paris
www.tallandier.comGLOSSAIRE ET LEXIQUE
AA : Anti-aérien
ABDF (American-British-Dutch-French) : accord sur la défense de l’Asie contre les Japonais
ABDAF : le précédent accord étendu à l’Australie
AD : Alliance Démocratique
AEF : Afrique Equatoriale Française
AFN : Afrique Française du Nord
AIF (Australian Imperial Force) : corps expéditionnaire australien
AK (ArmeeKorps) : corps d’armée allemand
reANZAC (Australian and New Zealand Army Corps) : référence de la 1 guerre mondiale
edésignant pendant la 2 guerre mondiale les troupes australiennes et néo-zélandaises
AOF : Afrique Occidentale Française
AOI : Afrique Orientale Italienne
APD : Ancien destroyer converti en navire de transport rapide
Armored Corps : arme blindée américaine
Armoured Division : division blindée britannique
ASDIC (Anti-Submarine Detection Investigation Committee) : ancêtre du sonar
Asiatic Fleet : flotte américaine basée aux Philippines
ASM : Anti-Sous-Marin
Auswärtiges Amt : ministère des Affaires étrangères allemand
AVG (American Volunteer Group) : pilotes américains volontaires pour combattre les Japonais
aux côtés des Chinois
BACA : Bataillon d’Artillerie antichars ou Brigade d’Artillerie de Corps d’Armée selon le
contexte
BBC (British Broadcasting Corporation) : radio-télévision britannique
BCRAM : Bureau Central de Renseignement et d’Action en Métropole
BEFIG (British Expeditionary Force In Greece) : corps expéditionnaire britannique en Grèce
BFPC (British French Purchase Commission) : commission franco-britannique chargée des
achats militaires aux Etats-Unis
BO : Bulletin Officiel
BP : British Petroleum
BRMAN : Brigade de Répression des Menées Anti-Nationales (du NEF)
CA : Corps d’Armée ou Croiseur Lourd selon le contexte
CASEVAC (Casualty evacuation) : évacuation sanitaire
CCC : Commission Constitutionnelle Consultative
CDN : Conseil de Défense Nationale (français)
CFP : Compagnie Française des Pétroles (ancêtre de Total)
CICR : Comité International de la Croix-Rouge
CIGS : Chef de l’IGS
CiC (Commander in Chief) : commandant en chef (armée britannique)
CL : Croiseur léger
CLAA : Croiseur léger anti-aérienCoastal Command : commandement de la RAF chargé de la protection des convois côtiers ou
océaniques
CT : Contre-torpilleur
CV : porte-avions ou Capitaine de Vaisseau selon le contexte
CVE : porte-avions d’escorte
CVL : porte-avions léger
CXAM : premier radar opérationnel américain
DI Alp : Divion d’Infanterie Alpine
DB : Division Blindée
DBCA : Demi-Brigade de Chasseurs Alpins
DBLE : Demi-Brigade de la Légion Etrangère
DC : division cuirassée
DCA : Défense Contre Avions
DD : Destroyer (équivalent du CT)
DDL : Détachements de Défense du Littoral
DE : Destroyer d’Escorte (spécialisé dans la lutte AA et ASM)
DGA : Détachements de Guet Aérien
DGPI : Délégation Générale aux Prisonniers et Internés
DGSS : Direction Générale des Services Spéciaux
DI : Division d’Infanterie
DIA : Division d’Infanterie Africaine
DLC : Division Légère de Cavalerie
DML : Division de Marche du Levant
DMM : Division de Montagne Marocaine
DMT : Détachement Motorisé du Tonkin
eDNB (Deutsches Nachrichtenbüro) : agence de presse du 3 Reich
DZ (Drop Zone) : zone de parachutage
EFE : agence de presse espagnole
EOR : Elève Officier de Réserve
Fallschirmjägers : parachutistes allemands
FAE : Force Aérienne d’Egée
FED (Federal Reserve Bank) : banque centrale des Etats-Unis
Feldgendarmerie : police militaire allemande
Flak : défense antiaérienne allemande
Fliegerführer : commandement de secteur aérien au sein de la Luftwaffe
FK (FliegerKorps) : corps aérien allemand
FNEO : Forces Navales d’Extrême-Orient
Foreign Office : ministère des Affaires étrangères britannique
FR : Fédération Républicaine
FST : Force de Sécurité du Territoire (armée du NEF)
FYRL : Forces Yougoslaves Royales Libres
GB : Groupe de Bombardement
GBMS : Groupe Blindé Mobile Schlesser
GC : Groupe de Chasse
GebirgsDivision : Division de montagne allemandeGMFL : Groupement Mobile des Forces du Levant
GMT (Greenwich Mean Time) : Heure moyenne de Greenwich
(G) QG : (Grand) Quartier Général
GR : Groupe (aérien) de Reconnaissance
GRCA : Groupe de Reconnaissance de Corps d’Armée
GRU : Services de renseignement de l’Armée rouge
Havas-OFI : agence de presse du gouvernement Laval (OFI : Office français d’informations)
HF/DF (High Frequency Direction Finding) ou « Huff-Duff » : repérage par radiogoniométrie à
haute fréquence
HMAS (His Majesty’s Australian Ship) : navire de la marine de guerre australienne
HMS (His Majesty’s Ship) : navire de la marine de guerre britannique
ID (Infanterie Division) : division d’infanterie allemande
IGS (Imperial General Staff) : état-major général de l’Empire britannique, commandement
suprême de l’armée britannique
IJN (Imperial Japanese Navy) : marine impériale japonaise
IJNAF (Imperial Japanese Naval Air Force) : aéronavale japonaise
Indian Division : division (d’infanterie par défaut) indienne
KG (Kampfgruppe) : groupe aérien de bombardement allemand
Komintern : Internationale communiste
Kriegsmarine : marine de guerre allemande
Leichte Infanterie Division : division légère mécanisée allemande
LuftFlotte : flotte aérienne allemande
Luftwaffe : force aérienne allemande
MAS (Motoscafo Armato Silurante) : vedette rapide italienne
MI6 : service de renseignements extérieurs du Royaume-Uni
NEF : Nouvel Etat Français (créé par les Collaborateurs)
OKH (OberKommando des Heeres) : commandement suprême de l’armée de terre allemande
OKW (OberKommando der Wehrmacht) : commandement suprême des forces armées
allemandes
OVRA (Organizzazione per la Vigilanza e la Repressione dell’Antifascismo) : équivalent italien
de la Gestapo
PCF : Parti Communiste Français
PCY : Parti Communiste Yougoslave
PDP : Parti Démocrate Populaire
PP : Préfecture de Police (de Paris)
PPF : Parti Populaire Français
Propaganda Ministerium : ministère de l’Information et de la Propagande allemand
PRS : Parti Républicain Syndicaliste
PSF : Parti Social Français
PzD (Panzerdivision) : division blindée allemande
PzK (Panzerkorps) : corps blindé allemand (nous utilisons cette dénomination, qui ne fut
officialisée qu’à partir de 1942, plutôt que celle d’Armeekorps [mot], en vigueur de 1939 à 1941)
R (M) IC : Régiment (mixte) d’infanterie coloniale
RAF (Royal Air Force) : force aérienne britannique
RC : Route ColonialeRegia Aeronautica : force aérienne italienne
Regia Marina : marine de guerre italienne
Regio Esercito : armée de terre italienne
Reicharbeitdienst : service du travail du Reich
RG : Renseignements Généraux
RIV : Régiment d’Infanterie Vietnamienne
RKKA : Armée rouge
RNP : Rassemblement National Populaire
RTA : Régiment de Tirailleurs Algériens
RThAF : armée de l’air thaïlandaise
RTS-CFS : Régiment de Tirailleurs Sénégalais de la Côte Française des Somalis
SFIO : Section Française de l’Internationale Ouvrière
SHAT : Service Historique de l’Armée de Terre
Sipo-SD (Sicherheitspolizei-Sicherheitsdienst) : organisme chapeautant les services de sûreté
et de sécurité du Reich
SLC (Siluri Lenta Corsa) : torpilles italiennes manœuvrées par des plongeurs (également
appelées m a i a l e)
SNTD : Service National Technique de Défense
SOE (Special Operations Executive) : service secret britannique
SONEF : Service d’Ordre du Nouvel Etat Français
Squadron : escadron de la RAF
SS (Schutzstaffel) : organisation politique, idéologique et militaire, une des principales
composantes du régime hitlérien
STF : Surveillance du Trafic Ferroviaire
Supermarina : haut commandement naval italien
T&WA (Transcontinental & Western Airlines) : compagnie aérienne américaine
TDC (Tank Destroyer Command) : commandement des armes antichars au sein de l’US Army
U-boot : sous-marin allemand
UPF : Union Populaire Française
US Army : armée de terre américaine
USAAC (US Army Air Corps) : corps aérien de l’armée (de terre) américaine, ancêtre de l’US
Air Force
USAAF (United States Army Air Force) : force aérienne de l’armée des Etats-Unis
USMC (United States Marines Corps) : corps d’infanterie de marine américain
USN (United States Navy) : marine de guerre des Etats-Unis
USR : Union Socialiste Républicaine
USS (United States’ Ship) : navire de la marine de guerre des Etats-UnisC A R T E SI N T R O D U C T I O N
Cet ouvrage se veut le deuxième tome de 1940 – Et si la France avait continué la guerre… Il
représente donc la continuation du projet défini dans la préface de ce premier volume : imaginer
de manière réaliste, à la fois dans les domaines matériels et dans celui des décisions des
grands acteurs, ce qu’aurait pu (et dû) être la Deuxième Guerre mondiale si la France « légale »
avait pris, en juin 1940, la décision de rester dans le conflit.

En juin 1940, la prise du pouvoir par Pétain n’a pas eu lieu. La prolongation de la bataille de
France jusqu’au début du mois d’août a permis à un grand nombre d’hommes et à une grande
quantité de matériels de franchir la Méditerranée. Au terme de « notre » année 1940, l’appareil
gouvernemental et le gros des organes législatifs français sont installés à Alger. Sans doute, les
Allemands occupent tout le territoire métropolitain, sans doute, ils ont installé à Paris un
gouvernement de collaboration dirigé par Laval, entouré de Déat, Doriot, Darnand et consorts.
Mais les armées alliées, profitant de l’impréparation italienne et de l’infériorité de la Regia Marina
face aux marines anglaise et française réunies, se sont emparées de l’Afrique du Nord italienne
(Tripolitaine et Cyrénaïque), du Dodécanèse et même de la Sardaigne – opérations
spectaculaires mais qui n’ont exigé que de faibles effectifs terrestres. Les Français contrôlent
également la Corse. L’Afrique orientale italienne est assiégée. Chaque jour, des convois venus
des Etats-Unis débarquent en territoire allié le matériel construit dans les usines américaines et
payé par l’or français, permettant une reconstitution progressive des forces françaises.
Mais ensuite ?

Ce deuxième volume a confronté ses auteurs à un défi bien plus important que le premier. Si
l’identification possible du « point de divergence » initial posait, certes, des difficultés, imaginer
quelles pouvaient être les conséquences de cette divergence au-delà de l’année 1940 était un
défi encore plus redoutable. En effet, au fur et à mesure que l’on s’éloigne du « point de
divergence », la capacité à imaginer de manière réaliste l’évolution de la guerre se heurte à
l’accumulation des inconnues.
La poursuite de la guerre par la France en exil va déplacer le centre de gravité du conflit vers
le sud et la guerre navale en Méditerranée sera intense – alors que la guerre du désert qu’a
connue notre réalité historique n’aura pas lieu.
Hitler a les yeux tournés vers l’est, mais la présence française en Corse et Sardaigne ainsi
que l’influence des Alliés sur la Yougoslavie et la Grèce vont bouleverser ses plans, car il doit
secourir l’Italie fasciste. Quand pourra-t-il enfin réaliser son grand rêve et se lancer à l’assaut de
l’URSS ?
De leur côté, les Alliés vont payer leur résistance au prix fort, car ils sont encore incapables de
s’opposer efficacement à l’armée allemande. Pourtant, l’arsenal des démocraties, l’industrie de
guerre américaine, stimulé par les commandes françaises s’ajoutant aux commandes
britanniques, monte très vite en puissance.
Et pendant ce temps, le Japon s’apprête à jouer son va-tout et à se lancer dans un pari
militaire encore plus risqué qu’historiquement…
Il était difficile de résister au désir de prolonger à la fois la réflexion et, dans une certaine
mesure, le rêve – au demeurant, nombre de lecteurs nous l’ont demandé et cette interrogation
s’est aussi retrouvée dans plusieurs des articles de presse qui ont évoqué notre ouvrage. Nous
nous sommes donc risqués à explorer en détail une année 1941 « alternative »… et nous
sommes même allés jusqu’au mois de mai 1942, le conflit mondial ne prenant toute son
ampleur, dans notre hypothèse, qu’au printemps de cette année.Commenter nos choix pouvant, dans une certaine mesure, déflorer le récit de certains
épisodes, nous avons choisi de proposer au lecteur une réflexion approfondie sur nos options
après le récit d’une période de dix-sept mois fort différente de ce qu’elle fut historiquement. A
chacun de juger si la probabilité de cette hypothèse était négligeable ou si au contraire, comme
nous le pensons, le déroulement des événements que nous décrivons aurait été conforme aux
potentialités historiques et si ce n’est pas, finalement, l’histoire « factuelle » qui était la moins
probable.
Précisons ici que le lecteur rencontrera dans ces pages un certain nombre de citations
d’auteurs fameux – il s’agit bien entendu de citations « alternatives », étroitement inspirées
d’écrits réels mais correspondant à ce que les auteurs en question auraient pu écrire, nous
semble-t-il, dans d’autres conditions historiques. Ce sont pour nous des hommages.
Rappelons que le lecteur trouvera l’ensemble de nos réflexions et des récits de cette histoire
contrefactuelle sur le site internet www.1940lafrancecontinue.org et son forum de discussion.

Que tous les participants à ce forum reçoivent ici l’expression de notre gratitude et de notre
amitié. Au premier rang, bien sûr, ceux déjà cités en page de titre : Laurent Arenales del Campo,
Alexandre Bertrand, Jean-Marc Mendel, Jean Schreiber, Jean-Philippe Such, Alain Venturini et
Patrick Voisin. Mais aussi Maxime Bourguignon, Matthieu Buisine, François Castagnos, Marina
Collette, Alain Croce, Pascal-Marie Dubois, Hervé Duchemin, Benoit Gérard, Jérôme Grousson,
Anthony Lapeyre, Patrick Mela, ainsi que nos amis australiens, Mark Bailey, Geoffrey Mowbray
et Shane Rogers. Sans toute cette équipe de passionnés, rien n’aurait été possible.
Jacques SAPIR, Frank STORA, Loïc MAHÉChapitre premier
JANVIER 1941
Ressusciter la République
Le Sursaut avait eu lieu. La France ne s’était pas laissé entraîner par une défaite militaire
dans la honte du renoncement. Depuis, les armes qui lui restaient avaient montré leur valeur,
même si son glaive était encore à reforger. Mais, sur le long chemin de la rédemption et de la
Victoire, il y avait aussi des étapes civiles…

16 janvier, Alger, Assemblée nationale – L’homme qui vient d’entrer dans l’hémicycle
improvisé du palais des Expositions, costume sombre et cravate noire, s’avance d’un pas lent
mais assuré au milieu des pliants installés pour la circonstance. La salle de réunion provisoire
de l’Assemblée nationale des élus de la République n’est pas encore achevée. Les spectateurs,
journalistes accrédités ou invités triés sur le volet, ne perçoivent qu’un léger brouhaha
– l’équivalent parlementaire d’un silence respectueux – malgré la présence des 510 « élus de la
République » (ex-députés et ci-devant sénateurs).
Une quarantaine de parlementaires, parmi les plus jeunes, portent l’uniforme. Le kaki domine,
mais les spectateurs ne manquent pas de remarquer le bleu Louise du lieutenant Mendès
France. Cependant, les journalistes s’apprêtent davantage à gloser sur la peau sombre de
Gaston Monnerville, lui aussi vêtu de bleu, superbe dans sa tenue d’officier de justice de la
Marine (il sert sur la Provence), vivant symbole de l’égalité et de la fraternité républicaines.
Les bancs du gouvernement sont vides : il s’agit de la première manifestation concrète de la
révision constitutionnelle votée en décembre. Le président du Conseil, Paul Reynaud, a
présenté hier la démission du gouvernement au président Lebrun. En retour, ce dernier lui a
demandé de former un nouveau ministère. Il est maintenant libre de constituer et de remanier
son gouvernement à sa guise.
Paul Reynaud monte sans hâte les marches menant au pupitre de l’orateur, juste en dessous
de celui du président de l’Assemblée, Edouard Herriot. C’est sans surprise que le bouillant
Lyonnais a repris « son » perchoir, assisté comme vice-président par le calme et pondéré Jules
Jeanneney.
Une fois n’est pas (encore) coutume, la « crise » ministérielle est gérée par l’exécutif. Les
circonstances politiques et militaires font que Paul Reynaud est certain d’obtenir son investiture.
Cependant, en ce 16 janvier 1941, ce n’est pas le résultat du vote qui va compter le plus, mais
ses modalités.
De son pupitre, Reynaud constate que les caméras des Actualités françaises libres sont bien
présentes et qu’il dispose d’un microphone de la Radiodiffusion française, qui retransmettra son
discours en direct sur Radio Alger.
Alors que les murmures s’éteignent tout à fait, le président du Conseil revoit en quelques
instants trente ans de vie parlementaire et de combats politiques, avec leurs victoires et leurs
défaites, avec surtout la vocation de servir le pays et quelques convictions bien arrêtées sur la
démocratie à la française. En 1924, déjà, il avait déclaré dans une interview au Temps : « En
France, le régime doit rester parlementaire parce que, fort différent des Allemands et des
Italiens, le Français a une individualité puissante. La surveillance policière inhérente aux
dictatures révolterait à coup sûr son tempérament et un gouvernement dictatorial, après l’avoir
aidé à sortir de ses difficultés, provoquerait fatalement des convulsions nouvelles fortdangereuses en raison des circonstances extérieures. Et puis les dictatures ne sont pas
éternelles et leurs suites peuvent être graves. » Ces propos avaient tout d’un avertissement au
regard des événements récents et de la tentative de coup d’Etat politique étouffée dans l’œuf en
juin précédent.
Grâce au ciel, à ses convictions et à l’aide de quelques grands patriotes, la volonté de se
battre, un moment vacillante, a été la plus forte. Mais la prise de conscience progressive qu’il a
failli craquer sous le poids de la situation continue à le tarauder, tout comme, assourdie mais
toujours présente, la douleur du deuil subi le 6 juin avec le décès d’Hélène de Portes.
Alors qu’il se retrouve à présent dans la position unique de donner une seconde chance à
cette République presque brisée par la défaite militaire, si décriée par une partie des Français et
même de son personnel politique, Reynaud songe que cette deuxième chance est aussi la
sienne, celle du rachat et de la possibilité de laisser dans l’histoire une autre image que celle de
la défaite subie et de l’effacement évité de justesse.
Cette nouvelle chance, il est bien décidé à la saisir, pour la France, pour les Français et pour
lui-même. Réformer tout en combattant, combattre tout en réformant, réunir tous les Français,
libres ou sous l’Occupation, leur redonner des raisons d’espérer dans leur pays et leurs
institutions, voilà le programme qu’il va présenter aux hommes qu’il a contribué à réunir en ce
lieu. Loin de la prétendue « révolution nationale » prônée actuellement, sous la botte de
l’Occupant, par certains « politiciens fourvoyés » (selon l’appellation officielle), il s’agira au moins
d’une Refondation républicaine.
Monsieur le Président de l’Assemblée nationale,
Messieurs les élus de la République,
La France est engagée dans une guerre totale. Par le fait même, l’enjeu de cette guerre
totale est un enjeu total. Vaincre, c’est tout sauver. Succomber, c’est perdre tout…
[…]
Alors même que nous sommes réunis à Alger et que la plus grande partie de nos
compatriotes souffrent sous le joug ennemi, nous sommes aujourd’hui les seuls
dépositaires de l’espoir du peuple français. Car nous sommes les élus de la République
et à ce titre, il incombe à chacun d’entre nous de clamer au monde que nous sommes
la France, une France bien vivante qui a refusé la défaite et l’abandon, une France qui
se bat, une France éternelle qui malgré les épreuves et les souffrances a commencé à
redresser la tête.
[…]
Mais ce combat se livre aussi sur le terrain de nos institutions. Nous sommes ici réunis
pour les réformer et nous avons commencé. Cette nouvelle Assemblée issue de la
représentation nationale démocratiquement élue en est la preuve éclatante.
[…]
Français de Métropole, peuple prisonnier ! Français de toutes origines et de toutes
opinions ! Je vous l’affirme, tous nos efforts n’ont qu’un seul et unique but, que nous
poursuivrons jusqu’au bout quelles que soient les difficultés : faire qu’un jour prochain
tous les Français soient libres et qu’à nouveau, selon le serment spontanément prêté
par tous nos soldats, le drapeau tricolore flotte sur Paris et toutes les villes de France !
[…]
Peuples de l’Empire français ! Je veux vous dire ici toute la gratitude du gouvernement
de la République dont vous avez accueilli l’honneur et les armes. Le Peuple de France,
vous le savez, n’oubliera jamais ce qu’il doit à ses frères, et surtout à ses frères
d’armes. […]
Voici, Messieurs les élus de la République, les enjeux des jours, des semaines et des
mois à venir et ce que je vous propose pour libérer la France et forger ensemble, avec
et pour tous les Français, d’abord les armes de la victoire, ensuite un avenir commun.Vive la République, vive la France !
Des applaudissements éclatent alors dans tout l’hémicycle. On peut même voir certains
parlementaires chenus, blasés par de longues années de combat politique, acclamer le discours
de l’ex et prochain président du Conseil. Sans doute cette large approbation de façade
cache-telle quelques prudents replis tactiques chers à la politique d’assemblée et la simple conscience
que ce n’est pas au milieu du gué qu’on change de monture. Cependant, dans l’esprit de la
plupart des parlementaires, le rappel des valeurs républicaines et l’appel à la mobilisation de la
nation en exil ont fait mouche. Leur soutien est sincère.

17 janvier, 10 heures, Alger, villa des Glycines – Paul Reynaud a réuni ce matin Dominique
Leca, Louis Marin et Georges Mandel. La réunion porte sur la suite des opérations
parlementaires.
Après l’investiture de la veille (obtenue à la quasi-unanimité, seules vingt voix ont manqué),
l’annonce de la composition du gouvernement doit être faite vers 14 heures. Mais ce n’est pas la
composition du nouveau ministère qui préoccupe le président du Conseil et ses proches
conseillers.
– Il nous faut créer de nouveaux usages, demande Reynaud. N’oublions pas que notre
réforme constitutionnelle est en théorie provisoire. Certains des parlementaires qui viennent de
voter mon investiture vont tout faire pour reprendre leurs mauvaises habitudes. C’est pourquoi il
nous faut marquer les esprits. Messieurs, quelles mesures à portée symbolique pouvons nous
prendre ?
Louis Marin relève la tête :
– Il nous faut d’abord souligner, lors de la présentation du gouvernement, que le président du
Conseil ne prend pas de portefeuille, à l’inverse de la pratique de jadis. Il faut faire comprendre
que cette décision tend à renforcer sa prééminence au sein du gouvernement. En général, notre
action doit chercher à renforcer l’autorité de la présidence du Conseil face au Parlement de
façon irréversible.
– Très bien, approuve Reynaud. Je pense par ailleurs qu’il est nécessaire de clarifier le rôle du
président du Conseil et du gouvernement dans la conduite de la guerre ainsi que leurs relations
avec l’état-major des armées. Je dois rencontrer prochainement de Gaulle, qui a demandé à me
voir à ce sujet.
Georges Mandel dissimule un petit sourire. Sur un sujet régalien aussi sensible, la réunion
entre le « connétable » et son parrain en politique promet d’être intéressante. Il relance alors le
débat sur le contenu des travaux de la session parlementaire : « Louis et moi-même avons
approché les groupes politiques sur les différents projets dont nous avons déjà discuté :
validation des ordonnances prises par les gouvernements successifs ; modalités du contrôle
parlementaire de l’action gouvernementale ; examen de la situation budgétaire de la France ;
organisation de l’effort de guerre en Afrique du Nord et dans le reste de l’empire ; situation de la
Métropole ; préparation de la consultation « de type constitutionnel » qui sera organisée à la
libération du pays. »
Après avoir évoqué ces questions, Paul Reynaud insiste sur un point qui lui tient à cœur : « Je
vous rappelle, Messieurs, que cette consultation devra avoir lieu au véritable suffrage universel,
sans distinction de sexe. Sur le sujet du vote des femmes, je ne transigerai pas, c’est pour moi
un principe fondamental et non une modalité comme, par exemple, le vote obligatoire. A ce titre,
il nous faudra bien trouver à terme un moyen de l’inscrire dans la constitution. Le moment me
paraît propice pour faire revenir la France dans le cercle des nations modernes. Je pense que
nous devrions obtenir un consensus ou à tout le moins une majorité pour ce projet de simple
bon sens. »
Louis Marin est moins confiant : « Nul doute, Monsieur le président du Conseil, que le Grand
Déménagement ait quelque peu fait évoluer les esprits. Mais nous ne pouvons qu’espérer que le
bon sens soit enfin devenu la chose la mieux partagée de notre monde politique… »
15 heures, Alger, Présidence de la République – Le nouveau gouvernement Reynaud est
présenté officiellement. Presque identique au précédent, il n’en projette pas moins d’importantes
évolutions politiques.
Deux changements à signaler : le départ de l’amiral Darlan (qui, en quatre mois, a réussi à se
rendre insupportable à un bon nombre de ses collègues, à la satisfaction discrète de De Gaulle)
et l’arrivée de Marius Moutet. Darlan est censé avoir donné sa démission de plein gré pour
rejoindre un état-major interallié. Il est remplacé à la Marine par Henry de Kérillis (dont les
fonctions se limiteront en pratique à la marine marchande). Ce dernier est remplacé aux
Colonies par Marius Moutet – mais il n’y a plus de ministère des Colonies, un ministère de la
France d’Outre-Mer le remplace ! Ce changement symbolique a peut-être plus d’importance
réelle que le départ du Grand Amiral.
Par ailleurs, on sait aujourd’hui que de Gaulle a tenté de faire entrer au gouvernement comme
ministre de l’Air, à la place de Laurent-Eynac, le maire de Louviers, Pierre Mendès France.
Celui-ci a refusé, expliquant qu’il doit à ses concitoyens qui souffrent en France occupée de
continuer à se battre dans l’armée de l’air, comme il le fait depuis un an. Il obtient finalement six
mois de « sursis ».
LE GOUVERNEMENT REYNAUD DU 17 JANVIER 1941
Président du Conseil :
Paul Reynaud (AD)

Vice-Présidents du Conseil :
(1)Léon Blum (SFIO) (Ministre des Affaires étrangères)
Georges Mandel (Ministre de l’Intérieur)

Ministres :
Ministre d’Etat : Edouard Daladier (PRS)
Ministre d’Etat : Louis Marin (FR)
Ministre de la Défense nationale et de la Guerre : Charles de Gaulle
Ministre de la Marine : Henry de Kérillis
Ministre des Finances : Vincent Auriol (SFIO)
Ministre de la France d’Outre-Mer : Marius Moutet (SFIO)
Ministre des Armements : Raoul Dautry
Ministre du Travail : Jules Moch (SFIO)
Ministre de la Justice : Albert Sérol (SFIO)
Ministre de l’Air : Laurent Eynac (PRS)
Ministre de l’Education nationale : Yvon Delbos (PRS)
Ministre des Anciens combattants et des pensions : Albert Rivière (SFIO)
Ministre de l’Agriculture : Paul Thellier (AD)
Ministre du Ravitaillement : Henri Queuille (PRS)
Ministre des Travaux publics : Louis-Oscar Frossard (USR)
Ministre de la Santé publique et de la Famille française : Georges Pernot (FR)
Ministre des Postes, Télégraphe, Téléphone et Transmissions : Alfred Jules-Julien
(PRS)
Ministre de l’Information : Jean Zay (SFIO)
Ministre du Commerce et de l’Industrie : Albert Chichery (PRS)
Sous-secrétaires d’Etat :
Sous-secrétaire d’Etat à la vice-Présidence du Conseil : Robert Schuman (PDP)
Sous-secrétaire d’État aux Affaires étrangères : Roland de Margerie
Sous-secrétaire d’Etat à la Guerre et à la Défense nationale : Philippe Serre (PDP)
Sous-secrétaire d’Etat aux Approvisionnements militaires : Pierre Cot
Sous-secrétaire d’Etat aux Travaux publics : André Février (SFIO)
Sous-secrétaire d’Etat à l’Enseignement indigène : Marius Dubois (SFIO)
18 janvier, Alger – Une des dernières propositions du « comité des sages » chargé de la
révision constitutionnelle concernait le traitement des cas non prévus par cette dernière pour
éviter une paralysie préjudiciable à la bonne marche des institutions. Le comité a proposé la
mise en place d’une Commission constitutionnelle consultative chargée de proposer des
solutions pratiques et conformes au droit public français. Elle pourrait être saisie par le
Gouvernement comme par les membres du Parlement.
Après des tractations serrées, la création de cette commission est aujourd’hui entérinée. Elle
sera composée de neuf membres, soit quatre juristes spécialistes des questions
constitutionnelles, quatre représentants du Parlement désignés par son président dans quatre
groupes différents et un membre nommé par le gouvernement. Le président de la commission
sera désigné parmi les quatre juristes par le président de la République.
Bien que cette commission n’ait pas de pouvoir décisionnaire, le gouvernement comme les
représentants des partis s’accorderont de manière informelle pour s’en remettre à ses avis en
cas de problème.
La commission (souvent appelée la « CCC » par les parlementaires comme par les ministres)
tiendra sa première séance le 20 janvier. René Cassin sera son premier et unique président. Le
représentant du gouvernement sera René Capitant. Le secrétariat général sera assuré par
(2)Michel Debré, nommé sur proposition de Louis Marin .
Très sollicitée en 1941, lors de la remise en route des institutions, la Commission aura moins
d’activité en 1942. Elle se bornera en 1943 et 1944 à des remarques et suggestions, avant de
s’autodissoudre comme elle aura travaillé : dans la discrétion. Mais cette discrétion ne saurait
faire oublier son rôle essentiel d’accoucheuse des futures institutions issues de la Libération.

18 janvier, 21 heures, Alger, bureau du ministre de la Guerre – Le ministre observe d’un œil
impénétrable le jeune homme intimidé qui se tient devant lui, raide comme un piquet et d’autant
plus gêné qu’il essaie de dissimuler les séquelles d’une blessure au bras reçue l’été précédent
sur le front alpin. Il ignore que c’est précisément cette blessure (et la combativité qu’elle
suppose) qui l’a fait choisir pour sa mission par le ministre (ou plutôt par le Général) parmi
d’autres jeunes inconnus licenciés en droit et diplômés de l’Ecole des Sciences Politiques
sélectionnés par Geoffroy de Courcel. Cette blessure – et le fait non négligeable qu’il soit sorti
major de sa promotion d’EOR à Saint-Cyr.

Sur un geste du Général, le jeune homme se pose au bord du fauteuil qui lui est désigné.
C’est bien sûr de Gaulle qui commence : « J’ai lu votre rapport. Intéressant. J’ai quelques
questions, mais j’aimerais que vous commenciez par en retracer les points essentiels. »
Le jeune homme s’éclaircit la voix, qu’il a nasillarde, ce qui le gênera durant toute sa carrière
politique : « Eh bien, mon général (le diplômé de Sciences-Po s’est informé, il sait que De Gaulle
préfère de beaucoup ce vocatif au réglementaire Monsieur le Ministre), l’enquête que vous
m’avez demandée il y a deux mois visait à analyser le mieux possible les forces politiques en
présence au sein de notre Parlement. Avec quelques collaborateurs, nous avons recensé ceux
qui sont aujourd’hui les 510 élus nationaux de la République. La plupart ont aussi accepté de
répondre directement à quelques questions. »Le jeune homme énumère alors les différentes formations de l’Assemblée, dominée par les 97
élus de la SFIO et les 76 du Parti radical. Le Général le coupe à plusieurs reprises, mais l’ancien
EOR joue trois-quarts aile au rugby et n’a pas l’habitude de se laisser décourager par un
placage ! Il achève en précisant qu’il y a « six non-inscrits traditionnels et surtout vingt-huit
parlementaires qui ont refusé de se reconnaître une appartenance politique pour la durée de la
guerre, se déclarant « patriotes » ou « Français » avant d’être hommes politiques ».
De Gaulle se redresse et, l’air agacé : « Savez-vous que c’est par eux que vous auriez dû
commencer ! »
Après quelques questions techniques, de Gaulle se lève, l’entretien est terminé. Le jeune
homme, qui a sauté sur ses pieds, ose alors : « Merci, mon général. J’aimerais vous demander
une faveur ! » Puis très vite, avant d’être foudroyé : « Je voudrais retourner en France, pour y
participer à l’organisation de la lutte clandestine. Je pense que ma double formation politique et
militaire me permettrait de bien réussir. »
Cette fois, une lueur amusée filtre des paupières du Général : « Intéressant. Nous verrons
cela. Parlez-en à Courcel, il vous rappellera. »
En sortant du bureau ministériel, Jacques Delmas arbore un grand sourire. Il est persuadé
d’avoir fait, à 25 ans, le premier pas d’une grande carrière politique. Cette brillante perspective le
console de penser qu’avec sa vilaine blessure au bras gauche, il est perdu pour le rugby. Tant
pis, il se consolera avec le tennis !

30 janvier, Alger, Assemblée nationale – La nomination du socialiste Marius Moutet à la
France d’Outre-Mer, entre autres, inquiète l’aile droite de la nouvelle Assemblée nationale.
Certains craignent de sa part trop de concessions aux indigènes, qui seraient préjudiciables à
l’unité de l’Empire et à son effort de guerre. De laborieuses tractations intergroupes aboutissent
à la désignation de trois missions de terrain qui partiront pour les principales colonies : AOF,
AEF et Indochine. Leurs rapports serviront de base aux discussions futures sur la ligne à suivre.
Reconstruire l’armée
4 janvier, Alger – Le Journal officiel annonce la nomination du général d’armée Eugène
Mittelhauser, ancien commandant en chef des forces françaises en Syrie et au Liban, libérateur
du Dodécanèse, comme nouveau résident général au Maroc. Outre que cette nomination permet
enfin à Auguste Noguès de se concentrer sur sa difficile mission de commandant en chef du
« théâtre d’opérations Méditerranée occidentale », nouveau nom du théâtre d’opérations AFN
depuis que celui-ci englobe la Corse et la Sardaigne, elle met surtout un point final au grand
remue-ménage qui a bouleversé le haut commandement de l’armée depuis six mois.
Le « Waterloo des étoiles », comme disent les initiés, s’est traduit par la mise à l’écart des
généraux vaincus et dépassés lors de la campagne de France, ou plus simplement des
généraux jugés trop âgés pour s’adapter à la guerre moderne (sans parler de ceux qui se sont
arrangés pour échapper au Déménagement). En revanche, Doumenc, Huntziger, Héring,
Besson, Noguès, Olry et les récents promus Altmayer, Frère et Blanc ont été appelés à de
hautes fonctions.
Il ne restait plus que Mittelhauser sans affectation. Son cas était le plus épineux : de Gaulle
tenait à l’écarter en raison de son âge (plus de 67 ans) pour faire de la place à des généraux
plus jeunes. Mais c’était un général vainqueur, espèce rare à ce moment ! Plus encore
peutêtre, lors des journées de juin, où tout avait failli basculer, son télégramme, avec d’autres, avait
aidé Reynaud à trouver le courage de tenir bon. Sa désignation au poste prestigieux de résident
général du Maroc est finalement une solution élégante à cette situation délicate – incidemment,
l’envoi à la frontière espagnole d’un général vainqueur est un discret rappel à Franco qu’il doit
faire passer son propre intérêt avant celui de ses amis de l’Axe…
21 janvier – L’Écho d’Alger :
UN GÉNÉRAL FRANÇAIS S’ÉVADE D’UNE FORTERESSE ALLEMANDE !
Dans la nuit du 19 au 20, une barque de pêche venant de la région de Nice a débarqué
en Corse un homme de 61 ans en civil, mais dont le maintien trahissait le vieux soldat
et même, pour les plus perspicaces, l’officier de cavalerie. L’homme s’est présenté au
quartier général des forces françaises dans l’île, à Ajaccio, comme le général d’armée
eHenri Giraud. Chef de la VII armée envoyée en Belgique, fait prisonnier alors qu’il
eallait prendre le commandement de la IX , ce grand soldat a réussi à s’évader de la
prison réservée par les Allemands aux prisonniers de marque, la célèbre forteresse de
Königstein. Pourtant, il a d’abord eu un peu de mal à se faire reconnaître, car pour
passer inaperçu, le général Giraud a dû raser sa superbe moustache, fameuse dans
toute l’armée. Cette ruse lui a apparemment permis de tromper sans trop de peine la
fameuse vigilance germanique pour glisser entre les doigts de ses geôliers, passer
d’Allemagne en France par l’Autriche et l’Italie, puis trouver le moyen de rejoindre la
Corse.
L’événement fera, c’est certain, le plus grand bien au moral de la troupe. L’armée
espère en tout cas mettre mieux à profit qu’en mai dernier son talent de
commandement.
Alger, ministère de la Guerre – De Gaulle fait venir d’urgence de Corse à Alger le général
Giraud. Outre ses réelles qualités militaires, les conditions rocambolesques de son évasion,
même si le récit livré au public est truffé de contre-vérités, font du personnage un héros idéal
pour la propagande et bientôt les aventures du général évadé sont reprises par tous les journaux
alliés. Pour la presse américaine, c’est bien sûr un excellent sujet d’article, mais on évite de peu
une grave difficulté. Le général Giraud a bien retrouvé son uniforme, son képi étoilé et sa culotte
de cheval, mais il refuse de se faire photographier sans sa moustache ! C’est un costumier du
théâtre d’Alger qui sauve la situation grâce à un magnifique postiche fait sur mesure…

25 janvier, Alger, bureau du président du Conseil – Les deux hommes se serrent la main
avant de prendre place à la table de conférence. Il y a de l’estime et du respect, mais aussi du
non-dit, dans ce singulier duo, qui a vu se succéder le mentor en politique et son protégé, le
fragile chef du gouvernement qui a failli renoncer et le sous-secrétaire d’état qui a dit « non »,
puis aujourd’hui l’inamovible président du Conseil et son ministre de la Défense et de la Guerre.
Reynaud observe de Gaulle qui s’assied, l’air toujours un peu embarrassé par sa taille. Le destin
a mis sur son chemin plusieurs incarnations du « connétable » : le « Colonel Motors » expliquant
le rôle des divisions cuirassées, la « plume » avisée du député Paul Reynaud pour les questions
de défense, le pourfendeur des conformismes – « Il est vrai que, parfois, les militaires,
s’exagérant l’impuissance relative de l’intelligence, négligent de s’en servir ! » –, le patriote sans
concession face aux jeux parlementaires, le partisan sans faille de la guerre, le ministre débutant
mais au langage parfois mordant… L’homme du renouveau de la France ?
Les deux hommes vont analyser un document si secret qu’il n’en existe que deux exemplaires,
pour le moment en leur seule possession. Epais d’une trentaine de pages, il s’intitule sobrement
(3)« Rapport sur la conduite de la guerre, 1939-1940 ». Pour le moins explosif, il tente de
répondre à une question simple : comment, en mai-juin 1940, en l’espace d’un mois, l’armée
française, connue et redoutée de toute l’Europe depuis Rocroi au moins, a-t-elle subi la plus
écrasante défaite jamais essuyée par une nation dans les temps modernes ? Une défaite si
totale qu’elle a failli conduire le pays à la plus humiliante des capitulations et que seul l’exil
outremer a permis la poursuite de la lutte.
Charles de Gaulle n’a laissé à personne le soin de rédiger les conclusions.
– Ce rapport n’épargne personne, Monsieur le ministre, observe Reynaud. Et vos réflexions ne
seront pas du goût de tout le monde.– Cet examen de conscience était une obligation, Monsieur le président du Conseil. Il est
nécessaire de porter le fer dans la plaie. Il nous faut accepter le fait que beaucoup des acteurs
de notre défense, dans l’armée comme dans le personnel politique, ont failli, plus ou moins
gravement, soit collectivement soit individuellement.
Comme vous avez pu le voir, le rapport s’articule en trois parties : la première traite de la
préparation de la guerre, la deuxième des défaillances dans la conduite des opérations, la
troisième de notre réarmement moral qui a marqué les combats dès mi-juin et jusqu’au dernier
jour. En guise de conclusion, je… ce rapport [Reynaud a un sourire, mais ce lapsus du Général
ne lui apprend rien] préconise certaines orientations pour la suite de la guerre et pose enfin la
question : la France est-elle encore une grande puissance ?
Un bref silence s’installe, et c’est Reynaud qui reprend :
– Ce rapport contient de nombreux sujets explosifs, Monsieur le ministre. Mais aucun ne l’est
autant, je pense, que la question de l’autorité supérieure capable d’arbitrer les conflits
d’attributions et les divergences d’intérêts dans la conduite de la guerre.
– Le sujet est politique, Monsieur le président du Conseil, et ce rapport est militaire. Mais j’ai
en effet une proposition, qui ne vise qu’un but : assurer la clarté et l’efficacité de la conduite de la
guerre. Pour cela, en respectant l’esprit sinon la lettre de la loi de 1938, il nous faut une autorité
unique regroupant l’ensemble des acteurs de la guerre d’un point de vue civil et militaire et
dirigée par un arbitre qui exerce effectivement sa fonction. A priori, ce rôle est le vôtre, Monsieur
le président du Conseil. L’évolution que vous souhaitez donner à la définition de votre fonction
va dans ce sens. Mais vos obligations sont déjà suffisamment lourdes sans y ajouter des
fonctions auxquelles, par la force des choses, vous ne pourriez consacrer suffisamment de
temps. C’est pourquoi il vous faut déléguer cet arbitrage et la direction de cette autorité. Le
titulaire de cette délégation me paraît naturellement devoir être le ministre de la Défense
nationale.
– Autrement dit, vous-même, mon général, observe Reynaud, abandonnant l’officielle
appellation « Monsieur le ministre ».
– En effet, tant que vous m’honorerez de votre confiance, Monsieur le président du Conseil.
Je propose de remplacer la coordination prévue par les textes de 1938 par la subordination des
ministères de la Guerre, de l’Air, de la Marine, de l’Armement et des Colonies (pour sa partie
militaire) au ministère de la Défense nationale. Ainsi, en réunissant sous une même autorité les
différents responsables de l’armement, nous pourrons mieux maîtriser et rationaliser l’effort de
conception, de construction et de mise à disposition des moyens nécessaires aux forces
armées.
Reynaud sourit, à moins qu’il ne grimace :
– Cette conception est loin d’être partagée par le monde politique.
– Il n’est pas question d’attenter au principe du contrôle de l’Armée par le pouvoir civil,
réplique de Gaulle. En tant que membre du gouvernement, je suis en pratique un civil, comme le
montre le fait que, malgré mon grade, j’ai autorité sur des officiers du plus haut rang. Il n’est
même pas question de réduire le rôle des membres de l’Assemblée. Face à la centralisation du
pouvoir exécutif, le regroupement des commissions permanentes de l’Assemblée en une seule
permettrait au pouvoir législatif d’exercer tout son contrôle.
– Je vous suis, approuve Reynaud. Mais il y a le possible et le souhaitable…
– Eh bien, Monsieur le président du Conseil, le souhaitable est résumé dans cette note.
Le Général remet alors à Paul Reynaud une note intitulée « De la direction générale et de la
direction militaire de la Défense ». Celle-ci comporte sept courts articles, portant notamment que,
si la politique de la Défense est définie en Conseil des ministres, les décisions en matière de
direction générale de la Défense sont arrêtées en Conseil de Défense nationale et que les
décisions en matière de direction militaire de la Défense sont arrêtées en Conseil de Défense
nationale restreint. De plus : « Sous l’autorité du président du Conseil, le ministre de la Défense
nationale exerce la direction générale et la direction militaire de la Défense. »Paul Reynaud parcourt rapidement le document :
– Il va falloir travailler sur ce texte pour le rendre acceptable par l’Assemblée. En attendant, je
ferai en sorte de clarifier la situation du ministre de la Défense nationale par rapport aux autres.
Je vous demande cependant, en attendant que le de facto devienne de jure, de mettre les
formes nécessaires.
Il soupire, avant de lancer, sur un ton plus détendu :
– Pour l’heure, comment va l’armée française ?
– Sa réorganisation suit son cours. La remise en ordre du ministère de la Guerre est presque
terminée. Le manque de personnel aidant, les nombreuses directions d’armes existant avant
guerre ont été fusionnées en deux branches, direction du Personnel et direction du Matériel,
placées sous l’autorité du chef d’état-major de l’armée de terre. Nos forces terrestres organisées
se limitent pour l’heure à seize divisions réparties dans le bassin méditerranéen. Mais bien
d’autres sont en voie de constitution ou reconstitution, notamment nos deux premières nouvelles
divisions cuirassées. J’ai personnellement veillé à ce que les leçons de 1940, en Norvège, en
France ou en Libye comme dans le Dodécanèse soient enseignées à tous les échelons du
commandement. Le cas échéant, comme vous le savez, les mesures qui s’imposaient ont été
prises.
Paul Reynaud le sait en effet : Limoges étant par la force des choses indisponible, certaines
bourgades du fin fond algérien, marocain ou tunisien, voire d’Afrique noire, ont connu une
affluence record ces temps derniers.
– Mon général, vous avez dit tout à l’heure, je crois, que si l’organisation faisait défaut,
l’importance des relations personnelles devenait primordiale et la personnalité des décideurs
essentielle. Pensez-vous, à propos de décideurs, que le général Huntziger soit aujourd’hui
l’homme de la situation ?
– Le général Huntziger n’a pas démérité. Sa conduite durant les terribles semaines de
juinjuillet est digne d’éloges. Il a organisé avec un grand courage le repli de nos forces et son action
depuis lors pour réorganiser notre armée est exemplaire.
– Je n’en disconviens pas, mais malgré ses qualités, c’est un homme marqué par la défaite et
qui en est partiellement responsable. Vous lui avez permis d’être l’acteur de sa propre
rédemption, il y est parvenu, mais à l’heure d’espérer reconquérir le territoire national, il doit
maintenant passer la main. Je commence à vous connaître assez pour savoir que vous devez
déjà avoir en tête quelques noms. A qui pensez-vous pour le poste de chef d’état-major général
– c’est-à-dire, si je vous suis bien, de commandant en chef des armées françaises ?
Sans plus de coquetteries, de Gaulle hoche la tête : « C’est exact, Monsieur le président du
Conseil, j’y ai songé. La liste n’est pas longue. »

31 janvier – Article en une de L’Echo d’Alger :
LE VAINQUEUR DE LIBYE NOMMÉ CHEF D’ÉTAT-MAJOR GÉNÉRAL DE LA DÉFENSE
NATIONALE
Le porte-parole de la Présidence du Conseil a annoncé hier, 30 janvier, la nomination
du général Noguès comme Commandant en chef des armées françaises. […]
Auguste Paul Charles Albert Noguès est né le 13 août 1876 à Monléon-Magnoac
(Hautes-Pyrénées). […]
Il assume en 1939 les fonctions de commandant en chef du théâtre d’opérations
d’Afrique du Nord.
De fin juin à fin août 1940, il prépare puis dirige l’offensive française en Libye italienne,
qui conduit à la première grande victoire des forces alliées dans cette guerre.
La nomination à sa tête de ce grand soldat victorieux, dont les actions depuis mai 1940
(4)ont renforcé la résolution de la Nation , sera accueillie avec joie par les troupes de laFrance combattante. […]
Le général Huntziger, précédent commandant en chef des armées, a été nommé
inspecteur général des armées auprès du commandant en chef. […] Le président du
Conseil a remercié le général Huntziger pour le travail effectué depuis sa prise de
fonction dans les dramatiques circonstances de juin 1940. « Dans les pires moments,
vous avez su accepter des sacrifices immenses pour sauvegarder l’âme même de la
Nation », a ajouté M. Reynaud. […]
La Collaboration se cherche une force armée
2 janvier, Paris – Les Français qui ont joyeusement réveillonné ont eu raison, ils n’auront plus
guère le choix désormais. En guise de cadeau le Nouvel An, le ministère du Ravitaillement leur
offre en effet des cartes d’alimentation, que chacun n’appellera jamais que cartes de
rationnement. Elles ne concernent que le pain, les pâtes alimentaires et le sucre, mais
l’ensemble des denrées alimentaires seront progressivement touchées avant la fin de l’été. Et
l’on verra bientôt apparaître les « cartes de chauffage » (pour le charbon) et les « cartes de
textiles » (pour les vêtements).

6 janvier, Paris – Au ministère de la Défense du NEF (portefeuille détenu par Laval lui-même),
la fin de 1940 a été consacrée aux opérations de démobilisation et de dissolution de l’armée. Il
s’agit notamment de confirmer la démobilisation effectuée par le gouvernement d’Alger juste
avant la fin des combats en métropole. Hitler a bien voulu accorder à Laval le 21 août, lors de
l’entrevue de Montoire, que les centaines de milliers d’hommes concernés (les chiffres les plus
vraisemblables sont de l’ordre de 800 000) ne seraient pas faits prisonniers, mais rendus à la vie
civile – ce qui arrange bien le Reich : qui donc, sinon, aurait fait tourner les usines au profit de la
Wehrmacht ? Qui aurait cultivé le blé pour des récoltes dont l’Allemagne doit prélever la part du
lion ? Il semble même qu’un certain nombre d’authentiques prisonniers aient pu bénéficier de ce
petit arrangement.
Cependant, malgré la présence massive de la Wehrmacht et les rodomontades du
gouvernement Laval et de ses milices – doriotiste, déatiste ou lavalo-darnandiste (le Sonef) – les
premières manifestations de résistance active, spontanées ou suscitées par Alger, ont eu lieu
dès l’automne 1940 : sabotages, tracts et journaux clandestins, voire tentatives d’attentat. Pour
s’opposer à ces « menées factieuses inspirées par l’étranger », les seules forces militaires, au
sens strict, dont dispose le NEF en ce début d’année sont les unités en cours de dissolution, en
principe désarmées, et la gendarmerie. Les services de Laval ont tout juste commencé à
recruter pour la Force de Sécurité du Territoire (FST) concédée par l’armistice du 20 août des
généraux et des officiers supérieurs. Mais les postulants ne s’empressent guère et nombre de
pressentis se dérobent. Il est vrai que la FST n’a rien de très attrayant. Dans l’accord d’armistice,
les Allemands ne lui ont accordé qu’un effectif de 80 000 hommes (des engagés exclusivement)
avec un matériel réduit au minimum. Cette sévérité s’explique par trois préoccupations.
– Empêcher que la FST puisse jamais devenir l’équivalent d’une Reichswehr, c’est à dire une
école pour les cadres et pour les spécialistes d’une armée française reconstituée dans un avenir
aussi imprécis que redouté.
– Priver la FST des moyens d’agir, ouvertement ou clandestinement, contre les forces
d’occupation, ou de se joindre efficacement aux unités alliées susceptibles de débarquer.
– Lui donner cependant un gabarit adéquat pour mater une révolte populaire, forcément
d’inspiration communiste. La FST doit être en mesure de faire face victorieusement à toute
situation de ce genre – mais à rien d’autre.
La bataille de l’informationer1 janvier, Alger – La Radiodiffusion nationale inaugure la nouvelle année avec une émission
appelée à connaître un retentissement extraordinaire, « Les Français parlent aux Français ».
Diffusé tous les soirs, de 20 heures à 20 h 30, donc à l’heure du dîner, ce programme veut
devenir le truchement d’un dialogue permanent entre le gouvernement et ceux qui continuent la
guerre outremer, d’une part, et les autres, combattants ou non, d’autre part, qui, du fait des
circonstances générales ou individuelles, par choix, par devoir ou, quelquefois, par malchance,
sont demeurés sur le sol métropolitain.
« Les Français parlent aux Français » réunit les talents les plus divers, parfois les plus
inattendus, ce qui lui confère un ton sans précédent. Il mêle des nouvelles qui complètent les
trois journaux quotidiens de Radio Alger, des propos à bâtons rompus, des clins d’œil, de l’ironie
dans la veine des chansonniers – voire une dérision qui puise à la tradition du surréalisme, de la
contre-propagande et, bientôt, des « messages personnels » à l’attention de la Résistance. De
temps en temps, l’un des membres du gouvernement – parfois même le général de Gaulle –
accepte de se prêter dans la bonne humeur à une interview.
L’indicatif de l’émission – quatre coups de timbale roulés sur le rythme de l’ouverture de la
Cinquième Symphonie de Beethoven, suivis de l’annonce « Ici Alger, les Français parlent aux
Français » – demeurera à jamais dans la mémoire nationale et l’inconscient collectif.

11 janvier, Alger – Méditerranée/Bahr al Shami (bulletin confidentiel du Haut Comité
méditerranéen, rédigé par le professeur Charles-André Julien)
Fête du Sacrifice – Dans un long sermon diffusé sur Radio Alger, Cheikh Tayeb
elOkbi, éminent théologien réformiste, a rendu hommage aux pèlerins de La Mecque,
ainsi qu’à la République et aux marins français du paquebot Sinaïa, qui, malgré les
dangers de toute sorte et le long détour par le cap de Bonne-Espérance, ont tout fait
pour que le pèlerinage se déroule dans les meilleures conditions.
On se souvient que Cheikh el-Okbi, saint homme épris de progrès, s’était écarté de la
vie publique après que certains éléments [Ch.-A. Julien s’abstient de nommer ces
éléments, à savoir la police coloniale et les confréries maraboutiques] eurent tenté de le
discréditer par une fausse accusation de meurtre contre le mufti Kahoul. Il a repris
espoir en ce monde après les récentes réformes qui tendent à faire des musulmans
des citoyens à part entière.
L’impression de supériorité spirituelle, l’économie de ses discours et la hauteur de ses
vues l’ont fait de nouveau apparaître comme une des intelligences les plus nobles du
monde islamique. Il a construit son sermon sur la sourate 60 du Coran : « Dieu ne vous
interdit pas d’être bons et justes… » Il a opposé l’humanisme de la République, ouverte
à toutes les races et à toutes les croyances, à la brutalité des régimes totalitaires qui
persécutent aujourd’hui les Juifs, demain les chrétiens, et enfin tous ceux qui ne
partageront pas leur dogme impie. Autant que par le fond, son discours a fait
impression par la forme, en un arabe classique très pur que peu de lettrés musulmans
manient avec autant de maîtrise. Il est heureux que la cause de la liberté ait trouvé un
orateur dans l’Islam capable de rivaliser avec Chekib Arslan à Genève ou Hajj Amin
alHusseini à Bagdad, dont les affinités avec l’Axe sont bien connues.
12 janvier, Alger – Tenue à jour par les services de Jean Zay, avec l’aide de la Défense et de
l’Intérieur, la liste de la presse clandestine comprend maintenant vingt-six titres. Quatorze d’entre
eux ont déjà publié au moins trois numéros, voire quatre ou cinq. Trois journaux, Combat,
Libération et Franc-Tireur, semblent s’être assuré une diffusion quasi nationale. Ils paraissent
liés à des mouvements, eux aussi clandestins, de résistance à l’occupant et au pouvoir de Laval,
qui n’ont pas encore pris contact avec Alger. Combat relèverait d’une droite patriote alors que
Libération a sans doute des liens avec le syndicalisme non communiste. Franc-Tireur, lui, se
situerait dans la mouvance de la gauche de la SFIO.
16 janvier, Alger – Sur l’ordre de Jean Zay, la censure autorise Havas Libre et Radio Alger à
mentionner une rumeur qui circule dans les « milieux autorisés » : le gouvernement préparerait
un projet de loi « portant confiscation de droit, immédiate et sans indemnité », dès la libération
de la France métropolitaine, des « journaux parisiens qui auraient continué de paraître après le
31 août 1940 sous l’égide de l’autorité de fait se disant Nouvel Etat français ».
La dépêche d’Havas Libre précise que, dans une première rédaction, le texte ne visait que
« les journaux continuant à paraître à Paris ». Mais Georges Mandel, aussi rancunier que
Clemenceau, s’en serait ému. Il aurait exigé que le projet soit revu afin que sa formulation
englobe Le Temps, toujours publié à Lyon.
Communiste et résistant !
27 janvier, Limoges – Georges Guingouin, instituteur et membre du Parti communiste, pose
avec ses camarades de cellule les bases d’un mouvement de Résistance face aux réquisitions
allemandes de biens de toutes sortes, transmises par le canal de l’administration Laval. Il crée
ainsi au cœur d’un parti déjà clandestin (le PC est officiellement interdit depuis le pacte entre
l’Allemagne et l’URSS) un mouvement lui-même clandestin.
C’est qu’en France occupée, les communistes sont encore plus mal à l’aise que les autres
Français : ils ne savent plus sur quel pied danser ! En septembre, une délégation de second
rang du PC a même demandé aux autorités d’occupation de permettre à L’Humanité de
reparaître. A Moscou, Maurice Thorez, relayé en France par Jacques Duclos, a décrété que le
gouvernement Reynaud était un ministère bourgeois appuyé sur des social-traîtres (la SFIO) et
que le salut devrait venir de la seule classe ouvrière internationaliste. Mais depuis que
l’Allemagne a mis en place un gouvernement français à sa dévotion (dont les messages de
Thorez ne font pas mention), les camarades de base commencent à trouver bien amère la pilule
que les cadres du Parti veulent leur faire avaler.
Mis au courant le jour même de l’initiative de Guingouin, Jacques Duclos décide de fermer les
yeux, au nom de l’unité du Parti. Pour l’instant, il ne veut rien savoir des « initiatives
petitesbourgeoises » ou « naïvement nationalistes »… quitte à les récupérer au moment opportun.
Blitz sur Malte et Tunis
12 janvier, Méditerranée occidentale – Le déploiement des forces de l’Axe en vue de
l’opération « Merkur » et des attaques aériennes contre Malte et la Tunisie est en voie
d’achèvement. Le total est impressionnant. La LuftFlotte II, qui rassemble trois FliegerKorps
totalisant 968 chasseurs et bombardiers, plus 500 transports, une très grande partie de la Regia
Aeronautica (soit près de 800 avions), 137 000 hommes représentant notamment l’élite de
l’infanterie de l’Axe (parachutistes et troupes de montagne), plus (en théorie) tout ce que la
Regia Marina peut mettre en ligne…

18 janvier, Oran – Après la destruction d’une partie de la flotte italienne à Tarente en août, le
Duce avait exigé une réaction adaptée, en employant les bombardiers à long rayon d’action
SM.82 Marsupiale – même si, comme l’avait souligné un amiral, « cela ne pourrait être que de la
toute petite monnaie rendue sur une grosse pièce », car seuls dix ou douze de ces gros
trimoteurs étaient disponibles, au mieux.
Gibraltar avait déjà été attaquée le 17 juillet, mais de nuit. Deux nouvelles attaques n’avaient
donné que des résultats si modestes qu’ils ne semblaient pas valoir la peine de recommencer.
En décembre, Alexandrie avait été bombardé, mais là encore, de nuit, et sans résultats
tangibles.
Il avait alors été décidé qu’une opération analogue serait tentée sur Oran, mais de jour. Ducoup, la planification de l’opération avait tenu plus d’une tentative de record que d’une opération
militaire. En effet, si la distance entre l’aérodrome où étaient basés les trimoteurs et Oran était
loin d’être excessive par rapport aux possibilités des Marsupiale, le bombardement ne pouvait se
faire que dans des conditions assurant à la fois bonne visibilité et (relative) impunité. Pour la
visibilité, il fallait du beau temps et pour la visée comme pour la navigation, un vent aussi faible
que possible. Pour l’impunité, il fallait une approche et un repli dans des conditions minimisant
les risques d’interception, donc arriver par un chemin détourné et repartir sous le couvert de
l’obscurité, ce qui déterminait l’horaire de toute l’opération.
Le 18 janvier, les hommes du lieutenant-colonel Muti réussissent un quasi-sans-faute : quatre
SM.82 bombardent Mers el-Kébir au coucher du soleil, incendiant un cargo chargé de
pneumatiques. Bel exploit, mais le succès est surtout de propagande. La Marine française est
précisément en train de déployer autour d’Oran des moyens de détection électro-magnétiques
(entendre des radars) qui rendront impossibles ce genre d’incursions diurnes par surprise.

e19 janvier, début du « Blitz Malte-Tunis » – Le X FliegerKorps et la Regia Aeronautica
commencent à pilonner Malte et à attaquer les aérodromes français autour de Tunis et Bizerte
de façon systématique. En réalité, ces bombardements sont un prélude (et une diversion) à
l’opération « Merkur », pour laquelle la Luftwaffe va accomplir un effort majeur, malgré les pertes
très sensibles subies lors de la campagne de France et de la bataille d’Angleterre. Plusieurs
eFliegerKorps vont participer aux combats, mais seul le X est pour l’heure engagé au-dessus de
Malte et de la Tunisie. Il compte 274 avions (113 chasseurs Bf 109 et Bf 110 et 161 bombardiers
Ju 88, He 111 et Ju 87 Stukas) déployés en Sicile.
La Regia Aeronautica va consacrer le tiers de ses effectifs aux opérations contre Malte et la
Tunisie : près de 200 chasseurs (Fiat G.50 et Macchi MC.200) et près de 300 bombardiers
(principalement SM.79 et Fiat BR.20). Mais les chasseurs italiens sont dépassés, et parmi les
bombardiers, seuls les SM.79 donnent vraiment satisfaction (surtout comme avions torpilleurs).

20 janvier, Malte et Tunis – Les bombardements de l’Axe s’intensifient. Heureusement pour
les Alliés, plus de 60 % des attaquants sont des appareils italiens et moins de cent chasseurs
sont des Bf 109 – mais ceux-ci sont redoutables au-dessus de Malte, notamment les nouveaux
109F.

25 janvier, Malte et Tunis – Les attaques aériennes s’accentuent. Les chasseurs de l’armée de
l’air et de la RAF sont mis à rude épreuve, mais réussissent à maintenir un rapport
victoires/pertes favorable de 2 à 3 pour 1. L’Amirauté britannique, craignant une opération de
l’Axe visant à isoler la Méditerranée orientale, ordonne au porte-avions HMS Illustrious,
stationnant à ce moment à Gibraltar, de retourner à Alexandrie.

30 janvier, Malte – Pendant que Malte est la cible d’un violent raid de bombardement, le HMS
eIllustrious est attaqué à l’est de l’île par plus de 25 Stukas du X FliegerKorps. La chasse de
Malte est trop occupée à se défendre pour aider le porte-avions et les Fulmar embarqués sont
incapables de franchir l’escorte des bombardiers en piqué. Le vaisseau est touché six fois.
Cependant, si les Fulmar sont de médiocres chasseurs, l’Illustrious possède un excellent pont
blindé. Les dégâts sont importants, mais le porte-avions parvient à se réfugier à Tripoli.

31 janvier, Athènes – Le général Ioannis Metaxas meurt dans son lit. Mi-Premier ministre de
Georges II, mi-dictateur, il mesurait pleinement le risque de guerre avec l’Italie et il était
fermement décidé à s’opposer aux exigences de Mussolini. Néanmoins, il avait quelque peu
freiné le rapprochement de son pays avec les Alliés.
Georges II nomme Alexandros Koryzis Premier ministre. Celui-ci, au contraire de son
prédécesseur, est prêt à accepter que la Grèce prenne l’initiative des opérations contre l’Italie…
D’autant plus que le royaume doit ainsi récupérer le Dodécanèse, dont les Alliés ont chassé lesItaliens l’automne précédent.
« Bloody Keren »
Début janvier – Quatre fronts encerclent l’Afrique orientale italienne.
eAu nord, c’est l’offensive indo-australienne. Les soldats de la 4 division indienne viennent, au
bout de trois jours de combat, d’enlever Agordat, avant-poste sur la route de Keren – Keren, clé
de voûte de la défense du nord de l’Africa Orientale Italiana.
Au nord-ouest, c’est l’offensive belgo-indienne. L’objectif premier du général belge Ermens est
de fixer le plus possible de troupes dans la région de Gondar pour empêcher les Italiens de
renforcer Keren.
Au sud, l’offensive anglo-sud-africaine se déroule à la fois du côté de la Somalie italienne (à
l’est, le long de la côte de l’océan Indien), et du côté du Kenya occupé (à l’ouest, autour du lac
Rudolf – aujourd’hui Turkana). Comme ailleurs et plus qu’ailleurs même en Afrique orientale, les
combattants doivent faire face à d’énormes difficultés logistiques.
A l’est enfin, c’est l’offensive franco-britannique. Après son transfert du Liban en Egypte et son
eengagement en Libye, la 86 DIA a marqué un temps pour se rééquiper et se renforcer avant de
prendre par bateau le chemin de Djibouti, où elle a débarqué début décembre. Elle sera
soutenue par deux régiments de tirailleurs sénégalais et par les forces britanniques débarquées
eà Berbera, au Somaliland reconquis. En face, la 40 division d’infanterie Cacciatori d’Africa est
soutenue par plusieurs brigades d’infanterie coloniale, appuyées par une trentaine de blindés et
de l’artillerie. Enfin, comme partout sur le théâtre d’opérations éthiopien, le ravitaillement est
essentiel. Et la principale artère logistique dans la région est la ligne de chemin de fer Djibouti,
Dire-Dawa, Addis-Abeba, exploitée par la vénérable Compagnie ferroviaire d’Ethiopie.

6 au 20 janvier – Aux abords de Keren, la vitesse d’exécution des troupes du Commonwealth
commandées par le général Platt a permis de déloger de leurs avant-postes des Italiens
dépassés par la guerre de mouvement qui leur a été imposée. Cependant, devant une position
défensive de cet acabit et les moyens que l’état-major italien a engagés, la guerre de
mouvement va se transformer en une guerre de positions digne de 14-18. La propagande
italienne a curieusement baptisé Keren le « Gibraltar de l’Erythrée ».
Le 7, l’attaque de Keren commence ! Les éléments les plus rapides de la force Gazelle, les
chars du 4th Royal Tank Regiment, tentent de pénétrer dans la vallée du Dongolaas. Ils sont
arrêtés par les éboulements provoqués par les Italiens, qui ont aussi miné le passage. Platt n’a
pas le choix, l’infanterie va devoir déloger les troupes italiennes des positions dominantes
qu’elles occupent.
ePendant une semaine, chaque attaque de la 10 brigade indienne du général Slim est suivie
d’une contre-attaque adverse et chaque fois, au terme de plusieurs heures de lutte d’un grand
acharnement, marquées par de nombreux corps à corps, Italiens et Erythréens parviennent à
éviter l’effondrement de leurs lignes et repoussent les troupes indiennes. Les pertes sont
importantes de part et d’autre.
Bloody Keren, Keren la Sanglante, comme l’ont baptisée les Britanniques, n’a pas fini de
mériter ce surnom.
Le général Platt prépare une nouvelle attaque, avec un puissant soutien d’artillerie et de
eblindés, pour enlever le pic Briggs et le mont Sanchil ; la 4 division indienne est en pointe.
erL’attaque est lancée le 16 en début de matinée. Dans l’après-midi, le 3/1 Punjab s’empare (à
nouveau !) du pic Briggs. Mais le 17, le mont Sanchil, enlevé en début de matinée, est repris
dans la soirée par une contre-attaque des grenadiers de Savoie.
eLe 19, Platt décide de regrouper ses forces avant de poursuivre les attaques. La 6 DI
australienne ne devrait pas tarder à le rejoindre. De plus, il attend l’arrivée par le nord-est de laForce Briggs, qui s’est taillé un passage le long de la côte.
Le 20, inspectant le front, le général Wavell constate dans son rapport à Churchill que « Keren
se révèle être une position beaucoup plus difficile à contrôler que nous ne l’avions prévu.
L’ennemi n’a pas cessé de contre-attaquer avec ténacité, même au prix de lourdes pertes. A ce
jour, il n’y a pas de signe d’un quelconque affaiblissement de la défense italienne ».

23 janvier – En Somalie italienne, au contraire, l’interrogatoire des prisonniers après à la chute
de Kismayu montre au général Cunningham et à son état-major que le moral des Italiens est
très bas. Les documents saisis trahissent leur désarroi devant la vitesse d’exécution de
l’offensive alliée et révèlent que les défenseurs de la région n’ont aucun renfort à attendre du fait
des multiples axes d’attaque alliés depuis le 15 décembre 1940. Cunningham décide donc de
franchir la Juba au plus vite et de ne pas laisser à ses adversaires le temps de souffler.

24 janvier – Indiens, Australiens et Sénégalais de la Force Briggs atteignent un carrefour à 25
kilomètres au nord-est de Keren. De là, la route se dirige vers Keren au sud-ouest et vers le port
de Massaoua au sud-est. Les Italiens de Keren – qui n’ont déjà plus guère de réserves – vont
être obligés de répartir les défenseurs entre les deux secteurs.

25 janvier – Sur le front est, les forces venues de Djibouti ont atteint El-Bah, dernière gare
avant Dire-Dawa. C’est là que le général Varda a décidé de livrer bataille avec le gros de ses
troupes, deux régiments d’infanterie et deux brigades coloniales. Les combats commencent
dans la soirée.

27 janvier – Le commandement britannique a organisé une nouvelle attaque convergente des
edéfenses de Keren. La 4 division indienne connaît quelques succès, mais ne parvient pas à
econserver les positions conquises. Du côté de la 5 , les destructions et les pièges incendiaires
empêchent la progression des chars alliés. Cependant, stimulés par l’énergie de leur chef, les
hommes de Slim réussissent à s’emparer de la position Dologorodoc, au sud de Keren.
Au Kenya, le commandement italien, se sachant dans une situation sans espoir, capitule. En
Somalie italienne, après une approche difficile, la position italienne de Jumbo capitule
également. Les troupes alliées marchent alors sur Mogadiscio le long de la mer, appuyées par la
Royal Navy.

28 janvier – Sur le front est, la bataille d’El-Bah tourne en faveur des Français. Les restes des
troupes italiennes ne peuvent plus barrer la route de Dire-Dawa.

29 janvier – Devant Keren, malgré leurs efforts, les troupes australiennes sont arrêtées au col
d’Anseba. Dans le même temps, les Italiens s’efforcent à nouveau, sans succès cette fois, de
reprendre Dologorodoc. Au fil des attaques, des défenses et des contre-attaques sous une pluie
d’obus britanniques, les troupes italiennes vont bientôt cesser d’exister sans avoir jamais
craqué…

31 janvier – Le Kenya est entièrement reconquis. Cependant, la dégradation des conditions
climatiques interdit de poursuivre les opérations.
eEn Somalie italienne, en fin de journée, les premiers éléments de la 11 division est-africaine
entrent sans rencontrer de résistance dans Mogadiscio.
Sur les autres fronts
2 janvier, îles Kerguelen – Alors qu’il quitte son mouillage, le corsaire allemand Atlantis
rencontre le chalutier armé Aspirant Brun. Il coule sans mal le petit bateau, mais le capitaine ducorsaire, Rogge, se sait repéré. Or, son navire, endommagé par son échouage de décembre, ne
peut s’enfuir très vite…

7 janvier, Casablanca – En milieu de matinée, l’aérodrome de Medounia est le théâtre d’une
cérémonie qui marque le retour, après de longs mois de réorganisation, du groupe de chasse
I/10 au statut opérationnel. Mais cette cérémonie revêt un caractère exceptionnel : de nombreux
invités de prestige sont présents, à commencer par le général de Gaulle, ministre de la Défense
et de la Guerre, et le général Sikorski, Premier ministre du gouvernement polonais,
(5)accompagnés de nombreux hauts gradés. Le GC I/10 Wielkopolskie est en effet le premier
groupe de chasse entièrement polonais au sein de l’armée de l’air ; il est déjà riche de trois as.
Pour le général Sikorski, ce jour signifie enfin la concrétisation des accords qu’il avait signés en
janvier 1940 avec le gouvernement Daladier – c’est si loin déjà !

8 janvier, au sud de l’Afrique du Sud – Alors qu’il tente de gagner l’Argentine, le corsaire
Atlantis est repéré par l’hydravion du Dumont-d’Urville. L’aviso lui-même est encore loin, mais le
croiseur lourd HMS Cumberland est tout proche. Alerté, il apparaît vers midi dans les jumelles
des vigies allemandes et approche rapidement. Rogge doit se résoudre à saborder son navire.
Son équipage et ses prisonniers, dont de nombreux Français, sont récupérés par les marins du
croiseur.

22 janvier, La Rochelle – Précédant les Dandolo et Alfredo Cappellini (qui arriveront les 23 et
24), le sous-marin italien Malaspina entre dans le port de La Rochelle à 18 heures GMT. Le
Malaspina et le Dandolo ayant coulé chacun un cargo allié au cours de leur croisière, les
epremiers bateaux du XI groupe de sous-marins de la Regia Marina fêteront dans leur base
provisoire (ils ne s’installeront à Bordeaux, encore en pleins travaux, que fin février) leurs
premiers succès atlantiques. Mais ce sera sans le Glauco, qui ne donnera plus de nouvelles.
Atlantique Sud – Repéré par un hydravion de patrouille venu de Casablanca, le Laté 521
Lieutenant-de-vaisseau Paris, le ravitailleur allemand Nordmark est intercepté par la Gloire, l’un
des croiseurs français déployés dans l’Atlantique Sud à la suite de la bataille des îles du
CapVert. Canonné, le ravitailleur stoppe et tente de se saborder, mais une équipe de marins français
le prend littéralement à l’abordage. Il sera (difficilement) remorqué jusqu’à Dakar. Découvrant
alors son rôle dans les opérations de l’Admiral Scheer, la Marine Nationale va décider d’en faire
« cadeau » à la Royal Navy. Le Nordmark est un vapeur moderne, bien équipé pour le
ravitaillement à la mer. La Royal Navy le remettra en service un an plus tard, rebaptisé HMS
Captain Fegen VC – du nom de l’homme qui s’était sacrifié avec son navire, le HMS Jervis Bay,
en affrontant le Scheer pour sauver un convoi.

31 janvier, Bagdad – Sous la pression des Anglais et du Régent, le Premier ministre Rachid
Ali démissionne. Taha Pacha devient Premier ministre. Cependant, ce changement ne
décourage ni les nationalistes irakiens ni les services allemands et italiens qui ont entrepris –
encore sous forme de promesses – de les aider.
N o t e s
(1) En pratique, Paul Reynaud continuera de jouer un rôle majeur dans la conduite des
Affaires étrangères.
(2) Le jeune Debré aura ainsi moins de temps à consacrer au cabinet de De Gaulle, mais il
semble que celui-ci appréciera d’être informé en direct des délibérations de la CCC.
(3) SHAT Vincennes : série 1P, ouverte à la consultation en 2000. L’original de l’un des deux
documents y est conservé sous série 27N pour les archives du GQG (09/1939-08/1940).
(4) Les services de la censure ont remplacé « gouvernement » par « Nation ».(5) C’est-à-dire « Grande-Pologne » : les groupes d’aviation polonaise dans l’armée de l’air
seront tous baptisés du nom d’une des provinces (ou voïvodies) polonaises en souvenir de la
patrie occupée.Chapitre II
FÉVRIER 1941
La Corse envahie
er1 au 7 février – Le Blitz Malte-Tunis se poursuit. Le commandement allié se doute que cette
offensive aérienne prépare quelque chose : une attaque amphibie dirigée contre Malte ?
Peutêtre, mais comme les écoutes révèlent l’installation dans le nord de l’Italie et le sud de la France
de nombreuses escadrilles de la Luftwaffe, la vraie cible pourrait bien être ailleurs… Hélas, en
attendant, il faut bien accepter le combat.
Les défenseurs de Malte et de la Tunisie, bien qu’inférieurs en nombre, se défendent
énergiquement, infligeant aux aviations de l’Axe des pertes deux à trois fois supérieures aux
leurs. Néanmoins, il faut qu’Anglais et Français redéploient des unités pour les renforcer. Ainsi, le
GC II/6 (20 D-520), basé à Calvi-Sainte Catherine, et le GC III/13 (20 Hawk-75A4), basé à
eCagliari-Elmas, se redéploient aux alentours de Tunis. Le X FK et les unités de la Regia
Aeronautica qui bombardent la Tunisie vont encore souffrir, mais cela signifie que la Corse et la
Sardaigne sont dégarnies : le plan allemand fonctionne.
C’est dans cette période difficile qu’arrivent en renfort de nouveaux pilotes fraîchement
émoulus de l’Ecole de chasse de Meknès. Parmi eux, les premiers pilotes d’origine « indigène
d’Algérie » !

e e8 février, Corse et Sardaigne – Les IV et VIII FliegerKorps, appuyés par la Regia
Aeronautica, commencent à attaquer les aérodromes de Corse et de Sardaigne. Le commandant
en chef de l’opération aérienne est le feld-maréchal Albert Kesselring. Entrent ainsi en jeu plus
de 300 chasseurs et 400 bombardiers.
Trop souvent négligée par des historiens influencés par les témoignages allemands, la Regia
Aeronautica va assurer à la Luftwaffe un appui important, puisqu’elle aligne dans l’opération 200
chasseurs, 220 avions d’appui léger et 280 bombardiers, soit près de la moitié des forces
aériennes italiennes. La plus grande partie du reste participe au Blitz Malte-Tunis, qui se
prolonge.
Alger – A l’Etat-Major français, on a des soupçons, mais que faire ? A toutes fins utiles,
l’Amirauté décide de concentrer à nouveau ses moyens en Méditerranée. L’escadre déployée à
Gibraltar et les croiseurs envoyés dans l’Atlantique vont devoir rentrer à Mers el-Kébir et Alger.

9 au 12 février – L’énorme supériorité aérienne allemande sur le « front des îles » produit
progressivement son effet. Le radar britannique d’alerte avancée installé près du Monte Cinto est
totalement détruit par des Ju 87 après trois jours d’attaques répétées. En Corse, les aérodromes
(1)de Calvi-Sainte-Catherine, Bastia-Poretta et Solenzara sont neutralisés ; Ajaccio (Campo
dell’Oro) et Bonifacio restent seuls opérationnels. En Sardaigne, Decimomannu est neutralisé.
En revanche, si des raids quotidiens se poursuivent sur Malte, ceux sur Tunis se raréfient, leur
fréquence tombant à un bombardement tous les deux ou trois jours.

13 février – Espérant profiter d’un effet de surprise pour limiter la réaction de la Luftwaffe, une
centaine de bombardiers français LeO-451 et DB-7 sont lancés dans une tentative téméraire
pour attaquer les terrains de l’Axe dans la zone Viterbo-Grosseto. Le bombardement est
relativement réussi : les pistes et installations subissent des dommages assez sévères ; mais lesbombardiers sont durement châtiés par la flak et les chasseurs.

14 février – Les opérations offensives de l’Axe connaissent 24 heures de trêve, pour
réorganisation et ravitaillement. Les avions de reconnaissance du GR II/33 détectent une
concentration de petits bâtiments sur la côte italienne et autour de l’île d’Elbe.

16 février – Peu après minuit, deux croiseurs légers et cinq contre-torpilleurs français entrent
en mer Tyrrhénienne et bombardent Porto Ferraio (île d’Elbe), détruisant une partie de la flottille
de débarquement qui s’y trouve concentrée. Au matin, alors que les bâtiments traversent à
grande vitesse les Bouches de Bonifacio, ils sont attaqués par des Stukas mais parviennent à
s’échapper sans graves dégâts.
Dans l’après-midi, trois Bloch 174 du GR II/33 tentent d’évaluer les effets de l’attaque navale,
mais sont interceptés par des Bf 109F. Deux sont abattus ; le troisième, gravement endommagé,
parvient à rentrer. Son pilote, le commandant Antoine de Saint-Exupéry, est grièvement blessé.
Opéré à la clinique Saint-Georges d’Alger, il est sauvé de justesse.

17 février – A l’aube, la Corse et la Sardaigne sont envahies par la voie des airs par les
troupes de l’Axe. L’opération « Merkur » est lancée !
L’Axe a décidé d’engager la totalité de ses forces aéroportées, soutenues par des troupes
d’assaut d’élite. Le général Student dirige les opérations en Corse, le général Cavallero en
Sardaigne.
L’assaut initial est lancé par des troupes aéroportées. Côté allemand, 24 000 hommes
e e eappartenant à la 7 division aéroportée, à la 22 division aérotransportée et à la 5 division de
emontagne. Côté italien, la division aéroportée italienne Folgore et la 80 DI (aérotransportée) La
Spezia. La formation de ces deux unités a été poursuivie à marche forcée depuis six mois. Elles
rassemblent 16 000 hommes.
Les unités aéroportées allemandes vont prendre place à bord de 500 Ju 52 et sur des
planeurs. Les Italiens ne disposent que de 150 avions à peine, pour la plupart d’anciens
bombardiers et d’ex-avions civils plus ou moins adaptés à leur tâche.
Des troupes transportées par mer vont renforcer les aéroportés. L’OKW a désigné l’Alpenjager
e eKorps (30 000 hommes), composé de la 5 division d’infanterie légère, de la 4 division de
e emontagne et de la 52 division d’infanterie. Des éléments de la 5 Panzerdivision ont été
prépositionnés sur l’île d’Elbe, d’où ils sont prêts à être transportés vers la plaine orientale de
Corse. Le Regio Esercito a sélectionné six grandes unités italiennes (82 000 hommes) :
re e e e1 DI de montagne Superga, 4 DI de montagne Livorno, 44 DI Cremona, 26 DI de
emontagne Assietta et 54 DI Napoli, ainsi que le Groupement spécial de débarquement de
Chemises noires (quatre bataillons). De plus, la division blindée Ariete est en alerte, attendant
d’aller appuyer la reconquête de la Sardaigne.
Transporter la force de débarquement naval exige un certain contrôle de la Méditerranée
occidentale. Mais si la Regia Marina va tenter de prendre une revanche sur les Alliés, les
Allemands ne lui font guère confiance.
Par ailleurs, l’Axe manque de véritables navires de débarquement et de transports en général.
La plupart des troupes devront être transportées sur de petits caboteurs ou à bord de destroyers
et de torpilleurs. Les Allemands vont même utiliser une centaine de péniches fluviales
(françaises pour la plupart, mais aussi belges et hollandaises), transformées en bateaux de
(2)débarquement improvisés .

Face aux troupes d’élite de l’Axe, la défense de la Corse, commandée par le général
eMontagne, est assurée par la 81 division d’infanterie d’Afrique et le secteur défensif de Corse
(10 bataillons), plus trois compagnies de chars dépassés et un bataillon d’artillerie lourde. La
edéfense de la Sardaigne, commandée par le général Audet, est assurée par la 83 divisioned’infanterie d’Afrique, la 9 division d’infanterie coloniale, deux compagnies de chars dépassés et
un bataillon d’artillerie lourde.
Les différents aérodromes sont défendus par une DCA importante (pour l’époque).

En Corse, les premiers parachutistes et planeurs allemands ciblent Calvi, Bastia et Solenzara.
En Sardaigne, des unités aéroportées allemandes et italiennes descendent sur Olbia,
Decimomannu et Cagliari. Cette première vague est un succès partiel.
Corse – Les troupes chargées d’attaquer Calvi commencent mal : la courroie de remorquage
du planeur du général Süssmann, leur chef, se rompt au-dessus d’Elbe et l’appareil s’écrase.
Süssmann est brillamment remplacé par le général Alfred Sturm et l’assaut réussit : les
Fallschirmjägers repoussent les défenseurs et s’emparent de l’aérodrome. Dans l’après-midi, des
Ju 52 peuvent s’y poser, chargés de renforts.
A Bastia-Poretta, en revanche, le parachutage échoue ; les assaillants sont dispersés et
eranéantis par le 1 RTA.
A Solenzara enfin, les paras allemands sont repoussés hors du périmètre de l’aérodrome en
construction, mais réussissent à se maintenir dans la plaine malgré une contre-attaque soutenue
par neuf vieux chars légers R-35. En effet, les hommes du général Meindl disposent de canons
sans recul et détruisent sept des R-35, complètement surpris par ces armes.
Le général Montagne sait que ses réserves sont insuffisantes pour garantir l’écrasement des
deux têtes de ponts ennemies : il demande immédiatement des renforts à Alger.
Sardaigne – Le parachutage sur Olbia est parfaitement réussi, tandis qu’à Decimomannu, les
combats sont indécis et que l’attaque de Cagliari-Elmas échoue. Dans l’après-midi, la tête de
pont autour d’Olbia s’élargit, mais à Decimomannu, les hommes de la division Folgore sont
complètement encerclés. A Cagliari, les débris des troupes de l’Axe capitulent après avoir subi
près de 80 % de pertes. Seul un petit détachement s’échappe et gagne la montagne, commandé
par le colonel allemand Ramcke (détaché auprès de la division Folgore comme expert en
artillerie parachutiste).
Baie de Calvi, 23 h 50 – Le croiseur lourd Dupleix, les croiseurs légers Georges-Leygues et
Montcalm et quatre contre-torpilleurs, les Chevalier-Paul, Kersaint, Tartu et Vauquelin,
bombardent le terrain de Calvi.

18 février, baie de Calvi, 0 h 25 – L’escadre française quittant la baie aperçoit trois bâtiments
italiens qui arrivent en sens inverse. Ce sont les croiseurs légers Alberto di Giussano et Alberico
da Barbiano, suivis par le grand destroyer Luca Tarigo, qui doivent déposer 1 000 soldats de la
e5 division de montagne allemande avec leur équipement. A la fois surpris et nettement
inférieurs en nombre, les navires italiens sont anéantis ; du côté français, seul le croiseur léger
Georges-Leygues a été sévèrement touché, par une torpille du Luca Tarigo.
La même nuit, un convoi de l’Axe plus chanceux débarque des troupes et du matériel (dont
des chars légers Pz-35t) près de Solenzara, tandis qu’un autre convoi dépose des troupes de la
division Superga en Sardaigne.
L’aube trouve quatre des navires français loin au sud-ouest, hors de portée des avions
allemands, mais le Georges-Leygues, escorté par le Chevalier-Paul et le Tartu, se traîne à 9
nœuds. De 8 heures à 10 h 30, les trois bâtiments sont attaqués par trois vagues de Ju 87 et
Ju 88. Le Georges-Leygues, touché par cinq bombes de 500 kilos, coule à 9 h 20. Le
ChevalierPaul reçoit une bombe de 500 kilos et deux de 250 kilos ; il sombre vers 10 h 30. Le Tartu
parvient à repêcher les survivants et à s’enfuir sans mal.
En Corse, le général Montagne ordonne de contre-attaquer partout pour détruire ou au moins
eréduire les deux poches allemandes. Le général Arlabosse (81 DIA) envoie le commandant de
son infanterie divisionnaire, le général de brigade de Monsabert, diriger l’offensive contre
eSolenzara. Le 9 RTA, regroupé dans la nuit, passe à l’attaque à l’aube, mais ses troupes sont
bombardées de façon répétée par des Stukas venus d’Italie et mitraillées par des Fiat CR.42italiens utilisés comme avions d’appui rapproché. Dans cette zone, ce sont même les troupes de
l’Axe qui reprennent l’offensive et, soutenues par les chars légers débarqués la nuit précédente,
reprennent pied sur l’aérodrome.
Autour de Calvi, les parachutistes allemands ont réussi à prendre le contrôle du port mais,
manquant des équipements et des renforts qu’amenaient les croiseurs italiens, ils sont
incapables de percer, que ce soit au sud vers Ajaccio ou au nord-est vers l’Ile-Rousse.
En Sardaigne, le sud de l’île reste solidement contrôlé par les Français. En revanche, dans la
partie nord, entre parachutages et convois, les Italiens mettent à présent en ligne 8 000 hommes.
eA Alger, l’état-major français a immédiatement décidé l’envoi de renforts en Corse. La 13
eDBLE du colonel Koenig et la 27 division d’infanterie alpine du général Lhuillier reçoivent
immédiatement leur ordre de mouvement vers les ports d’embarquement.

19 février, Corse – Dans la nuit, un nouveau convoi italo-allemand débarque des équipements
près de Solenzara. Parachutistes et troupes de montagne contrôlent maintenant fermement
l’aérodrome. En revanche, leur tentative de progresser vers le nord, sur la route d’Aléria, est
repoussée.
En fin de matinée, des Maryland effectuent un raid surprise sur le terrain de Solenzara et
détruisent 27 avions de transport. Les pertes en transports sont si élevées depuis le début de
Merkur que Hitler ordonne d’aller chercher de vieux bombardiers dans les écoles de pilotage en
Autriche et de les déployer à Grosseto/Viterbe pour remplacer les Ju 52 détruits.
14 h 30 – Message du général Noguès, commandant en chef du théâtre de Méditerranée
occidentale, au général Montagne, commandant la défense de la Corse : « Offensive générale
nécessaire pour détruire la poche allemande de Solenzara avant qu’elle ne devienne trop
importante. »
15 heures – Du général Montagne au général Noguès : « Manquons d’artillerie et d’appui
aérien – Bombardement naval puissant requis pour lancer offensive avec chances de réussite. »
16 heures – Du général Noguès au général Montagne : « Action navale décidée pour nuit du
20 au 21. Préparez offensive générale à terre pour le 21. »
Par ailleurs, ayant appris que les Allemands avaient pu débarquer des chars légers en Corse,
de Gaulle en personne ordonne dans la nuit l’envoi d’une unité blindée ad hoc en renfort ; après
eétude des éléments disponibles, c’est la 2 division cuirassée qui fournira ces forces.

20 février, Ajaccio – Peu après minuit, des croiseurs et des torpilleurs français débarquent la
e emoitié de la 27 DI Alp et la 13 DBLE. Ces troupes doivent prendre position entre Corte et le col
de Bavella avant d’attaquer la plaine de Solenzara, à l’est ; Montagne a mobilisé tous ses
moyens de transport automobiles (et tous ceux qu’il a pu réquisitionner) pour accélérer leur
mouvement.
Corse et Sardaigne, 3 heures – Deux convois italiens débarquent des troupes à Calvi et à
Olbia.
Mer Tyrrhénienne, 6 h 30 – L’aviation française repère le convoi d’Olbia, qui se retire vers
l’Italie. Il est bientôt bombardé par des Martin Maryland. Attaquant avec témérité à hauteur de
mât, les bimoteurs coulent deux petits transports et le DD Ugolino Vivaldi ; la DCA du convoi abat
quatre Maryland.
Corse et Sardaigne – Dans la journée, l’armée de l’air lance contre les troupes de l’Axe, à
partir d’Alger et de Tunis, deux vagues de bombardiers escortés par des chasseurs venus
ravitaillant à Cagliari-Elmas et à Ajaccio-Campo dell’Oro. Des avions de reconnaissance vont
ensuite évaluer l’efficacité des bombardements.

Depuis le début de janvier, le lieutenant Mendès France, navigateur-photographe, fait
équipage avec le lieutenant Bernard Citroën, fils d’André Citroën et polytechnicien comme son
père, pilote et chef de bord, sur un Amiot 354 de reconnaissance basé à Tunis. Leur avion estsévèrement touché par la DCA en survolant la Corse. Les deux autres membres de l’équipage
sont blessés. Tous quatre se voient attribuer la croix de guerre. De plus, le lieutenant Citroën est
nommé chevalier de la Légion d’honneur. La citation de Pierre Mendès France à cette occasion
salue un « officier au courage et au sang-froid exemplaires, toujours volontaire pour les missions
les plus difficiles ».
« Je crois que j’ai payé ma place », écrira un peu plus tard Mendès France au capitaine de
Saint-Exupéry, hospitalisé à Alger depuis le 16 février.

Solenzara, 16 heures – Les troupes du général de Monsabert, renforcées par les canons de
155 GPF du détachement d’artillerie lourde de Corse, arrivés de Bastia, sont reparties dès l’aube
à l’attaque de l’aérodrome. Le général Student envoie par radio à l’état-major de l’Axe un
véritable appel à l’aide : « Pertes lourdes – Possibilité de tenir la tête de pont de Solenzara
douteuse, sauf renforts importants d’ici 48 heures. »
Sardaigne – Les troupes françaises tentent de rejeter à la mer les parachutistes et les troupes
de montagne italiennes et allemandes, mais leur assaut est brisé par les attaques répétées de
Ju 87 et de Ju 88, très actifs malgré les pertes sévères infligées par la chasse française.
eBerlin, 18 heures – Hitler décide d’engager le V FliegerKorps. Cependant, il envoie dans un
premier temps cette grande unité au sud, pour relancer l’offensive contre Malte et Tunis et
empêcher l’armée de l’air de se concentrer au-dessus de la Corse, avant de l’engager dans
l’opération « Merkur » proprement dite.
Bouches de Bonifacio, 20 heures – Filant 28 nœuds, la Force de Raid de l’amiral Duplat,
composée des cuirassés rapides Dunkerque et Strasbourg, accompagnés de deux croiseurs
lourds, deux croiseurs légers et quatre contre-torpilleurs, s’apprête à contourner le cap Corse et
à passer entre Corse et île d’Elbe pour aller bombarder Solenzara et la tête de pont allemande.
Les vieux porte-avions Béarn et Eagle, escortés par sept torpilleurs, approchent des côtes
sudouest de la Corse pour fournir à l’escadre de bombardement une couverture aérienne après le
lever du jour.

21 février, au large de Solenzara, 3 h 30 – L’escadre française atteint sa position de tir. Le
bombardement est impressionnant. Les soldats allemands des troupes aéroportées et de
montagne qui encaissent le tir de seize 330 mm, seize 203 mm et dix-huit 152 mm parleront
longtemps de la nuit du « Grand Matraquage ». Le commandant de l’escadre a ordonné de
ralentir pour une meilleure précision et décide d’effectuer une seconde passe, d’encore plus près,
pour permettre aux 130 mm de l’artillerie secondaire des cuirassés de participer à la fête.
A ce moment, les contre-torpilleurs couvrant les cuirassés au large interceptent le convoi qui,
depuis le 17, transporte chaque nuit des troupes et de l’équipement de Porto Ferraio à
Solenzara. Les deux croiseurs légers et les quatre contre-torpilleurs l’attaquent aussitôt,
détruisant cinq des six torpilleurs qui escortent le convoi. Cependant, le sacrifice des escorteurs
distrait les Français assez longtemps pour permettre à la plus grande partie du convoi de se
réfugier près des côtes de l’île d’Elbe. Obstiné, le commandant du convoi décide de reprendre à
l’aube la route de Solenzara avec les transports survivants.
Au lever du jour, l’escadre française se retire à toute vitesse vers les Bouches de Bonifacio.
Cependant, le commandement allemand, évidemment averti durant la nuit par les appels de
détresse émis par le dernier poste à longue portée utilisable au QG de Student, lance une
attaque aérienne massive contre les navires français. Les deux premières vagues, dirigées
contre les cuirassés, sont repoussées par les Grumman G36A du Béarn et les Fulmar I de
l’Eagle, guidés par le radar de ce dernier, mais les reconnaissances allemandes ont repéré les
porte-avions.
Pendant ce temps, sous le commandement de Monsabert, les troupes françaises attaquent
eSolenzara à partir du nord (9 RTA) et de l’ouest (légionnaires de Koenig et chasseurs alpins de
ela 24 DBCA, tous débarqués à Ajaccio et passant par le col de Bavella).10 heures – La Luftwaffe monte une opération de renfort d’urgence pour Solenzara, rameutant
tous les transports disponibles. Mais cette opération, qui se fait sans escorte, ne passe pas
inaperçue des troupes françaises et Monsabert réclame un soutien aérien pour l’empêcher. Alors
que le combat aérien fait rage au-dessus de la flotte, le Béarn lance tout ce qui lui reste : ses
petits bombardiers Curtiss SBC-4. Ceux-ci arrivent au-dessus du terrain de Solenzara au beau
milieu de l’opération de ravitaillement. Après avoir lancé leurs bombes, les petits biplans
multiplient les passes de mitraillage, détruisant en tout plus de quarante des précieux transports.
e eMais il reste des ressources aux IV et VIII FliegerKorps, qui peuvent encore rassembler 55
Ju 88 et 65 Ju 87 escortés par plus de 50 Bf 109F. Les Ju 88 et la plupart des chasseurs se
concentrent sur la flotte, pendant que les Stukas se jettent sur les troupes françaises (que les
derniers chasseurs basés à Ajaccio, éprouvés par les durs combats des jours précédents, ne
peuvent guère protéger). Le général de Monsabert est blessé ; il est toujours conscient, mais trop
atteint pour empêcher ses subordonnés de le faire évacuer. Dans la confusion qui suit, une
bonne partie de l’élan de la contre-offensive se dissipe.
Pendant ce temps, les chasseurs défendant la flotte plient sous le nombre.
L e Strasbourg et le Dunkerque sont assez légèrement touchés et l’ Eagle est seulement
secoué par trois bombes qui l’ont raté de peu, mais le Béarn est gravement atteint. Le petit
porteavions est bientôt en flammes et il coule une heure plus tard. Pour les marins alliés, cette affaire
est un rappel brutal et coûteux (quoique salutaire pour l’avenir) du danger inhérent aux
opérations sous un ciel contrôlé par l’ennemi.
13 heures – L’escadre française traverse les Bouches de Bonifacio vers l’ouest.
A la même heure, le convoi italien de la nuit atteint les plages près de Solenzara. Il débarque
3 500 hommes, deux batteries d’obusiers de 150 mm et surtout 19 chars légers Pz-38t et Pz-35t.
C’est plus qu’assez pour arrêter la contre-offensive française et permettre aux forces allemandes
de reprendre l’après-midi, avec l’aide d’un nouveau raid massif de Stukas, une partie du terrain
concédé dans la matinée. Selon de nombreux historiens militaires, l’obstination ce jour-là du
commandant du convoi a sans doute sauvé la tête de pont.

22 février, Méditerranée occidentale – Le temps se détériore nettement sur toute la région, de
la Toscane à la Sardaigne : fortes chutes de neige sur les collines et les montagnes au-dessus
de 300 mètres. La météo réduit l’activité aérienne de l’Axe, entraînant une accalmie des
combats.
Corse – En fin d’après-midi, l’autre moitié de la division alpine engagée à Solenzara et un
groupe d’artillerie comptant 18 canons de 75 mm AA débarquent à Ajaccio… ainsi que des
journalistes américains, dont le déjà célèbre photographe Robert Capa. Montagne espère
disposer désormais d’assez de réserves pour pouvoir reprendre l’offensive contre l’autre tête de
pont ennemie, à Calvi.
Sardaigne – Les avant-postes italiens ont la surprise de voir surgir du brouillard matinal,
exténués mais glorieux, le colonel Ramcke et une vingtaine d’hommes. Après l’échec de
l’attaque de Cagliari-Elmas, ils ont traversé toute l’île du sud au nord en échappant aux
patrouilles françaises et en se nourrissant de mouton cru. L’exploit sera dûment célébré par la
propagande du Reich.
Méditerranée centrale – Mettant à profit le mauvais temps qui réduit l’activité aérienne de
l’Axe, le porte-avions Illustrious, endommagé en janvier, quitte Tripolis et retraverse le détroit de
Sicile sous une très forte escorte de l’armée de l’air. Il va recevoir quelques réparations à Oran
avant de se rendre à Gibraltar, puis dans un chantier naval américain (d’où il reviendra, une fois
remis en état, avec des Martlet à la place de ses Fulmar !).

23 février, Méditerranée occidentale – Sous le couvert du mauvais temps qui rend inutilisables
les terrains de Toscane, deux croiseurs légers et quatre contre-torpilleurs quittent Alger avec des
renforts pour Bastia, où ils arrivent au crépuscule. La Luftwaffe ne peut effectuer sur la Corse
que des attaques sporadiques à partir du terrain de Cannes-Mandelieu. L’armée de l’air, dont lesterrains en Afrique du Nord ne sont pas affectés, lance des raids contre les Allemands en Corse
et les Italiens en Sardaigne.
Le général de Monsabert est évacué par avion d’Ajaccio. Pendant ce temps, un nouveau radar
d’alerte avancée est installé dans les montagnes au-dessus d’Ajaccio.

24 février, Corse et Sardaigne – L’amélioration de la météo permet une reprise des attaques
de la Luftwaffe.
Les forces allemandes en Corse, grâce aux renforts des jours précédents, prennent
résolument l’offensive et lancent une attaque concentrique vers Bastia. D’une part, des troupes
venant de Calvi tentent de progresser vers l’est, sur la route côtière et à l’intérieur des terres ; de
violents combats éclatent à l’Ile-Rousse et à Belgodère. D’autre part, des troupes venant de
eSolenzara repoussent le 9 RTA, avancent vers le nord et atteignent Aléria, qui est enlevée au
crépuscule.
La nuit suivante, une escadre franco-anglaise (quatre croiseurs, deux contre-torpilleurs et
quatre destroyers) ratisse le sud de la mer Tyrrhénienne sans parvenir à intercepter un convoi
italien qui renforce et ravitaille les forces de l’Axe en Sardaigne. Ce convoi permet aux troupes
italiennes de consolider dans la journée leurs positions à partir de la côte nord-est.
eMéditerranée centrale – Le V FliegerKorps commence à opérer contre Malte et Tunis à partir
de bases en Sicile et près de Reggio de Calabre. Il compte 110 chasseurs et 170 bombardiers.

e25 février, Corse – Le 9 RTA, qui combat sans discontinuer devant Solenzara depuis une
esemaine, est attaqué par des chars et par les Stukas du IV FliegerKorps. Il perd pied et doit se
erreplier. Arlabosse réussit à reconstituer une ligne de défense avec le 1 RTA, mais plus au
nord, à Prunete-Cervione, 33 kilomètres au sud de l’aérodrome de Bastia-Poretta. Plus à l’ouest,
une tentative de coup de main pour enlever Corte, menée par des troupes venues d’Aléria, est
brisée par les chasseurs alpins qui couvrent la ville.
e eMéditerranée centrale – Les V et X FliegerKorps de la Luftwaffe mènent des raids aériens
massifs contre Malte, où sont maintenant basés environ 50 Hurricane de la RAF et 50 Hawk-81
de l’armée de l’air. Cette pression constante a son prix en avions abattus, mais elle empêche
l’envoi de renforts en Corse.

26 février, Corse – Les Allemands tentent de percer le long de la côte est, par
PruneteCervione. Au même moment, les troupes venues de Calvi poussent vers l’est par Belgodère, le
col de San Colombano et le col de Mutarano. Elles sont bloquées dans ce dernier col après
plusieurs heures de combat furieux dans les montagnes enneigées. Néanmoins, ce mouvement
aggrave le risque d’un encerclement de Bastia.

27 février, 3 h 35, devant Olbia – L’escadre franco-anglaise de l’amiral Moreau, menée par le
Dupleix, continuant à ratisser la mer Tyrrhénienne, surprend, grâce aux radars des vaisseaux
britanniques, des navires italiens qui déchargent près d’Olbia, en Sardaigne, des troupes et des
équipements. Quand l’escorte italienne aperçoit les attaquants, les premiers obus pleuvent déjà :
quatre cargos sont coulés et un cinquième doit être échoué. Les escorteurs eux-mêmes,
totalement surpris, sont pris à partie : le croiseur léger Armando Diaz et le grand destroyer Alvise
da Mosto sont coulés ; le destroyer Baleno doit être échoué. Les navires alliés sont pratiquement
indemnes.
Corse – Les forces allemandes percent à Prunete-Cervione et atteignent l’aérodrome de
Bastia-Poretta, qui tombe en fin de journée après de très violents combats. Les Stukas
bombardent avec acharnement les positions défensives des Français autour du terrain et à
Borgo. De plus, le génie allemand est parvenu à établir au nord d’Aléria une petite piste à partir
de laquelle des Fiat CR.42 AS commencent à opérer comme avions d’appui rapproché.
Au centre de l’île, le combat pour le col de Mutarano est féroce. Des unités allemandes venantde Calvi essayent de prendre à revers les défenses françaises en passant plus au nord, par la
route qui traverse le désert des Agriates. Elles sont arrêtées à 5 kilomètres de la petite ville de
Saint-Florent.
Sous la protection des avions du GC I/10, désormais basé à Ajaccio, des bâtiments français
débarquent 13 chars légers américains M2A4, précurseurs de la brigade commandée par le
lieutenant-colonel de Hautecloque (que ses hommes et la presse continuent d’appeler Leclerc).
Ils sont immédiatement envoyés à Corte
Sardaigne – Malgré l’écrasement du convoi de la nuit précédente, les troupes italiennes
es’efforcent de progresser vers le sud avec le soutien des Stukas du IV FliegerKorps et des
chasseurs-bombardiers italiens.

28 février, 0 h 15, Bouches de Bonifacio – Une flottille de cinq petits torpilleurs français venue
attaquer les bateaux italiens qui continuent d’apporter renforts et ravitaillement à Olbia tombe
dans une embuscade tendue par des vedettes rapides italiennes (MAS) et allemandes (S-boots).
La Pomone et La Flore sont foudroyés par plusieurs torpilles. L’Iphigénie, l’étrave brisée, doit être
sabordé, tandis que les vedettes disparaissent dans la nuit à toute vitesse.
Corse – Le temps continuant de s’améliorer, la Luftwaffe établit une présence permanente
audessus du nord de l’île, pendant que les petits chasseurs italiens d’Aléria effectuent des missions
d’appui rapproché.
Les troupes allemandes prennent d’assaut Saint-Florent, pendant que les Français se retirent
de la périphérie de Borgo et de l’aérodrome de Bastia-Poretta, pour établir une dernière ligne de
défense au col de Teghime et au sud de Bastia. Les unités qui défendaient le col de Mutarano se
replient vers Corte. De Gaulle demande que Bastia soit défendue le plus longtemps possible, afin
d’empêcher les Allemands de disposer tout de suite d’un port dans l’île (celui de Calvi n’est pas
équipé pour décharger de l’équipement lourd).
Au nord de Corte a lieu la première rencontre entre des chars français et allemands depuis le
début de la bataille de Corse. Six blindés allemands, des Pz-38t et 35t ex-tchèques, sont détruits,
contre deux M2A4 français.
Sardaigne – Pliant sous le nombre, les troupes françaises commencent à battre en retraite
vers le sud.
eItalie – Une partie du V FliegerKorps est redéployée de Sicile dans la région de Grossetto
epour compenser les pertes subies par le VIII Fliegerkorps. Ce mouvement réduit notablement le
rythme des opérations contre Malte et Tunis.
Les Balkans s’enflamment
15 février, Athènes – La visite d’Anthony Eden est couronnée de succès : le gouvernement
grec accepte de s’allier avec la France et le Royaume-Uni ! Les accords signés par Anthony
Eden, Roland de Margerie et le Premier ministre grec, Alexandros Koryzis, prévoient une
prochaine déclaration de guerre à l’Italie et une offensive des troupes grecques en Albanie.
L’entrée en guerre de la Grèce est l’aboutissement de longs mois d’efforts de la part des
diplomaties alliées pour créer un front balkanique et empêcher la Yougoslavie, la Grèce et la
Turquie de céder aux pressions de l’Axe, l’une après l’autre, sans combat. Nul doute néanmoins
que sans les victoires alliées en Libye et dans le Dodécanèse, témoins à la fois de la faiblesse de
l’armée italienne et de la détermination des Alliés, les Grecs n’auraient jamais osé franchir le pas,
même si Koryzis (comme Metaxas l’était avant lui) est persuadé qu’ils ne feront là que devancer
Mussolini… La promesse de la réunion à la Grèce des îles du Dodécanèse a aussi beaucoup
compté. Avant que, dans le cadre du règlement du conflit, un référendum n’entérine ce
changement de nationalité de l’archipel, Grecs et Alliés s’emploieront à le rendre inévitable par
diverses mesures administratives.
Sur le plan strictement militaire, des contacts secrets sont intervenus tout au long de l’hiver, àAthènes ou au Caire, entre gouvernements et entre états-majors, pour préparer l’entrée des
Grecs dans le conflit. Les Alliés et surtout les Britanniques ont promis un soutien d’envergure –
soucieux de trouver une zone d’engagement direct contre l’Axe pour employer les unités
australiennes et néo-zélandaises qui se morfondent en Egypte, Churchill s’empresse de prendre
la direction des opérations en Méditerranée orientale, tandis que les Français sont d’abord
préoccupés des actions de l’Axe dans le bassin occidental. Des officiers anglais ont accompli
plusieurs missions secrètes en Crète et en Grèce continentale, pour repérer les terrains
d’aviation utilisables, identifier les ressources logistiques locales et, par différence, les besoins
qu’il faudra couvrir de façon indépendante. Dès le début de février, des unités au sol de la RAF
ont commencé à débarquer discrètement en Crète puis sur le continent en vue du rapide
déploiement de squadrons de chasse et de bombardement. Un plan d’acheminement de forces
terrestres du Commonwealth a été étudié et les premières unités prévues sont mises en alerte le
jour même en Egypte en vue de leur rapide départ pour la Grèce dès le début des hostilités.
eSans attendre celui-ci, dès la signature des accords d’Athènes, la 39 escadre mixte française
s’envole pour la Crète et le transfert d’unités de la RAF vers la Grèce continentale commence, le
tout dans le plus grand secret.

19 février, Athènes – La Grèce, réagissant à une longue période de propos et d’actes hostiles
de la part du gouvernement et des troupes de Mussolini, déclare la guerre à l’Italie ! Le
gouvernement du roi Georges II concrétise ainsi l’alliance conclue quelques jours plus tôt
secrètement avec les Alliés.
reLe jour même, l’armée grecque déclenche l’opération « Poséidon ». Les forces de la 1
armée grecque pénètrent en Albanie. Des forces terrestres du Commonwealth sont attendues à
Athènes et la RAF déploie ouvertement en Grèce des squadrons de chasse et de
bombardement.
Rome – Ces événements bouleversent complètement le commandement italien et Mussolini.
Les unités italiennes attaquées sont prises au dépourvu, matériellement (tous les problèmes
d’équipement des troupes italiennes sont loin d’avoir été résolus) mais aussi
psychologiquement : l’idée était qu’un jour ou l’autre, ces forces attaqueraient la Grèce, et non
l’inverse ! Sans avertir Hitler, le Duce ordonne à la Regia Aeronautica de redéployer une partie
de ses forces vers la région d’Ancône pour soutenir l’armée engagée en Albanie.
Berlin – Finalement informé, Hitler est furieux, mais bien obligé de laisser son allié distraire une
partie des moyens aériens dévolus à l’opération « Merkur » vers ce nouveau front. « J’espère au
moins qu’il se montrera efficace, pour changer ! gronde-t-il. Mais il faut tout prévoir. Je suis sûr
qu’avec leur fourberie habituelle, les Anglais veulent passer par la Grèce, et peut-être par la
Yougoslavie, pour attaquer les puits de pétrole roumains ! Il faut les en empêcher à tout prix, j’ai
besoin de ce pétrole pour les plus grands de mes projets ! » Sur son ordre, l’OKW commence à
préparer une offensive dans les Balkans pour barrer la route de la Roumanie aux Alliés.
Londres – Churchill demande au gouvernement français d’envoyer des troupes renforcer le
déploiement britannique en Grèce : devant la menace sur la Corse, les Français ont en effet gelé
leurs plans initiaux et semblent assez réticents à disperser leurs maigres forces. Le Premier
britannique promet en échange toute l’aide de la Royal Navy pour défendre la Corse.

21 février, Albanie – Au troisième jour de l’opération « Poséidon », l’offensive en Albanie se
déroule de façon encourageante pour l’armée grecque. Le général Papagos a réussi à obtenir la
surprise stratégique, en attaquant un ennemi non préparé : malgré les alertes en provenance
des diplomates italiens en Grèce, la mobilisation de l’armée grecque n’a pas provoqué de
renforcements des forces italiennes en Albanie. Le commandement italien n’imaginait pas que
les Grecs puissent avoir des velléités combatives, et encore moins offensives, ni que quiconque
pourrait lancer des opérations militaires en hiver dans une zone montagneuse…
r e La 1 armée grecque, déployée à la frontière albanaise, concentre le gros des moyens
militaires du pays. Elle dispose de 16 divisions, dont 6 en pointe dans l’offensive. Face à elle, lesforces italiennes en Albanie comptent sept divisions d’infanterie moins puissantes que les
eformations grecques et la 131 DB Centauro ; pire : ces unités sont dispersées dans tout le pays.
Les Grecs disposent donc d’un rapport de forces favorable de l’ordre de 4 contre 1 sur leurs axes
d’attaque. Plus important encore, le matériel de l’armée grecque (tant l’armement individuel que
l’artillerie), sans être très en pointe, est de meilleure qualité que celui de son adversaire ; ses
principales lacunes (blindés, armement antichars), sont secondaires eu égard au terrain. Enfin,
les troupes grecques sont bien mieux habillées et équipées pour combattre sur ce terrain en
hiver. Le froid qui règne dans ces montagnes a conduit les forces italiennes à se regrouper dans
les vallées : les bataillons grecs, eux, manœuvrent sur les hauteurs, s’emparent des crêtes et
des sommets, et y déploient leur artillerie pour pilonner l’adversaire.
Partout, les premières lignes italiennes sont enfoncées…
Rome – Pendant 48 heures, peu d’informations précises sont arrivées quant à la situation sur
le front albanais, mais désormais les mauvaises nouvelles se succèdent et, au QG du Regio
Esercito, l’inquiétude le dispute à l’affolement. Les deux divisions de réserve prévues sont
immédiatement envoyées vers les ports et aéroports en vue d’un transfert en Albanie. Toutes les
unités alpines et de montagne sont mises en alerte. La marine et l’aviation, alertées elles aussi,
se préparent à effectuer de nombreuses opérations de transport.

22 février, Casablanca – Winston Churchill vient rencontrer Reynaud, Mandel et de Gaulle. Il
promet à nouveau le soutien de la Royal Navy aux forces françaises combattant en mer
Tyrrhénienne, mais réclame du renfort pour les forces grecques. Celles-ci repoussent peu à peu
les troupes italiennes d’Albanie vers la plaine côtière, mais il faut s’attendre à une réaction
ennemie. Le Premier Britannique souligne qu’une nouvelle victoire sur les Italiens serait d’un
immense intérêt pour les Alliés : la perte de l’Albanie après celles de l’Afrique orientale, de la
Libye et du Dodécanèse pourrait signifier la chute de Mussolini et la sortie de l’Italie de la guerre.
Et une fois éliminée l’armée italienne d’Albanie, l’organisation d’un front balkanique capable
d’immobiliser de nombreuses unités allemandes serait grandement facilitée…
Reynaud et Mandel se rendent à ces arguments. Ils acceptent que la France renforce le
contingent allié en Grèce en y envoyant un corps d’armée comprenant une ou deux divisions
d’infanterie et une division blindée. L’armée française conserverait encore en Afrique du Nord
quelques réserves opérationnelles, en plus des nombreuses unités en voie de reconstitution.
La Grande-Bretagne et le Commonwealth doivent également déployer en Grèce des forces
e esignificatives : quatre divisions d’infanterie, la 7 Armoured Division et le 7 Royal Tank
Regiment. Ce sera la British Expeditionary Force In Greece (BEFIG), commandée par le général
Maitland Wilson.
En tout, jusqu’à 120 000 hommes pourront être déployés pour soutenir l’armée grecque et, si
besoin, l’armée yougoslave. « Cette opération ne peut que nous faire penser à l’offensive menée
à partir de Salonique sous le commandement du maréchal Franchet d’Espèrey durant la
Première Guerre ! » remarque Mandel avec enthousiasme. De Gaulle insiste cependant sur la
efaiblesse du soutien aérien (seuls sept squadrons de la RAF et la 39 escadre mixte française
pourront être déployés), mais ce point est négligé devant la conviction de Churchill et de Mandel.

e23 février, Alger – L’état-major français alerte les forces du général Dentz, dont la 191 DIA, à
Beyrouth, tandis qu’en Afrique orientale, le général Legentilhomme est prévenu qu’il doit
e rerenvoyer dès que possible la 86 DIA en Méditerranée. La 1 division cuirassée du général
Welvert, basée près d’Oran, est elle aussi alertée.

26 février, Albanie – La situation des Italiens se détériore très vite, d’autant que les premiers
squadrons de la RAF déployés en Grèce, opérationnels depuis le 21 février, conquièrent
rapidement la supériorité aérienne, avec l’aide enthousiaste de l’aviation grecque.
Sur le front, les forces italiennes ont été obligées de battre en retraite en profondeur, pourtenter de réorganiser un nouveau front 40 ou 50 kilomètres à l’intérieur des frontières de
l’Albanie. L’annonce de ces victoires a déclenché des scènes de liesse à Athènes ! Les troupes
grecques poursuivent leur offensive…
Grèce – Les premières unités britanniques de logistique ont débarqué dès le 24, et ce sont à
présent les unités de combat qui arrivent.
Les Français, de leur côté, ont un léger retard. Le général Thierry, arrivé la veille à Athènes
afin de préparer matériellement l’arrivée des troupes françaises en Grèce, rend son premier
verdict : la Grèce est un pays pauvre et peu développé, ses rares ressources civiles ont été
utilisées par l’armée grecque lors de sa mobilisation ; l’armée française, comme l’armée anglaise
avant elle, ne peut compter sur aucun soutien logistique local et doit apporter avec elle tous les
matériels et véhicules nécessaires.
Le transfert des premières unités du Levant vers la Grèce commence immédiatement ;
cependant, en raison des événements en Corse, en Sardaigne et à Malte, l’acheminement de
troupes françaises à partir de l’AFN est pour l’instant interrompu.

28 février, Athènes – Toutes les forces alliées en Grèce sont placées sous les ordres du
général Alexandre Papagos, chef d’état-major et commandant en chef de l’armée grecque. Le
plan d’opération retenu vise avant tout à vaincre au plus vite les troupes italiennes et à conquérir
rel’Albanie. Cet objectif a été confié à la 1 armée grecque, forte de près de 400 000 hommes.
Elle est progressivement renforcée par les éléments britanniques débarqués : très vite, les
epremières brigades blindées de la 7 Armoured Division, puis les deux divisions d’infanterie du
eXIII corps.
Notes
(1) Les avions de reconnaissance allemands ont constaté qu’un aérodrome était en
construction à Solenzara, auparavant plutôt réputé pour ses marécages malsains. Les Alliés ont
en effet décidé d’améliorer les infrastructures aéronautiques de la Corse pour préparer une
offensive aérienne contre l’industrie italienne. Au moment de l’attaque, l’aérodrome n’est pas
terminé, mais bien assez avancé pour être utilisé par des avions pas trop exigeants.
(2) Ces péniches avaient été transformées en 1940 pour donner quelque réalité à la
préparation de l’opération « Seelöwe », le supposé débarquement en Angleterre.B I B L I O G R A P H I E
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