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Alors que 1 enfant sur 5, et 14 % de la population française en tout, vit sous le seuil de pauvreté, plus d’un tiers des Français pensent que les personnes en situation de pauvreté n’ont pas fait d’efforts pour en sortir. Pourtant, la France est le pays de l’OCDE qui consacre en proportion le plus d’argent à la lutte contre la pauvreté, d’autant que notre PIB ne cesse d’augmenter. Les populations les plus touchées – jeunes, personnes âgées, chômeurs, familles monoparentales et travailleurs pauvres – sont les plus exposées à la dissolution des liens sociaux. Devant ce constat, comment chacun d’entre nous se comporte-t-il ? Parce que la fraternité est, des trois valeurs de la République, celle qu’on invoque le moins, cet essai inédit aborde la question de la pauvreté sous l’angle du lien social. Comment une pauvreté aussi massive peut-elle devenir invisible, sinon parce que nous fermons les yeux ?
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EAN13 : 9782290125946
Nombre de pages : 76
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Présentation de l’éditeur :
Alors que 1 enfant sur 5, et 14 % de la population française en tout, vit sous le seuil de pauvreté, plus d’un tiers des Français pensent que les personnes en situation de pauvreté n’ont pas fait d’efforts pour en sortir. Pourtant, la France est le pays de l’OCDE qui consacre en proportion le plus d’argent à la lutte contre la pauvreté, d’autant que notre PIB ne cesse d’augmenter.
Les populations les plus touchées – jeunes, personnes âgées, chômeurs, familles monoparentales et travailleurs pauvres – sont les plus exposées à la dissolution des liens sociaux. Devant ce constat, comment chacun d’entre nous se comporte-t-il ? Parce que la fraternité est, des trois valeurs de la République, celle qu’on invoque le moins, cet essai inédit aborde la question de la pauvreté sous l’angle du lien social. Comment une pauvreté aussi massive peut-elle devenir invisible, sinon parce que nous fermons les yeux ?
Biographie de l’auteur :
Fonder demain Créé e n 2 013, «Fonder demain» rassemble des jeunes professionnels inspirés par l’enseignement social de l’Église et convaincus que les défis, immenses, de la société de demain, s’ils nous inquiètent, nous passionnent ou nous découragent, avant tout nous obligent.

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Pauvres pauvres. Réputés trop visibles, et pourtant largement invisibles. Réputés paresseux, et pourtant levés dès l’aube pour la plupart. Réputés assistés, quand bien même une part importante d’entre eux n’a pas recours aux aides qui lui sont destinées.

 

La pauvreté effraie et constitue sans doute le visage le plus insupportable des inégalités sociales. Le politique ambitionne avec ses moyens d’« éradiquer la pauvreté ». « Les pauvres, vous en aurez toujours avec vous, et quand vous le voudrez, vous pourrez leur faire du bien » (Mc 14,7), nous dit pourtant l’Évangile. La pauvreté est-elle une fatalité ? Une anomalie ? Une injustice ? Une sanction ? Peu importe. « Une civilisation qui s’avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente », écrivait Césaire à propos du colonialisme. Nous pensons qu’une civilisation incapable de témoigner à ses pauvres plus que de l’indifférence serait une civilisation à l’agonie.

 

Le formidable recul qu’a connu la misère au cours du XXe siècle, sous le double effet du développement économique et de l’augmentation sans précédent de la solidarité entre les peuples, a, dans nos pays développés, relégué les pauvres dans un entre-deux trouble, tant sont diverses et contrastées leurs situations. Dans le même temps, l’évolution de nos modes de vies et de nos structures sociales a profondément transformé l’exercice de la solidarité, en la transférant à des échelons d’action toujours plus élevés, et par conséquent toujours plus éloignés, faisant courir le risque d’une « mondialisation de l’indifférence », contre lequel le Pape François nous met en garde.

 

En ce début de millénaire, la lutte contre la pauvreté est confrontée à ses propres limites. Standardisée, industrialisée, étatisée, elle brasse des statistiques et tente de tordre les chiffres à coup de lignes budgétaires. « Les pauvres » sont devenus une masse dans laquelle les individus disparaissent. « Faire pour », c’est bien, « faire avec », c’est encore mieux.

 

L’Église appelle chacun d’entre nous à se rendre responsable de son « prochain ». Répondant notamment par l’appel du pape à être les « constructeurs de l’avenir », les jeunes professionnels membres de « Fonder demain » que nous sommes nous efforçons d’apporter notre pierre au renouvellement de la société.

Ni fin en soi, ni exercice académique, ce rapport est avant tout une invitation à l’engagement et un appel à réintroduire la fraternité dans notre pratique personnelle de la solidarité.

 

N’oublions pas les pauvres.

Selon une étude réalisée en 2014 par le Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie1, 37 % des Français pensent que les personnes en situation de pauvreté n’ont pas fait d’efforts pour s’en sortir. 44 % d’entre eux estiment par ailleurs que les aides accordées par la collectivité aux familles ayant des ressources insuffisantes les déresponsabilisent. Ce durcissement du regard porté sur la pauvreté trahit l’incompréhension et le désintérêt croissants de nos concitoyens pour un fléau qui touche actuellement 8,5 millions de personnes, soit 14 % de la population française, alors même que la crainte du déclassement social est prégnante.

D’après la définition de l’Insee, un individu ou un ménage est considéré comme pauvre lorsque son niveau de vie est inférieur au seuil de pauvreté. En France, le seuil de pauvreté est évalué par l’Insee à 60 % du revenu médian, ce qui correspond à un revenu de 993 euros par mois en 2012 pour une personne seule. Ce critère est complété par celui de la pauvreté en conditions de vie, indicateur absolu qui mesure le cumul des précarités dans quatre domaines : la consommation, l’insuffisance de ressources, les retards de paiement et le logement.

Au-delà du seul aspect monétaire, la pauvreté désigne ainsi la situation des personnes qui souffrent de conditions inhumaines en matière d’alimentation, de logement, d’accès aux soins, d’éducation, d’emploi et d’exercice des droits fondamentaux. Elle constitue une privation grave de biens matériels, sociaux et culturels, qui porte atteinte à la dignité de la personne.

Ce cumul de précarités renforce l’isolement des personnes fragilisées, souvent confrontées à un déficit de relations familiales ou professionnelles, et les conduit parfois à la rupture de tout lien social. Les cinq populations les plus touchées par la pauvreté sont les chômeurs, les jeunes, les personnes âgées, les familles monoparentales, les travailleurs pauvres. Ce sont aussi les populations les plus susceptibles de souffrir d’une diminution ou d’une perte du lien.

La France occupe le sixième rang mondial en termes de PIB et le premier rang en ce qui concerne la part du PIB consacrée aux dépenses sociales. Pourtant, le nombre de personnes pauvres a augmenté de 1,2 million de personnes entre 2002 et 2010. Qu’il s’agisse des assurances sociales collectives issues des cotisations salariales, des prestations d’assistance financées par l’impôt et des taxes, ou encore des services publics gratuits et universels financés par l’État, les prestations sociales ne manquent pas, mais ne semblent pas suffisamment efficaces pour résorber la pauvreté. Plutôt que d’intervenir en amont et de prévenir les risques de paupérisation des populations vulnérables – en œuvrant par exemple à la recréation du lien social –, les pouvoirs publics semblent mener avant tout une action palliative. Et cette action, en dépit de l’importance des moyens engagés, semble peu efficace.

Échouant à enrayer l’augmentation de la pauvreté en France malgré des moyens importants, l’État-providence se heurte à une crise de légitimité. Alors que la France tente de promouvoir l’idéal d’une Cité protectrice du plus faible, garante des droits fondamentaux de chacun et créatrice de lien social, et en dépit du consensus assez large autour de cet idéal régulateur, la réalité est alarmante. Elle révèle l’insuffisance des politiques publiques et des réseaux traditionnels de solidarité face aux situations de grande pauvreté et à la déstructuration du lien social. Comment expliquer ce paradoxe d’une pauvreté et d’une indifférence croissant parallèlement ? Sans doute résulte-t-il en partie de la coexistence ambivalente, en France, d’un certain culte de l’égalité appelant à la redistribution des richesses avec un culte de la performance incitant à un individualisme exacerbé. De moins en moins impliqués dans la vie de la Cité, les individus, recentrés sur la sphère privée, se désintéressent de la pauvreté quand elle ne les atteint pas directement et se déchargent de cette responsabilité sur des institutions.

La pérennité de la pauvreté interroge donc la capacité de notre modèle de société à créer une cohésion et à intégrer tous ses membres. Visible, sensible, elle interpelle chacun en le confrontant à sa propre responsabilité : comment est-ce que je participe, à mon niveau, à sortir des situations de pauvreté ? M’en sens-je responsable ? Suis-je moins gêné quand je refuse une cigarette à un passant qu’une pièce à un mendiant ? Pour améliorer la lutte contre la pauvreté, il faut réfléchir sur les fondements du lien social fraternel et redéfinir le rôle de chacun des acteurs de la solidarité, de l’individu aux politiques, en passant par les entreprises et les associations, mais sans négliger l’individu, citoyen, membre actif de la Cité. Ce n’est pas seulement une affaire de moyens financiers ; c’est aussi et surtout un problème de fraternité, cette valeur délaissée des revendications républicaines.

Quels sont les défis actuels posés par la pauvreté en France ? Quels sont les tenants et les aboutissants du délitement du lien social, ainsi que ses effets sur la société ? Enfin, quelles solutions peuvent être apportées pour lutter contre la pauvreté et faire de la restructuration du lien social, c’est-à-dire de la fraternité, le pivot de la cohésion sociale ?

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