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À L'IMAGE D'OSCAR ROMERO

De
247 pages

La figure d'Oscar Romero, archevêque de San Salvador, assassiné en pleine messe le 24 mars 1980, a marqué l'imaginaire collectif. Cet ouvrage explore le parcours de héros, de prophètes et de martyrs latino-américains, qui, dans l'horizon tracé par Oscar R

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Ajouté le : 01 juin 2012
Lecture(s) : 42
EAN13 : 9782296499522
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À l’image d’Oscar Romero
Héros, prophètes et martyrs
d’Amérique latine

Déjà parus dans cette collection :

1 – Le monde catholique et la question sociale (1891-1950), s. dir. Françoise ROSART et Guy ZELIS,
Bruxelles, EVO, 1992, 184 p.

2 – Vatican II et la Belgique, s. dir. Claude SOETENS, Ottignies, Quorum, 1996, 336 p.

e3 – Anne-Dolorès MARCELIS, Sous le voile, le monde des religieuses cloîtrées au XX siècle, Ottignies,
Quorum, 1997, 245 p.

4 – Entre la peste et le choléra. Vie et attitudes des catholiques belges sous l’occupation, s. dir. Fabrice
MAERTEN, Franz SELLESLAGH et Mark VAN DEN WIJNGAERT, Gerpinnes, Quorum, 1999,
288 p.

5 – Orval, 1926-1948. Entre restauration et résurrection, s. dir. Claude SOETENS, Louvain-la-
Neuve, Academia-Bruylant, 2001, 138 p.

6 – Entre jeux et enjeux. Mouvements de jeunesse catholiques en Belgique, 1910-1940, s. dir. Françoise
ROSART et Thierry SCAILLET, Louvain-la-Neuve, Academia-Bruylant, 2002, 325 p.

e7 – Pour une histoire du monde catholique au 20 siècle. Wallonie-Bruxelles. Guide du chercheur, s. dir.
Jean PIROTTE et Guy ZELIS, en collab. avec Baudouin GROESSENS et Thierry SCAILLET,
Louvain-la-Neuve, Église-Wallonie, 2003, 784 p.

8 – Scoutisme et guidisme en Belgique et en France. Regards croisés sur l’histoire d’un mouvement de
jeunesse, s. dir. Thierry SCAILLET et Françoise ROSART, Louvain-la-Neuve, Academia-
Bruylant, 2004, 279 p.

e e9 – Écrire l’histoire du catholicisme des 19 et 20 siècles. Bilan, tendances récentes et perspectives (1975-
2004), s. dir. Luc COURTOIS, Jean-Pierre DELVILLE, Eddy LOUCHEZ, Jean PIROTTE,
Françoise ROSART et Guy ZELIS, Louvain-la-Neuve, ARCA, 2005, 197 p.

10 – Guidisme, scoutisme et coéducation, s. dir. Thierry SCAILLET, Sophie WITTEMANS et
Françoise ROSART, Louvain-la-Neuve, ARCA, Academia-Bruylant, 2007, 304 p.

11 – Anne VINCENT, avec la collaboration de Françoise ROSART, Un chrétien en terre d’islam. Le
Père Georges Dumont (1916-1998), Louvain-la-Neuve, ARCA, Academia-Bruylant, 2008, 130 p.

12 – Yves CARRIER, Lettre du Brésil. L’évolution de la perspective missionnaire. Relecture de l’expérience
de Mgr Gérard Cambron, Louvain-la-Neuve, ARCA, Academia-Bruylant, 2008, 376 p.





À l’image d’Oscar Romero
Héros, prophètes et martyrs d’Amérique latine


Caroline SAPPIA (ed.)









Louvain-la-Neuve, 2009
Collection Sillages
Note liminaire
Ce livre constitue les actes du colloque international « Autour d’Oscar Romero.
Héros, prophètes et martyrs d’Amérique latine » qui s’est tenu les 12 et 13 mai 2006
à l’Université catholique de Louvain (département d’histoire) à Louvain-la-Neuve.
Sa publication a été rendue possible grâce au soutien de la Fondation Chimay.


Couverture : (Detail of the) MISEREOR Lenten Veil from Latin America by Adolfo Pérez Esquivel
© MVG Medienproduktion Aachen, 1992.
L’illustration de couverture reprend un détail de la tenture de carême réalisée en 1992 pour Misereor par
Adolfo Perez Esquivel, lauréat du Prix Nobel de la Paix en 1980.
Le graphisme a été centré pour les besoins de la couverture autour du personnage d’Oscar Romero (au
centre, en soutane bleue claire avec une étole blanche). Il y est accompagné des martyrs de l’Église
latino-américaine. On y voit, entre autres, une mère de la place de mai, les religieuses I. Ford et
A. Dumont, l’évêque de la Rioja (Argentine), E. Angelelli, des syndicalistes, militants de communautés
ecclésiales de base et de l’action catholique ainsi que des enfants de rue. En avant plan, la Pachamama
et un paysan indien et, en arrière plan, les ruines du Machu Picchu représentent les vestiges du passé
indien du continent et la remise en question de l’identité des populations latino-américaines.
Pour une version complète de cette tapisserie de Carême, voir la galerie de voiles de carême de Mise-
reor sur leur site Web :
[http://www.misereor.de/aktionen-kampagnen/hungertuch/hungertuchgalerie.html] (2009)


D/2009/4910/28 ISBN : 978-2-87209-951-1
© Bruylant-Academia s.a.
Grand-Place, 29
B-1348 Louvain-La-Neuve

Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction, par quelque procédé que ce soit,
réservés pour tous pays sans l’autorisation de l’éditeur ou de ses ayants droit.
Imprimé en Belgique
www.academia-bruylant.be
Sommaire
Introduction
À l’image d’Oscar Romero. Héros, prophètes et martyrs d’Amérique latine
Caroline SAPPIA
I. Mise en perspectives
Monseigneur Oscar Arnulfo Romero. Le modèle du martyr ?
Jean-Dominique DURAND
Helder Câmara et Oscar Romero. Réflexions historiennes sur deux itinéraires pastoraux
Richard MARIN
Le Discours homilétique de Monseigneur Oscar Romero. Balises éthiques et spirituelles
pour l’Amérique latine
Yves CARRIER
II. Prophètes et martyrs dans la vie et la littérature
À la vie, à la mort. L’ironie au service de la Révolution dans l’œuvre du poète salvadorien
Roque Dalton
Geneviève FABRY
Le martyre des religieuses en Amérique latine. L’importance historique de la vie religieuse
féminine pour le catholicisme latino-américain
Ana-María BIDEGAIN
ePoints de vue contrastés sur les martyrs du 20 siècle en Amérique latine
Pierre SAUVAGE 6 Sommaire
III. La pensée d’Oscar Romero et les défis latino-américains
Originalité et fragilité des mouvements indigènes en Amérique latine
Bernard DUTERME
Les droits des autochtones : nouvelles questions, nouvelles réponses.
Une interprétation des conflits juridico-politiques en terres mapuches (Chili)
Ricardo SALAS ASTRAIN
Formation, éducation et démocratisation en Amérique latine (1960-2000)
Pedro MILOS
IV. Perceptions belges des héros, prophètes et martyrs latino-américains
José Martí (1853-1895), « héros de l’indépendance cubaine » ?
Marie-Noëlle RASSON et Anne TRÉFOIS
Camilo Torres Restrepo (1929-1966), le « curé-guérillero »
Essais sur la construction des figures de héros et de martyrs
Ève DE CANNIÈRE, Caroline GILLET, Jean-Benoît MOTTE dit FALISSE
et Denis VERMEYEN
Les jésuites de l’UCA. Quelle image du martyr en Belgique ?
Chérifa BILAMI, Sophie MAERCKX, David VAN DEN ABBEEL
et Christian VAN DE VELDE



Table des auteurs
Ana-María BIDEGAIN, professeur à la Florida International University (États-Unis)
Yves CARRIER, docteur en théologie de l’Université Laval (Canada)
Jean-Dominique DURAND, professeur à l’Université Jean-Moulin-Lyon 3
Bernard DUTERME, directeur du CETRI (Centre Tricontinental) à Louvain-la-Neuve
Geneviève FABRY, professeur à l’Université catholique de Louvain
Richard MARIN, professeur à l’Université de Toulouse-le-Mirail
Pedro MILOS, professeur à la Universidad Alberto Hurtado (Chili) et professeur
invité à l’Université catholique de Louvain
Ricardo SALAS ASTRAIN, professeur à la Universidad Cardenal Silva Henriquez
(Chili)
Caroline SAPPIA, assistante et doctorande en histoire à l’Université catholique de
Louvain
Pierre SAUVAGE, professeur aux Facultés universitaires Notre-Dame de la Paix
Et les étudiants du séminaire en histoire sur « La construction de figures de héros et
ede martyrs en Amérique latine dans la seconde moitié du 20 siècle » tenu l’année
académique 2005-2006 à l’Université catholique de Louvain : Chérifa BILAMI, Ève
DE CANNIÈRE, Caroline GILLET, Sophie MAERCKX, Jean-Benoît MOTTE dit
FALISSE, Marie-Noëlle RASSON, Anne TREFOIS, Christian VAN DE VELDE, David
VAN DEN ABBEEL et Denis VERMEYEN















Introduction


À l’image d’Oscar Romero
Héros, prophètes et martyrs d’Amérique latine
Caroline SAPPIA
Le 24 mars 1980, Oscar Romero archevêque de San Salvador est assassiné devant
l’autel. Né le 5 août 1917, Oscar Romero est consacré prêtre à Rome en 1942 où il
étudie à l’Université Grégorienne. Il gravit les échelons de la hiérarchie ecclésiasti-
que. Il devient évêque en décembre 1975 à Santiago de María. Apprécié par le Vati-
can pour sa fidélité et la sérénité de son tempérament, il est nommé archevêque de
San Salvador en février 1977. Il a alors soixante ans. Sa nouvelle fonction, dans un
contexte politique tendu, suivi par l’assassinat de son ami le prêtre Rutilio Grande
par des milices d’extrême droite, l’incite à prendre la parole pour dénoncer les injus-
tices commises envers ses concitoyens. L’archevêque tente cependant de rester fidèle
à la ligne vaticane, en évitant toute collusion directe entre l’Église et la politique.
Malgré cela, face aux multiples assassinats de croyants et de prêtres par le pouvoir en
place, il monte en chaire. Les derniers mois avant sa mort, ses prêches dominicaux
se composent, d’une part, de la traditionnelle homélie et, d’autre part, de la dénon-
ciation des injustices commises la semaine en cours envers les civils, afin de les sortir
de l’anonymat. Son assassinat, le 24 mars 1980, en pleine messe, est commandité par
l’armée. Au lendemain de sa mort, les funérailles de l’archevêque rassemblent des
milliers de personnes. Dans un contexte de guerre civile, la disparition brutale de
l’archevêque de San Salvador marque une accentuation des tensions politiques et un
renforcement des violences commises envers la population civile au Salvador. Ce
n’est que le 16 janvier 1992 que les accords de paix de Mexico sont signés, et ce,
après le séisme politique que constitue l’assassinat des Jésuites de l’Université
centraméricaine (UCA) de San Salvador le 16 novembre 1989, également par des
1milices d’extrême droite . Douze ans plus tard, en 2004, soit vingt-quatre ans après la

1 À ce propos, voir l’article de cet ouvrage Les Jésuites de l’Université centraméricaine. Quelle image du martyr en
Belgique ?, par Chérifa BILAMI, Sophie MAERCKX, David VAN DEN ABBEEL et Christian VAN DE VELDE. 12 Caroline Sappia
mort d’Oscar Romero, le procès d’un des commanditaires de son assassinat a lieu en
Californie. Aujourd’hui encore, son procès en béatification étant en cours, la per-
sonnalité, le parcours et les écrits de l’archevêque interpellent tant à propos du rôle
de l’Église catholique dans les contextes politiques autoritaires que, plus globale-
2ment, quant aux relations entre les religions et la politique .
À l’occasion du vingt-cinquième anniversaire de la disparition de l’archevêque salva-
dorien, un séminaire de maîtrise en histoire a été organisé à l’Université catholique
de Louvain sur le thème « Héros, prophètes et martyrs de l’Amérique latine, 1950-
2000 ». Les 12 et 13 mai 2006, avait lieu à Louvain-la-Neuve le colloque international
de clôture de ce séminaire. L’objet de ce colloque, abordé dans une perspective
interdisciplinaire (histoire, philosophie, théologie, sociologie, sciences du
développement, sciences de l’éducation, anthropologie, perspective de genre...) était
double. Dans un premier temps, nous nous sommes penchés sur les mécanismes de
l’héroïsation, les vecteurs de l’image héroïque, ses promoteurs, ses aires de diffusion
et les éléments qui la caractérisent. Nous avons ensuite exploré la figure de
l’archevêque de San Salvador et quelques-uns des thèmes qui lui étaient chers. Nous
avons enfin cerné certaines logiques à l’œuvre dans l’évolution du dernier quart de
siècle latino-américain et leurs liens avec la pensée d’Oscar Romero. Le présent
ouvrage constitue les actes de ce colloque.
1. Oscar Romero, héros de la lutte contre les injustices
Le « héros » est « celui qui se distingue par une valeur extraordinaire ou des succès
éclatants à la guerre » ou encore « par la force du caractère, la grandeur d’âme, une
3 4haute vertu » . Le héros, composante essentielle de l’imaginaire humain , est à la
5croisée de l’homme et du divin, avec ses peurs et ses défauts . « Dieu pour les hom-
6mes », « homme pour les dieux », il « accomplit un sacrifice pour sa communauté » .
Il se révèle dans des circonstances particulières, qui ne sont pas toujours prévues, ni
désirées. Circonstances qui mettent en lumière un engagement, un courage, un
discours qui le rendent unique par sa force intérieure, sa grandeur d’âme. Il participe

2 Afin de compléter cet aperçu biographique, voir l’article de cet ouvrage Mgr Oscar Arnulfo Romero. Le
modèle du martyr ?, par Jean-Dominique DURAND.
3 Dictionnaire Le Littré de la Langue française.
4 eGilbert DURAND, Les structures anthropologiques de l’imaginaire, 11 éd., Paris, 1992.
5 Laurence VAN YPERSELE, « Héros et héroïsation », dans Questions d’histoire contemporaine. Conflits,
mémoires, identités, Paris, 2006, p. 151.
6 Odile FALIU et Marc TOURRET, « Introduction », dans Héros, d’Achille à Zidane, s. dir. Odile FALIU et
Marc TOURRET, Paris, Bibliothèque nationale de France, 2007, p. 4. À l’image d’Oscar Romero 13
7ainsi à la condition humaine, tout en la dépassant, la transcendant . Son histoire est
alors revisitée au regard de ces nouveaux événements. Ses biographes réinterprètent
chaque instant de sa vie depuis sa naissance en passant par une lente maturation vers
le point de culmination, moment de basculement où il accède au statut de héros. Son
aura et son pouvoir d’attraction en sont décuplés. « Vivant, sa force est communica-
8tive. Mort, il devient un exemple à suivre, un signe de ralliement. »
9Le héros a besoin du récit qui le glorifie, sans cela il n’est pas connu, ni reconnu .
Comme le rappelle Laurence Van Ypersele, la structure narrative du récit héroïque
est par essence polémique, voire dichotomique. Le bien et le mal s’y opposent : « Le
héros lutte contre le mal incarné soit par quelque chose (des forces cosmiques), soit
10par quelqu’un (des forces humaines). » Et par cette confrontation à l’autre et le
parcours accompli, il devient lui-même « autre ». Cette transformation, ce moment
de basculement où l’homme devient héros sont essentiels au récit héroïque. C’est
alors, tant au niveau individuel que collectif, que l’on se reconnaît en lui. D’un point
de vue individuel, il représente « le désir de transcender les limites de la condition
11humaine et le désir d’être reconnu » . Au plan collectif, il concentre le système de
valeurs et de cohésion d’une société. Il renforce ainsi la cohésion d’un groupe et
renforce l’identité collective.
12Dans la typologie du héros contemporain proposée dans le catalogue de
13l’exposition « Héros, d’Achille à Zidane » , deux figures nous interpellent particuliè-

7 Ibidem.
8 Paul-Augustin DEPROOST, Laurence VAN YPERSELE et Myriam WATTHEE-DELMOTTE, « Héros et
héroïsation. Approche théorique », dans Mémoire et identité. Parcours dans l’imaginaire occidental, s. dir. Paul-
Augustin DEPROOST, Laurence VAN YPERSELE et Myriam WATTHEE-DELMOTTE, Louvain-la-Neuve,
Presses universitaires de Louvain, 2008, p. 57.
9 Tzvetan TODOROV, Face à l’extrême, Paris, Seuil, 1994, p. 94.
10 Paul-Augustin DEPROOST, Laurence VAN YPERSELE et Myriam WATTHEE-DELMOTTE, op. cit., p. 66.
11 Laurence VAN YPERSELE, « Héros et héroïsation », dans Questions d’histoire contemporaine. Conflits,
mémoires, identités, Paris, PUF, 2006, p. 150.
12 L’auteur propose neuf figures de héros : le mineur de fond (héros du collectivisme) ; le héros
messianique (Nelson Mandela ou le Che Guevara) ; le héros humanitaire (l’abbé Pierre) ; le héros
aventurier ou explorateur (Youri Gagarine, cosmonaute, premier homme à voyager dans l’espace en
1961) ; le héros de la gâchette (James Bond ou plus récemment la figure de Jack Bauer, héros de la Série
24 heures chrono) ; le battant qui cultive la performance (le sportif) ; le Guitar Hero (Jimi Hendrix) ; le
super héros (de superman à spiderman), le héros médiéval-fantastique (Le seigneur des anneaux de Tolkien
ou encore Harry Potter de J. K. Rowling). Odile FALIU et Marc TOURRET, « Neuf familles héroïques
sous l’œil des médias », dans Héros, d’Achille à Zidane, op. cit., pp. 169-207.
13 Odile FALIU et Marc TOURRET, s. dir., Héros, d’Achille à Zidane, Bibliothèque nationale de France,
Paris, 2007. Catalogue de l’exposition Héros, d’Achille à Zidane, présentée par la Bibliothèque nationale de
France sur le site François-Mitterrand, du 9 octobre 2007 au 13 avril 2008. 14 Caroline Sappia
rement au regard du parcours d’Oscar Romero : celles du héros messianique et du
héros humanitaire. Le héros messianique concentre les figures de résistance et
d’engagement politique. Révolutionnaires et martyrs s’y retrouvent. Les personnali-
tés mises en avant sont Nelson Mandela, Gandhi, Martin Luther King ou Ernesto
Guevara, le Che. Le héros humanitaire, lui, prône l’action non-violente, en particu-
lier celle de l’activisme humanitaire et du militantisme des droits de l’homme. Sœur
Emmanuelle qui a contribué à la médiatisation en Europe des conditions de vie des
chiffonniers du Caire ou l’abbé Pierre qui avait déclenché « l’insurrection de la
bonté » en 1954 en sont des figures représentatives.
Le type d’engagement et d’action d’Oscar Romero se situe entre ces deux figures : il
se fait l’instrument d’une résistance contre l’oppresseur et défenseur des droits de
l’homme en incitant ses fidèles et les citoyens salvadoriens à la non-violence et à la
désobéissance civile. C’est pourquoi l’archevêque salvadorien est souvent associé aux
14figures de Salvador Allende ou Camilo Torres, « martyrs de la justice et de la paix » ,
ainsi qu’au Che Guevara. Rappelons le cliché de la mort de ce dernier, le 9 octobre
1967, pris par Freddy Alborta, photographe bolivien, qui contient une dimension
15christique , tout comme la « dernière scène » de la vie d’Oscar Romero, assassiné
devant l’autel, treize ans plus tard.
Le moment de basculement du récit héroïque de la vie de Romero est souvent
16identifié à celui de l’assassinat de son ami le prêtre Rutilio Grande, le 12 mars 1977 .
Quelques semaines après sa nomination en tant qu’archevêque de San Salvador, cet
événement et les condoléances ironiques du chef de l’État, le président Molina, sont
le déclencheur d’une prise de parole face aux violences physiques et morales aux-
quelles les Salvadoriens sont confrontés. À ce moment, Oscar Romero serait
« devenu autre », tout en restant lui-même, au nom de la foi et de la justice.
L’identification tant individuelle que collective du peuple envers sa personne a alors
commencé. Il est devenu un modèle de vie dans la foi et un modèle de défense d’une
société démocratique, juste et non-violente. Le titre de Docteur honoris causa attribué

14 Andrea RICCARDI, « Oscar Romero tra mito e storia », dans Oscar Romero. Un vescovo centroanméricano tra
guerra fredda e rivoluzione, s. dir. Roberto MOROZZO DELLA ROCCA, Milan, Edizioni San Paolo, 2003,
pp. 267 et 270.
15 À ce propos, voir les nombreux articles autour du quarantième anniversaire de la mort d’Ernesto
Guevara en 1967 dont celui écrit par le journaliste et poète argentin, Jorge Aulicino, et publié par le
magazine culturel du journal argentin Clarín « Retour sur la ‘Passion’ du Che », octobre 2007. Il y relate
entre autres la dernière phrase du Che avant que deux rafales de fusil ne l’atteignent : « Vous allez tuer
un homme ». Mots qui ont une résonance particulière au vu du mythe du Che qui se prolonge depuis
quarante ans et de l’icône du martyr de la révolution cubaine qu’il représente.
16 Andrea RICCARDI, op. cit., p. 275. À l’image d’Oscar Romero 15
pour son engagement envers son peuple, le 2 février 1980, un mois et demi avant
son assassinat, par la Katholieke Universiteit Leuven atteste de sa notoriété. Cons-
cient de son engagement, il disait alors dans son discours : « […] Avec une grande
clarté, nous croyons qu’en ceci il n’y a pas de neutralité possible. Ou nous sommes
au service de la vie des Salvadoriens, ou nous sommes complices de leur mort. Et ici
se trouve la médiation historique de ce qu’il y a de plus fondamental dans la foi : ou
17nous croyons en un Dieu de vie, ou nous servons les idoles de la mort. »
2. Oscar Romero ou l’impératif d’une prise de parole
« Le prophète » est celui qui, inspiré de Dieu, « prédit l’avenir, annonce ce qui doit
18arriver, qui devine » .
S’il est vrai qu’un héros n’est pas nécessairement martyr, en est-il de même de la
relation entre le martyr et le prophète ? Tout martyr religieux ne porterait-il pas en
lui une dimension prophétique par le message que représente sa mort auprès des
autres croyants ? Comme le rappelle Gilles Hervé Masson, « on ne s’autoproclame
19pas prophète, on est appelé à parler au nom de Dieu » . Une fois sa mission reçue,
le prophète est pris d’une parole dont il ne peut se défaire. « Il n’a pas le choix, cela
20s’impose à lui. » Le prophète serait ainsi « voyant » et « parlant », non au sens de la
prédiction de l’avenir, mais bien au sens d’une attention profonde aux événements
21présents qui lui permettent de voir plus loin que ses contemporains . Le prophète
par sa parole choisit sans cesse la foi face à la violence des événements temporels.
S’il pointe les injustices, il est aussi là pour montrer la voie d’un monde renouvelé,
arraché à l’injustice, d’un monde pacifié. Le message prophétique peut se définir
22comme « la Parole de Dieu dans l’histoire » . En période de crise, lorsque les institu-
tions politiques sont défaillantes, que les réalités religieuses sont perverties et/ou que
les injustices et la violence font partie du quotidien du peuple, le prophète est là pour
rappeler les exigences de Dieu. « Installé au cœur de la tradition, il est témoin averti
du passé, mémoire vivante du peuple. […] Le prophète est enfin l’avenir du peuple.

17 « Discours de Mgr Romero promu Docteur honoris Causa », dans Aux Amis de l’Amérique latine, mars
1980, vol. 5, n° 14, pp. 105-107.
18 Dictionnaire Le Littré de la Langue française.
19 Gilles Hervé MASSON, « Qu’est-ce qu’un prophète ? », dans Esprit et Vie, n° 94, novembre 2003,
e2 quinzaine, Paris, pp. 40-41.
20 Ibidem.
21 Ibidem.
22 Joseph AUNEAU, « Prophète et prophétisme », dans Catholicisme, hier, aujourd’hui, demain, t. 9, Paris-
Lille, 1988, col. 1261-1273. 16 Caroline Sappia
23En interprétant le présent, il est sensible à tout ce qui advient. » Le prophète se voit
ainsi confier une mission dont, dans certains cas, il se serait bien passé et qui est
parfois vécue dans la douleur et dans la peur. Mais, au-delà de ses appréhensions,
l’impératif de parole l’emporte.
Ce devoir de parole est central dans le parcours d’Oscar Romero, car les mots
constituent le vecteur même de l’acte héroïque. Cet acte volontairement prophétique
est d’autant plus important pour l’archevêque, qu’il est essentiel pour lui de s’insérer
dans son temps, dans l’histoire de son peuple. En effet, le silence d’un prélat de
l’Église est déjà perçu comme un engagement politique en tant que tel par de nom-
breux fidèles et ce, en référence au silence de Pie XII pendant la Deuxième Guerre
24mondiale . Sa volonté d’être proche des croyants, entre autres par les prédications
dominicales, provoque aussi cette parole. En tant que guide de l’Église salvado-
rienne, comment se taire alors que les injustices à l’encontre des prêtres et des fidèles
se multiplient, quand il ne s’agit pas d’assassinat ou de disparition. De plus, la réper-
cussion de ses homélies dépasse largement la cathédrale de San Salvador par la
diffusion radiophonique tant au San Salvador que dans plusieurs pays d’Amérique
25latine (Honduras, Nicaragua, Costa Rica, Venezuela, Colombie et Brésil) . C’est
pour lutter contre ces injustices, malgré les menaces de mort répétées envers sa
personne, qu’Oscar Romero ne cesse de promouvoir la non-violence et la paix
nationale. Principes qui lui causeront tour à tour l’opposition tant des milieux catho-
liques conservateurs que des défenseurs de la théologie de la libération ou des mi-
lieux de gauche non confessionnels salvadoriens.
3. Oscar Romero, martyr de l’Église latino-américaine
Le martyr est « celui qui a souffert des tourments ou la mort pour témoigner de la
vérité de la religion chrétienne et, par extension, celui ou celle qui souffre pour une
religion quelconque, pour ses opinions ». « Il se dit aussi de tous ceux qui meurent
26pour quelque chose qu’ils prisent plus que la vie » .
Selon Jean-Pierre Albert, le mot « martyr » fait référence à une double utilisation
pour qualifier tant les victimes de persécutions religieuses que les héros des révolu-

23 Ibidem.
24 Andrea RICCARDI, op. cit., p. 276.
25 Mariano IMPERATO, « Romero predicatore », dans Oscar Romero. Un vescovo centroamericano tra guerra
fredda e rivoluzione, pp. 83-84.
26 Dictionnaire Le Littré de la Langue française. À l’image d’Oscar Romero 17
tions réussies ou non abouties, de mouvements de résistances ou de guerres entre
27États . Ce double usage serait dû, entre autres, à la ressemblance des schèmes
narratifs mis en place dans les récits héroïques similaires à ceux des vies des martyrs.
Il existe en effet de réelles hagiographies des héros nationaux reprenant les mêmes
schémas narratifs que les vitae des saints. En outre, le culte des morts s’intègre sou-
vent dans le contexte des cérémonies civiles, instituées par l’État en mémoire collec-
28tive. Le martyr devient une sorte d’exemple « donné à la communauté des vivants
afin de susciter des dispositions éthiques de l’ordre et de la fidélité, du dévouement,
29voire du sacrifice » . Mais la justification de l’Église catholique de l’exemplarité
attribuée aux saints et, par là aux martyrs, pose plus de questions qu’elle n’en résout,
car, « selon un lieu commun de l’hagiographie, les saints sont bien souvent ‘plus
30admirables qu’imitables’ » .
La référence aux martyrs ou aux saints activerait ainsi plusieurs schèmes anthropolo-
giques qui concourraient tant à la production du religieux qu’à celles de valeurs et de
31représentations qui intéressent le politique au plus haut point . Le premier schème
est celui de la construction d’une transcendance. « L’ascétisme du saint ou la mort
acceptée du martyr actualise la possibilité d’une conduite réglée par des principes
32plus forts que les valeurs ordinaires du monde, et même supérieurs à la vie. » Le
deuxième schème est celui du « sacrifice ». Le martyr imitant la mort du Christ se fait
« l’instrument du salut » collectif en passant par d’autres voies que les voies tempo-
relles. L’effet d’ancestralité induit par le culte des martyrs constitue le troisième
schème, le martyr étant un mort qui appartient à la collectivité qui elle-même
s’identifie en lui ou se reconnaît en sa cause. En outre, la référence au martyr accen-
tue l’affirmation identitaire. Car, quand la collectivité reconnaît un « mort », un
martyr, comme « sien », cela suppose « la rencontre tragique de l’altérité, religieuse
33ou nationale » . C’est ainsi que « reconnaître qu’un martyr est ‘des nôtres’, c’est en
même temps marquer la distance qui nous sépare de ceux qui furent ses bourreaux,
ennemis dont il est toujours possible, si le besoin s’en fait sentir, d’identifier les

27 Jean-Pierre ALBERT, « Sens et enjeux du martyre : de la religion à la politique », dans Saints, sainteté et
martyre. La fabrication de l’exemplarité, s. dir. Pierre CENTLIVRES, Neuchâtel, Recherches et travaux de
l’Institut d’ethnologie, n° 15, 2001, pp. 17-25.
28 Sur l’exemplarité des martyrs et saints voir les articles dans l’ouvrage édité par Pierre CENTLIVRES,
op. cit.
29 Jean-Pierre ALBERT, op. cit., p. 18.
30 Ibidem.
31 Ibidem, p. 19.
32 Ibidem.
33 Ibidem, p. 20. 18 Caroline Sappia
34descendants » . Pour l’anthropologue français, le martyr aurait donc une aptitude à
créer une transcendance. Le martyr constituerait ainsi une voie de salut collectif tout
en étant capable de rassembler et d’affirmer les sentiments d’appartenance identi-
taire, religieuse et collective. Ces caractéristiques sont liées au plus haut point à
l’exercice de pouvoir et à l’attribution de souveraineté.
Dans le contexte politique tendu du Salvador, les paroles d’Oscar Romero et son
assassinat mettent en exergue l’acceptation d’une mort tant au nom de valeurs civiles
de justice et de non-violence, que d’une certaine pratique de la foi et d’une certaine
interprétation des Écritures, souvent associées à la théologie de la libération. Au-delà
de la médiation à la transcendance, ce sacrifice devant l’autel est alors perçu comme
un potentiel instrument du salut collectif, comme un engagement personnel en tant
que citoyen dans la société et comme une voie possible vers une concertation entre
les différentes parties du conflit. Ce ne sera pourtant pas directement le cas. Au
contraire, dans un premier temps, la mort de l’archevêque polarise les positionne-
ments politiques et marque un renforcement de la guerre civile au Salvador.
Enfin, le voile de carême réalisé par Adolfo Ezquivel, lauréat argentin du Prix Nobel
35de la paix de 1980, pour Misereor en 1992 à l’occasion des cinq cents ans de la
rencontre des deux continents, a participé à une large diffusion de l’image de
Romero comme martyr dans les paroisses européennes. Ce voile de carême illustre
une quinzième station latino-américaine du chemin de croix. Le Christ ressuscité y
accompagne le peuple latino-américain sur sa route. On y distingue les injustices
passées et présentes, mais aussi les richesses culturelles du continent latino-
américain. Le Christ est entouré des laissés-pour-compte et des assassinés figurant
dans le martyrologue de l’Église latino-américaine. Monseigneur Romero y est
représenté en bonne place entouré d’Enrique Angelelli, l’archevêque de La Rioja en
Argentine assassiné en août 1976, d’Alice Domon, religieuse française assassinée le
8 décembre 1977 en Argentine et de Ita Ford, religieuse américaine assassinée au
Salvador le 2 décembre 1980.
4. Mythe et paradoxes
C’est donc bien le caractère exceptionnel d’un discours, d’un acte, d’un parcours,
d’une vie voire d’une mort qui fait acquérir les attributs de héros, de martyr et de

34 Ibidem.
35 Misereor est une association créée par l’Église catholique allemande en 1958 pour « lutter contre la
faim et la maladie dans le monde », et, plus tard, chargée au sein de cette même Église de la coopération
au développement. À l’image d’Oscar Romero 19
prophète. Oscar Romero est considéré comme un héros de par sa dite
« conversion », tardive et radicale, auprès des plus pauvres après l’assassinat de son
ami le Père Rutilio Grande. Il est aussi qualifié de prophète grâce à la force et à
l’engagement de ses discours homilétiques, manifestations profondes de son combat.
Enfin, il est perçu comme un martyr par la force symbolique et la violence de sa
mort au nom de la foi et de la justice.
Au-delà de ces trois qualificatifs, il y a le mythe « Oscar Romero ». Mythe, au cœur
des passions idéologiques et de la perception populaire de la vie et de la mort de
l’archevêque. Mythe comme obstacle, écran, filtre au travail de l’historien ou encore
comme objet même d’études historiques. Le mythe conçu comme une représenta-
tion simplifiée, une image déformée de la vie d’Oscar Romero, romancée par
l’imagination collective, tel un héros entre réalité et fiction. C’est ainsi que de nom-
breux ouvrages ont été écrits sur la vie et la mort de l’archevêque salvadorien. Une
grande part de cette littérature, qui se veut scientifique, est aussi partisane, les auteurs
légitimant leur récit par leur proximité des faits et/ou de la personne d’Oscar Rome-
36ro . Ce constat souligne l’importance du travail de l’historien pour insérer la vie de
Romero dans son temps avec toutes les précautions critiques qui s’imposent. Les
37 38récents ouvrages publiés par Roberto Morozzo de la Rocca en 2003 et 2005
participent à cette volonté d’écrire une histoire critique de la vie d’Oscar Romero.
39Le parcours d’archevêque d’Oscar Romero, qui n’a duré que trois ans , ainsi que
son martyr dépassent largement la dimension locale, voire continentale, pour trouver
un large écho en Europe. Cela s’explique par l’ouverture des catholiques aux pro-
blématiques du Sud au lendemain de Vatican II, au moment de la décolonisation et
de l’essor de la coopération au développement. L’Église catholique européenne est
affaiblie. Les vocations des prêtres sont en constante baisse et la pratique religieuse
ralentit. Les croyants se mettent à la recherche de nouveaux modèles qu’ils ne peu-
vent trouver ni en Europe de l’Ouest ni en Europe de l’Est, inaccessible dans le
contexte de guerre froide. Les catholiques européens se sont alors tournés vers

36 Andrea RICCARDI, op. cit., pp. 268-269. Outre ces nombreuses biographies, deux films ont mené à
une plus grande connaissance du mythe d’Oscar Romero dans un large public. Il y a d’abord la
référence à son assassinat dans le film Salvador réalisé par Oliver Stone en 1986. C’est ensuite en 1989
que le réalisateur britannique John Duigan met en images la vie du Salvadorien dans Romero le sang de
l’archevêque, film au scénario dichotomique qui aura une réception bien moindre que le premier.
37 Roberto MOROZZO DELLA ROCCA (s. dir.), Oscar Romero. Un vescovo centroamericano tra guerra fredda e
rivoluzione, Milan, Edizioni San Paolo, 2003.
38 Roberto MOROZZO DELLA ROCCA, Primero dios. Vita di Oscar Romero, Milan, Arnoldo Mondadori
Editore, 2005 (Collection Uomini e Religioni).
39 Oscar Romero est nommé archevêque de San Salvador le 22 février 1977. 20 Caroline Sappia
l’Amérique latine, continent catholique par excellence, où la foi est menacée par les
avancées non seulement communistes, mais aussi protestantes. Vu d’Europe, la
réalité y paraissait simple, voire dichotomique. Il était sans doute plus facile et exal-
tant pour le croyant européen de s’engager pour un catholicisme latino-américain en
pleine effervescence, que pour un catholicisme européen en perte de vitesse.
Le parcours de Romero est parsemé de nombreux paradoxes qui posent de multiples
questions. Paradoxe d’un homme qui ne souhaite pas mêler l’institution ecclésiasti-
que à la politique et qui est assassiné pour son engagement politique. Paradoxe d’un
homme d’Église qui utilise la parole et qui prône la non-violence pour défendre la
foi et les croyants opprimés et qui est assassiné devant l’autel par un baptisé au nom,
entre autres, de cette même foi. Enfin, paradoxe d’une Église qui tarde à le béatifier,
alors que, pour de nombreux Salvadoriens et, plus largement, Latino-américains, il
est déjà reconnu comme « saint Romero des Amériques ».
5. Développement de l’ouvrage
L’ouvrage ici présenté est structuré par cette réflexion problématique et prend en
compte quelques unes des ces questions. Les articles interrogent ainsi tant la figure
centrale de l’archevêque de San Salvador que quelques-uns des thèmes qui lui étaient
chers, devenus de réelles préoccupations à la fin de sa vie, dans l’évolution du
econtexte latino-américain du dernier quart du 20 siècle.
La première partie de l’ouvrage met en perspective la vie et le discours d’Oscar
Romero. Il s’agit ici d’insérer le parcours de l’archevêque dans son temps et de
comprendre l’évolution de sa pensée et de son engagement. Jean-Dominique
Durant, professeur à l’Université Jean Moulin-Lyon 3, y analyse Oscar Romero en
tant que martyr assassiné par des Salvadoriens, sans doute baptisés « nourris d’une
certaine culture catholique, mais ignorants du message évangélique ». À sa suite,
Richard Marin, professeur à l’Université de Toulouse Le Mirail, suit les itinéraires de
deux hommes : Helder Câmara et Oscar Romero. Il propose une étude des rythmes
et des ruptures des parcours des deux archevêques ainsi que leur ancrage respectif
dans l’Église continentale latino-américaine. Yves Carrier, docteur en théologie de
l’Université Laval (Canada), poursuit en analysant le discours homilétique de
l’archevêque, clé de voûte de sa portée prophétique.
La deuxième partie de l’ouvrage analyse les itinéraires et les représentations de
emartyrs latino-américains du 20 siècle. Geneviève Fabry, professeur à l’Université
catholique de Louvain, nous offre une lecture du parcours et de l’œuvre poétique de
Roque Dalton, intellectuel salvadorien, engagé depuis sa jeunesse dans la lutte
révolutionnaire, accusé à tort de trahison et tué par ses pairs en 1975. Ana-María À l’image d’Oscar Romero 21
Bidegain, professeur à la Florida International University (États-Unis), poursuit par
une étude sur le martyre de femmes, particulièrement des religieuses, en Amérique
latine. Enfin, Pierre Sauvage, professeur émérite aux Facultés universitaires Notre-
eDame de la Paix, présente un point de vue contrasté sur les martyrs du 20 siècle en
Amérique latine à travers l’analyse de plusieurs ouvrages. L’auteur part du livre
ed’Andrea Riccardi, Ils sont morts pour leur foi. La persécution des chrétiens au 20 siècle
40(2002) et le compare en terme de contenu, de méthodologie et de critique aux
e 41ouvrages de Didier Rance, Un siècle de témoins. Les martyrs du 20 siècle (2000) et de
e 42Charles Antoine, La Bête et la tourterelle. Martyrs du 20 siècle (2002).
La troisième partie de l’ouvrage engage une réflexion sur les grands défis latino-
américains tels qu’ils peuvent ressortir de la vie et des combats d’Oscar Romero. Le
lecteur y trouvera successivement trois analyses. La première présente une étude
succincte de la fragilité des mouvements indigènes contemporains du continent par
Bernard Duterme, directeur du CETRI (Centre Tricontinental). Ricardo Salas Astrain,
professeur à l’Université Cardenal Silva Henriquez (Chili), poursuit par une
interprétation philosophique et juridique de l’évolution récente des droits des
autochtones mapuches au Chili. poursuit en présentant une analyse Enfin, Pedro
Milos, professeur à l’Université Alberto Hurtado (Chili) et professeur invité à
l’Université catholique de Louvain, traite de la formation des adultes et de la
edémocratisation en Amérique latine dans la deuxième moitié du 20 siècle.
Dans la quatrième et dernière partie de cet ouvrage, nous nous centrons sur une
réception européenne, limitée à la Belgique, de quelques figures héroïques
43représentatives du sous-continent latino-américain . C’est ainsi que trois dossiers
thématiques analysent les perceptions belges de héros, prophètes et/ou martyrs
latino-américains à travers la presse et internet. Le premier dossier questionne
el’itinéraire politique à la fin du 19 siècle de José Martí (1853-1895), héros de
44l’indépendance cubaine . Ce sont ensuite le prêtre colombien Camilo Torres Res-

40 e Andrea RICCARDI, Ils sont morts pour leur foi. La persécution des chrétiens au XX siècle, Paris, Plon/Mame,
2002.
41 eDidier RANCE, Un siècle de témoins. Les martyrs du XX siècle, Paris, Fayard, 2000.
42 e Charles ANTOINE, La Bête et la tourterelle. Martyrs du XX siècle, Paris, Cerf, 2002.
43 Ces articles font suite à un travail de séminaire d’histoire de l’Europe et ses relations avec l’Outre-mer
des professeurs Paul Servais et Michel Dumoulin, tenu en 2005-2006 à l’Université catholique de
Louvain sous le titre : « La construction de figures de héros et de martyrs en Amérique latine dans la
eseconde moitié du 20 siècle ».
44 Marie-Noëlle RASSON et Anne TREFOIS, José Martí (1853-1895), « héros de l’indépendance cubaine » ? 22 Caroline Sappia
45 46trepo et les Jésuites de l’Université centraméricaine (UCA) de San Salvador qui
sont au centre des analyses. Camilo Torres, tout comme les Jésuites de l’UCA, ten-
taient de concilier leur vocation religieuse à un engagement profond dans la société
civile pour plus de justice sociale. Ils étaient ainsi considérés comme engagés politi-
quement. Tandis que Camilo Torres Restrepo est finalement tué au combat le
15 février 1966 après avoir quitté les ordres et s’être engagé dans l’Armée de libéra-
tion nationale (ELN, Ejercito de liberación nacional), les Jésuites de l’UCA sont assassinés
le 16 novembre 1989 alors qu’ils tentaient de jouer un rôle de médiateur entre les
différentes parties de la guerre civile salvadorienne.


45 Eve DE CANNIÈRE, Caroline GILLET, Jean-Benoît MOTTE dit FALISSE et Denis VERMEYEN, Essais sur
la construction de figures de héros et de martyr : Camilo Torres Restrepo (1929-1966), le « curé-guérillero ».
46 Chérifa BILAMI, Sophie MAERCKX, David VAN DEN ABBEEL et Christian VAN DE VELDE, Les Jésuites
de l’Université centraméricaine. Quelle image du martyr en Belgique ?














1. Mise en perspectives