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À travers l'Italie, l'Autriche, la Suisse et l'Alsace

De
431 pages

Je quitte Paris par l’express de Turin, vers la mi-juin, le soir d’un de ces jours sans nuit qui sont comme l’apothéose du printemps.

Bercé par la rêverie d’un demi-sommeil, j’apercevais vaguement l’aube naissante, toute rose dans la transparence de mes paupières, qui bientôt s’ouvrent dans un enchantement. Le soleil empourpré se lève dans une mousseline de vapeurs argentées ses premiers rayons dorent les hauteurs : le vieux château de Châtillon, la royale abbaye de Hautecombe, les collines blanches à l’abri desquels dort ce lac du Bourget, tant aimé de Lamartine.

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À propos deCollection XIX
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Pol-Anatole Matthieu
À travers l'Italie, l'Autriche, la Suisse et l'Alsace
MON ITINÉRAIRE
* * *
Il n’y a pour moi rien d’attirant comme les voyages. Cela tient-il à ce que mes aqïeux primitifs étaient d’une tribu particulièrement nomade ? ou bien à ce qu’ayant beaucoup fréquenté l’humanité, j’en aime d’autant mieux la nature ? Je ne sais. En tout cas, ce que je préfère à tout, ce sont les voyages en pays de m ontagne, où sans cesse on découvre des aspects, nouveaux, des beautés simples, grandioses, pittoresques, toujours variées, à l’inverse des figures généralement quelconques de nos semblables. Les impressions que j’avais rapportées de mes pérégrinations dans l’Oberland bernois, les Alpes savoisiennes et dauphinoises, les Pyrénées — et que j’ai cherché à résumer dans lesEchos de Suisseles et Récits de France — m’avaient amorcé. Je voulais voir aussi les cantons de Saint-Gall et des Grisons et, après avoir traversé la Haute-Italie, franchir de nouveau les Alpes et rentrer en France par le Jura et les Vosges. Mais l’éternelle attraction des contiguïtés et des cieux nouveaux m’engagea bientôt à élargir, à transformer ce projet. Je m’y décidai to ut-à fait en songeant que, si le monde est grand, la vie est courte et qu’il y a d’ailleurs toutes sortes d’avantages à enclore en un seul tracé la matière de plusieurs voyages annuels. D’autant plus que les services de transport internationaux réduisent notablement leurs tarifs en raison des longueurs des itinéraires. Ces raisons excellentes — surtout en ce qu’elles concordaient avec mon désir de voir du pays — m’amenèrent insensiblement à substituer à mon premier dessein celui de parcourir à vol d’oiseau l’Italie jusqu’au golfe de Naples, l’Autriche jusqu’à Vienne, la Suisse orientale et l’Alsace. Et comme il faut pourtant savoir se borner, j’abandonnai la partie de mon projet primitif avec laquelle j’étais plus facilement de revue, c’est à-dire le Jura et les Vosges. Je renonçai donc, provisoirement, aux perspectives du col de la Faucille et du Crêt de la neige sur la chaîne du Mont-Blanc et à celles du Ballon d’Alsace et du col de la Schlucht sur les plaines d’Alsace. Je renonçai de m ême à voir les lacs de Nantua, de Joux, des Brenets, comme celui de Gérardmer ; les Creux, les Combes et les Entonnoirs jurassiques, comme la chute du Doubs et les sources de la Loue, dans la Franche-Comté. J’entreprenais, en un mot, un voyage à l’étranger, suivi d’un pélerinage à Strasbourg. Au mois de juin, la saison est déjà avancée pour vo yager en Italie, même et surtout dans l’Italie du nord. La chaleur concentrée dans l e cirque des grandes Alpes est, en effet, beaucoup plus insupportable que la températu re de Rome ou celle des rives paradisiaques du golfe de Naples. Aussi avais-je hâte, en quittant Paris, de gagner d’une traite Turin et de visiter ensuite Gênes, Rome, Naples, Sorrente et Pompéi, puis Florence et Venise. Je réserverais Milan et les lacs ensoleillés de la Haute. Italie pour l’une des dernières étapes de mon voyage, entre la descente de l’Engadine par le labyrinthe d e la Maloya et la sauvage ascension du Simplon. Mais avant d’en arriver là, j’avais du pays à parco urir. J’allais de Venise, en en contournant le golfe, visiter Trieste et les grottes d’Adelsberg, avant de reprendre la ligne si pittoresque de Venise à Vienne par le Semmering. Après quelques jours passés à Vienne, je traversais le pays du sel, le verdoyant Salzkammergut et m’arrêtais à Gmunden et à Salzbourg. Je visitais les salines bav aroises de Berchtesgaden, le
Kœnigssee, ce « lac royal » et ce roi des lacs de l ’Allemagne et, plus loin, sur les frontières du Tyrol autrichien et du Tyrol italien, le féerique défilé des Alpes dolomitiques. La ligne de l’Arlberg me conduisait d’Inspruck à Br égenz. De là, pour gagner Saint-Gall, je traversais en bateau l’extrémité supérieur e du lac de Constance, — véritable Méditerranée aux reflets de gorge de pigeon, où flo ttent les pavillons des cinq Etats riverains : Autriche, Bavière, Wurtemberg, Bade et Suisse. De Saint-Gall, je gagnais Zurich. Là, je greffais sur mon itinéraire fixe un second tracé circulaire, traversant la Suisse orientale et contournant le massif du Saint Gothard par le Julier, le Milanais, le Simplon et le glacier du Rhône. Aux choses déjà vues, j’en ajoutais d’autres. C’était d’abord le lac de Wallenstadt, qui s’allong e au soleil comme un immense dragon vert, au pied d’une chaîne de montagnes à pic, hautes de 700 à 1,000 mètres. Puis Ragatz ; le fantastique torrent de la Tamina et la gorge de Pfaeffers ; Reichenau, au confluent des deux Rhins ; Thusis et l’horrifique Via mala ; la pittoresque route du Schyn ; celle du col du Julier, que des torrents sauvages a ccompagnent, au milieu des neiges, sur les deux versants des Alpes ; l’Engadine, la plus haute région habitée du globe après les Cordillères, pays de glaciers, de lacs d’émeraude et d’hôtels bondés d’Anglais. Traversant ensuite le Milanais brûlant et ses lacs splendides, je gagnais de nouveau la région des frimas par la route du Simplon et rentrais en Suisse par le Valais. Remontant la vallée du Rhône, je faisais l’ascension (trop pe u recommandée) de l’Eggishorn. Du sommet, le regard s’étend sur les deux chaînes des Alpes que sépare le Rhône et sur l’immense glacier d’Aletsch, qui prolonge le gigantesque manteau blanc de la Jungfrau d’une traîne de six lieues. Après l’Eggishorn, le glacier du Rhône, formidable cataracte cristallisée, crevassée de gouffres, hérissée de pitons et d’arêtes bleuâtres. J’avais, pour retourner à Zurich, le choix entre de ux voies : celle du Grimsel, avec la fameuse cascade d’Handeck — rivale du Staubbach — et les lacs de Brienz et de Thun, ou celle de la Furca, par Andermatt, Gœschenen, et les lacs d’Uri, Zug et Zurich. J’allais enfin de Zurich à Bâle et descendais la va llée du Rhin jusqu’à Strasbourg. Cette dernière étape me ramenait sur le sol de France. La durée de la validité de mon billet circulaire n’ était que de soixante jours. Pour un programme aussi touffu, ce laps de temps eût été ce rtes insuffisant si j’avais voyagé à l’anglaise, tenu en laisse par mon Bædeker et le suivant pas à pas, ne me faisant grâce, ni de la contemplation d’une ruine ou d’un tableau, ni d’une excursion intéressante. Mais je voulais, encore une fois, voyager à vol d’o iseau ; et d’abord respirer l’air lumineux du ciel d’Italie, prendre une teinture de ses monuments, de ses musées, de ses ruines et de ses villes mortes. Je voulais pouvoir comparer entr’elles les grandes choses ; voir, après la Méditerranée, l’Adriatique ; après le Rhône, le Rhin et le Danube ; après nos grottes des Cévennes, la célèbre grotte d ’Adelsberg ; après la Suisse, le Tyrol ; après l’incomparable Paris, la Rome antique et la Vienne moderne, l’une des plus belles capitales de l’Europe ; après la France, les pays de la Triplice. Ces nouvelles notes de voyage sont comme la suite et le complément de mesEchos de Suisseet de mesRécits de France.L’ordre même de mon itinéraire en a déterminé la division en trois parties : A travers l’Italie: De Paris à Rome. — Naples et Sorrente. — Florence et Venise. A travers l’Autriche :: De Trieste à Vienne. — Le Salzkammergut. — Le Tyrol. A travers la Suisse et l’AlsaceSuisse orientale. — Haute-Italie. — Haut- : Valais. — Alsace.
PREMIÈRE PARTIE
* * *
A TRAVERS L’ITALIE.
De Paris à Rome. — Naples et Sorrente. — Florence et Venise.
* * *
I
DE PARIS A GÊNES
Je quitte Paris par l’express de Turin, vers la mi-juin, le soir d’un de ces jours sans nuit qui sont comme l’apothéose du printemps. Bercé par la rêverie d’un demi-sommeil, j’apercevai s vaguement l’aube naissante, toute rose dans la transparence de mes paupières, q ui bientôt s’ouvrent dans un enchantement. Le soleil empourpré se lève dans une mousseline de vapeurs argentées ses premiers rayons dorent les hauteurs : le vieux château de Châtillon, la royale abbaye de Hautecombe, les collines blanches à l’abri desquels dort celac du Bourget,tant aimé de Lamartine. Le train file en rasant sa rive et se mble glisser sur la surface d’un miroir aux reflets changeants bleu céleste et vert d’olivier. Aix-les-Bains.— Grands hôtels et parcs luxuriants, ravissantes promenades. Le vallon scintille sous le semis diamanté de la rosée matinale. Chambéry-Montmélian. — Pont monumental sur l’Isère. Pittoresque vallée de la Maurienne, entre la verte Tarentaise et les hautes montagnes du Dauphiné : régions magnifiques, trop brièvement esquissées dans l’Epilogue de mesRécits de France. La vallée s’élève, sinueuse, avec une vue nouvelle à chaque tournant, puis se rétrécit. L’Arc bondit sur des rochers, met en mouvement des roues d’usines, de plus en plus rapprochées à mesure que le train monte versSaint Jean de-Maurienne.gauche, A blanchissent les crêtes lointaines du massif de la Vannoise. Modane.Dernière station française, douane italienne. On  — règle sa montre sur l’heure de Rome, en avance de 50 minutes sur celle de Paris. Le chemin de fer contourne la ville, pour atteindre, à 100 mètres plus haut, l’ouverture dutunnel du Mont-Cents.Au moment où la locomotive plonge dans le gouffre noir, je fais mes adieux à la France dans la personne du petit fa ntassin qui fait sentinelle à l’entrée. Les ténèbres alternent d’abord avec des explosions de jour, fantastiques et rapides, au niveau de brèches pratiquées de place en place dans le rocher. Au bout de vingt-cinq minutes, on passe subitement de la nuit souterraine dans l’éblouissement du ciel italien. A cette altitude de 1,200 mètres, à peu près égale à l’élévation du col de Fréjus au-dessus du tunnel, l’Alpe est encore âpre et sauvage . C’est aprèsBardonnèche,la dans haute vallée de la Doire, qu’elle s’épanouit dans t oute la splendeur de sa merveilleuse végétation. La ligne descend de tunnels en viaducs, au milieu d’une avalanche de paysages accidentés, plantureux, chaudement colorés, où les figuiers poussent dans les fissures des roches, où le blé mûrit entre les treilles, sous la voûte d’arbres chargés fruits. Turin.L’ancienne capitale du Piémont, qui fut la premi  — ère capitale de l’Italie moderne, a l’aspect d’une grande ville neuve, fort belle malgré l’uniformité de ses larges rues droites qui la découpent en rectangles. Ce déf aut a d’ailleurs l’avantage de prolonger la perspective sur les monuments qui décorent ses places publiques. Une vie active circule partout, charriant comme un remous de mendicité. Mendicité non loqueteuse encore, déjà tenace. Par contraste, des hommes graves, les seuls qu’on r encontre coiffés de chapeaux hauts de forme, se tiennent généralement appostés dans les carrefours. Sanglés dans de longues redingotes, haut cravatés de noir, gantés de blanc, campés sur des cannes de tambour-major, ces sphinx distingués semblent parti ciper à la fois du magistrat, du Suisse et du croque mort... Ce sont des sergents de ville ou des gendarmes, sans ressemblance aucune avec nos aimables Pandores.
La visite de Turin ne laisse pas que d’être intéressante. Dans les principaux quartiers, de hauts portiques à arcades s’alignent devant les magasins. LeMusée égyptien et le Musée des Armures méritent qu’on leur consacre quelques heures. Mais il ne faut pas manquer, si le temps est clair, de sortir de la ville et de faire l’ascension de la Soperga. Cette montagne, surmontée d’une blanche basilique q ui renferme les tombeaux des rois de Sardaigne, est à 8 kilomètres à l’est de Turin, sur la rive droite du Pô. On s’y rend par un tramway à vapeur que prolonge un funiculaire à double câble métallique. Le soleil est brûlant et il faut, dans les wagons descendants , arroser les freins de bois, qui prennent feu. A mesure qu’on s’élève, on est empoigné par la gran deur du panorama. Devant soi, les plaines verdoyantes du Piémont et de la Lombardie, à travers lesquelles le Pô, grossi de tant d’affluents, déroule à perte de vue vers l’ Adriatique ses larges anneaux miroitants. Du côté opposé, l’hémicycle des grandes Alpes, drapées de vert, casquées de neige : muraille énorme, fermant l’Italie, des Apennins au Mont-Rose. C’est cette expansion méridionale du massif du Saint-Gothard que Michelet a nommée le « Château d’eau de l’Europe », le « cœur du mond e européen et le trésor de sa fécondité », massif dont « les nobles amphithéâtres envoient aux quatre mers le Pô, le Rhône, le Rhin et l’Inn (ce vrai Danube) ». Eu quittant Turin, j’eus à subir, tout le long de l a voie douloureuse et mal ferrée qui relie cette ville à Gênes, le supplice du plus terrible cahotement qu’on puisse imaginer. Les voyageurs condamnés, comme je l’étais, aux trai ns rapides sont secoués comme dans un sac de noix et contraints de se cramponner aux banquettes, de s’arc-bouter contre les cloisons, pour arriver à destination avant d’être entièrement moulus. A peine a-t-on le temps de respirer pendant de cour ts arrêts aux stations de ce long calvaire : Moncalieri, dominé par son château royal ; Asti, patrie del’Asti spumante, émoustillant et parfumé ; Alexandrie, voisine de Marengo ; Novi, (noms de batailles aux fortunes diverses).
II
DEGÊNES A ROME
Gênes.— Premier port de commerce de l’Italie, bordé à fleur de quai d’un chemin de fer en hémicycle. Fort belle vue du haut de laLanterna,ou même desterrassesétablies au dessus desMagasins généraux. Sous l’éternelle fascination de la mer d’azur, la Cité glorieuse s’éploie en amphithéâtre, avec ses palais Renaissance et sa couronne de verdure, dentelée de bastions. Près de la gare, sur la place del’Acqua Verde,la statue deChristophe Colombdomine un beau groupe allégorique en marbre blanc. Des bas -reliefs retracent l’épopée de la découverte du Nouveau-Monde par l’immortel Génois — Corse d’origine. Je jette un coup d’œil sur le monument duduc de Galliera,le vaste palais sur abandonnéd’André Doria et reviens à la place de l’Acqua Verde, pour m’eng ager dans les ruesBalbi, CairolietGaribaldi,qui se succèdent comme les galeries d’un riche musée d’architecture. On chemine ainsi qu’en un conte de fées dans une ville de marbre, au milieu de palais sculptés, peints à fresques, renfermant dans vingt musées un inépuisable trésor artistique. La visite du seul muséeDeferrari Gal. liera, dans le palaisBianco, demanderait une journée. Au milieu de chefs-d’œuvre de peintures des différentes écoles, on remarque un tableau saisissant : la mort tragique d’Alexandre M édicis, et aussi de fines sculptures modernes d’un réalisme exquis : un enfant jouant avec des chats, Jenner et son fils, etc. Un catalogue des sujets exposés dans chaque salle e st mis à la, disposition des visiteurs. Comme les musées, les églises sont d’une richesse i nouïe, souvent excessive. En suivant une des venelles qui descendent vers le qua i — hauts et frais couloirs pittoresquement pavoisés, d’étage en étage, de lingeries flottantes, — je découvre dans un carrefour l’église deSan-Siro.Peut-être est ce l’effet d’une première impression, mais il me semble n’avoir été nulle part, même à Venise, plus vivement frappé par la magnificence des marbres de couleurs, des étoffes m ordorées, des cuivres repoussés, des ciels de saphir semés d’étoiles d’or. Quand, de ce bain de lumière irisée qui semble éman er des arcs en-ciel des nefs et des voûtes sacrées, on passe subitement dans la rue blanche, inondée de soleil, on reste un instant aveuglé. Il n’existe pas ici, comme en d’autres villes, à Naples par exemple, des règlements de police imposant, pour la couleur ou le revêtement des constructions, l’adoption de teintes amorties. Mais aux pierres grises, aux nuances d’oc re et d’argile, cette pure blancheur des marbres me semble bien préférable, même exaltée par le chaud rayonnement du soleil italien. On peut toujours avec des verres fumés en atténuer l’effet ; l’accoutumance fait le reste. Plus vite encore on s’accoutume à l’étrange acuité des émanations odorantes qui semble propre au climat ligurien. Gênes est, aussi bien que San. Remo, la « ville des parfums ». Dans le quartier central, aux alentours de laplace Deferrari,magasins de fleurs les pullulent. Les trottoirs sont transformés en parterres éclatants, aux senteurs violemment exquises. Aux sourires des fleurs qui se pavanent sur les éventaires, aux devantures des boutiques, répondent les œillades de celles qui s’é panouissent dans les jardins
suspendus, s’accrochent aux balcons, tamisent le soleil aux bords des toits, piquent leurs notes claires dans l’ombre des croisées. Le plus joli coin de Gênes est la promenade ombragée del’Acqua sola.On s’y rend par la longue et bellegalerie Mazzini, ou par un petit tunnel éclairé à l’électricité. Ce tte longue-vue fantastique encadre, en une projection l ointaine, un ravissant diorama de verdure ensoleillée. Rien de frais et de reposant comme les petites allé es voûtées de feuillage sombre, treillissées de glycines, dallées d’un petit caillo utis noir et blanc, qui montent parmi le murmure des cascades jusqu’au sommet de l’Acqua sola, au-dessus de la ville, en face de la Méditerranée. Au pied de ce frais labyrinthe une colonne blanche jaillit d’une pelouse, portant aux nues le buste de Mazzini. L’image du grand proscrit, premier créateur de l’unité italienne, fait d’ailleurs bon voisinage avec la statue du « r oi galant-homme », fièrement campée sur son cheval de bronze au milieu de la placeCorvetto. Ne quittez pas Gênes sans aller, par la pittoresque vallée du Bisagno, visiter leCampo santo. Ce cimetière, plus curieux encore que ceux de Rome et de Milan, ressemble moins à une nécropole qu’à un vaste atelier de sculpture, à une exposition d’art funéraire. Dans l’enclos d’une sorte de cloître, à travers les grands mausolées et les chapelles, entre les lignes sombres des ifs et des cyprès, surgit dans une blancheur sépulcrale tout un monde de statues. Bustes des tré. passés, groupe s éplorés des survivants, statues symboliques : chaque tombe a ses figures sculptées. Mais c’est dans les galeries à hauts portiques, rés ervées aux concessions perpétuelles, que se sont le plus librement donné carrière l’imagination et l’inspiration des artistes. Quelques chefs d’œuvre, des richesses prétentieuses, des naïvetés touchantes, des allégories nues, ailées, agenouillées, ou tenan t en main le glaive flamboyant, des personnages de grandeur naturelle pris sur le vif e t trop quelconques pour n’être pas d’une exacte ressemblance, des femmes en grand deuil dans leurs robes de soie, des hommes en complet et chapeau rond. Tout ce réalisme en marbre est d’un singulier effet, mais sérieux et touchant. Çà et là, une scène, un trait saisissant. Une veuve entr’ouvrant la porte de bronze d’un cave au et doucement repoussée par son ange gardien. Une autre soulevant son enfant devant un médaillon, à la hauteur des lèvres paternelles. Devant un petit autel rustique, entretenu de feuill age, de pavots et de roses fraîchement coupées, brûle une veilleuse dans un godet, tandis que se balance à un fil, au-dessus de deux colombes de faïence, le portrait-carte du défunt. Mais le sujet dont j’ai gardé la plus vive impression se trouve relégué dans le coin des pauvres, près de la rotonde de la chapelle funéraire. Sur une roche informe, des enfants nus en bronze, trois orphelins, sont groupés dans des poses abandonnées, les têtes rapprochées et pensives, interrogeant autour d’eux le vide menaçant. L’aîné, le doigt tendu vers le rocher sur lequel ils sont échoués, murmure à l’oreille du plus petit ces seuls mots gravés sur la pierre : Sile, quiescit. (Silence!Elle dort!) C’est d’un charme émouvant. Stations d’hiver. —Les Maremmes.De Gênes, deux chemins mènent à Rome : le — chemin de fer et la voie maritime. On peut, quand o n n’est pas pressé, combiner les deux : prendre le premier jusqu’à Livourne et le bateau de Livourne à Civita Vecchia. On a ainsi la faculté, en suivant le riant littoral de la Toscane, de s’arrêter à Pise ; et,
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