Accompagner le deuil en milieu carcéral

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Ce travail se veut être un outil pédagogique pour : - des bénévoles d’accompagnement du deuil qui voudraient intervenir en milieu carcéral et qui ne sont pas forcément préparés à se confronter aux différentes formes de violence qu’on peut y côtoyer. - les personnels pénitentiaires pour qu’ils comprennent mieux les processus du deuil et de son accompagnement puisqu’ils y sont fréquemment confrontés sans jamais y être formés. Quels sont les spécificités, les enjeux et les perspectives de tels accompagnements ?
Publié le : lundi 1 février 2016
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EAN13 : 9791026203858
Nombre de pages : non-communiqué
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Frédérique BAJUS - VANHOEGAERDEN
Accompagner le deuil
en milieu carcéral
Partage d'expériences pour bénévoles et personnels pénitentiaires
© Frédérique BAJUS - VANHOEGAERDEN, 2016
ISBN numérique : 979-10-262-0385-8
Courriel : contact@librinova.com
Internet : www.librinova.com
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INTRODUCTION
Parler de la mort, côtoyer la mort et les endeuillés nous fait prendre conscience de notre mortelle condition : « Je ne suis pas immortel, un jour, je vais mourir » et fait parfois peur. Dans notre société, alors que plus de 58 % des morts interviennent dans un établissement de santé publique ou privé et environ 12 % en EHPAD (Etablissement d’Hébergement pour Personnes Agées Dépendantes), il n’est pas exceptionnel de voir les personnels de santé (médecins, paramédicaux) passer la chambre d’un mourant pour ne pas avoir à être confronté à cette mort qui va arriver. Combien de médecins laissent à l’infirmière ou au cadre de santé le « privilège » d’annoncer la mort d’un proche à une famille ? Combien de soignants se trouvent déstabilisés, fuyants, quand la famille arrive dans les premiers instants qui suivent le décès ? Ces premiers instants d’annonce, de confrontation avec la mort, seront des moments d’éternité, gravés à tout jamais pour les proches et qui parfois rendront difficile l’acceptation de la mort. Accepter la mort d’un être cher, « faire avec », pouvoir s’investir et se projeter à nouveau dans la vie est ce qui constitue un véritable travail de deuil auquel l’endeuillé devra faire face : L’un des besoins fondamentaux, pour lui, sera de parler de la personne qu’il a perdue et de pouvoir exprimer ses émotions. Cet événement social qu’est la mort est tabou et met mal à l’aise les soignants, les médecins. La prise en compte de la mort, du deuil et de son accompagnement est donc un sujet important comme le constate le rapport de l’IGAS de 2009 « la mort à l’hôpital » qui souligne qu’il existe « une certaine opacité sur le sujet dans le système hospitalier. La mort est partout, nous la côtoyons mais voulons trop souvent l’occulter. Il est souhaitable d’en finir avec le déni de la mort dans les établissements hospitaliers. » Dans le cadre du D.U. Violence - Santé - Société et étant bénévole d’accompagnement des deuils au sein de l’association « Vivre son deuil Picardie » (annexe 4), j’ai choisi de faire un travail sur l’accompagnement de détenus endeuillés que nous rencontrons et qui sont suivis au Service Médico-Psychologique Régional (SMPR) à la maison d’arrêt d’Amiens. Ce travail se décompose en 4 parties :
La première partie est descriptive : définition du deuil, rôle du bénévole d’accompagnement, les différents types d’accompagnement de l’association Vivre Son Deuil et ce qui constitue un accompagnement
La deuxième partie, afin de mieux comprendre les spécificités, les difficultés de l’accompagnement du deuil en milieu carcéral tant pour la personne détenue que pour le bénévole, je vous partagerai mon expérience au travers de quelques récits recueillis lors de rencontres avec des détenus. Les récits sont anonymes et les participants ont tous accepté que je raconte nos entretiens dans ce travail.
La troisième partie définit quelques spécificités rencontrées par les bénévoles en milieu carcéral.
La quatrième partie tentera de définir les enjeux et perspectives d’un tel accompagnement. Les personnes incarcérées sont souvent confrontées, au cours de leur peine, surtout si elle est longue, à la perte d’un proche, à la mort d’un détenu voire d’un co-détenu. Bien que ces décès demeurent exceptionnels, la plupart des détenu(e)s ont connu, un jour, le calme brutal de la détention à l’annonce d’un suicide, l’évacuation des coursives au passage du corps et, surtout, le silencequi entoure ce décès. Un accompagnementpsychologique estprévupour lepersonnel(Circulaire AP98-05 GA3-GA1 du 29 mai 1998 relative à la prévention des suicides dans les établissements pénitentiaires) (annexe1). Or, de nombreux détenus et codétenu(e)s ne bénéficient d’aucune prise en charge spécifique. Cette anomalie a été soulignée dans le Rapport d’évaluation de l’organisation des soins aux détenus (2001), rédigé conjointement par l’inspection Générale des Services Judiciaires (I.G.S.J.) et l’inspection Générale des Affaires Sociales (IGAS). Il était rappelé que : « …si le soutien aux personnels est nécessaire après un suicide», de la même manière les codétenus doivent pouvoir
bénéficier d’un soutien psychologique adapté ». Comme pour tout endeuillé, le suivi psychologique ne suffit ou ne convient pas toujours, notamment lorsque l’endeuillé est en situation d’isolement.
1/ Mise en place du projet En tant qu’assesseur auprès du tribunal pour enfants, les histoires de vie des mineurs entendus à la barre nous montrent très souvent, combien de deuils n’ont jamais été entendus, écoutés, pris en compte et à quel point une grande souffrance émerge parfois de ces récits de vie. De cette expérience est né le projet (annexe 3) de mettre en place un groupe d’accompagnement au sein de la maison d’arrêt d’Amiens, grâce à l’heureuse rencontre avec une infirmière en poste au SMPR de la maison d’arrêt et à la sensibilisation du directeur de l’établissement sur ce sujet. Le Projet proposé fut travaillé pendant plusieurs mois. Il me fallait trouver mon « binôme » pour mettre en place ces rencontres. Un jeune homme formé initialement à l’accompagnement de fin de vie et qui souhaitait ardemment faire de l’accompagnement vers la vie plutôt que vers la mort me rejoint dans ce projet qui voit le jour en Mars 2012.
Nous intervenons une fois / mois au quartier des hommes et au quartier des femmes et rencontrons de 1 à 4 personnes à chaque séance. Chaque détenu (e) peut venir au groupe à son rythme et n’est pas tenu de venir à chaque séance (et on ne peut l’obliger). Il en est de même pour le groupe que l’association anime à l’extérieur. Seul l’endeuillé sait ce qui est bon pour lui.
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