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Accueillir, être accueilli

De
306 pages
Les déplacements massifs de migrants et de réfugiés mettent en agenda les thématiques de l'accueil et de l'hospitalité et interrogent la capacité des sociétés à donner place en leur sein à des personnes et à des groupes « étrangers ». Le phénomène migratoire cristallise dans le domaine sociétal et politique la question éthique et éducative du rapport de soi à l'autre et de l'autre à soi telle que ne cessent de la poser toutes les formes de « différences », d'« étrangéité », de « subalternité » : celles de la culture et de la religion, celles du sexe et du genre, celles de la santé et de la maladie, celle du travail et du domicile.
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Sommaire
éditorial I Christine Delory-Momberger
article d’actualité I Gérard Gromer - L’accueil, l’abri
débat I Michel Agier - « Ce que les villes font aux migrants, ce que les migrants font à la ville »
dossier thématique
- Novembre 2016Christine Delory-Momberger & Augustin Mutuale - Accueillir, être accueilli. Altérité et éducation
Martine Janner-Raimondi - Penser l’accueil : de la diversité à l’altérité,
ACCUEILLIR, ÊTRE ACCUEILLIplace de l’éthico-politique pour construire du commun
Christiane Vollaire - Sans frontières ? altérité et éducation
Adeline Sarot & Marie Rose Moro - L’école, première institution d’accueil de l’altérité :
pour une société inclusive
Roland Janvier - Les « seuils » des organisations d’action sociale : scènes aléatoires du bricolage d’un « commun » possible
Pascal Ourghanlian - Leurre du seuil ou vrai lieu ?
La fonction d’accueillement dans un Centre d’action médico-sociale précoce
Sylvie Morais - À l’école de l’altérité : les arts vivants
traverses
Philippe Bazin - Ne pas photographier les migrants. Pourquoi ?
Pauline Peretz - Écrire pour autrui
résistances I Entretien avec Sébastien iéry - Quand la vie invente la ville…
le moment du care
Pascale Molinier - L’accueil et le plaisir de soigner
Pascal Fugier - Accueillir les besoins et les désirs singuliers de l’autre :
la posture à contre-courant des auxiliaires de vie sociale et aides-soignantes à domicile
de la recherche biographique I Camila Aloisio Alves
Maladies chroniques et épreuves du corps chez les professionnels, les patients et leurs familles : pour un soin intégré
terrain I Béatrice Mabilon-Bon ls & Alain Jaillet - Science, scienti cité et école
réseaux I Gabriel Jaime Murillo Arango - Histoires de vie minuscules en éducation
article jeune chercheur I Marie-Hélène Verneris
Justice et pardon. Une cohabitation possible derrière les barreaux ?
varia
Alioune Bah - Inventivité et responsabilité : l’accueil de l’autre selon Derrida
Miguel Orlando Betancourt Cardona - Narrativas de un trayecto mestizo de traducción
Cédric Faure - Les nouveaux récits de la « Ville Lumière » à l’heure de la mondialisation
recensions d’ouvrages
livres et revues parus
24€
ISBN : 978-2-343-11737-9
ISSN : 2112-7689LE SUJET DANS LA CITÉ
REVUE INTERNATIONALE DE RECHERCHE BIOGRAPHIQUE
N°7 / novembre 2016
« Car la Cité, ce sont les hommes. »
Tucydide
La revue Le sujet dans la Cité se donne pour objet d’explorer les processus d’institution
mutuelle des individus et des sociétés, en interrogeant la manière dont les constructions
individuelles prennent efet dans des environnements historiques, culturels, sociaux,
économiques, politiques, et dont les espaces collectifs sont agis, signifés, transformés par
les acteurs individuels.
En afchant dès son titre deux notions à haute charge philosophique et politique
et en les inscrivant dans une relation délibérément problématisante, la revue Le sujet dans
la Cité entend signifer les liens qu’elle se propose d’interroger entre construction de soi
et inscription sociale, entre projets personnels et pratiques collectives, entre réfexivité
individuelle et délibération sociale, entre éducation et société, entre éthique et politique.
Revue internationale et pluridisciplinaire à périodicité annuelle, Le sujet dans la Cité
ouvre chacun de ses numéros thématiques à des espaces géographiques et culturels pluriels
et croise les approches disciplinaires, afn de mieux appréhender les enjeux nouveaux
qu’ofrent les sociétés contemporaines aux rapports mutuels du sujet et de la Cité.
Rédaction
Université Paris 13 Sorbonne Paris Cité – UFR LSHS
Centre de recherche interuniversitaire EXPERICE (Paris 13/Paris 8)
99, avenue Jean-Baptiste Clément – 93430 Villetaneuse
Université Pierre et Marie Curie
Université des Patients
4, place Jussieu - 75005 Paris
revue@lesujetdanslacite.com
Attachée de presse et chargée de communication
Anne Dizerbo
dizerboanne@lesujetdanslacite.com
Maquette
Loriane Goguel
La revue en ligne : www.lesujetdanslacite.com
webmaster : Paquito SchmidtDirectrice scientifque
Christine Delory-Momberger
Université Paris 13 Sorbonne Paris Cité, Laboratoire EXPERICE
Rédacteurs en chef
Christophe Niewiadomski, Université Charles-de-Gaulle Lille 3, Laboratoire CIREL
Jean-Jacques Schaller, Université Paris 13 Sorbonne Paris Cité, Laboratoire EXPERICE
Secrétaire de rédaction
Jean-Claude Bourguignon
Comité de rédaction
Christophe Blanchard, Paris 13 Sorbonne Paris Cité, Laboratoire EXPERICE
Pascal Fugier, Université de Cergy-Pontoise, Laboratoire EMA
Martine Janner-Raimondi, Université Paris 13 Sorbonne Paris Cité, Laboratoire EXPERICE
Izabel Galvao, Université Paris 13 Sorbonne Pe EXPERICE
Pierre Longuenesse, Université d’Artois, Laboratoire Textes & Cultures
Béatrice Mabilon-Bonfls, Université de Cergy-Pontoise, Laboratoire EMA
Jérôme Mbiatong, Université Paris-Est Créteil (UPEC), Laboratoire LIRTES
Valérie Melin, Université Charles de Gaulle, Lille 3, Laboratoire CIREL
Augustin Mutuale, Institut Supérieur de Pédagogie de Paris, Laboratoire EXPERICE
Pierre Paillé, Université de Sherbrooke Canada
en collaboration avec
Laboratoire CIREL Université Charles-de-Gaulle, Lille 3
ASIHVIF RBE (Association Internationale des Histoires de vie en Formation
et de recherche biographique en éducation)
CIRBE (Collège International de Recherche Biographique en Éducation)
Interdisziplinäres Zentrum für Historische Anthropologie, Freie Universität Berlin, Allemagne
Faculté des sciences de l’éducation, Université de Sherbrooke, Canada
Centro de Estudos Sociais, Coimbra, Portugal
Programa de Pós-Graduação em Educação,
Universidade Federal do Rio Grande do Norte, Natal, Brésil
Programa de Pós-Graduação em Educação e Contemporaneidade,
Universidade do Estado da Bahia, Salvador, Brésil
GESTRADO/UFMG (Grupo de Estudos sobre Política Educacional e Trabalho Docente)
da Universidade Federal de Minas Gerais, Brésil
BIOgraph (Associação Brasileira de Pesquisa (Auto)Biográfca), Brésil
ANNHIVIF (Associação Norte-Nordeste de Histórias de Vida em Formação), Brésil
Departamento de Ciencias de la Educación, Universidad de Buenos Aires, Argentine
BioGraFia (Réseau de recherche biographique en éducation Amérique latine-Europe)
Groupe Formaph-Universitade de Antioquia, Colombia
AJHIVIF, Association Japon des Histoires de Vie en Formation, Université d’État de Kobe
Institut d’Afrique de l’Ouest, Cap VertConseil scientifque international
Michel Agier, EHESS, anthropologie
Peter Alheit, Université de Göttingen, Allemagne, sciences de l’éducation
Alain Brossat, Université Paris 8, philosophie
Gilles Brougère, Paris 13 Sorbonne Paris Cité, sciences de l’éducation
Jean-François Chiantaretto, Paris 13 Sorbonne Paris Cité, psychanalyse, psychopathologie
Yuan Horng Chu, Graduate Institute for Social Research and Cultural Studies, National
Chiao-Tung University, Hsinchu, Taiwan, sociologie
Duccio Demetrio, Université de Milan, Italie, sciences de l’éducation
Pierre Dominicé, Université de Genève, Suisse, sciences de l
Franco Ferrarotti, Université La Sapienza, Rome, sociologie
Vincent de Gaulejac, Université Paris 7, sociologie clinique
Carmen Teresa Gabrie, UFRJ, Brésil, sciences de l’éducation
Remi Hess, Université Paris 8, sciences de l’éducation
Philippe Lejeune, Paris 13 Sorbonne Paris Cité, lettres modernes
Danilo Martuccelli, Université Paris Descartes, sociologie
Ana Chrystina Mignot, UFRJ, Brésil, sciences de l’éducation
Gabriel Murillo, Université d’Antoquia, Medillín, Colombie
Marcel Pariat, Université Paris-Est Créteil, sciences de l’éducation
Maria da Conceição Passeggi, UFRN, Natal, Brésil, sciences de l’éducation
Gaston Pineau, Université François-Rabelais Tours, sciences de l
Yves Reuter, Université de Lille 3, sciences de l’éducation
Daniel H. Suárez, Université de Buenos-Aires, Argentine, sciences de l’éducation
Makoto Suemoto, Université d’État de Kobe, Japon, sciences de l’éducation
Elizeu Clementino de Souza, UNEB Bahia, Brésil, sciences de l’éducation
Corsino Tolentino, Institut d’Afrique de l’Ouest, Cap Vert, sciences sociales
Catherine Tourette-Turgis, Université Pierre et Marie Curie, sciences de l’éducation
Djénéba Traore, Institut d’Afrique de l’Ouest, Cap Ver
Guy de Villers, Université catholique de Louvain-la-Neuve, Belgique, sciences de l’éducation
Christoph Wulf, Freie Universität Berlin, Allemagne, anthropologie historique et culturelle
Comité de lecture international
Michel Alhadef-Jones, Teachers College, Colombia University, New York, États-Unis
Dalila Andrade Oliveira, Université de Minais Gerais, Brésil, sciences de l’éducation
Bertrand Daunay, Université Charles-de-Gaulle Lille 3, sciences de l’éducation
Daniel Feldhendler, Université Goethe, Francfort sur le Main, Allemagne, lettres romanes
Laura Formenti, Université degli Studi de Milan Bissoca, sciences de l’éducation
Barbara Friebertshäuser, Université Goethe, Francfort, Allemagne, sciences de l’éducation
Mokhtar Kaddouri, Université sciences et technologies Lille 2, sciences de l
Régis Malet, Université de Bordeaux IV, sciences de l’éducation
Michel Manson, Paris 13 Sorbonne Paris Cité, sciences de l’éducation
Jacqueline Monbaron, Université de Fribourg, Suisse, sciences de l’éducation
Lucia Ozorio, PUC, Rio de Janeiro, Brésil, sciences de l’éducation
Patricia Remoussenard, Université Charles-de-Gaulle Lille 3, sciences de l’éducation
Judith Schlanger, Université de Jérusalem, Israël, philosophie
Linden West, Université de Canterbury, Royaume-Uni, sciences de l’éducationACCUEILLIR ÊTRE ACCUEILLI
ALTÉRITÉ ET ÉDUCATION
Christine Delory-Momberger & Augustin Mutuale (dir.)
éditorial 11
article d’actualité
Gérard Gromer 15
L’accueil, l’abri
débat
23Michel Agier
« Ce que les villes font aux migrants, ce que les migrants font à la ville »
dossier thématique
Christine Delory-Momberger & Augustin Mutuale 35
Accueillir, être accueilli. Altérité et éducation
Martine Janner-Raimondi 41
Penser l’accueil : de la diversité à l’altérité,
place de l’éthico-politique pour construire du commun
Christiane Vollaire 53
Sans frontières ?
Adeline Sarot & Marie Rose Moro 65
L’école, première institution d’accueil de l’altérité :
pour une société inclusive
Roland Janvier 79
Les « seuils » des organisations d’action sociale :
scènes aléatoires du bricolage d’un « commun » possible
Pascal Ourghanlian 91
Leurre du seuil ou vrai lieu ?
La fonction d’accueillement dans un Centre d’action médico-sociale
précoce
Sylvie Morais 105
À l’école de l’altérité : les arts vivants
traverses
Philippe Bazin 117
Ne pas photographier les migrants. Pourquoi ?
Pauline Peretz 121
Écrire pour autruirésistances
Entretien avec Sébastien Tiéry 131
Quand la vie invente la ville…
le moment du care
Pascale Molinier 143
L’accueil et le plaisir de soigner
151Pascal Fugier
Accueillir les besoins et les désirs singuliers de l’autre :
la posture à contre-courant des auxiliaires de vie sociale et
aides-soignantes à domicile
de la recherche biographique
Camila Aloisio Alves 165
Maladies chroniques et épreuves du corps chez les professionnels,
les patients et leurs familles : pour un soin intégré
terrain
Béatrice Mabilon-Bonfls & Alain Jaillet 185
Science, scientifcité et école
réseaux
Gabriel Jaime Murillo Arango 201
Histoires de vie minuscules en éducation
article jeune chercheur
Marie-Hélène Verneris 215
Justice et pardon. Une cohabitation possible derrière les barreaux ?
varia
Alioune Bah 229
Inventivité et responsabilité : l’accueil de l’autre selon Derrida
Miguel Orlando Betancourt Cardona 241
Narrativas de un trayecto mestizo de traducción
Cédric Faure 255
Les nouveaux récits de la « Ville Lumière » à l’heure de la mondialisation
recensions d’ouvrages 273
livres et revues reçus 291
traduction en anglais : Letitia Trifanescu
photographies : Christine Delory-Momberger
tirages : Atelier Publimod ParisWELCOMING BEING WELCOMED
ALTERITY AND EDUCATION
Christine Delory-Momberger & Augustin Mutuale (eds.)
editorial
Christine Delory-Momberger 11
topical paper
Gérard Gromer 15
Welcoming, sheltering
debate
Michel Agier 23
“What the city does to migrants, what migrants do to the city”
special topic
35Christine Delory-Momberger & Augustin Mutuale
Welcoming Being welcomed. Alterity and Education
Martine Janner-Raimondi 41
Tinking the welcome: from diversity to alterity
– a space for the ethical and the political, for building the common
Christiane Vollaire 53
Without borders ?
Adeline Sarot & Marie Rose Moro 65
School, the frst institution welcoming alterity: for an inclusive society
Roland Janvier 79
Te thresholds of social work organizations:
Random scenarios creating a possible common ground
91Pascal Ourghanlian
Te illusion of a threshold or a true place?
Te welcoming function in a Center for early social and medical action
Sylvie Morais 105
To the school of alterity: living arts
crossings
Philippe Bazin 117
Not photographying migrants. Why?
Pauline Peretz 121
Writing for someone elseresistances
131Entretien avec Sébastien Tiéry
When life invents the city…
the instant for care
Pascale Molinier 143
Welcoming and the pleasure of caring
Pascal Fugier 151
Welcoming the other’s singular needs and desires:
the counter-attitude of personal care assistants and home nurses’ aids
on biography research
Camila Aloisio Alves 165
Chronical illnesses and trials of the body, for the care givers,
the patients and their families: for an integrated care
field work
185Béatrice Mabilon-Bonfls & Alain Jaillet
Sciences scientifcity and school
networks
Gabriel Jaime Murillo Arango 201
Tiny life stories in education
early career contributions
Marie-Hélène Verneris 215
Justice and forgiveness. A possible co-existence behind bars?
varia
Alioune Bah 229
Inventiveness and responsibility: welcoming the other,
according to Derrida
241Miguel Orlando Betancourt Cardona
Narratives of a blended translation path
Cédric Faure 255
Te new narratives of the « City of lights » at the time of globalization
book reviews 273
291new publications
translation in english: Letitia Trifanescu
pictures: Christine Delory-Momberger
photo printing: Atelier Publimod Paris© Christine Delory
éditorialéditorial 11
Christine Delory-Momberger
La question de l’accueil, lorsque nous concevions ce numéro, était d’une actualité trop
brûlante pour ne pas s’imposer à nous. Près d’un an plus tard, au moment de mettre
sous presse, les termes n’en sont pas changés, l’acuité hélas pas émoussée. Les conditions
perdurent en efet qui jettent sur les routes et sur les mers des milliers de gens fuyant
la guerre et la misère pour chercher asile en nos pays et n’y trouvant, sauf exception,
qu’une chiche hospitalité et un parcimonieux accueil. Mais si les États occidentaux,
pour la plupart, ne se montrent guère hospitaliers, les formes de solidarité individuelles
et collectives se multiplient, parmi les citoyens, dans les associations, pour fournir aux
migrants des conditions de vie meilleures, pour ne pas manquer à la dignité engagée chez
celui qui arrive comme chez celui qui reçoit, pour afrmer les droits de tout homme à
trouver sa place dans la communauté humaine. C’est d’abord au regard des conditions
faites à ces milliers d’exilés que notre numéro interroge les dimensions sociales, juridiques
et politiques de l’accueil mais aussi ses implications éthiques et philosophiques, tant pour
l’accueilli que pour celui qui accueille, selon la réciprocité constitutive que fait entendre
en français le terme d’« hôte ».
L’accueil fait à « l’étranger » n’est souvent que le symptôme ou le point avancé de la
capacité d’une société à inscrire la disposition d’accueil dans ses modes de fonctionnement
et dans les rapports que ses membres entretiennent entre eux. Une société « accueillante »,
c’est une école « accueillante », ce sont des institutions « hospitalières » qui le soient vraiment,
des organisations du travail social qui mettent l’accueil au centre de leurs préoccupations
et de leurs fonctionnements. Une société « accueillante », c’est une société du « commun »
qui pense et qui vit l’altérité non comme une diférence produisant de la mise à l’écart
et de l’exclusion mais comme une ressource s’ajoutant à d’autres ; c’est une société dont
les membres, tous les membres, anciens ou nouveaux, autochtones ou allochtones, sont
capables de reconnaître leur propre altérité et de faire de cette reconnaissance de l’autre en
soi le seuil où accueillir l’autre hors de soi. Nombre d’articles de ce numéro plaident pour
la traduction de cette « pensée du seuil » en politiques et institutions du seuil, en envisagent
les préalables et les conditions, et en appellent à l’instauration de l’en-commun qui seul les
rendrait possibles.
Sous-titrant ce numéro « Altérité et éducation », nous avons souhaité marquer combien,
dans la conception globale et politique de l’éducation portée par la recherche biographique,
était centrale la question de l’accueil, la question de la réception, de l’hospitalité faite à 12 le sujet dans la Cité
ce qui n’est pas soi. Le processus d’éducation à l’œuvre tout au long du développement
humain, qu’il soit individuel ou collectif, qu’il prenne la fgure du déploiement d’une
existence, d’un groupe ou d’une société, se construit, se nourrit de la rencontre avec
l’altérité : altérité du monde, altérité de l’humain en soi et hors de soi, altérité de la vie et de
l’expérience, qui seule fait « grandir », tire hors de soi, transforme. Ce qui s’engage dans ces
« scènes de l’accueil », pour l’accueilli et pour l’accueillant – dont les places sont toujours
provisoires et réversibles –, c’est ce procès d’éducation qui signe entre eux, entre nous, une
commune condition humaine. Mais ce sont aussi les institutions, ce sont les formes de la
Cité capables de la préserver, de la garder de l’enfermement et du repli sur soi, de lui ouvrir
les espaces d’une citoyenneté ouverte et d’une humanité partagée.
© Christine Delory
article d’actualitél'accueil, l'abri 15
l’accueil, l’abri
1 Gérard Gromer
« La perfection ? La tranquillité dans le désordre. »
Zhuangzi.
« Il faut imaginer les lieux pour entrer en prière. »
Ignace de Loyola, Exercices spirituels.
J’ai devant les yeux une gravure de Dürer, un Saint Jérôme, enfermé dans sa bibliothèque
avec son chien. J’ai moi aussi ma bibliothèque, beaucoup de livres n’ont pas trouvé place
sur les rayons. Je me suis marié avec une intellectuelle qui, comme moi, aimait les livres et
en collectionnait certains. Je ne sais laquelle des bibliothèques avait accueilli l’autre.
Les ouvrages consacrés aux codes de l’hospitalité attendaient, bien en vue, derrière
une vitrine. Le domaine est vaste, il y a quelque chose d’hospitalier dans tout rapport à
l’autre et à soi-même. Accueillir l’autre est une nécessité qui peut, dans certains cas, se
convertir en pure folie.
Ces ouvrages, pour la plupart, appartenaient à mon épouse. Nos intérêts n’étaient
forcément pas superposables, chacun de nous cultivait son jardin secret. Les livres réunis
sous la rubrique « hospitalité » témoignaient des engagements de ma femme. Elle avait été
« bénévole », proche de certaines associations humanitaires, elle connaissait à fond, pour
aider les réfugiés, les sans-abri, les méandres des protocoles bureaucratiques. Elle n’avait
jamais supporté que l’hospitalité soit désormais le plus souvent refusée, que l’Europe se
montre incapable d’accueillir, et que l’humanité ait perdu le sens de l’accueil.
Aujourd’hui, je suis face à ces livres, les miens, ceux que je n’ai pas choisis, ceux
qui ont vieilli, qui appartiennent à une époque peu concernée par la mondialisation. Je
les contemple tous, le cœur serré. Ai-je rêvé ? Mais les volumes qui traitaient des principes
d’hospitalité me faisaient signe. Ils étaient sortis de leur sommeil et murmuraient dans
ma direction : ouvre-moi, plonge-toi en moi, sers-toi de moi et ne me lis pas que des
1 Journaliste indépendant, Gérard Gromer est ancien producteur à France Culture. Il tient la chronique États d’alerte
sur le site « Le sujet dans la Cité » : www.lesujetdanslacité.com. Courriel : revue@lesujetdanslacite.com16 le sujet dans la Cité
yeux ! Moi, je voyais les choses plutôt en termes d’habitabilité ! La planète allait devenir
inhabitable, les humains ne disposeraient plus que d’une seule langue, le globish, dont la
pauvreté dévitalisait l’esprit. Les gouvernements avaient perdu la volonté de loger l’étranger
vulnérable et déraciné, parvenu au terme de sa pérégrination. Je me disais cependant que
rien n’était encore joué et je continuais, modestement, à rendre compte de l’accueil annuel
des enfants de Tchernobyl par des familles alsaciennes généreuses, bien organisées et
sensibles au paysage de l’adolescence.
Les revues ont elles aussi leur importance. J’étais à la recherche d’un texte qui
m’avait impressionné et que j’avais égaré. Il s’agissait de Kant, pour qui tout était afaire
d’accueil, et qui pensait régler les problèmes internationaux en appliquant un principe
d’hospitalité universelle. J’y voyais la préfguration de l’accord de cette communauté
internationale qu’un Roosevelt, visionnaire et déjà à l’agonie, avait arraché à Staline :
une organisation universelle adoptée en décembre 1948, l’ONU. C’est elle qui a voulu
universelle « la déclaration des droits de l’homme », cette voix, dans le monde, qui faisait
vibrer mon épouse comme tous les militants des associations humanitaires qui tentaient
d’inféchir l’ordre réel.
Partout, dans les cités comme entre les États, là où il aurait fallu des ponts, des
passerelles, c’est bien connu, on met des murs, on rejette, on clive, on privatise, on ferme,
on entre dans des bouts de ville avec des cartes numériques. Face à ce monde devenu
odieux, trouver où s’abriter était un exploit. Et puis il fallait, pour accueillir, autre chose
qu’un abri, une protection. Il fallait un état d’esprit, une ouverture, une noblesse, des
moyens, un style, peut-être une table, tout un art pour honorer, mettre en confance, faire
exister l’étranger que vous avez la chance de voir arriver. Poussé par un insistant besoin
d’élucidation, j’ai voulu comprendre non pas tant ce que signifait pour moi l’accueil,
mais comment cette notion était entrée au plus intime de ma vie, comme une vérité que je
possédais, maintenant et pour toujours, dans mon âme et dans mon corps.
J’ai commencé très tôt à fréquenter l’opéra, et c’est au cours de l’acte I de la Walkyrie
que j’ai compris ce qu’il en était du principe d’hospitalité. Wagner met en scène un fuyard
(Siegmund) qui se voit ofrir l’asile. Il est épuisé et reconnaissant. La maîtresse de maison
(Sieglinde) l’accueille à bras ouverts, et pour cause : cet étranger est son frère. Le maître de
maison (Hunding) voit aussitôt en son hôte un ennemi. Il attend son heure mais respecte
la coutume, avant de se lancer à la poursuite de l’indésirable inconnu. Mais c’est quand
j’ai entre les mains l’Évangile de Jean, qui résume en quelques mots l’immense découverte
du catholicisme, que, pour la première fois, la réception de l’hôte m’est apparue dans sa
dimension mystérieuse et sacrée. Cette phrase, qui scintille au cœur du Credo, est pour
moi au fondement de l’hospitalité. Et quand elle est mise en musique, comme dans les
Messes de J. S. Bach, Mozart, Beethoven, je sens toujours monter en moi une intense
émotion et une immense joie. « Et incarnatus est. » « Et le verbe s’est fait chair, et il habite l'accueil, l'abri 17
parmi nous ! » Voici donc un dieu – le Dieu des chrétiens – qui se révèle au monde en
s’incarnant et que les humains ont la possibilité, non seulement de se représenter : ils
sont invités à l’accueillir au plus intime d’eux-mêmes en se l’assimilant par l’Eucharistie.
Le christianisme, en son fond, est cannibale, comme l’est probablement toute réception
hospitalière lorsque celle-ci, en s’ouvrant à l’autre, cherche à se l’assimiler, à s’approprier
ses vertus. On peut respecter son hôte, le reconnaître dans sa singularité, ne pas le juger, le
mettre sur un piédestal, et secrètement le dévorer. Par amour.
J’ai connu, enfant, plusieurs bombardements pendant la deuxième guerre mondiale.
Le matin de cette année-là (1942 ? 1943 ?), je venais de jouer dehors, je rentrais à la
maison, il était onze heures, c’est dans l’escalier que j’ai senti le soufe de la bombe. C’était
mon premier bombardement. L’engin était tombé au bout de la rue, à cent mètres, sur un
immeuble. Parmi les victimes, certaines étaient de la famille de mon père. J’étais un de
ces enfants mélodieux, tour à tour courageux ou craintif, un peu comme les kids dans les
flms de Charlie Chaplin. J’ai fait très tôt l’expérience de la nature criminelle de l’homme.
On comprendra que le mot « habitabilité », quand je l’entends, me fasse ricaner.
Souvent les logements qu’on propose me paraissent inhabitables. On a oublié que
« l’architecture, ce n’est pas simplement fait pour abriter, c’est pour exister », comme
l’afrme Christian de Portzamparc, qui évoque une « émotion architecturale » devenue
introuvable, et aussi un étonnement primordial devant les «  lieux forts  ». Est-ce
« l’inhabitabilité » ambiante qui fait que je suis difcilement localisable, que j’ai plusieurs
adresses, que j’habite tantôt ici, tantôt là, et que j’ai plusieurs « moi » à loger ?
On se souvient des interrogations d’un Blanchot, d’un Adorno : quelle poésie écrire
après la Shoah et Hiroshima ? Quelle musique composer ? Mais l’architecture ? Jacques
Derrida s’est, lui aussi, saisi de la question : « Peut-on construire et que peut-on construire
après l’holocauste ? » Selon lui, il s’agirait à la fois de déconstruire et de reconstruire dans
le même mouvement. Et il appelle de ses vœux une architecture « déstabilisée », libérée de
sa soumission aux valeurs de « l’habitabilité ».
Y a-t-il encore des formes possibles, pensables, désirables ? Certains cherchent
une réponse au Japon, dans l’architecture domestique japonaise, dans un espace qui
instaure d’autres rapports entre le dedans et le dehors. L’architecte post-holocauste et
contemporain de ce que nous sommes et fabriquons, c’est Frank Gehry. Son œuvre ne
dégage rien de solide, d’uni, de bien ancré. Sa maison, comme la mienne, est sans toit, sans
fondation, et possède des fenêtres coupées à angles abrupts. Les matériaux sont pauvres,
Gehry introduit, non sans une certaine folie, le carton, la toile, les plaques de plexiglas, les
grillages industriels, les tuyaux de terre cuite. Pour lui, 98 % des bâtiments construits sont
stupides, ignorants du design, de l’échelle, et sans respect pour l’humanité et le jugement.
Mon état d’esprit est celui d’un anti-identitaire défnitif. Je garde ma carte
d’identité dans ma poche. Je sais que pour être heureux, mieux vaut vivre caché. Mes 18 le sujet dans la Cité
amis ont beaucoup de mal à me localiser, j’ai plusieurs « chez moi », j’essaie de déjouer les
assignations à résidence. De m’extraire de ce monde invivable où des sans-abri, des
sanspapiers, des clandestins, des rejetés du territoire, quand arrive l’heure, sont repris chaque
soir par la même interrogation : où dormir ? Je connais une famille dont le fls a disparu
socialement dans un squat ; un médecin de l’île de Lampedusa m’a décrit la prise en charge
des migrants : fouilles, identifcations, bureaucratie, fles d’attente, et le réfugié qui, peu
à peau, trouve à se repérer, et qu’on déplace en suivant les automatismes des protocoles
bureaucratiques.
Notre corps, explique Heidegger, a perdu le sens de la proximité. Les distances ont
été abolies mais la proximité s’en est allée. On ne se déplace plus guère, c’est inutile, on
a l’écran. Ou bien on se fait photographe quand on voyage en touriste. Ce qui disparaît
sous la domination du sans-distance, c’est la chose dans ce qu’elle a d’humble, de modeste.
Heidegger insiste sur cette dimension du modeste, du modique, l’étang, le héron, le
ruisseau… Si l’état de perception s’afaiblit, si vous ne voyez plus l’arbre, le fruit, la feur,
si vous êtes insensible à la beauté du monde, si vous ne sentez pas les couleurs, si vous
êtes fermé à la réalité telle qu’elle est, comment dans ces conditions pouvez-vous voir
la détresse de votre prochain ? Vous la voyez peut-être mais vous l’oubliez aussitôt. Ou
peut-être même, ceux qui sont contrôlés, surveillés, qu’on flme, qu’on fche, dont on
conteste le droit d’être là, à qui on refle les corvées dont personne ne veut, peut-être
avez-vous accepté, dans votre générosité, de vous en occuper, de ces étrangers. Mais on
peut accueillir, soigner, faire de la pédagogie, et ne pas voir la personne, ne pas lui donner
le sentiment qu’elle existe pour vous. Dans ce cas, vous ne faites de l’hospitalité qu’un
formalisme vide.
Je n’ai pas l’indécence de comparer ma situation à celle des déclassés, des vagabonds,
des sans-emploi qui traînent un peu partout dans les rues, mais il m’arrive, au terme d’une
journée sans surprise, à l’heure bleue, d’être rattrapé par la même question : où dormir
cette nuit ? Souvent je vais à l’hôtel. Je préfère les séjours dans un établissement qui vise la
clientèle internationale et qui n’a pas réduit son ambition à la seule fonction touristique de
service. Je demande souvent une chambre single, mais en solo ou en duo, qu’importe, j’ai
à chaque fois une pensée émue pour ce que l’hôtel m’a permis de comprendre. C’est qu’à
l’hôtel, faire l’amour c’est bien autre chose que de le faire chez soi. La chambre d’hôtel vous
abrite mais ne vous protège pas. Elle n’a rien à voir avec ce que vous appelez dans votre
maison « la chambre à coucher » qui, non seulement vous abrite mais vous protège aussi.
Dans l’amour, le faire n’est pas afaire de production. On fait l’amour pour exister,
pour s’exposer. Et on s’expose bien plus à l’hôtel qu’à domicile, ou dans son studio, son nid
d’amour, quand la relation est extra-conjugale. Lorsque je descends à l’hôtel, je sais que je
suis dehors et que le temps ordinaire s’est arrêté. Je ne suis plus chez moi, je suis de sortie,
l’aventure peut commencer. Pour quelques heures, pour une ou deux nuits, je vais pouvoir l'accueil, l'abri 19
enfn échapper aux horloges, à la famille, aux contraintes qui encombrent les jours. Dès
que je referme sur moi la porte de la chambre d’hôtel, je sens une excitation, le réveil des
passions, le désir, encore satellisé il y a peu, qui retrouve ses ailes. En même temps la vie se
révèle à moi dans sa vérité simple.
Il arrive que des amoureux découvrent, émerveillés, un site, une ville qui les attire,
2les inspire et semble leur être destiné. Ainsi cette jeune femme, Laure Murat , appelée à
enseigner le français à Los Angeles, qui tombe amoureuse de cette ville sans bords, sans
véritable centre, sans mouvement, qui possède une lumière unique, et dans laquelle elle
se sent libre. « L. A. est anti-phallique. Elle accueille et n’impose rien. » Le contraire de
Paris, dont les habitants, surveillés, contrôlés, coexistent sans plus se connaître. Le coup de
foudre, vous pouvez aussi le ressentir, seul ou à deux, pour tel hôtel lointain dans lequel
vous pensiez ne descendre que pour un bref séjour et qui, tout à coup, vous enchante,
vous hypnotise et vous fait prisonnier. C’est ce qui arrive aux personnages de La Montagne
magique, le roman de Tomas Mann. Subjugués, ils s’abandonnent à la mystérieuse
hospitalité d’un lieu, le « Berghof ». L’hôtel les accueille, les régénère. Les vieilles peaux
tombent, les hôtes reprennent vie, ressuscitent, conscients que c’est ici, maintenant, que
leur destin se joue.
Quand Angela Merkel, à contre-courant d’une Europe égoïste, violente, sans
âme, ouvre l’Allemagne aux réfugiés, les organisations caritatives participent, aux côtés
de l’État, à la prise en charge des demandeurs d’asile. Mais l’hospitalité a été retrouvée
dans toute sa dimension lors d’un événement en 2015 : le Salon du livre de Francfort.
L’Allemagne, en efet, histoire de faire honneur aux migrants, avait invité la Syrie. Des
libraires de Damas exposaient des ouvrages imprimés pour l’essentiel en Égypte. Le signal
était éloquent : nous avons besoin de vous et nous vous payons pour faire tourner notre
économie. Mais il nous importe de vous faire savoir que vous existez pleinement pour
nous. Nous vous accueillons, nous accueillons vos livres, votre culture, votre histoire, et
nous n’imposons rien. Mais sachez que l’humour est apparu en Europe dans la mouvance
judéo-chrétienne (Rabelais) et avec les Grecs : Aristophane a joué avec les mythes, les rites,
et porté les croyances « hors du temple ». Nous avons plus que jamais besoin de ce rire, et
de la jubilation, si nous voulons nous accepter les uns les autres par-delà nos divergences
spirituelles et culturelles, sur lesquelles, encore aujourd’hui, chacun de son côté risque de
s’appuyer pour se défnir.
Le grand salon européen du livre avait, cette année-là, atteint des sommets. Les
organisateurs, très excités, avaient décidé de frapper un grand coup. Ils ont invité l’immense
Salman Rushdie, l’auteur des Versets sataniques, pour une conférence, créant l’incident
2. Laure Murat (2016). Ceci n’est pas une ville. Paris : Flammarion.20 le sujet dans la Cité
diplomatique avec la délégation iranienne qui avait sa vitrine au Salon et qui, dépitée, a
aussitôt plié bagage et claqué la porte. Il ne pouvait y avoir meilleur choix : Rushdie a su
observer avec le même scepticisme la modernité occidentale et l’archaïsme oriental. Et il
faut saluer l’opportunité de son humour, fait du « mariage du pas-sérieux et du terrible ».
Je reviens à mon idée : l’inhabitabilité. Je compte les livres qui, en pleine accélération
mondialisée, proposent des considérations sur les vertiges de notre temps. Vais-je renouveler
ma bibliothèque ? Mais voici Lao Tseu. La Chine. Une civilisation encore plus ancienne,
que l’Europe aurait pu rencontrer du temps du grand missionnaire Matteo Ricci. Si j’étais
architecte, je chercherais mon inspiration chez Lao Tseu : « Ma maison, ce n’est pas le mur,
ce n’est pas le sol, ce n’est pas le toit, c’est le vide entre ces éléments, parce que c’est là que
j’habite. »© Christine Delory
débat" ce que les villes font aux migrants, ce que les migrants font à la ville " 23
« ce que les villes font aux migrants,
ce que les migrants font à la ville »
1Michel Agier
Rédaction Le sujet dans la Cité : L’anthropologie de la ville que vous construisez vous amène
à interroger « ce qui fait ville ». Quelle place y a-t-il, historiquement et anthropologiquement,
à l’accueil, à l’accueillir dans ce « faire-ville » ?
Michel Agier : Pour répondre à cette question, je pourrais
parler du projet Babels, une recherche collective sélectionnée
par l’Agence Nationale de la Recherche, que nous venons de
démarrer et dont le sous-titre est « Ce que les villes font aux
migrants, ce que les migrants font à la ville ». La dynamique
des villes me semble toujours être liée à la mobilité, les villes
ne sont jamais sorties de terre toutes seules et les citadins
viennent toujours de quelque part. L’historien Michelet
eau XIX siècle avait eu cette phrase à propos de l’histoire de
Rome : « De l’asile naît la ville ». Cela voulait dire que la
petite ville de la Rome antique qui avait accueilli les étrangers
dont la ville d’à-côté ne voulait pas était devenue grâce à
eux la grande ville de Rome. L’accueil me semble intrinsèquement lié au « faire ville ». Si
aujourd’hui des questions se posent par rapport à l’arrivée des migrants, c’est que l’on a des
problèmes, non pas avec eux, mais avec notre attitude envers eux. Comment se comporter
avec des gens qu’on ne connaît pas, qu’on n’attendait pas et qui sont maintenus à l’écart,
rejetés, et éventuellement même violemment rejetés ? Toute la vie des villes est faite de ce
fux permanent d’allers et venues. La mobilité inter et intra-urbaine est une caractéristique
de la ville. Empêcher les gens d’arriver, c’est empêcher la ville de fonctionner. Si on se
1. Michel Agier est anthropologue, chercheur à l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et directeur
d’études à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS). Parmi ses dernières publications : Michel Agier (dir.)
Un monde de camps. Paris : La Découverte, 2014 ; Les migrants et nous. Comprendre Babel. Paris : CNRS Éditions, 2016.
Courriel : agier@ehess.fr
L’entretien avec Michel Agier a eu lieu en juin 2016, quelques mois avant le démantèlement du campement de
migrants de Calais (octobre 2016).24 le sujet dans la Cité
pose la question maintenant, c’est parce que précisément un des débats que nous avons en
France, en Europe et plus généralement dans le monde, c’est comment faire quelque chose
avec la mobilité, comment créer de l’accueil, de l’ancrage et de l’hospitalité.
Rédaction Le sujet dans la Cité : Vous avez ajouté à la dualité « lieu »/« non-lieu » travaillée
par Marc Augé un troisième terme, celui de « hors lieu ». Pourriez-vous resituer ces termes, et en
particulier le dernier, au regard de la capacité/incapacité de la ville d’aujourd’hui à accueillir ?
Michel Agier : Cette question vient rejoindre ce débat. On ne connaît plus aujourd’hui
l’histoire des villes, sinon on saurait qu’elles se sont faites avec des migrants et de la
mobilité. Ce qui est produit maintenant, et notamment avec les hors-lieux, ce sont des
surnuméraires parce qu’on a perdu cette capacité de penser la ville en lien avec l’hospitalité.
On a beaucoup discuté des « non-lieux » de Marc Augé mais on oublie que le concept de
référence, c’est celui de « lieu » au sens anthropologique. C’est un espace auquel on associe
de l’identité, des relations et de la mémoire. Ces trois choses ne sont pas faciles à lier, et
aujourd’hui, dans le monde, on a de plus en plus de situations dans lesquelles les lieux,
les espaces où l’on vit sont de moins en moins associés à de l’identité et à de la mémoire.
On a peut-être une identifcation aux lieux mais on n’a pas de mémoire dans ces lieux.
Il m’est arrivé de dire à propos des camps de réfugiés qu’après de nombreuses années les
habitants pouvaient être attachés à leur espace et déclarer « c’est mon camp », comme
on dit « c’est mon village ». Mais les camps ne sont pas considérés comme des lieux de
mémoire et, au bout de cinquante ou soixante ans, comme pour les camps palestiniens,
on se pose la question de la mémoire. On commence maintenant à avoir quelques formes
de muséographie à l’intérieur de certains camps. Je pense au camp de Dheisheh près de
Bethléem qui abrite un petit musée de l’histoire du camp : peut-être que ce hors-lieu est
en train de devenir un lieu.
Je ne vais pas développer ici ce qu’est le non-lieu dont parle Marc Augé, on
connaît les associations qui sont liées à cette notion, les aéroports, les autoroutes, les zones
commerciales. Et s’il est important de montrer qu’il y a du lieu dans le non-lieu, il y a
quelque chose qui reste toujours vrai, c’est la pratique de ces espaces liée à l’anonymat, à
l’absence de relation, même s’il y a énormément de technologie pour nous faire consommer,
pour communiquer, pour nous dire où aller, canaliser nos circulations. Le hors-lieu, c’est
quelque chose qui ne se situe pas exactement au même niveau, il peut y avoir lieu et
horslieu en même temps. L’idée de hors-lieu vient surtout de Foucault, de l’hétérotopie. C’est
comme si on avait une hétérotopie dans sa forme matérielle alors que les hétérotopies
peuvent désigner toutes sortes d’espaces autres et même des espaces imaginaires. Là en
l’occurrence, avec les hors lieux, je me suis intéressé à des hétérotopies avec lesquelles
nous avons un rapport d’extériorité, que nous considérons comme des « dehors ». Le " ce que les villes font aux migrants, ce que les migrants font à la ville " 25
hors-lieu, c’est le dehors qui est bien réel, matériel, que nous pouvons fréquenter. Et c’est
ce que j’ai fait en disant que les camps de réfugiés sont des lieux où il faut aller. Il faut
arrêter de les considérer comme des lieux extra-territoriaux, comme le dit la fction de
l’exception, de l’extraterritorialité géopolitique. Ce sont de vrais lieux et on peut en faire
une cartographie. Et ensuite il s’agit de voir comment ces hors-lieux, défnis par
l’extraterritorialité, l’exception et l’exclusion des personnes qui y sont, peuvent redevenir des
lieux vivants, des lieux vivables.
Rédaction Le sujet dans la Cité : Quels sont les processus à l’œuvre aujourd’hui dans la ville
– économiques, sociaux, politiques ou proprement « urbanistiques » – qui produisent du
« horslieu », du dehors, de l’exclusion ?
Michel Agier : Je pense qu’il peut y avoir plusieurs processus à l’œuvre. Il y a les camps, les
zones d’attente, les zones de rétention, toutes les zones de confnement : tous ces lieux-là,
c’est l’État qui les produit et non pas la ville. Ils peuvent pourtant être producteurs d’une
certaine forme d’urbanité et de relation comme ce qui s’établit dans la ville, même si à
l’origine ce sont des « dehors » qui ont été créés par des décisions administratives de l’État.
Est-ce qu’un ghetto américain est un hors-lieu ? Cela peut l’être mais pas forcément, le
ghetto a été historiquement aux États-Unis une espèce de sas pour arriver dans les villes et
il n’a pas toujours eu la signifcation négative qu’il a aujourd’hui. Si l’on prend l’histoire
edu ghetto depuis son invention au XV siècle à Venise, on voit efectivement que le premier
ghetto, créé par décision du Conseil de la ville, est une forme de « dehors », une forme
d’extra-territorialité, puisqu’on a dit aux juifs de la ville de Venise de rentrer le soir dans
leur quartier de confnement et de n’en ressortir qu’au matin. Ce quartier est fermé, il a
une porte. Il y a donc une forme d’état d’exception pour une partie au moins de la vie
quotidienne de ces marchands juifs.
Toutes les fgures de ghetto ne correspondent pas forcément à cela mais il m’a
semblé intéressant de faire un lien entre la forme du refuge et celle du ghetto. Le refuge
est un moment d’urgence, un peu comme l’est le campement qui à un moment donné
s’installe quelque part, que ce soit par exemple à Stalingrad ou à la porte de la Chapelle. S’il
n’y a pas d’habitants qui viennent marquer des formes de solidarité à ceux qui rejoignent
ce campement, leur apporter des vêtements, de la nourriture, qui créent un échange avec
eux et ouvrent cet espace, et si cet espace se renferme, il y a alors la mise en œuvre d’un
dehors à l’intérieur même de la ville, un espace d’exclusion. Je ne crois pas du tout que
ce soit un processus inévitable de la ville en tant que telle, c’est un ensemble de forces
politiques, gouvernementales qui produisent ces mises à l’écart. C’est ce qu’on a vu à
Calais, notamment en avril 2015, l’État et la mairie ont produit ce hors-lieu du camp de
regroupement où les migrants ont été rassemblés, alors qu’ils étaient dispersés à diférents
endroits de la ville.26 le sujet dans la Cité
Rédaction Le sujet dans la Cité : Au-delà des motifs politiciens et électoraux, voyez-vous une
raison ou un arrière-fond historique dans l’incapacité des pays européens et de l’Europe
ellemême à répondre de manière appropriée aux demandes massives d’accueil de migrants venus
d’Orient et d’Afrique ?
Michel Agier : On est dans un contexte post-colonial,
c’est un état de fait, et je pense qu’on y est encore pour
longtemps, d’autant plus que cette réalité-là n’a pas été
réellement assumée et réféchie. On le voit bien en ce qui
concerne la guerre d’Algérie, c’est un tabou assez terrible en
France du point de vue de l’histoire politique et de l’histoire
humaine, et le rapport qu’on peut avoir en France avec les
Africains du nord de l’Afrique est très marqué par ce passé
colonial. Cela me semble aussi valable pour le rapport avec
l’Orient. Je pense que le terme de « musulman » comme
le terme « nègre » viennent de la relation coloniale qui est
toujours à l’œuvre.
Il faut partir de la réalité historique, celle d’un langage raciste associé à une
domination raciale violente qui s’est formulée par l’afrmation prétendument scientifque
de diférences biologiques, de traits spécifés en termes de races postulant des diférences
irréductibles avec certains humains qui se situeraient à des niveaux diférents d’humanité.
Ceci est lié aux époques de l’esclavage et de la colonisation mais il en reste quelque chose en
Europe, en particulier dans le rapport au continent africain. On n’a pas le même rapport
avec le monde de l’Asie, de l’Amérique latine.
Rédaction Le sujet dans la Cité : Une des fgures du « hors lieu » que vous explorez plus
particulièrement est celle du camp, de l’« encampement », pour reprendre le terme que vous
utilisez. Comment se produit cette « mise hors lieu » que sont les camps dont on peut rappeler
qu’ils concernent plus de douze millions de personnes dans le monde ?
Michel Agier : Oui, douze millions si l’on considère efectivement les camps de réfugiés et
les camps de déplacés internes, mais quelques millions de plus si l’on ajoute les campements
qui relèvent d’une logique diférente mais qui entrent dans le même ensemble, et le million
de personnes qui se trouvent en transit dans les centres de rétention. Plutôt que douze
millions, il faut donc compter jusqu’à quinze, seize ou dix-sept millions. Les chifres sont
toujours discutables, et je ne suis pas un spécialiste des chifres, mais si je prends ceux qui
circulent dans diférentes agences onusiennes et internationales, on arrive à peu près à cela. " ce que les villes font aux migrants, ce que les migrants font à la ville " 27
2Il est vrai qu’il y a une diférence entre les camps du HCR pour les réfugiés, les camps de
diférentes organisations internationales pour les déplacés et les campements.
Le campement est un lieu de refuge, un abri dans un contexte hostile, xénophobe,
pour des gens qui ont fui un contexte de guerre et de violence, ou parce qu’ils n’arrivent pas
à passer une frontière. On a des campements dans les forêts du côté des barrières de Ceuta
et de Melilla au nord du Maroc, à Calais et dans diférents lieux du nord de la France, près
de la frontière ou sur la route des migrants des Balkans. Maintenant on a aussi les camps
qui sont créés par l’État. La police regroupe des gens et leur dit : « On vous tolère là mais
on ne vous tolère pas ailleurs. » C’est un acte de souveraineté sur des personnes et des
espaces et il ne s’agit plus de campement informel mais d’un camp qui a été décidé par une
autorité sur un territoire. Je considère que l’« encampement » relève de ces deux formes,
les gens peuvent « s’encamper » parce qu’ils se cachent, se protègent mais le plus souvent
l’encampement est le produit d’une politique pour des gens dont on ne veut pas, les
indésirables, les surnuméraires, etc. Et on voit bien qu’aujourd’hui, en Europe, la politique
qui est adoptée est celle pratiquée depuis longtemps dans les pays du Sud et qui consiste à
dire : « On ne vous veut pas ici, on vous met dans des camps. » Mais dans les pays du Sud,
il y a généralement une négociation avec l’HCR et avec les associations humanitaires, ce
qui n’est pas le cas ici. Des terrains sont concédés et d’énormes équipements sont mis en
place, c’est la raison pour laquelle on a pu parler d’« industrie humanitaire », si bien que
3j’ai évoqué l’idée d’un « gouvernement humanitaire  » qui se répand sur l’ensemble de la
planète, parce que de plus en plus d’États délèguent leur souveraineté à ces organisations
humanitaires internationales pour s’occuper de gens qui ne trouvent pas leur place
dans le système de l’État-nation dont ces gouvernements relèvent. Ces territoires sont
principalement en Afrique, au Moyen Orient, en Asie centrale, en Asie du Sud Est, et
on y compte des centaines, des milliers de camps. C’est une des formes d’existence pour
ces millions de gens. Ce qui est nouveau, c’est que l’Europe commence à faire la même
chose avec des procédures dont on voit qu’elles sont d’abord sécuritaires avant d’être
humanitaires.
C’est une des formes du gouvernement du monde aujourd’hui, peut-être parce
qu’elle est fabriquée avec la violence des États-nations et que l’absence d’une alternative
politique à un niveau qui serait autre que national ou régional, amène une production
permanente d’encampements, de mises à l’écart.
2. Haut Comité pour les Réfugiés (Agence des Nations Unies pour les Réfugiés).
3. Voir Michel Agier (2010). Gérer les indésirables. Des camps de réfugiés au gouvernement humanitaire.
Paris : Flammarion.28 le sujet dans la Cité
Rédaction Le sujet dans la Cité : Vous montrez comment dans les camps se « refabrique »
de la ville, comment les camps sont des « brouillons de ville ». Comment ce « faire-ville »
émerge-t-il, quelles « manières d’habiter » y participent-elles ?
Michel Agier : L’HCR a pu déterminer que la durée de vie moyenne d’un camp est de
dix-sept ans. Si l’on considère que certains camps sont vite défaits, on n’imagine pas que
les camps puissent durer très longtemps comme c’est le cas dans les camps palestiniens.
Ils sont là depuis plus de soixante ans, c’est aussi le cas au Kenya, au Pakistan, en Afrique,
etc. Dans le monde entier, il y a des camps qui durent depuis plus de vingt, trente ans.
À chaque fois que l’on a quelque chose comme une agglomération humaine, les gens
aménagent leur espace et commencent à l’habiter.
C’est cette idée d’habiter – et un précédent numéro de votre revue en parlait – qui
est importante. On habite avec les moyens du bord, il y a beaucoup de bricolage et une
des formes de l’évolution des camps ou des campements qui n’auront pas été rasés, c’est
le « brouillon de ville » ou le bidonville, pour l’appeler par le nom que l’on connaît en
France. Le bidonville, c’est le slum, la favela, c’est-à-dire des formes urbaines qui sont très
répandues dans le monde. Dans les pays du Sud, il n’y a rien de scandaleux à parler d’un
bidonville. Ce que signife le bidonville au-delà de sa matérialité précaire, c’est une forme
sociale d’attachement politique qui se noue entre les personnes qui y vivent et qui fait
qu’ils s’y sentent un peu mieux, et se sentir un peu mieux, cela résonne efectivement avec
cette idée d’habiter un lieu.
Dans le cas de Calais, après des mois d’expulsion en dehors de la ville et la création
du camp de regroupement en avril 2015 – entraînant la solidarité de gens venus d’un
peu partout en Europe, et notamment de Britanniques, qui ont amené des planches, des
bâches de très bonne qualité – des conditions matérielles se sont mises en place pour
améliorer la forme de l’habitat. Des habitants ont créé des petits restaurants, d’autres ont
monté des petites épiceries, ouvert des écoles, un centre culturel, une église, une mosquée,
etc. Quelque chose s’est donc fait que l’on peut formuler ainsi : « Là où vous ne nous
donnez pas l’hospitalité, on crée nous-mêmes un lieu hospitalier. ». C’est ce qui s’est passé
dans la zone du camp qui est devenue bidonville, et c’est justement cette partie-là du camp
que le gouvernement a décidé de détruire. Non pas parce que c’était insalubre, cela, ils
s’en moquent – à Grande-Synthe, les conditions d’insalubrité étaient bien plus terribles. À
Calais, le gouvernement a rasé le bidonville parce qu’il y avait là quelque chose comme de
la ville qui se mettait en place et que cela devenait un lieu hospitalier.
Rédaction Le sujet dans la Cité : Que pensez-vous de ce qui se passe à Calais autour
de l’opération « Réinventer Calais », visant à faire de Calais « la capitale européenne de
l’hospitalité » ? De telles entreprises volontaristes et qui revendiquent leur dimension utopique
peuvent-elles avoir une force de démonstration politique ?" ce que les villes font aux migrants, ce que les migrants font à la ville " 29
Michel Agier : Que se passe-t-il à Calais ? « Réinventer
4Calais », le projet associé à l’équipe de PEROU fait partie de
tout un ensemble. L’essentiel de ce qui s’est passé à Calais,
c’est ce processus très rapide qui a eu lieu. Pendant des
années, on a eu des campements, des squats dans diférents
lieux, et en 2015, l’État avec la maire de Calais décide la
formation d’un camp en dehors de la ville, à sept kilomètres
du centre. Cela aiguise l’opposition, la diférenciation entre
les migrants et les habitants de la ville, et cela ouvre la voie
à quelques habitants qui ont des comptes à régler et qui s’en
prennent aux migrants quand ils sortent du camp et qu’ils
vont dans la ville. Les associations d’aide aux migrants, une
fois le camp renvoyé à l’extérieur de la ville, ont beaucoup de mal à intervenir parce qu’elles
n’ont plus les moyens ni la dimension d’organisation pour faire face à un regroupement de
trois mille, cinq mille, sept mille personnes.
Il y a donc eu une rétraction de l’activité des associations locales mais en même
temps un incroyable développement d’organisations, d’associations européennes et
d’individus venus de beaucoup de pays d’Europe qui se sont mobilisés, notamment au
travers d’Internet. Personne n’avait prévu cela et surtout pas le gouvernement. Il y a eu
une association de Calais, « L’auberge des migrants », qui a ouvert un site Internet où les
gens pouvaient s’inscrire individuellement pour venir aider les migrants à Calais. Il y a
énormément de gens qui se sont inscrits et cette même association a fait le relais pour
d’autres associations britanniques qui ont voulu apporter de l’aide. On s’est donc retrouvé
avec des formes concrètes et matérielles de solidarité. Le hangar des migrants à Calais est
devenu quelque chose d’énorme avec des dons de nourriture, de vêtements, de couvertures
qui venaient en très grand nombre de tout un ensemble de pays de manière beaucoup
plus efcace que ce qu’on peut trouver ailleurs dans le monde. Quand on parle du camp
de réfugiés de Kakuma au Kenya, personne ne connaît ce nom et donc personne ne va se
mobiliser et rassembler de la nourriture et des vêtements dans un lieu comme Kakuma.
Avoir les moyens matériels, des ressources pour transformer le lieu en un lieu habitable,
c’est aussi beaucoup plus difcile et beaucoup plus long.
Ce qui s’est passé à Calais rappelle ce qui se passe dans beaucoup de camps de
réfugiés dans le monde, sauf que cela s’est passé en concentré, en quelques mois, avec la
présence de personnes venant d’Angleterre, de Hollande, d’Allemagne, de France, etc.
Certains se sont installés dans le camp et en ont transformé le paysage, ils en ont fait
4. Association PEROU (Pôle d’Exploration des Ressources Urbaines). Voir l’entretien dans ce même numéro avec
Sébastien Tiéry qui coordonne les actions de PEROU.