Activités agricoles en Haute-Alsace

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A partir des années 1950, le remembrement et l'essor de la motorisation ont entraîné une évolution des cultures et de la culture. Le présent témoignage de cette transformation agricole est présenté à travers le regard et les mots de ceux qui en ont été acteurs. Cette rupture technique n'a pas la brutalité que lui prête notre regard teinté de romantisme. Ceux qui ont vécu cette évolution ont assuré une continuité, preuve en est la richesse du vocabulaire dialectal que l'on peut recueillir plus d'une génération après les changements majeurs.
Publié le : lundi 1 novembre 2004
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EAN13 : 9782296378605
Nombre de pages : 302
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Activités agricoles en Haute-Alsace
1900-1960

Collection Les mémoires vivantes de l'Ecomusée d'Alsace Sous la direction de Marc Grodwohl et Richard Moreau Aux XIXe et XXe siècles, la société rurale alsacienne a connu d'importants changements. L'Ecomusée d'Alsace, voué à la conservation et à la présentation des traces de ces évolutions, cherche à en rendre compte dans sa collection Les mémoires vivantes, au travers d'études, d'analyses, de témoignages ou de débats.

Dans la même collection:

Catherine Roth, présentation de Marc Grodwohl, « Et les cerises scintillent toujours », Treize hommes de la terre racontent l'évolution et les révolutions de l'agriculture alsacienne, 1990. Marc Grodwohl, « La fantastique épopée des carrousels-salons », Quand le bonheur ne tenait qu'à un ... tour de cochon, 1991. Maurice Boesch, Marc Grodwohl, PieITe Gutknecht, François Kiesler, Bénédicte Nyyssonen, André Schneider et Freddy Willenbucher, « Le cheval, ses paysans et artisans », et le vocabulaire professionnel du dialecte alsacien, 1998. « Mille et une fêtes », actes du colloque tenu à l'Ecomusée d'Alsace les 20 & 21 octobre 2000, 2004.

Le groupe de recherche du vocabulaire professionnel du dialecte alsacien « Association de l'Ecomusée d'Alsace» présente

Activités agricoles en Haute-Alsace 1900-1960
et le vocabulaire professionnel du dialecte alsacien

Maurice Boesch François Kiesler André Schneider Freddy Willenbucher

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris France

L'Harmattan Hongrie 1053 Budapest Kossuth L.u. 14-16 HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

Première page de couverture: photographie Pierre Kraft, Fislis Dernière page de couverture: photographie Ecomusée d'Alsace, maison de Gommersdorf ISBN: 2-908941-09-0

@ L'Harmattan, 2004 ISBN: 2-7475-7377-X EAN: 9782747573771

Avant-propos

Si nous n y prenons garde, notre patrimoine, perçu dans toute sa complexité paysager, architectural, iconographique, coutumier, linguistique - risque de partir en lambeaux dans un monde qui va de plus en plus vite. En témoigne, chez beaucoup de nos jeunes, l'ignorance des choses de la terre et leur éloignement de la culture religieuse, rendant inintelligible l'époque que nous avons vécue il y a à peine un demi-siècle et qui leur est devenue étrangère à quelques décennies d'intervalle. C'est la prise de conscience des menaces qui pèsent sur ce patrimoine - qui est la fois notre mémoire et notre identité - qui a conduit, dans un sursaut salutaire, à la floraison des sociétés d'histoire locale, au développement des musées ruraux et des écomusées ainsi qu'à la défense des parlers locaux. Car le dialecte fait partie intégrante de ce patrimoine: les mots de tous les jours,
écrivait Richard Moreau en préfaçant, dans cette même collection - intitulée à juste titre « mélnoires vivantes» - le précédent volume consacré au cheval, sont porteurs de vie et de civilisation, dans la mesure où ils puisent dans l'expérience et la sagesse de nos Çlncêtres. La présente publication privilégie comme il se doit, compte tenu de l'enracinement de ses auteurs, les variantes haut-rhinoises d'un dialecte qui, nous le savons, revêt une prodigieuse diversité du nord au sud de la région. En s'attachant aux productions et aux activités agricoles elle témoigne de la richesse du parler populaire en nous projetant au cœur même de la vie quotidienne.

Passons sur les alsacianismes
prédictions météorologiques

-

"ils veulent du beau temps", dit-on à propos des

- et sur les nombreux dictons

-

"les poules ne pondent

pas pendant la saison de floraison du sureau" ,. doivent bénéficier en priorité du
purin "les prés qui entendent sonner les cloches",. "c'est l'avoine qui fait le cheval",. "betteraves de mai, petites betteraves" - qui, pour être imagés et savoureux, peuvent se retrouver dans d'autres régions. Attachons-nous plutôt, et cela sans déflorer le contenu du présent ouvrage, aux termes qui illustrent la permanence du carrefour culturel et linguistique qu'est l'Alsace entre France et Allemagne. Si certains mots correspondent à des
transpositions pures et simples de l'allemand

-

Nüdle, Krankhet,

Droht, Klee -,

d'autres témoignent de spécificités alsaciennes: cheval se dit Ross (et non Pferd) ; le vétérinaire est un Vehdokter (et non un Vieharzt),o le bouc se dit Hammel (et pourquoi pas Schofbock ?), la chèvre Geiss (et non Ziege), le porc Soj (et non

Schwein), le coq Güller (et non Hahn),. les fagots sont des Walla (et non des Bündel),. les surnoms des Ewernàma (tandis que le terme allemand est Spitzname)... Plus ou moins déformés, d'autres termes attestent une certaine perméabilité de la province à l'influence française. Si certains d'entre eux n'ont guère d'équivalent dans la langue allemande ("cornichon", "tomate" par exemple), d'autres font figure d'emprunts: tel est le cas dujute (prononcé Schüt), duplümon (pourquoi ne pas l'appeler Deckbett ?), du tracteur (rarement désigné par le terme de Schlepper), du Kültivateur (le mot Grubber est peu usité). Et puis, il y a ces spécificités haut-rhinoises qui fleurent bon le terroir, en tête desquelles figurent bien sûr les Hartiipfel... Nous apprenons ainsi que le terme de Scharmüs désigne non pas, comme c'est le cas dans la plupart des contrées alsaciennes, un mulot, une musaraigne ou autre campagnol, mais la taupe (habituellement appelée Maulwurf
ou Mülwerfer). Et que dire de la médiocre qualité du vin

-

affublé du nom de Giges

- qui a la propriété de tordre les boyaux (Ranzapfatzer), de faire exploser les joues (Backespranger), voire defaire sauter les rochers (Felsaspranger) ? Chargés d'un humour de terroir qui les rend parfois intraduisibles, témoins du passé dans la mesure où ils expriment un ensemble de gestes, de pratiques ou de représentations, les mots sont également la traduction des influences diverses qui, au cours des siècles, ont façonné la physionomie de la campagne alsacienne. A ce titre, ils méritent notre respect. Défense du patrimoine oblige.

Jean-Michel Boehler, Professeur d'histoire rurale à l'Université Marc Bloch, Strasbourg.

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Chapitre 1

LE MUSEE ET LES MOTS

Cet ouvrage n'a aucune prétention à ébaucher une histoire de l'agriculture en Alsace dans la première moitié du XXe siècle; il est promenade à travers les paysages du ban communal, tel que les anime la langue de ceux qui l'ont façonné, fait évoluer et même s'effacer. En filigrane, la mémoire dessine une opposition entre des pratiques constituées "au fil du temps", qui avaient cours jadis et naguère, et ont gagné en poésie en se fondant dans l'intemporalité des choses révolues, et les techniques arrivées "ensuite", "rapidement", qui ont toute la réalité du connu. Le début du siècle et l'entre-deux-guerres se fondent en une seule période, et le souvenir du marasme des années 1930 qui a contribué à retarder la diffusion des techniques modernes s'estompe face à celui, plus vivace, de l'occupation nazie et de l'après-guerre. Si le tournant agricole de la motorisation apparaît à ses contemporains comme une coupure délimitant un avant diffus et un après placé sous le signe de la machine, c'est seulement parce qu'il est le plus proche de nous, encore bien tangible puisqu'il a modelé le visage de l'agriculture et des pratiques agricoles d'aujourd'hui. Pour autant, le monde agricole d'avant-guerre ne doit nullement être perçu comme un espace et un temps immobiles qui se seraient vus imposer de l'extérieur une mutation qui les dénature. Les transformations de ces deux décennies ne découlent pas uniquement de telle influence exogène des décisions de l'occupant allemand ou de telle manne du plan Marshall. Certes, ces facteurs extérieurs ont participé au changement, et en complexifient parfois la lecture, mais ils seraient restés sans effet sans la dynamique propre de la société paysanne. Seuls protagonistes de l'écriture de cette nouvelle page de leur relation à la terre, les paysans ont modelé cette évolution; on retrouvera ainsi dans cet ouvrage, à côté des traces des réticences aux premières moissonneuses-batteuses, soupçonnées à rai~on de contribuer à la diffusion des mauvaises herbes, une certaine ironie vis-à-vis des chantres du progrès agronomique incitant à la culture des plantes fourragères. Les paysans ont eu pour toute réponse de se lancer dans la rémunératrice culture du maYs."Car le paysan est malin" a conclu un membre du groupe. A Bür ésch a Lür, un a Schelm vu N atür. .. Pour avoir changé de visage, le paysage agricole n'a pas changé de nature. Il demeure le résultat de l'action de l'homme. Si le remembrement et la poursuite de la mécanisation sonnent le glas des pratiques communautaires, l'agrandissement et la rentabilisation des exploitations s'inscrivent dans une volonté antérieure d'accéder à la propriété, notion rangée du côté de la liberté et du progrès dans la société paysanne depuis la Révolution française. L'investissement dans des machines performantes, le rachat de terres approfondissent plus qu'ils ne rompent avec des pratiques plus anciennes, comme l'absence d'épandage sur les bords des champs pour s'assurer que seul le sien profitera des amendements, ou la vigilance à la propriété qui conduit à accorder une grande importance au cadastre. La confusion de toutes les évolutions agricoles antérieures dans la forme unique de "l'agriculture traditionnelle" confirme bien plus qu'elle n'infirme l'aptitude de la société paysanne à créer et à assimiler les progrès agricoles. Les années 1950 mettent un terme à l'assolement, mais il ne faut oublier que les plantes sarclées avaient déjà remplacé la jachère dans cette pratique.

La mémoire subjective nous rappelle donc que le rapport au progrès n'est jamais neutre. Si les modifications des années 1950 sont aussi saillantes dans la mémoire, c'est que le culte du progrès a laissé place à une certaine déception, tous les investissements engagés n'ayant apporté ni les bienfaits, ni même les bénéfices escomptés. La mémoire est collectée aujourd'hui, alors qu'apparaît le souci du développement durable, prenant ses distances avec le "tout-technique". Le rôle joué par l'Ecomusée apparaît aisément. Dans sa vocation à présenter de manière vivante un collage de paysages alsaciens, paysages physiques aussi bien qu'oniriques, mêlant patrimoine matériel et immatériel, informations et témoignages, les collections vivantes du "terroir", élément de ce patchwork, y occupent une place importante. Autour de la reconstruction des maisons alsaciennes s'est naturellement imposée la nécessité de collecter outillage et savoir-faire, et, finalement, de créer un terroir cultivé, paysage indissociable du patrimoine bâti auquel il rend son sens et sa fonction, écartant toute représentation figée et muette, sans qu'il s'agisse pour autant d'une reconstitution pure et simple mettant le passé sous vitrine. Dans le dialogue qui s'instaure aussi bien entre deux parties de l'assemblage, le "village" et le "terroir", qu'entre les visiteurs et le patrimoine, le musée repousse la dichotomie entre un avant proche de la terre et un maintenant productiviste et seulement soucieux de rentabilité. Le musée bâtit un pont permettant de (re)découvrir et de comprendre des pratiques, de retrouver le fil d'Ariane d'une transmission ininterrompue, et des pistes pour l'avenir, même modestes. Le regard présent sur les activités passées n'appelle pas à la contemplation figée et nostalgique, ce qui serait un comble pour les espèces vivantes, mais pour ce qu'il nous apprend, d'abord sur nous-mêmes, puisque, in fine, ce sont toujours des hommes qui découvrent et s'enrichissent de l'activité d'autres hommes. Il en va de même pour la langue dialectale. Comme le bâti a appelé les champs, il restait à joindre la parole aux gestes en collectant les termes de dialecte alsacien désignant ces pratiques, autre forme de patrimoine immatériel. On pourrait objecter que faire entrer la langue dialectale au musée, c'est signer un peu trop vite son acte de décès. Tel n'est pas le cas, car il ne s'est pas agi de recenser "tout l'alsacien", mais seulement d'arracher à la disparition un vocabulaire précis, intimement lié à
des pratiques agricoles elles aussi révolues

-

car qui ne dit mot consent. La collecte

- ou la collection - de vocabulaire rassemblé dans cet ouvrage ne saurait avoir une prétention scientifique ou linguistique: restreinte à un espace géographique donné, transmise par des locuteurs directs, elle doit en outre accomplir le saut périlleux de la transcription d'une langue orale sous une forme écrite, ce qui a supposé la mise en place d'une convention, nécessairement arbitraire. L'ampleur de la récolte - près de 3000 mots et expressions - en soulignecependantla richesse. Reflets de l'environnement quotidien, les mots inventoriés illustrent parfaitement les tensions entre rupture et continuité à l' œuvre dans la société paysanne du premier XXe siècle. Aux côtés d'un vocabulaire technique qui n'est plus alsacien, mais français, employé parallèlement à la diffusion des machines, cette photographie linguistique donne à découvrir des mots colorés, qui peuvent paraître, au premier

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abord, peu spécialisés. Ils renvoient en effet à un autre système de représentation, où le temps et l'espace sont mesurés subjectivement et où les termes techniques naissent d'une image, sont intimement liés au geste qu'ils désignent. Mais l'imprécision n'est qu'apparente, et technicité et métaphore cohabitent facilement; savoir-faire et savoir-dire vont de pair, et, à travers les mots s'esquisse un univers physique et mental, celui du "paysan". Par ce terme, on entend, suivant la définition de Henri MENDRAS, elui qui fait partie de la société paysanne: les mots du paysan c au sens littéral sont aussi ceux du notaire, du médecin, du facteur... qui participent au même univers, à la découverte duquel invite cet ouvrage. Ainsi, dans une société marquée par des pratiques communautaires, un chapitre s'attache d'abord à décrire l'environnement direct du ban communal, cadre de cette vie collective. Suit la visite des champs, offtant un panorama des plantes cultivées et des techniques culturales. L'ébauche du paysage du ban se termine par un aperçu des diverses cultures extérieures aux assolements, et de l'élevage, autre part omniprésente de l'écosystème de la polyculture. Des photographies viennent illustrer les textes, issues des collections du musée, mais aussi du regard professionnel du regretté Pierre Kraft, et de l'album de famille de Freddy Ohrel, qu'il a généreusement accepté d'ouvrir et de raconter.

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Chapitre 2

MÉTHODE DE TRANSCRIPTION DIALECTAUX

DES TERMES

Dans sa vocation de sauvegarde du patrimoine alsacien, la conservation de la langue idiomatique rurale s'est posée d'autorité à l'Ecomusée d'Alsace. L'objet de cette étude procède d'une urgence, puisqu'à terme, les changements socioprofessionnels, technologiques et culturels du monde rural et la disparition progressive de la langue alsacienne feront glisser défmitivement dans l'oubli ce patrimoine verbal. Nous avons formé un groupe d'étude, ouvert à de nombreux témoins et personnes familiers du sujet. Ces personnes, souvent d'un certain âge, sont principalement des acteurs de la vie rurale qui ont encore la mémoire du vocabulaire dialectal alsacien des activités rurales (cultivateurs, artisans, vétérinaires ou techniciens de 1' agriculture). Les termes et expressions propres aux activités rurales ont été recueillis et inventoriés, puis confrontés à du matériel documentaire étymologique. Ce travail ne raconte donc pas les activités agricoles en tant que telles, mais présente les fruits de cette récolte lexicale, mis en situation dans un texte cursif en français, où l'on trouve les traductions des mots et expressions alsaciens en gras. Elles sont présentées en regard sous forme de listes, avec l'alsacien en italique et l'équivalent allemand entre parenthèses. Les dictons et locutions à caractère proverbial se trouvent entre guillemets. Un chapitre spécial est consacré aux proverbes proprement dits. La manière d'écrire l'alsacien n'a rien d'évident: le dialecte alsacien n'a jamais connu ni orthographe, ni normes grammaticales fixes. Comme les parlers alsaciens divergent notablement d'une partie à l'autre de l'Alsace, les transcriptions dépendent entièrement des origines locales des auteurs, et de ce fait sont fondamentalement phonétiques. Bien qu'il existe, depuis 130 ans environ, une expression écrite littéraire du dialecte alsacien, son histoire renforce plus qu'elle ne résout ces difficultés. La langue écrite et de chancellerie pratiquée en Alsace a longtemps été calquée sur la langue allemande: même après l'intégration de l'Alsace dans le royaume de France en 1648 après le traité de Westphalie, l'alsacien était perçu comme une partie de l'espace linguistique germanique plus que comme l'affirmation d'une spécificité culturelle particulière. Ce n'est qu'après la Révolution française, alors que sévissait la volonté jacobine "d'anéantir les patois et d'universaliser la langue française", comme l'a préconisé l'Abbé Grégoire, et I'hystérie anti-alsacienne et antigermanique suscitée par d'autres acteurs francophones de la Révolution en Alsace, que commencèrent à se constituer, çà et là, des réactions de "résistance". Quoiqu'exprimées en langue allemande, elles marquaient le début d'une prise de conscience régionale. Après l'intégration de l'Alsace dans le Reich allemand en 1871, cette conscience régionale en Alsace acquit une réelle dimension politique et culturelle et amena les acteurs de la vie culturelle à concevoir une expression écrite propre, opposée à l'allemand" qui symbolisait la germanisation culturelle par l'envahisseur. Depuis cette époque se développa une riche littérature écrite en dialecte, mais sans normes de transcription fixes.

De ce fait, les modèles d'écriture en dialecte sont disparates et aucune synthèse orthographique médiane n'a été possible. Nous avons laissé de côté la manière d'écrire qui s'est plus ou moins généralisée chez les auteurs actuels au cours des dernières décennies, pour adopter une convention d'écriture utilisant des signes graphiques interprétables par le plus grand nombre de lecteurs. Nous avons privilégié une transcription phonétique pour fixer les mots avec leurs divers sens et, en quelque sorte, avec leur "musique" . Dans cette optique, il nous a fallu choisir "quel" parler alsacien nous allions retranscrire: nous avons choisi celui de l'espace géographique de l'Ecomusée, voire de Guebwiller et de son proche environnement de la plaine rhénane. Pour la transcription, nous avons établi une convention, où nous n'avons retenu que des signes et des lettres connus de tout le monde, avec leur vraie valeur phonétique française et allemande. Ce système comporte trois types de valeurs linguistiques: - le vocalisme, définition des valeurs phonétiques des voyelles; - le consonantisme, fixation des valeurs des consonnes; - les marques d'allongement, notation de la longueur des syllabes, qui font structurelIement partie du message sémantique transmis dans la chaîne parlée d'une langue. En règle générale, nous rapportons les mots dans leur forme au singulier. Mais il arrive que dans des citations et locutions usuelles et idiomatiques, nous les présentions au pluriel. Il est à noter que la marque phonétique finale en alsacien varie selon les différentes parties de l'Alsace. Dans la zone de référence, on emploie indifférement a ou i, avec une nuance démonstrative pour le i et généralisante pour le a.

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VOCALISME

BillI[
a
!i!pl~ iaune;

Mahl, farine

a.

à
fi

Kàlb, veau; Wàld,forêt
Kdlta~ IToidure

-

acacia: Alsace
an dénasalisé. Son absent en français - peut être simulé par "an" avec le nez bouché

e
é 0

o.
u. ü. j. ai. aj. àuj.

eil.
ej. oie euj.

decka,couvrir déck, gros ;jlécka, raccommoder Boda~ sol; rot, rouge rare - mots importés - Qs, œillet Wurst~saucisse Bür paysan: Mür mur Semi-voyelles mouillée Jud~ iuif Mai, mai; saiga, donner à têter saja.. semer Bàuim, arbre; blàuÎ. bleu Seil corde nej, nouveau; Sej, porcs (oluriel) Soi. cochon Rare, mots importés Milfeuj, mille-feuille diphtongue usuelle en Alsace du Nord

é. è.
é. o. eu ou u. i. ai. aille.

maison
zèle évité, échéance. rose~pot peu, Meuse poule mur iode, yeux. travail, ail. paille, aïe! travail treille coyote treuil

ail. eille. oi. euil.

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CONSONANTISME
En règle générale, les consonnes sont prononcées en dialecte alsacien et en allemand comme en français, sauf: . g se prononce en tous les cas comme le g français devant a ou u ; . qu est prononcé kw (Quarz se pronee "Kwàrz") ; . v se prononce comme le f français, sauf dans des mots étrangers repris en allemand;

.w

correspond

au v français;

. z se prononce ts ou tz.

En allemand, le s est, selon sa position, soit sonore comme dans "rose" en français, soit sourd comme dans "rosse". Il existe en allemand une consonne" sz", (écrite 8) : elle correspond à un s double, donc toujours sourd. Nous l'écrirons SSe Le sch se prononce comme un ch français appuyé (chat). St ou sp doivent être lus scht et schp. Le chs de certains mots (Àchs, Ochs) est prononcé comme x. Le h en initiale du mot devant une voyelle est toujours aspiré (hoch, élevé; Haus, maison). Il en va de même pour le h initial des mots composés, et qui se trouve graphiquement à l'intérieur du mot, (Wirtshaus, auberge), ainsi que des éléments et suffixes de composition tels que "-heit" (Freiheit, liberté), "-her" (vorher, avant). Le h interne (Lehrer, instituteur) est muet et est presque toujours une marque d'allongement de la syllabe qu'il ferme. Les consonnes sourdes p, t, k sont nettement distinguées en allemand des consonnes sonores b, d, g. En dialecte alsacien, cette distinction est très rarement marquée: ces consonnes sonnent plutôt de manière intermédiaire (entre p, b, t et d, k, g), mais pour conserver une logique linguistique, nous avons donné la priorité à l'orthographe d'origine étymologique, dans la mesure du possible. Ich-Laut et Ach-Laut En haut allemand le ch précédé des voyelles e, i, a, 0, ü, ou des diphtongues au, ei, eu et des consonnes telles que r, I, m, n et du suffixe" -chen" se prononce en "ich-Laut" qui est un son chuinté, absent en français. Exemples. Pech, poix; Licht, lumière; Wachter, garde; Knochel, petit os; Bücher, livres; Bauche, ventres; Eiche, chêne; leuchten, luire; durch, à travers; solch, tel; manche (Sachen), bien (des choses) ; Herzchen, petit cœur. Le ch précédé de a, 0, u et au se prononce en "ach-Laut" qui est un son guttural de gorge. Exemples. Bach, rivière; hoch, haut; Buch, livre; Bauch, ventre.

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Cependant, les "ich-Laute", beaucoup utilisés dans le nord de l'Alsace, sont, dans le sud, quasiment tous remplacés par des "ach-Laute". Les mots rapportés dans notre travail se prononcent tous avec les "achLaute".

MARQUES D'ALLONGEMENT Les marques d'allongement des syllabes existant dans l'orthographe du haut allemand, c'est-à-dire, une double-voyelle (Saal, salle, leer, vide) ou un h après la voyelle (Sahne, crème; Lehrer, instituteur) sont reprises dans notre travail. Pour les autres syllabes, qui n'ont pas de marques orthographiques en allemand, l'allongement est fixé par l'usage. Dans ce cas, la voyelle de la syllabe longue des mots rapportés dans notre travail est soulignée J!,~, j, ,2,y, .ii, (Bgr, ours; mgr, nous; Fir, feu; vQr, devant; WQ,où ; BiJ.r,paysan).

* * *

Ce système que nous avons élaboré n'a aucune autre ambition que d'être un outil technique mettant à la portée de tout lecteur une possibilité de traduire phonétiquement les mots qui sont imprimés et, de ce fait, participer aussi avec l'oreille à la découverte d'une langue historique. Par ailleurs, le travail que nous avons fait n'a pas la prétention d'être un travail scientifique en soi, mais uniquement un témoignage apporté par un certain nombre de personnes qui ont à cœur de laisser une trace qu'elles espèrent durable d'un langage qui était la base, voire l'essence même, de leur activité quotidienne.

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Chapitre 3

LA SOCIETE PAYSANNE ET SON CADRE

La géographie de l'Alsace
L'Alsace, aussi appelée la plaine du Rhin, est située sur la rive gauche du Rhin. En amont du fleuve se trouve le haut pays, la Haute-Alsace, qui correspond au département du Haut-Rhin, et en aval le bas pays, la Basse-Alsace, correspondant au Bas-Rhin. . l'Alsace, s'EIsàss, (das Elsass); . la plaine du Rhin,s 'Rhilànd,(das Rheinland);

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.
. . .

le Rhin, d'r Rhi, (der Rhein) ;

le fleuve,d'r Fluss, (der Fluss) ;
le haut pays, s 'Éwerland, (das Oberland) ;

la Haute-Alsace, s 'Qwerelsàss, (das Oberelsass) ; le bas pays, s'Unterlànd, (das Unterland) ; la Basse-Alsace, s 'Unterelsàss, (das Unterelsass).

Comme la vallée du Rhin est orientée du sud au nord, le Rhin coulant des Alpes vers la mer du Nord, le Haut-Rhin se trouve paradoxalement au sud et le Bas-Rhin au nord. Ainsi, les haut-rhinois "descendent" à Strasbourg, mais les bas-rhinois "descendent" aussi à Colmar ou à Mulhouse. . la vallée du Rhin,s 'Rhitill,(das Rheintal);

. . . . . .

le sud, d'r Siida, (der Süden) ; le nord, d'r Norda, (der Norden); les Alpes, d'&lwa, (die Alpen) ; la mer du Nord, d'Nordsée, (die Nordsee);
les haut-rhinois, les bas-rhinois, d'É,werlander, d 'Unterlander, (die OberUinder) (die UnterUinder). ;

A l'ouest se trouve la montagne, les Vosges, et à l'est coule le Rhin. . l'ouest, d'r Westa,(der Westen); . la montagne,d'r Barg, s 'Gebérg,(der Berg,das Gebirge);

. .

les Vosges, d'V ogé.sa, (die Vogesen) ; "à l'est coule le Rhin", "ém Ostafliasst d'r Rhi", (im Osten fliesst der Rhein).

De manière non exhaustive, on peut distinguer quelques régions naturelles: . la plaine du Rhin ou plaine, avec la Hardt, mot très ancien décrivant un type de milieu graveleux et généralement boisé, qui est devenu l'appellation de la plaine boisée entre Mulhouse et Neuf-Brisach, et le Ried, zone humide où l'eau de la nappe phréatique affleure. . Rhin, d 'Rhié.wana, . la plaine du'Éwana,(die Ebene)(;die Rheinebene); la plaine, d

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.

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la Hardt, d'Hàrdt, (die Hardt, die Haardt) ;

le Rieel,d'r Riad, (das Ried) ;
la nappe phréatique, s 'Grundwàsser, (das Grundwasser).

. le Sundgau, vers le sud, là où le relief est vallonné. Péjorativement, on le dit "tordu et bossu".

. .
.

le Sundgau, d'r Sundgàuj, (Sundgau) ; vallonné, hjjgelig, (hügelig) ;
tordu et bossu, /crumm un bucklig, (krumm und buckIig) 1.

Le terme de Sundgau renvoie à un ancien découpage administratif de la HauteAlsace en deux régions: le Sundgàuj, c'est littéralement le "Gau du sud", Gàuj ayant le sens moderne de région, par opposition au Nordgau, le "Gau du nord". L'appellation a perduré dans le langage paysan. La limite entre les deux régions se situe à hauteur d'Ensisheim.

.

. la région, d'r Gàuj. . A l'ouest, avant d'aborder la montagne, on trouve les collines sous-vosgiennes qui portent le vignoble. . le vignoble,d'r Rgbarg, (der Rebberg),d'r Wibarg,(der Weinberg). Le découpage administratif sépare le département en arrondissements, avec leur chef-lieu d'arrondissement, c'est-à-dire leur sous-préfecture, eux-mêmes divisés en cantons, avec leur chef-lieu de canton. La commune, elle, peut être la ville, la grande ville, le village ou le lieu. . l'arrondissement,d'r Kreis, (der Kreis) ;

le Nordgau, d'r Nordgàuj, (Nordgau) ;

. .
.

le chef-lieu d'arrondissement, la sous-préfecture, d'Kreisstàdt, (die Kreisstadt) ; le canton, d'r KàntQn, (der Kanton) ; . le chef-lieu de canton, d'r KàntQnsort, (die Kantonstadt) ;

. .
.

la commune,

d 'Gmein, (die Gemeinde)

;

la ville, d'Stàdt, (die Stadt) ; la grande ville, d'GrQsstàdt, (die Grossstadt) ;

. lelieu,d'r Ort,(derOrt).

le village,s 'Dorf,(das Dorf) ;

Le ban communal
A l'origine, le ban a le sens de "territoire soumis à l'autorité d'un seigneur par contrainte". Peu à peu, l'acception du mot a évolué pour désigner le tenitoire propre à une communauté, villageoise le plus.. souvent, et devenir le tinage, le ban communal. Chaque ban est une entité, bien distincte du village voisin.

.
.
.

le ban, d'r Ban, d'r Bànn, (der Bann, die Gemeindeflur) ;

le finage, le ban communal,d'r Gmeinbànn,(der Gemeindebann);
le village voisin, s 'Nochbersdorf, (das Nachbarsdorf).

"Chaque village a son ban sauf Neuf-Brisach". En effet, l'emplacement de la forteresse de Vauban, qui correspond à l'actuel Neuf-Brisach, a été prélevé sur le
1 Tout comme on dit de celui qui a pris cet aspect à force de travailler: "Ar hàt séch krumm un bucklig g'schàfft", "il a tant travaillé qu'il est devenu tordu et bossu".

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ban de Volgelsheim en 1699. . "Chaque village a son ban sauf Neuf-Brisach", "Jédes Dorf hàt a Bànn àss NejBrisach nét".

Les gens du village sont les habitants, mais surtout les "enracinés". Les étrangers qui y habitent sont, eux, les parvenus, au sens littéral de "ceux qui sont arrivés à pied et se sont installés", ou, comme dans la région de Huningue, "ceux qui ont été charriés par les eaux", terme à mettre en relation avec le Rhin. . l'habitant, d'r [wohner,(der Einwohner);

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les "enracinés", d'[sassiga, d,!sQSsigi 2, (die Ansassigen) ; les étrangers, d'Fremdi, (die Fremden) ; les parvenus, d'Harglofani, (die Hergelaufenen) ; "ceux qui ont été charriés par les eaux", d'Agschwemmti.

Les habitants de tous les villages sont affublés d'un surnom ou sobriquet, dont on ne connaît plus l'origine dans la plupart des cas. A Fessenheim, on rencontre les "escargots", à Blodelsheim les "oies", et à Ensisheim les "lécheurs d'assiette", sans doute en référence à l'habitude de ne rien laisser.

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le surnom ou sobriquet, d'r Éwernàma, (der Spitzname) ;
les escargots, d 'Schnacka, (die Schnecken) ;

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les oies, d'Gàns, (die Ganse) ; les lécheurs d'assiette, d'Tallerschlacker.

Le paysage du ban communal compte notamment:

. Le village, la ville, la localité. Le terme de Heimet, lieu de naissance, patrie, n'a pas de connotation aussi profonde que l'allemand Heimat, et est peu utilisé. On dit plutôt: "ici je suis chez moi", avec une notion de propriété plus marquée. Le mot terroir, avec sa connotation qualitative, n'a pas d'équivalent. On dit: "il est de la terre d'Ungersheim". Le village est divisé par des rues, des ruelles ou venelles, généralement à une seule voie, et des culs-de-sac, comme, par exemple, la "ruelle sombre de Wolfersdorf'. . le village,s 'Dorf,(das Dort) ; . la ville, d 'Stàdt,(die Stadt) ;

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la localité, d'Ortschàft, (die Ortschaft) ;

"icije suis chez moi" ; "do bén éch d 'heim";
"il est de la terre d'Ungersheim", "ar ésch vum ungerscher BQda" ;

la rue, d'Gàss, (die Gasse) ;
la ruelle ou venelle, s 'Gàssla, (das Gasschen) ; Ie cul-de-sac, d 'Sàckgàss, d'r Schlup/, (die Sackgasse) ;
"la ruelle sombre de W olfersdorf', IfS 'fénstra Gassla én Wolfersdorf'.

. Les petits monuments ruraux. Les croix sont généralement édifiées par des familles aisées pour pérenniser un événement familial, ou financées et mises en place à l'occasion des Missions paroissiales: ce sont alors les croix de mission.
2 A propos du tenne issagig, citons un dicton significatif: "A Jiinischa ésch iSQssig wura noch 'm a Àchsabruch", "le romanichel s'enracine quand il brise un essieu".

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Elles sont érigées, en général, à l'embranchement et au carrefour des chemins. Situées au milieu des champs, elles commémorent un accident, par exemple un accident de chasse, ou celui de paysans tombés d'un arbre, notamment d'un cerisier. Enfin, à Rantzwiller, le "Gàlga" à deux croix tirerait son nom du souvenir des gibets de la guerre de Trente ans. . la croix,s 'Kritz,(das Kreuz) ;

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"édifiées par des familles aisées", "g'stéftet vu richa Fàmélia" ; la croix de mission, s 'Missionskritz, (das Missionskreuz) ; . l'accident, s'Ungléck, (das Unglück) ; . l'accident de chasse, s 'Jàchtungléck, (das Jagdunglück) ; "tombé d'un arbre", "vum a Bàujm àwakejt" ; le cerisier, d'r Kérschabàujm, (der Kirschbaum) ; le gibet, d'r Gàlga, (der Galgen).

CROIX DES CHAMPS DE L'EcOMUSEE

Posée par Gérard Meyer dans les champs de l'Ecomusée, cette croix vient du domaine de Hom bourg, où elle a été érigée entre 1870 et 1900, en mémoire d'un accident de chasse. Un dimanche matin, deux frères ont en effet été trouvés morts par le gardechasse.

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A Petit-Landau, une série de bancs de pierre, dits de l'impératrice Eugénie, est disposée le long de la digue des hautes eaux du canal du Rhône au Rhin qu'a fait construire Napoléon III en 1853. Ils sont conçus de telle sorte qu'on peut s'y asseoir tout en déposant le fardeau qu'on porte sur la tête au sommet de leur dossier. le canal du Rhône au Rhin,d'r Rhi-RhQnakàngl.

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. Les terres cultivées par les agriculteurs. Certaines ont une destination particulière, comme le champ réservé au curé, le champ réservé au tenancier du verrat communal, le champ réservé au tenancier des oies, le champ dans lequel sont enterrés les cadavres d'animaux, le champ réservé à l'instituteur. Les jardins des champs, généralement situés près des habitations et en périphérie du village, occupent également une place à part. . la terre cultivée,s 'Àckerlànd,(das Ackerland),s 'Àckerfald,(das Ackerfeld);

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le champ réservé au curé, d'r Kérechàcker, (der Kirchacker) ; le champ réservé au tenancier du verrat communal, d'r L1.weràcker,(der Eberacker) ; le champ réservé au tenancier des oies, d'r Gansaàcker, (der Ganseacker) ; le champ dans lequel sont enterrés les cadavres d'animaux, d'r Kaiwaàcker, (der Aasacker) ; le champ réservé à l'instituteur, d'r Schüalmeisteràcker, (der Schulmeisteracker) ; le jardin des champs, s 'Landla.

. La forêt. En fonction de son propriétaire, on distingue la forêt privée, la forêt communale et la forêt domaniale. La petite forêt est un petit bois isolé; on en trouve sur tous les bans jusqu'au remembrement. Chaque paysan possède une parcelle de forêt, généralement quelques ares. Ces bois sont constitués de broussailles et de bois tendres, et situés le long du Rhin dans les communes riveraines. Pour couvrir leurs besoins, les paysans achètent des lots sur pied, qui sont vendus ou mis en adjudication, c'est-à-dire en vente publique. . la forêt, d'r Wàld,(der Wald) ; . le propriétaire,d'r Eigatémer,(der Eigentümer);

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la forêt privée, d'r eigana Wàld, (der Eigenwald), d'r Priviltwàld, (der Privatwald) ; la forêt communale, d'r Gmeinwàld, (der Gemeindewald) ; la forêt domaniale, d'r Stààtswàld, (der Staatswald) ; la petite forêt, s 'Waldala, (ein kIeines Waldstück) ; "le long du Rhin", "én da Griana", littéralement "dans les zones vertes" ;

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les broussailles,d'Heckà, (die Reeken) ;
le bois tendres, s 'weich Holz, (das weiche Holz) ;
le lot, s 'LQs, (das Los) ;

vendus, verkàujft, (verkauft) ; mis en adjudication, verlflst, verga, versteigert, (versteigert).

. Les vignes. Il y a une petite parcelle de vigne dans chaque exploitation. Les vignes sont situées près du village pour être aisément surveillées. Dans certains bans, on trouve une maison de garde vigne. . les vignes,d'Rawa, (die Reben);

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la petite parcelle de vigne, s 'Rgbstéckla, (das kleines Rebstück) ;
la maison de garde vigne, s 'Wénzerhüs, (das Winzerhaus) ;

Le remembrement et l'emploi des désherbants sur les cultures céréalières ont entraîné la disparition de ces vignes, mais on en trouve encore trace dans la toponymie: ainsi, à Petit-Landau, existe encore le "Rgbackerla", qui se traduit par "petite terre à vigne". . Les prés. Certains ont un usage spécifique, comme les prés réservés au tenancier des taureaux communaux ou à la pâture des oies. . le pré, s 'Màttafald,littéralementla "terreà prairie",(die Wiese);

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le pré réservé au tenancier des taureaux communaux, d 'Stiarmàtt, d 'Munimàtt, (die Stiennatte) ; la pâture des oies, d'Gansamàtt, (die Gansewiese).

. Les fossés comprennent notamment le fossé du village, qui collecte les eaux usées, principalement des éviers, le fossé d'irrigation par submersion et les petits fossés.
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le fossé, d'r Wàssergrilwa, (der Wassergraben) ; le fossé du village, d'r DorfgriJ.wa,(der Dorfgraben) ; le fossé d'irrigation par submersion, d 'r Bewiisserungsgrilwa, d'r
Wiisserungsgrilwa, (der Bewassemngsgraben) ;

le petit fossé, s 'Grgwla.

. Les dépressions naturelles qui se remplissent d'eau, dont les anciens bras du Rhin, sont réalimentées lors de la remontée de la nappe phréatique. Suivant les moments de l'année où les bras du Rhin sont inondés, on les appelle "Rhin de Noël" ou "Rhin des cerises". A Petit-Landau, l'un des "Giassa", un peu plus profond que les autres et, par conséquent, toujours rempli d'eau, est le vivier communal, le "Féschkàstagiassa", littéralement le "bras du Rhin qui sert de caisse à poisson". Ce sont les prés irrigables qui sont alimentés en eau. Généralement on y fait une coupe de foin, puis du regain 3.En 1920, les bras du Rhin ont coulé. . les dépressionsnaturellesqui se remplissentd'eau, d'Schlüeta ;

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les anciens bras du Rhin, d'Giassa, (die Giessen) ; "le Rhin de Noël", "d'r Winàchtsrhi" ;
"le Rhin des cerises", "d'r Kérscharhi" ;

le vivier communal, Féschkàstagiassa ; le pré irrigable, d 'Wàssermàtta, (die Wasserwiese) ; être alimenté en eau, bewiissert wara, c'est-à-dire être irrigué par submersion; une coupe de foin, a Schnétt Haj ; le regain, d'Ahmt, d 'Ohmt, d'Ehmt, (das Ommt, das Ohmd en Allemagne du

Sud);
"les bras du Rhin ont coulé", " d 'Giassa sén glofa" ou "les bras ont coulé avec le
Rhin", "d'Giassa sén mét'm Rhi glofa".

. Lorsque la rivière traverse le village, on y aménage un emplacement pour y baigner les chevaux. De même, pour laver le linge, on construit un lavoir, ou un
3Regain : herbes qui repoussent dans un pré après une coupe.

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lavoir couvert s'il est surmonté d'un auvent qui abrite les lavandières: "deux fois l'an nous avons fait la lessive à la DoUer". Plus tard, on s'est équipé d'une buanderie à la ferme. On peut trouver d'autres points d'eau dans le village, comme la cuvette, l'étang, la source ou la petite source, qui offrent de multiples possibilités: "nous avons mis le vin à rafraîchir dans la source". . la rivière,d'r Bàch, (der Bach) ;

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l'emplacement

pour

baigner

les

chevaux,
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d'r

Rossschwemm,

(die

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RoBschwemme) ; laver le linge, d 'Wiisch wascha, (waschen)

le lavoir, d'r Waschplàtz, (der Waschplatz) ;

le lavoir couvert,s 'Waschhüs,(dasWaschhaus);
la lavandière, d'Waschwib, d'Waschfràuj, (die Waschfrau) ; "deux fois l'an nous avons fait la lessive à la DoUer" ; "M'r sén zwei Mohl ém Johr gé bücha àn d'r Dol/er" ; la buanderie, d 'Büchkuch, (die Beuchküche), en abrégé bücha, terme qui est devenu synonyme de "faire la lessive" ; la cuvette, d'Düalda, (die Mulde) ; l'étang, d'r Wejher, (der Teich) ; la source, d'Qual/, (die Quelle) ; la petite source, s 'Qualala, (die kleine Quelle) ; "nous avons mis le vin à rafraîchir dans la source", "M'r han d'r Wi éns Qualala

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glegt". . Les gravières et les carrières. La gravière est souvent communale. Le gravier ou le matériau concassé sont utilisés pour empierrer les chemins, notamment les chemins ruraux. Si les fragments sont plus grands, le concassé est grossier. Le soubassement en pierres imbriquées est appelé le "hérisson".

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la gravière, d'Sàndgrüab, (die Sandgrube) ; la carrière, d'Steigrüab, d'r Steibruch, (die Steingrube, der Steinbruch) ;
le gravier, d'r Ké.s, (der Ki es ) ;

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le matériau concassé, d'r Splétter, d'r Schatter, (der Splitterkies) ; le concassé grossier, d'r growa Schotter ; le "hérisson", s 'Pàcklàger, (die Packlage) 4.

Les carrières sont surtout situées dans le vignoble et la montagne et fournissent les pierres extraites des carrières. . les pierres extraitesdes carrières,d 'Bruchstei,(der Bruchstein). Dans les glaisières, on trouve de la glaise bleue et de la glaise jaune. En profondeur, on rencontre, dans certaines régions (Illfurth, Tagolsheim, Petit-Landau, Niffer) une couche dure et imperméable constituée par la concrétion d'éléments minéraux, qu'il faut dynamiter si on veut la traverser. . la glaisière,d 'Leimagrüab,(die Lehmgrube);

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la glaise bleue, d'r Latta, (der Letten) ; la glaise jaune, d'r Leima, (der Lehm) ; la "couche dure et imperméable faite de concrétion d'éléments minéraux", "d'r
Ardflüach" ;

4 Citons, pour le plaisir, le mot allemand désignant le cantonnier prod uisant le matériau concassé: der Strassenbaumaterialzerschmetterer.

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dynamiter, spranga, (sprengen).

Il existe de multiples voies de communication dans le ban : la route, la petite route, la route principale, la route cantonale, les chemins vicinaux, la route de campagne, le chemin, le sentier ou le chemin creux, entouré de ses bordures. Le chemin du village se poursuit par les chemins dans les champs, et l'endroit où commence le chemin des champs, à la sortie du village, est bien visible. Suivant les villages, on trouve encore des chemins empierrés, pour débarder le bois, des chemins de halage, des chemins sur berge, des chemins sur digue, qui bordent les prés des digues, des chemins auxquels sont attachés une tolérance, un droit de passage, voire le chemin du château. Les chemins, routes et petites routes romains rappellent l'époque romaine et son excellent réseau de communication. En outre, les villages peuvent être des lieux de passage, réminiscence de "l'époque des diligences", ou bien être situés à l'écart. On peut ainsi trouver des chemins voituriers, ou des chemins empruntés par les diligences.

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la route, d'StrQss, (die Strasse) ;

la petite route, S'Stri.ssla,(die kleine Strasse);
la route principale, d'HàujptstrQSS, (die Hauptstrasse) ; la route cantonale, d'Kàntoni11strQss, (die Kantonstrasse) ;

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le chemin vicinal, d 'r Vizinàlwag, (der Gemeindeweg) ; la route de campagne, d'LàndstrQss, (die Landstrasse); le chemin, d'r WQg, (der Weg) ; le sentier, d 'r P./lld, (der Pfad) ; le chemin creux, d'r HohlwQg, (der Hohlweg); les bordures, d'Raina, (die Raine) ; le chemin du village, d'r DorfwQg, (der Dorfweg) ; le chemin dans les champs, d'r FaldwQg, (der Feldweg) ; l'endroit où commence Ie chemin des champs, d'r Etter, (auf dem Etter) ; le chemin empierré, d 'r SteiwQg, (der Steinweg) ; le chemin de halage, d'r Kànà/pftld, (der Leinpfad, der Treidelweg) ; le chemin sur berge, d'r DàmmwfJg, (der Dammweg) ; le chemin sur digue, d 'r Dichwgg, (der Deichweg) ; le pré des digues, d 'Dichmàtt, (die Deichwiese) ; le chemin auquel est attachée une tolérance, d'r Duldungswag, (der Duldungsweg) ; le chemin du château, d'r SchlosswQg, d'r Burgwag, (der Schlossweg, der Burgweg) ; le chemin romain, d'r Ri.merwQg~(der Romerweg) ; la route romaine, d'Ri.merstrQss, (die Romerstrasse) ;
la petite route romaine, S 'Ré.merstré.ssla ;

le lieu de passage, d'r Durchjàhrtsort, (der Durchgangsort) ; la diligence, d'Postkütscha, (die Postkutsche) ;
à l'écart, àbglaga, (abgelegt) ;

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le chemin voiturier, d'r Kàrrawag, (der Karrenweg) ; le chemin emprunté par les diligences, d'r Kütschawag, (der Kutschenweg).

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