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ADOLESCENTES, ADOLESCENTS EN PRATIQUES SPORTIVES

De
233 pages
Les différences biologiques, psychologiques et culturelles entre les filles et les garçons adolescents, permettent une différentiation des pratiques sportives. Parler de mixité, de coéducation et de parité entre les sexes sans tenir compte de ces différences, conduit à l'échec de l'entreprise éducative des pratiques sportives. Une pédagogie de la réussite, en pratique sportive mixte, doit s'appuyer sur des connaissances exactes des adolescents.
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ADOLESCENTES, EN PRATIQUES

ADOLESCENTS SPORTIVES

(Q L'Harmattan,

2001

ISBN: 2-7475-0755-6

Jaoued BOUSLIMI Jean-Claude PINEAU

ADOLESCENTES, ADOLESCENTS EN PRATIQUES SPORTIVES

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris France

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) CANADA H2Y lK9

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan ltalia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

SOMMAIRE

INTRODUCTION

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PREMIÈRE PARTIE FONDEMENTS CONCEPTUELS DE LA MIXITÉ DES SEXES Chapitre I: Des égalités... aux différences 1) Le concept de l'égalité 2) De l'égalité. .. aux égalités 3) Le concept de différence 4) De la différence... aux différences 15 15 16 19 20

Chapitre II : Les différents aspects de la mixité des sexes 23
1) 2) 3) 4) 5) 6) Aspects Aspects Aspects Aspects Aspects Aspects philosophiques historiques psychologiques sociologiques pédagogiques interculturels

23 25 27 28 29 37

DEVELOPPEMENT

DEUXIEME PARTIE PSYCHOLOGIQUE DES ADOLESCENTS

Chapitre III : Les comportements 1) 2) 3) 4)

des adolescents

41 41 44 46 46 47 49 50 51 52 54 54 54

L'évolution de la psychologie des adolescents Signification de l' adolescence Différences corporelles à l'adolescence La psychanalyse à l'adolescence a) L'affectivité à l'adolescence b) La crise d'identité à l'adolescence c) La sexualité à l'adolescence d) Apports et limites du langage psychanalytique 5) Approche cognitive de l' adolescence a) Le développement intellectuel du préadolescent b) Le développement intellectuel de l'adolescent c) La pensée formelle opératoire

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d)Apports et limites de la théorie cognitive au développement de l'adolescent 6) Approche écologique de l'adolescence 7) Approche anthropologique de l'adolescence 8) Approche relationnelle à l'adolescence 9) Particularité des groupes d'adolescents mixtes 10) Interculturalité des adolescents Il) La psychologie différentielle des adolescents 12) Attitude des adolescents vis-à-vis de l'égalité des sexes

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TROISIÈME PARTIE INCIDENCE DE LA PUBERTE SUR LES CARACTERISTIQUES PHYSIQUES ET MORPHOLOGIQUES Chapitre IV : Fondement biologique de la croissance et de la maturation 1) La courbe de croissance humaine 2) Les périodes de la croissance 3) Les facteurs de la croissance a) Facteurs génétiques b) Facteurs endocriniens c) Facteurs nutritionnels 4) Les indices de maturation pubertaire 5) Application des indices de maturation chez les sportifs 6) Les indices de développement a) Etude des variations de la corpulence de 5248 adolescents en période pubertaire (indice P/T2) b) Intérêt des indices de développement en Gymnastique Rythmique et Sportive Chapitre V : Croissance et potentialités physiques
1) Maturation a) Chez les b) Chez les 2) Maturation et potentialités garçons filles et potentialités physiques chez les scolaires

77 77 79 87 87 88 89 89 93 96 96

97 105 106 106 110 115

physiques chez les sportifs

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Chapitre VI : Potentiel physique et performance en Athlétisme
1) Maturation biologique et aptitude physique a) Incidence de la maturation biologique sur les aptitudes physiques b) Incidence de la puberté par groupe de spécialité 2) Aspects morphologiques 3) Incidence de la puberté 4) Typologies morphologiques dans chaque spécialité

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QUATRIÈME PARTIE LA PÉDAGOGIE FACE A LA MIXITÉ DES ADOLESCENTS Chapitre VII: Les courants pédagogiques et la mixité des adolescents 1) La pédagogie traditionnelle et la mixité des adolescents 2) Les courants non-directifs et la mixité des adolescents 3) La pédagogie active et la mixité des adolescents 4) Education comparée et éducation différentielle des adolescents 5) La pédagogie différenciée et l'éducation différentielle 6) L'éducation différentielle et l'émergence d'une nécessité Chapitre VIII :DifTérences culturelles et pédagogie corporelle 1) L'éducation corporelle tunisienne 2) Le rituel et la pratique corporelle 3) Histoire du corps dans le " Hammam" 4) Le massage traditionnel: la "Taksila" 5) Le tabou ludique dans la société tunisienne 6) Une jeunesse à la recherche de sa spécificité 7) Une éducation par satellite 8) Identité et différences culturelles 9) Une psychomotricité originale 10) Le sport, source d'éducation

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Chapitre IX : Image sociale de la femme et mixité des adolescents 1)La femme dans la société tunisienne 2)La socialisation des adolescents par la mixité

163 163 168

CINQUIEME PARTIE LE SPORT FACE A LA MIXITE DES ADOLESCENTS Chapitre X : Rôle du sport dans la société actuelle 1)Le sport dans les pays capitalistes 2)Le modèle des anciens pays communistes 3) L'éducation sportive mixte à l'école a) La problématique b) Les hypothèses c) L'expérimentation d) La participation des adolescents mixtes 4) Les origines de l'échec en coéducation sportive 5) La recherche en activité physique et sportive 6) Education sportive mixte et interculturalité 7) Coéducation sportive et tabous sexuels 8) L'éducation sportive tunisienne a) Le tabou ludique b) La formation des cadres sportifs c) Effets sur l'enseignement de l'éducation physique d) La formation d'entraîneurs e) Les perspectives Chapitre XI : Les générations 2010 1) Au-delà de la mixité des adolescents 2) Le paradoxe de la violence chez les jeunes 3) Les générations tunisiennes de l'étranger 4) Approche scientifique de l'éducation des jeunes
Conclusion BIBLIOGRAPHIE 173

173 174 175 175 176 177 178 184 185 191 195 198 198 199 202 202 203 205 205 209 213 214 218 223

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INTRODUCTION Cet ouvrage est le fruit de quinze années d'étude et de recherche sur les problèmes de la mixité chez les adolescents, à l'école et dans la société. C'est une réflexion différente des travaux réalisés jusqu'à présent sur le sujet. Nous allons essayer de condenser l'essentiel des recherches, afin d'être compris par tout le monde. Notre premier objectif est d'analyser les différences chez les adolescents de l'intérieur, c'est -à-dire du point de vue des jeunes eux-mêmes, et de comprendre le degré d'acceptation ou de refus, de certaines situations pédagogiques comme la mixité. Notre tâche est doublement difficile, car l'expérience principale a été menée dans deux pays différents: la France et la Tunisie. Notre deuxième objectif est de saisir les ressemblances et les accords possibles dans cette pratique de la mixité dans les deux pays. Nous savons aujourd'hui que cette forme d'éducation peut être remise en question par certaines visions politiques, hostiles au mélange des sexes à l'école. Quel que soit le pays, nous savons aussi que les relations humaines présentent un terrain favorable d'étude et d'action pertinentes. Cependant, la plupart des études menées n'ont pu explorer les différents aspects de la personnalité humaine. Qu'il s'agisse de comparer la personnalité de la femme avec celle de l'homme, certains spécialistes évoquent les différences psychologiques à l'image de Maurice Reuchlin 1, d'autres comme Rochebla ve-Spenlé2 parlent d'unicité et de complémentarité dans le comportement de l'autre. Quant aux études des interrelations, nous assistons aux mêmes phénomènes. Le groupe le plus performant dans cette complémentarité, est-il celui constitué d'individus semblables à tous les niveaux y compris le sexe, ou bien est-ce celui où les individus ont des compétences différentes qui se conjuguent pour réaliser cette performance? Parler d'homogénéité, d'hétérogénéité, de similitude ou de complémentarité sans définir des seuils pour chaque configuration de groupe, est s'enliser dans un tâtonnement dont les résultats sont peu fiables. La polémique entre les chercheurs "quantophobes", allergiques aux opérations les plus simples, et ceux "quantophrènes", assoiffés de chiffres, est le meilleur exemple de cet embarras dans le choix des modèles de recherche les plus adéquats, pour traiter une situation humaine 1) ReucWin, M. La psychologiedifférentielle,Paris, PUF, 1976. 2) Rocheblave-Spenlé, .M. Les rôles masculinsetféminins, Paris, PUF, 1964. A
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bien précise. Nous préconisons à ce propos une complémentarité obligée des deux approches; autrement dit une coexistence méthodologique clinique et expérimentale dans toutes les recherches. Décidément, cette mixité souhaitée en éducation pour les sexes s'appliquerait bien aux chercheurs quant à leur méthodologie. Tout le monde est à la recherche de cet équilibre sauveur qui nous permettrait d'envisager chaque problème dans toutes ses dimensions. Malheureusement les recherches actuelles sur la mixité des adolescents, souffrent encore de ce biais, et elles nous reflètent souvent le point de vue de l'un ou de l'autre. D'une part, ce problème a toujours été traité à l'intérieur d'un même pays, sans aucune comparaison et souvent selon des considérations économiques et matérielles propres. Y a-t-il donc interférence ou bien complémentarité dans les groupes d'adolescents mixtes? D'autre part, cette mixité des sexes à travers le monde, est déterminée par la spécificité culturelle de chaque groupe humain. Peut-on parler d'universalité de cette pratique, alors que chacun ne veut ressembler à personne? Le problème sous-jacent à notre étude réside, en fait, dans les relations de pouvoir entre l'homme et la femme à travers les siècles. L'inégalité entre les deux sexes est un problème de société assimilable au racisme, il s'oppose de ce point de vue à la coopération recherchée à l'école par l'instauration de la mixité. Dans ce contexte d'inégalité, la mixité des sexes à l'école se présente comme la conséquence logique répondant à un souhait de démocratisation de l'école et de son ouverture sur la société. Pour faire face aux déséquilibres d'instruction et des droits légitimes des femmes à l'éducation, la mixité a été adoptée comme forme d'action conforme aux courants égalitaires; c'est ce qui en a toujours altéré, aux yeux des formateurs, l'aspect pédagogique intrinsèque tant souhaité depuis quelques années et remis quelquefois en question par différents jeux politiques, à cause de ce manque de clarification et de conviction fermes de l'intérêt commun de ce mode d'éducation. Cette mixité qui veut répondre concrètement au problème de l'inégalité des sexes s'est heurtée aux contenus pédagogiques propres à chaque matière enseignée. L'éducation sportive de son côté, met en relief la dimension sexuelle surtout à l'âge adolescent. De ce fait, l'embarras de certains éducateurs peu favorables à cette forme d'éducation est énorme. Pour dépasser donc ce contexte formel et répondre aux exigences d'une coéducation effective, ne faudrait-il pas transformer les pratiques sportives en fonction de l'objectif de socialisation des adolescents? 10

A la place d'une mixité imposée par l'institution éducative et les lois sociales modernistes, les pédagogues préconisent une relativité contextuelle propre à chaque groupe humain. Une coéducation effective à travers les pratiques sportives dépasserait-elle les tabous séculaires, concernant l'égalité des sexes? C'est ce que nous allons essayer d'analyser pour comprendre d'abord le développement psychologique, biologique et éducatif des adolescents et montrer ensuite comment nous pouvons contribuer à atteindre l'objectif de coéducation.

Il

PREMIÈRE PARTIE FONDEMENTS CONCEPTUELS DE

LA MIXITÉ DES SEXES

CHAPITRE I DES ÉGALITÉS... AUX DIFFÉRENCES 1) Le concept de l'égalité L'égalité est une idée récente, elle n'apparaît pas de façon tangible à l'origine de 1'humanité. Issue des conditions sociales propres à chaque groupe humain elle est relative et dépendante des mœurs et coutumes de ces groupes. Cette égalité prend son aspect universel dans deux sources différentes à savoir: Dieu et l'homme. A l'origine de ce concept nous pouvons distinguer deux références essentielles, l'une religieuse et donc sacrée, l'autre laïque et par conséquent profane. Dans l'antiquité, les souverains étaient les régulateurs de l'égalité, ils représentaient Dieu sur terre. La multiplicité des dieux ne facilitait pas la vie des peuples, d'où l'existence d'une hiérarchie des dieux selon leur importance, qui n'était d'ailleurs pas étrangère à la vie quotidienne des groupes humains. Aussi bien le politique que le social dépendaient de ces dieux. Le dieu roi maintenait sa souveraineté en déléguant des pouvoirs aux rois de la cité, qui à leur tour s'organisaient pour appliquer cette souveraineté aux peuples. Il s'ensuit que dans ces sociétés archaïques l'égalité n'avait de sens que par rapport à l'importance des dieux qui l'incarnaient et se confondaient même avec elle. Le concept de l'égalité va se clarifier surtout avec l'avènement des religions monothéistes. Toutes les religions vont affirmer qu'il n'y a d'égalité que devant Dieu. Un seul Dieu dont la loi concerne tout le monde. Cette universalité de Dieu tout puissant donne donc un sens plus compréhensible à l'égalité. Tous égaux devant Dieu selon le bien et le mal que les hommes sont capables d'accomplir sur terre. L'égalité devient alors une quête quotidienne de pureté de l'âme et du corps répondant aux principes de chaque religion. Le débat reste ouvert entre les trois religions monothéistes concernant la pertinence des principes égalitaires annoncés par chacune d'entre elles. Il faut remarquer que des traditions communautaires se sont manifestées dans les trois religions et chacune se veut l'exemple d'un système égalitaire divin. La concurrence est donc rouverte pour s'accaparer l'idéal égalitaire et promettre à nouveau le

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paradis éternel, crise de valeurs oblige. En espérant toutefois que ne soit pas le signe d'une nouvelle guerre de religions. La deuxième notion d'égalité politique et laïque est née à la suite des révolutions bourgeoises dont celle de 1789. Soucieuse de préserver ses intérêts, la bourgeoisie grecque reconnaissait au vote son sens égalitaire. La république et les autres modèles de démocratie, pensés et défendus à l'époque, ont donné au concept d'égalité un autre sens social et humain. Ceci n'a pas empêché la bourgeoisie de garder ses privilèges surtout au niveau des postes clefs concernant le pouvoir et l'argent. Ces deux sens, sacré et profane de l'égalité, ont largement inspiré l'égalitarisme de la révol ution française. C'est d'ailleurs le qualificatif de révolution bourgeoise que se pressent de lui donner les défenseurs d'une égalité sociale menacée, encore de nos jours, par des intérêts de classes plus nombreuses. C'est à ce titre, que beaucoup de chercheurs préfèrent parler de l'égalité au pluriel. En effet, dans un domaine social où les variables de l'égalité relèvent plutôt de l'affectif que des opérations de calcul, ce concept ne peut être appréhendé que par ses multiples facettes. Les inégalités sociales, économiques et culturelles répondent en fait à un besoin de clarification et d'intelligibilité nécessaires à notre société moderne. 2) De l'égalité... aux égalités La notion d'égalité au pluriel est récente, elle a fait son apparition avec les sociétés industrielles modernes. La signification de cette notion se lit d'abord dans la multidimensionnalité des sociétés industrielles elles-mêmes. Différentes des sociétés classiques, organisées en fonction des classes, les sociétés modernes s'articulent autour de ces égalités spécifiques à la politique, la justice et l'éducation. Chaque secteur présente donc une forme d'égalité différente des autres. Ces égalités sont indépendantes l'une par rapport à l'autre, bien qu'elles apparaissent dans un ordre déterminé. Les égalités juridiques et politiques sont considérées comme acquises à travers les luttes démocratiques, surtout dans les sociétés libérales. Restent en fait les égalités sociales qui posent, encore de nos jours, d'énormes problèmes. Les exclusions sociales, le chômage et surtout l'éducation, mettent les sociétés modernes devant le fait accompli d'une inégalité moderne à résoudre au plus vite. Nous pouvons donc nous interroger sur l'inégalité des chances surtout à l'école, impliquée par la ségrégation entre les sexes. L'idéal d'une éducation démocratique, est en fait, une répartition équitable des chances de réussite sans préjugés sexuels, ni mépris des origines sociales 16

modestes. Cette équité devrait aussi répondre à la légitimité des résultats acquis, par les personnes jusqu'à présent lésées. Est-il possible d'atteindre cet objectif? La pluralité de l'égalité est donc une nouvelle forme d'appréhender le fait social comme une variable à changer et non comme une fatalité inscrite dans les gènes de l' individu. Il est permis d'espérer que cette prise de conscience, aboutira à des changements concrets. Les théories évolutionnistes estiment que l'apparition des égalités, obéit à des étapes bien précises et à un ordre généralement constaté dans les démocraties libérales. La plus célèbre d'entre elles, la théorie de Marchall qui préconise un plan selon lequel l'égalité juridique devait apparaître en premier, l'égalité politique en second, ensuite l'égalité sociale. Cette dernière semble poser des problèmes à la théorie de Marchall car, si les deux premières semblent être acquises, surtout en Amérique, l'ambiguïté liée à l'égalité sociale est double; il est difficile de tracer une frontière nette entre le social et l'économique d'une part, et d'autre part, l'égalité sociale n'est pas aussi facilement définissable que l'égalité politique ou juridique. Au niveau de l'égalité politique, on devrait faire la différence entre les démocraties libérales et les démocraties anciennement populaires qui sombrent aujourd'hui dans l'anarchie. L'égalité sociale de son côté est appelée à être conçue au pluriel car, les tentatives de réponse à des besoins vitaux sont limitées dans le temps. Les allocations de chômage par exemple, ne sont accordées que pour une durée déterminée. Au lieu de chercher des solutions durables, les sociétés modernes répondent à des besoins ponctuels. La théorie de Marchall n'apporte pas de réponses à ce genre de problème. Il faudrait donc différencier les égalités sociales par rapport aux types d'inégalités qu'elles engendrent. L'égalité des sexes à l'école n'est pas du même type que l'égalité des salaires à l'usine. Les égalités sociales posent donc aux sociétés modernes un double problème, d'une part la lutte contre l'inégalité des chances et d'autre part, l'abaissement des différences entre les démunis et les autres catégories sociales. Il ne s'agira donc pas de supprimer ces inégalités, car l'opinion publique considère comme utopique une telle situation sociale. L'expérience des pays de l'Est nous a montré l'irréalisme de telles promesses. À ce sujet, J.J.Rousseau1 a posé les premières pierres de l'édifice social qu'on essaye de parfaire aujourd'hui. Il a traité les inégalités sociales en déterminant trois causes essentielles. Ces inégalités pour J.J Rousseau, résultent avant tout des sociétés de marché. 1) J.1Rousseau. Oeuvrescomplètes,4 volumes,Gallimard,Paris 1969.

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Basées sur un système de compétition, ces sociétés encouragent l'individu à évaluer son travail par rapport à son voisin afin d'en tirer un bénéfice immédiat. C'est le premier pas vers l'inégalité instaurée par le système social. La deuxième cause qui découle automatiquement de la première, le système n'ayant pas prévu de régulation de cette compétition, est l'accumulation des inégalités. Le troisième facteur est l'Etat lui-même. S'il veut que le contrat social soit respecté, il faut qu'il veille à éviter les écarts entre les plus riches et les plus pauvres tout en sachant qu'une égalité complète entre les deux est très limitée. Le réalisme de J.J Rousseau fait de lui un homme actuel, malgré la différence d'époques. Avec la disparition des modèles socialistes, on pourrait revenir effectivement aux bases des inégalités sociales décrites par l'auteur. Une personne issue de famille pauvre n'a pas beaucoup de chances d'accéder à un niveau d'instruction respectable. Même si elle parvient à s'instruire grâce à son expérience personnelle, elle ne pourra pas accéder à un statut social élevé avec un salaire important, faute de diplômes reconnus. La loi du marché, de l'offre et de la demande, régulée par les différents systèmes politiques, fait que cette personne se trouve dans l'obligation de subir ces inégalités. Il est vrai que les systèmes démocratiques essayent de corriger ces inégalités, mais sans vouloir être pessimiste, les études faites à ce jour, prouvent que les mécanismes qui déterminent les inégalités sociales, sont difficiles à saisir et surtout à corriger. Il s'ensuit alors que les inégalités sociales dont les causes sont multiples, entrent dans le système éducatif et déterminent ainsi l'avenir de l'individu, homme ou femme. Des études récentes montrent qu'au-delà des origines familiales et des aptitudes à l'instruction, des phénomènes inexplicables persistent à l'analyse. Certains chercheurs comme R. Boudon1 ont essayé d'y apporter des réponses. Cette persistance des inégalités semble être due aux ambitions de l'individu, à ses relations sociales et même à la chance. Ces variables deviennent en effet déterminantes quand on sait qu'elles sont le produit d'un marché et qu'elles obéissent aux contraintes de ce marché. Même si un niveau d'instruction élevé promet théoriquement un statut supérieur, il n'est pas dit que l'individu accède à ce statut. Il est donc vain de s'attendre à ce qu'il y ait une relation de cause à effet entre le statut social et les diplômes. Du moment que l'acquis scolaire répond à une oeuvre individuelle, il n'y
1) Boudon, R. Effets pervers et ordre social, Paris, P.U.F, 1977.

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a aucune raison d'attendre que la société le récompense en retour. Cette inadéquation est à son apogée aujourd'hui. Elle pose de nouveaux problèmes de nature à marginaliser le système éducatif. Fixer comme objectif de réussite au bac, quatre vingt pour cent de la population scolarisée, ne fait qu'aggraver la situation. La clarté de l'information ne semble pas être le premier souci des décideurs politiques, qui préfèrent un bachelier à l'école, même sans avenir, qu'un chômeur en plus qui fait grimper la courbe. C'est à notre avis d'une situation paradoxale que souffre l'égalité des chances devant les études. Du moment qu'on lie l'acquisition du statut social à une compétition sans merci, entre des individus n'ayant pas les mêmes aptitudes, on produit alors des inégalités pour que le système fonctionne et se reproduise. Certaines mesures sont susceptibles d'atténuer ces inégalités quand elles sont appliquées intelligemment. On peut envisager de renforcer le caractère autoritaire du système d'orientation scolaire, en dirigeant par exemple, l'influence familiale et en jouant sur l'effet de la corrélation entre les conditions sociales de l'élève et ses motivations personnelles. L'autorité publique a donc les moyens de minimiser ces inégalités, c'est une question à notre avis, de volonté politique. Comme pour l'égalité des chances entre filles et garçons à l'école, il y a un siècle, personne ne pouvait imaginer que la mixité allait entrer dans les mœurs et devenir la base du système éducatif moderne Il s'ensuit alors que le concept d'égalité ne peut s'entendre qu'au pluriel, bien que les inégalités soient appelées à régresser, elles ne peuvent pas disparaître d'un système social basé, il est vrai, sur la compétition et la réussite individuelle. Le rôle du politique est de donner les moyens de lutter contre les inégalités qui risquent de perturber son système. Celui de l'éducateur est de trouver les méthodes les plus adéquates pour lutter contre ces inégalités et permettre à chacun d'avoir les mêmes opportunités. Ces inégalités se traduisent souvent par des différences. Qu'elles soient matérielles ou purement théoriques, les différences existent et méritent bien d'être appréhendées dans leur sens le plus subtil. Nous allons donc analyser ce nouveau concept de différence et voir si sa lecture ne peut aussi être faite qu'au pluriel. 3) Le concept de différence Comme le concept d'égalité, la différence puise son premier sens dans le sacré. Dans l'antiquité, la différence entre les êtres divinisés tel que la terre, l'arbre et le ciel, se faisait nettement par rapport au pouvoir 19

de chacun d'entre eux. C'est cette différence de croyances liées au polythéisme gréco-romain qui est à l'origine des divergences entre les hommes. C'est plus tard avec le monothéisme chrétien et musulman, qu'on est passé à un concept plus restreint de la différence, à la place d'une divinité multiple, les religions proposent un seul Dieu. La différence va se manifester alors au niveau des pratiques et des rituels. L'autre sens de la différence réside dans le profane qui englobe la vie matérielle de l'être humain. De sa soumission à un être transcendant représenté par la religion, l' homme prend son indépendance et s'affirme lui-même comme créateur des valeurs qui contribuent à son progrès. La notion de différence se complique alors et engendre cette diversité d'un être à un autre. La philosophie se penche alors sur la différence d'appréciation de la pensée humaine, la science sur la différence des races et la psychologie sur la différence des comportements. Si la philosophie s'intéressait la première à cette question de différence, c'est parce qu'elle voulait connaître entre autres, la cause première de la création du monde. En cherchant la destinée finale de l'homme et de la nature qui rejoint en fait la cause première, certains philosophes, dans leurs réflexions sur Dieu, pensent qu'en créant dans l'être, la nature et l'homme, avec leur différence radicale de Dieu, il pose ainsi les lois qui les régissent et il crée par ailleurs les principes de leur évolution et de leur fin. La notion de différence s'élargit alors à tous les domaines de la vie sacrée et profane, elle se multiplie même pour devenir plurielle, quand il s'agit surtout de différences sociales. 4) De la différence... aux différences Le concept de différence s'est élargi de nos jours pour se lire au pluriel, sa signification elle-même s'est diversifiée selon le domaine où il est employé. Du calcul différentiel en mathématiques aux différenciations cellulaires en biologie, ce champ de la différence tend à contenir la totalité de l'activité humaine. En sciences humaines, ce concept s'est particulièrement développé dans la dernière décennie autour de la problématique des différences entre I'homme et la femme. La femme est devenue un sujet de recherche en ce qu'elle a de différent de l'homme dans sa nature. Ce réveil qui a donné aux femmes, la volonté de comprendre des siècles d'oppression, s'est toujours fait par comparaison à l'homme et parfois par opposition avec lui. Le point de départ était le rejet du système patriarcal crée par l'homme. Nous constatons aujourd'hui que ces études se multiplient et se différencient 20

grâce surtout à l'entrée des femmes dans le circuit de production de savoir sur elles-mêmes. En cherchant à connaître leur spécificité, les femmes se sont engagées dans des recherches sociologiques, anthropologiques et psychanalytiques. Même si ces dernières privilégient l'homme, avec les préjugés masculins de son inventeur, elles ont servi comme modèle d'analyse aux femmes à la recherche de leurs essences. Ces recherches ont évolués pour aboutir aujourd'hui à une complémentarité de l'homme et de la femme en considérant que le genre humain se conçoit dans son unicité, et les spécificités sexuelles ne peuvent être que complémentaires. La science en créant des catégories et des hiérarchies a classé le genre féminin à une échelle inférieure. Ces études ne font que rétablir la vérité d'une réalité complexe et corriger une science basée sur l'aspect technologique qui caractérise le genre masculin. L'idée que les femmes apportent énormément à la science a été défendue par Firestone1, qui soutient que la liaison du féminin à la nature et du masculin à la culture, ne pouvait que présenter un handicap pour la science. Il fallait donc faire entrer la femme dans la culture grâce à la technologie masculine et transcender la nature comme réalité existentielle. Il est question ici de la complémentarité entre les manières d'être des deux sexes. L'homme et sa façon technologique la femme et son style esthétique. Cette esthétique devrait donc faire sa rentrée dans le domaine scientifique pour le rendre plus conforme aux besoins de l'être humain. Ce dépassement de la dichotomie masculin- féminin persiste encore de nos jours car la complémentarité ne semble pas satisfaire tout le monde. En effet depuis le silence des mouvements de libération de la femme, une introspection individuelle semble envahir le monde féminin. Il y a une acceptation nouvelle des différences des sexes, sans soumission ni oppression. Les idées du libéralisme sauvage rebroussent chemin et la crise des valeurs, surtout morales, poussent les deux sexes à être plus prudents dans leurs jugements respectifs. Ces différences semblent être acceptées avec une reconnaissance de la diversité de l'être humain. Le concept de «différences» est donc très riche de signification surtout au sujet de la mixité chez les adolescents. Nous l'utiliserons au pluriel pour tenter de saisir les subtilités des relations entre le féminin et le masculin à un âge de pleine mutation.

1) Firestone, S. The Malectic of Sexe. The Case for Feminist Revotution, W. Niorrow & Co., NewYork, 1970.

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CHAPITRE

II

LES DIFFÉRENTS ASPECTS DE LA MIXITÉ DES SEXES 1) Aspects philosophiques Nous proposons d'aborder les différents aspects de la mixité des sexes à l'école. Nous constatons que ce mot "mixité" peut renvoyer à plusieurs significations dans le langage courant; il faut donc, à notre avis, le rattacher aux différents champs scientifiques qui lui donnent chacun un contenu spécifique. Son aspect philosophique nous renvoie aux problèmes de divisions et de mélanges des sexes; il nous permet alors de saisir l'évolution d'un phénomène humain à travers le temps et l'espace. L'aspect historique de cette mixité des sexes nous éclairera sur les difficultés rencontrées au cours de ses différentes phases d'évolution. Son aspect psychologique, surtout pendant l'adolescence, nous permettra de saisir les raisons de la nécessité de cette mixité. L'adolescence qui, à elle seule, a donné lieu à plusieurs études s'inscrivant chacune dans des perspectives très diverses, nous permettra de dégager en plus les traits essentiels relatifs à cette appellation. S'agit-il d'une tranche d'âge? D'un état passager? Ou bien d'un processus? C'est ce que nous allons examiner dans cette première partie. Les différentes théories relatives aux divers aspects de la mixité des sexes nous permettront de spécifier par la suite notre champ d'action relatif à ce problème. Cette partie se propose de critiquer les différentes théories relatives à la mixité des adolescents à l'école. Les courants pédagogiques et leurs estimations de la mixité des adolescents nous donneront l'occasion de dégager un bilan de leurs actions et contribuer par la suite à préciser notre position. 1975 fut l'année de la femme et le 8 mars est devenu la journée de la femme. Suffit-il de consacrer une journée ou même une année à la femme pour enrayer des problèmes liés au comportement humain ancré depuis des siècles au niveau de toutes les couches sociales? Est-ce en parlant de l'inégalité entre l'homme et la femme à travers des manifestations diverses qu'on arriverait à changer leurs mentalités réciproques? D'une part, depuis 1975 la campagne féministe semble s'essouffler car elle n'a pas atteint ses objectifs et le message ne semble

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