Adolescents qui dérangent

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L'adolescent présente de très nombreuses formes comportementales problématiques. Il est désigné délinquant, psychopathe, fugueur, racaille... Cette polymorphie est provoquée par la singularité des problèmes psychologiques qu'il affronte. La complexité des processus en jeu s'organisent autour de deux problématiques principales : la différenciation et la séparation. L'auteur analyse les tensions majeures à l'oeuvre chez lui pour tenir une place au risque de s'expulser de la place assignée socialement ou par la famille.
Publié le : mercredi 1 avril 2009
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EAN13 : 9782336274843
Nombre de pages : 130
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Préface
Jean-Michel Oughourlian
Bernard Gaillard aborde ici un des grands sujets de notre temps et y apporte sa contribution fondée sur une riche expérience clinique de terrain et une réflexion théorique qui en de nombreux points rejoint celle de René Girard et la mienne. Au XIXème siècle, le « jeune » évoquait un adolescent romantique, notamment pendant la Grande Guerre, le « jeune », énergique, courageux et prometteur, fut transformé en chair à canon et inspira générale de la seconde guerre mondiale, le « jeune » perdit sa singularité propre et survécut tant bien que mal à la violence déchaînée. Quelques années après la guerre, le « jeune » commença à poser des problèmes car il posait les problèmes. Cela commença aux USA par une révolte de la jeunesse contre la guerre du Vietnam qui se développa en un usage nouveau des drogues. En 1968 une révolte de la jeunesse éclate, un peu partout dans le monde, contre

Depuis quelques années, le « jeune » déclenche un sentiment de méfiance et de peur. « Jeune » est devenu synonyme de dangereux.

La jeunesse est associée à la violence, à la drogue, à la délinquance, aux viols et autres conduites déviantes.

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ulte était encadrée et mise en forme par des rites de passage, ou rites initiatiques, qui, comme tous les rites, chez les peuples primitifs, étaient représentés dans notre culture par l de jeunes comme le scoutisme, et une formation professionnelle valorisante comme le compagnonnage. Tous ces rites ont quasiment disparu, certains ont même été aient tenté - maladroitement plus à des adultes, de la culture dominante voulait leur imposer et surtout sous forme de primitifs la drogue, la délinquance, etc. monstrueuse dans les deux sens technologies nouvelles la font commencer à 10-12 ans ; la longueur des études et le chômage des jeunes la font se 25-30 ans parfois.

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Devant cette situation, que faire ? Bernard Gaillard, sur le terrain, cherche des solutions et nous fait ici profiter de son expérience. adultes, nous parents, nous éducateurs et responsables de tout ordre, nous reprendre nous-mêmes des jeunes. La peur qui paralyse est le pire des conseillers. Nous devons revoir et renforcer le modèle culturel et le modèle de civilisation qui sont les nôtres nos croyances et nos valeurs, comment espérer les faire partager à nos enfants ? Parmi les choses essentielles que nous devons assumer il y ? Parce que le désir est mimétique et donc rival. Ainsi tout désir est rendre ce monde - vivable il faut donc éviter que se développe une société faite de rivaux qui sont autant de modèles, de modèles qui sont autant de rivaux. Il faut donc éduquer le désir et canaliser la rivalité. car il le renforce : tel un muscle, le désir ne se fortifie que devant un obstacle à surmonter, une difficulté à abattre. Il faut exercer le désir, le développer, le Inséparable du désir, la rivalité doit être canalisée. Non pas supprimée ou édulcorée, car elle entraînerait avec elle la disparition du désir qui en est coextensif, mais il faut la sublimer en émulation, Tout ce travail doit être fait pour les jeunes et il doit être fait par eux. Mais peut-être avons-nous raté nous-mêmes certaines étapes ? Peut-être devons-nous 9

retard, affermir nos croyances, redresser nos valeurs avant de vouloir les imposer à nos enfants. Merci, Bernard Gaillard, de nous faire réfléchir à tous ces problèmes.

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Introduction
a toujours eu une place particulière dans notre vie enfant. î mais .

at , à savoir un rapport interindividuel adolescent-adulte pour lequel e ne devrait pas être si problème, et la manière dont celui-ci est évoqué est à considérer comme un objet créé et énoncé dans des formes sociales qui se déclinent en arguments psychologiques, sociologiques, juridiques, anthropologiques et éducatifs. Ces questions essentielles restent en débat permanent dans notre société. Si nous voulons poser une démarche scientifique, il nous faut reconstruire cet objet et oser prendre distance avec les énoncés consensuels et contextuels qui e pensée. Il nous faut interroger les faits endeça de leur émergence conventionnelle et de leurs croyances pour accéder aux principes formulables et contestables. Ces principes particuliers, c'est-à-historiques de parler -uns très actuels : les violences dans les banlieues, la fugue, la délinquance, les bandes, la dépendance entrée dans ces phénomènes est é -

pratiques initiatrices. Les enjeux des débats sociétaux portent alors sur la nécessité des remédiations telles que la formation, le soin et le judiciaire. Les mouvements sans cesse réitérés dans les banlieues, dans les lycées et universités, les actualités judiciaires dans lesquelles des adolescents commettent criminels phénomènes, et ce dans une approche interdisciplinaire. Enigme analogon de toute figure humaine en difficulté dans ses liens et ses représentations avec son environnement. Face à cette difficulté de positionnements, les corpus scientifiques, cliniques et sociaux ne cessent de produire des terminologies spécifiques dans des enjeux axio-politiques. Nous pouvons citer entre autres les termes Les qualificatifs utilisés Bynau qui distingue à côté des adolescents normaux deux grands catégories : celle des adolescents dont la pathologie s'inscrit de façon structurée et chronique sous forme de syndromes (psychoses, névroses graves, etc.) ; et celle des adolescents dits « en grande difficulté », « cas limites », « borderline », « atypiques », « incasables1 ». A propos de casabilité, J-Y Barreyre estime, à 2 , que important pour créer cette situation est « celle de dolescent, J-C. Quentel nous rappelle les travaux de Margaret Mead qui soutiennent que absolument pas une étape naturelle de la vie par laquelle devait nécessairement passer tout homme4 ».
Bynau C. (2004), Accueillir les adolescents en grande difficulté, Ramonville : Erès. 2 Barreyre J-Y., Fiacre P., Joseph V., Makdessi J-Y. (2008) Une souffrance maltraitée, parcours et situations de vie des jeunes dits incasables, Paris : ONED. 3 Le Bris M. (2008), « Les incasables obligent à sortir de la logique institutionnelle », in ASH, n°2576, pp. 39-41. 4 Quentel J-C. (2007), Les fondements des sciences humaines, Ramonville : Erès.
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y répond 3».

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des relations inévitablement conflictuelles pouvant même déborder en violences est à la fois du phénomène de grandir, et du pas Lesourd5, ps « abandonne les ancrages signifiants qui lui ont permis de se cons social les signifiants qui lui permettront de tenir sa place ». Et pourtant ce monde adulte lui. Ainsi dans les médias, nous trouvons régulièrement les adolescents évoqués à propos d'agression sexuelle, de la délinquance juvénile, de la récidive, du , des violences familiales avec les phénomènes , de harcèlement, des violences institutionnelles, groupales, des phénomènes de marginalité comme les décrocheurs scolaires, des précarités et errances, d entre autres toxicomaniaques, d des violences urbaines, des violences rurales et altéro- et auto-agressant, la formation des bandes de jeunes, de lien sectaire, des phénomènes prostitutionnels, de la question des sanctions, des peines, de l des mineurs, leur prise en charge extra-carcérale, les Centres Educatifs Renforcés ou Centres Educatifs Fermés. Les nombreux types de prises en charge des adolescents concernent le suivi des adolescents auteurs ou victimes , les pratiq en matière judiciaire et socio-judiciaire (auditions, enquêtes, expertises ), les traitements psycho-judiciaires et socio-judiciaires des situations de violences et de délinquance, les médiations avec les adolescents, les pratiques éducatives spécifiques. La préoccupation insistante de nos politiques et universitaires à chaque législature, dispositifs éducatifs nouveaux,
5 Lesourd S. (2008), « Errance, solitude et post-modernité », in Dupont S. et Lachance J., Errance et solitude chez les jeunes, Paris : Téraèdre.

pour interroger à la fois

ité du champ de -anthropologique apparaît opportune

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