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Adoptions, dons et abandons au Mexique et en Colombie

De
222 pages
Depuis les années 1990, les études sur la parenté ont connu un nouvel essor en Europe et aux Etats-Unis tout en empruntant d'autres voies que celles de l'anthropologie "classique" : le genre, la sexualité ou les représentations de la conception et du corps. Les textes de ce volume participent de ce renouveau et affirment également l'intérêt de relier deux champs de l'anthropologie : la parenté d'une part, la migration et les études interethniques de l'autre. L'étude est conduite au Mexique et en Colombie.
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Ouvrage coordonné par
Depuis les années 1990, les études sur la parenté Françoise LESTAGE et María-Eugenia OLAVARRIA
ont connu un nouvel essor en Europe et aux
ÉtatsUnis tout en empruntant d’autres voies que celles de
l’anthropologie « classique » : le genre, la sexualité ou
les représentations de la conception et du corps. Les
textes de ce volume participent de ce renouveau.
Ils affrment également l’intérêt de relier deux champs
de l’anthropologie : la parenté d’une part, la migration
et les études interethniques de l’autre. Ils le font à partir d’une
perspective transversale et systémique, dans le cadre de processus
contemporains marqués par la globalisation, dans deux pays
latinoaméricains, le Mexique et la Colombie. ADOPTIONS,
Les sept auteures analysent les changements et les continuités
des conceptions de la parenté dans des groupes sociaux rendus DONS ET ABANDONS
vulnérables par leur condition subalterne (familles homoparentales
AU MEXIQUE ou stériles), par leur exclusion sociale (domestiques, paysannes)
ou par la migration d’une partie de leurs membres, en s’attachant ET EN COLOMBIEà des formes précises de relations de parenté fondées non pas sur
la consanguinité ou l’alliance matrimoniale, mais sur des choix
(adoptions, « prêts » ou dons d’enfants).
L’ouvrage facilite la compréhension de ces formes de parenté Des parents vulnérablestout en questionnant les représentations sociales et en analysant
certains aspects des sociétés mexicaine et colombienne, en
particulier les situations de violence et d’inégalités dans le contexte
familial qui résultent parfois de la globalisation des processus, telle
l’internationalisation de l’adoption ou de la procréation pour autrui.
Les coordinatrices de cet ouvrage :
Françoise Lestage (Paris Diderot/Sorbonne Paris Cité) et María-Eugenia
Olavarría (UAM, Mexico)
avec
Amandine Delord (IHEAL, Paris III Sorbonne Nouvelle), Séverine Durin
(CIESAS, Monterrey, Mexique), Félicie Drouilleau (EHESS, Toulouse),
Claire Laurant (Paris III Sorbonne Nouvelle), Françoise Lestage (Paris RECHERCHESA
Diderot/Sorbonne Paris Cité), Gail Mummert (COLMICH, Zamora, M
Mexique), María-Eugenia Olavarría (UAM, Mexico). É
R
I
Couverture : © Nuwatphoto Q
U
ISBN : 978-2-343-05147-5 E9 782343 051475
22 € S LATINES
ADOPTIONS, DONS ET ABANDONS Ouvrage coordonné par
AU MEXIQUE ET EN COLOMBIE
Françoise LESTAGE et
Des parents vulnérables
María-Eugenia OLAVARRIA



ADOPTIONS, DONS ET ABANDONS
AU MEXIQUE ET EN COLOMBIE




























Recherches Amériques latines
Collection dirigée par Denis Rolland
et Joëlle Chassin

La collection Recherches Amériques latines publie des travaux de
recherche de toutes disciplines scientifiques sur cet espace qui s’étend du
Mexique et des Caraïbes à l’Argentine et au Chili.

Dernières parutions

Alain KONEN, La mano de Orula, 2014.
Lucia OZORIO, Penser les périphéries, une expérience brésilienne. Pour
un nouveau type de politique publique de construction du commun, 2014.
Robert CABANES, Economie morale des quartiers populaires de São
Paulo, 2014.
Tamar HERZOG, Rites de contrôle et pratiques de négociation dans
l’Empire espagnol. Dialogues distants entre Quito et Madrid
(16501750), 2014.
Guyonne BLANCHY, Le vignoble argentin de Mendoza et l’influence
e efrançaise, XIX -XXI siècle, 2014.
Jose Maria TAVARES DE ANDRADE, Une mythologie brésilienne,
2014.
German A. DE LA REZA, En quête de la confédération. Essais
ed’intégration des républiques hispano-américaines au XIX siècle, 2014.
Alexandra ANGELIAUME-DESCAMPS, Elcy CORRALES, Javier
RAMIREZ, Jean-Christian TULET (dir.), La petite agriculture familiale
des hautes terres tropicales. Colombie, Mexique, Venezuela, 2014.
Marcio de Oliveira, Brasilia entre le mythe et la nation, 2014.
Patrick HOWLETT-MARTIN, La politique étrangère du Brésil
(20032010). Une émergence contestée, 2013.
Denis ROLLAND, Marie-José FERREIRA DOS SANTOS et Simele
RODRIGUEZ, Le Brésil territoire d’histoire. Historiographie du Brésil
contemporain, 2013.
César CARILLO TRUEBA, Plurivers. Essai sur le statut des savoirs
indigènes contemporains, 2013.
Aristarco REGALADO PINEDO, L’ouest mexicain à l’époque des
e edécouvertes et des conquêtes (XVI – XVII siècle), 2013.
Guillermo ZERMENO PADILLA, La culture moderne de l’histoire. Une
approche théorique et historiographique, 2013.
Guillaume LETURCQ, Frédéric LOUAULT, Teresa Cristina
SCHNEIDER MARQUES (dir.), Le Brésil : un laboratoire pour les
sciences sociales, 2013. Ouvrage coordonné par
Françoise LESTAGE et María-Eugenia OLAVARRIA




ADOPTIONS, DONS ET ABANDONS
AU MEXIQUE ET EN COLOMBIE

Des parents vulnérables







Auteures :
Amandine Delord, Séverine Durin,
Félicie Drouilleau, Claire Laurant,
Françoise Lestage, Gail Mummert,
Maria-Eugenia Olavarria










































© L’HARMATTAN, 2014
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-05147-5
EAN : 9782343051475 SOMMAIRE


Remerciements 9
Préambule 11

Première Partie. Les « maisons d’adoption » : des
structures facilitatrices 17

Chapitre I. Le don d’enfant en Colombie :
des bonnes raisons aux justifications
Amandine Delord 19

Chapitre II. Sauver des vies. Migration féminine, grossesse
non désirée et philanthropie anti-avortement au Mexique
Séverine Durin 61

Deuxième Partie. Des parentés choisies multiformes83

Chapitre III. Parenté choisie et emploi domestique à Bogota
Félicie Drouilleau 85

Chapitre IV. Tout reste en famille (transnationale). Des alternatives
pour élever les enfants des migrants mexicains
Gail Mummert 107

Troisième Partie. Entre adoptions et techniques de
reproduction assistée 141

Chapitre V : Des diverses manières d’avoir un enfant à Mexico
e au XXI siècle. Adoption et techniques de reproduction assistées
dans des familles hétéro et homoparentales
María-Eugenia Olavarría 143

Chapitre VI : Les sages-femmes traditionnelles confrontées aux
transformations sociales. Étude de cas dans l’État de Morelos,
Mexique
Claire Laurant 177

Conclusions générales 188
Références bibliographiques 191
Biographie des auteures 207
7
REMERCIEMENTS


Ce livre doit son existence à plusieurs institutions, personnes
et projets que nous tenons à remercier :
- Les auteures qui ont accepté de retravailler le texte de leur
communication au symposium « Anthropologie des parentés
choisies : processus migratoires et multiculturels » organisé en
ejuillet 2009 à Mexico dans le cadre du 53 Congrès international
des Américanistes.
- tous les participants au symposium qui ont nourri nos
réflexions.
- Le programme ECOS NORD pour avoir financé le projet
de recherche « La mobilité des personnes dans les familles
mexicaines. Une étude comparative des parentés choisies », en
France.
- Le Consejo Nacional de Ciencia y Tecnología CONACYT
au Mexique pour le financement du projet CB-2006-1-56385
“Parentesco, cuerpo y reproducción. Representaciones y
contenidos culturales en el contexto mexicano contemporáneo”
du Consejo Nacional de Ciencia y Tecnología CONACYT
(2007-2010) qui a fourni les fonds pour l’édition d’une
première version en espagnol de cet ouvrage ainsi que pour le
travail de terrain sur lequel se base la recherche de
M.E. Olavarría.
- L’Unité de Recherches Migrations et Société (URMIS) qui
a financé la traduction en français de deux articles et l’édition
du livre et qui a accueilli les réunions en France.
- Le département d’anthropologie de la UAM Iztapalapa qui
a facilité l’organisation des réunions au Mexique.


9

PRÉAMBULE


Depuis les années 1990, les études sur la parenté ont connu
un nouvel essor en Europe et aux États-Unis tout en empruntant
d’autres voies que celles de l’anthropologie « classique », que
ce soit le genre, la sexualité ou les représentations de la
conception et du corps (Déchaux J-H, 2004, p. 592). Les textes
qui constituent ce volume participent à ce renouveau. Ils
affirment également l’intérêt de relier deux champs de
l’anthropologie : la parenté d’une part, la migration et les études
interethniques d’autre part. Ils le font à partir d’une perspective
transversale et systémique, dans le cadre de processus
contemporains marqués par la globalisation, dans deux pays
latino-américains, le Mexique et la Colombie. Il ne s’agit pas de
faire des comparaisons, mais de proposer des études de cas
situées afin de permettre une compréhension plus large des
phénomènes étudiés et d’en souligner les dimensions
régionales, nationales ou bien globales.
On se propose d’analyser les changements et les continuités
des conceptions de la parenté dans des groupes sociaux rendus
vulnérables par leur condition subalterne (familles
homoparentales ou stériles), par leur exclusion sociale
(domestiques, paysannes) ou par la migration d’une partie de
leurs membres, en s’attachant à des formes précises de relations
de parenté fondées non pas sur la consanguinité ou l’alliance
matrimoniale, mais sur des « choix », d’où le terme de « parenté
choisie », emprunté à Agnès Fine (1998), que nous utilisons.
Il existe en effet, dans la plupart des sociétés, des
mécanismes permettant aux groupes de parenté de s’agrandir, et
d’établir ou de renforcer des liens, en assimilant de nouveaux
membres. C’est le cas de l’adoption plénière telle qu’on la
rencontre aujourd’hui. Soulignons que ce n’est là qu’une des
formes possibles de ces parentés, et probablement pas la plus
répandue. Certaines sociétés considèrent même que la « bonne »
filiation ne peut être que choisie. M. Jeudy-Ballini en fait le
constat en Océanie (1998). P. Menget (1988), quant à lui,
11
reprend une remarque de C. Lévi-Strauss sur la répugnance
qu’éprouvent les Txicao du Brésil Central à élever leurs enfants
biologiques, cette situation ne concernant que 10 % de la
population.
On désignera donc par « parenté choisie » (1998), toutes les
formes de parentés reconnues en dehors de la consanguinité et
de l’alliance matrimoniale qui supposent l’inscription
temporaire ou définitive d’une personne dans une famille. Ces
formes de parenté sociale suivent le modèle de la parenté
biologique en s’inspirant des liens de filiation et de germanité.
Les liens de parenté se fondent sur les réalités biologiques de la
procréation, mais celles-ci sont interprétées en fonction des
normes sociales en vigueur et reconnues ou niées : par exemple,
si, aujourd’hui, la société française reconnaît la filiation
adoptive et si l’État a fait de l’adoption plénière la filiation la
plus sûre, ce même État refusait de reconnaître la filiation
biologique dans le cas des enfants nés hors mariage, considérés
ecomme des « bâtards » jusqu’au début du XX siècle
(F. Zimmerman, 1993).
Comment inscrit-on une personne dans un groupe de
parenté ? Les travaux anthropologiques en soulignent deux
modes d’inscription qui ne sont pas exclusifs, mais interrogent
sur ce qui « fait » la parenté : une inscription fondée sur un
rituel qui établit un lien de parenté symbolique, comme le
parrainage par exemple : un « don » ou un « prêt » d’une
personne qui est ainsi transférée dans une famille autre que celle
de ses parents biologiques et incluse, la plupart du temps, dans
un groupe résidentiel ; le simple partage d’éléments constitutifs
de la parenté, comme la résidence, la nourriture ou l’éducation.
Que le mode d’inscription soit fort (adoption formelle) ou plus
faible (partage de nourriture et d’éducation en intermittence), il
rattache la personne choisie à un groupe de parents et, la plupart
du temps, à un groupe résidentiel.
Cet ouvrage étudie les parentés choisies quelles qu’elles
soient, des relations dont l’origine est l’adoption temporaire ou
définitive d’enfants (chapitres 4 et 5), à des formes plus
difficiles à cerner comme les relations entre les employeurs et
les enfants de leurs domestiques (chapitre 3). Au cours des
12
différents chapitres, on s’interroge sur l’expression de ces
relations dans des contextes migratoires ou interethniques. On
questionne les modalités et les objectifs de la captation de
nouveaux parents dans le monde contemporain ainsi que les
éléments de ce que les membres d’un groupe social considèrent
comme relevant de la parenté. Ainsi un des thèmes récurrents
du livre est-il la question de la place des parents choisis dans
une structure sociale donnée, indépendamment des modalités du
processus initial du choix (adoption formelle ou informelle,
don, prêt, rituel fondateur et/ou éléments partagés du quotidien)
Le livre est organisé en trois parties constituées chacune de
deux chapitres. La première partie s’attache à décrire et à
analyser, en Colombie puis au Mexique, le fonctionnement
d’acteurs qui se trouvent au cœur des processus nationaux et
internationaux d’adoption. Il s’agit des « maisons d’adoption »
qui hébergent les femmes célibataires enceintes ou ayant
accouché récemment, et les incitent à « donner » leurs enfants.
Le premier chapitre – « Le don d’enfant en Colombie : des
bonnes raisons aux justifications » – rédigé par Amandine
Delord, traite des rapports entre personnel, direction et mères ou
membres des familles des enfants qui seront donnés en adoption
dans un établissement destiné à mettre en relation parents
adoptants et enfants adoptables en Colombie. À partir de ce cas
particulier, l’auteure observe l’articulation de processus
marqués simultanément par des décisions individuelles et par
des politiques publiques d’État. Elle porte ainsi un regard
objectif sur la décision d’abandonner un enfant/de donner un
enfant en adoption, et constate à quel point celle-ci peut être
liée à un contexte socio-historique déterminé et à une histoire
personnelle qui se reconstruit à partir de récits. Ce chapitre
éclaire la face cachée des études sur l’adoption qui n’apparaît
plus seulement comme la reconnaissance ou l’établissement
d’une nouvelle relation, mais aussi comme la dissolution d’un
lien de descendance. Amandine Delord montre que dans cette
séparation, les frontières entre le choix personnel et la pression
externe, réelle ou imaginaire, ne sont pas clairement délimitées.
Le deuxième chapitre « Sauver des vies. Migration féminine,
grossesse non désirée et philanthropie anti-avortement au
13
Mexique », rédigé par Séverine Durin, fait converger des
éléments qui n’étaient pas reliés jusque-là, en se fondant sur
l’étude d’une auberge pour femmes située à Monterrey, dans le
nord du Mexique. À partir d’un travail ethnographique en
profondeur, l’auteure reconstruit un univers dans lequel
s’articulent l’idéologie de l’État, le discours de la bourgeoisie
locale et le système d’exploitation de la force de travail. Non
seulement les domestiques sont exploitées par leurs
employeurs, mais leur position socio-professionnelle, sur le
dernier échelon de la chaîne des services, les rend susceptibles
de se convertir en force de travail reproductive. Les enfants
donnés en adoption par des femmes migrantes renvoyées par
leurs employeurs en raison de leur grossesse, se retrouvent
placés dans le circuit de l’adoption parce que leurs mères se
sont réfugiées dans des auberges administrées et créées par les
membres des classes dominantes, celles-là mêmes qui les ont
renvoyées. Ainsi se ferme le cercle de production/reproduction
de la force de travail que le chapitre de Séverine Durin permet
d’observer par le trou de la serrure.
La deuxième partie du livre « Des parentés choisies
multiformes » présente deux types contemporains de parenté
choisie » dans lesquels les enfants sont élevés soit par les
patrons de leurs parents (chapitre 3), soit par leurs oncles et
tantes en situation de migration (chapitre 4).
Le chapitre 3 « Parenté choisie et emploi domestique à
Bogota », rédigé par Félicie Drouilleau, se fonde sur une
analyse des travaux qui ont précédé sur les relations de
compérage et de parrainage entre employeurs et travailleurs
domestiques dans différents contextes latino-américains. Il est
centré sur l’étude de la pseudo-appartenance des enfants des
domestiques à la famille des patrons et permet d’éliminer le
flou de la caractérisation de ces processus qui utilisent des
termes tels que « analogie », « métaphore » ou « fiction »
familiale. Dans le contexte des changements ayant eu lieu en
Colombie, ce texte permet de comprendre les conditions
d’asymétrie qui dominent dans les familles étudiées, ainsi que
la nature ambiguë des relations de parenté choisie où
interviennent autant la générosité que l’exercice du pouvoir.
14
La réorganisation des familles dans l’espace transnational
constitue l’objet du chapitre 4, rédigé par Gail Mummert, et
intitulé « Tout reste en famille (transnationale). Des alternatives
pour élever les enfants des migrants mexicains ». Dans un
contexte mexicain marqué par les processus de globalisation et
de transnationalisation des pratiques et des rapports sociaux,
l’auteure apporte des éléments afin de définir les paternités,
maternités et parentalités à distance en se fondant sur l’analyse
de neuf familles de migrants de l’Ouest mexicain. À partir de
l’analyse des conditions économiques, politiques et familiales
nécessairement encadrées par une économie politique globale,
ce chapitre démystifie les idéologies de genre qui naturalisent le
rôle protecteur de la mère ainsi que celles qui évaluent
négativement les arrangements relatifs à la prise en charge des
enfants quand leurs parents émigrent. L’auteure insiste sur la
précarité des accords passés sur le prêt ou le don d’enfants dans
un groupe familial. Au bout du compte, tous les frères et sœurs,
oncles et tantes, grands-parents, peuvent être amenés à élever
les enfants, entraînant une complexité extrême des relations de
parenté choisie.
L’ouvrage se clôt sur une troisième partie consacrée aux
façons de se procurer des enfants au Mexique aujourd’hui,
« Entre adoptions et techniques de reproduction assistée ». Elle
s’attache à l’étude des acteurs amenés à intervenir dans ces
processus, volontairement ou pas : les couples en demande
d’enfants et les matrones.
Le chapitre 5 « Des diverses manières d’avoir un enfant à
eMexico au XX siècle. Adoption et techniques de reproduction
assistée dans des familles homo et hétéroparentales », rédigé
par María-Eugenia Olavarría, compare les résultats d’une étude
ethnographique menée dans la ville de Mexico parmi un groupe
de familles homoparentales et hétéroparentales utilisatrices de
techniques de reproduction assistée, un contexte novateur car le
thème des relations de parenté en ville a été rarement abordé par
l’anthropologie au Mexique. L’auteure se propose d’analyser
les formes de filiation rendues possibles par les changements
récents de la législation du District fédéral et elle s’interroge sur
ce qui unit ces deux ensembles d’acteurs, en apparence
15
dissemblables, qui constituent les premiers bénéficiaires des
transformations législatives récentes et qui expriment
socialement la nécessité de constituer des familles qui soient
reconnues juridiquement. Elle conclut notamment que les unes
et les autres répondent à un contexte historique où la diversité
sexuelle a sa place dans les débats sociaux, juridiques et
théoriques. Ils ne représentent pas une « crise » de la famille
nucléaire, mais une façon de continuer à la reproduire sous une
autre forme.
Le chapitre 6 « Les sages-femmes traditionnelles témoins et
actrices involontaires des transformations sociales. Étude de cas
dans l’État de Morelos », rédigé par Claire Laurant, restitue une
enquête ethnographique menée dans un petit État proche de la
ville de Mexico. L’auteure y décrit les activités des
accoucheuses et évoque leur attitude face à l’adoption et à
l’abandon des enfants qu’elles aident à mettre au monde et face
aux accouchements de mères porteuses qui les inquiètent. En
effet, ces matrones sont parfois engagées, sans le savoir, dans le
suivi de grossesses qui sont le produit de fécondation in vitro.
Ce texte permet de prendre en compte des actrices encore très
présentes dans ces pays où des techniques sophistiquées de
fécondation côtoient des pratiques de suivi de la grossesse et
d’accouchement dites traditionnelles.

Françoise Lestage et María-Eugenia Olavarría

16
PREMIERE PARTIE

LES « MAISONS D’ADOPTION » :
DES STRUCTURES FACILITATRICES


Parmi les acteurs concernés par les dons, abandons et
adoptions des enfants, au Mexique comme en Colombie, on
trouve au premier chef des « maisons d’adoption » privées ou
« maisons d’hébergement ». Elles relèvent d’associations
philanthropiques et paternalistes dont les membres
appartiennent à la bourgeoisie locale. Elles ont pour fonction
d’organiser et d’encadrer l’abandon/le don puis l’adoption des
enfants dans des sociétés où l’avortement est interdit. Leur rôle
consiste à faciliter l’abandon/le don de l’enfant de la part de
femmes vulnérables, en particulier de femmes domestiques
résidant chez des patrons qui refusent d’héberger les enfants de
leurs bonnes.
Les deux chapitres de cette section mettent en relief
quelques-unes des transformations qu’a connues l’adoption
dans les deux pays. Dans le cas du Mexique, le régime de
l’adoption plénière établi au niveau fédéral à partir de 2000 a
organisé cette pratique sous les modèles du clean break model
(Colen, 1995) ; c’est-à-dire que l’adoption d’un enfant implique
la rupture avec tous les liens d’origine et imite la nature dans la
mesure où elle essaye de reproduire les principes de différence
de générations, d’identité de sang, et les prohibitions sexuelles
et matrimoniales qui en sont le corollaire. L’adoption plénière a
pour objectif l’intégration complète de l’adopté dans son nouvel
environnement. C’est là une pratique prédominante dans les
pays industriels. Ainsi, des pratiques d’ordre traditionnel
comme la prise en charge, le prêt et la circulation des enfants
sont remplacées par l’adoption régulée par l’intervention de
l’État et les agences d’adoption.
L’adoption – un processus consistant à ajouter des liens les
uns aux autres – donne lieu, aujourd’hui, à une substitution de
ces liens les uns par les autres, le tout au nom du « bien de
l’enfant ». En effet, ce schéma dissimule un circuit d’enfants
17
qui « sortent » des environnements sociaux les plus vulnérables
pour aller vers les familles qui ont les moyens
socioéconomiques de les accueillir. Ce circuit en direction
« ascendante » est présent aussi bien dans le cas colombien que
dans celui de la ville de Monterrey au Mexique.

18
CHAPITRE I

LE DON D’ENFANT EN COLOMBIE :
DES BONNES RAISONS AUX JUSTIFICATIONS

Amandine Delord


« Laisser un nouveau-né dans un centre hospitalier semble
devenir le mode d’abandon le plus fréquent en Colombie.
L’ICBF, qui note un accroissement de 60,5 % entre 2007 et
2008, rend également compte de l’augmentation du nombre
d’enfants sous sa responsabilité qu’il explique par un
phénomène de déresponsabilisation familiale (…). L’acte
habituel et marquant d’abandonner un enfant dans un
sacpoubelle en pleine rue, n’est plus l’unique modalité (…)
L’enfant une fois connu par les services sociaux est intégré
dans le programme de protection de l’enfance de l’ICBF (État),
mais si finalement aucun engagement familial ne se concrétise,
1le Defensor des mineurs décrète l’adoptabilité de l’enfant. »
(El Tiempo, T. Munevar, 28/05/2008).


La décision du don en adoption est souvent associée à la
sphère privée, à l’intimité de la famille donatrice. Elle
correspond également à la première étape d'un processus plus
large obligeant à envisager toutes les échelles sollicitées dans
l'adoption : internationale, nationale, locale, personnelle.
L’abandon/ la mise en adoption, acte intime, est aussi un acte

1 Le Defensor de famille est avocat de carrière et sa mission est de
garantir les droits de l’enfant ; il est en quelque sorte le représentant
légal et l’avocat de l’enfant, son « défenseur ». Chargé de rétablir les
droits du mineur s’ils sont violés, il fait appliquer la loi en ouvrant le
PAP (processus administratif de protection) devant une situation de
danger. Dans un cas extrême, c’est à lui que revient de prendre la
décision de l’adoptabilité d’un enfant, en dictant d’abord une
« résolution motivée » notifiant l’« abandon » de l’enfant qui sera
validée par le juge des affaires familiales.
19
encadré par des institutions publiques, témoignant d'une
politique particulière de l’État concernant la gestion de la vie, la
sexualité et la protection de l’enfance. En Colombie, l'acteur
principal est l'ICBF, institut public chargé de la défense de la
famille et de la protection de l’enfance, se basant sur le Codigo
de la Infancia y Adolescencia (Code de l’Enfance et de
l’Adolescence, propre au pays) et la Déclaration universelle des
droits de l’enfant. Dans son linéament d'actions, il propose le
recours à l'adoption comme moyen de protection de l'enfant par
excellence. En soutien, des Casa (Maison), maisons privées
d'adoption peuvent également se charger du processus
d’adoption, en se soumettant néanmoins toujours aux
règlements imposés par l'ICBF, ce dernier leur octroyant
annuellement une « Licence de Programme d’adoption ». Si le
même objectif, le bien-être de l’enfant, anime les deux
structures, publique et privée, des différences sont pourtant
notables ; la principale concerne la place de l’adoption : alors
que pour les Casa, il s'agit de l'essence même de leur existence,
pour l’ICBF, dans son devoir global de garantie des droits de la
famille, l’adoption est seulement une option de mise en
protection du mineur, après toutes les tentatives de maintien de
l’enfant dans son milieu familial.
Afin d’appréhender le moment précis du don de l’enfant, de
la rencontre entre une femme désireuse de donner son enfant et
une institution, j’ai choisi de m’intéresser à l’une des maisons
privées d’adoption en Colombie. Située dans une ville d'environ
deux millions d'habitants, je l'appellerai Casa pour maintenir
l'anonymat. Les identités des personnes citées (leurs noms ont
été changés) ne seront pas révélées non plus, l'objectif étant de
pénétrer le système d’adoption pour en comprendre le
fonctionnement tout en respectant le droit de réserve.
Ce centre d’adoption est né il y a trente ans sur l’initiative
d’une mère adoptante, Maria, soutenue par un réseau d’amies,
toutes issues des familles bourgeoises de la ville. Ce statut de
« fondatrices » de la Casa leur concède toujours un pouvoir
décisionnel dans les comités d’adoption. La visée principale de
cette mère adoptante était claire : épauler des couples dans leurs
démarches d’adoption, à une époque où l’État ne gérait pas
encore la question de l’adoption. Ainsi, résoudre la question des
20
enfants abandonnés n’était pas la première mission de la Casa.
Étape entre la situation initiale de l’enfant – son milieu
familial – et son adoption, la Casa est un lieu transitoire offrant
une préparation sanitaire et psychologique. Depuis sa création,
Casa et familles adoptantes sont liées. Dans ce cercle fermé, ce
réseau de relations et d’échanges, histoires personnelles et
travail s’entremêlent. Par exemple, Maria dirige toujours la
maison et ses filles adoptées font partie du Comité
d’Administration de l’association ; la jeune psychologue est
« une fille » adoptée de la Casa ; certains parents adoptants sont
sollicités pour leurs spécialisations professionnelles (soins
gratuits pour les médecins...).
Cependant, depuis le noyau des fondatrices, assisté durant
les douze premières années de la Casa par des sœurs,
l’institution s’est professionnalisée au fil des années. En 2007,
elle compte :
- le « groupe décisionnel » qui regroupe les fondatrices,
l’initiatrice et actuelle directrice officielle chargée des contacts
publics (Maria), la directrice administrative (Carmen),
l’assistante sociale (Patricia) et la psychologue (Sofia).
- la quinzaine d’employés : secrétaire, cuisinière, femmes de
ménage, auxiliaires de vie, surveillantes de nuits, infirmières,
« homme à tout faire » (seul homme de la Casa) à temps
complet ; pédiatre, nutritionniste et avocat en prestations de
services.
- la vingtaine de volontaires. Ce groupe hétéroclite
uniquement féminin, aidant seulement dans la salle des bébés,
va de la veuve isolée à l’infirmière retraitée, en passant par la
mère adoptante.
- les spécialistes consultés à l’extérieur (pédopsychiatre,
neuropsychiatre, orthophoniste, psychiatre spécialisé dans
l’abus sexuel...).
Association privée sans but lucratif, la Casa vit de dons et
subventions de particuliers et d’entreprises. Dans le cadre d’une
réforme globale sur la gestion de l'enfance lancée en 2006 avec
le Projet de Loi 215, une enquête sur le financement des
maisons d'adoption colombiennes a été exigée par la
Procuraduria general de la nación (Procureur général de la
nation) ; un débat concernant la place de l’argent dans
21