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Affaire Paul Voise

De
116 pages
Personne n'a oublié le visage couvert d'hématomes de Paul Voise, ce septuagénaire agressé chez lui, un soir d'avril 2002, dans un quartier sensible d'Orléans. Paul Voise, intronisé icône de l'insécurité en France, aurait-il été, indirectement, le fossoyeur du candidat Jospin ? Qui se cache vraiment derrière cet homme marginal, faussement naïf, plus prompt à parler aux journalistes qu'aux enquêteurs de police ? Comment expliquer, enfin, que certains médias se soient emparés avec tant de voyeurisme du malheur du vieil homme
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« Affaire Paul Voise »
Enquête sur un fait divers qui a bouleversé
la France à la veille de la présidentielleCollection Questions Contemporaines
dirigée par J.P. Chagnollaud, A. Forest, P. Muller,
B. Péquignot et D. Rolland
Chômage, exclusion, globalisation... Jamais les «questions contemporaines»
n'ont été aussi nombreuses et aussi complexes à appréhender. Le pari de la
collection « Questions contemporaines» est d'offrir un espace de réflexion et de
débat à tous ceux, chercheurs, militants ou praticiens, qui osent penser autrement,
exprimer des idées neuves et ouvrir de nouvelles pistes à la réflexion collective.
Dernières parutions
Christian MARCHAL, La démocratie déséquilibrée, 2003.
J.-F. CHIANTARETTO et R. ROBIN, Témoignage et écriture de
l'histoire, 2003.
Jean-Pierre HUE, De i'eau dans le prétoire, 2003.
José Antonio SEQUEIRA CARYALHO, Enjeux géopolitiques et
coopération au développement de l'Union européenne, 2003.
Pierre FREYBURGER, Les niqués de la république, Illustrations Véesse,
.
2003.
Yves TRIPIER, La laicité, ses prémices et son évolution depuis 1905, (le
cas breton), 2003.Anthony Gautier
Avec la collaborationde Pierre-AlexandreCouf
« Affaire Paul V oise »
Enquête sur unfait divers qui a bouleversé
la France à la veille de la présidentielle
L'Harmattan L'Harmattan Hongrie L'Harmattan Italia
5-7, nIe de l'École-Polyteclmique Hargita u. 3 Via Bava, 37
75005 Paris 1026 Budapest 10214 Torino
FRANCE HONGRIE ITALIEÀ Stéphane,Avec nos plus vifs remerciements à Jean-Claude Auzoux
pour sa précieuse relecture,(Ç)L'Harmattan, 2003
ISBN: 2-7475-5073-7INTRODUCTIONPersonne n'a oublié le doux visage couvert
d'hématomes de Paul Voise, ce septuagénaire débonnaire
agressé chez lui, un soir d'avril 2002, dans son quartier
orléanais de l'Argonne. Comment pourrait-il en être
autrement tant ce visage blessé, meurtri, est devenu, en
l'espace de quelques jours, le symbole national d'une
violence polymorphe qui prenait là sa forme la plus
haïssable? Et de fait, comment imaginer qu'un vieil homme
marginal, dépourvu de ressources, vivant d'expédients dans
une vieille masure insalubre d'un quartier sensible d'Orléans,
pouvait être victime d'une telle brutalité, a priori gratuite?
L'incompréhension liminaire des Français a
rapidement laissé place à la révolte et à l'indignation, mêlées
de compassion. D'où un vaste élan spontané de solidarité qui
a dépassé de très loin le cadre des frontières nationales. Car
voilà, ce fait divers, qui aurait pu s'en tenir à alimenter
l'actualité locale, comme de nombreux autres avant lui, a
connu une diffusion nationale sans précédent. Un véritable
tourbillon médiatique que personne n'était en mesure de
prévoir ni de contrôler. En deux jours, Paul Voise est devenu
l'incarnation vivante et exemplaire d'une France inquiète,
pusillanime, que l'on disait alors habitée par un sentiment
diffus d'insécurité. Cette peur indistincte, qui n'avait bien
souvent pas de visage, a pris soudainement les traits d'un
vieil homme battu, humilié, pleurant comme un enfant devant
les vestiges encore fumants de la petite maison qu'il avait
construite de ses mains. Une image choc. Une image
pathétique. Une image à laquelle aucun Français n'a pu
échapper. Nous sommes le vendredi 19 avril 2002. L'avant-
veille du premier tour de l'élection présidentielle.
Un an après les faits, pourquoi revenir sur ce qu'il est
désormais d'usage d'appeler l'affaire Paul Voise? Le
septuagénaire s'est remis de ses blessures, et ne passe pas une
8journée sans se rendre sur son petit lopin de terre vierge,
débarrassé des débris calcinés de son ancien cabanon. Pour
lui, la page est tournée, gage d'une tranquillité retrouvée.
Pensionnaire d'un foyer pour personnes âgées depuis sa sortie
de l'hôpital d'Orléans, il n'aspire qu'à une chose: retourner
vivre auprès de son chat dans ce quartier auquel il voue un
attachement indéfectible. Laissons-lui ce droit.
Pour autant, l'affaire Paul Voise n'est pas close par le
simple fait d'abord que l'un des deux agresseurs n'a toujours
pas été arrêté, et que, faute d'éléments à charge suffisants, le
jeune homme de 22 ans mis en examen, fin février, pour
«coups et blessures volontaires, tentative d'extorsion de
fonds sur une personne particulièrement vulnérable,
dégradations et destruction par incendie », a été remis en
liberté à l'issue de son déferrement devant la justice.
L'enquête laborieuse, infructueuse pendant dix mois, a fait
naître l'impatience, qui a généré elle-même une suspicieuse
incompréhension. Les rumeurs ont alors supplanté les
investigations de la police judiciaire et les hypothèses les plus
variées, les plus inattendues, ont trouvé des partisans sûrs de
leurs arguments. Expédition orchestrée par le Front national à
deux jours du premier tour de l'élection présidentielle;
contentieux de nature immobilière dans un quartier où
quelques résidents des immeubles voisins jalousent les
propriétaires des maisons qu'ils surplombent; enfin, épilogue
punitif d'une trouble affaire de mœurs, impliquant des
adolescents du quartier et dont Paul Voise serait, ou aurait
été, le principal protagoniste. Ces trois pistes, relayées sous
couvert du conditionnel, mais avec une insistance régulière,
'ont donné lieu à nombre de commentaires et à quelques
contre-enquêtes. Nous y reviendrons.
Ensuite, la surmédiatisation dont a bénéficié cette
affaire mérite d'être mieux comprise. On l'a dit, cette
9agression brutale a été commentée, analysée, disséquée,
comme aucune affaire semblable n'a pu l'être auparavant.
Alertés par une dépêche de l'Agence France Presse (AFP),
comme c'est souvent le cas en matière de faits divers, les
quotidiens nationaux, les radios, et bien plus encore toutes les
chaînes de télévision, se sont longuement fait l'écho de cette
agression pour des raisons qui échappent à l'évidence au seul
impératif de l'information. En moins de quarante-huit heures,
les larmes de Paul Voise ont défilé sur tous les écrans de
télévision à un rythme vertigineux. Point d'orgue de cette
furia médiatique, le 20 avril: LCI, chaîne d'information en
continu, diffuse les différents reportages consacrés à
l'agression du septuagénaire à dix-neuf reprises, soit durant
presque vingt-cinq minutes. Dans leurs journaux respectifs de
13 heures et de 20 heures, TF1 et France Télévisions ne sont
bien sûr pas de reste et le sujet donne lieu à des reportages
circonstanciés, - dès le 19 avril pour la Une -, lancés en
ouverture ou en deuxième position dans le déroulé de
l'édition. Bref, le malheur de Paul Voise fait presque à lui
seul l'actualité nationale durant le week-end qui précède le
premier tour de l'élection présidentielle. Ironie du sort, nous
le verrons, les chaînes publiques ont bien failli être écartées
de cette course effrénée aux images chocs à la faveur d'une
succession de ratés.
Voilà pour la première déferlante médiatique. Et puis,
secouée par le résultat du premier tour et le score recueilli par
Jean-Marie Le Pen le 21 avril 2002, la presse s'est relevée
avec la gueule de bois et a cherché à comprendre les raisons
de cette ascension frontiste inattendue. Une seconde vague,
tout aussi puissante que la première, s'est à nouveau emparée
de l'affaire Paul Voise, sous une forme expiatoire ou
accusatrice cette fois: aux premiers rangs des prévenus, la
presse télévisée, fustigée pour avoir fait le lit du Front
10national en accordant une place privilégiée aux sujets liés à
l'insécurité, et notamment à ce fait divers orléanais. Dans
toutes les rédactions, l'affaire Voise est devenue polémique,
brûlante, sujet d'âpres discussions. Les rédacteurs en chef
sont priés de s'expliquer, certains journalistes ne cachent pas
leur désarroi. La presse écrite hebdomadaire, qui n'a pas
traité de manière factuelle cette agression, consacre à son tour
de nombreux papiers aux paroles de contrition de la
profession, avec en toile de fond cette question récurrente:
les journalistes se sont-ils fait manipuler dans cette affaire?
Une interrogation alimentée précisément par la
surexploitation médiatique dont l'agression a pu bénéficier
deux jours seulement avant le premier tour de scrutin. La
coïncidence est suspecte, troublante, improbable diront
certains. Bref, c'est le serpent qui se mord la queue. Le
calvaire vécu par Paul Voise a tellement été monté en épingle
par la presse télévisée sur de simples facilités d'images que
plus personne n'est en mesure d'en revenir au fait lui-même,
dans sa tragique banalité. Du coup, l'argument électoraliste
est brandi. Le Front national est montré du doigt, nous
l'avons dit, soupçonné d'avoir commandité l'agression. Une
chose semble acquise pour tous: l'affaire est trop simple en
apparence pour être prise comme telle. Pas de mobile. Une
victime appréciée, semble-t-il, de tout son quartier. Une
enquête de la police judiciaire qui piétine. Tous les
ingrédients sont réunis pour faire de Paul Voise la victime
d'une machination diabolique, voire d'un règlement de
compte occulte. Mais à qui profite le crime?
Certes, le mouvement de Jean-Marie Le Pen a fait de
l'exploitation de l'insécurité son fonds de commerce
démagogique, mais est-ce suffisant pour impliquer le FN,
sans éléments à charge, dans cette affaire. Rumeurs et
fantasmes ont souvent pris le dessus sur l'examen scrupuleux
des faits.
Il