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Afrique, le fleuron de l'humanité et du monde

De
282 pages
L'Afrique a une histoire très longue et très contrastée à l'image de son destin. Du Paléolithique inférieur à l'âge du bronze, ce continent-mère a été le phare de l'humanité. Après avoir atteint son zénith avec l'Egypte pharaonique, l'Afrique entame une descente aux enfers sous l'influence des civilisations méditerranéennes, atlantiques et pacifiques. Actuellement elle n'arrive pas à amorcer son décollage économique, malgré ses fabuleuses ressources naturelles. Pour comprendre ce paradoxe (continent riche avec une population pauvre), il importe de procéder à un bilan de son évolution.
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L’AFRIQUE, LE FLEURON DE L’HUMANITÉ ET DU MONDE
Ismaïla
DIOPL’Afrique, berceau de l’Humanité, évolue selon sa propre L’AFRIQUE, dynamique par un mécanisme de voisinage, de parenté, de
coexistence, d’adaptation.
Chaque phase africaine a l’âge de bronze sous l’égide
pharaonique.
Le continent entre ensuite, pendant l’ère méditerraennéne LE FLEURON
gréco-romaine et arabo-islamique dans le processus d’expltoiiotna
et de pillage de ses ressources humaines, agricoles et minières.
Cette subordination se poursuit sous l’ère atlantique avec DE L’HUMANITÉ l’esclavage et la colonisation. Son indépendance, dévoyée par la
néo-colonisation et la mondialisation, ne met pas in à son calvaire.
Continent de l’avenir, après avoir développé tous les autres
continents, tout en étant leur paria, l’Afrique doit recouvrer son ET DU MONDE
identité en vue d’assurer l’épanouissement de sa population et
participer à celui du reste du monde, c’est-à-dire être le leuron de
l’Humanité.
Né à Saint-Louis du Sénégal, Ismaïla DIOP est ingénieur
d’agriculture, diplômé de l’École Nationale d’Agriculture de
Guignon (spécialisé en statistiques agricoles). Titulaire de
maitrises de sociologie et de philosophie (Sorbonne), d’un
diplôme d’études supérieures de droits privé, public, d’histoire
des faits économiques et sociaux, de sciences criminelles, de
sciences politiques (Panthéon), d’une maitrise de Mathématiques
(Faculté des sciences de Paris), il est aussi titulaire d’une agrégation des techniques
économiques de gestion. Il fut successivement  : chef de la division de la
documentation, des statistiques et de la planiication à la Direction de l’agriculture,
directeur général de la Société nationale de tomate industrielle (SNTI), directeur de
l’Institut national de développement rural (INDR) actuel ENSA de Thiès. Professeur
associé en agroéconomie à l’École supérieure d’agronomie (ESA) de l’université de
Lomé (Togo), il est également consultant à la FAO.
Illustration de couverture :
© Anton Balazh - Shutterstock
ISBN : 978-2-343-11302-9
29 €
Ismaïla DIOP
L’AFRIQUE, LE FLEURON DE L’HUMANITÉ ET DU MONDE










L’AFRIQUE,
LE FLEURON DE L’HUMANITÉ
ET DU MONDE




Ismaila Diop







L’AFRIQUE,
LE FLEURON DE L’HUMANITÉ
ET DU MONDE

































































© L’HARMATTAN, 2017
5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75 005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-11302-9
EAN : 9782343113029







À mes parents,
À ma famille,
À mes amis,
Aux victimes de l’esclavage et de la colonisation,
À tous les damnés de la terre.

7


INTRODUCTION
L’Afrique a une histoire très longue et très contrastée, à l’image de
son destin.
Du Paléolithique inférieur à l’âge du bronze, ce continent-mère a été
le phare de l’humanité et le foyer de la mère des civilisations.
Mais après avoir atteint le zénith avec l’Égypte pharaonique,
l’Afrique entame une descente aux enfers sous l’influence des
civilisations méditerranéennes, atlantiques et pacifiques.
Actuellement, elle n’arrive pas à amorcer son décollage économique,
malgré ses fabuleuses ressources naturelles.
Pour comprendre ce paradoxe, celui d’un continent riche avec une
population pauvre, il est impératif de procéder à un bilan exhaustif de
son évolution, afin de détecter les obstacles exogènes et endogènes qui
ont hypothéqué et hypothèquent encore son destin et de formuler des
propositions de nature à réconcilier l’Afrique avec elle-même,
c’est-àdire avec son glorieux passé de fleuron de l’humanité.
À cet effet, l’on pourra distinguer :
I. L’Afrique africaine
II. L’Afrique méditerranéenne
III. L’Afrique atlantique
IV. L’Afrique indépendante

9


I.

L’AFRIQUE AFRICAINE
Cette période coïncide avec les âges de la pierre, de l’agriculture, de
l’élevage et du bronze. Elle englobe le Paléolithique inférieur, le
Paléolithique supérieur, le Mésolithique, le Néolithique et l’âge du
bronze.
Durant cette phase de son évolution, l’Afrique développe un modèle
pionnier de civilisation, sur les sédiments duquel sont bâties les
civilisations postérieures.
LE PALÉOLITHIQUE INFÉRIEUR
Le Paléolithique inférieur est la période pionnière au cours de
laquelle l’Afrique fraie la voie à toutes les activités futures de
l’humanité.
L’Afrique, le berceau de l’humanité
C’est aujourd’hui un lieu commun le fait de situer le berceau de
l’humanité en Afrique. Pourtant, ce point historique est pendant
longtemps situé en Asie, le long des pentes méridionales de l’Himalaya.
C’est la manifestation la plus tangible de l’orientation colonialiste et
impérialiste des savants et des historiens occidentaux, qui refusent à
l’Afrique toute histoire, afin d’expliquer le sens de leur mission
civilisatrice, que Rudyard Kipling appelle, en 1899, « le fardeau de
l’homme blanc ».
Alors que ses conditions climatiques et édaphiques désignent le
continent noir pour accueillir et abriter le premier homme, on s’évertue
à lui trouver un autre point de chute.
À l’époque de la glaciation, seule cette partie du monde est épargnée.
Son climat doux et ses vastes étendues de terre permettent à nos
ancêtres, démunis de tout, mais armés de leur corps, de leur esprit, de
leur âme, de leurs mains et de leur station debout, de survivre au milieu
11
des espèces animales et végétales, qui constituent leur réservoir
alimentaire naturel.
Pour mieux marquer leur volonté de démarcation et de distanciation
vis-à-vis de la race noire, ces savants qualifient ces créatures
d’« hominiens » ou de « pré-hommes ». Ils cherchent d’abord à les
rattacher à la famille des singes et par la suite à en faire des
intermédiaires entre les singes et les hommes. Du reste, jusqu’à ce jour,
ils sont à la recherche de ce chaînon manquant entre ces deux espèces,
avec comme sous-entendu que les Noirs sont congénitalement des êtres
inférieurs.
Poursuivant leur logique raciste, ils font disparaître les
Néanderthaliens à la fin du paléolithique inférieur au profit de l’Homo
sapiens du paléolithique supérieur, sans aucune explication plausible, en
invoquant « l’esprit du temps », c’est-à-dire leur manque d’adaptation
et l’apparition d’une espèce dotée d’une meilleure organisation sociale
et d’une intelligence supérieure. Cet évènement coïncide avec
l’apparition de la race blanche. L’énergie intellectuelle et physique de
cette dernière est déjà orientée vers l’asservissement de son milieu
naturel avec une finalité qui se précise et s’approfondit au fil des temps
et qui n’a d’autre but que d’assurer sa perfectibilité et son
épanouissement individuels.
En d’autres termes, cet être intelligent, créatif et inventif, tourné vers
le progrès, est le précurseur de l’homo-occidentaliste, rationnel,
humaniste, matérialiste et porteur des germes de la future civilisation
scientifique et industrielle, qui marque un tournant décisif dans le destin
de l’humanité en bouleversant ses conditions d’existence antérieures.
Ce refus de la réalité initiale de l’apparition de l’Homme en Afrique,
suivi de son acceptation du bout des lèvres et à contrecœur, rend
inextricable et indéchiffrable la lecture de l’histoire dite universelle,
écrite et enseignée par la bourgeoisie occidentale en vue de justifier et
d’asseoir sa domination et sa suprématie sur le monde.
Poursuivant leur escalade tendancieuse de l’échelle de l’Histoire, ces
soi-disant hommes de science évoquent des noms de villes européennes
pour accréditer des cultures et des civilisations noires africaines.
Or, la réalité est tout autre. L’homme apparaît sur une partie du
monde favorable à son existence, baptisée plus tard Afrique. Cet
homme à l’origine n’est ni africain, ni asiatique, ni européen, ni
américain, ni océanien. Il est universel. Il porte en lui les gènes de ce
12
qui deviendra plus tard les races, les cultures, les civilisations, les
continents, les pays, les terroirs, les langages, les ethnies, etc.
Tous les facteurs de différenciation future sont déjà en germe et en
gestation dans cette créature et éclosent en fonction des conditions
favorables à leur émergence. Cet homme n’a aucune idée de la notion
de propriété, et encore moins de continent, de pays ou de terroir. Il n’a
comme frontière que la glaciation, qui le limite dans son avancée, le
gibier qu’il traque, la forêt qu’il arpente et les cours d’eau qu’il longe en
quête de nourriture afin d’assurer sa survie.
Doué d’intelligence et doté de mains pour travailler, il forge des
outils et des armes qui lui permettent de conquérir de nouveaux foyers
d’existence, baptisés plus tard Asie, Europe, Amérique et Océanie,
grâce au retrait de la glaciation et, de fait, à l’amélioration des
conditions de vie. Sa localisation pérenne sécrète, plus tard, des
différenciations raciales et diverses.
Ce pionnier est un Noir, qui devance de plusieurs millions d’années
les autres races. La race jaune est apparue à quelques 8 000 à 10 000
ans de la fin du paléolithique supérieur, tandis que la race blanche n’y
excède pas 1500 ans.
Ce sont des races contemporaines sur l’échelle de l’histoire des
races. Tout ceci pour dire que les termes d’« Asie », d’« Europe » ou
d’« Amérique » employés durant la première phase de l’histoire
humaine sont ambigus et équivoques, pour ne pas dire anachroniques.
Les réalités qu’ils recouvrent de nos jours n’ont rien à voir avec les
réalités démographiques paléolithiques. Il s’agit en fait d’extension et
d’occupation de territoires par un peuple de souche, noir, en expansion
dans le monde à partir de son foyer d’origine.
La première forme de civilisation est une civilisation noire
universelle. C’est la première mondialisation. L’homme est
originellement noir et universel.
Pendant cette période de plusieurs millions d’années, appelée à tort
préhistoire, ces hommes ont le loisir de créer des civilisations et des
cultures de chasse, de pêche, de cueillette, d’agriculture et d’élevage, en
adéquation avec les milieux dans lesquels ils vivent. Ils affinent leurs
outils et leurs armes, pour les adapter aux territoires libérés par la
glaciation et accessibles à la vie.
13
Or, les historiens et savants veulent bloquer le compteur, le cours et
l’horloge de l’Histoire jusqu’à l’apparition de l’homme blanc, afin de
lui donner une coloration blanche et matérialiste.
Selon eux, cette stagnation historique s’explique par l’infériorité
intellectuelle et imaginative des Noirs, leur manque d’esprit
d’invention, d’innovation, d’esprit scientifique et technique. C’est la
traduction de leur inaptitude à dompter la nature pour créer la future
civilisation matérielle et rationnelle, la nouvelle religion positive,
epréconisée par Auguste Comte, au XIX siècle. Des philosophes, des
ehistoriens et des sociologues de ce siècle et du début du XX siècle
partagent et vulgarisent ce point de vue. Selon Lucien Lévy-Bruhl,
repris par Léopold Sédar Senghor, « l’émotion est nègre, la raison
hellène ». Pour Hegel, la raison noire est au crépuscule de l’évolution
de la raison. Elle n’émerge pas encore, ce qui confine le Noir dans le
domaine des sensations, des arts et particulièrement de la danse. Le
cerveau noir est gelé avec la fin de la glaciation tandis que le cerveau
blanc, libéré et émancipé prend son envol.
L’orientation fondamentale et le soubassement de toute cette
idéologie bourgeoise sont l’exaltation d’un humanisme individualiste,
rationaliste et matérialiste, tourné vers la perfectibilité infinie de
l’homme à partir de ses propres ressources intellectuelles et
imaginatives, dont la science et la technologie sont les principaux
ressorts et leviers.
Seul l’homme blanc a, et ce dès sa rampe de lancement du
paléolithique supérieur, la charge de cette mission dont les jalons sont
entre autres la civilisation agricole et pastorale, l’âge du bronze et les
e ecivilisations grecques et latines. La renaissance des XV et XVI siècles,
ele rationalisme du XVII siècle, le romantisme et le Siècle des
eLumières, la physiocratie du XVIII siècle, le scientisme et la révolution
e eindustrielle du XIX siècle, la relativité du XX siècle et enfin l’ère
NTIC, renforcent cette trajectoire et confortent l’homme blanc dans sa
mission de coloniser et civiliser les autres peuples et races qualifiés
d’« inférieurs » en niant tout rôle significatif de leur part dans le progrès
culturel et matériel de l’humanité.
Cette toile de fond réduit en cendres tous les sédiments de progrès
déposés au cours de l’histoire par les autres peuples et races.
Les concours de l’Inde, de la Chine et du monde musulman sont
ignorés ou minimisés. La seule concession faite à la race jaune est
l’articulation avec le monde asiatique à travers la culture
indo14
européenne, prolongement de la zone tampon qui est établie entre
l’Afrique et l’Asie. On parle d’Eurasie et pas d’Eurafrique, car cette
dernière est considérée comme une déchéance. Jusqu’à une date
récente, l’Égypte pharaonique elle-même était « blanchie ».
À titre d’exemple, deux faits essentiels, représentés par le contact
que le monde islamique établit entre l’Occident et l’Orient chrétiens à la
Renaissance, ainsi que son rôle dans le développement des sciences, ne
sont pas appréciés à leur juste valeur.
En qualifiant les Noirs d’« hominiens », on les prive de toutes les
découvertes capitales qu’ils ont initiées. L’esclavage d’abord et la
colonisation ensuite en ont fait les orphelins de l’histoire occidentale, en
les décrochant du train du progrès scientifique et technique, une fois
leurs racines intellectuelles, techniques et culturelles coupées. Après
leur marginalisation politique, économique, culturelle et scientifique,
cette parenthèse douloureuse les a transformés en consommateurs de
progrès, pour les abaisser au rang de poubelle et d’hôpital de la
révolution numérique.
Pour mettre fin à cette déchéance programmée et planifiée par la
bourgeoisie libérale occidentale, il faut renouer le fil de l’histoire noire
africaine et universelle afin de réconcilier le continent noir avec son
glorieux passé mondialiste et humaniste, lui faire découvrir ses valeurs
cardinales, le réarmer religieusement, moralement et intellectuellement,
pour qu’il s’assume d’abord avant d’assumer ensuite pleinement son
rôle de berceau de l’humanité, donc de gardien des valeurs
imprescriptibles de cette humanité, au cours de cette période de
naufrage et de sauve-qui-peut.
« Quand on ne sait pas où on va, on doit au moins savoir d’où l’on
vient », a dit Lamine Gueye, avocat et homme politique sénégalais.
Cette renaissance historique permet aussi, parallèlement, de
réconcilier l’histoire universelle avec sa mission de patrimoine de
l’humanité et de miroir dans lequel tous les peuples se reconnaissent, en
d’autres termes, de lui restituer ses lettres de noblesse.
En fait, il n’y a pas de préhistoire humaine dans la mesure où il n’y a
pas de pré-homme, de pré-hominien, d’hominien, d’homme-singe ou de
singe-homme. Il y a tout simplement une espèce humaine avec son
histoire, qui déroule son existence avec ses évènements marquants. La
hiérarchie des hommes, des races et des cultures est une création dictée
par les intérêts inavoués et ne relève pas de la science.
15
eLe XXI siècle offre l’occasion de faire le toilettage de l’histoire
ecoloniale et impérialiste, héritée du XIX siècle, enseignée et propagée
par les historiens occidentaux. Cette révolution permet de réconcilier
l’histoire avec sa vraie mission. Ainsi, elle pourra acquérir une
dimension universelle et mieux servir les intérêts de l’humanité dans
toutes ses composantes, en reconnaissant la valeur universelle de
l’homme et de sa culture, quelles que soient sa couleur et son époque.
Tous les hommes sont égaux et aucune époque n’est supérieure à
une autre. Ce sont les contextes historiques et géographiques variables
et variés qui expliquent et dictent les différenciations qui ponctuent
l’évolution de notre espèce. Le progrès technique et scientifique est un
processus, une chaîne, dont les maillons sont interdépendants et
indissociables. Il doit donc être relativisé. Il ne faut surtout pas le
confondre avec le progrès social, culturel ou ethnique. L’adage selon
lequel « le progrès technique entraîne le progrès économique qui
entraîne le progrès social » doit être revu et corrigé.
La problématique cruciale de l’humanité reste toujours les défis à
relever, les paris à gagner et les enjeux à surmonter, grâce à un
management stratégique, institutionnel, social, économique et culturel.
Elle reste toujours l’équilibre entre l’homme, la nature et la société.
L’homme ne se pose que des problèmes qu’il peut résoudre. Il en va
pour les peuples comme pour les individus. Leur matière grise est
toujours investie dans les domaines stratégiques, reflétés par leurs
cultures, leurs civilisations, leurs sociétés ou leurs institutions, dans une
dialectique permanente et dynamique entre les infrastructures
matérielles et les superstructures immatérielles.
La civilisation de la chasse élabore une idéologie et une science en
adéquation avec sa problématique. Il en sera de même des civilisations
forestières, halieutiques, désertiques, arctiques, agricoles, pastorales,
industrielles et informatiques, mais aussi pour les civilisations futures.
L’homme s’est toujours arcbouté sur son environnement pour
organiser et faire fonctionner son existence. Traiter les premières
civilisations de « préhistoriques » revient à qualifier comme tel notre
civilisation dans cent ans.
Déjà, le délai de ce qu’on peut appeler « préhistoire » se raccourcit
de plus en plus. Il est passé de plusieurs millions d’années, à quelques
milliers d’années, puis à des centaines voire à des dizaines d’années.
Actuellement, l’homme, dans le cours de son existence, peut être
16
préhistorique tous les vingt ans, pour ne pas dire tous les dix voire tous
les cinq ans.
L’accélération vertigineuse et astronomique du progrès technique,
sous-tendue par la mondialisation et les nouvelles technologies de
l’information et de la communication, induite et entretenue par la
concurrence effrénée des systèmes économiques et des entreprises
multinationales, entraîne l’obsolescence des produits, la précarité et
l’insécurité de l’emploi et des entreprises, l’inadaptation de la formation
et des politiques, une boulimie de la recherche et du développement,
des dysfonctionnements et des ajustements continuels, donc des crises
et des drames permanents qui interpellent chaque individu. Nul n’est
épargné par ce tsunami planétaire.
Sous l’aiguillon du progrès technique et scientifique, l’appareil
institutionnel et politique n’est plus en mesure de contrôler la machine
économique. Il en résulte une déchirure du tissu social, grosse de toutes
les tensions conflictuelles, contradictoires, voire antagonistes.
C’est dans ce cadre et ce contexte qu’une approche relativisée de
l’histoire permet de sauvegarder l’unité dans la diversité, aussi bien sur
le plan temporel que sur le plan spatial.
C’est aussi le moyen de stabiliser, de conserver et de développer les
cultures et les civilisations en vue d’assurer leur promotion et leur
épanouissement dans le cadre d’une mondialisation humanisée,
maîtrisée et décomplexée, permettant à chaque peuple d’être lui-même,
selon la formule de Jawaharlal Nehru, ou même permettant à chaque
individu d’être lui-même.
Le paléolithique inférieur dure un million d’années selon les savants
occidentaux, mais plusieurs millions d’années si l’on se fie aux
découvertes récentes. Il a pour seul théâtre le continent noir et pour seul
acteur l’homme noir. Ce dernier initie les civilisations, les cultures, les
techniques, les activités, les religions, les arts, etc., c’est-à-dire tout ce
qui est culturel et matériel. Sur ce terreau fertile africain, poussent les
germes de tout ce qui, par la suite, permet à l’homme démiurge de
changer de fond en comble son environnement et de promouvoir et
développer sa propre condition humaine, en extériorisant ses
potentialités créatrices et innovatrices illimitées et en intériorisant toutes les
facettes de la nature dans une osmose et une symbiose d’humanisation
de la nature et de la naturalisation de l’homme, selon l’expression de
Karl Marx.
17
La grande caractéristique de cette civilisation de chasse du
paléolithique inférieur est l’invention et la fabrication du biface,
préfiguration de la mondialisation technique et culturelle qui couvre le
cinquième des terres émergées et concerne la moitié de l’humanité
existante.
Elle s’étend sur un continent noir qui, non seulement, couvre
l’Afrique actuelle, mais aussi les futures Asie et Europe. Le biface
répond à tous les besoins de la vie au cours de cette époque.
Le premier enseignement légué par cet héritage du paléolithique
inférieur est que l’homme n’a pas de frontière humaine, raciale,
territoriale, technique et culturelle. La terre est le patrimoine de
l’humanité.
L’univers, au début de l’humanité, est entendu comme tout le
territoire occupé par cet illustre et vénérable ascendant. Cette tradition
d’occupation première du sol par la mise à feu est le fondement du droit
foncier africain. Au Sénégal, par exemple, on fait une distinction entre
le droit de propriété dévolu au premier occupant appelé « propriétaire
du feu » (boorom day) et le droit d’usufruit accordé au « propriétaire de
la hache » (boorom gadio) qui dessouche et défriche le sol. Le premier
nommé scelle un contrat d’occupation avec les esprits, vrais
propriétaires des lieux.
Or, il est évident que le premier homme n’apparaît pas ailleurs que
sur ce continent béni, épargné de la glaciation, des inondations, des
cyclones, des cataclysmes, des catastrophes naturelles et dont le climat
tempéré et les vastes étendues ont servi de berceau à ce bébé fragile et
dépourvu de tout. Sur cette terre hospitalière d’accueil, cette créature
parmi les créatures, apprend à ramper et à marcher avant de trouver son
autonomie. C’est aussi en Afrique qu’il trouve les premiers ingrédients
nécessaires à sa survie, à sa croissance et à son développement.
À partir du tremplin africain, la future Asie reçoit dans sa partie
orientale, à la fin de la première phase de glaciation, nommée glaciation
de Günz, la visite de cet homme noir, de ce premier colon ou
explorateur qui déjà taille la pierre et le bois. Deux pôles civilisationnels
géographiques et culturels se constituent, séparés par une zone tampon
indo-africaine d’osmose, d’échange, mais tous peuplés de Noirs.
Poursuivant sa longue marche, l’homme noir s’installe sur ce qu’on
appelle plus tard le continent européen, durant la première période
interglaciaire du pléistocène moyen, avant de terminer son itinéraire en
Amérique par le détroit de Béring.
18
Partout, l’homme noir laisse les traces de son antériorité et de son
histoire, qui remontent à la nuit des temps. Les vestiges humains de
cette civilisation noire en portent encore le témoignage et constituent
une archéologie humaine vivante avec les Aïnous au Japon, les
Aborigènes en Australie, les Dravidiens en Inde, les Pygmées en
Afrique Centrale.
La génétique confirme cette réalité.
Pourtant, les colonialistes et les impérialistes essaient de détruire et
d’ensevelir ces faits en traitant ces êtres humains de «
pithécanthropes ». Ils s’appuient sur la forme de leur crâne, le poids de leur
cerveau pour les déshumaniser. Ils font fi du front proéminent et du nez
de ces hommes nettement distincts de ceux du singe. Cependant, la
station debout, la capacité à fabriquer des outils et des armes, la forme
de la main sont des attributs intangibles de l’espèce humaine.
Enfin, ces précurseurs inscrivent sur le paysage naturel des marques
et des empreintes indélébiles qu’aucun singe n’y a jamais gravées
(habitat, outils, art, etc.) et n’y gravera jamais.
Le parti pris européen est d’autant plus manifeste que les historiens
font durer la pré-civilisation jusqu’à l’émergence de l’Homo sapiens sur
le continent européen à la fin de la dernière période glaciaire du
paléolithique supérieur, il y a quelque 40 000 ans. Cet homme est
apparu le long de la frontière indo-européenne. Il s’agit d’une espèce
humaine qui développe les aspects intellectuels et culturels au détriment
des aspects physiques des types humains peu différenciés ayant existé
auparavant. C’est le début de l’accélération du développement culturel
de l’humanité, selon certains historiens européens. Or, encore une fois,
la réalité historique est tout autre. Une fois sur terre et capable de
fabriquer des outils et des armes, produits de sa « grosse tête »,
c’est-àdire de son cerveau, l’homme noir ne reste pas statique. Il part à la
conquête de son environnement en élaborant, en adoptant et en
perfectionnant des techniques pour surmonter les obstacles que la
nature dresse sur son chemin. Cette capacité à dompter progressivement
l’environnement naturel afin d’assurer sa survie et son épanouissement
sur un territoire donné est une des principales caractéristiques de
l’espèce humaine.
C’est du reste, ce que révèle l’histoire sous tous les cieux. Les
expériences américaines, canadiennes, australiennes, néo-zélandaises ou
sud-africaines confirment souvent dramatiquement cette quête
insatiable de l’espace vital, en réponse à l’appel de l’inconnu. Initiée par
19
les pionniers animés du désir de faire face à leurs besoins croissants par
l’expansion démographique, elle est intensifiée par l’exploitation
extensive et itinérante du milieu naturel. Dans certains de ces pays, la
science, la technique et le machinisme permettent la survie des
populations.
Les fouilles effectuées en Europe presque exclusivement (une fouille
en Asie contre vingt en Europe) donnent l’occasion aux Européens de
situer beaucoup de foyers de civilisations sur leur continent, en les
baptisant du nom des villes ou des contrées où des vestiges ont été
trouvés. C’est le cas notamment pour les Abbevilliens, les Levalloisiens
ou les Clactoniens. Or, il s’agit, en fait d’excroissances de cultures et de
techniques élaborées et utilisées par des Noirs, dans un univers qui était
encore noir.
En résumé, il faut rendre à l’univers noir, baptisé restrictivement
Afrique aujourd’hui, ce qui lui appartient et ne pas lui dénier la
paternité de cette culture et de cette civilisation, certes sommaires, mais
à la dimension des besoins et des problèmes de l’époque, ainsi que
soubassement de l’édifice technique du monde actuel. C’est sur le sol
africain que débute l’aventure humaine et c’est sur la fondation
technique noire que repose le progrès technique et scientifique du
monde. Ce sont les Noirs qui ouvrent la voie au progrès de l’esprit
humain, même s’ils en sont les principales victimes au cours de
l’histoire. Mieux encore ils monopolisent l’espace humain pendant des
millions d’années avant que les autres races n’apparaissent sur
l’échiquier racial mondial.
Pendant ces millions d’années d’antériorité, il est clair que l’homme
noir a le loisir, non seulement de se détacher du milieu naturel qui
l’entoure en affirmant son humanité, mais aussi d’approfondir sa
personnalité et de s’épanouir dans les conditions et le contexte du
paléolithique inférieur.
L’âge de la pierre est un âge noir. C’est un homme doué de nos
facultés d’intelligence, de créativité, d’imagination et d’habileté qui le
façonne.
Des historiens européens peuvent, par ignorance ou parti pris, refuser
cette réalité, mais il appartient aux Noirs en général et aux Africains en
particulier de revendiquer et d’assumer ce précieux et glorieux héritage
qui sommeille dans leur subconscient et dont les stigmates sont encore
présents sur leur continent.
20
L’Afrique, le berceau de l’industrie humaine
Le cadre économique
L’apparition physique de l’homme sur Terre a pour corollaire
l’apparition de l’industrie humaine et l’exploitation des ressources
naturelles subséquentes. La chasse, la pêche et la cueillette satisfont les
premiers besoins, parmi eux, les besoins vitaux de nourriture,
d’habillement et de logement. La principale industrie humaine du
paléolithique inférieur est la chasse, qui exige de vastes étendues pour
traquer le gibier et prélever la nourriture parmi la faune sauvage, tout en
entrant en concurrence avec d’autres animaux prédateurs. Cette
civilisation, cette culture et cette science de la chasse persistent encore
chez certaines ethnies africaines et occupent de larges pans de la
population d’Afrique. La chasse y jouit d’un grand prestige et les
chasseurs font l’objet d’une réelle considération, grâce aux secrets
qu’ils détiennent. Non seulement ces derniers participent à l’équilibre
alimentaire de la population par l’apport de protéines, à l’habillement et
au logement par les peaux des animaux tués, mais aussi à l’équilibre
social et religieux, car ils sont des intermédiaires entre les animaux et
les hommes, des gestionnaires de l’environnement. Ils comprennent le
langage des animaux et ils peuvent l’interpréter au bénéfice des
populations. La danse des masques est intégrée dans ce cérémonial
rituel et culturel. Les totems s’inscrivent dans cette interrelation
homme-animal-arbre, c’est-à-dire entre l’homme, l’environnement et la
société. La cueillette fait encore vivre les Pygmées, qui demeurent des
gestionnaires et des exploitants de la forêt, dont ils détiennent les
secrets. La forêt est leur habitat, leur restaurant et leur hôpital. Ils ont
une culture et une science forestières indéniables.
Du reste, les tribus forestières combinent des activités de cueillette et
de chasse.
Parallèlement, quelques ethnies africaines sont spécialisées dans la
pêche, qui constitue leur activité principale. Ils en ont la culture et la
science. Chacune de ces activités engendre un mode de vie et consacre
des traditions et des coutumes. Ce fait témoigne non seulement de la
capacité de l’Afrique à conserver ses racines, mais aussi à gérer de
façon saine et durable son patrimoine économique, social et culturel
dans le cadre d’institutions pérennes.
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Le cadre géographique
L’homme noir apparaît dans un milieu géographique constitué par
des terres, des montagnes, des mers, des plaines et des forêts, à l’image
du paysage africain actuel. La seule différence est qu’il n’est pas encore
entamé par la main de l’homme ni par la dent de l’animal. C’est sur
cette toile de fond qu’il inscrit son histoire. Le climat est clément et les
sols étendus. À cette époque, ce sont les facteurs limitants et sélectifs
pour l’existence humaine.
En dehors de cette écologie africaine, la glaciation est présente
partout ailleurs, rendant toute forme de vie humaine impossible. C’est la
fonte des neiges et l’adoucissement du climat qui se produisent au fil
des siècles, qui rendent habitable le reste de la planète.
Pendant longtemps donc, l’homme est tributaire du climat dont
l’instabilité et le réchauffement conditionnent sa répartition dans
l’espace et son existence. Les périodes interglaciaires sont favorables à
l’expansion démographique. Il se produit des flux et des reflux de
populations modulés sur le régime glaciaire.
En définitive, au cours des millions d’années du paléolithique
inférieur, l’univers humain s’est résumé au continent noir dans ses
dimensions actuelles.
L’Afrique, le berceau de la technique
Dès son apparition sur Terre, l’homme noir cherche à satisfaire son
besoin vital de nourriture. La clémence du climat, qui conditionne
l’expansion humaine après le retrait de la glaciation, relègue à
l’arrièreplan les besoins d’habitat et d’habillement qui, plus tard et sous d’autres
cieux, seront malgré tout aussi fondamentaux que l’alimentation.
Tout au long du Paléolithique inférieur, l’homme noir forge les
outils et les armes qui lui permettent d’assurer sa survie sur son
territoire initial et sur ses extensions asiatiques et européennes, encore
peuplées exclusivement de Noirs à la suite de leurs incursions dans ces
espaces. Sa dent et sa main, c’est-à-dire ses armes naturelles, sont
insuffisantes pour pourvoir à ses besoins alimentaires.
Quelle que soit la connotation simiesque de leur appellation par les
Occidentaux, les premiers habitants noirs de notre planète sont des
hommes dotés de toutes les facultés mentales inhérentes à la nature
humaine.
Au début du paléolithique inférieur et du pléistocène inférieur,
c’està-dire pendant la première glaciation ou glaciation de Günz, les
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Australopithèques utilisent des outils constitués de galets naturels
arrondis, roulés et façonnés par les eaux, appelés éolithes. C’est l’âge de
la pierre polie. Ces premiers outils sont affinés, perfectionnés et donc
fabriqués en vue de diversifier leur utilisation et leur efficience. La
technique de la taille de la pierre rend pointues ou arrondies les
extrémités des outils, et leurs bords tranchants sur un côté ou sur les
deux. On rentre alors dans l’âge de la pierre taillée.
Cette avancée technique se produit pendant le Pléistocène moyen.
Elle est réalisée par le Pithécanthrope du Kafuen, de la gorge
d’Oldoway au Tanganyika, en Tanzanie. Ce dernier est appelé homme
« casse-noisette » et est considéré comme le premier fabricant d’outils
connu. On prétend qu’il n’atteint pas le stade d’outils types répondant à
des besoins prédéterminés. La technique de la taille est certainement
liée à l’observation des éolithes. C’est le début de l’éveil de l’esprit
scientifique et de l’imitation de la nature pour mieux l’utiliser.
Dans l’opération de taille, la pierre va revêtir deux fonctions
principales. D’une part, elle sert de capital lithique en jouant le rôle de
marteau et d’enclume, instigatrice de nos moyens et facteurs techniques
de production. D’autre part, elle est aussi une matière première lithique
que le travail, c’est-à-dire l’effort humain, transforme en outil ou en
arme.
Le silex, le quartz, le quartzite ou encore la lave sont utilisés en
fonction de leur disponibilité. Ils constituent les premiers capitaux et
matières premières lithiques, à côté du bois des forêts. Dans cette forme
élémentaire d’industrie lithique, on voit déjà poindre les éléments
constitutifs de la production, à savoir les facteurs techniques et humains
ainsi que la matière première. C’est le début de la civilisation et de la
culture lithiques, qui donnent naissance à des formes supérieures plus
élaborées au cours du temps. Déjà, au cours du Paléolithique inférieur,
trois types d’outils caractéristiques sont fabriqués par les Noirs pour
répondre à leurs besoins techniques. En fonction de leur présence dans
les continents africain, asiatique et européen, on les baptise « biface »,
« chopper » ou « chopping-tool » ou bien « éclat ».
Le biface africain est un outil dont les deux bords sont tranchants. Il
est surtout utilisé sur le territoire africain actuel. Il permet de couper, de
hacher ou de gratter.
Le « chopping-tool » a une forme en carapace de tortue, avec un dos
arrondi et des bords tranchants. Il est taillé de façon grossière.
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L’éclat est surtout une industrie résiduelle utilisant les éclats des
blocs de pierre taillée. Cette technique, peu élaborée, est surtout utilisée
dans les zones froides.
L’Afrique, le berceau du social, de la famille
Dès son apparition sur la terre africaine, l’homme constitue sa
première cellule sociale, la famille, avec sa première répartition des
tâches. Pendant que l’homme pourvoit à la nourriture, la femme
s’occupe des enfants et de leur éducation. Elle passe le plus clair de son
temps avec eux, d’où le lien très fort entre la mère et sa progéniture. Ce
type de rapport est encore présent dans certaines sociétés africaines.
Chez les Bassaris, au Sénégal, les hommes quittent leur foyer pour aller
chasser dans la brousse et ne rentrent qu’au coucher du soleil. Dans
cette tribu, les enfants portent le nom de leur mère.
Cette institution familiale s’étend ensuite au clan ou à la tribu, en
englobant les personnes apparentées par le sang, le mariage, le
voisinage ou par la croyance en une même divinité.
L’Afrique, le berceau de la culture
Dans la société naturelle et humaine du paléolithique inférieur, la
culture n’est pas absente. L’éducation module les comportements et sert
de régulateur social. Un système de valeurs émerge et survit jusque
dans les sociétés africaines actuelles. Il gravite autour des éléments
suivants :
 la vénération de la femme, Vénus est déifiée grâce à sa fertilité et
sa fécondité, représentée sans tête, mais avec les attributs essentiels que
sont ses seins et son sexe,
 l’affection filiale,
 le respect des parents,
 la solidarité du groupe,
 la loyauté envers le clan ou la tribu,
 l’intégration du voisinage dans la famille,
 le droit d’aînesse,
 l’initiation,
 le totem, qui symbolise l’intégration de l’individu dans la nature et
la complémentarité homme-société-nature,
 l’animisme,
 le respect et le culte des anciens et des ancêtres,
 le rôle de la société dans l’éducation.
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Les filles sont initiées par leur mère et par les femmes, les garçons
par leur père et par les hommes.
L’Afrique, le berceau de l’art
L’art est concomitant à la société africaine. Il n’est pas créé par
l’homme, il lui est transmis par les esprits. Il n’est pas une découverte,
il est une révélation. Il fait l’objet d’un contrat passé entre certaines
familles et les esprits détenteurs des secrets des différents arts. En
contrepartie, les humains leur font des offrandes et des sacrifices.
La pratique de la musique est mystique et précédée d’incantations
pour obtenir la permission des oiseaux détenteurs de cet art. Elle attire
aussi les êtres surhumains, d’où la nécessité de s’initier avant de s’y
livrer. L’art est donc sacré.
Dès le Paléolithique inférieur, avec le concours des esprits
surnaturels, les hommes développent l’art rituel et représentent des
arbres ou des animaux, qui font l’objet de leur adoration.
L’Afrique, le berceau de la religion
L’animisme, la première pratique religieuse, date du Paléolithique
inférieur. Le premier homme sur Terre, fasciné et terrifié par tout ce qui
existe avant lui et l’entoure, voue un culte profond à la nature, doublé
d’une certaine reconnaissance. La nature répond à ses besoins, le
gratifie de ses bienfaits, le guide, l’éduque. Elle le nourrit, l’habille,
l’abrite et le protège.
LE PALÉOLITHIQUE SUPÉRIEUR
Le Paléolithique supérieur est la période de la fin du paléolithique
inférieur, correspondant au Pléistocène supérieur. Il coïncide avec la fin
de la glaciation, l’aube d’un nouveau monde habitable et l’ancrage,
selon des historiens occidentaux, de l’Homo sapiens, apparu entre
100 000 et 200 000 ans. Ce dernier se répand sur tous les continents
connus actuellement. Ils le disent prédominant en Europe et dans les
régions voisines d’Asie et d’Afrique après la disparition des
Néanderthaliens. En fait, il s’agit simplement du Néanderthalien noir,
baptisé Homo sapiens, dont la couleur de la peau change et qui émigre
sous d’autres cieux. Ces historiens débutent par lui, pour lui et avec lui
l’aventure humaine, dont il est le moteur et la locomotive. Ils
rétrogradent ses précurseurs au rang d’espèces et de types biologiques
différenciés, en dépit de leur occupation du temps et de l’espace
humains pendant des centaines de milliers d’années, voire des millions
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d’années. Il est considéré comme un homme évolué, armé
intellectuellement et techniquement pour commencer à inscrire sur le
registre supposé vierge de l’histoire humaine ses premières lettres de
noblesse.
Dans la catégorie, on repêche et glisse les hommes de Rhodésie
(Saldanha), de Tanganyika (lac Eyasi) et du Kenya (Kanam, Kanjera),
considérés comme des vestiges humains. On y admet aussi l’homme de
Fontéchevade, en Charente-Maritime (France), dernier représentant du
type néanderthalien avant le Paléolithique supérieur et la fin du
Pléistocène.
Parallèlement et à cause de ces migrations, les races « jaune » et
« blanche » font leur apparition, respectivement 8 000 ans et 1 500 ans
environ avant la fin de la période. Ce phénomène est dû à la localisation
des clans. Jusqu’ici, on avait affaire à un homme universel qui se
déplaçait sur de vastes étendues. Désormais, les progrès enregistrés
dans la confection des outils et des armes rendent les activités
économiques plus productrices, limitent les déplacements et favorisent
la fixation des hommes sur des territoires mieux définis, moins étendus,
mais suffisants pour assurer l’autosubsistance des clans et des tribus.
Les techniques évoluent plus rapidement que leur diffusion, à cause
des obstacles naturels à surmonter et des besoins à satisfaire. La couleur
locale entretient la différenciation des techniques et des cultures, cause
de rivalités et d’antagonismes futurs.
Le langage, la monnaie, le grenier, tout en renforçant la cohésion
clanique, alimentent des tendances centripètes dans les communautés,
centrifugent entre les communautés et amorcent l’ethnocentrisme. Cette
période des grands chasseurs est celle de l’industrie à lames, couvrant
une gamme très vaste et diversifiée de besoins techniques et sociaux.
L’accroissement de la productivité de la chasse a un impact sur la
religion et l’art, qui absorbent le supplément de temps et d’énergie
disponibles.
La différenciation technique
L’industrie lithique connaît un bond en avant avec l’apparition de
l’industrie à lames. On y introduit la technique de la pression, qui
complète celle de la percussion. Elle prolonge et approfondit l’industrie
du biface, du chopper, du chopping-tool et des éclats.
Les historiens européens accréditent l’idée que les techniques du
paléolithique supérieur sont nées en Europe et sont issues de la future
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race européenne d’Homo sapiens, dont les descendants seront les
vecteurs du futur progrès scientifique et technique humain. Or, certaines
de ces techniques ont déjà cours sur le continent africain avant d’être
exportées. Certes, des perfectionnements vont leur être apportés en
réponse aux conditions locales, mais le bon sens montre que ce n’est
pas en 100.000 ou 1500 ans qu’on révolutionne, à cette époque de
stabilité, des techniques utilisées depuis des centaines voire des millions
d’années.
Fait plus décisif encore, ce sont des Noirs qui inventent et diffusent
ces techniques malgré leurs appellations trompeuses et confusionnistes.
En effet, le processus de différenciation des races jaune et blanche est
long et lent.
Sur le futur continent européen, les principales découvertes
techniques sont avancées par le Châtelperronien, l’Aurignacien, le
Gravettien et le Solutréen, qui succèdent aux Levalloisiens et aux
Clactoniens et sont adaptées aux zones froides. Cette expansion et cette
extension de la technique montrent une continuité technique, donc
culturelle et raciale, entre le paléolithique inférieur et le paléolithique
supérieur. Elles ont aussi pour soubassement la diversification de la
matière première consécutive au développement des forêts, de la faune
et de la flore. En plus des matériaux classiques (pierre, bois, on se sert
de bois des animaux (rennes) et de leurs sous-produits (os, ivoire, dents,
etc.).
L’Afrique, dans ses différentes parties, développe des industries
spécifiques, appropriées. Dans la zone septentrionale, l’industrie de
Daba, le Capsien, l’Oranien, l’Atérien et le Sébilien égyptien sont
prédominants et imbriqués avec les industries méditerranéennes. Le
Tambien se développe dans le centre du continent, et prolonge
l’industrie forestière de Sangoa avec la hache, l’herminette ou le pic, un
couteau travaillé sur deux faces, rattaché à une longue pointe de lance.
La partie sud est florissante, avec les industries de Smithfield,
Fauresmith ou Wilton, fabriquant de petits bifaces, des fendoirs
emmanchés. Dans la partie orientale, le Stillbay s’affirme en Rhodésie
et au Kenya et utilise la pression, déjà présente en Égypte.
En dépit de cette diversité technique embrassant les différentes zones
écologiques, on accrédite l’idée d’une pause technique en Afrique
durant le Paléolithique supérieur, pour déjà justifier son décrochage du
train du progrès technique. Cette présentation pernicieuse de l’histoire
des techniques est une préfiguration de tous les ostracismes qui
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