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Afrique subsaharienne et développement de l'Asie de l'Est

De
132 pages
Il est possible de concevoir, entre pays en développement, une forme de coopération qui rompe avec la coopération classique entre pays développés et pays sous-développés. Elle pourrait exister entre pays d'Asie de l'Est (riches en capitaux : Japon, Hong-Kong, Corée du Sud, Singapour, Taiwan, puis l'Indonésie, la Malaisie, les Philippines et la Thaïlande) et pays d'Afrique subsaharienne (riches en ressources naturelles). L'Asie de l'Est pourrait investir en Afrique subsaharienne en créant des infrastructures permettant d'exploiter ensemble les ressources naturelles en vue d'un profit mutuel.
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Afrique subsaharienne et développement de l'Asie de l'Est

Points de vue Collection dirigée par Denis Pryen

Déjà parus

Allaoui ASKANDARI, Logiques politiques la postcolonie de Mayotte, 2009. Toumany MENDY, L'immigration mystères et réalités, 2009.

et mahorites

dans

clandestine.

Mythes,

Succès MASRA et Béral M. LE GRAND, Tchad, éloge des lumières obscures. Du sacre des cancres à la dynastie des pillards psychopathes, 2008. Reckya MADOUGOU, Mon combat pour la parole, 2008. d'un couple. De vingt à assassinée, au Raphaël BINDARIYE, Le bonheur quatre-vingts ans, 2008. André-Bernard 2008.

ERGO, Congo belge, La Colonie

Diogène BIDER!, Le massacre des Bagogwe. Un prélude génocide des Tutsi - Rwanda (1990-1993), 2008. Cyriaque Magloire le Congo ?, 2008. MONGO DZON, Quelle refondation

pour

Khayar Oumar DEF ALLAH, Fils de nomade. Les mémoires du dromadaire,2008. Oumar DIA TT A, La Casamance tumultueux d'une région, 2008. coincée. Essai sur le destin ivoirien:

Georges TOUAL Y, Le modèle de développement mirage ou utopie partagée ?; 2008. Mohamed Salem MERZOUG, quais de l'espérance, 2008. L'Africanisme

solidaire. Sur les

Habib DEMBELE GUlMBA, Être... ou ne pas naître, 2008. Edgard M'FOUMOU-NE, La Brazzaville: la synthèse, 2008. reconstruction du Congo-

Adjo SAABIE, Epouses et concubines de chefs d'Etat africains. Quand Cendrillon épouse Barbe-Bleue, 2008.

Mohamed

Lamine Gakou

Afrique subsaharienne et développement de l'Asie de l'Est

L'HARMATI

AN

Du même auteur

Crise de l'agriculture africaine, Édition Silex, Paris, 1984.

@L'HARMATIAN,2009 5-7, rue de l'École- Polytechnique; http://www.1ibrairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattanl@Wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-07738-6 75005 Paris

EAN : 9782296077386

Avant-propos

Au cours des dernières décennies, l'Afrique Subsaharienne et l'Asie de l'Est ont connu des évolutions assez différentes quant à leurs processus de développement, même si les deux régions ont été considérées comme faisant partie du monde en développement. Il est vrai que ce monde recouvre une multitude de situations. Dans cette étude, nous avons essayé d'examiner au cours des temps et autant que possible les facteurs qui ont été significatifs et déterminants dans ces processus d'évolution. Si en Asie de l'Est le décollage a été plutôt rapide, il n'en a pas été toujours de même en Afrique Subsaharienne. L'objectif ici n'est pas simplement de procéder à des comparaisons entre niveaux de développement, mais de chercher à comprendre les enseignements que l'Afrique subsaharienne pourrait tirer des conditions qui ont favorisé le processus de développement de l'Asie de l'Est. Ces conditions sont très diverses. Elles peuvent être aussi bien naturelles qu'historiques, sociologiques et même géographiques. Il serait peut-être prétentieux de vouloir saisir tous les déterminants de ces évolutions. Toutefois il semble possible d'en faire ressortir les éléments les plus significatifs. C'est tout simplement ce qui est visé dans cette étude.

Observations

a) Constats Depuis les années 1961 - 1970, les pays d'Asie et particulièrement d'Asie de l'Est ont connu un développement économique très rapide avec des taux de croissance élevés non seulement par rapport au reste du monde, mais particulièrement par rapport au reste du monde sous-développé notamment l'Afrique Sub-saharienne. Cela a entraîné la remise en cause de nombreuses idées acquises et de convictions établies s'agissant des processus de développement des pays dominés. Ces idées et ces convictions reposaient sur un certain nombre de priorités à ne pas entraver autant que possibles. Elles s'articulaient autour de certains principes simples à saVOIr: - compter sur ses propres forces, c'est-à-dire compter d'abord sur ses ressources humaines et matérielles propres à évaluer; - produire principalement par soi et pour soi avec le minimum d'ouverture sur l'extérieur; - encourager l'agriculture et surtout l'agriculture vivrière en accordant une importance moindre à l'agriculture d'exportation pour échapper au marché international dont les règles sont hors des possibilités de contrôle des pays dominés dont la plupart étaient des pays colonisés;

-

chercher à maîtriser l'exode rural et l'expansion villes au détriment des campagnes;

des

- mettre particulièrement l'accent sur le rôle de l'Etat pour assurer un contrôle systématique de l'évolution de la situation socio-économique nationale d'ensemble.

Il convient tout de même de relativiser en précisant que ces principes étaient surtout des principes sacro-saints pour les pays qui ont proclamé une indépendance totale et la construction d'une société socialiste calquée sur les pays socialistes de l'époque. Dans cet ouvrage, nous avons essayé d'apporter un peu de clarté sur certains a priori qui sont l'apanage des sociétés et des systèmes qui ont toutes et tous leur mode de fonctionnement propre mais qui ont tendance à toujours sacraliser et à généraliser en mettant l'accent sur des positions extrêmes. Nous avons aussi essayé de les comprendre. A l'inverse des principes susmentionnés pour les pays qui sortaient du système colonial et qui proposaient la construction d'une société socialiste dans les pays de l'Asie de l'Est, nous mettrons l'accent sur deux principes presque immuables, à saVOIr: le rôle négligeable de l'Etat dans les processus de développement;

- une large ouverture pour ne pas dire une ouverture totale sur l'extérieur. Peut-être arriverons-nous à trouver au cours de cette étude des points d'équilibre entre des stratégies de développement socio-économique qui semblent s'exclure. Tel est en tout cas l'objectif que nous visons sans être sûr de pouvoir l'atteindre.
b) Les interférences de l'existence des deux systèmes sur l'évolution et les conditions de développement des deux régions La fin de la Deuxième Guerre mondiale mit face à face deux systèmes qui se rejetaient totalement. Entre eux la lutte était âpre et sans répit. Elle n'épargnait aucun secteur de la vie, chaque système ayant inscrit prioritairement à son ordre du jour la destruction de l'autre.

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Les années 45 et 50 ont vu apparaître et se développer dangereusement ce qui fut appelé la guerre froide, dont les prémisses existaient déjà avant et pendant la Deuxième Guerre mondiale. La conquête de zones géographiques d'influence était pour chaque système une question de survie. On se livrait à une guerre à outrance, ce qui n'augurait rien de bon pour les pays se situant en marge de cette guerre froide, parce qu'ils devenaient les terrains privilégiés des affrontements. L'évolution de l'Afrique Subsaharienne et de l'Asie de l'Est ne peut donc pas être bien comprises sans l'inscrire dans le contexte de cette guerre sans merci. Cependant, les rivalités guerrières et les tendances acharnées à se trouver partout des alliés favorisèrent l'émancipation rapide de ces pays qui étaient pour la plupart des pays sous domination particulièrement française ou anglaise. La domination française, si elle n'était pas totale, était prépondérante en Afrique tandis que l'Asie de l'Est subissait essentiellement la domination anglaise. Si les Etats-Unis aussi bien que l'URSS étaient acquis à cette émancipation, par la suite, la lutte entre les deux systèmes se transforma rapidement en affrontement entre deux blocs sur les plans politique, économique et militaire; ce qui mit à rude épreuve les volontés parfois manifestées de neutralité de ces pays. Les blocs Est et Ouest élirent comme champs de bataille ces pays qui avaient surtout besoin de chercher des solutions à leurs conditions de sous- développement et de pauvreté. Suivant les formes de lutte menées dans ces pays et les penchants des dirigeants de ces luttes, ces pays s'approchèrent d'un camp ou de l'autre même s'ils évitaient en général de se laisser embrigader totalement. C'est surtout en Asie que la lutte pour l'émancipation prit la forme d'une guerre véritable s'inscrivant dans le prolongement de la guerre froide (Vietnam, Cambodge, Corée). En Afrique, elle fut beaucoup moins guerrière et plus portée sur la 11

négociation, ce qui n'épargna pas à ces pays les retombées d'une situation mondiale caractérisée par des conflits de toute nature où toutes sortes d'armes étaient utilisées. Mais en général ces pays continuèrent les orientations politiques et économiques héritées de leurs anCIens dominateurs. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, c'est en Afrique que les velléités d'insubordination par rapport aux anciens dominateurs se sont multipliées. Profitant des conflits entre les deux blocs, les pays africains manifestaient clairement leur volonté d'indépendance, fortement aidés en cela par une Chine qui venait de faire sa révolution en 1949, une Indonésie que avait conquis son indépendance en 1945 en se détachant de l'empire hollandais et une Inde qui avait conquis son indépendance sur l'Empire britannique le 15 août 1947 par la non-violence et la désobéissance civile sous la direction du Mahatma Gandhi. La conférence de Bandung tenue en avril 1956 en Indonésie par les représentants de 29 pays d'Afrique et d'Asie fut un véritable tournant pour l'émancipation des peuples encore colonisés. Le neutralisme fut la vertu cardinale lors de la conférence et aucun pays faisant partie des deux blocs ne fut invité. Mais il fallut attendre la conférence de Belgrade sous Tito en 1961 pour que le non-alignement soit solennellement proclamé par l'ensemble des pays dont la grande majorité venait d'être indépendants en 1960, surtout ceux d'Afrique. Donc, si l'on ne prend pas en considération ces réalités qui ont caractérisé toute une époque, on ne peut rendre compte de l'évolution politique et économique actuelle ou du passé récent de l'Afrique et de l'Asie.
c) la disparition du bloc soviétique

La disparition du bloc soviétique a eu des interprétations différentes et les explications les plus diverses ont été avancées. Cependant, on a tendance à admettre en général que cette disparition est le résultat de la lutte entre les deux blocs. 12

Elle a été perçue comme la victoire de l'Ouest sur l'Est, de l'OTAN sur le pacte de Varsovie, du libéralisme sur le socialisme, de l'ouverture sur le protectionnisme, de la libre entreprise sur le dirigisme. Mais cette façon de voir, par trop simpliste, laisse de côté le fait que l'on oppose plus ou moins à tort des éléments que l'on retrouve de façon ou d'autre dans tous les pays qui font partie du bloc des "vainqueurs", les tendances dominantes dépendent souvent des circonstances historiques ou sociologiques. De notre point de vue, la chute de l'URSS ne dépend pas fondamentalement de la lutte acharnée entre les deux blocs, mais plutôt de l'aiguisement des contradictions internes à la société russe d'abord et de celles de l'Union des Républiques socialistes soviétiques ensuite, l'affrontement des deux blocs n'intervenant que comme catalyseur externe. Quelques rappels historiques des conditions de la révolution bolchevique en Russie paraissent nécessaires ici, pour mieux situer les données du problème dans son contexte. C'est en 1917, donc pendant la Première Guerre mondiale (1914-1918), que les bolcheviks prirent le pouvoir en Russie. Le premier acte du nouveau pouvoir fut de signer le traité de Brest-Litovsk le 3 mars 1918, traité qui permit à la Russie de se désengager de la guerre pour préserver les acquis de la révolution et les consolider. Ainsi libérés de cette guerre, les bolcheviks pouvaient s'attaquer aux structures archaïques de la féodalité tsariste. Première révolution et première expérience historique du genre, elle manqua souvent d'inspiration pédagogique. Elle devait innover et expérimenter, avancer et reculer, n'ayant pas de modèle précédent dans 1'histoire pouvant lui servir de référence et guider ses premiers pas. Il fallait donc nécessairement procéder par tâtonnements et on n'hésita pas à tâtonner. Naturellement, la révolution bolchevique se considéra comme héritière de la Commune de Paris de 1871 au sujet de laquelle elle ne tarit pas d'éloges. Cependant non seulement les contextes socio-historiques étaient différents mais aussi les dimensions et la brièveté de l'expérience de la Commune font 13