Agir pour l'éducation des filles en Afrique subsaharienne francophone

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Cet ouvrage présente une synthèse des politiques et des mesures prises en faveur de l'éducation des filles et s'efforce d'évaluer leurs résultats. Il analyse un large éventail d'initiatives et dresse un panorama statistique de la situation dans cette région. Il identifie les approches les plus prometteuses et les domaines prioritaires pour le développement de l'éducation des filles en Afrique subsaharienne francophone.
Publié le : jeudi 1 décembre 2005
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EAN13 : 9782336279015
Nombre de pages : 204
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AGIR POUR L'EDUCATION EN AFRIQUE SUBSAHARIENNE

DES FILLES FRANCOPHONE

site: www.librairieharmattan.COlTI diffusion.harmattan@wanadoo. fi e.mail: harmattan1@wanadoo.fr ~L'Harmattan,2005 ISBN: 2-7475-9501-3 EAN: 9782747595018

GRETAF

Groupe

d'étude sur l'éducation en Afrique

AGIR

POUR L'EDUCATION SUBSAHARIENNE

DES FILLES FRANCOPHONE

EN AFRIQUE

Sous

la direction

de

Lucila

Jallade

et Vittoria

Cavicchioni

Sabrina Karamoka Mary Kaba, Sékou Kadir

D'Amico Fernandez, Jeannot Alou Sâa Tinguiano

Abdelkader

Galy, Boubacar

Avec la participation
Michel

de Pierre Alexandre, Debeauvais, Nicole

Emilie Barrier, Teta Mokam

Guy Berger,

,4flJt -11~

agen,ce

Int6rgoyv.j"n~.nt~l.

dels'francophonle

Educations et Sociétés Collection dirigée par Louis Marmoz
La collection Educations et Sociétés propose des ouvrages, nés de recherches ou de pratiques théorisées, qui aident à mieux comprendre le rôle de l'éducation dans la construction, le maintien et le dépassement des sociétés. Si certaines aires géographiques, riches en mise en cause et en propositions, l'Afrique subsaharienne, l'Europe du Sud et le Brésil, sont privilégiées, la collection n'est pas fermée à l'étude des autres régions, dans ce qu'elle apporte un progrès à l'analyse des relations entre l'action des différentes formes d'éducation et l'évolution des sociétés. Pour servir cet objectif de mise en commun de connaissances, les ouvrages publiés présentent des analyses de situations nationales, des travaux sur la liaison éducation-développement, des lectures politiques de l'éducation et des propositions de méthodes de recherche qui font progresser le travail critique sur l'éducation, donc, sans doute, l'éducation elle-même... Déjà parus

Cécile DEER, L'Empire britannique et l'instruction en Inde (1780-1854),2005. Françoise CROS (sous la dir.), Préparer les enseignants à la formation tout au long de la vie: une priorité européenne ?; 2005. M. LAWN et A. NOYOA, L'Europe réinventée, 2005. Brigitte ALESSANDRI, L'Ecole dans le roman africain, 2004. Léopold PAQUAY (sous la dir.), L'Evaluation des enseignants :tensions et enjeux, 2004. Anne BESNIER, La violence féminine, du vécu au transmis, 2004. Pierre LADERRIERE (dir.), La gestion des ressources humaines dans l'enseignement: où en est l'Europe?, 2004. Pierre LADERRIERE (dir.), Les nouveaux métiers de l'enseignement: où en est l'Europe?, 2004. Françoise BUFFET (sous la direction de), Education et culture en Europe. Le rôle du partenariat, 2003. Francine YANIS COTTE, Aude HOUGUENAGUE et Anne WEST (sous la dir.), La mobilité étudiante en Europe, mythe ou réalité?, 2003.

Les études ayant servi de base à cet ouvrage ont été financées grâce à une subvention de l'Agence intergouvernementale de la francophonie (AIF). Les analyses présentées ici sont celles des auteurs et elles n'engagent pas l'AIF

SOMMAIRE

lntro du cti 0 n I. Politiques et mesures Il. Panorama statistique en faveur de l'éducation de la scolarisation
2000

7 des filles 11
49

des filles en Afrique 97 135 .167 175

francophone su bsaharienne. 1990 III. La promotion de l'éducation

des filles en Guinée des filles au Niger

IV. Etude su r la scolarisation V. Concl us ions

An nexe. Tableaux statistiq ues Liste des tableaux Liste des graph iq ues

...

197

198

INTRODUCTION
Que l'éducation des filles et des femmes soit un impératif pour le développement économique et social dans les pays en développement, et notamment en Afrique francophone sub-saharienne, fait désormais l'objet d'un consensus. Comme le fait remarquer Mme A. Bah, « doter la fille et la femme africaine des outils intellectuels et mentaux de développement constitue le meilleur gage pour réduire, à terme, la pauvreté en Afrique, accroÎtre les revenus familiaux, planifier les naissances, réduire la mortalité infantile, améliorer l'état de santé de toute la famille, réduire les chances de conflits, augmenter l'espérance de vie» 1. Au cours des deux dernières décennies, la volonté de la communauté internationale pour éliminer les discriminations à l'égard des femmes s'est faite plus pressante. Dans le domaine de l'éducation, cette tendance s'est traduite par le processus d'éducation pour tous (EPT) initié en 1990 à Jomtien. En 2000, à Dakar, la communauté internationale s'est engagée à « éliminer les disparités entre les genres dans J'enseignement primaire et secondaire d'ici à 2005 et instaurer l'égalité dans ce domaine en 2015, en veillant à assurer aux filles un accès équitable et sans restriction à une éducation de base de qualité, avec les mêmes chances de réussite »2. Au sein du monde en développement, l'Afrique subsaharienne francophone concentre la majeure partie des pays les moins avancés et les cas les plus graves en matière de disparités scolaires. La communauté internationale et plus spécifiquement la communauté francophone accordent une attention particulière à l'éducation des filles dans cette région. Faisant suite au Cadre d'action de Dakar, des plans d'action ont été formulés par les pays et de nombreux programmes et projets de développement ont vu le jour avec le soutien de l'aide internationale en vue de donner une priorité accrue à l'éducation pour tous. La communauté internationale a avancé de nombreuses propositions visant à accélérer le développement de l'éducation des filles, suscitant un riche débat sur cette thématique. Les acteurs nationaux et interna-

1 Cité par Tiendrébeogo 2 Objectif

/ Kaborét

A. 2003 (UNESCO 2000)

5 du Cadre d'action

de Dakar.

tionaux ont ainsi été témoins nales, nationales et locales.

d'un foisonnement

d'initiatives

internatio-

Dans leur volonté d'agir, les divers acteurs de la coopération pour le développement se trouvent périodiquement confrontés à des problèmes difficiles à résoudre avec des moyens toujours trop limités. Il est primordial pour eux de pouvoir identifier clairement les domaines à privilégier et les approches les plus porteuses. Pour ce faire, il faut savoir tirer des leçons des efforts passés. Le besoin d'études à caractère évaluatif s'est accru dans le cadre du mouvement de partenariat international lié au suivi de Dakar. Il est particulièrement pressant pour la coopération francophone. Cet ouvrage s'efforce de répondre à ce besoin de bilan des actions de développement pour mieux orienter les choix futurs. Il présente les premiers résultats des études du GRET AF3 sur les inégalités dans la scolarisation des filles dans les pays francophones de l'Afrique subsaharienne. Ces études visent à :

.

analyser les politiques adoptées et les mesures prises en faveur de l'éducation des filles et leurs résultats dans le but de renforcer le cadre conceptuel de formulation et d'évaluation des projets de terrain, nombreux dans ce domaine; identifier les pays et les situations cibles les plus importantes pour la coopération internationale pour un groupe de pays qui sont des cibles prioritaires de la Francophonie.

.

En mettant l'accent sur les politiques adoptées, les mesures prises et les leçons tirées des évaluations de l'expérience, cet ouvrage se place dans une optique de recherche-action. Il a une vocation de synthèse. Il se veut à la fois bilan des actions entreprises et contribution

3 Le GRET AF (Groupe d'Etudes sur l'Education en Afrique) est une association à caractère non lucratif dont le but est de développer les ressources humaines en matière de politiques et de planification de l'éducation dans les pays francophones d'Afrique grâce à des activités d'étude et de formation. Dans le contexte du mandat du GRETAF, une attention particulière est accordée aux dimensions internationales des actions de coopération en faveur de l'éducation des filles.

8

pour identifier les en Afrique

les actions futures dans le domaine sub-saharienne francophone.

de l'éducation

des fil-

L'examen des politiques et des mesures en faveur de l'éducation des filles fait l'objet du chapitre 1. Le profil statistique de la situation de l'éducation des filles et son évolution sont étudiés au chapitre 2. Deux monographies nationales, concernant la Guinée (chapitre 3) et le Niger (chapitre 4) sont présentées de manière à enrichir les synthèses et les comparaisons au niveau international à la lumière des expériences nationales. En guise de conclusions, le chapitre 5 s'efforce d'identifier des domaines prioritaires pour le développement de l'éducation des filles en Afrique subsaharienne francophone, dans une perspective de coopération pour le développement. Le présent ouvrage concerne l'éducation de base et notamment l'enseignement primaire et secondaire qui est l'objet central de l'objectif 5 du Cadre d'action de Dakar, mais il tient compte des interdépendances avec les autres domaines et types d'éducation. Il vise spécifiquement les pays d'Afrique Subsaharienne Francophones (ASF)4 mais les informations par pays qui seront présentées varient en fonction de la disponibilité des données les concernant. Les deux monographies présentées concernent la Guinée et le Niger où il existe des sections nationales du GRET AF et des bases documentaires adéquates. Ces deux pays avaient au début de la décennie 90 des niveaux particulièrement faibles de scolarisation primaire et des disparités très élevées entre filles et garçons, mais ils ont mis en oeuvre des actions significatives en faveur des filles et ont ainsi accumulé une expérience considérable en la matière. Ils illustrent bien la situation des pays ASF.

Le GRETAF exprime sa reconnaissance à l'Agence Intergouvernementale de la Francophonie (AI F) pour le soutien qu'elle apporte à son programme sur les inégalités dans la scolarisation des filles dans les pays d'Afrique subsaharienne francophone dont les résultats sont présentés dans cet ouvrage.

4 Voir Chapitre

2

9

I. POLITIQUES L'EDUCATION
Lucila Jallade, 1. REMARQUES

ET MESURES DES FILLES

EN FAVEUR

DE

avec la collaboration

de Nicole

Teta Mokam

PRELIMINAIRES

L'objectif de ce chapitre est de dresser un panorama des politiques et des mesures proposées ou appliquées en faveur de l'éducation des filles en Afrique Subsaharienne et en particulier dans les pays francophones5 . présente une synthèse: " . des principaux problèmes concernant les disparités scolaires
de genre et de leurs causes et, pour répondre à ces proles plus prometteuses à la

.

des approches communes utilisées blèmes, en identifiant les approches lumière des informations disponibles.

Les études d'évaluation étant peu nombreuses et dispersées dans la sous-région, les auteurs voudraient souligner que ce travail a été grandement facilité grâce à trois publications récentes à caractère synthétique, notamment l'examen des expériences innovatrices en Afrique de l'Ouest et Centrale réalisé par le Centre International pour l'Education des Filles et des Femmes en Afrique (CIEFFA)6 , le Rapport de suivi de l'EPT 2003-20047 et la synthèse de cinq études de cas publiée par l'Institut International de Planification de l'Education (IIPE)8.

5 Un dossier documentaire (Cf. site web du GRET AF) a été constitué en vue de répondre à deux questions principales: i) Quelles sont les principales politiques et mesures proposées en faveur de l'éducation des filles dans les pays francophones de l'Afrique sub-saharienne, tant au niveau des principales organisations internationales et régionales concernées qu'au niveau national? ii) Quelles sont les principales études d'évaluation des actions réalisées dans le cadre de ces politiques? Que nous apprennent-elles? La collecte documentaire concernant la mise en œuvre de projets de terrain n'est pas couverte par le présent ouvrage. 6 Tiendrébéogo 7 Unesco, 8 Cuss6 2003 R., 2003 / Kaboré A., 2003

Le présent chapitre s'insère dre d'action de Dakar qui distingue mondial:

dans le cadre deux objectifs

de l'objectif à atteindre

5 du Caau niveau

.

la parité entre les genres (en 2005) dans l'enseignement primaire et secondaire: soit, sur le plan quantitatif, l'égalité dans les taux d'accès et de réussite au diplôme de fin de cycle, entre garçons et filles, dans ces deux cycles et,
l'égalité entre les genres (en 2015) dans ces deux cycles, soit sur un plan qualitatif, par le fait que garçons et filles bénéficient d'une éducation de qualité équivalente (libre de stéréotypes de préjugés liés au genre), ainsi que des mêmes chances réussite. ou de

.

Les aspects concernant l'éducation primaire et secondaire sont donc privilégiés, tout en tenant compte des interrelations avec d'autres niveaux d'éducation ainsi qu'avec les disparités en dehors de l'école. La distinction entre parité et égalité est utile pour aborder la question de l'équité entre les genres. Ces deux concepts sont cependant inégalement représentés dans les analyses et données présentées car les aspects quantitatifs de la parité sont plus faciles à préciser et à mesurer que ceux plus complexes et qualitatifs liés à la notion d'égalité. 2. CIBLER LES PROBLEMES

2.1. L'ACCES ET LA SURVIE SCOLAIRES EN AFRIQUE SUB-SAHARIENNE Les pays où les niveaux sont unanimes 2004, les taux tous les niveaux même que les laire. Ces pays çons et filles. d'Afrique subsaharienne constituent la région du monde d'éducation sont les plus faibles. Tous les observateurs sur ce point. D'après le Rapport de suivi de l'EPT 2003de scolarisation, pour la région, sont les plus faibles à d'enseignement, primaire, secondaire et supérieur, de taux d'alphabétisation des adultes qui sont leur corolont aussi le niveau le plus élevé de disparité entre gar-

Dans l'ensemble constitué par les pays d'Afrique sub-saharienne, les pays francophones se trouvent parmi les plus défavorisés et montrent, en général, des performances inférieures à celles des pays anglophones9. On trouvera au chapitre 2 de cette étude, le profil statisti9 Revault, A. 2004

12

que spécifique entre genres.

de ces pays

en matière

de disparités

de scolarisation

Une spécificité de la situation éducative des pays sub-sahariens, et particulièrement des pays francophones de cette région doit être soulignée d'emblée. Si on distingue les trois dimensions de l'inégalité scolaire, à savoir l'accès à l'école, le rendement scolaire et la « survie» au sein du système d'enseignement (par opposition à l'abandon), les filles ont un accès à l'école plus faible que les garçons en Afrique subsaharienne, mais à la différence de la grande majorité des pays du monde, elles ont une survie scolaire inférieure dans une majorité de pays et redoublent plus que les garçons dans un bon nombre de cas (Cf. chap. 2). Alors que dans la plupart des pays hors Afrique subsaharienne, le problème principal des filles est celui de l'accès (il faut donc rapprocher de l'école les filles qui en sont exclues), dans de nombreux pays francophones sub-sahariens les filles sont désavantagées à la fois sur le plan de l'accès à l'école et du parcours scolaire. Les causes de cette situation doivent être combattues. Dans cette sous-région, cette disparité a des conséquences négatives particulières du fait que le français est la langue officielle unique dans la plupart des pays et un instrument nécessaire pour avoir accès à «l'espace public» (administration, médias, ...) ainsi qu'au secteur moderne de l'économie. Les filles se trouvent donc défavorisées par rapport aux garçons pour l'accès au français et à cet espace public. Leur enfermement dans les formes traditionnelles de la vie sociale s'en trouve donc accentué. Les disparités de scolarisation représentent aussi une inégalité de fait d'accès aux ressources allouées à l'éducation par le budget de l'Etat ou par les familles dans la mesure où les garçons en bénéficient davantage que les filles.
2.2. LE DIAGNOSTIC

De nombreuses études ont été réalisées sur les facteurs déterminant la participation scolaire et les disparités entre filles et garçons. Deux études de synthèse récentes en ont fait un examen détaillé 10. Un résumé de ces facteurs est donné ci-après pour introduire ce qui est l'objet central de cette étude: les approches qui ont été proposées pour

10 UNESCO,

2003

(chapitre

3) et Tiendrébéogo/Kaboret

, A. 2003 13

contrer traitées

les contraintes et développer dans le point 3).

l'éducation

des filles

(qui seront

Parmi les causes des inégalités entre genres en matière d'accès, de rendement et de survie scolaire dans les pays sub-sahariens, l'environnement économique et socioculturel occupe une place déterminante, suivi des facteurs internes au système éducatif. Cet ordre, qui inverse la façon habituelle de présentation, aide à mieux mettre en perspective les inadéquations de l'offre scolaire par rapport au contexte, ce qui est une des clefs du problème.

2.2.1. Les facteu rs contextuels économiques 1. L'environnement:

sociaux,

culturels

et

la famille et d'autres acteurs sociaux

Pour les enfants en âge scolaire, l'acteur déterminant de leur scolarité est la famille. Les choix familiaux déterminent en bonne partie les choix scolaires de l'enfant. La famille fait partie, cependant, d'un réseau social plus ample, composé de la famille élargie, des groupements de parents, des membres de la communauté locale, qui a une incidence sur les décisions familiales. Les enseignants et les administrateurs font aussi partie de l'environnement social immédiat de l'école et reflètent ses valeurs d'une façon plus ou moins forte selon les cas. 2. La pauvreté tionnelles en interaction avec les normes sociales tradi-

Comme le montre le Rapport de suivi de l'EPT 2003-2004, deux grands facteurs - le niveau des revenus et les normes sociales concernant la place de la femme dans la famille et la société - exercent une influence sur les décisions familiales de façon indépendante et en synergie entre eux. La pauvreté et les structures patriarcales d'autorité se combinent dans le contexte des pays sub-sahariens pour affaiblir la scolarité des filles. Concrètement les facteurs limitatifs de la scolarité sont:

.

la charge financière représentée par les coûts directs et indirects de la scolarité (frais de scolarité, uniforme, fournitures...) notamment pour les familles pauvres;

14

.

le travail des enfants, qui s'exerce principalement dans le cadre familial, dans les tâches domestiques (ménage, garde des enfants) prédominantes pour les filles et dans les activités de production familiale, prédominantes pour les garçons. La scolarité représente donc un coût d'opportunité important pour les familles; les perspectives de vie des filles, lesquelles sont destinées essentiellement au mariage, souvent à un âge précoce et avec de faibles perspectives de trouver des emplois rémunérateurs dont, dans cette éventualité, les bénéfices reviennent à la belle-famille. En dehors du secteur informel, les débouchés pour les filles ayant fait des études sont très limités, en particulier, dans les métiers nécessitant une formation scientifique et technique. Dans de nombreux pays sub-sahariens, même la profession enseignante reste encore largement « masculine }) (voir chapitre 2) ;

.

d) les perceptions familiales et communautaires scolarité des filles restent négatives, notamment:

concernant

la

.

.
.

la perception des dangers liés à la fréquentation de l'école: exposition des filles à la violence, notamment sexuelle à l'école (fréquente dans certains pays et provenant tant des élèves que des enseignants), risques de grossesse avant le mariage; la méfiance l'école, voire à l'égard du changement la peur de la « débauche}) culturel ; des filles à réussir à qu'induirait

la perception négative de la capacité l'école par rapport aux garçons.

Etant données ces diverses contraintes, financières ou familiales, les risques potentiels ou réels en jeu et les perceptions dominantes concernant la place de la femme dans la famille et la société, les familles respectent la répartition traditionnelle des rôles entre garçons et filles et ont tendance à appliquer une « préférence pour le fils» dans leurs décisions envers la scolarité de leurs enfants: plus réticentes à envoyer leurs filles à l'école, plus rapides à les retirer de l'école.

15

3. Le cercle vicieux (accès tardif de l'échec scolaire des filles

-

redoublement

- abandon)

Dans les pays sub-sahariens, la fille se trouve prisonnière d'un cercle vicieux que Mme A. Bah 11 résume de façon parlante: les « pratiques préjudiciables à la filleau niveau familialet communautaire font qu'elle accède moins à l'éducation, étudie moins lorsqu'elle a été recrutée, abandonne plus souvent et développe, dans tous les cas, moins de confiance en elle-même ».
Ce cercle vicieux est bien illustré par la monographie sur la Guinée (Cf. chapitre 3) qui met en évidence que les redoublements parmi les filles, liés souvent aux exigences des tâches ménagères, entraînent des retards scolaires en termes d'âge qui, à leur tour, provoquent des abandons plus fréquents avant la fin du cycle scolaire. Et ceci, notamment, à l'arrivée de la puberté et pour cause de mariage précoce.

2.2.2.

Les facteu rs scolaires

Le fonctionnement de l'école et des systèmes éducatifs n'est pas étranger aux problèmes des inégalités de scolarité entre les genres. Certains facteurs internes à l'école viennent se greffer sur les contraintes du contexte social. 1. Les principaux

facteurs propres

à l'école et au système

scolaire

12

a) Les écoles sont mal distribuées géographiquement; elles sont insuffisantes pour assurer une bonne couverture de la population. En zone rurale, elles sont trop éloignées et exigent de longs parcours pour s'y rendre. Les zones rurales souffrent donc de taux de scolarisation beaucoup plus faibles que les zones urbaines (chapitre 2). La solution de l'internat est peu développée en raison de ses coûts de fonctionnement élevés. Les solutions traditionnelles telles que les «enfants confiés» à des parents habitant dans des régions mieux desservies se sont souvent révélées inadéquates pour l'épanouissement, voire la santé de l'enfant 13.

11 Cité dans Tiendrébéogo 12 Ce résumé 13 Pillon emprunte

/ Kaboré largement

A. 2003 (Préface) au chapitre 2003 2 de Tiendrébéogo / Kaboré A. 2003

M. 2003 cité par UNESCO,

16

b) Les coûts directs tés des familles.

et indirects

sont trop lourds

pour les possibili-

c) Les programmes sont inadaptés besoins des filles. Les matériels scolaires au statut social des filles.

aux réalités du milieu et aux sont biaisés et mal adaptés

d) L'organisation et les espaces scolaires sont inadaptés pour les filles (absence de toilettes séparées, classes mixtes), voire dangereux en raison du harcèlement sexuel dont elles sont victimes de la part tant des enseignants que des élèves. e) L'orientation scolaire défavorise la poursuite d'études longues et l'accès des filles à l'enseignement scientifique, technique et professionnel.

2. Les
agents

enseignants
de reproduction

et

le personnel de ou de changement?

l'enseignement:

En principe, les enseignants sont unanimement désignés comme devant jouer un rôle clé dans le renversement de la situation actuelle. Mais il est fréquent que les enseignants des pays sub-sahariens soient peu formés et peu sensibilisés au problème des disparités entre filles et garçons. Ils continuent à véhiculer des traditions et coutumes qui renforcent les stéréotypes défavorables à la réussite scolaire des filles et des préjugés sur le statut inférieur de la femme. La question se pose donc sur les possibilités réelles du personnel enseignant et nonenseignant d'échapper à ces influences pour jouer un rôle actif et conscient dans la lutte contre les disparités entre les genres. 3. L'impact des crises, des conflits et du Sida

Aux conditions déjà difficiles vécues par les enfants en pays subsaharien en temps normal, s'ajoute l'impact d'évènements défavorables fréquents dans la sous-région. La situation de vie de nombreux enfants, et donc leurs chances de jouir d'une scolarité régulière, se trouvent sévèrement diminuées par des crises économiques ou climatiques, des conflits armés et les déplacements qui en découlent. S'y ajoute ces dernières années l'épidémie du HIV/SIDA qui représente le fléau le plus dévastateur affectant les pays sub-sahariens et dont les perspectives d'amélioration sont minces. Parmi les enfants, la scolarité des filles se trouve particulièrement affectée du fait de leur vulnérabilité et de leur

17

rôle au service de « l'entretien» des s'accentue lorsque les parents viennent 4. Facteurs scolaires poids respectifs? et facteurs

membres de leurs familles à manquer ou à s'absenter14. extérieurs à l'école:

qui

quels

Pour conclure, en nous faisant l'écho du consensus exprimé par les chercheurs et les acteurs de l'éducation, nous avons souligné ici l'influence des facteurs externes, de contexte social, par rapport aux facteurs scolaires sur la scolarité des filles dans la sous-région. Mais il ne faut pas perdre de vue que c'est l'interaction entre les deux types de facteurs qui compte. Le débat sur le poids respectif des facteurs scolaires et externes à l'école reste ouvert15, notamment lorsqu'il s'agit de formuler une politique pour réduire les disparités entre genres et de choisir les stratégies les plus adaptées aux conditions du pays (voir cidessous). 3. CIBLER LES APPROCHES PRECISIONS: PROMETTEUSES DES POLITIQUES NATIONALES AUX MESURES

3.1. QUELQUES SPECIFIQUES

L'objet principal de cette étude est d'identifier les politiques et les mesures favorables à l'éducation de base des filles. La terminologie propre à ce domaine est souvent utilisée avec des significations diverses, et notamment différentes entre le monde francophone et anglophone 16. Il convient donc de préciser les termes bien qu'ils soient utilisés, ici, dans un sens large et fonctionnel et en acceptant un certain degré d'ambiguïté. La présente étude porte sur:

.

les politiques d'éducation de portée nationale qui identifient les grands objectifs et les priorités, parfois en précisant aussi les principales stratégies pour les atteindre. Elles portent sur un pays ou une partie de celui-ci ;

14 UNESCO,

2003

(chapitre Mingat

3) 8.(2000) chapitre 6

15 Voir à ce sujet, 16 Jallade 18

A. et Suchaud,

et al, 2001

.

les stratégies se réfèrent aux voies par lesquelles on espère atteindre des objectifs donnés. Dans le contexte francophone, les stratégies sont comprises comme pouvant être relativement complexes, comporter plusieurs composantes et/ou se référer à divers niveaux, international, national, régional, local; les mesures spécifiques concret. (A ce sujet, d'action» ). de tout type visant à atteindre un effet on pourra parler aussi de «modalité

.

Dans certains cas, on utilisera le terme d'«approche» pour synthétiser les éléments communs diverses stratégies et mesures observées. Les politiques, trois niveaux: stratégies ou mesures
c'est

plus englobant à la base des

peuvent

être examinées

à

. .
.

les propositions, faire» ; les réalisations des programmes

à dire les indications

de « ce qui il faut

effectives sur le terrain de mise en œuvre et c'est à dire

grâce

à des projets

ou

les résultats obtenus, marche pas ».

« ce qui marche»

ou « ne

Obtenir des informations à tous ces niveaux exigerait un travail détaillé et de longue haleine qui nécessiterait des études de cas approfondies. Le présent chapitre se bornera à examiner les propositions de politiques, de stratégies ou de mesures visant à réduire les inégalités scolaires entre les genres, réalisées par les divers acteurs nationaux et internationaux. Il présentera, aussi, quelques indications générales sur les réalisations de terrain et sur les résultats obtenus, à la lumière des études collectées et des monographies préparées pour cette étape. 3.2. QUELQUES CONSTATS:
LOCALES INITIATIVES INTERNATIONALES, NATIONALES ET

Les actions en faveur de l'éducation des filles interviennent au niveau international, national et local. De nombreuses initiatives voient le jour à ces trois niveaux sous l'impulsion de différentes institutions et acteurs, organismes internationaux, gouvernements, associations ou 19

groupements en particulier

non gouvernementaux. Un bref aperçu de ces initiatives, celles au niveau international, est présenté ci-dessous.

3.2.1.

Initiatives

internationales

La communauté internationale est un acteur important en matière de réduction des inégalités entre les genres et ceci par trois voies principales. 1. Les déclarations et conventions internationales

Depuis la Déclaration universelle des droits de l'homme en 1948, la plupart des pays ont adhéré à des conventions internationales, juridi17 ou ont approuvé quement contraignantes des déclarations issues de réunions internationales concernant directement ou indirectement les droits des femmes et des enfants18. Parmi ces dernières, la plus connue et la plus récente dans le domaine éducatif est le Cadre d'action de Dakar19 faisant suite à la Conférence Mondiale sur l'éducation pour tous de 1990 à Jomtien. Des processus équivalents existent spécifiquement pour les pays d'Afrique sub-saharienne20. 2. Des Programmes nationale et des initiatives de collaboration inter-

Ces programmes ou initiatives sont plus structurés et comportent, souvent, des objectifs précis. I/s sont mis en œuvre de façon plus continue et rapprochée du terrain. Suite à la Déclaration de Dakar, on observe une activité foisonnante dans la sous-région. On peut citer le processus de suivi de l'EPT qui met l'accent sur les aspects d'égalité entre les genres, l'Association pour le Développement de l'Education en Afrique (ADEA) ayant donné lieu à la création du Forum de femmes éducatrices en Afrique (FAWE) et l'Initiative pour l'éducation des filles de l'UNICEF21.

17 Telles que la Convention sur l'élimination de toutes l'égard des femmes, signée en 1979. CEDAW, 2003

les formes

de discrimination

à

18 Cf. UNESCO 2003 chapitre 19 UNESCO, 2000.
20 Tiendrébéogo

1

/ Kabore A., 2003

21 UNICEF, 2003
20

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