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Agriculture et sécurité alimentaire au Sénégal

De
120 pages
La politique de sécurité alimentaire, intégrée dans les programmes d'ajustement structurel, a exclu l'agriculture vivrière dans les mécanismes de satisfaction des besoins alimentaires des populations. Par une approche géographique, ce livre propose une étude bilan des productions et analyse l'impact des politiques agricoles et des ressources naturelles sur la mutation des systèmes agroalimentaires. Sur ce sujet d'actualité, voici un outil pédagogique pour les praticiens du développement au Sénégal et en Afrique.
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AGRICULTURE

ET SÉCURITÉ ALIMENTAIRE AU SÉNÉGAL

Etudes Africaines
Collection dirigée par Denis Pryen et François Manga Akoa

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Boubacar BA

AGRICULTURE

ET SÉCURITÉ AU SÉNÉGAL

ALIMENTAIRE

L'Harmattan

2008 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

@ L'Harmattan,

ISBN: 978-2-296-05903-0 EAN : 9782296059030

Introduction
Cet ouvrage sur l'agriculture au Sénégal et ses rapports avec la sécurité alimentaire doit être entendu dans le sens d'une interrogation et d'une introspection sur un processus de développement socio-économique entamé depuis l'accession du pays à l'indépendance en 1960. Le choix du sujet n'est pas n'est pas un hasard parce que l'agriculture et la sécurité alimentaire sont des indicateurs de l'état du pays. Plus que jamais, ils sont cœur de l'actualité, et tout porte à croire que l'agriculture continuera de mobiliser les pouvoirs et les sociétés dans de nombreuses années. Ces deux sujets, qui n'en font qu'un tellement ils sont liés, ou devraient l'être, collent aux problèmes du moment. Plus que jamais, ils ne laissent personne indifférent. Ils posent une problématique centrale, une problématique qui se trouve au cœur du développement de tous les pays d'Afrique noire. Un recensement aurait révélé un nombre important de réponses si l'on se mettait à réfléchir sur la place et le rôle de l'agriculture et des agriculteurs dans les politiques économiques et les stratégies de développement. Mais nous avons choisi d'axer l'analyse sur l'aménagement du territoire et sur l'exploitation des ressources du milieu naturel, en ce sens que ce sont là deux éléments essentiels des stratégies avec lesquels devrait être pensée la nécessaire synergie entre l'agriculture et la sécurité alimentaire du Sénégal. Cette forme particulière de s'interroger et d'interro"ger les faits et les éléments qui les structurent est nommée en géographie par l'expression de « l'étude du milieu». Dans ce cas précis, elle conduit presque inévitablement à porter la réflexion sur le développement rural au Sénégal, donc un champ d'analyse extrêmement vaste. Elle est aussi un moyen par lequel on pénètre certaines préoccupations et tâches qui sont souvent conférées à la géographie rurale et qui renseignent de façon pertinente sur les choix et les différents niveaux de développement socio-économique du pays: observer les paysages, comprendre l'occupation et l'exploitation de l'espace, analyser les pratiques et logiques paysannes sur l'espace, analyser les politiques agricoles et les stratégies alimentaires. Nous sommes donc sur un sujet dont les problématiques qu'il véhicule permettent de voir, d'analyser et de comprendre les résultats des actions menées dans l'agriculture sénégalai~e au service du développement du pays et de la couverture des besoins alimentaires de la population. Dans le passé, plusieurs

acteurs, dont les services de J'Etat, ont agi dans le sens de ses objectifs pour, à ce qu'il semble, contribuer à leur réalisation. En réalité, ils ont souvent reconduit sur l'espace rural des moyens et des façons de faire l'agriculture et le développement qui étaient déjà utilisés par l'Administration coloniale, et dont les conséquences sont aujourd'hui préoccupantes. D'évidence, il apparaît, pour qui connaît l'agriculture sénégalaise, que la satisfaction du besoin alimentaire à l'échelle nationale n'a jamais été une priorité pour l'Etat, sauf (et el1core) au début des années 80, années au cours desquelles la crise du cours de l'arachide et l'application de la Nouvelle politique agricole (NP A) ont accentué les problèmes agricoles et alimentaires. La raison est très simple. Elle tient au fait que l'accès à l'alimentation a été rarement un problème d'une grande acuité pour la population pour que le gouvernement éprouve le besoin d'en faire une option déterminante dans sa politique agricole. Jusque-là, la satisfaction des besoins alimentaires obéissait aux principes des avantages comparés et de la séparation des besoins de consommation entre les zones rurales et les zones urbaines, les unes tirant leur consommation de leur production de céréales tandis que les autres étaient approvisionnées par les importations. Ce fonctionnement des systèmes alimentaires, sans des liens directs avec l'agriculture, a été une particularité des stratégies alimentaires mises en œuvre par les différents gouvernements qui ont dirigé le pays depuis son indépendance. L'examen des rapports entre l'agriculture et la sécurité alimentaire révèle plusieurs problèmes, dont principalement l'absence d'articulations et de cohérence entre les besoins de consommation d'une ou de plusieurs franges de la société sénégalaise et l'exploitation économique des ressources du pays. Tout porte à croire que les pouvoirs publics n'ont que peu compris que le développement rural, voire le développement national tout court, pouvait être fondé sur la valorisation des cultures vivrières et des ressources naturelles. Le nombre de personnes concernées, les ressources naturelles disponibles, les traditions culinaires et de consommation sont en effet autant de facteurs sur lesquels pouvait être construit un marché céréalier structuré, solide et prospère, comme il en a été le cas pour l'arachide. Sans remettre en question l'existence de la filière arachidière et son circuit commercial, celui des céréales aurait permis d'injecter beaucoup d'argent dans le financement du développement rural. Au contraire, les autorités ont estimé que la promotion des céréales locales devrait, pour réussir, profiter des effets d'entraînement de la politique arachidière. Selon elles, la modernisation des techniques et des moyens de culture pour l'arachide permettrait aux paysans de disposer plus de temps à consacrer aux cultures de céréales, par ailleurs plus exigeantes en main

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d'œuvre. On ne sait pas s'il faut en rire ou en pleurer. Mais, des années plus tard, force est de constater que les résultats obtenus ne sont pas ceux qui étaient attendus. Pire, dans le Bassin arachidier, le développement de la culture attelée a produit une extension des superficies pour toutes les cultures et une réduction du temps de travail manuel' autrefois consacré aux céréales (Gaye, 1994)1. Malgré les changements qui ont été tentés çà et là, l'amélioration ,des conditions de culture des céréales est restée faible, confinée et très localisée pour la bonne et simple raison que les programmes de modernisation ne concernaient que les zones arachidières. Suite à ces échecs, proposer une réflexion géographique sur la question agroalimentaire, notamment dans le domaine de la production, la distribution et la consommation des céréales, amène à s'intéresser à d'autres sujets à fort impact social comme les systèmes alimentaires et les modes de consommation, les politiques agricoles et les stratégies agricoles, mais aussi les rapports des cultivateurs aux ressources naturelles et les supports matériels utilisés. L'approche géographique utilisée dans cet ouvrage s'enrichit des données officielles et les données d'enquêtes d'organismes privés. Selon les cas, elle permet de mettre en relief ou en opposition les complémentarités et les contradictions de la paysannerie et des institutions sénégalaises, mais aussi des acteurs qui agissent sur l'espace rural et économique, et qui ont leur part dans les changements agroalimentaires. En procédant ainsi, on va au-delà de la seule question de l'approvisionnement en céréales. Il ne pouvait en être autrement parce que cette question de la façon dont elle pose aujourd'hui est beaucoup plus complexe. Analysée, elle débouche sur des problèmes aussi divers que la gestion des ressources naturelles, les choix culturaux, les conditions socioéconomiques des exploitations agricoles (ménages), la politique économique du pays, ainsi que le commerce international. Au final, l'analyse de la question agricole et alimentaire au Sénégal concerne tous les versants du développement. Cependant, dans un contexte de régression des ressources naturelles, de changement climatique, de croissance démographique, et d'économies ouvertes, elle prend un sens particulier parce qu'elle repose de façon pertinente la nécessité de l'inscrire dans le champ de l'écodéveloppement. Sur cette question controversée de la durabilité et du développement, Racine (1981)2 qans ses réflexions sur les rapports qui existent
I Les cultures céréalières dans le Bassin arachidier: motivations et contraintes chez les producteurs 2« Vertus et promesses d'un savoir délaissé. A propos de la géographie tropicale et de l'écodéveloppement »

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entre la géographie tropicale et l'écodéveloppement propose trois idées qui permettent de comprendre les relations qui lient une société à son environnement pour la satisfaction de ses besoins alimentaires de base: o la première, assez déterministe et certainement la plus ancienne, part de la nature et se concentre sur la manière dont les conditions naturelles conditionnent le développement de la société; la seconde part au contraire de la société, examine l'autre versant de la relation en considérant plutôt comment les aspects économiques et techniques, c'est-à-dire l'infrastructure, les équipements, influencent la nature, et donc la production agricole; la troisième naît de la société, mais souligne le rôle des idées et des modes de cOlnportement qui constituent sa superstructure.

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Il s'agit là de trois idées qui ne s'excluent pas, mais plutôt sont à combiner dans le cadre de l'élaboration des politiques de développement au Sénégal et ailleurs en Afrique noire. En fait, dans le domaine de l'agriculture et de l'alimentation, il est aisé de se rendre compte que la notion d'écodéveloppement dont parle Racine se rapproche de celle du développement durable et ses trois piliers. Elle signifierait que pour faire une agriculture adaptée aux exigences écologiques d'un milieu donné, qui en même temps satisfait les besoins en consommation de la population, il est nécessaire de s'assurer une bonne connaissance des aptitudes et des contraintes liées à ce milieu, aux spécificités socioculturelles des populations et de disposer des équipements adaptés. Dans le contexte du Sénégal, cette vision s'appliquerait par une intégration dynamique des différents espaces agro-écologiques et leurs contenus sociotechniques en vue d'une exploitation rationnelle et complémentaire des ressources. C'est une posture qui nécessite de définir des échelles spatiales et sociales pertinentes de prise de décision, de pratiques efficaces de l'activité agricole et de diffusion des productions. Cet ouvrage, dans ses finalités, invite à la création d'une synergie territoriale en ce sens qu'il étudie l'agriculture au Sénégal sous forme de bilans dans les différents contextes socio-écologiques, économiques et politiques et pour sa contribution au développement du pays. Les réformes institutionnelles et les politiques qui ont été adoptées dans les années 80 et 90 apparaissent aujourd'hui comme un aveu, une reconnaissance des échecs des politiques de développement, notamment pour ce qui concerne l'agriculture. En explorant depuis 1996 les solutions par la régionalisation, les législateurs sénégalais ont en même temps transféré la prise de décision, mais ils ont surtout déplacé la solution au problème de l'insécurité alimentaire. Ce

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changement a créé de nouveaux rapports entre les populations locales et leurs décideurs dan~ leurs façons de mobiliser et d'exploiter les ressources, mais aussi il a surtout individualisé la prise en charge de la crise agricole et l'insécurité alimentaire qui en a découlé. Ce nouvel environnement territorial souffre d'un manque de supports informatifs sur ses différentes composantes: ressources naturelles, population, institutions, etc. Ce manque est d'autant plus important que les supports auraient aidé à informer les acteurs sur les relations et les interrelations nécessaires pour créer les synergies territoriales les plus pertinentes dans le but de mettre en place des cadres fonctionnels de production et de consommation. Toutefois, ce qui paraît le plus urgent et surtout qui permettrait d'envisager l'agriculture et la sécurité alimentaire dans la durabilité, ce serait de les penser avec les acteurs concernés en termes de création de nouveaux territoires agricoles et alimentaires, autrement dit de rechercher de façon dynamique, continue et perpétuelle, toutes les synergies communes ou complémentaires des acteurs et de leur espace. Leur identification représente une base préalable et fondamentale à partir de laquelle il est possible de postuler et de mettre en œuvre un développement socio-économique durable susceptible de satisfairé les besoins alimentaires. Nous proposons dans cet ouvrage de nous intéresser aux questions agricoles et leurs rapports avec les systèmes alimentaires et la consommation de céréales. Ce choix n'est pas fortuit. Il cadre avec les réalités et les besoins du Sénégal, un pays dans lequel 65 % de la population travaillent et vivent directement des produits et des retombées agricoles. En agissant ainsi, l'idée n'est pas d'ignorer la place de l'altérité, la part des importations de denrées alimentaires dans les stratégies alimentaires du Sénégal Mais il s'agit de réfléchir à une solution locale pour un problème national et de donner au secteur agricole sa place fondamentale dans le développement du pays, parce qu'en effet, dans les pays en développement l'agriculture doit être en mesure sinon de fournir une offre additionnelle correspondante, du moins de manifester une sensibilité qui limite le recours aux importations et atteste son intégration au processus de développement (Badouin, 1967)3. La première partie du livre présente l'approche utilisée. Elle met en lumière les liens ou l'absence de liens entre l'agriculture et l'alimentation au Sénégal, et ce, depuis l'accession du pays à l'indépendance. La deuxième partie est consacrée à l'examen des politiques alimentaires et aux bilans agricoles au Sénégal. Cette partie comporte aussi une analyse des principaux concepts qui ont présidé à la mise en place des politiques alimentaires à travers le monde et au Sénégal en
3 Agriculture et accession au développement.

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particulier. Quant à la troisième partie, elle propose une analyse régionale de l'agriculture et des systèmes agraires au Sénégal. Ici, on met le doigt sur les dysfonctionnements à l'origine de l'insécurité alimentaire qui frappe le Sénégal depuis plusieurs années. Cette partie s'achève par une réflexion sur la place et la « responsabilité» du riz importé sur l'impossible mariage entre l'agriculture et la sécurité alimentaire au Sénégal. La quatrième partie du livre aborde les facteurs déterminants qui influencent les choix agricoles et les choix en matière de consommation alimentaire. Nous avons volontairement choisi de mettre davantage l'accent sur les politiques agricoles et les stratégies alimentaires plutôt que sur les déterminants naturels, dont certes les impacts ne sont pas non plus négligeables. L'ouvrage aborde aussi les stratégies agricoles paysannes dont la mise en œuvre répond à un souci de production de céréales, donc de préservation de la sécurité alimentaire familiale. Il s'achève sur une série de recommandations sur l'aménagement du territoire pour un meilleur mariage entre la production de céréales et la sécurité alimentaire au Sénégal.

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Partie 1. Agriculture

et alimentation