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Agriculture et sécurité alimentaire en Afrique de l'ouest

De
303 pages
Depuis 1960, avec le lourd handicap des effets des politiques agricoles de la colonisation, l'Afrique de l'Ouest n'a pas relevé les défis de la sécurité alimentaire. Elle n'a pas fait le choix stratégique de nourrir d'abord les populations. Ce livre s'interroge sur les raisons de l'état endémique de famine et de malnutrition en Afrique de l'Ouest, sur les politiques publiques et les conditions de son indépendance alimentaire.
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      Agriculture et sécurité alimentaire en Afrique de l’Ouest       
Sous la direction de Pierre KIPRE et G.-M. Aké NGBO     Agriculture et sécurité alimentaire en Afrique de l’Ouest  Bilan et perspectives                        
© LHarmattan, 2012 5-7, rue de lEcole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-96748-9 EAN : 9782296967489
Sommaire  
Avant-propos ....................................................................................................................7  Les contributions ............................................................................................................13  CHAPITREI  LA PRODUCTION AGRICOLE ET LES DÉFIS DE LA SÉCURITÉ ALIMENTAIRE 51 . ................  Crises alimentaires dans l’espace soudano-sahelien Rôle et impact des politiques agricoles de la colonisation à nos jours ...........................17 Bouraïma Alpha Gado
Les politiques rizicoles de la Côte d’Ivoire depuis l’indépendance : bilan et perspectives .......................................................................................................27 Tite Ehuitché BEKE
Pluviométrie et production rizicole en Côte d'Ivoire : Bilan et Perspectives.....................51 Edith Léadaut TOGBA
Les déterminants de la production de riz paddy dans les régions de Tillabéry, Niamey et Dosso au Niger..............................................................................................63 Malam Maman Nafiou, Soumana Boubacar
Les aménagements hydroagricoles dans le département de Katiola. Situation et perspectives .................................................................................................91 Jean Bidi TAPE, Atsé Alexis Bernard N’GUESSAN, Fatoumata KONE
La filière palmier à huile dans l’économie ivoirienne : le cas du sud-est de la Côte d’Ivoire.............................................................................117 DROUBLY Gbizié Michel
Agriculture and Deforestation in Côte d'Ivoire: Assessment and Perspectives ............129 Wadjamsse DJEZOU
L’informel dans le secteur minier et son impact sur la sécurité alimentaire en Côte d’Ivoire. Comment remettre le compteur de l’histoire à zéro ?.......................147 Dr Alain TOH
 
 
CHAPITREII   LA COMMERCIALISATION ET LE FINANCEMENT DE LA PRODUCTION AGRICOLE1 9 5.... .. Accord de partenariat économique Union Européenne – C.E.D.E.A.O. : Impact de la 5èBande sur la protection des produits agricoles, agroindustriels et industriels de l’Afrique de l’Ouest ...........................................................................161 Ousmane Amadou
Global Food Price Shocks: Implications for Food Security and Agricultural Price Incentives .................................................................................197 Bernadette Dia Kamgnia
La microfinance au service de l’agriculture vivrière en Côte d'Ivoire : bilan et perspectives .....................................................................................................223 Adèle Gboyéré KORE
Quel mode optimal de commercialisation pour nos produits agricoles ? .....................239 Benoît B. MALAN
CHAPITREIII  MPAYSAN ET MODERNISATION DE LA SOCIÉTÉONDE ........ 2.. 51...................... ................  Production de farine stabilisée de banane plantain pour la confection de mets traditionnels.....................................................................................................253 Souleymane Coulibaly, N’Goran Kouakou
Les recherches sur l’igname en Côte d’Ivoire : Bilan et Perspectives..........................265 Yaya Ouattara, Kouadio Koffi Eric
L’accessibilité des populations rurales aux soins de santé dans le département d’Abengourou (Côte d’Ivoire)......................................................................................279 Kouadio Akou AKA
Projets, échecs et autonomie paysanne : De la démocratie dans le développement .....297 MICHEL GALY
 
  
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Avant-propos
Au cours de la deuxième rencontre organisée dans le cadre de ce premier cinquantenaire, nous avions choisi de réfléchir sur les conditions économiques de l’indépendance. Pour la troisième rencontre, dont nous présentons les résultats dans cet ouvrage, nous avons voulu nous appesantir sur le secteur agricole ; singulièrement sur la problématique de la sécurité alimentaire depuis 1960. Dans une phrase restée célèbre, le premier Président de Côte d’Ivoire, F. Houphouët-Boigny, rappelait que «l’homme qui a faim n’est pas un homme libre». Ce n’est pas un truisme ;c’est une vérité que démontrent les crises alimentaires et leurs conséquences géopolitiques surtout en Afrique. Il fallait comprendre comment nos jeunes États permettent ou non à leurs populations de bien se nourrir ; pourquoi et comment l’état endémique de famine (ou de sous-alimentation) hypothèque notre indépendance. Car, les données brutes sont là. La sous-alimentation touchait 31 % de la population totale de l’Afrique subsaharienne en 1992 et 27 % en 2008. Depuis 1960, l’Afrique de l’Ouest a connu plusieurs crises alimentaires. La plus récente date de 2006-2008. Même si globalement la production de vivriers a augmenté dans plusieurs pays depuis 1960, son taux de croissance évolue partout beaucoup plus lentement que celui de la population. L’extension des terres destinées à ces produits est peu significative. Ainsi, en Côte d’Ivoire, les terres arables sont passées de 1,82 million d’ha en 1975 à 2,8 millions d’ha en 2005 ; au Burkina Faso, on est passé de 2,8 millions d’ha à 4,55 millions d’ha dans la même période. Les terres irriguées représentaient 1 % du territoire ivoirien en 1997-98 et 0,7 % au Burkina Faso comme au Nigeria. Frappée par l’exode rural à cause de ses conditions de vie, la population active agricole recule chaque année : dans les quinze pays de la C.E.D.E.A.O., en 1980, elle représentait moins de 65 % de la population active totale dans seulement cinq pays ; en 2006, seuls quatre pays se situent à plus de 70 %. Pourtant, le taux de productivité de cette agriculture ouest-africaine est resté faible ; et les superficies cultivées par habitant (moins d’un hectare en moyenne en 2005) le sont avec des techniques généralement anciennes. Il faut donc faire un premier constat. Nos États n’ont pas réuni jusqu’ici les conditions de leur indépendance alimentaire. Le choix de réfléchir sur les rapports de notre agriculture et de la sécurité alimentaire vise à aller au-delà du simple constat. Il s’agit de nous situer au cœur des conditions essentielles pour se nourrir par ses propres moyens, en remettant en cause, éventuellement, les paradigmes du travail agricole dans nos
communautés rurales. La dénonciation que l’on trouvera dans certaines contributions réunies ici ne vise pas seulement les classes dirigeantes (élites politiques, économiques et sociales). Elle est celle de tous ceux qui, à divers niveaux, même à celui du citoyen « ordinaire », ont « laissé faire » (ou ont agi) contre les intérêts à long terme de ces communautés. Toutefois, il est plus évident pour tous que les classes dirigeantes portent la plus grande part de responsabilité dans le niveau actuel de notre production alimentaire ; soit parce qu’elles ont agi sciemment en connaissant la nature des risques encourus ou en les minimisant, soit parce qu’elles ont accumulé les dégâts, malgré les contre-performances ou les échecs, en restant dans les mêmes logiques de développement. Mais le petit paysan, lui, résiste-t-il assez aux sirènes des cultures pérennes ? Tire-t-il parti des opportunités qu’offrent les produits vivriers, comme c’est le cas de son homologue d’Asie du Sud-est ? Que faire avec lui, et non contre lui, pour changer les choses ? Réfléchir sur le thème« Agriculture et sécurité alimentaire en Afrique de l’Ouest — Bilan et perspectives » revient à interpeller chaque conscience citoyenne ; car ici, les décisions politiques comme les initiatives économiques (privées ou publiques) ont des effets difficilement réversibles. Les communications présentées dans cet ouvrage nous le prouvent en partant de divers exemples. Par son environnement naturel (forêt/savane/montagne; climat subtropical humide et climat de type sahélien ; littoral marin), par la configuration de ses établissements humains (hameaux, villages, villes moyennes et mégalopole), par les effets de certains choix stratégiques dans le développement agricole comme par exemple la priorité donnée aux produits de rente, la Côte d’Ivoire rassemble plusieurs caractéristiques de la sous-région. L’organisation de notre travail au cours du colloque a privilégié les échanges en ateliers. Avec les compétences venues de divers pays, nous avons constaté la similitude des problèmes posés partout en Afrique subsaharienne ; nous avons vu aussi les liaisons évidentes entre toutes ces questions. Les discussions ont mis en lumière l’urgence de solutions novatrices ou, au moins, l’obligation de fixer de nouveaux horizons si nous ne voulons pas avoir des catastrophes plus dramatiques qu’aujourd’hui (famines liées à la péjoration accentuée du climat ; dégradation des sols, etc.). Plus que probablement dans d’autres domaines, l’état des lieux incite à une «praxis» qui s’inscrit dans la durée. Les échanges ont montré que les États de ce cinquantenaire, anciennes colonies françaises pour l’essentiel, sont partis avec le lourd handicap des effets des politiques agricoles de la colonisation (Gado A. Boureïma). Les classes dirigeantes de l’ère postcoloniale en ont accentué tous les effets pervers, prises qu’elles étaient dans les rets d’une logique du développement fondée sur l’échange inégal et l’économie de traite. Malgré les avertissements de René Dumont, toutes les autorités nouvelles ont oublié une vérité première : l’agriculture sert d’abord à nourrir l’être humain. Les défis de l’indépendance alimentaire n’ont pas pu être relevés pour cela, la paysannerie continuant de se
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fier au rythme des saisons (E. L. Togba). Même lorsque des aménagements (barrages et canaux d’irrigation par exemple) ont été réalisés pour s’affranchir des saisons (N. Malam Maman et Soumana Boubacar ; J. Tapé Bidi, A.A. Nguessan et F. Koné), ils ont été mal conduits. Les paysans sont aujourd’hui livrés à eux-mêmes. L’organisation d’une filière comme celle de l’huile de palme, à mi-chemin entre la culture de rente et la production vivrière, répond moins à une logique de sécurité alimentaire qu’à celle de la production d’une matière première d’exportation (Droubly Gbizié). Le consommateur national et le producteur local y perdent. Les modes traditionnels de mise en valeur des terres (W. Djezou) et l’exploitation artisanale de nombreux gisements miniers (A.Toh) réduisent les possibilités de plus forte production, provoquent la déforestation et la destruction des sols, donc à terme, des catastrophes écologiques.  En fait, l’enjeu principal est celui du choix stratégique de nourrir d’abord les populations grâce à une agriculture compétitive et à forte productivité. On le voit bien lorsque sont abordés les problèmes de la commercialisation. Poussés par les théoriciens de l’ouverture tous azimuts des marchés, nos États semblent se rendre compte que les Accords dits « de partenariat économique » sont un leurre. Ils y ont beaucoup à perdre au profit des exportations de produits alimentaires européens par exemple (Ousmane  neAmadou) ; surtout lorsqu’ils prêtent pas suffisamment attention à la flambée des prix des denrées alimentaires pour développer leur propre production vivrière et assurer la sécurité alimentaire des populations, plus vulnérables qu’ailleurs (B. Dia Kamgnia). Faiblement rétribué (B. B. Malan), mal encadré depuis que les plans d’ajustement structurel ont été imposés aux États africains à partir des années 1970-80, le producteur africain de denrées alimentaires ne bénéficie d’aucun appui véritable. Ainsi, lorsque le paysan ivoirien ou malien ou burkinabé veut vendre sa production sur le marché national, il y est concurrencé par des importations européennes ou américaines ou asiatiques (pour la viande et le riz par exemple), souvent subventionnées par les pays d’origine. Or, les institutions financières internationales (F.M.I., B.I.R.D. et O.M.C. notamment) interdisent aux États africains d’adopter des mesures qui protègent mieux les productions nationales. C’est là une injustice pour nos paysans et surtout une grave menace pour notre indépendance. Au plan financier national, le paysan n’est pas plus soutenu. Même lorsque certains États semblent promouvoir le microcrédit, pourtant adaptable aux besoins de financement du paysan, cet instrument de financement ne sert pas de support à une vraie politique d’autonomie alimentaire (A. G. Koré). L’autre défi d’une politique de sécurité et d’autonomie alimentaires par le biais d’une agriculture compétitive est celui du régime de la propriété de la terre. Les présentes contributions ne l’abordent pas toujours de front. Or, c’est un problème essentiel aujourd’hui, surtout lorsque l’exode rural ne fait plus recette à cause de la faible offre de travail urbain partout en Afrique de l’Ouest. Le retour au village de chômeurs citadins, souvent des jeunes scolarisés, exige
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que la question foncière soit clarifiée et que l’accès à la terre soit réglé convenablement, selon les capacités de chacun. Le régime de droit positif, les régimes particuliers de chaque communauté régionale, les incertitudes mêmes des politiques foncières des États s’entrechoquent ici. En Côte d’Ivoire par exemple, dans le cadre de sa réforme agraire, l’État a opté pour le système de l’immatriculation des terres au livre foncier, qui confère la qualité de propriétaire ou bénéficiaire d’une terre. Telle était l’aspiration de la loi n° 98-750 du 23 décembre 1998 relative au domaine foncier rural. Pourtant, la coutume a pris le pas sur le droit positif en divers endroits. Les drames locaux ne manquent donc pas. Ils sont même une composante de la crise nationale que nous vivons en Côte d’Ivoire ; d’abord insidieuse, on a bien vu que la crise de notre monde rural est devenue de plus en plus ouverte et violente depuis les années 90. D’autres pays d’Afrique de l’Ouest connaissent la même chose, sur un mode apparemment moins médiatisé. En effet, si partout on voit que la propriété foncière est essentiellement masculine, on fait l’impasse sur le jeu des relations de dépendance personnelle pour certaines catégories sociales ; on ne voit alors que le cas des femmes qui, il est vrai, dans leur très grande majorité, n’ont pas accès à cette propriété dans de nombreuses communautés nationales. En fait, il y a aussi des hommes qui, à cause de leur statut social dans la communauté villageoise, n’ont pas non plus un libre accès à la terre. Cette question importante traduit une réalité socioculturelle et socio-économique surannée, mais encore vivace dans nos communautés. Elle est celle de la survivance du mode d’exploitation des cadets sociaux (jeunes gens sous la dépendance des parents ; femmes célibataires ou mariées ; étrangers fraîchement accueillis ; personnes jugées de statut ou d’origine servile) et des effets que peut provoquer son rejet par une ou plusieurs de ces catégories. Il nous semble utile d’approfondir ces points, au moins pour la production vivrière. Car, pour produire plus ici, il faut avoir un accès libre à la terre. Mais comment résoudre les contradictions juridiques et socioculturelles qui entravent cet accès libre en même temps qu’elles traduisent des visions différentes de l’espace rural, voire de l’espace national ? Au cours des débats, certains ont proposé que les titres fonciers sur les terres rurales soient distribués largement, sans discrimination et à des coûts symboliques, pour mettre fin au régime de confiscation des terres par les États. C’est croire ici que l’État est effectivement perçu par tous comme propriétaire éminent des terres. D’autres sont partisans du partage de responsabilités entre l’État et les collectivités locales, celles-ci étant définies comme propriétaires éminents des terres. C’est là prendre en compte les réalités socioculturelles de chaque terroir. Mais comment imposer l’égalité de tous sous l’autorité de l’État en la matière ? Pour un autre courant de pensée, il faut conserver à l’État son rôle prééminent en matière de droit foncier pour prévenir la montée et les progrès de l’ethnisme dans nos États encore fragiles. Là aussi, on voit comment, dans le cas de l’orpaillage (A. Tôh), par contournement des règles officielles, les populations imposent des règles
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