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Agricultures et développement urbain en Afrique subsaharienne

205 pages
Confrontée à la croissance urbaine, l'agriculture proche des villes revêt diverses formes. Si ces agricultures contribuent à la création de villes durables, elles sont aussi source de nuisances et de risques pour l'environnement et la santé humaine. Ce volume examine les interactions entre l'agriculture urbaine et l'environnement sous l'angle de la gestion des déchets, des ressources en eau, les enjeux sanitaires liés à l'usage croissant des produits chimiques et s'intéresse aux actions de formation en faveur de bonnes pratiques agricoles.
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A

GRICULTURES

ET DEVELOPPEMENT URBAIN EN AFRIQUE SUBSAHARIENNE

Environnement et enjeux sanitaires

Laurent Parrot coordonnateur

A

GRICULTURES

ET DEVELOPPEMENT URBAIN EN AFRIQUE SUBSAHARIENNE

Environnement et enjeux sanitaires

Editeurs Laurent Parrot, CIRAD, France Aboubakar Njoya, IRAD, Cameroun Ludovic Temple, CIRAD, France Françoise Assogba-Komlan, INRAB, Bénin Rémi Kahane, CIRAD, Tanzanie Maty Ba Diao, ISRA, Sénégal Michel Havard, CIRAD, Cameroun

Sommaire
Avant-propos .......................................................................................................... 9
Participants ............................................................................................................. 10

Remerciements .................................................................................................... 11 Préface
DOCTEUR MADELEINE TCHUINTE ............................................................................ 13

Introduction .......................................................................................................... 15
Communications

Facteurs socio-économiques déterminant la lutte contre les ravageurs des légumes en zones urbaines au sud Bénin Periurban systems under stress in Jos and Kano, Nigeria? New perspectives on resource management and degradation Agriculture périurbaine, biodiversité anthropique sur le plateau de Ngaoundéré, Cameroun

SINGBO A., NOUHOEFLIN T., ASSOGBA-KOMLAN F. . ..................................... 19

PASQUINI M.W., MACONACHIE R. . ................................................................... 31

TCHOTSOUA M. .................................................................................................. 45

KUATE J., KOUODIEKONG L., DAVID O., NDINDENG S.A., PARROT L. . ......... 53

Les exploitations fruitières en zones périurbaines de Yaoundé au Cameroun : une enquête diagnostic

Large-scale urban waste composting for urban and periurban agriculture in West Africa. An integrated approach to provide decision support to municipal authorities Gestion des déchets ménagers et agriculture dans les bas-fonds de Yaoundé au Cameroun

DANSO G., DRECHSEL P., COFIE O. .................................................................... 69

SOTAMENOU J., PARROT L., KAMGNIA DIA B. .................................................. 81

Mise en valeur des bas-fonds à Yaoundé, système de production, savoir-faire traditionnel et potentialités d’une agriculture urbaine et périurbaine en développement Agricultures urbaines et périurbaines à Yaoundé : contribution socio-économique dans les ménages

NGUEGANG P., PARROT L., LEJOLY J., JOIRIS V. . ............................................... 97

ELONG P.A., SOUA MBO’O N.N., GOCKOWSKI J. ...........................................109

Environnement et enjeux sanitaires

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KAHANE R., TEMPLE L., BRAT P., DE BON H. ....................................................119

Les légumes-feuilles des pays tropicaux : diversité, richesse économique et valeur santé dans un contexte très fragile

AMADJI G.L. ........................................................................................................131

Valorisation des ordures ménagères par la production du chou pommé sur sol sableux du littoral, Bénin

Sources of pathogen contamination in urban vegetable farms in Ghana

AMOAH P., ABAIDOO R., DRECHSEL P. ............................................................141

Horticulture et usage des pesticides dans la zone des Niayes au Sénégal

CISSÉ I., FALL S.T., BADIANE M.,. DIOP Y.M., DIOUF A...................................151

Le maraîchage à Ngaoundéré : contraintes de production et risques sanitaires

SIMEU KAMDEM M., FOFIRI NZOSSIE E.J. . ........................................................161

Variation de qualité au sein des unités traditionnelles de transformation du maïs en farines, pâtes et gaari

KOUEBOU C.P., ESIA NGANG J.J., ETOA F.X. ....................................................169

Diagnostic des systèmes d’élevage et essai d’alimentation de porcs en zone périurbaine de Yaoundé Recycling human excreta for urban and periurban agriculture in Ghana

DONGMO T., MEFFEJA. F., AKOA M.J. ..............................................................181

COFIE O., ABRAHAM E.M., OLALEYE A.O., LARBI T .........................................191 Index des auteurs..................................................................................................201

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Agricultures et développement urbain en Afrique subsaharienne

Avant-propos
Cet ouvrage rassemble les travaux issus du colloque intitulé Agricultures et développement urbain en Afrique de l’Ouest et du Centre qui s’est tenu à Yaoundé au Cameroun du 30 octobre au 03 novembre 2005. Ce colloque a bénéficié de l’appui du ministère français des Affaires étrangères dans le cadre du Fonds de solidarité prioritaire (FSP) régional Promotion d’une agriculture urbaine

avec le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD, France), ont contribué à l’organisation de ce colloque : l’Institut de recherche agricole pour le développement (IRAD, Cameroun), l’Institut national des recherches agricoles du Bénin (INRAB) et l’Institut sénégalais de recherches agricoles (ISRA).

et périurbaine durable en région Ouest et Centre africaine (Cameroun, Sénégal, Bénin). Trois instituts de recherche agricole impliqués dans le FSP, en partenariat

Les travaux de ce colloque s’inscrivent dans la continuité de l’atelier organisé à Dakar en 2000, Développement durable de l'agriculture urbaine en Afrique francophone, et de l’atelier régional Connaître les conditions techniques et africain pour la recherche et le développement agricole (CORAF), l’IRAD et le CIRAD. Ces travaux ont aussi contribué à la préparation du XXVIth International Horticultural Congress Global Horticulture : Diversity and Harmony qui s’est déroulé à Séoul du 13 au 19 août 2006. Près de 250 personnes — commerçants, producteurs, consommateurs, chercheurs, praticiens du développement, statisticiens, agents de la fonction publique… — ont participé aux trois journées de travail du colloque au Cameroun. Parmi elles, vingt-quatre invités d’Afrique de l’Ouest, du Centre et de l’Est (Bénin, République centrafricaine, Gabon, Ghana, Mali, Ouganda, Sénégal, Tchad) et d’Europe (Grande-Bretagne, France, Italie) étaient également présents. La division Horticulture de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) était représentée, porteuse de deux initiatives internationales : le soutien aux agricultures urbaines et la promotion de la production et de la consommation des fruits et légumes pour la santé humaine. Sous le titre commun Agricultures et développement urbain en Afrique subsaharienne, l’ensemble des contributions retenues lors de ce colloque a été réuni dans les deux ouvrages intitulés Gouvernance et approvisionnement des villes et Environnement et enjeux sanitaires.

institutionnelles d’une agriculture urbaine et périurbaine durable en Afrique de l’Ouest et du Centre organisé à Yaoundé en 2002 par le Conseil ouest et centre

Les propos contenus dans cet ouvrage n’engagent que leurs auteurs respectifs et, en aucune manière, leurs institutions.

Gouvernance et approvisionnement des villes

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Participants
Comité d’organisation Logistique Régine Aroga Anne Clément Jean Marin Fotso Jean-François Ottou Secrétariat Martin Nanse Adija Njoupouo Eric Takang Suzanne Yam Exposition Rose Ekindi Mbonga Kelly Mua Michel Ndoumbé Nkeng Protocole et accueil Denis Djoko Teinkam Engelbert Mboa Régine Aroga Anne Clément Médias et relations publiques Engelbert Mboa Colette Djou Anne Clément Financement Olive Ndzana Mvogo René Ngoucheme Jean-Louis Reboul Comité scientifique Françoise Assogba-Komlan (INRAB) Christine Aubry (INRA) Maty Ba Diao (ISRA) Hubert de Bon (CIRAD) Athanase Bopda (INC) Taïb Diouf (ISRA) Thomas Dongmo (IRAD) Safiétou Touré Fall (ISRA) Bernard Foahom (IRAD) Michel Havard (CIRAD) Véronique Joiris (Université Libre de Bruxelles) Rémi Kahane (CIRAD) Bernadette Dia Kamgnia (Université de Yaoundé II) Mamadou Khouma (ISRA) Delphin Koudande (INRAB) Christian Langlais (CIRAD) Paule Moustier (CIRAD) Michel Ndoumbe (IRAD) Joseph Ngalani (IRAD) Mbua Jacob Ngueve (IRAD) Seydou Niang (IFAN/UCAD) Aboubakar Njoya (IRAD) Laurent Nounamo (IRAD) Salomon Nyasse (IRAD) Laurent Parrot (CIRAD) Jean-Louis Reboul (CIRAD) Michel Simeu (INC) Serge Simon (CIRAD) Vincent Tanya (IRAD) Ludovic Temple (CIRAD) Jean Tonye (IRAD) Comité de coordination Ayuk -Takem Jacob Assam (Directeur général, IRAD) Ngou Ngoupayou Jean Daniel (Directeur général adjoint, IRAD) Reboul Jean Louis (Directeur régional du CIRAD) Njoya Aboubakar (Directeur de la recherche scientifique, IRAD) Bame Amos (Directeur administratif et financier, IRAD) Havard Michel (CIRAD) Parrot Laurent (CIRAD) Nounamo Laurent (IRAD) Assogba-Komlan Françoise (INRAB) Ba Diao Maty (ISRA)

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Agricultures et développement urbain en Afrique subsaharienne

Remerciements

Qu’il nous soit permis de remercier l’ensemble des partenaires scientifiques et professionnels pour la mobilisation de leurs efforts :
Aba Mvondo Alain Cyrille, Abéga Nanga Pierre, Adamou Souleymanou, Alene Désirée Chantal, Amougou Martin Léopold, Andela Christine, André Pascal, Ango Ela Kalliopi, Aroga Régine, Ava Nanga Lydie Armelle, Ayuk Takem Jacob, Ba’ana Sapouma, Bedu Laurent, Bella Manga, Bengono Valentin, Besong Almy, Beya Enoh, Biakolo Mbarga, Bindzi Nga Philomène, Biyiha Louis-Marie, Biyiha Valéry, Bourges Marie-Josée, Desmaretz Philippe, Dierickx Philippe, Dieunedort Tiomo, Djoko Tankam Denis, Djomaha Edwige S., Djou Colette, Dongmo Tatong Clovis, Doube Maurice, Douya Emmanuel, Ebelle Georges, Eboka Alex Ivo, Edou Edou Germain, Ehouinsou Marcellin, Ekindi Mbonga R., Ekwile Kebbi, Ela Désirée Carine, Enama Nga Léonard, Endeley Joyce, Engola Oyep, Enone Edjang Mathieu, Essomba Jean-Marie, Etame Kingue Arnauld, Fleury André, Foahom Bernard, Fofoa A. Benoît, Fokou Elie, Folefack Denis Pompidou, Fongang Guillaume, Fotso Tagny Jean-Marie, Foudjem D., Francillon Philippe, Gagoé Tchoko Julie, Guy Diby Michel, Gwinner Joost, Healy Sean, Houdantode Justin, Imele Jean-Pierre, Isseri Fernand, Jacques Philippe, Jagoret Patrick, Joanny Claire, Kamga André, Kamga Ignace, Kenfack Hélène, Kingue Etame Arnauld, Kopwa Chantal, Kouebou Christian, Kouomenioc Jean, Kwongang François, Lambourg Patrick, Larbi Theophilus, Levasseur Virginie, Lewickie Sylvie, Lissuck Anselme, Lolo Tolly, Madini Mongi, Magouga Jules Gaspard, Manga Etoga Marcelle, Manga Pierre, Manirakiza Diomède, Mbarga Justine Edwige, Mbella Moki Charles, Mbog Paul Denis, Meffeja François, Mogo Amos, Mokam Marie-Lucienne, Mouaffo Valentin, Muondo Ze Thérèse, Nag Gabriel, Nanga Berthe, Ndembou Samuel, Ndengue Laurent P., Ndiaye Déthié Soumaré, Ndoumbé Michel, Ndzana Aloys, Ngaha Marie, Ngalani Joseph, Ngantou Garcure, Ngeve Mbua, Ngomo III Richard C., Ngou Ngoupayou J.D., Ngue Bissa Thomas, Nguele Jérôme, Ngueya Charles, Njel fils Bienvenu, Njeuma Dorothy, Njonga Bernard, Nkombou Youmou, Nogo Zogo Beldrad, Nono-Womdim Rémi, Nounamo Laurent, Nssimeyo Félix, Nwanga Dieudonné, Nyasse Salomon, Nyemb Paul, Nyitoueke Didier, Nzali Serge, Okouda Barnabé, Omokolo Denis, Onana Noah, Onana Luc Gérard, Ongolo Léon, Onguene Awana Nérée, Onguene Michel, Otcheve Larbi Théophilus, Ottou J.F.B., Oyep Engola, Pokossy Eric, Poubom Christine, Reboul Jean-Louis, Rivière François, Sama-Lang Patrick, Sankeng Catherine, Satsa Guy Blaise, Seck Salimata, Simon Serge, Singbo Alphonse, Song Minyem J. E., Song Robert, Sontsa Djiefack Guy, Soupi Nkeutcha, Stofft Philippe, Tabuna Honoré, Takou Sagouah Jean Blanc, Talom Jules, Tandjeu Jean Baptiste, Tchala Abina Françis, Tchambda Claude, Tchotsoua Michel, Tchouamo Isaac, Tchuenté Roger, Tcjiekou Roger, Teissier Ghislaine, Tiam Takam Jean Jeacques, Tikouoka Jean-Robert, Tomekpe Kodjo, Tonfack Evelyne, Tonye Jean, Tsafack Ninglepong, Tsafack Pierre Marie, Tsague Edouard, Ze Efouda, Zoli André.

Environnement et enjeux sanitaires

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Préface
Docteur Madeleine TCHUINTE
Ministre de la Recherche scientifique et de l’innovation du Cameroun

Le processus d’urbanisation des pays africains au sud du Sahara a suscité depuis plus d’une décennie de nouveaux enjeux de développement. En effet, avec la détérioration des termes de l’échange des années 1990, la pauvreté ambiante s’est accentuée dans les zones rurales, poussant les couches sociales actives à un exode massif vers les villes dans l’espoir d’un travail plus valorisant. Des initiatives ont été prises par différents gouvernements pour limiter le phénomène, mais l’attrait des villes et les difficultés d’un retour en milieu rural sont encore des contraintes majeures. Il s’en est suivi le développement d’une production agricole autoconsommée et commercialisée à l’intérieur des villes et à leur proche périphérie, en réponse à la population urbaine croissante. Cette mutation est vécue en Afrique du Centre et de l’Ouest avec beaucoup de difficultés, car l’urbanisation moderne est un processus dont la conception, la programmation et la mise en œuvre exigent la contribution d’une expertise pluridisciplinaire et des financements importants pas toujours disponibles. Dans ce contexte, les rapports entre « agricultures » et « développement urbain » méritent une attention toute particulière. Leurs rapports jusque-là souvent conflictuels peuvent-ils être réorientés vers des relations plus apaisées ? Avec la recherche en science des villes, c’est-à-dire l’ensemble des stratégies de développement urbain et les approches méthodologiques pluridisciplinaires y afférentes, un nouveau partenariat se dessine entre la recherche scientifique et les communautés urbaines. Si « agricultures » au pluriel renvoient à une diversité des formes, des modalités ou des contextes dans lesquels s’effectue la production de vivres et d’animaux par les habitants des villes ou pour leur consommation, le développement urbain, lui, interpelle quant à la nécessité d’établir toute activité en milieu urbain dans la mouvance de la promotion de la qualité de la vie et du mieux-être de tous et de chacun. Les exploitations familiales agricoles et les activités de transformation créent des milliers d’emplois pour les jeunes ; elles approvisionnent en vivres frais une population urbaine qui subsiste souvent dans des conditions précaires. Les activités maraîchères contribuent à l’assainissement des villes grâce au recyclage des déchets. L’horticulture contribue à l’embellissement des villes par l’aménagement d’espaces verts et de zones florales.
Environnement et enjeux sanitaires 13

Or, si ces agricultures ne sont pas suivies, elles peuvent aussi constituer une source de nuisances et de risques pour l’environnement ou la santé humaine. L’ensemble des effets conjugués des différents aspects de l’agriculture et de la croissance urbaine sur les conditions de production, les circuits de commercialisation, l’environnement, la qualité sanitaire des aliments et les comportements alimentaires des populations, suggère un renforcement des liens entre la recherche et l’aménagement des villes. Ce colloque « Agricultures et développement urbain en Afrique de l’Ouest et du Centre », fruit de plusieurs années de collaborations fructueuses entre les institutions de la recherche agricole de l’Afrique du Centre et de l’Ouest traduit l’option irréversible de la recherche scientifique africaine, et camerounaise en particulier, à innover pour assurer de façon progressive et continue le développement intégral de l’homme dans un environnement sain et accueillant. C’est ici le lieu pour moi, au nom du Gouvernement camerounais, de remercier le ministère français des Affaires étrangères pour l’appui multiforme à la recherche nationale et à l’organisation de ce colloque. Permettez-moi également de féliciter toutes les délégations venues des pays amis et frères ; il s’agit du Bénin, de la République centrafricaine, du Ghana, de la Guinée Conakry, du Nigeria, de l’Ouganda, du Sénégal, du Tchad. J’exprime le vœu que la coopération scientifique sous-régionale et internationale sorte renforcée et que des rencontres de cette nature se multiplient.

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Agricultures et développement urbain en Afrique subsaharienne

Introduction
‘agriculture urbaine et périurbaine joue un rôle important en termes de sécurité alimentaire. Elle offre aux ménages les plus démunis le moyen de couvrir leurs dépenses alimentaires et d’améliorer leur situation nutritionnelle. La production de produits périssables à proximité des lieux de consommation, là, où les infrastructures de stockage et de transport sont insuffisantes, concourt à réduire les coûts et les pertes. L’agriculture urbaine et périurbaine, qui exploite des espaces réduits et inutilisés (terrains vagues, bordures de routes…) et valorise des déchets et des eaux usées, est une source d’emplois et de revenus réguliers pour les citadins pauvres et sans terre. Ainsi, la possibilité d’effectuer une agriculture intensive sur de petites surfaces et la capacité de recycler certains types de déchets sont particulièrement adaptées à un environnement urbain caractérisé par la rareté des ressources et l’importance des nuisances. Toutefois, l’agriculture urbaine et périurbaine reste fragile. La proximité de la ville augmente les risques sanitaires tant pour ceux qui consomment ses produits, que pour les agriculteurs au contact de déchets urbains peu ou mal traités. Le risque est aussi économique : les activités périurbaines sont soumises à une très forte incertitude qui ne favorise pas l’investissement ni l’innovation. Enfin, l’utilisation intensive d’intrants chimiques dans et aux abords des villes est susceptible de provoquer de nouveaux problèmes sanitaires et de pollution (contamination des ressources en eau et des produits, eutrophisation, etc.). Le rôle positif de l’agriculture urbaine et périurbaine reste aujourd’hui à la fois mal apprécié quantitativement et peu pris en compte dans les politiques agricoles et urbaines. Les réflexions et les expériences en cours au Sénégal, au Bénin et au Cameroun visent à renforcer les capacités techniques et institutionnelles des professionnels et institutions publiques sur les moyens de stabiliser une agriculture urbaine et périurbaine économiquement et écologiquement durable. Le colloque sur le thème Agricultures et développement urbain en Afrique de l’Ouest et du Centre, qui s’est tenu à Yaoundé du 30 octobre au 03 novembre 2005, a permis la rencontre entre les acteurs du secteur agricole et ceux du développement urbain — agriculteurs, membres des communautés urbaines, entreprises, chercheurs, étudiants, etc. — afin de favoriser l’émergence de propositions d’actions. Les communications réunies dans cet ouvrage abordent la fragilité des interactions entre les ressources naturelles et la ville dans les cas du Nigeria (communication de Pasquini) et du Cameroun (Tchotsoua). Les risques provoqués par l’usage des eaux usées pour l’irrigation en zone urbaine sont présentés pour le cas du Ghana (Amoah). L’impact social de cette agriculture est important, que ce soit par l’emploi qu’elle génère (Elong) ou les savoirs traditionnels qu’elle peut mobiliser pour la production agricole (Nguegang) ou porcine (Dongmo), ou pour la transformation artisanale (Kouebou).

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Environnement et enjeux sanitaires

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La gestion et la valorisation des déchets sont abordées au Cameroun dans le cadre de la promotion des centres de pré-collecte (Sotamenou). L’usage de compost est présenté au Ghana (Danso) et au Bénin (Amadji), ainsi que le recyclage agricole des déjections humaines, au Ghana (Cofie). Si l’impact positif sur la santé humaine des légumes-feuilles est souligné (Kahane), on constate cependant souvant l’usage maladroit des pesticides et des engrais au Sénégal (Cissé) et au Cameroun (Simeu) dans le cadre de la lutte contre les ravageurs, dont les aspects sociaux sont présentés dans le cas du Bénin (Singbo). L’ensemble des travaux présentés ici aboutissent à plusieurs conclusions sur le soutien à la professionnalisation des activités agricoles et sur les moyens de contrôle. La professionnalisation du secteur montre que les actions de formation et de sensibilisation auprès des agriculteurs doivent se maintenir ou se renforcer, notamment avec l’usage grandissant des produits phytosanitaires et l’impact sanitaire des déchets ménagers ou industriels sur les exploitations. Des outils et des mécanismes de contrôle existent déjà dans les pays cités dans cet ouvrage, mais il apparaît qu’il est nécessaire de les appuyer pour mieux mesurer la traçabilité des produits, et ainsi mieux répondre aux exigences de santé des consommateurs locaux et des normes internationales. Laurent Parrot, CIRAD Coordonnateur régional du Fonds de solidarité prioritaire régional « Promotion d’une agriculture urbaine et périurbaine durable en Afrique de l’Ouest et du Centre » Rémi Kahane, CIRAD Secrétaire général de l’Initiative mondiale pour l’horticulture Paule Moustier, CIRAD Chercheuse en économie des filières alimentaires

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Agricultures et développement urbain en Afrique subsaharienne

Communications

Facteurs socio-économiques déterminant la lutte contre les ravageurs des légumes en zones urbaines au Sud Bénin
SINGBO A.*1, NOUHOEFLIN T.2, ASSOGBA-KOMLAN F.3
1 Programme analyse de la politique agricole (PAPA) de l’Institut national des recherches agricoles du Bénin (INRAB), 01 BP 128 Porto-Novo, Bénin 2 Institut international d’agriculture tropicale (IITA), 08 BP 0932 Tri postal, Cotonou, Bénin 3 Programme cultures maraîchères (PCM) de l’Institut national des recherches agricoles du Bénin (INRAB), 01 BP 884 Recette principale de Cotonou, Bénin
Résumé — Au Bénin, la contribution économique et sociale de l’agriculture urbaine et périurbaine est limitée par un certain nombre de facteurs dont les attaques d’insectes et maladies, le difficile accès aux terres, surtout à Cotonou, et les risques liés à l’écoulement des légumes. Toutefois, les perceptions des maraîchers sur les contraintes et opportunités liées à leur activité ne sont abordées dans les différentes études. La présente étude a pour objectif d’évaluer les perceptions des producteurs des légumes par rapport aux principales contraintes et opportunités liées à la production de cultures maraîchères dans les zones urbaines et périurbaines du sud du Bénin. Les données sont collectées par questionnaire structuré auprès de 194 producteurs de légumes des différents sites maraîchers du sud du Bénin. L’analyse par budget partiel a été utilisée pour évaluer la rentabilité financière des différents systèmes de culture. Les facteurs déterminant les pratiques paysannes de lutte contre les ravageurs des légumes ont été analysés avec un modèle de régression multiple. Dans des systèmes de culture de la zone de la vallée de l’Ouémé, la culture de piment présente un bénéfice net supérieur. Par contre, en ce qui concerne les systèmes de culture de la zone côtière, la culture de la laitue est rentable. La culture de l’oignon est plus rentable dans les systèmes de culture de la zone intra-urbaine. L’analyse des facteurs déterminant les pratiques paysannes de lutte contre les ravageurs montre que le choix de la méthode de contrôle des ravageurs est déterminé majoritairement par le genre du maraîcher, le type d’équipement utilisé pour l’arrosage et le type de légume cultivé. Abstract — Study of farmers’ perceptions about vegetable protection against insect attack in urban and periurban zones of southern Bénin. In Bénin, the economic and social contribution of urban and periurban agriculture is limited by a number of factors such as insects attacks and other crop diseases, limited access to land and problems related to vegetable conservation and transportation to markets. However, the perceptions of vegetable gardeners concerning opportunities and constraints related to their activities have often been evaluated in separate studies. The current study attempts to evaluate the perceptions of vegetable producers as compared to the main constraints and opportunities of their activities in urban and periurban zones of southern Bénin. Data were collected by a structured questionnaire, involving 194 vegetable producers from various sites in southern Benin. The method by partial budget was used to evaluate the financial return of different
* Contact auteur : alphonsesingbo@yahoo.fr

Environnement et enjeux sanitaires

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cropping systems. Factors determining farmers’ practices for crop protection were analysed with a multiple regression model. In cropping systems of the Ouémé valley, pepper crop showed the highest net return. In the coastal zone, lettuce cropping was the most profitable; in intra-urban areas, onion cropping was the most profitable. The analysis of factors determining farmers’ practices against insect attacks and other crop diseases showed that the method used for crop protection is related to (i) the type of gardening system, (ii) the type of equipments used for irrigation and (iii) the type vegetable cropped.

‘agriculture urbaine et périurbaine est une des préoccupations majeures de l’Afrique subsaharienne compte tenu de la croissance démographique. Dans le contexte de l’agriculture urbaine, les cultures maraîchères répondent de façon efficace à la demande alimentaire. Au Bénin, la production maraîchère est une source importante d’emploi dans les milieux urbains, périurbains et surtout près des rives des fleuves ou des vallées de certaines zones (Tiamiyou, 1995) où elle constitue une source de revenus monétaires pour de nombreux producteurs. Au sud du Bénin, la production de légumes représente l’activité principale en termes d’occupation et de revenu pour la majorité des exploitations agricoles. Le maraîchage contribuerait à la création de près de 60 000 emplois directs (Programme d’appui au développement agricole périurbain Sud Bénin : PADAP, 2003). Les revenus générés par l’activité maraîchère permettent à plusieurs dizaines de milliers de familles de vivre. Dans la ville de Cotonou, sur les 263 ha cultivés en 2000, le maraîchage rapporte pour l’ensemble des producteurs plus de 300 millions F CFA de marge brute par an, hormis l’autoconsommation évaluée à 30 % voire 40 % (Hounkpodoté et Tossou, 2001). Les zones urbaines et périurbaines béninoises fournissent divers produits maraîchers aux consommateurs urbains. Ces ceintures de cultures maraîchères, produisent des légumes locaux et exotiques (laitue, haricot vert, carotte, chou, concombre, betterave, etc.) durant toute l’année grâce à une irrigation permanente des parcelles (Adegbola et Singbo, 2001). Cependant, la contribution économique et sociale de la production des légumes en zones urbaines et périurbaines est limitée par plusieurs facteurs sanitaires, fonciers et commerciaux (Assogba-Komlan et al., 2003). La problématique du droit foncier en milieu urbain constitue un obstacle aux investissements des producteurs dans des aménagements ou de nouvelles techniques de production. De même, l’utilisation excessive d’engrais due à l’exiguïté des aires maraîchères et la mauvaise utilisation des pesticides entraînent des effets sur la santé des consommateurs du fait de la présence de résidus dans les légumes et sur l’environnement par contamination de la nappe phréatique (Amoussogbo, 1993). Sur le plan économique, les maraîchers sont souvent confrontés à des risques élevés dus aux attaques d’insectes et pathologies avec comme conséquence une augmentation des coûts de production. En même temps, les producteurs subissent une diminution des prix de vente à cause du faible niveau du pouvoir d’achat des consommateurs (Adegbola et Singbo, 2001). Mais alors que les problèmes économiques sont souvent très documentés, les informations relatives aux facteurs
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