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Alençon

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Au XVIIe siècle, et probablement au XVIe, la Halle aux Toiles se trouvait place du Palais, à deux pas du vieil Hôtel de Ville, des Juridictions (Palais de Justice) et du poteau d’infâmie, le pilori, où l’on attachait les condamnés à l’exposition publique.

Il est probable que cette halle occupait dès le XVIe siècle exactement l’emplacement de la rue actuelle de la Halle-aux-Toiles qui ne fut ouverte qu’au commencement du XIXe siècle, en 1832, et qu’elle fut longtemps un vaste hangar reposant d’abord sur des colonnes en bois, puis Sur des piliers en maçonnerie.

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Adhémard Leclère

Alençon

I

LA HALLE AUX TOILES

I. — La vieille Halle aux Toiles et le Cours

Au XVIIe siècle, et probablement au XVIe, la Halle aux Toiles se trouvait place du Palais, à deux pas du vieil Hôtel de Ville, des Juridictions (Palais de Justice) et du poteau d’infâmie, le pilori, où l’on attachait les condamnés à l’exposition publique.

Il est probable que cette halle occupait dès le XVIe siècle exactement l’emplacement de la rue actuelle de la Halle-aux-Toiles qui ne fut ouverte qu’au commencement du XIXe siècle, en 1832, et qu’elle fut longtemps un vaste hangar reposant d’abord sur des colonnes en bois, puis Sur des piliers en maçonnerie. Je crois que c’est dans cette halle que les protestants faisaient leurs prêches et se réunissaient avant la conversion du roi gascon qui, trouvant que Paris valait bien une messe, devait changer de religion. En tous cas, il est certain que c’est dans cette halle que les huguenots chantaient les psaumes en français quand Henri de Navarre, en 1576, peu de temps après la prise et l’occupation d’Alençon par Hertré, seigneur de Saint-Denis, fit son entrée et y fut parrain d’un enfant nommé Isaac Caillard-Deshayes.

Il y a donc lieu de croire qu’à cette époque cette halle avait remplacé le temple protestant ou calviniste que les partisans de la Ligue avaient détruit et qui devait se trouver sur le Boulevard, à la hauteur de l’Hôtel-Dieu, sur la rive gauche die la Sarthe. Cette installation dans la halle aux toiles n’était que provisoire assurément, en attendant qu’on eût entrepris de construire le temple de Saint-Blaise, lequel était exactement situé à l’entrée du Champ-de-Foire, entre les routes de Paris et de Sées, en avant du cimetière catholico-protestant qui devait occuper ou qui occupait déjà ce vaste enclos qu’un ormeau planté au milieu séparait en deux sections, l’une sainte et l’autre mécréane.

Cette halle aux toiles qui n’était peut-être pas la première établie, et qui pourrait bien avoir été élevée sur l’emplacement d’une plus ancienne, était très fréquentée, car alors le nombre des tissiers ou tisserands était considérable à Alençon, et celui des marchands de toiles était important1. Quand, vers la moitié du XVIIIe siècle, les règlements de police qui avaient surtout pour but de créer des charges de gardes-jurés, d’aulneurs, et d’augmenter les ressources du roi, furent promulgués, la halle devint l’objet de la haine populaire et de réclamations nombreuses que le pouvoir En feignait de ne pas entendre.

En 1789, ces plaintes, ces colères se transformèrent en condoléances et trouvèrent place dans le cahier des marchands de toiles et dans celui des tisserands. On se plaignait des marqueurs, des mesureurs et des maîtres-jurés qui n’en pouvaient mais. Cependant, la vieille halle aux toiles durait et le mal persistait alors que la fabrication de la toile commençait à péricliter et que la filature du chanvre était amoindrie. Elle devait cependant demeurer ce qu’elle était tout le XVIIIe et encore un tiers du XIXe siècle.

 

Vers 1690, alors que l’on commençait à démolir les murailles de la ville et de combler les fossés, qu’on poursuivait avec plus de persévérance que de franchise le but déjà entrevu de raser les remparts et d’en remplacer les portes par des barrières, on imagina de combler le fossé qui s’étendait de la porte de Sées à la porte die Lancrel. Ce travail important fut à peu près exécuté en l’année 1692 et la voie qui, de ce fait, se trouva créée, reçut le nom de Cours, un nom alors très à la mode, surtout dans la France du Nord, mais qu’on trouvait aussi dans le Midi qui l’avait pris de l’italien corso.

On voulait faire de ce Cours, qui était large et beaucoup plus beau que toutes les autres rues, une promenade où la population pourrait vaquer gaîment2. Pour ce, on avait à peu près nivelé le terrain, puis on y avait planté deux rangées d’ormeaux qui végétèrent tant bien que mal jusqu’en 1758. Ces arbres qui jetaient beaucoup d’ombre furent, a cette époque, remplacés par des tilleuls et ceux qui avaient survécu et qui se trouvaient placés entre les tilleuls furent abattus en 1762, en vertu d’une décision prise le 23 juin de la même année.

Une butte de terre très abrupte également entourée de tilleuls avait été réservée sur ce qu’on était convenu d’appeler la place du Cours, entre la rue Porchaine et le Cours, à hauteur de la vieille halle aux toiles, conséquemment de la rue de la Halle-aux-Toiles que nous connaissons. Cette butte qui n’avait pas été aménagée servait encore en 1805 de marché aux bœufs, vaches et veaux. Elle était ravinée, couverte de bouses qui en dévalaient et se répandaient jusque dans la rue. C’était une infection et une vaste ordure.

En face de cette butte était l’imprimerie Zacharie Malassis qui, bien que royale, était aussi clandestine3.

La place du Cours demeura ce qu’elle était avant qu’on y établît le marché au gros bétail, jusqu’en 1771, sans qu’on songeât à y mettre quelque chose. Mais à cette époque, le 20 janvier 1771, le Conseil de ville songea à faire construire, sur la place qui portait son nom, une halle dans laquelle « le grain qu’on y apporterait pourrait être à l’abri des injures de l’eau », et vota qu’il serait présenté une requête au conseil de Monsieur, frère du roi, seigneur de la ville, tendant à obtenir l’autorisation de couper le bois nécessaire aux charpentes dans la forêt de Perseigne, aux Bourses et à Elouvé. Il paraissait aux édiles de notre ville qu’on ne pouvait choisir un meilleur emplacement que celui-ci, lequel était situe à proximité des autres marchés et à la portée des habitants. Cependant, la chose demeura en projet et il fallut arriver jusqu’en 1808 pour qu’on songeât de nouveau à construire sur la place du Cours qu’on avait trouvée très convenable pour une halle aux blés, non une halle mais un théâtre.

Depuis 1778, la Justice avait abandonné son vieux Palais et, sous le nom de Juridictions, occupait le pavillon des comtes et des ducs d’Alençon au sein du vieux château4. D’autre part, en 1791, le Conseil de Ville s’était transporté de la place du Vieux-Palais à l’Hôtel de Ville qu’on avait construit sur la place du Château, et la vieille place n’avait plus que la halle aux toiles ;

Le sieur Poitrineau dont nous avons connu le dernier descendant lequel est décédé en 1912, celui-là même dont le magasin de blé avait été pillé par le peuple en avril 1789, le sieur Poitrineau avait, vers 1778, acheté l’ancien palais de Justice de la place du Palais, et l’avait fait aménager en salle de spectacle par l’architecte Delarue. C’est dans cette salle que les troupes de comédiens avaient donné des représentations pendant la Révolution, sous le Consulat, et depuis la proclamation de l’Empire.

En 1809, elle était très délabrée, point entretenue et, déjà, les artistes lui préféraient l’ancienne église du Collège qu’on avait désaffectée en 1791. Il était évident que la ville se trouverait bientôt amenée par l’opinion publique à construire un théâtre municipal où les troupes, — sinon impériales du moins protégées par le gouvernement de l’empereur qui leur avait assuré une ère de circulation fixée par un décret, — pourraient donner des représentations agréables au pouvoir.

C’est alors que Poitrineau devenu vieux et, dit-on, très dévot, propriétaire des immeubles voisins de la salle du spectacle, imagina que celle-ci était un danger pour ceux-là et qu’il avait péché contre Dieu en abritant si longtemps des troupes théâtrales, en mettant à l’occasion un peu de paradis dans Alençon. Il démolit sa salle de spectacle et se mit à fréquenter Notre-Dame, l’église die sa paroisse.

Vingt-deux ans plus tôt en 1791, malgré les événements considérables qui marquaient chaque jour et ceux qu’on prévoyait plus graves encore, le Conseil municipal, ayant songé aux halles dont il avait besoin, s’était occupé de faire reconnaître par l’Etat ses droits à la propriété de la halle aux bouchers et de la halle aux toiles qui était, disait-on, trop petite et très incommode.

L’Etat ne voulut pas reconnaître les droits de la ville parce que le domaine avait, en 1775, affermé lui-même les deux halles et parce que la ville les avait, le 2 juin 1782, affermées pour le compte du domaine (50 francs par an, pour trois ans), ce qui paraissait, en effet, affirmer les droits de l’Etat sur ces édifices.

Le 3 juin 1800, la ville, après avoir essayé de démontrer qu’elle ne devait rien au Trésor et avoir éprouvé des résistances qui paraissaient devoir être invincibles, reçut du Conseil d’Etat la proposition de prendre la halle avec ses dépendances, moyennant une rente de 5 0/0 de sa valeur à faire déterminer. Qu’arriva-t-il de cette proposition ? Je ne sais, mais je trouve que, quelques années plus tard, la ville était propriétaire, de la halle aux toiles et de la halle aux bouchers alors établie rue des Granges.

II. — Le Cours et la Halle aux Toiles

M. Mercier, un gros marchand de point d’Alençon, également fabricant de toiles, baron de l’Empire en mai 1811, songea vers 1808 à faire élever sur la place du Cours, là même où est aujourd’hui la halle aux toiles, un théâtre municipal, et chargea l’architecte Delarue qui avait construit celui de 1778 d’en dresser un plan et d’en établir les devis. Delarue fit successivement deux plans et deux devis s’élevant, le premier à 120.000, le second à 80.000 francs, mais comme l’esprit de nos aïeux était aussi lent à s’émouvoir que celui de nos édiles d’aujourd’hui, on les rejeta l’un après l’autre et l’on ne fit rien.