Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 8,25 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Amarres

De
88 pages
Dans cet essai, Françoise Vergès et Carpanin Marimoutou revisitent la notion de créolisation en partant des spécificités de l'océan indien. S'appuyant sur la théorie postcoloniale, les auteurs proposent le paradigme d'amarres, de créolisations india-océanes pour réinscrire la Réunion, île du monde créole, à la croisée des mondes africain, musulman, asiatique, insulaire et européen, dans une problématique de réappropriation. Il n'est pas question ici de faire de la créolisation un modèle unique ni une voie royale du devenir du monde, mais de contribuer au débat sur la diversité culturelle et la démocratie.
Voir plus Voir moins

Amarres
Créolisations india-océanes

@L'Hannattan,2005 ISBN: 2-7475-8573-5 EAN : 9782747585736

Amarres
Créolisations india-océanes

Amarres
en créole réunionnais, terme profondément signifie aussi bien lien, attache, envoûtement, ensorcellement, être amoureux, être captivé, être en relation, se soucier (amar lë ker) ce qui excite les sens (i amar la boush) (et bien d'autres choses encore...) polysémique,

Françoise Vergès Carpanin Marimoutou
L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris France L'Harmattan Hongrie 1053 Budapest Kossuth L.u. 14-16 HONGRIE L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

Les notes sont rassemblées

en page 64. en page 79.

Les astérisques renvoient au « Petit glossaire»

L'île
Oh non je ne récris pas l'adieu non je ne récris pas le cahier d'un retour au pays natal mais cadoque* pour l'enfance renouvelée Patrice Treuthardt, Pointe et complainte des galets.

Natifs d'une île souvent oubliée sur les cartes du monde, souvent confondue avec d'autres territoires français de l'outre-mer, nous cherchons à affirmer une problématique qui s'appuie sur cet oubli, sur cette confusion. Car être oublié, ne pas compter, n'est-ce pas le lot de tant de peuples, de groupes, et ne faut-il pas se demander « oublié par qui, pourquoi, compter pour qui, pourquoi» ? Partir de cet oubli donc, de cette « inexistence» et se poser la question politique de « qui compte? et pour qui? », question fondamentale du politique car elle renvoie à ce qui donne à exister socialement, être accepté par la communauté des citoyens. Mais cette communauté n'est pas purement nationale, elle renvoie aussi à ce que signifie vivre ensemble, sur la terre réunionnaise et dans la région india-océanique, communauté imaginée et concrète, ancienne et en formation.

Quand l'Europe se pensait le centre du monde, organisait le monde autour de ce centre, nous étions quelque part, là-bas, au bout du monde. Nous étions alors amarrés à la France, c'était une amarre imposée, le lien nous étranglait parfois. Aujourd'hui, alors que l'Europe est devenue l'une des provinces du monde, nous repensons nos amarres. Décentrer le regard, retracer une cartographie du monde, de l'océan Indien, où la France, l'Afrique, l'Europe, l'Asie, le monde musulman se croisent, voilà notre projet. Inscrire notre île dans ces réseaux d'échanges et de rencontres, à la croisée des mondes africains, européens, asiatiques et insulaires. À la périphérie sans doute mais une périphérie pensée, travaillée, transformée en atout, en avantage. Nous ne sommes pas au centre du monde, nous n'y serons jamais. Nous serons toujours un peu à la marge, en marge, et alors? Nous proposons une réinscription dans la diversité, la globalisation pensée comme rencontres, échanges dans un monde multipolaire. Amarres, pour que nous puissions nous ancrer dans l'océan et larguer les amarres, entrer en relation. Pourquoi ce texte? On pourrait nous dire que tout a déjà été dit, que nous ne pourrons que répéter, et en moins bien, ce qui s'est déjà écrit sur la Réunion, le métissage, l'interculturel, le croisement. Il n'y aurait rien à ajouter ou si peu. Sommes-nous d'ailleurs capables de renouveler tout cela, ou devons-nous attendre les « prochaines générations» naturellement identifiées à du nouveau? Le besoin d'écrire ce texte s'est inscrit en réponse à plusieurs choses: une présence de plus en plus importante des artistes et de la culture dans le paysage réunionnais et les questions que pose cette présence; le renouveau d'intérêt porté par Paris aux émergences artistiques réunionnaises; l'absence d'une réflexion sur celles-ci; la faiblesse du débat public; l' éthos agressivement masculin du discours
8