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Animateurs : formations, compétences et valeurs

182 pages
L'emploi dans le champ de l'animation offre une comptabilisation complexe. Qui sont les employeurs des animateurs ? Quels sont les contenus de travail posés par les différents types d'employeurs ? Quelles sont les conditions requises pour accéder aux métiers de l'animation ? Quelles sont les compétences des animateurs ? Ces emplois assurent-ils une mixité sexuée des animateurs-animatrices ?
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AGORA débats/jeunesse
No 36
2E TRIMESTRE 2004 ÉDITORIAL - L'ANIMATION : ENJEUX ET PERSPECTIVES
Tariq Ragi
ANIMATEURS : FORMATIONS, EMPLOIS ET VALEURS 10
Tariq Ragi
RÉPARTITION DES ACTIVITÉS DANS UN CENTRE DE VACANCES 22
Jean Houssaye
REGARDS SUR LE MÉTIER D'ANIMATEUR 30
Nikos Precas
UNE INITIATION AU MÉTIER D'ANIMATEUR : LE BAFA 40
Francis Lebon
LES RESSOURCES DES ANIMATEURS AU TRAVAIL 52
Éric Robinet
LA MIXITÉ SEXUÉE DANS L'ANIMATION 68
Magalie Bacou
ORIGINES DE L'ANIMATION : L'HYPOTHÈSE BOLTANSKI 76
Jean-Marie Bataille
POINTS DE VUE 88
ATTITUDES DE JEUNES DE PETITES VILLES 90
Jean-Luc Roques
CONCEPTIONS DE LA DIVERSITÉ EN FRANCE ET AU CANADA 102
Margaret Adsett
CHRONIQUES 116
Comptes rendus de lecture 118
Notes de lecture 127
Signalements 134
Recherche / Études / Formations 152
Rapports officiels 166
Sur le web 168
English : 172 Espahol : 174 Deutsch : 176
L'ANIMATION :
ENJEUX ET PERSPECTIVES 'emploi dans le champ de l'animation offre une comptabilisation
complexe pour plusieurs raisons ; hormis les difficultés inhérentes à toute
tentative de quantification, la première en est que tous les animateurs ne
sont pas couverts aujourd'hui par la convention collective de l'animation,
mais relèvent d'autres conventions. La deuxième tient à la survivance de
typologies et de définitions de l'animation liées sans doute à un contexte
historique spécifique mais aujourd'hui dépassées. La troisième a partie
liée avec le positionnement actuel des animateurs. Les animateurs sont
appelés à exercer des fonctions qui requièrent dans bien des cas des
compétences plurielles : cette polyvalence induit certes diverses formes
de gratification, mais elle conduit aussi à un brouillage de la profession. La
quatrième trouve sa source dans la coexistence d'animateurs aux parcours
fort différents, les uns agissant sans formation particulière, intégrés dans
le champ de l'animation par la cooptation, et les autres étant issus de
filières connues de formation aux métiers de l'animation.
QUELQUES CHIFFRES POUR BALISER CETTE QUESTION
Quel que soit le mode de comptabilisation retenu, une observation
s'impose : le nombre de salariés permanents dans le champ de l'animation
ne cesse de croître depuis plusieurs décennies. Évalué à 25 000 anima-
teurs salariés permanents par l'INSEE en 1980, ce chiffre passe à 271 116
salariés dans la branche socioprofessionnelle de l'animation selon
l'UNEDIC en 1982 et, la même année, une actualisation par l'INSEE de la
quantification de 1980 recense 33 700 animateurs socioculturels. Ces
chiffres sont contradictoires dans la mesure où la base de calcul est diffé-
rente. Autre difficulté, et non des moindres, le champ de l'animation est
parsemé de contrats à temps partiel, d'emplois précaires, de permanents,
de vacataires, de professionnels, de bénévoles...
L'ANIMATION RÉINTERROGÉE
Bien des questions restent posées : qui sont les employeurs des ani-
mateurs ? Quels sont les contenus de travail posés par les différents types
d'employeurs ? Quelles sont les conditions requises pour accéder aux
métiers de l'animation ? Quels sont les intitulés de postes ? Quelles sont
les caractéristiques des contrats de travail des animateurs ? Quelles sont
les compétences des animateurs ? Ces emplois assurent-ils une mixité
sexuée des animateurs-animatrices ?
N° 36 AGORA DÉI3ATELJELINESSE 5 L'analyse des productions sociales des actions socioculturelles ren-
force le sentiment d'ambiguïté, du moins d'ambivalence, ce qui ne
contribue pas à éclairer davantage les termes du débat sur l'animation et
les animateurs. Dans un contexte de fort développement du nombre
d'emplois dans le champ de l'animation, la place et le rôle socio-
économique du secteur de l'animation socioculturelle posent question
dans la mesure où ce champ reste très dépendant des fonds publics. De
plus, on peut se demander si les méthodes utilisées par les animateurs
contribuent à reproduire ou à transformer les modes économiques de
production. La même question peut être posée en matière sociale, poli-
tique, culturelle...
QUELS BILANS TIRER DE LA PROFESSIONNALISATION DU CHAMP DE L'ANIMATION ?
Dans les années 1960-1970, la fin annoncée du militant aurait dû
céder la place au professionnel et au bénévole. Dans la même perspec-
tive, tout un système de compétences professionnelles et de rationalisa-
tion des méthodes de travail aurait dû prendre le pas sur les
engagements militants, sur la recherche de finalités morales, sociales,
politiques et idéologiques. Il est vrai que cette tendance a dominé pen-
dant près de deux décennies sans jamais parvenir à effacer, voire à éra-
diquer la figure du militant. Bien plus, on assiste à un mouvement
concomitant qui conjugue selon des formules non encore stabilisées la
conquête de nouveaux territoires de la professionnalité avec la défense
de valeurs héritées du militantisme.
LA MULTIPLICATION DES FORMATIONS
Il était attendu de la mise en place de formations à l'animation de
concourir à la clarification des termes du débat, de poser les bases, les
prérequis d'une appellation d'animateur. En fait, le nombre d'anima-
teurs non diplômés et cooptés reste important, même si les formations
diplômantes se sont multipliées et diversifiées. L'univers de la forma-
tion aura certes produit des distinctions et des hiérarchies entre les dif-
férents professionnels diplômés, mais il n'aura produit que des effets
limités sur les autres animateurs, même s'ils sont nombreux à souhai-
ter suivre des formations dont le coût demeure hélas prohibitif pour
nombre d'entre eux. Les petites structures associatives, en particulier
celles qui sont qualifiées de primo-employeurs, éprouvent les plus
grandes difficultés à financer une formation pour leur personnel et,
quand elles en ont les moyens financiers, elles s'inquiètent de
« perdre », fût-ce provisoirement, un agent envoyé en formation. Et,
une fois formé, l'employeur s'inquiète de sa capacité à conserver un
agent qui devrait coûter plus cher. Autant d'éléments qui contribuent à
perpétuer au moins en partie la survivance de deux univers de l'anima-
tion, l'un balisé par les jalons de la formation et l'autre propice à la for-
mation « sur le tas ».
6 Et pourtant, à l'instar de ce qui se passe dans d'autres milieux, la révo-
lution escomptée dans le passage du militantisme vers le professionna-
lisme aura masqué une lame de fond tout aussi importante qui consiste
en la féminisation croissante du champ de l'animation. Quand une trans-
formation en cache une autre...
Tariq Ragi
N° 36 M ANIMATEURS : FORMATIONS, EMPLOIS ET VALEURS 10
Tariq Ragi, chercheur en sociologie et en sciences politiques, rédacteur en chef de la revue AGORA débats/jeunesse
RÉPARTITION DES ACTIVITÉS DANS UN CENTRE DE VACANCES 22
Jean Houssaye, sciences de l'éducation, université de Rouen - CIVIIC
L'observation des fiches que les différents groupes d'un centre de vacances
remplissent chaque jour pour signifier leurs activités permet de dégager une
hiérarchie des occupations des enfants au cours des séjours. L'article s'ef-
force de présenter la panoplie de ces activités et de préciser les différents
enjeux qui leur sont liés.
REGARDS SUR LE MÉTIER D'ANIMATEUR 30
Nikos Precas, CEPJ à la ODJS de l'Isère
L'animateur éprouve une grande difficulté à communiquer sur son travail et
à évoquer une identité professionnelle claire et cohérente. Les référentiels
compétences du métier semblent n'exister que par des regards exté-de
rieurs et n'avoir été opérants que durant le temps de formation. Dans le
contexte professionnel, il s'opère une distanciation entre discours et réalité,
malgré un fort besoin de connaître et de mesurer les compétences et les
connaissances requises pour pouvoir établir avec les publics une distance
institutionnelle. La frontière entre l'individuel et le professionnel reste floue.
Le discours sur le métier se doit alors de prendre en compte le faire profes-
sionnel (l'action, le projet, la rencontre...) et l'être professionnel (l'identité).
40 UNE INITIATION AU MÉTIER D'ANIMATEUR : LE BAFA
Francis Lebon, attaché temporaire d'enseignement et de recherche à l'université de Paris-XII'
formation pour le brevet d'aptitude aux fonctions d'animateur de centre de La
vacances et de loisirs (BAFA) s'adresse principalement à des jeunes, à partir
de 17 ans. Tandis que les formateurs pratiquent une pédagogie antiscolaire,
les stagiaires oscillent entre les statuts d'enfant et d'adulte. Dans une tona-
lité humaniste, la définition sociale de l'animation repose sur une psychologie
morale empreinte de « projets » et la coopération entre individus apparaît
comme une valeur cardinale. « Passer son BAFA » contribue au passage à
l'âge adulte des stagiaires et assure l'entrée symbolique dans un métier.
8
52 LES RESSOURCES DES ANIMATEURS AU TRAVAIL
Éric Robinet, équipe de recherche en anthropologie et sociologie de l'expertise, université de Metz
En France, les formes contemporaines de l'activité professionnelle d'ani-
mation socioculturelle résultent d'un processus d'institutionnalisation et de
réglementation de ses usages. Elle est un laboratoire social, un lieu d'expé-
rimentation des pratiques, un instrument d'orientation de l'activité humaine.
L'observation des animateurs indique que pour exercer leur activité, qui
englobe un très large champ d'investissement, ils mobilisent des res-
sources éthiques et pratiques afin de résoudre les tensions que crée en eux
leur position dialectique. Leur rapport au travail relève du modèle de la com-
pétence professionnelle.
68 LA MIXITÉ SEXUÉE DANS L'ANIMATION
Magalie Bacou, doctorante en sociologie et membre des laboratoires CNRS-CERTOP et de l'équipe
Simone/Sagesse, Maison de la recherche, université de Toulouse-Le Mirait
Dans les années 1980, la décentralisation a freiné le processus de profes-
sionnalisation dans lequel est engagé le métier d'animateur-animatrice.
Cependant, du fait des conditions objectives de travail de ce métier et de la
conception différenciée des genres, elle a aussi eu pour conséquence de
contribuer à la féminisation de l'emploi dans l'animation. L'analyse actuelle
des motivations pour exercer les métiers de l'animation révèle la présence
d'une double dichotomie sexuée relative aux pratiques et aux logiques d'ac-
tion. Par ailleurs, l'étude de la mixité dans l'espace professionnel des
métiers de l'animation permet de mettre au jour l'exigence de la mixité, la
division sexuelle du travail et certaines inégalités entre hommes et femmes
dans ce secteur.
76 ORIGINES DE L'ANIMATION : L'HYPOTHÈSE BOLTANSKI
Jean-Marie Bataille, ancien animateur « jeunes » dans des quartiers difficiles, doctorant en sciences de
l'éducation à Paris-X/Nanterre
Les origines de l'animation sont présentées essentiellement selon deux
axes : l'éducation populaire et le développement de l'urbanisme dans les
années 1950 (surtout l'apparition des équipements). C'est ce deuxième
point qui est privilégié ici. L'article cherche à montrer les liens qui unissent
« animation » et « grands ensembles ». Pour cela, l'accent est mis sur les
conditions sociohistoriques d'émergence des « cadres » telles que les a
étudiées Boltanski, qui correspondent à la période d'apparition de l'anima-
tion et des grands ensembles. Apparaissent alors d'autres lignes d'analyse
des origines de l'animation.
N° 36 AGORA ( DÉBATS/JEUNESSE 9
ANIMATEURS : FORMATIONS,
0 5 E1 R
Tariq Ragi, chercheur en sociologie et en sciences politiques,
rédacteur en chef de la revue AGORA débats/jeunesse
Courriel : ragi@injep.fr
10 ITINÉRAIRES DES
Dans cet article, nous nous proposons de retracer les itinéraires des anima- ANIMATEURS
teurs professionnels à partir de trois entrées principales : d'abord, par le parcours
formatif initial et continu ; ensuite, par la description et l'analyse de la fonction
d'animation, des rôles, des missions et des responsabilités actuelles de l'anima-
teur ; enfin, par le truchement des valeurs, des principes, des idées et des idéaux
auxquels se réfère l'animateur pour expliquer son engagement et ses choix.
Dans cette perspective, a été mis en place un dispositif d'enquête' par ques-
tionnaires distribués auprès de 477 animateurs professionnels en activité, répartis
au plan national. Tous les animateurs interrogés appartiennent au noyau dur histo-
rique de l'animation, y compris dans ses formes les plus nouvelles, et ne sont
donc pas concernés par ces nouveaux emplois pour lesquels l'appellation d'« ani-
mateur » pourrait être discutée, voire pour lesquels la fonction même d'animation
pourrait être contestée.
L'étude des trajectoires des animateurs' suppose que soit au moins résolu ce
que l'on entend par « animateur' ». Or, la variété des métiers, des types d'emploi,
ainsi que les rôles assumés dans l'exercice de la fonction d'animation, rendent
cette délimitation difficile et incertaine'.
Par conséquent, pour lever cette incertitude, il peut s'avérer opportun de
recourir à la définition administrative inscrite dans le Répertoire français des
emplois (1978) : « L'animateur conçoit, organise et encadre des activités d'anima-
tion ou de développement social pour répondre aux besoins d'un groupe ou d'une
institution dans le cadre d'un projet défini par le partenaire employeur. »
Cette définition préliminaire peut être complétée par celle que propose le
CEDAET (1999) pour lequel « l'animation est une profession composée de :
—généralistes intervenant de façon relativement globale et continue, sous des
formes diversifiées, auprès de publics déterminés. Lorsqu'il s'agit de publics spéci-
fiques, les animateurs doivent disposer de compétences spécifiques appropriées ;
—spécialistes intervenant soit dans le cadre d'activités spécifiques (sportives,
culturelles, artistiques, scientifiques, techniques), soit sur des problématiques
spécifiques (logement, santé, emploi) ».
Nous nous proposons donc de retracer les trajectoires des animateurs profes-
sionnels' à partir de leur formation initiale, de les accompagner dans leur emploi
actuel tout en veillant à éclairer leurs perspectives de carrière.
1. Cette enquête s'inscrit dans le cadre des travaux de l'Observatoire national des mémoires des
animateurs professionnels à I'INJEP. Conçue et organisée par Martine Richard de l'Association
rezéenne pour l'enfance et la jeunesse, Olivier Douard du cabinet Amedis et Tariq Ragi, cette
enquête avait pour objectif de retracer les trajectoires des animateurs dits historiques à partir de
trois entrées principales : premièrement, le cursus scolaire, la formation professionnelle ; deuxiè-
mement, l'activité professionnelle, le profil de poste, les missions et les besoins en formation pro-
fessionnelle continue ; troisièmement, les valeurs, les motivations et les types d'engagement.
2. Cf. RAGI : « Âges de la vie associative et trajectoires des animateurs ”, « Le passage «, Amadis,
n' 4, 2000, pp. 287-301.
Animation et 3. Définir l'animateur est une tâche ardue comme le note justement J.-C. Gillet dans
animateurs ; le sens de l'action, L'Harmattan, Paris, 1995.
4. LABOURIE R., « De quelques problèmes de l'animation et de la formation socio-éducative
Cahiers de l'animation, n° 1, 1972.
5. AUGUSTIN j.-P., GILLET J.-C., L'animation professionnelle, L'Harmattan/INJEP, coll. « Débats
Jeunesses >›, Paris, 2000.
N' 36 AGORA ( DE 11
DE LA FORMATION' À L'EMPLOI
À la question du diplôme le plus élevé obtenu, 41 % des animateurs profes-
sionnels interrogés mettent en avant le diplôme d'état relatif aux fonctions d'ani-
mateur (DEFA), qui apparaît sans conteste comme « la » référence incontournable
dans le champ de l'animation. Créé en 1979, en remplacement du certificat d'ap-
titude professionnelle à l'animation socio-éducative (CAPASE), et placé sous une
double tutelle, ministère de la Jeunesse et des Sports et ministère des Affaires
sociales, le DEFA répondait, selon ses promoteurs, à l'attente suscitée par la diver-
sité de plus en plus grande des métiers liés à l'animation.
Le DEFA : histoire d'un compromis
Le DEFA résulte ainsi d'un compromis entre le ministère de la Jeunesse et des
Sports et le ministère des Affaires sociales, deux ministères dont les exigences
sont parfois divergentes, voire contradictoires. Cette ambivalence, qui se mue à
l'occasion en double contrainte, affecte le DEFA dans sa cohérence et son iden-
tité. Héritier lointain du diplôme d'État de conseiller d'éducation populaire et du
certificat d'aptitude professionnelle à l'animation socio-éducative, le DEFA connaît
une inflexion, avancée comme une spécificité qui le distingue des diplômes anté-
rieurs : il est présenté comme une technique d'intervention et d'action, ce qui
situe l'animation, selon Geneviève Poujol, comme « un moyen pédagogique des-
tiné à sensibiliser un public » et non plus comme un projet de société'. Cette évo-
lution renvoie à la problématique de la technicité opposée à une
professionnalisation respectueuse de l'engagement ; nous verrons ci-après ce
qu'il en est aujourd'hui sur ce plan.
Le DEFA sanctionne l'aptitude de l'animateur à concevoir et à mettre en oeuvre
un projet d'animation, à gérer et à coordonner une équipe autour de ce projet.
Les contenus mêmes de la formation font du « défasien » un généraliste de l'in-
tervention sociale, doté de connaissances solides en gestion des ressources
humaines, animation d'équipe, gestion de projet, techniques d'animation, méthodes
pédagogiques, gestion administrative et financière, environnement social et culturel...
Dans le champ de l'animation professionnelle, le DEFA constitue sans
conteste la référence des animateurs, la pierre angulaire de l'architecture des
diplômes et des formations de ce secteur. Il est attaché à une catégorie d'emplois
qui constitue historiquement le pivot de la fonction d'animation'. Avec la création
du BEATEP, alors intercalé entre le DEFA et les BAFA-BAFD (brevets non profes-
sionnels), le positionnement du défasien a connu un glissement dans l'exercice de
ses missions, dans le sens qu'il s'est produit pour lui un éloignement de fait de
l'animation directe au contact des publics. Le DEFA constitue l'objectif idéalisé
que se fixent les animateurs professionnels et « occasionnels » dans le cadre de
leur formation et de la gestion de leur carrière.
6. Sur les formations et les diplômes, se reporter à l'ouvrage de G. Poujol, Guide de l'animateur
socioculturel, Dunod, Paris, 1996, et à RAGI T. et al., Politiques et structures de jeunesse en France,
éd. IJAB-MJS, 2001.
7. POUJOL G., op. cit., p. 33.
8. Voir AKIN S., DOUARD O., « Qui sont les animateurs aujourd'hui ? », in RICHARD-ZAPPELLA J., Espaces
de travail, espaces de paroles, Presses universitaires de Rouen, coll. « Dyalang », Rouen, 1999.
12 ITINÉRAIRES DES
Fonctions et besoins en formation
ANIMATEURS
De plus en plus, les choix d'une formation diplômante complémentaire s'orien-
tent vers le DEDPAD, les DESS et DEA et, comme le montrent d'autres études,
vers le DSTS et le CAFDES, deux diplômes supérieurs du secteur du travail social.
Cette recherche de formations diplômantes est un indicateur du degré de structu-
ration de ce champ professionnel et un révélateur de stratégies légitimes d'ascen-
sion socioprofessionnelle. Cette volonté de promotion traduit l'introduction récente
de la notion de carrière dans cette profession, encouragée par l'apparition de l'idée
de filière de formation au sein du principal ministère de tutelle, Jeunesse et Sports.
D'ailleurs, la déclinaison des postes relevée à partir des intitulés, dénomination
personnelle et/ou intitulé de poste (même si les deux ne sont pas toujours iden-
tiques), illustre le découpage actuel des rôles en directeur, responsable, coordon-
nateur, animateur. De cette grille découle une stratification que traduit une
nouvelle répartition des tâches entre, d'une part, une fonction de direction réser-
vée aux directeurs, responsables et coordonnateurs, et, d'autre part, une fonction
d'animation en lien direct avec les publics du ressort des animateurs.
Près de 40 % des animateurs interrogés déclarent appartenir à la catégorie des
« responsables », ce qui confirme le lien établi précédemment avec le diplôme et
la formation. Interrogés sur leur avant-dernier emploi, ils sont nombreux (près de
60 %) à indiquer qu'ils relevaient de la catégorie d'animateur, ce qui est caracté,
ristique d'une ascension professionnelle interne.
Pour corollaire de ce besoin d'une technicité renouvelée, nous constatons une
demande croissante des animateurs interrogés en formations spécifiques, ciblées.
Elle correspondrait pour les uns à un approfondissement et à une actualisation de
connaissances déjà plus ou moins acquises, ce qui est le cas des sciences
humaines, longtemps considérées comme un principe et une approche préféren-
tielle dans l'exercice des missions, notamment dans la relation aux individus, et
pour les autres à l'acquisition de techniques insuffisamment maîtrisées en matière
de gestion financière, administrative et juridique. Même s'il est vrai que les tech-
niques de gestion évoluent rapidement et que le besoin de remise à niveau se fait
sentir de plus en plus tôt, cette demande de formation en techniques de gestion va
dans le sens d'une dynamique d'ascension professionnelle interne qui caractérise le
passage au statut de « responsable » d'activité et d'équipe, de directeur de service
et d'équipement. Plus de 80 % des animateurs attestent de l'adéquation entre leur
formation et leur niveau de responsabilité, ce qui nous renvoie un degré de satis-
faction générale, a posteriori, sur la formation initiale qui mérite d'être signalé.
Ces données renvoient aussi à la place particulière qu'occupe la formation
continue dans ce secteur de l'animation professionnelle, au fait que la formation
initiale est le plus souvent réalisée dans les conditions de la formation continue et
à la difficulté de faire de la formation continue une procédure conforme à ce que
l'on trouve par ailleurs dans d'autres secteurs de l'intervention sociale et conforme
aux aspirations fondamentales de formation permanente, tout au long de la vie, de
ce secteur issu de l'éducation populaire.
Toujours sur le plan de la formation, il convient de signaler quelques évolutions
récentes. À l'instar de la diversification des apports cristallisée par la mise en place
de nouveaux enseignements, signalons l'introduction d'une terminologie inédite
N° 36 AGORA ( DÉBATS/JEUNESSE 13 — traduction d'une perméabilité entre des champs connexes et d'une production
théorique interne à ce champ récemment réactivée, de méthodes pédagogiques
novatrices... Les notions de projet professionnel et de bilan personnel figurent
désormais dans le lexique des animateurs.
À titre d'exemple, le DEFA est souvent présenté comme le diplôme dont les
enseignements auraient connu les ajustements les plus importants, permettant à
chaque candidat d'inscrire son idéal de vie dans un véritable projet de société. La for-
mation ainsi dispensée est centrée autour d'outils et de pratiques méthodologiques
destinés à permettre aux animateurs de procéder à un diagnostic partagé afin de
mettre en forme des interventions pertinentes et de proposer des activités adaptées.
Olivier Douard notait à juste titre que les transformations rapides de notre
société, les mutations en cours, les changements affectant l'espace des valeurs,
la pertinence relative de la prééminence de l'idée de progrès, renvoient au carac-
tère illusoire de toute démarche qui viserait à saisir les enjeux contemporains en
les juxtaposant. L'auteur mettait en exergue la nécessité d'une « approche globale
et complexe des problèmes sociaux ». Par leur culture personnelle et profession-
nelle, les animateurs seraient convaincus par les vertus d'une approche globale et
complexe. L'analyse des contenus de formation ne montre-t-elle pas que les ani-
mateurs ont été formés à aborder les relations humaines sans ignorer l'environ-
nement social, à penser les pédagogies sans occulter la gestion' ?
MISSIONS ET RESPONSABILITÉS
Dans la déclinaison des responsabilités assumées au sein de leur structure,
nombre d'animateurs citent simultanément un secteur d'activité, à l'instar du sec-
teur « enfance-jeunesse », et un type d'organisation du travail laissant apparaître
des fonctions d'encadrement et de gestion. Appelés néanmoins à opérer une hié-
rarchie dans les missions qui leur sont confiées, les animateurs interrogés décla-
rent que leur premier investissement concerne l'intervention d'animation
elle-même, et plus particulièrement le secteur de l'animation jeunesse (noyau his-
torique' qui reste l'un des secteurs de l'animation les plus développés), ensuite
leur temps d'activité est accaparé par la gestion budgétaire et l'animation d'équipe.
La gestion du personnel s'organise par la mobilisation des membres de la structure
autour d'objectifs communs et par la gestion administrative des personnels.
Dans le cadre de ses missions, l'animateur est de plus en plus amené à conce-
voir des projets, à prévoir les financements requis et à développer des relations
partenariales avec des tiers''. Enfin, une part du temps d'activité est consacrée à
la mise en place de méthodes d'intervention (souvent qualifiées, par extension, de
méthodes pédagogiques) dont l'amélioration est constante.
9. DOUARD O., « Les loisirs et l'animation : à la croisée du culturel, de l'éducatif et du social ”, in
BECCARELLI C., HELLOUIN V. (dir.), Se former aux métiers des loisirs, t. I : Les tendances, Centre
lnffo, Paris, 1997, p. 65.
10. ROUSSEAU M., L'animateur socio-éducatif : le métier de base des professionnels de l'animation,
CEDAET, Briançon, 1997.
11. RAGI T., « Acteurs de l'intégration », L'Harmattan, coll. « Villes plurielles Paris, 1998 (en par-
ticulier le chapitre consacré aux « partenaires ”, pp. 199-210).
14
ITINÉRAIRES DES Profil de poste
ANIMATEURS
Dans la communication de leur intitulé de poste, la dualité des rôles semble de
mise, dans une confusion plus ou moins entretenue. Les intitulés suivants revien-
nent régulièrement : animateur/coordonnateur, animateur/directeur d'équipement,
animateur/responsable de centre de loisirs, animateur socioculturel et médiateur
de l'action sociale. La construction de ces doubles intitulés fonctionne comme des
marqueurs explicites de l'appartenance irrévocable à la fonction d'animation, quel
que soit le niveau de responsabilité auquel le répondant se situe. Certains intitulés
s'avèrent par ailleurs très précis dans l'exposé du cadre d'exercice de leur rôle
d'animateur, tendant presque au descriptif de profils types facilement repérables
par des pairs et dont la formulation renvoie souvent à une réelle culture profes-
sionnelle ; donnons comme exemples : « animateur 9-13 ans », « animateur
15-18 ans », « animateur lecture »...
Dans la description de leurs missions principales, sont cumulées des respon-
sabilités de gestion de structure, d'animation d'équipe et d'alimentation du projet.
Les activités sont ainsi décrites : « gestion générale des secteurs, personnel, bud-
get, conduite d'équipe et des actions », « responsabilité des personnels, des bud-
gets, conception et mise en oeuvre d'actions dans le domaine de l'animation péri-
et extra-scolaire », « gestion financière, gestion du personnel, garant de la défini-
tion et de la mise en oeuvre du projet éducatif et des programmes de l'associa-
tion », « coordination pédagogique, élaboration de budgets, suivi et application,
suivi administratif », « animation d'équipe, développement de projets, gestion de
budgets, représentation institutionnelle, partenariat ». Ces descriptifs d'activités
nous renvoient à l'interrogation sur le niveau des formations et, par extension
d'usage — même s'il s'agit d'un emploi abusif —, sur le niveau des emplois corres-
pondants. Nombre de ces cadres sont titulaires du DEFA, ou en cours de forma-
tion DEFA, mais les emplois qu'ils décrivent à travers les activités sont des
emplois qui nécessitent des formations de niveau II. Le DEFA n'est pas encore
homologué, son niveau de référence fait débat'', mais semble bien là que pour
beaucoup il puisse être considéré comme une formation de niveau II, plutôt que
de niveau III.
Les relations avec les élus
Le développement de relations partenariales et le rapport aux élus deviennent
des axes de travail communs et habituels.
La description des missions fondamentales confirme globalement les respon-
sabilités assumées au sein de la structure dans ce sens qu'interviennent prioritai-
renient le développement et la coordination de projets, la mise en place des
actions retenues, puis la gestion du personnel et des budgets, la communication
avec les publics et les partenaires, enfin l'animation, la formation et l'accompa-
gnement des usagers.
12. Pour le ministère des Affaires sociales, le DEFA se situerait au niveau III. Il se retrouverait alors
au même niveau que les formations initiales d'autres travailleurs sociaux comme les ES, les AS, les
CESF.
N » 36 AGORA ( DÉBATS/JEUNESSE 15 Même si en raison des missions qui leur sont confiées, la situation de face à
face avec les publics tend à s'estomper au profit d'une logique de gestionnaire,
plus de 78 % des animateurs interrogés ont réitéré et insisté sur leur implication
directe auprès des publics. Leur intervention directe, fût-elle parcimonieuse, n'en
conserve pas moins un potentiel de structuration important de l'identité profes-
sionnelle, et explique aussi le rappel dans les intitulés des postes du profil d'ani-
mateur, souvent combiné avec celui de responsable. En qualité de gestionnaire
d'équipe et de budgets, les animateurs interrogés déclarent majoritairement entre-
tenir des relations avec d'autres animateurs au sein de la structure et avec des
élus à l'extérieur. Plus de 80 % des animateurs professionnels signalent être en
contact avec les élus locaux, ce qui reste une originalité du rôle d'animateur par
rapport à d'autres intervenants sociaux.
Dès le début de la conception d'un projet d'animation, son porteur prépare des
dossiers de demande de subventions pour les soumettre aux différents parte-
naires institutionnels. Les pouvoirs publics apparaissent comme les principaux par-
tenaires institutionnels des associations. Ils ne répondent favorablement à une
sollicitation que si elle satisfait à deux conditions liées, l'inscription du projet pour
lequel un financement est demandé dans le cadre des dispositifs mis en place par
leurs soins et l'intérêt qu'ils peuvent avoir à financer l'action en question. Ces deux
exigences, l'une objective et l'autre subjective, autorisent les partenaires institu-
tionnels à adopter toute attitude qu'ils souhaitent à l'égard d'une structure asso-
ciative. Cette situation fort inégale incite les animateurs professionnels à nouer
des contacts réguliers avec les élus dans le but de partager l'analyse des évolu-
tions du milieu, d'échanger sur le diagnostic des ressources et des contraintes, de
procéder ensemble à la mise en place d'une méthode de travail. Ces relations de
travail sont régulières, plus fréquentes dans l'espace rural qu'en milieu urbain ;
cette proximité plus grande dans l'espace rural s'explique par la faible dotation de
ces zones en organismes susceptibles de financer des structures associatives, ce
qui accroît la valence des communes.
La fréquence des relations entre animateurs et élus s'avère le plus souvent heb-
domadaire (26 %), mensuelle (17 %), trimestrielle (12 %)... Ces rapports réguliers
entre un animateur porteur d'un projet et un élu partageant les mêmes diagnostic et
démarche expliquent, au moins en partie, le fait que nombre d'animateurs gèrent
personnellement des budgets. Ils sont en effet plus de 85 % à déclarer gérer des
budgets, ce qui en fait l'une des premières compétences attendues des animateurs.
La régularité des contacts et des réunions avec les élus s'explique par la
congruence d'intérêts défendus conjointement. Avant de mettre en place une acti-
vité, les animateurs et les élus se rencontrent afin d'établir un diagnostic partagé.
Ces « réunions d'information », ces « rencontres informelles », ces « temps de
concertation », d'échanges, de discussions et d'analyse de pratiques ont pour but
de procéder à une mise au point des dispositifs existants, des actions à mener en
fonction de l'émergence de besoins non satisfaits et « d'harmoniser la politique
d'action sectorielle ». Cette phase exploratoire constitue un préalable avant la
mise en place de tout projet et, par suite, de toute demande de financement.
16 ITINÉRAIRES DES
Un animateur résume cette étape préparatoire par la formule suivante :
ANIMATEURS
Je pense que la convergence d'intérêt élus/travailleurs sociaux fait que nous
sommes condamnés à nous entendre. » Avec la municipalisation croissante de la
vie associative locale', il paraît impérieux pour les porteurs de projets de nouer, de
tisser et de développer des relations d'a entente », voire de complicité, afin de
mener à bien leurs projets. La situation actuelle se caractérise par un glissement
de tutelle, une translation du national vers le local. Il est vrai que cette évolution
s'opère dans le sens d'un rapprochement entre les décideurs et les opérateurs au
niveau local, toutefois elle contribue à impliquer davantage les responsables asso-
ciatifs et les animateurs dans la vie sociopolitique locale. Les effets régulateurs du
national s'estompent au profit du renforcement de certains localismes. Cette
situation peut certes libérer un certain nombre d'énergies associatives mais elle
peut également générer des difficultés importantes en cas de divergence politique
des animateurs.
La concertation entre les animateurs, les élus locaux et les autres partenaires
intervient certes durant la phase préparatoire du projet à mettre en oeuvre, elle se
poursuit lors de la phase de réalisation avec, le plus souvent, la mise en place
d'une procédure de suivi de l'état d'avancement du projet et, à l'issue de l'action
engagée, les partenaires dans leur ensemble soit sont informés des résultats
obtenus, soit procèdent collectivement à l'établissement du bilan de l'action
concernée.
La fréquence et la régularité des rapports que les animateurs développent avec
les élus sont étroitement liées au montant des subventions accordées. 86 % des
animateurs interrogés déclarent qu'ils gèrent personnellement des budgets : 15 %
gèrent en propre un budget variant de 70 000 à 150 000 euros, 13,5 % gèrent un
budget variant de 23 000 à 70 000 euros, 16 % gèrent un budget inférieur à
23 000 euros, 13,5 o/o gèrent un budget variant de 150 000 à 300 000 euros, et
15 % gèrent un budget supérieur à 300 000 euros, 13 `Vo environ soulignent que,
d'une année sur l'autre, le budget dont ils assurent la gestion oscille de 15 000 à
75 000 euros. Seuls 14 % des animateurs répondant au questionnaire semblent
n'avoir aucune prise sur les ressources financières des actions qu'ils engagent ou
auxquelles ils participent.
Le positionnement des animateurs
Globalement, il apparaît clairement que la majorité des animateurs se situent à
l'alpha et à l'oméga de l'activité d'animation, c'est-à-dire qu'ils sont impliqués dans
le repérage des besoins sociaux émergents, dans la conception d'un projet visant
à répondre à la demande sociale ainsi exprimée, dans la mobilisation de parte-
naires adéquats, dans la conduite de l'action retenue selon les techniques d'ani-
mation appropriées et, au terme de la réalisation du projet d'animation, ils
procèdent à l'évaluation de l'opération engagée. La diversité des tâches accom-
plies permet d'apprécier la polyvalence des animateurs, mais elle permet aussi de
mesurer l'écart entre les tâches et l'intitulé du poste. Même si 57 % des
13. RAGI T., « Les associations tutellisées «, in « Du corps à l'identité sexuée «, AGORA débats/
jeunesse, n° 18, 4e trimestre 1999, pp. 4-8. Lire également RAGI T. « Les relations entre associa-
tions et pouvoirs publics >›, in « L'utopie associative «, Projet, n° 264, 2000-2001, pp. 79-87.
N° 36 AGORA ( DÉBATS/JEUNESSE 17 animateurs considèrent que l'intitulé de leur poste est en adéquation avec les
tâches qu'ils accomplissent, 33 % d'entre eux soulignent néanmoins le décalage
qu'ils vivent dans l'exercice de leur profession. Ce décalage se décline tantôt sous
la forme d'un intitulé imprécis, « flou », « général », « trop vague » à l'exemple de
chargé de mission », tantôt sous la forme d'une présentation trop « restrictive »
et « limitative » quant aux responsabilités effectivement assumées à l'instar de
14 . « directeur adjoint d'équipement »
Ainsi, certains animateurs insistent sur l'absence d'ajustement entre leurs mis-
sions et leur rétribution. Un animateur se confie sur l'imprécision qui enveloppe
son statut : « L'intitulé de mon poste est "animateur permanent", mon grade cor-
respond à adjoint d'animation. Ces deux intitulés ne donnent aucune précision sur
un quelconque profil de poste. » Ce qui est plus le fruit d'une représentation et
d'un vécu qu'une réalité puisque la grille de la fonction publique qui utilise le
vocable d'adjoint (territorial) d'animation précise que ceux-ci « mettent en oeuvre,
éventuellement sous la responsabilité d'un animateur territorial, des activités
nécessitant une compétence reconnue ».
L'écart entre les fonctions actuelles et l'intitulé de poste se répercute égale-
ment au niveau des attentes dans les mêmes proportions, dans ce sens que les
animateurs les plus déçus pointent l'éclectisme des missions remplies, l'absence
de profil de poste clairement identifié et des salaires jugés insuffisants au regard
des tâches accomplies.
VALEURS ET ENGAGEMENTS"
Malgré ces écarts, les animateurs interrogés se déclarent profondément atta-
chés à leur métier. Ils ont choisi cette voie professionnelle pour « faire avancer des
idées, agir pour faire évoluer la société » (près de 46 °/c, , ), pour « renforcer et amé-
liorer les relations humaines » (38,5 %) et pour « mettre en place des projets »
(22,5 5'0). Le contact avec le public, la qualité des relations humaines, l'engage-
ment social, l'altruisme, la défense de valeurs universelles, associés à une pro-
fession où la « routine n'existe pas », où « l'idée de créer prend tout son sens »,
telles sont les premières motivations des animateurs interrogés. Un des répon-
dants résume fort bien !es arguments qui justifient le choix de ce métier :
« L'amour de l'humanité mêlé à un enrichissement personnel, volonté de faire
passer des idées et une place à la contestation'", possibilité d'expression et
d'adhésion aux valeurs de l'éducation populaire, enfin variété dans le travail. »
L'investissement dans les fonctions d'animation s'inscrit bien entendu dans une pers-
pective de quête du sens''. Cette recherche se vit en fonction d'un idéal de référence.
14. Les termes présentés entre guillemets sont extraits des réponses au questionnaire.
15. RAGI T., « Les animateurs : professionnels et militants ? in « Les jeunes et la mondialisation ”,
AGORA débats/jeunesse, ri° 19, 1 - trimestre 2000, pp. 4-8.
16. Cette attitude contestataire est fort bien résumée par P. Besnard qui écrit que l'animation « peut
devenir le lieu et l'instrument d'une critique sociale des institutions, de la culture et de la société
(Animateur socioculturel : une profession différente, ESF, Paris, 1980, p. 41).
17. RAGI T., Acteurs de l'intégration, op. cit. (en particulier le chapitre « Identités professionnelles
et stratégies associatives », pp. 127-210).
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