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Anthropologie du silence polynésien

De
288 pages
L'impact de l'influence missionnaire et coloniale en Polynésie au XIXe siècle a été considérable. La modernité et les expérimentations nucléaires du XXe siècle ont renforcé ce choc culturel à un point tel que beaucoup pensent que la culture polynésienne traditionnelle a disparu, alors qu'il n'en est rien. La tradition polynésienne est restée vivante, opérante grâce à sa culture du silence. Il n'y a pas un, mais des silences, la dureté polynésienne est avérée mais ne pas se plaindre n'est en rien une absence de souffrance. L'absence de plainte a permis à Tahiti de rester ancrée au mythe du paradis, mais le silence polynésien reste à entendre.
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Anthropologie du silence polynésien« Gémir n’est pas de mise aux Marquises…»
« Portes océanes » Collection dirigée par Frédéric Angleviel, professeur des universités en histoire et Paul Magulue Fizin, docteur en histoire ette collection est dédiée en premier lieu à une meilleure Cconnaissance de l’Océanie et des espaces insulaires à partir de l’édition cohérente des articles épars de chercheurs reconnus ou de la mise en perspective d’une thématique à travers les contributions les plus notables. La collection « Portes océanes » a donc pour objectif de créer des ponts entre les différents acteurs de la recherche et de mettre à la disposition de tous des bouquets d’articles et de contributions, publications éparses méconnues et souvent épuisées. En effet, la recherche disposant désormais de très nombreuses possibilités d’édition, on constate souvent une fragmentation et une dissémination de la connaissance. Ces rééditions en cohérence se veulent donc un outil au service des sciences humaines et sociales appliquées aux milieux insulaires et plus particulièrement à ceux de l’aire Pacifique. En second lieu, la collection « Portes océanes » a pour ambition de permettre la diffusion auprès du public francophone des principaux résultats de la recherche internationale, grâce à une politique concertée et progressive de traduction. Tout naturellement, elle permettra aussi la publication de colloques ou de séminaires sans s’interdire la publication d’ouvrages mettant à la disposition du public les derniers travaux universitaires ou des recherches originales portant sur les milieux insulaires, les outre-mers francophones et la région Pacifique. © L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr ISBN : 978-2-343-10909-1 EAN : 9782343109091
Daniel Monconduit
Anthropologie du silence polynésien « Gémir n’est pas de mise aux Marquises… »
Collection « Portes océanes »
Déjà parus
01. Angleviel Frédéric :Histoire de la Nouvelle-Calédonie. Nouvelles approches, nouveaux objets, 2005. e e 02. Faessel Sonia :Vision des îles : Tahiti et l’imaginaire européen. Du mythe à son exploitation littéraire (XVIII-XXsiècles), 2006. 03. Moyrand Alain :Droit institutionnel de la Polynésie française, 2007. 04. Chatti Mounira, Clinchamps Nicolas et Vigier Stéphanie (dir.) :Pouvoir(s) et politique(s) en Océanie – Actes e duXIXcolloque CORAIL,2007. 05. Al Wardi Sémir :Tahiti Nui ou les dérives de l’autonomie,2008. 06. Angleviel Frédéric (dir.) :Chants pour l’au-delà des mers. Mélanges en l’honneur du professeur Jean Martin, 2008. 07. Carteron Benoît :Identités culturelles et sentiment d’appartenance en Nouvelle-Calédonie,2008. 08. Angleviel Frédéric et Lebigre Jean-Michel (dir.) :De la Nouvelle-Calédonie au Pacifique,2009. 09. Dumas Pascal et Lebigre Jean-Michel (dir.) :La Brousse, représentations et enjeux, 2010. 10. Debene Marc et Pastorel Jean-Paul (dir.) :La « loi du pays » en Polynésie française,2011. 11. Poitrine Bernard :Tahiti : une économie sous serre,2011. 12. Pechberty Dominique :Vie quotidienne aux îles Marquises, 2011. 13. Pechberty Dominique :Récits de missionnaires aux îles Marquises, 2011. 14. Maresca Pierre :L’Exception calédonienne, 2011. 15. Cartacheff Nathalie :La vie quotidienne à Maré au temps des Vieux,2012. 16. Bertram Robert :La bipolarisation politique de la Nouvelle-Calédonie depuis 1975,2012. 17. Moyrand Alain :Droit institutionnel et statutaire de la Polynésie française,2012. 18. Angleviel Frédéric (dir) :Les outre-mers français, Actualités et Études,2012. 19. Chatti Mounira (dir.) :Masculin/Féminin : Sexe, genre, identité, 2012. 20. Angleviel Frédéric (dir.) :La Mélanésie. Actualités et Études, 2012. 21. Faberon Jean-Yves (dir.) :Pieds-Noirs en Nouvelle-Calédonie. Témoignages et analyses, 2012. 22. Perez Michel, Zimmer René et Barbe Dominique (dir.) :Objet d’art et art de l’objet, 2013. 23. Le Bourlot Annick Jacky :Á l’Anse Vata, 2013. 24. Berger Corinne et Roques Jean-Luc :L’eau dans le Pacifique Sud, 2013. 25. Ali Abdallah Ahmed :Le statut juridique de Mayotte. Concilier droit interne et droit international, 2014. 26. Abong Marcelin & Angleviel Frédéric (dir.) :La Mélanésie. Actualités et Études,Vol. II, 2014. 27. Manga Jean-Baptiste :Des pérégrinations du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Nouvelle-Calédonie -Nunavut, 2014. 28. Rosada Alexandre :Mémoires d’Algérie. Des pieds-noirs de Calédonie racontent,2014. 29. Delathière Jerry :Nouvelle-Calédonie, Chroniques sanglantes. Douze histoires vraies, 2015. 30. Cartacheff Nathalie :Danses et concepts en Océanie, 2015. 31. Lallemant-Moe Hervé Raimana :Assistance environnementale et changements climatiques dans le Pacifique sud, 2016. 32. Rosada Alexandre :Vagabondages initiatiques, 2016. 33. Chardon-Isch Nicole :Histoires de la Tamoa, 2016. 34. Claire Colombel-Teuira, Véronique Fillol et Stéphanie Geneix-Rabault :Littéracies en Océanie : enjeux et pratiques, 2016. 35. Roux Jean-Claude & Shekleton Max (éditeurs) :Les souvenirs du colon Edmond Caillard aux Nouvelles-Hébrides (Vanuatu), 2016.
À paraître Inghels Elvina :Le tourisme en Nouvelle-Calédonie. Lechat Mareva :Jeux politiques et processus d’autonomisation en Polynésie française, 1957-2011.
Remerciements Je remercie tous ceux qui m’ont permis de faire cette démarche anthropologique, notamment Paul de Deckker, professeur d’anthropologie dont je fus l’étudiant, et Bernard Gilles. Une reconnaissance particulière à Louise Peltzer, docteur en linguistique, ministre de la Culture, qui a dirigé ma thèse. Un regard polynésien était essentiel pour valider ma recherche. Un remerciement à Pascal Hintermeyer, chercheur au C.N.R.S, qui m’a aidé à mettre en perspectiveles silencespolynésiens. Un grand merci à toutes les personnes dont le nom est cité dans cet ouvrage, pour le temps qu’ils ont accordé à cette recherche. Merci au personnel de l’hôpital Mamao (devenu C.H.P.F), en particulier à Chantal Vanson. Merci à Vaitea Legayic qui m’a permis de partager ma recherche avec les équipes soignantes du Centre Hospitalier de Polynésie française. Merci aux équipes pédagogiques des écoles d’Oremu élémentaire de Faa’a et Amahi de Punaauia, en particulier Rose, enseignante, et Mme Fradet, inspectrice de l’éducation. Merci à un ami, Sémir Al Wardi, maître de conférences en sciences politiques à l’U.P.F, qui a encouragé et permis la publication de cet ouvrage. Merci à Caroline Bidaud pour sa relecture attentionnée. A mon père à qui je dédie cet ouvrage.
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PréambuleNOTRE DÉMARCHE ANTHROPOLOGIQUE : VERS L’ÊTRE POLYNÉSIEN Elisabeth Copet-Rougier précise que si l’épicentre actuel de l’anthropologie est l’anthropologie sociale, ce qui caractérise l’anthropologie est plus la façon d’appréhender la réalité humaine : « l’ambition de l’anthropologie, prise au sens le plus large, serait de rassembler dans une perspective globalisante toutes les disciplines 1 étudiant l’homme » . Il y a dans l’anthropologie l’immersion d’un regard au sein d’une société. Au point de retrouver ce que Claude Lévi-Strauss mettait en avant : « on y cherche à faire de la subjectivité la plus intime, un moyen de démonstration objectif ». E. Copet-Rougier rajoute : « L’expérience ethnologique est unique en ce qu’elle oblige l’observateur à mettre en question ses propres catégories, à s’ouvrir aux raisonnements des autres, à les analyser et à la restituer à la compréhension de sa propre société ». Par cette remise en question, à quoi elle tend et à laquelle elle contraint le spécialiste, l’anthropologie a élaboré de nouveaux concepts, qui ont défini ses divers domaines. Nous n’oublierons pas que l’on est dans une visée globalisante qui se veut objective, mais non réductrice. Globalisante veut forcément dire que cette étude n’est pas applicable à chaque individu ; objective voulant dire qu’un trait caractérise l’ensemble référentiel dont on parle. Ces traits caractéristiques feront référence à une tradition culturelle structurée avant la colonisation. Notre démarche sera de repérer s’ils sont toujours objectivement observables après de multiples autres influences culturelles. Cette démarche pose le problème de l’identité. Lorsque l’on emploie le terme de Polynésien, à qui s’adresse-t-on ? Etre polynésien couvre quelle réalité ?
1  Encyclopedia Universalis, corpus n° 2, Edition de 1993, Paris, 1 055 p., anthropologie, pp. 519- 526.
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L’identité culturelle se structure à travers une histoire commune, partagée. Il s’agira de considérer cette question non pas sous un angle statique, dans une démarche descriptive d’une originalité conservée, mais dans une démarche dynamique structurante. L’inconscient collectif tout comme l’inconscient individuel est en fait une mémoire qui va permettre une structuration collective à partir d’une assimilation des nouveaux référentiels. On retrouve ce que B. Jewsiewicki écrit dansNaître et Mourir au Zaïre: « Prise dans cette optique, la mémoire individuelle et la mémoire collective s’articulent, s’affrontent, se nourrissent l’une l’autre, se contredisent. […]. La mémoire n’est ni un récit, ni une liste [généalogie par exemple], mais une 2 configuration signifiante des lieux de mémoire » .En effet dans toute structuration collective, il y a des interdits, des tabous qui fixent des limites qui sont l’expression même de la structuration d’un corps collectif. Elles permettent de voir sur quoi s’articule le monde intérieur d’un individu. Et d’être la trame de son identité. Mais ces interdits, ces limites spatiales évoluent à l’image de toute naissance. Le conflit, la découverte, l’art inscrivent une temporalité inhérente à l’histoire de toute culture. Être Polynésien est avant tout être inscrit dans une histoire. Claude Lévi-Strauss, dès le milieu des années 1940, va manifester sa volonté d’interpréter la vie des sociétés et des cultures en termes de logique inconsciente. Cette perspective est à rapprocher de celle de la méthode, à la fois analytique et explicative, dite structurale. Les propriétés de ce que C. Lévi-Strauss va qualifier de « pensée sauvage » sont à la fois structurées et structurantes : « Le primat des formes inconscientes vient de ce qu’elles fonctionnent comme un langage, donc comme une structure, mais aussi de ce qu’elles 3 expriment un mode de lecture, voire de fabrication du monde » . Toutefois, dans notre étude, nous ne nous placerons pas dans la perspective structuraliste d’un langage universel, mais d’une langue qui confère à ceux qui la pratiquent une représentation du monde, une « fabrication du monde ».2 B.Jewieicki,Naître et Mourir au Zaïre, Ed. Karthala, Paris, 1993. p. 59 - 60. 3 C. Levi-Strauss,La pensée sauvage, Ed. Plon, Paris, 1962, p. 89.
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La notion d’identité est donc une notion plus complexe, plus vivante que la notion de tradition qui apparaît beaucoup plus figée et assimilable au passé. Dans la notion d’identité culturelle, il y a une notion dynamique de rapport au présent avec un référentiel relié à è l’histoire. Ce serait une erreur de considérer qu’avant le XIX et le è XX siècle il y aurait eu une fixité, une tradition polynésienne isolée qui se serait développée sans se confronter à d’autres influences culturelles, donc à d’autres groupes humains ayant une autre histoire. La culture polynésienne est issue d’une suite de longues et anciennes migrations. La mobilité même de cette culture a intégré dans ses pratiques et représentations des traits mélanésiens. Cette mixité première étant à la source de la culture polynésienne, elle resitue le fait de la mixité dans une dynamique fondamentale de l’identité polynésienne. Cela est rarement souligné et la dimension « demi » de la population actuelle n’est pas assez mise en perspective avec cette mixité première. La variété des milieux naturels à laquelle s’est adaptée la culture polynésienne met en valeur sa faculté d’intégration d’environnements nouveaux. Les Polynésiens ont été d’abord des explorateurs même si leurs installations dans les îles du Pacifique se sont arrêtées il y a plus de mille ans. La culture polynésienne se caractérise par son mouvement d’expansion dans le Pacifique, par ses navigations, par la découverte de nouvelles îles, par son adaptation à de nouveaux milieux hostiles et isolés. Elle assimilera, développera ou créera des traditions au fur et à mesure des nouvelles données qui s’imposeront à elle. Cette dynamique d’intégration millénaire va être très importante dans è è l’assimilation des bouleversements coloniaux du XIX et XX siècle. Être Polynésien traduit déjà au moins cette dynamique d’intégration. A la question : « comment se définit l’autre dans la culture polynésienne ? », Flora Devatine répondait : « l’Autre ne se définit pas comme tel ; c’est celui à qui on donne une place ». Les apports culturels ont pris une place. Ont-ils bouleversé la logique du système premier ? La référence à l’origine, le lien, fonde la place dans la culture polynésienne. Ce lien fondera une dynamique d’assimilation tout en préservant une cohérence, une histoire structurée à la source de l’identité polynésienne.
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