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Anthropologie, mythologies et histoire de la chevelure et de la pilosité

De
355 pages
Les cheveux et les poils sont des signes. Ils définissent les apparences et ne sont aucunement superficiels. Leur absence, leur longueur, leurs formes et leurs couleurs désignent ou veulent désigner quelque chose dans une société donnée, à un moment donné. Cheveux et poils sont les éléments les plus aisément transformables ou escamotables du corps humain, ils restent des identifiants remarquables des personnes. Ils viennent dire aux autres quelque chose de soi, de son rapport au monde et à la société.
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Anthropologie, mythologies et histoire
de la chevelure et de la pilosité
Le sens du poil





























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© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’Ecole polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-54553-3
EAN : 9782296545533

SENS DU POIL-18.pdf 4 07/03/11 16:35Etudes réunies par
Bertrand Lançon et Marie-Hélène Delavaud-Roux






Anthropologie, mythologies et histoire
de la chevelure et de la pilosité
Le sens du poil




























L’Harmattan

SENS DU POIL-18.pdf 5 07/03/11 16:35Le Corps en question
Collection dirigée par Florence Braunstein

“Le corps en question” aborde le problème du corps dans les sciences
humaines aussi bien dans les domaines de la philosophie, de la littérature, de
l’art ou de l’histoire et de l’anthropologie. Il n’ y a pas de limites pour
envisager le sujet dans le temps ou l’espace. C’est “un corps ouvert” à toutes
les problématiques mais la collection privilégie les sujets de recherche
originaux rarement abordés, les auteurs, les époques n’ayant pas fait l’objet
de réflexion sur le corps. Les ouvrages de la collection ne répondent pas à
d’autres exigences que celles de la grande qualité.


Dernières parutions

Stéphane HEAS, Laurent MISERY (dir.), Variations sur la peau. Tome 2.
B. GALINON-MELENEC, F. MARTIN-JUCHAT, Le corps communicant. Variations sur la peau.
Céline ROUX, Danse(s) performative(s).
Stéphane HEAS, Yannick Le HENAFF, Tatouages et cicatrices.
Sylvain FEREZ, Le corps déstabilisé.
Colette JUILLIARD, Les odalisques de J.-A.-D. Ingres.
Florence BRAUNSTEIN, Age des héros, âge des guerriers.
Dominique PAQUET, La dimension olfactive dans le théâtre contemporain.
Lina FRANCO, Georges Bataille. Le corps fictionnel.
Jean-François PEPIN, Aspects du corps dans l’oeuvre de Romain Gary.
Société française de Sophrologie, Sophrologie face aux difficultés de la vie.

















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Remerciements

Tous nos remerciements à Stéphane Héas, Maître de conférences en sociologie
à l'Université de de Rennes II pour avoir constitué l'index et relu l'intégralité de
l'ouvrage.


SENS DU POIL-18.pdf 7 07/03/11 16:35Ouvrages des mêmes auteurs

e eLançon B., (1992). Le monde romain tardif (III -VII siècle après J.-C.),
Armand Colin, coll. « Cursus / Histoire », Paris.
Lançon B., (1995). Rome dans l'Antiquité tardive (312-604 après J.-C.),
Hachette, coll. « La vie quotidienne : civilisations et sociétés », Paris.
Lançon B., (2008). L'État romain : quatorze siècles de modèles politiques,
èreNathan, « coll. 128 » (1 éd. 1995).
Lançon B, (1997). L'Antiquité tardive, PUF, coll. « Que sais-je ? », Paris.
Lançon B., Bonnet C., (1997). L'Empire romain de 192 à 325. Du haut Empire
à l'Antiquité tardive, Paris, Ophrys.
Lançon B., (1998). Constantin (306-337), PUF, coll. « Que sais-je ? », Paris.
Lançon B., C.-J. Schwentzel, (2005). L’Égypte hellénistique et romaine, « coll.
ère128 », Nathan, 1 éd. 1999.
Lançon B., (2005). Les Romains, Le Cavalier bleu, coll. « Idées reçues : histoire
& civilisation », Paris.
Lançon B. et Moreau T., (2009). Les premiers chrétiens, Éditions du Cavalier
Bleu, coll. « Idées reçues », Paris.

Delavaud-Roux M.-H., (1993). Les danses armées en Grèce antique,
Publications de l'Université de Provence, Aix-en-provence.
Delavaud-Roux M.-H., (1994). Les danses pacifiques en Grèce antique, PUP,
Aix-en-provence.
Delavaud-Roux M.-H., (1995). Les danses dionysiaques en Grèce antique,
PUP, Aix-en-provence.
Delavaud-Roux M.-H., (2002). Sources. Travaux historiques. Revue de
l'association Histoire au présent. Tables des n° 1 à 56. Années 1985-2000,
Sources et travaux historiques, N° 57-60.

Directions d’ouvrages

Lançon B., Jeanjean B., "Chronique" : continuation de la "Chronique"
d'Eusèble, années 326-378 ; suivie de quatre études sur les Chroniques et
chronographies dans l'Antiquité tardive, IVe-VIe siècles : actes de la table
ronde du GESTIAT, Brest, 22 et 23 mars 2002, PUR, coll. « Histoire », Rennes,
2004.

Delavaud-Roux M.-H., Gontier P., Liesenfelt A.-M. (dir.) (2000). Guerres et
e esociétés : mondes grecs : V -IV siècles, Neuilly, Atlande.
Delavaud-Roux M.-H. (dir.), (sous presses). Musiques et danses dans
l’Antiquité. Actes du colloque international Musiques, rythmes et danses
l'Antiquité, Université de Bretagne Occidentale, Brest, 29-30 septembre 2006,
PUR, Rennes.


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LES AUTEURS

ANDERSEN VINILANDICUS Peter Hvilshoj, Université de Strasbourg.

BOUCHET Marie, Université de Toulouse II-le Mirail.

BRULÉ, Pierre, Université de Haute-Bretagne, Rennes II (LAHM-UMR 6566).

CHASTAING Myriam, CHU de Brest, Unité de Psychiatrie de Liaison,
Université Européenne de Bretagne (UBO-Brest), JE2535 Ethique,
professionnalisme et santé.

COUMERT Magali, Université Européenne de Bretagne, CRBC (UBO-Brest).

CASSARD Jean-Christophe, Université Européenne de Bretagne, CRBC
(UBO-Brest).

DAVID Pascal, Université Européenne de Bretagne, EPS (JE 2535) (UBO-
Brest).

DUMEZIL Bruno, Université de Paris Ouest-Nanterre-La Défense.

DELAVAUD-ROUX Marie-Hélène, Université Européenne de Bretagne, EA
4249-HCTI (UBO-Brest).

DUTRAY Sabine, Psychologue clinicienne, CHU de Brest, Service de
dermatologie.

HEAS Stéphane, sociologue, Université Européenne de Bretagne, Université
Haute-Bretagne, Rennes II, EA 2241.

JEANJEAN Benoît, Université Européenne de Bretagne, EA 4249-HCTI
(UBO-Brest).

LANÇON Bertrand, Université Européenne de Bretagne, EA 4249-HCTI
(UBO-Brest).

LAVERGNE David, Direction régionale des affaires culturelles / Université de
Provence.

MEHL Véronique, Université de Bretagne Sud, Cerhio CNRS UMR 6258.


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MISERY Laurent, CHU de Brest, Service de Dermatologie Université
Européenne de Bretagne (UBO-Brest), JE2535 Ethique, professionnalisme et
santé.

MOITRIEUX Gérard, Université de Bretagne Occidentale, Brest.

MONTOYA Manuel, Université Européenne de Bretagne, EA 4249- HCTI
(UBO-Brest).

PALACIO Jean de, Université de Paris IV-Sorbonne.

RICORDEL Yvan, Dir. du Laboratoire de toxicologie de la Préfecture de police
de Paris.

ROBERT Solène, étudiante en M2, Université Européenne de Bretagne (UBO-
Brest).

ROBERTIE Pierre de la, Université Rennes 2. Equipe d'accueil LIDILE.

WOLFF Etienne, Université de Paris X-Nanterre.
10

SENS DU POIL-18.pdf 10 07/03/11 16:35Sommaire

Avant-propos
Introduction
Abréviations
Première partie : Mythologies pileuses et capillaires / figures
emblématiques

Deuxième partie : Place, rôles, sens
Troisième partie : L'ablation : du sacrifice à la punition

Quatrième partie : Alternatives, masculinité/féminité ;
sagesse/barbarité/sensualité

Cinquième partie : Représentations : images littéraires, picturales,
cinématographiques

Sixième partie : Ordres et désordres : société, politique, police

Conclusion

Index

Tables des matières


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SENS DU POIL-18.pdf 12 07/03/11 16:35Avant-propos


Les vingt-deux textes qui composent ce livre sont issus des communications qui
ont été données lors d’un colloque, « Le sens du poil », qui s’est tenu du 31 mai
au 2 juin 2007 à la Faculté des Lettres et Sciences Humaines Victor Segalen de
Brest.
Résolument transdisciplinaire, ce colloque a réuni des historiens, des
sociologues, des ethnologues, des médecins, des philosophes, des psychologues
et des spécialistes de littérature. Il a permis de mettre en relation les perceptions
et les réflexions émanant des différentes sciences humaines et celles
qu’apportent les discours littéraires. Cela s’est fait sans obéir à un ordre
chronologique et didactique, mais en suivant six grands thèmes :

Les mythologies pileuses et capillaires
Places, rôles et sens de la pilosité
L’ablation des cheveux : de l’offrande à la punition
Les alternatives pileuses : masculin/féminin, sagesse/barbarité, ascèse/sensualité
Les représentations littéraires et iconographiques
Ordres et désordres : société, politique, police

Cette répartition thématique, que les auteurs ont unanimement trouvée féconde,
a été conservée dans ce livre.


Colloque conçu et réalisé par Bertrand Lançon
Etudes réunies par Marie-Hélène Delavaud-Roux


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SENS DU POIL-18.pdf 14 07/03/11 16:35Introduction


Un signe, une trace

Les cheveux et les poils sont des signes. Pour définir des apparences, ces
signes-là, pourtant, ne sont aucunement superficiels. Leur absence, leur
longueur, leur forme et leur couleur sont toujours des langages qui désignent ou
veulent désigner quelque chose dans une société donnée, à un moment donné.
Cheveux et poils sont les éléments les plus aisément modelables, transformables
ou escamotables du corps humain, et, tout en étant les plus légers, sont les
identifiants les plus remarquables des personnes. Ils viennent dire aux autres
quelque chose de soi, quelque chose de son rapport au monde et à la société,
mais aussi, dans certains cas, quelque chose de sa relation au divin.
Par leur absence ou leur présence, cheveux, barbes, moustaches participent
d’une sculpture de soi qui ne laisse personne indifférent. Ces pilosités
témoignent de l’association à des groupes, à des catégories, et peuvent aussi
bien traduire une sujétion grégaire à des canons ou des modes que le choix
d’une place dans une société, ou dans ses marges. Aussi bien une révolte qu’un
renoncement, une offrande qu’un châtiment.
Dans leur absence ou leur présence, dans leur agencement, les cheveux et la
pilosité sont les expressions de choix individuels, même lorsqu’ils sont
commandés par un mimétisme. C’est pourquoi leur ablation, qu’elle soit
destinée à une offrande rituelle à des dieux grecs, ou représente une punition –
e etant dans les conflits du XX siècle que chez les Wisigoths du VII - possède une
signification mutilante et humiliante.
La pilosité représente en elle-même toute une palette de signes. Il y a les
cheveux, longs ou courts, hirsutes ou peignés, qui traduisent la beauté et la
force, l’ordre ou la contestation de l’ordre, la féminité ou la masculinité. Qu’ils
soient noirs, blonds, roux, blonds ou blancs, ils déclenchent dénotations et
connotations, tantôt valorisantes, tantôt péjoratives. Il y a aussi la barbe qui,
dans son alternative avec les joues glabres, peut, depuis l’Antiquité, définir le
sage ou le docte. Ainsi, il n’est pas innocent que l’iconographie représente
d’abord Jésus glabre à cheveux courts, avant d’en faire un barbu aux cheveux
longs. Il y a enfin les poils du corps, qui tantôt définissent le naturel et le
sensuel, tantôt la négligence de soi : par là même, l’épilation, louée ou
dépréciée, représente un clivage. Ainsi, on voit les vampires et garous perdre au
fil des siècles leur aspect velu, et, partant, de leur sauvagerie initiale. Et l’on
voit de nos jours une sorte d’écologie de la pilosité naturelle s’opposer à une
éviction du poil considérée comme stade suprême du raffinement.
Tout cela nous indique qu’en tous lieux et toutes époques, la pilosité interpelle
vivement les mentalités. A cela s’ajoute que, dans la science contemporaine,
l’analyse des poils permet d’identifier des maladies dont ont pu mourir de


SENS DU POIL-18.pdf 15 07/03/11 16:35lointains défunts. Ainsi, celle des poils de la barbe du grand humaniste Tycho
Brahé a pu révéler qu’il serait mort empoisonné.
Il est patent que ce sujet, qui peut paraître au prime abord tiré par les cheveux,
met en jeu, à la proue du corps humain, des expressions essentielles par rapport
à l’ordre et au désordre, à l’humain et au divin, au masculin et au féminin, à la
sagesse et à la barbarité, à l’ascèse et à la sensualité. Par là même, cheveux et
poils traduisent chez leurs porteurs la nature de leur présence, individuelle ou
collective, au sein des sociétés. Tout en eux est signe : identification sexuelle et
ethnique, relation à l’animalité, religiosité, sentiments politiques et
philosophiques. C’est de la richesse foisonnante de cette sémiologie que ce livre
entend rendre compte, à travers les âges et les sociétés. Certes, il ne prétend pas
à l’exhaustivité. Mais on peut espérer qu’il suscitera de nouvelles rencontres, de
nouvelles contributions, et de nouveaux débats.


Bertrand LANÇON
16

SENS DU POIL-18.pdf 16 07/03/11 16:35ABREVIATIONS


2ARV BEAZLEY John Davidson, Atttic Red Figure Vases Painters,
Oxford, Clarendon Press, 2nd ed., 1963.
CIG BÖCKH August, Corpus Inscriptionum Graecarum, 4 vol.,
Berlin, Reimer, 1828 -1877.
CRAI Comptes-rendus de l'Académie des Inscriptions et Belles
Lettres
DELG Chantraine Pierre, Dictionnaire étymologique de la langue
grecque, Klincksiek, Paris, 1968-1980.
FD III, 4 POUILLOUX Jean, Les inscriptions de la terrasse du temple
et de la région nord du sanctuaire : nos. 351 à 516, Paris, De
Boccard, 1976 (Fouilles de Delphes, tome III. Epigraphie,
fascicule 4, partie 4).
FD III BOURGUET Émile, et al., Fouilles de Delphes. III.
Épigraphie, Paris, 1909-1985.
FgrH Fragmente der Griechischen Historiker, JACOBY Felix (ed.),
1923-
IG Inscriptiones Graecae, Berlin 1903-.
2IG II-III Inscriptiones Atticae Euclidis anno posteriores, edidit
Iohannes Kirchner, Berlin, 1913-1940.
ILS Inscriptiones Latinae selectae, DESSAU Hermann (ed.) 1892-
LIMC Lexicon iconographicum mythologiae classicae, Zurich,
München, Artemis, 1981-
RBPH Revue belge de philologie et d'histoire
RE Real-Encyclopaedie der classischen Altertumwissenschaft
(Pauly-Wissova)
SEG Supplementum Epigraphicum Graecum, Leyde, 1923-.
ThesCRA Thesaurus Cultus et Rituum Antiquorum, J. Paul Getty
Museum, Los Angeles, 2004-2006 (5 vol. et index)
TRGF Tragicorum Graecorum Fragmenta, 1971-


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Première partie

Mythologies pileuses et capillaires / figures emblématiques

























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SENS DU POIL-18.pdf 20 07/03/11 16:35La barbe dans la sculpture gallo-romaine

Gérard MOITRIEUX
Université de Bretagne Occidentale, Brest.

Résumé :

À partir des représentations d'Hercule et d'autres divinités barbues dans la
sculpture gallo-romaine (notamment le dieu gaulois Cernunnos, figuré barbu ou
imberbe), on constatera que la barbe à elle seule ne permet pas de connaître
l'identité et l'origine d'une statue. En effet, si la barbe a souvent été considérée
comme un critère d'appartenance indigène, elle n'est pas spécifiquement
celtique.

Introduction

Lors de la rédaction d’un ouvrage consacré à Hercule en Gaule (1), j’ai été
amené à m’interroger sur certains critères stylistiques liés à la personnalité de ce
dieu et en particulier à la place qu’occupait sa barbe comme facteur explicatif
d’un certain nombre de sculptures. En regardant de plus près un certain nombre
de descriptions du dieu, on constate que ce type d’analyse revient
régulièrement. Ainsi dans le recueil d’É. Espérandieu, à Metz (n°57) (2), au
numéro 4287 on peut lire sous la photo : « Hercule enfant, nu, debout dans une
niche étreignant un serpent ». Pour cela, on serait fondé de voir une référence à
l’épisode de son très jeune âge, où l’épouse du roi de l’Olympe avait envoyé
deux serpents pour faire disparaître le nouveau-né. Mais le port de la massue
semble curieux pour l’enfant ainsi évoqué d’autant que les représentations que
l’on a de cet épisode ne correspondent en rien à la stèle de Metz, comme on
peut le constater sur des sculptures trouvées aussi bien en Gaule, à Nîmes par
exemple (3) (2) (4], III, n° 2657), ou en Orient, à Aphrodisias. Cela d’autant
plus qu’une stèle de Deneuvre (fig. 1) reprenant les mêmes éléments le montre
barbu : à moins de lui connaître une pilosité précoce dès le berceau, il semble
préférable de rechercher une autre explication à la figure présentée et à
l’absence de pilosité du dieu. Ici, il s’agit en fait d’une image classique du dieu,
tenant à la main le serpent symbolisant la source qui était à l’origine du
sanctuaire et qui devait aussi être la marque de son rôle guérisseur comme
l’indique le contexte archéologique (4). Une série de figurations découvertes à
Deneuvre (n°54), très spécifiques, car peu fréquentes en Gaule, éclaire le débat
(5). L’image est celle du dieu Hercule combattant, la massue brandie de la main
droite, passant derrière la tête, avec la peau de lion portée à gauche. Les détails
de la représentation montrent qu’elle est inspirée de deux modèles de statuettes
en bronze : Hercule combattant pour la massue, et Hercule au repos pour la
peau de lion. On a pu déterminer une tête de série réalisée par un sculpteur


SENS DU POIL-18.pdf 21 07/03/11 16:35expérimenté, sans doute venu de l’extérieur ; les détails anatomiques, en
particulier les muscles de l’abdomen rendus par des bourrelets disposés en biais,
sont typiques des petites sculptures en bronze. Ce poncif a donné naissance à
une série de cinq autres témoignages du même type avec quelques variantes
pour la tenue de la peau du lion qui passe de l’épaule au bras sur le dernier
exemplaire. Mais la mutation la plus intéressante pour le propos est la
disparition de la barbe : les deux exemplaires les plus anciens sont barbus et les
trois suivants ne le sont plus ; si les deux premiers sont datables de la deuxième
emoitié du II siècle, les autres sont plus récents, puisqu’ils sont attribuables au
e eIII et au début du IV siècle.
On peut donc faire la constatation que la barbe n’est pas une particularité
inhérente à la personnalité du dieu Hercule ; si l’on reprend la globalité des
figurations herculéennes, force est de constater que le port de la barbe n’est pas
un critère d’âge. En effet, la tête est encore analysable sur cent soixante-dix-huit
reliefs de ce dieu : sur ce total, cent quarante-huit sont barbus, trente ne le sont
pas ; parmi les types d’images, on peut en relever quatre-vingt-un le figurant au
repos dont quatre sont imberbes, vingt combattant (dont douze glabres), dix
marchant (dont un seul ne porte pas de barbe) tandis que, sur les vingt scènes
connues de ses travaux, celle-ci n’est là qu’une seule fois. Dans une seule
inscription, à Brohl où il est surtout connu par l’épithète saxanus, cette
spécificité est précisée par le qualificatif barbatus, donnant ainsi à celui-ci un
1caractère exceptionnel (6) (1) ([1], p. 75).
Il est donc notable que pour les mêmes travaux ou figurations, Hercule peut être
présenté dans les deux variables, comme nous pouvons le constater pour les
scènes de Cerbère, de la lutte contre l’Hydre de Lerne ou de la capture du
sanglier d’Erymanthe. Il faut cependant noter l’exception : dans la série des bas-
reliefs de Chiragan (7), figurant l’ensemble des travaux du héros, celui-ci est
sans barbe pour les premiers épisodes de sa légende (il l’est encore pour la
capture du sanglier d’Erymanthe), et il la porte pour les suivants, ce qui semble
bien correspondre ici à une chronologie du mythe, mais cela ne se retrouve pas
sur les mosaïques qui figurent le mythe, comme par exemple sur celle de Liria
(8) ou de Saint-Paul-lès-Romans (9).
Ainsi donc, si pour une même thématique on le présente sous deux aspects
différents, on peut supposer que son âge n’entre pas en ligne de compte, comme
cela a été dit à propos du témoignage de Ménestreau et de Metz. Il faut sans
doute tenir compte d’un effet de mode ou de chronologie. Le cas des stèles de
Deneuvre que l’on peut mettre en série, puisque trouvées dans un même
ensemble cohérent et chronologiquement analysable, est éclairant en ce
edomaine : la barbe disparaît sur les témoignages de la deuxième moitié du III
esiècle et du début du IV avec le changement de mode qui voit le port de la

1 Herculi barbato sacrum M(arcus)Hellius Secundus tubi(cen) legionis decimae Geminae Piae
Fideliae vslm.
22

SENS DU POIL-18.pdf 22 07/03/11 16:35barbe reculer voire disparaître. Hercule n’est pas plus jeune pour ses travaux
avec le temps, mais il est conforme aux poncifs esthétiques de son époque : loin
d’être stéréotypée, la figuration des divinités est donc sensible aux changements
des canons de la mode.
Mais l’on peut se poser la question pour d’autres têtes, barbues ou non,
qui ont été identifiées par leur système pileux. Ainsi, des têtes isolées
prognathes, barbues, avec un air un peu brutal, sont devenues des témoignages
du dieu Hercule. Aussi, dans un travail consacré à ce dieu en Gaule, il a paru
logique d’éliminer les témoignages (Au total 16 figurations de têtes ont ainsi été
éliminées) qui n’étaient identifiés que par ces seuls indices, dont la facilité
d’usage n’a d’égale que l’approximation (1) ([1], p. 18-19). Si le stéréotype est
ainsi de rigueur, on doit constater que c’est souvent l’environnement qui est le
véritable fil directeur de l’identification de têtes incertaines ; quelques exemples
permettent d’éclairer la question.
A Grand, dans les Vosges (cité des Leuques), parmi les nombreuses têtes
séparées de leur corps et destinées à servir de matériau de construction, on peut
en retenir quatre :
La première (figure 2) est celle d’un homme aux cheveux courts avec un visage
assez brutal, portant une barbe et une moustache épaisses (5) ([8], n° 0617). Elle
a été considérée comme une représentation d’Esculape (10) et mise en relation
avec des fragments de serpent qui ont été trouvés dans le même contexte
archéologique. Effectivement, quand la tête n’a pas disparu, sur les quelques
représentations de ce dieu en Gaule, Esculape porte une barbe et une moustache
comme c’est le cas pour deux statuettes du musée d’Aix-en-Provence ou à
Vichy (2) ([5], III, nos 2478, 2480, 2753). Ces sculptures ont été identifiées par
le bâton entouré d’un serpent sur lequel il s’appuyait et qui est l’élément
fondamental de son identification (mais là aussi il faut être prudent, car à
Archettes (n°88), un Mercure tient ce même attribut (5) ([8], n° 0038). Mais ici
rien de tel, tout comme à Trèves où les auteurs ont été plus circonspects limitant
leur choix à Esculape, Jupiter ou Neptune sans que rien ne puisse faire pencher
le choix vers l’un d’eux… ou un autre personnage (11). L’identification de
Grand repose sur le contexte archéologique qui tend à faire de ce site un
sanctuaire guérisseur attesté par des ex-voto incontestables (deux jambes en
bronze, quelques inscriptions) ; cela a induit la reconnaissance qui a été faite du
dieu de la médecine dont la présence semblait inévitable dans un tel
environnement, et comme les exemplaires connus portent une barbe le pas a été
franchi sans doute trop allégrement. Dans une suite logique, on a d’ailleurs vu
une Hygie (5) ([8], n° 0611) dans une tête de femme isolée semblable à celle de
nombreuses ménades qui formaient un cortège bacchique dont ces vestiges sont
le seul souvenir.
Un autre fragment a fait l’objet d’une discussion montrant les limites de cette
interprétation en fonction du contexte. Il s’agit d’une tête dite de Marsyas (5)
([8], n° 0593) (figure 3) considérée comme telle par les inventeurs du site (12)
23

SENS DU POIL-18.pdf 23 07/03/11 16:35(10) ([16], p. 45) : comme dans celui-ci, Apollon était honoré dans un temple
equi, selon un panégyrique du IV siècle dédié à Constantin (14), était le plus
beau du monde, ce personnage ne pouvait être que le rival malheureux du dieu.
Mais les sculptures retrouvées en compagnie de ce témoignage se rapportaient
au mythe de Bacchus, et J.-N. Castorio (14) a montré à juste titre que les
poncifs connus de la figuration de Marsyas étaient très différents et ne
permettaient pas ce rapprochement séduisant mais injustifié. Il faut donc y voir
un simple Faune barbu et grimaçant dans la lignée des autres sculptures de cet
ensemble dit du « jardin Huguet » et non à l’idée que l’on s’en fait : ici
l’absence de comparaisons avec des figurations découvertes en Gaule et dans le
reste du monde romain a permis de développer une hypothèse qui ne résiste pas
à une analyse approfondie. Mais ce site nous offre encore d’autres exemples qui
montrent la nécessité d’être prudent : une autre tête du même site est aussi une
image de Satyre (6) ([8], n° 0545), mais imberbe, ce qui prouve une nouvelle
fois que la barbe ne peut être un critère efficace d’identification.
On identifie donc parfois par le contexte alors, qu’il serait beaucoup plus sûr de
se limiter aux indices réels comme les attributs. Ainsi, une tête de Silène (6)
([8], n° 0604), toujours issue du même site, est identifiable non par sa barbe, ni
même par son aspect proche de têtes de putti, mais par la couronne de feuillage
qu’il porte.
La barbe peut aussi devenir un indicateur d’origine comme pour Mercure qui,
en Gaule, est figuré le plus souvent imberbe, partiellement nu et portant une
chlamyde sur les épaules.
Sur une stèle de Lezoux, nous le voyons couvert d’un manteau épais serré à la
taille par une ceinture et le visage entouré d’une barbe épaisse. Le voilà devenu
un « Mercure gaulois », dont le vêtement est confirmé par l’abondante pilosité,
malgré une dédicace stipulant, dans les règles romaines, Mercvrio et Augvsto
sacrvm ; dans le prolongement de cette logique, il a été assimilé à Ésus dans la
traditionnelle vision de J.-J. Hatt (15). De la sorte, la barbe devient un signe de
l’appartenance du dieu à la sphère indigène. Mais la barbe fait-elle le Gaulois ?
Pour répondre, comparons cette idée avec des figures de dieu, dont l’origine
celtique est indiscutable comme Cernunnos. On le voit barbu sur le pilier des
Nautes de Paris, où des torques ornent ses cornes, ou sur une stèle de Reims (6)
([5], IV, no 3133, V, n° 3653), où il est figuré avec ses cornes de cerf, assis en
tailleur, tenant un sac d’où s’écoulent des pièces de monnaie qui tombent entre
un cerf et un taureau. Mais une autre retrouvée à Metz (16) où, toujours cornu,
il porte un putto sur chaque bras, le présente imberbe. Sur une stèle de
Vendeuvres, où il est encadré de putti tenant chacun un serpent, il est aussi
dépourvu de barbe, ce qui amène É. Espérandieu à en faire un « dieu cornu
enfant », se plaçant ainsi dans la tradition déjà évoquée ci-dessus pour Hercule
(2) ([5], II, n° 1539) : mais si pour ce dernier on pouvait se référer à des
épisodes de son mythe, avec les limites que nous avons indiquées, cette
qualification est encore plus incertaine pour Cernunnos dont la légende nous
24

SENS DU POIL-18.pdf 24 07/03/11 16:35échappe largement, sinon dans sa recréation due à J.-J. Hatt (15) ([27], p. 78,
229). Crime de lèse-celticité ? Non pas, car sur le chaudron de Gundestrup, où
figure un certain nombre de dieux celtiques, on le voit imberbe (15) ([27], p. 78)
(17) : la barbe n’est donc pas le signe de l’appartenance au substrat celtique.
D’ailleurs, l’image romanisée du dieu sous l’aspect d’un Mercure découverte à
Niedercorn au Luxembourg, le montre imberbe à côté d’un cerf crachant des
pièces de monnaie, dissociation finale entre le dieu anthropomorphe et son
poncif originel d’un homme pourvu d’un attribut animal.
Mais se fier aux apparences est souvent trompeur même pour un visage
imberbe. À Sorcy (n°55), on a découvert une fort belle tête, qui a été considérée
par ses inventeurs comme celle d’Apollon (5) ([8], n° 0932). Ce témoignage,
très finement sculpté, porte des cheveux longs ceints d’un diadème placé sur le
dessus du crâne. Retrouvé dans des déblais antiques, parmi d’autres vestiges
composés de deux jambes croisées, d’un fragment d’abdomen qui ne se
raccorde pas aux précédentes, et d’une patte de cheval, rien ne permet d’avoir
de certitude quant à son identité. Celle-ci a été attribuée, par l’inventeur, par
référence aux fouilles de Grand, où d’ailleurs aucune sculpture attestée du dieu
Apollon ne nous est parvenue actuellement (5) ([8], n° 0733), ainsi que par
l’aspect gracile de la composition. À cela s’est ajoutée la découverte d’un
acrotère, interprété lui aussi abusivement comme Apollon, sans que rien ne
puisse l’attester : tout cela a débouché sur l’attribution à Apollon du sanctuaire
découvert en ce lieu en l’absence de tout élément clairement identifié. En fait,
les possibilités sont multiples : il peut s’agir d’une tête de déesse avec son
diadème, que ne porte pas Apollon qui est parfois pourvu d’une couronne
solaire comme on peut le voir sur la tête retrouvée à Naix-aux-Forges-
Nasium (5) ([8], n° 0890), ou de Bacchus présenté aussi sous des traits
féminisés, dont l’identification, hypothétique, pourrait être complétée par un
bras, retrouvé dans le même horizon archéologique, qui porte peut-être un
fragment de thyrse (5) ([8], n° 0934). Cette tendance à reconnaître Apollon dans
tout personnage gracile ou nu et imberbe se constate aussi bien dans
l’identification de l’Apollon de Lillebone que dans celui d’Audun-le-Tiche (18)
alors que l’absence d’attribut devrait inciter à la prudence, comme y pousse la
comparaison avec le Mars de Coligny ou le Neptune de Lyon (figure 6).
Enfin, terminons par Jupiter en constatant que son visage est barbu tant sur les
images gallo-romaines que sur le chaudron de Gundestrup, où figure celui du
Taranis celtique (15) ([27], p. 78 ) (17) ([2], p. 141). Une tête a été découverte à
Fréjus et a été attribuée à ce dieu sans qu’aucun attribut n’ait été retrouvé ; on
retrouve cette interprétation de la barbe pour d’autres têtes comme à Trèves par
exemple, mais avec plus de prudence (11) ([19], nos 112-117). Pour cette
attribution, on s’est visiblement appuyé sur l’aspect de la barbe, qui forme des
rouleaux sur le menton. Le type de disposition de la barbe est commun sur les
statuettes en bronze de ce dieu (telle que celle bien identifiée de Brée en
Belgique, figure 4), auxquelles on se réfère pour reconnaître ce personnage. La
25

SENS DU POIL-18.pdf 25 07/03/11 16:35barbe enroulée a été un poncif qui est devenu commun pour bien des figures
joviennes, comme on peut le voir sur les images en bronze de Dalheim (19),
Bavai (20) ou du Vieil-Evreux (21), mais aussi en pierre sur une sculpture de
Jupiter conservée au musée du Louvre (22), sur celle de la villa d’Hadrien à
Tivoli (21) (p. 60-61) ou encore à Trèves, portée par le Jupiter d’une triade
capitoline indiscutable (11) ([19], n° 325).
Mais le modèle jovien a été réutilisé pour d’autres figurations comme le dieu au
maillet en bronze conservé au musée de Boston, ou celui retrouvé en Bourgogne
aux Prémeaux (Côte d’Or) (17) ( [2], p. 92) : les sculpteurs gallo-romains
copiaient les modèles existants, faute d’avoir des poncifs spécifiques pour des
divinités, dont l’image n’existait pas antérieurement à la conquête romaine,
puisque les Gaulois ne figuraient pas leurs dieux sous une forme
anthropomorphe, sauf exception ou tardivement comme sur le chaudron de
Gundestrup. Ce type de barbe, d’une évidente élégance, a été utilisé pour
d’autres divinités que Jupiter dans diverses provinces, et pas seulement pour des
dieux sans poncifs. Par exemple, une sculpture lapidaire de la uilla de Chiragan
montre un Sérapis dont le visage est inspiré de ce type (19) ([43], n° 96), tout
comme un bronze de Reims pour un Esculape ou, en pierre, pour un dieu au
maillet dans un couple divin de Dijon (19) ([43], nos 15, 52).
Ainsi, cette pilosité ornementale se retrouve par exemple sur une mosaïque
d’Afrique, où Neptune a une barbe du même type, ou plus généralement sur les
Mars nus de la Gaule inspirés d’une représentation du Zeus de Léocharès, ainsi
que l’a reconnu F. Gury (23) (p. 111-112). Mais dans cet article se retrouve
l’appellation « Mars juvénile » pour son image, où il est présenté nu et imberbe.
La reconnaissance de Mars, en l’absence d’attribut, dépend alors du bras levé,
censé s’appuyer sur une lance, et de la disposition de la chevelure (23) (p. 114).
C’est en raison de ce détail que la forme de tête barbue d’un poids curseur
d’Engis a été identifiée à ce dieu (20) ([44], p. 175). Nombreux sont encore les
chercheurs qui acceptent ce critère de la barbe pour identifier un personnage,
comme le montrent encore des Jupiter identifiés à Lyon (24) en fonction de la
barbe et de la chevelure et de la comparaison avec des modèles grecs, mais qui
peuvent malheureusement avoir aussi servi pour d’autres personnages : ainsi a-
t-on, à Deneuvre, retrouvé une barbe à enroulement (fig. 5) qui est attribuable,
par le contexte, à Hercule, et qui est une imitation de celle de Jupiter. On
s’aperçoit ainsi que ce critère jovien retenu faute de mieux est plus que douteux.
Mais le plus curieux est que, dans l’ancien musée de Fréjus, une tête, toute aussi
belle, était placée en face de celle de Jupiter évoquée plus haut. Elle était
attribuée arbitrairement à Hercule !
Un barbu pouvant en cacher un autre, ne vaudrait-il pas mieux reconnaître notre
ignorance plutôt que de chercher à l’identifier à tout prix dans une traque plus
policière qu’historique ? Comme on a pu l’analyser pour la lecture d’images
contemporaines (25), quand la matière se dérobe, on cherche des interprétations
par analogie en fonction de ses références personnelles : la formule « cela fait
26

SENS DU POIL-18.pdf 26 07/03/11 16:35penser à… » est tout à fait explicite de cette volonté d’identifier, même si on ne
le peut pas : cela est d’autant plus gênant que revenir sur une première
identification est très difficile et très long, comme le montre le cas des têtes de
Grand où, malgré les mises au point, la reconnaissance traditionnelle reste
encore très prégnante. La confrontation des hypothèses avec d’autres points de
vue est la seule manière de montrer les limites de l’exercice et parfois de trouver
la solution, comme l’a montré la présentation au colloque d’Arles d’un
monument, découvert à Scarponne (Meurthe-et-Moselle), décoré sur la façade
d’une scène où un personnage casqué, portant une lance et un bouclier, semblait
danser (4) (7], n° 0426a). La discussion a permis de faire une proposition
éloignée du point de vue de départ, qui se fixait sur le dieu Mars, pour
reconnaître Achille blessé par la flèche de Pâris, ce qu’a confirmé le nettoyage
ultérieur des concrétions de la pierre (26).
Bien souvent d’ailleurs, il est indispensable de voir le témoignage directement,
plutôt que de se contenter d’une photographie même de bonne qualité, et dans
ce domaine des identifications de sculptures, soyons comme saint Thomas : « il
faut voir pour le croire ».



REFERENCES

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Gaule. De Boccard, Paris.
2. Espérandieu É (1913) Recueil général des bas-reliefs, statues et bustes de la Gaule romaine V.
Imprimerie Nationale, Paris.
3. Reinach S (1924) Répertoire de la statuaire grecque et romaine. E Leroux, Paris.
4. Moitrieux G (1992) Hercules salutaris, Hercule au sanctuaire de Deneuvre. Presses
Universitaires, Nancy.
5. Moitrieux G (2010) La sculpture figurée de la cité des Leuques, (Nouvel Espérandieu III).
Académie des Inscriptions et Belles Lettres, Paris.
6. CIL XIII, 7694.
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Raymond, Toulouse. Somogy ed. d'art, p 80-99.
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Paul-lès-Romans ». RA 2: 269-290.
10. Bertaux Ch (1999) « Divinités et cultes antiques ». Dossiers de l’Archéologie 162: 42.
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des rheinisches Landesmuseums Trier (CSIR, Deutschland, IV, 3). Zabern druck, Mayence, n°
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13. Panégyrique de Constantin, VII, Paris 1994.
14. Castorio J-N (2006) « Le pseudo Marsyas et le portrait présumé de Géta découverts à
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15. Hatt J-J (1989) Mythes et dieux de la Gaule, I. Picard, Paris, p 205.
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pilier de Metz-Saint Jacques ». RAE 43: 286-290.
27

SENS DU POIL-18.pdf 27 07/03/11 16:3517. Deyts S (1992) Images des dieux. Editions Errance, Paris, [2], p 140.
18. Moitrieux G (1994) « La sculpture gallo-romaine d’Audun-le-Tiche ». Latomus 53: 366-375.
19. Lavagne H. (dir.) (1989) Les dieux de la Gaule romaine, catalogue de l’exposition de
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20. Marien M E (1980) L’empreinte de Rome, Belgica antiqua. Fond Mercator, Anvers, p 190 et
192.
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l’Archéologie 28: 59.
22. Daniel J (2009) « De l’empereur à l’esclave : l’art romain du Louvre en Arles, Bouches du
Rhône ». Archéologia 469: 14-19.
23. Gury F (2006) « Mars en Gaule romaine : image d’un dieu investi par l’idéologie impériale.
Autour d'Allonnes (Sarthe) ». Les sanctuaires de Mars en Occident. PUR, Rennes, p 111-112.
24. Darblade-Audoin M P (2006), Lyon, (Nouvel Espérandieu, II), Paris, nos 1-3.
25. Durand J.-C.l et Moitrieux G (1979) Lire les images, CRDP, Nancy.
26. Moitrieux G (2009), « La sculpture de Scarponne », annexe de K. Boulanger-Boucher et D.
Gucker, « le bloc à trois figurations de Dieulouard-Scarponne (Meurthe-et-Moselle) : des
représentations inédites d'Achille et Dédale ». Actes du Xe colloque international sur l’art
provincial romain. Aix-en-Provence, Centre Camille Jullian. Arles, Musée Départemental Arles
antique, p 581-590.



28

SENS DU POIL-18.pdf 28 07/03/11 16:35
Fig. 1 - Hercule au serpent de Deneuvre (Meurthe-et-Moselle) © Musée des
Sources d’Hercule, Deneuvre.


SENS DU POIL-18.pdf 29 07/03/11 16:35
Fig. 2 - Tête dite d’Esculape de Grand (Vosges) © Musée de la mosaîque,
Grand.



Fig. 3 - Faune de Grand (Vosges) © Musée de la mosaïque, Grand.


SENS DU POIL-18.pdf 30 07/03/11 16:35
Fig. 4 - Jupiter de Brée (Belgique) © Musées d’art et d’histoire de Bruxelles.



Fig. 5 - Fragment de barbe de Deneuvre (Meurthe-et-Moselle) © Musée des
sources d’Hercule, Deneuvre



SENS DU POIL-18.pdf 31 07/03/11 16:35
Fig. 6 - Neptune de Lyon © Musée de la civilisation gallo-romaine.









SENS DU POIL-18.pdf 32 07/03/11 16:35Ésaü le velu, figure biblique du réprouvé chez les pères de
l’Église

Benoît JEANJEAN
Université Européenne de Bretagne, EA 4249-HCTI (UBO-Brest).

Résumé :

Les chapitres 25 à 27 du livre de la Genèse racontent la manière dont Jacob, le
fils cadet d’Isaac, usurpa son droit d’aînesse à son frère Ésaü. Cet épisode
équivoque semble faire l’apologie de la tromperie et de la ruse. Les pères de
l’Église qui l’ont commenté ont dû mettre en œuvre toutes les ressources de
l’exégèse figurative pour justifier l’injustice dont est victime Ésaü. Parmi les
éléments qu’ils exploitent, la très forte pilosité de ce dernier fournit une clé
interprétative déterminante. Ainsi, Ésaü « le velu » est présenté tantôt comme le
pécheur, tantôt comme le peuple juif, tantôt, enfin, comme l’hérétique, toutes
figurations qui justifient amplement son déclassement au profit de son frère
Jacob qui, lui, avait la peau lisse.

Introduction

Il est dans la Bible des injustices oubliées, qui suscitent la perplexité des
lecteurs et contraignent les commentateurs à déployer des trésors d’ingéniosité
pour démontrer que, tout compte fait, l’injustice n’est qu’apparente. L’une des
plus célèbres d’entre elles se retrouve, à peine visible, dans la première page de
l’Évangile de Matthieu qui présente la généalogie du Christ :
« Abraham engendra Isaac, Isaac engendra Jacob, Jacob engendra Juda et ses
2frères » (1).
Il y a ici un absent de taille : pourquoi l’évangéliste cite-t-il « Juda et ses
frères » dans la descendance de Jacob et ne cite-t-il que Jacob dans celle
d’Isaac, alors que tout lecteur de la Bible sait qu’avant Jacob, Isaac eut un
premier fils, Ésaü, de sa femme Rébecca ? Celui-ci serait-il victime d’une
damnatio memoriae ? Cela en a tout l’air et la raison en est simple : Ésaü dut
renoncer à son droit d’aînesse ou, pour dire le vrai, en fut dépossédé par son
frère ; or, aussi étonnant que cela puisse paraître, cette dépossession n’a été
rendue possible que parce qu’Ésaü était poilu et que Jacob avait la peau lisse !
Cet épisode qui se lit aux chapitres 25 à 27 de la Genèse a été maintes fois
commenté dans les premiers siècles du christianisme, notamment par les Pères
de l’Église, qui en ont exploité toutes les dimensions symboliques. Les

2 Traduction Bible de Jérusalem à laquelle nous empruntons nos citations bibliques, sauf si celles-
ci figurent déjà chez les auteurs latins que nous citons ; auquel cas nous donnons une traduction
personnelle faite directement à partir du texte latin cité par les Pères.


SENS DU POIL-18.pdf 33 07/03/11 16:35e eprincipaux auteurs latins chrétiens de la fin du IV et du début du V siècle,
période qu’on qualifie traditionnellement d’« Age d’or des Pères de l’Église »,
n’ont pas manqué de revenir sur cet épisode équivoque et de l’interpréter à la
lumière de l’opposition entre le peuple juif et le peuple chrétien. Mais parmi
eux, trois seulement se sont interrogés sur le sens de la pilosité d’Ésaü et sur son
rôle dans la perte de son droit d’aînesse : Augustin, Jérôme et Quodvultdeus. La
lecture qu’ils donnent de l’épisode nous apportera quelques lumières sur la
façon dont la pilosité excessive d’Ésaü a pu être interprétée comme la cause
première de son déclassement.
Il n’est pas inutile, avant d’entrer plus avant dans l’exploitation de l’histoire
d’Ésaü et de Jacob, d’en faire un rapide rappel. Nous sommes au chapitre 25 de
la Genèse : Isaac, le fils unique d’Abraham, obtient de Dieu une descendance,
alors que sa femme Rébecca était jusqu’alors stérile. Celle-ci conçoit deux
jumeaux qui se chamaillent dès le sein de leur mère. Ce tempérament bagarreur
n’augure rien de bon, puisque Dieu annonce à Rébecca que ce sont deux
peuples qui se disputent en elle. Au terme de sa grossesse, elle met au monde
deux fils. « Le premier, nous dit le texte biblique, sortit : il était roux et tout
entier comme un manteau de poils ; on l’appela Ésaü. Ensuite sortit son frère, et
sa main tenait le talon d’Ésaü ; on l’appela Jacob » (2). En grandissant, les
jumeaux manifestent des goûts très différents : Ésaü s’adonne à la chasse et fait
la joie de son père qui apprécie d’avoir du gibier à sa table, alors que Jacob,
restant tranquillement à la maison, est le préféré de sa mère. Cependant, un jour
qu’Ésaü rentre épuisé et affamé de la chasse, Jacob accepte de lui servir le plat
de lentilles qu’il vient de se préparer en échange de son droit d’aînesse.
L’histoire rebondit au chapitre 27, où l’on voit Jacob, couvert de peaux de bouc
et revêtu des vêtements de son frère absent, se présenter devant Isaac devenu
aveugle. Celui-ci, croyant reconnaître le poil et les vêtements d’Ésaü, le prend
pour l’aîné et lui donne sa bénédiction. De retour de la chasse, Ésaü ne peut que
constater que son cadet l’a dépouillé de tout son héritage. L’usurpation est
patente, l’injustice criante ! Or, la tradition biblique, reflétée jusque dans le
chapitre liminaire de l’Évangile de Matthieu, semble l’accepter sans broncher,
et l’exégèse chrétienne s’est évertuée à interpréter les différents traits de ce récit
pour justifier l’injustice qui frappe Ésaü.

De la nécessité d’une lecture figurée de l’épisode

Si l’on s’en tient au sens littéral, on ne peut dédouaner Jacob de tout soupçon de
tromperie, aussi les commentateurs ont-ils systématiquement recours à
l’exégèse spirituelle. Mais comme la lecture littérale paraît en totale
contradiction avec son interprétation spirituelle, les prédicateurs latins sont
obligés d’expliquer à leurs lecteurs ou à leurs auditeurs les arcanes de leur
méthode interprétative. C’est ce que fait Augustin à l’occasion d’un sermon
entièrement consacré à cet épisode délicat. Rappelant tout d’abord la découverte
34

SENS DU POIL-18.pdf 34 07/03/11 16:35de la tromperie par Ésaü, il explique pourquoi Isaac s’est laissé abuser par les
apparences : « Que votre sainteté fasse attention à un grand mystère, à un grand
sacrement. Isaac déclare à propos d’un homme exempt de ruse : « ton frère est
venu par ruse ». Il ne fait aucun doute qu’Isaac, qui était habité par l’esprit de
prophétie, savait ce qu’il faisait et qu’il agissait lui-même de façon figurée. Il
place tout dans la hauteur élevée des sacrements ; car s’il avait ignoré ce qu’il
faisait, il se serait emporté contre le fils qui l’avait trompé. L’aîné vient et dit :
« - Voici, Père, mange ; j’ai fait comme tu l’avais ordonné. Mais lui dit : - Qui
es-tu ? Il répondit : - Moi, je suis ton fils aîné, Ésaü. - Et qui est, dit-il, celui qui
m’a déjà donné à manger, que j’ai béni et qui restera béni ? ». Il paraissait en
colère. Ésaü attendait de sa bouche quelque malédiction contre son frère. Et
tandis qu’il attend une malédiction, son père confirme sa bénédiction. Ô colère,
ô indignation ! Mais Isaac connaissait le mystère, et le brouillard de ses yeux
corporels représentait le brouillard de l’esprit des Juifs. Or, les yeux de son
3cœur voyaient la hauteur des mystères » (3) . Reprenant le lieu commun de
l’aveugle-voyant, illustré dans la littérature antique par la figure du devin
Tirésias, Augustin l’applique à la figure biblique d’Isaac, que son aveuglement
corporel ouvre à la vision des réalités spirituelles. Le patriarche n’est donc pas
dupe de la ruse employée par Jacob et s’en fait même le complice. Mais il n’en
est pas moins question d’une ruse inacceptable en l’état et qui demande
explication.
Pour renverser la vapeur et dédouaner Jacob et Isaac de l’accusation de
tromperie, Augustin fait remarquer au passage que le mot ruse (dolus) est
employé paradoxalement par Isaac à propos de son fils cadet, dont il est dit
auparavant dans le récit biblique qu’il « restait à la maison, exempt de ruse (sine
dolo) » (1). Dès lors, il peut montrer pourquoi ce mot doit être pris dans un sens
figuré : « Ton frère est venu par ruse, dit-il, et a emporté la bénédiction […] Ici,
la ruse n’est pas une ruse. Comment la ruse n’est-elle pas une ruse ? Comment
une pierre n’est-elle pas une pierre ? Comment parle-t-on de mer sans qu’il y ait
de mer ? Parce que cela signifie autre chose. Ainsi on parle de terre et il n’y a
pas la terre, parce qu’elle signifie autre chose ; on parle de pierre et il n’y a pas
de pierre, parce qu’elle signifie autre chose ; on parle de montagne et il n’y a
pas de montagne ; on parle de lion de la tribu de Juda à propos du Seigneur

3 Intendat Sanctitas uestra magnum mysterium, magnum sacramentum. Dicit Isaac : Venit frater
tuus cum dolo, de homine sine dolo. Sine dubio Isaac ille, ut erat prophetico spiritu, nouerat quid
agebatur et ipse figurate agebat. Omnia ponit in magna altitudine sacramentorum ; nam si
nesciret quid ageret, irasceretur fallenti se filio. Venit maior et dicit : Ecce pater, manduca ; sicut
iussisti mihi, feci. Dicit ille : Quis es tu ? Respondit : Ego sum filius tuus maior Esau. Et quis est,
inquit, ille a quo iam manducaui et benedixi eum et benedictus erit ? Irasci uidebatur,
exspectabat ab ore ipsius Esau maledictionem aliquam in fratrem. Cum exspectat ille
maledictionem, confirmat iste benedictionem. O irasci ! O indignari ! Sed nouerat mysterium et
caligo oculorum eius corporeorum significabat caliginem mentis Iudaeorum, oculi autem cordis
eius uidebant altitudinem mysteriorum.

35

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