Anthropologie philosophique. Ecrits et conférences

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Comment les hommes deviennent-ils humains ? Cette interrogation anime les " sciences humaines ". Mais celles-ci, remarque Ricœur, se dispersent dans de multiples disciplines et tendent à l'homme un miroir brisé. D'où l'" urgence " à ses yeux d'une anthropologie philosophique, qui a une histoire plus ancienne mais qu'il croit riche encore de ressources inemployées. Cela ne l'empêche pas de dialoguer avec la psychanalyse, l'histoire, la sociologie, l'ethnologie ou les sciences du langage, et de déployer ainsi une réflexion parfaitement actuelle et ouverte. Car il n'y a décidément pas de réponse simple à la question : qu'est-ce que l'homme ? " Volontaire " et " involontaire ", " agir " et " souffrir ", " autonomie " et " vulnérabilité ", " capacité " et " fragilité ", " identité " et " altérité " : c'est par ces tensions que Ricœur, pour sa part, exprime une telle complexité. Les textes ici réunis offrent ainsi une vue d'ensemble de sa propre philosophie, depuis sa conférence sur " l'attention ", prononcée en 1939, jusqu'à son discours de réception du prix Kluge sur les " capacités personnelles " et la " reconnaissance mutuelle ", rédigé en 2004 quelques mois avant sa mort.



Paul Ricœur est l'un des grands philosophes contemporains. Son œuvre, publiée pour l'essentiel au Seuil, est traduite en de nombreuses langues.


Publié le : vendredi 31 janvier 2014
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EAN13 : 9782021135114
Nombre de pages : 472
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A N T H R O P O L O G I E P H I L O S O P H I Q U E ÉCRITS ET CONFÉRENCES 3
PA U L R I CŒU R
ANTHROPOLOGIE PHILOSOPHIQUE
ÉCRITS ET CONFÉRENCES 3
Textes rassemblés, établis, annotés et présentés par Johann Michel et Jérôme Porée
É D I T I O N S D U S E U I L e 25, bd RomainRolland, Paris XIV
CET OUVRAGE EST PUBLIÉ DANS LA COLLECTION « LA COULEUR DES IDÉES »
CE LIVRE EST PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION ÉDITORIALE
DE JEANLOUIS SCHLEGEL
ISBN 9782021135060 © Éditions du Seuil, novembre 2013 Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de lauteur ou de ses ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L. 3352 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
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Présentation
Lanthropologie est associée aujourdhui à un ensemble de disciplines qui ont pour but commun la connaissance de lhomme. Ces disciplines sont aussi nombreuses que les aspects de la réalité visée sous ce nom. Nul doute quelles en reètent la richesse et la complexité. Nul doute aussi quelles justient, pour la plupart, leur prétention à lobjectivité. Mais, toujours plus spécialisées, elles sont toujours plus jalouses aussi de leurs méthodes et de la façon dont elles construisent leur objet. Aussi le miroir quelles tendent à lhomme estil un miroir brisé. Lautonomisation des sciences humaines na pas e peu contribué, depuis leXIXsiècle, au développement dune telle situation. Car leur concurrence est allée croissante et les conits de paradigmes, qui au début les opposaient les unes aux autres, opposent à présent chacune à ellemême. La psycholo gie, la sociologie, lethnologie, léconomie, lhistoire, la lin guistique en sont autant dexemples. Il est remarquable quelles naient pas fait taire la prétention des sciences de la nature à dire quelque chose de lhomme. La paléoanthropolo gie, notamment, le montreet que dire des neurosciences et de leur programme de « naturalisation » de lesprit et de tout ce qui, dans un passé récent, semblait être du seul ressort des disciplines évoquées à lÀ la simplicité de leurinstant ? modèle, elles ajoutent une impressionnante efcacité causale. Les conits de paradigmes qui minent intérieurement les
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sciences humaines et les empêchent de réaliser leur unité trouvent ainsi leur solution dans un réductionnisme pour lequel lhomme sexplique dans son entier par ce qui nest pas lui. Plus que son unité, cest sa spécicité qui se trouve alors perdue de vue. Invité à se concevoir luimême comme une chose parmi les choses, il pourrait bien, selon le mot fameux, seffacer 1 « comme à la limite de la mer un visage de sable ». On comprend mieux, dans ces conditions, la « tâche 2 urgente » que constitue pour laphilosophie, aux yeux de Paul Ricœ: quur, une réponse à la question estce que lCette réponse, expliquetil dans les premièreshomme ? lignes du texte que nous avons placé en tête du présent ouvrage, nsciences de lest pas celle des « homme », qui « se dispersent dans des disciplines disparates et ne savent littéralement pas de quoi elles parlent ». Mais elle nest pas non plus celle dune « ontologie » qui, à linstar de lontologie heideggérienne, croit navoir rien à apprendre de ces mêmes sciences et reste, de ce fait, par trop générale et indéterminée. Bien plutôt consistetelle dans un effort toujours recom mencé pour articuler les premières et la seconde. Dun côté, en effet, le philosophe ne peut se dispenser dune interroga tion radicale sur lêtre de lhomme ; cette interrogation, qui commence avec Platon, montre que lanthropologie a une histoire plus ancienne que celle des disciplines qui se dis putent son nomune histoire proprement philosophique qui justie les appuis cherchés par Ricœur chez ce penseur ainsi que chez Aristote, Pascal, Spinoza, Kant, Hegel, Husserl ou Heidegger, pour nommer seulement les plus souvent sol
1. M. Foucault,Les Mots et les Choses, Gallimard, 1966, p. 398. 2. Voir « Lantinomie de la réalité humaine et le problème de lanthro pologie philosophique »,infra, p. 21.
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licités. Dun autre côté, cependant, le philosophe ne saurait se priver des ressources des sciences humaines ni faire comme si ces dernières navaient contribué en rien, en dépit de limage éclatée quelles renvoient de lhomme, à lexploration de son être. Le dialogue de Ricœur avec la psychanalyse en témoigne 3 exemplairement mais non moins son intérêt pour lhistoire, la sociologie ou les sciences du langage. Sa relation avec lanthropologie structurale apparaît, certes, plus difcile ; il ne suit pas LéviStrauss lorsque celuici, tout en rejetant la philosophie traditionnelle, afrme la même ambition quelle et prétend construire logiquement des invariants de lesprit et de la culture. Mais cette relation sapaise lorsque la notion de structure est utilisée seulement comme un outil pour lanalyse de certains phénomènes sociaux tels que les mythes ou les rapports de parenté : cette analyse est reconnue alors à sa valeur et tenue même pour un moment nécessaire de lintel ligence que nous avons de ces phénomènes. Cette intelligence, cependant, nest jamais totale, non seu lement parce que le sujet connaissant, ici plus quailleurs, appartient à son objet, mais encore parce que la rationalité à laquelle il prétend ne peut « récupérer », sans rien en perdre, 4 « l» . On pourra sirrationalité de sa source en convaincre 5 plus loin pour le mythelétude quen propose Ricœur apparaissant à cet égard comme exemplaire : la « cohérence dulogos» ne peut égaler le sens dumuthoset son intérêt pour la vie. Elle ne peut égaler non plus, dailleurs, la « profondeur
3. Les quelques témoignages quon en lira dans cet ouvrage complètent ceux, plus substantiels, qui composent le premier volume desÉcrits et conférences : Autour de la psychanalyse, Seuil, 2008. 4. Voir « Lantinomie de la réalité humaine et le problème de lanthro pologie philosophique »,infra, p. 21. 5. Voir « Le mythe »,infra, p. 237 et suiv.
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dupathos» où le mythe plonge ses racines.Pathos,muthos, logos: entre ces trois dimensions de lhumain existe un nœud serré de relations auxquelles le philosophe ne peut faire droit sans briser la clôture du discours conceptuel. Cest pourquoi, contrairement à des entreprises dont lardeur théorique ne connaît, en principe, pas de limite, « lanthropologie philoso 6 phique nest jamais achevée ». Cet inachèvement est, dune façon générale, la marque de la pensée de Ricœur, comme il se plaît luimême à lécrire à lan 7 de son dernier grand livre , où il lui donne le sens positif dune avance de la vie sur tout ce que nous pouvons en penser ou en dire. Mais il révèle la difculté à laquelle nous avons dû faire face en préparant cet ouvrage et qui présente ellemême deux aspects. Dnanthropologie » un côté, en effet, « est pas un terme central du lexique de notre philosophe : il nentre pas dans le titre de ses principaux ouvrages et ne correspond à aucune orientation particulière de doctrine ou de méthode. Son emploi dans plusieurs des textes qui composent ce volume ne doit pas faire illusion : il reste peu fréquent dans lensemble de lœuvre publiée. On peut donc dabord douter de sa pertinence et penser quil ne justie pas limportance que nous lui accor dons. Mais la portée anthropologique de la pensée de Ricœur excède lemploi dun termetellement que cest sa philoso phie entière qui peut être envisagée dans cette perspective. Lorsquil revient, dans son autobiographie intellectuelle, sur le projet quil avait conçu demblée comme « lœuvre dune vie » et dont laPhilosophie de la volonté, considérée dans son ensemble, réalisait la première étape, Ricœur caractérise
6.Idem. 7.La Mémoire, lhistoire, loubli, Seuil, 2000, p. 657.
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