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Anthropologie, psychologie, sociologie

224 pages
Au sommaire de ce numéro : L J-L. David, Note sur un culte de possession à Manja ; J. Ravasolo, Transmission culturelle chez les Masikoro de Madagascar ; J-F. Blondel, " Entre un mot il y a un gouffre " : les difficultés de l'écoute ; J-P. Cambefort, Handicap et éducation à La Réunion : sociohistoire et psychogénèse ; N. Galibert, Point sur la littérature malgache d'expression française.
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Kabaro
REVUE INTERNATIONALE DES SCIENCES DE L'HOMME ET DES SOCIt:Tt:S

Internationa[

J-{uman aruf Societies Sciences
Vu!. l, N° 1-2

:Review

REVUE INTERNATIONALE BILINGUE PUBLIÉE PAR Bilillgual illternatiollal review published by Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de l'Université de La Réunion

DIRECTEURS Editors

ET RESPONSABLES

DE LA RÉDACTION

ill t'hie! alld mallagitt,g editors HAMON & Yu-Sion LIVE, Université

Jean-François
SECRÉTARIAT Redaction office

de La Réunion

DE RÉDACTION

Edith AH-PET-DELACROIX, Université de La Réunion
COMITÉ Editorial DE RÉDACTION Board

Bureau

du Troisième

Cycle

et de la Recherche

(BTCR)

-

Jean Benoist (Université

d'Aix-Marseille), Sophie Blanchy (CNRS, Paris), Maurice Bloch (London Economic School), Bernard Champion (Université de La Réunion), Hubert Gerbeau (Université de Provence), Vinesh Hookoomsing (Université de Maurice), Pier Larson (Université de Pennsylvanie), Cécile Manorohanta (Université Nord Madagascar), Takumi Moriyama (Université d'Hiroshima), Liliane Mosca (Université de Naples), Françoise Raison (Université de Paris 7), Ignace Rakoto (Université d'Antananarivo), François Rajaoson (Université d'Antananarivo), Evers Sandra (Université de Leiden), Nigel Worden (Université de Cap Town).
COMITÉ CONSULTATIF INTERNATIONAL Internatiollal COllsultillg Board

Victorine Andrianaivo-Razafimanjato (Université d'Antananarivo), Robert AhWeng (CARE Seychelles), Masseande Allaoui (Chercheur associé au CNDRS), Christian Barat (Université de La Réunion), Thierry Bisson (Université de Nice), Sonia Chane-Kune (SCET, Paris), Jocelyn Chan-Low (University of Mauritius), Jeanne Dina (Université de Toliara), Jean-Pierre Domenichini (Université d'Antananarivo), Hai-Quang Ho (Université de La Réunion), Robert Jaovelo-Dzao (Université Nord Madagascar), Jean-Louis Juan de Mendoza (Université de Nice), Jean-Claude Lau Thi-Keng (Expert consultant, Mauritius), Jean-Marc Lavaur (Université Paul Sabatier), Claude Miollan (Université de Nice), Paul Ottino (Université de La Réunion), Jean-Aimé Rakotoarisoa (Université d'Antananarivo), Jean-Claude Ramandimbiarison (Université d'Antananarivo), Gabriel Rantoandro (Université d'Antananarivo), Fulgence Rasolonjatovo (Université de Fianarantsoa), Aïnouddine Sidi (CNDRS Comores).

UNIVERSITÉ
FACULTÉ DES LETTRES

DE LA RÉUNION ET DES SCIENCES HUMAINES

Kabaro
REVUE INTERNATIONALE DES SCIENCES DE L'HOMME ET DES SOCIÉTÉS

InternationaI

:J-{uman anâ Societies Sciences
Vol.t, N° 1-2

:Review

Edited

by :

J.-F. Hamon & Y.-S. Live

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris France

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) CANADA H2Y lK9

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L' Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

@

iY!J<o'1uene

Sr

~"AlisAlioIJ

EDITH AH-PET-DELACROIX, JEAN-PIERRE CHAFFRE, RONDRO RAVANOMANANA,
BUREAU DU TROISIÈME CYCLE ET DE LA RECHERCHE ET DES SCIENCES HUMAINES

SOPHIE DENNEMONT

& PUBLICATIONS

- FACULTÉ

DES LETTRES

Comil" so:iernifi'1ue Ife lA JAeuh.. BERNARD CHERUBINI, MAiTRE

des ~enres el Ifes ..seieIJus J3umAines DE CONFÉRENCES, HDR (20E S.) ; ALAIN

GEOFFROY,

PROFESSEUR

(1 1 E S.);

JEAN-LoUIS

GUÉBOURG,

PROFESSEUR

(23E

S.);

JEAN-

FRANÇOIS HAMON, MAÎTRE DE CONFÉRENCES, HDR (16E S.) ; MICHEL LATCHOUMANIN, MAÎTRE DE CONFÉRENCES, HDR (70E S.) ; EDMOND MAESTRI, PROFESSEUR (22E S.) ; SERGE MEITINGER, PROFESSEUR (9E S.) ; JACKY SIMONIN, PROFESSEUR (71 ES.) : JEANPHILlPPEWAT8LED, PROFESSEUR (07E S. ET 1 1 E S.)

@ UNIVERSITÉ

DE LA RÉUNION,

2000

CAMPUS UNIVERSITAIREDU MOUFIA 15, AVENUE RENÉ CASSIN
BP 71 51

- 97

715

SAINT-DENIS

MESSAG

CEDEX

9

C{jPHONE: 0262 938585 ~COPIE: SITE WEB: http://www.univ-reunion.fr @ ÉDITIONS L'HARMATTAN,

02 62 938500

2000

7, RUE DE L't:COLE POLYTECHNIQUE 75005 PARIS

La loi du 11 mars 1957 interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute reproduction, intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l'auteur ou de ses ayants cause, est illicite. @L'Hannattan,2000 ISBN; 2-7384-9923-6

A V ANT"PROPOS

I Preface

X
support régionales.

:A.BARO

(diJcours) est

une
KABARO (SPEECH)s a publication i born of tbe good will, witb tbe aid of tbe General and Regional councils of La Reunion to create an intemational means of sbaring researcb in tbe fields of buman and social sciences carried out in La Reunion, tbe islands of tbe soutb-west Indian Ocean and soutbern Africa. Tbe objective of tbisjournal is to make up for tbe absence of a review focusing upon buman and social sciences in tbe region. For tbe most part contributions will be from local researcbers bowever tbe journal will also include fundamental essays witb metbods and problematics representing interest for local researcb. Kabaro is produced anuallv and some volumes tbenzatic under tbe direction of specialists calling for contributers in pmticular areas. Tbisfirst double volume of Kabaro, which isn't based on one tbeme, features main disciplines covered bv tbe review.

publication née de la volonté de créer, avec l'aide du Conseil général et du Conseil régional

de l'Île de La Réunion, un international pour l'expression des de

recherches en sciences humaines et sociales à La Réunion, dans les Îles du sud-ouest l'océan Indien australe. et dans les pays d'Afrique

Son objectif est de combler l'absence d'une revue régionale centrée sur les Sciences de l'Homme et des Sociétés. Elle se propose de publier de préférence les travaux des chercheurs de la zone mais aussi des articles fondamentaux ou dont les problématiques et méthodologies présentent un réel intérêt pour les recherches La périodicité de Kabaro est annuelle.

Certains numéros seront thématiques sous la direction de spécialistes et feront l'objet d'un appel à contribution. Dans ce premier numéro athématique et double de Kabaro, nous avons voulu faire figurer des travaux appartenant aux principales disciplines que couvre la revue.

AVANT-PROPOS

(

Preface

Les cinq premiers champ concernent se rapportent culture Le quatrième et clinique cinquième clinique anthropologique.

articles

s'inscrivent Quatre

dans le eux Trois et à la
concern

The first five anthropological,

articles four

are

d'entre

of these Three
rituals

l'anthropologie dans

de Madagascar. aux rituels le sud-ouest

Madagascar.
the beliefs,

of

aux croyances, est une étude de l'alcoolisme article

them
and

address

ancestor

culture the founh,

of saut-west studies from clinic

ancestrale

Malgache. Le

Madagascm: alcoJ)[)lism

ethnopsychiatrique à Madagascar. d'anthropologie se rattachent de la psycholod'une biblioformelles français-

in Madagascar and

an ethnopsychiatric standpoint. clinical musical The fifth anthropologv domaine. The following contributions subdivisions discuss bibliometl)' fOl1nal spanisb

est un essai musical. suivantes

conce111s in the

dans le champ

Les huit contributions aux différentes gie. Deux portent mètrie entre logique de espagnols les

eight to various two of of frencb-

sous-disciplines sur l'établissement

are linked of psycholo&'V..

tbe establisbment and equivalents tbe nOl1ns between proxilnity

et de normes équivalents et, représentent un apport

de proximités de traduction pour

sur le plan méthodola constitution pour les à La de normes

of translations. could be used to and ojji-ench-

pertinent et

tbis methadolog)! create a bibliograpby framework creole and

bibliographies

for tbe stud)'

recherches Réunion Indien. tiques elles

sur le bilinguisme

français-créole

bilinguism otbers islands Ocean.

in La Reunion in tbe SoutbFive otbers witb clinical tbe of tbe tbe

et dans les îles du sud-ouest Cinq autres se rattachent de la psychologie clinique. de vue

de l'océan d'entre-

à des problémaDeux psychanalila compréet sur les dans à la symbolique respectivede Métropole,

West indian

essa)'s are concerned psycbologv. psycboanal)'tic institution comprebension and of notions

Of tbese, two treat perspective of social bonds,

abordent

les points

tiques sur l'instauration hension notions de handicap Deux

du lien social,

de ses dysfonctionnement, à faible autres, des capital traitent représentations de

of it's dyifunctions of bandicap and of

et de sociopathologies

socio-patbologies La Réunion

in communities

les communautés La Réunion. ment: classes constituant tique pays Indien; toxicomanie d'âge le premier,

with weak capital 5)'m bolisms. Two others treat
respectivel)' drug addicts amongst metropolitan constitutes problematic representation countries : representations and addiction age groups wbich of a difJerent of

et du toxicomane d'une population pour du l'étude

par les différentes une problémades représentadans de les l'océan

population an interesting for tbe study of alcobolism

de par son originalité

intéressante de la zone

of in Indian

tions de l'alcoolisme

et de l'alcoolique sud-ouest

of tbe Soutb-west

Ocean;

8

AVANT- PROPOS

I Preface

le second, de la toxicité et des effets cliniques de l'alcool de palme en Afrique de l'ouest, constituant de ce fait une référence pour les études sur les effets sur la santé de l'alcool à La Réunion et sur la toxicité des alcools traditionnels consommés à Madagascar. La cinquième étude est une revue de question sur les pièges du langage, les difficultés de la communication verbale et les techniques de remédiation qui font appel à l'écoute active. Le huitième article, s~nscrit dans une perspective interculturelle et traite des styles cognitifs en relation avec la culture. Les trois derniers articles portent, dans le champ sociologique, sur des problématiques régionales. Le premier concerne l'action (dans le domaine de la réinsertion des victimes de l'exclusion) des associations caritatives à Madagascar au travers de I~exemple d'Akamasoa. Le second est une analyse psychosociologique de l'alcoolisme juvénile à La Réunion, le troisième une étude sociohistorique du champ littéraire malgache d'expression française depuis la fin des années 1970.

the toxicity and clinical effects of palm alcohol in West Africa whicb could be used as a reference point for studies of tbe effect of alcobol on the health of the population of La Réunion and the toxiciZy of traditional alcoholic beverages in Madagascar. The fifth study reviews tbe question of language traps, the difficulties of verbal communication and solutions involving active listening techniques. The eighth article also conce171s La Réunion this time at an interculturallevel relating cognitive styles to culture. The last three a/1icles are sociological discussing various regional problematics. The jlrst concerns the action (to reintegrate victims of exclusion) of charities in Madagascm; taking Akamasoa as an exemple. The second is a psycho-sociological analysis of alcoholism amongst young people in La Réunion. The thirr/, a sociohistorical study of french expression in the literature ofJ1;ladagascar, since the late seventies.

Jean-François

HAMON

9

KASARO!, 1-2(11-13),

2000

NOTE

SUR UN CULTE

DE POSSESSION

À MANJA

LUCIEN

JEAN-LAZARE

DAVID

UNIVERSITÉ

DE TOLlARA

Arrivé à Manja, localité située à 180 kilomètres de Morondava en passant par Belo-sur-Mer, dans la nuit du 18 au 19 septembre 1997, le taxi-brousse Bonbon Caramel que j'avais pris pour me rendre à Toliara s'est arrêté au marché à 22 heures. Je suis allé me restaurer, après avoir demandé à la patronne de la gargote de mettre une chambre à ma disposition pour la nuit. Manja fait partie du Menabe. A cause de la déficience du réseau routier, la région est enclavée, surtout pendant la saison des pluies. On y accède difficilement aussi bien de Toliara que de Morondava. Seuls l'avion et un bon véhicule 4X4 relient Manja au reste de l'île. Or ces moyens de déplacement ne sont pas à la portée de toutes les bourses. La région de Manja est habitée par les Sakalaua et les Masikoro, société d'agro-pasteurs qui s'adonne à l'élevage extensif et à la culture du riz et de produits vivriers. Les habitants sont très attachés à leurs coutumes et à leurs croyances en les esprits de la terre (les Bemihisatra), des forêts (les Koko et les Kokolalllpo) et des eaux (les Lolon-drano). Le culte des ancêtres est également très pratiqué. Aussi n'est-ce pas étonnant si les devins-guérisseurs et les possédés occupent une place privilégiée dans la région. Après le repas, alors que je discutais avec la patronne de la gargote et quelques clients attardés, je fus informé que les propriétaires de la maison où nous étions, lesquels résident en brousse, avaient emmené une fillette malade pour la faire soigner par un possédé de la ville. Désespérée par l'état de la malade, la famille décida de s'adresser à un employé des Postes et Télécommunications de la ville, possédé par quatre esprits. Compte-tenu de sa position de fonctionnaire, le possédé n'osait exercer ouvertement, contrairement aux autres possédés de la région. C'est la raison pour laquelle il ne soigne ses patients que très tard dans la nuit. J'entre donc dans la pièce où aura lieu la consultation. Le possédé place son matériel de possession sur une table basse, et les consultants s'installent derrière lui, sur une natte. Le brûle-encens fume et dégage un parfum enivrant. Le possédé se concentre, invite les esprits à prendre

ANTHROPOLOGIE I ANTHROPOLOGY

KABARO

1,1-2 (11-13),2000

possession de iui. Une secousse suivie d'un raclement de la gorge, et le voilà en transe. Ce soir, comme la consultation est discrète, il n'y a ni instrument de musique, ni chant, ni battement de mains. Le possédé revêt le costume de l'esprit qui le possède, à savoir une robe rouge-vif et un bonnet de même couleur, une ceinture d'étoffe blanche autour des reins. Il boit une rasade de rhum à même le goulot, s'essuie les lèvres et salue l'assistance. L'esprit KOTOMENA, Koto-Ie-Rouge, est le premier à se manifester. Il bégaye. Il avait réclamé une vache et son petit en compensation des soins qu'il avait prodigués auparavant. Mais comme la fami/le avait tardé à le satisfaire, ce soir Kotomena est hors de lui. Ii menace de faire mourir la fillette. Ses propos sont incompréhensibles vu qu'il n'articule pas. /I n'a pas d'interprète à ses côtés et les assistants médusés se regardent impuissants, demandant au plus hardi d'amadouer l'esprit furieux. Kotomena vomit; il bave beaucoup et sa morve coule. Ii hoquète au milieu de ses larmes abondantes. /I se badigeonne la tête et le visage avec toutes ces saletés; il se lacère le ventre et les bras avec un couteau en ne cessant de proférer sa menace: « Je la ferai mourir, je la ferai mourir! ». L'assistance est dégoûtée et horrifiée par la scène sans que personne ne puisse intervenir. Finalement, après qu'un homme lui ait promis de tenir parole, il se calme et se décide à soigner l'enfant. Il demande à un assistant de lui entailler l'épaule gauche avec une lame de rasoir. /I recueille un peu de son sang, le mélange à une poudre d'écorces puis en marque les lèvres, le front, les tempes et les articulations de l'enfant. Le voilà pris d'un nouvel accès de colère. Il menace toujours de faire périr l'enfant. La famille promet de tenir ses engagements. Enfin le possédé se lève et Kotomena le quitte. Un second esprit originaire de Diégo-Suarez et qui parle le dialecte antakarana et le français se manifeste ensuite à travers le possédé. Changement de costume et de masque. Ce nouvel esprit est plus enjoué et taquin. L'assistance est rassurée. Il ouvre la porte qui donne sur la cour, va dans les coins et les recoins de la maison, même dans ma chambre. /I demande à ce qu'on prenne de la terre aux endroits qu'il a indiqués et qu'on aille puiser de l'eau très tôt le matin, rana tsy dikaim-borona! de l'eau qui n'a pas encore été souillée par un oiseau. Il ordonne qu'on fasse baigner l'enfant malade avec le tout. /I exige qu'on lui rapporte ce que le précédent esprit a déclaré. De peur qu'il ne se montre plus exigeant, les gens hésitent à le faire. Alors il s'en va, en colère, menaçant lui aussi de faire mourir l'enfant. Un troisième esprit arrive enfin et demande à ce qu'on lui répète les propos de Kotomena et de l'autre esprit originaire de Diégo-Suarez. Il rit tout le temps, et, à cause de sa bonne humeur, les assistants sont plus en confiance.

12

L. J.-L.

DAVID,

NOTE

SUR UN CULTE

DE POSSESSION

À MANJA

Il s'exprime en dialecte sakalava. Avec son sourire narquois et ses gestes incontrôlés, il a l'air d'un esprit fou. tire le sikidy, divination par les " graines, à l'aide de six graines rouges et noires de voamainlilany, (abrus precatorius, leguminosa). Il se comporte vraiment comme un imbécile, rit sans motifs, regarde fixement les gens, les montre du doigt avant de s'esclaffer. pose des questions aux parents de la fillette et s'enquiert de son état de " santé. A minuit et demi passé, accablé de sommeil, je quittais le groupe pour rejoindre la chambre que j'avais louée pour la nuit. Toutefois, je n'arrivais pas à m'endormir sur le champ, tellement ce que je venais de voir m'avait impressionné. Je tirais les conclusions suivantes:
1) que la croyance chez les habitants en la possession par le tromba est solidement ancrée de la région de Manja ; que le recours au troll/baest une pratique courante dans la région, non seulement pour soigner une maladie mais aussi en d'autres circonstances comme pour préparer un talisman, un philtre amoureux, pour retrouver un objet perdu, pour envoûter quelqu'un etc. ; qu'il existe diverses catégories d'esprits plus ou moins malveillants et exigeants envers les vivants. Chacun d'eux a sa technique thérapeutique particulière; que les gens craignent ces esprits quand bien même iis viennent les consulter; que l'esprit tromba est exigeant et violent. Il joue sur la crédulité des gens pour en demander toujours pius, allant jusqu'à réclamer des bœufs; que la population recourt au tromba en dernière issue, lorsque la médecine moderne s'avére inefficace; que l'efficacité reconnue de la thérapeutique des tromba, en certains endroits où n'existent pas d'hôpitaux, fait en sorte que les gens ont plus confiance en elle qu'en la médecine moderne.

2)

3)

4) 5)

6) 7)

A

13

"'I

KASARO

1,1-2 (15-22), 2000

CULTURE ET PERSONNALITÉ' ÉLABORATION D'UNE ÉCHELLE D'ALCOOLISME À PARTIR DES ITEMS DU MMPI.2 À MADAGASCAR

JEAN-FRANÇOIS

HAMON';

THIERRY

BISSON"

VICTORINE ANDRIANAIVO-RAZAFIMANJA TO'" *UNIVERSITÉ DE LA RÉUNION; ..UNIVERSITÉ DE NICE-SOPHIA ANTIPOLIS; ***UNIVERSITÉ D'ANTANANARIVO

Résumé

Abstract MiJwesota-2 multzphasic persona!i0' inventoryAPS and AAS, and McAndrews addiction smles (MMP!.2) do not make it possible to ident{fypossible alcoholicsuljects amon,~ Antananarivo universi!), students, some oj wbom have alcoholproblems. These /indÙzgs suggest that universal validiry oj personaliry inventories is questionable.
Ho}}!ever, tbe autbors sho}}! that it is possible, using MMP!.2 items, to constmet a scale for detedit;g akoholics ÙI this student population.

Les échelles d'addiction (APS et AAS) et de McAndrews de l'inventaire multiphasique de personnalité du Minnesota-2 (MMPI.2) ne permettent pas de positionner des sujets suspectés d'alcoolisme au sein d'une population d'étudiants de l'université d'Antananarivo dont certains ont des problèmes vis-à-vis de l'alcool. Ce résultat va à l'encontre de l'universalité des échelles de mesure des inventaires de personnalité. Toutefois les auteurs montrent qu'à partir des items de MMPI.2 il leur a été possible de construire une échelle permettant de discerner les sujets alcooliques au sein de cette population d'étudiants.
Mots clés: MMPI.2, d'addiction, échelle culture et personnalité. échelles de APS et AAS McAndrews,

Keywords:

MMP!.2, APS

and AAS
Hale, culture

addzàion scaleJ, McAndrel}!S ant! personality.

INTRODUCTION

La psychiatrie aspire à classer les troubles psychiques à des fins de comparaison et en vue de les universaliser. Cette conception est en totale contradiction avec la position de l'ethnomédecine sur la question. En effet, en anthropologie l'abord des troubles mentaux se fait par l'intermédiaire du ou des liens supposés exister entre la maladie et la culture, son mode d'expression et sa fréquence d'apparition (Devereux, 1970 ; 1972).

ANTHROPOLOGIE I ANTHROPOLOGY

KASARo

l, 1-2 (15-22),

2000

la maladie psychique est ici considérée comme une catégorie culturelle dont il faut déchiffrer le programme, qui donne au signe perçu la valeur du symptôme interprété (Charuty, 1992). Les recherches en ethnopsychiatrie insistent sur le fait que l'abord psychothérapeutique des sujets autres que ceux de la «culture occidentale» est difficile voire impossible, sauf à rétablir le lien que le patient entretient avec sa propre culture et la croyance à laquelle il participe. Depuis « la mentalité primitive» de levy-Bruhl (1922), qui traite de la participation au monde mystique dans les sociétés non occidentales, de nombreux auteurs se sont penchés sur cette question, notamment Szondi (1947) dans son « traité expérimental des pulsions ». En ethnopsychologie, les chercheurs, pour déterminer le profil de personnalité des malades mentaux dans les sociétés traditionnelles, ont principalement recours aux tests projectifs. les résultats de ces études insistent tous sur l'homogénéité structurale des patients, ce qui suppose chez ces derniers une organisation semblable de la personnalité de base. Pochet (1994) a montré une différentiation de même type entre les profils de personnalité d'occidentaux issus de populations urbaines et rurales supposées être respectivement modernes et traditionnelles. Toutefois les différences observées ne sont pas aussi marquées que ce que l'on peut observer chez des sujets de cultures non occidentales. Si la culture et, en particulier les croyances exercent un certain « déterminisme» sur la personnalité de base des individus, l'utilisation des tests et inventaires de personnalité sur ces personnes pose problème, dans la mesure où ces outils psychométriques ont été élaborés pour tester les différents traits de personnalité de sujets appartenant à la culture occidentale. A minima ces tests doivent être ré-étalonnés sur des échantillons représentatifs des populations n'appartenant pas à la culture occidentale avant d'êtres utilisés à des fins d'aide au diagnostic en clinique. Dans le cadre d'une recherche comparative sur la personnalité alcoolique à Madagascar et en Afrique de l'ouest (Côte-d'Ivoire), nous avons été amenés à nous interroger sur la signification à accorder aux résultats obtenus par nos sujets à l'inventaire multiphasique de personnalité du Minnesota (MMPI.2) crée par Hataway et McKinley (1940). Nous avons eu recours au MMPI.2 parce qu'il permet une investigation simultanée de nombreux traits de personnalité et comporte un grand nombre d'échelles de mesure, parmi lesquelles trois nous intéressaient plus particulièrement. Il s'agit des échelles d'alcoolisme de McAndrews, de tendance à l'addiction (APS) et d'addiction admise (AAS). Le MMPI.2, nous donne aussi la possibilité de tracer, à partir des résultats obtenus à l'ensemble des échelles cliniques, le profil de personnalité des patients étudiés.

16

J.-F.

HAMON

& al.,

CULTURE

ET PERSONNALITÉ...

MÉTHODOLOGIE

La recherche a porté sur 80 étudiants des deux sexes (60 hommes et 20 femmes) de l'université d'Antananarivo (Madagascar) âgés de 26 à 32 ans (âge moyen 27 ans et 5 mois) inscrits en cursus de Sciences Economiques et Sociales, qui ont effectué une passation du MMPI.2. L'alcoolisme des jeunes étant très important à Madagascar, pour dépister parmi ces étudiants les éventuels consommateurs d'alcool à haut risque de dépendance nous avons utilisé la version française OETA (Rueff, 1989) du
questionnaire d'alcoolisme CAGE (Ewing,1984) qui permet de positionner les sujets par rapport à l'alcool et qui consiste à leur poser les 4 questions suivantes: Avez-vous déjà ressenti le besoin de diminuer votre consommation de boissons alcoolisées? Votre entourage vous a-t-il déjà fait des remarques au sujet de votre consommation de boissons alcoolisées? Avez-vous déjà eu l'impression que vous buviez trop? Avez-vous déjà eu besoin d'alcool dès le matin pour vous sentir en forme? Le questionnaire était administré sous forme écrite, Duffy et Waterton (1984) ayant montré que les personnes interviewées sur leur consommation d'alcool préféraient la formule écrite aux réponses orates immédiates. Le choix d'auto administration du CAGE a été motivé par le fait que le pourcentage d'alcooliques bien classés à partir de ce questionnaire atteint en moyenne 95,5 % (Rueff, 1989). Deux réponses par l'affirmative au CAGE, témoignent d'une consommation excessive d'alcool et, partant, d'une éventuelle alcoolo-dépendance (d'un risque très élevé d'addiction éthylique). Vingt-sept étudiants (21 hommes et 6 femmes) de l'échantillon interviewé ont répondu par la négative aux 4 questions du CAGE, 20 (8 hommes et 12 femmes) ont donné une réponse positive à un des items et les 33autres (31 hommes et 2 femmes) ont répondu par l'affirmative à 2 items ou plus du questionnaire. Les 27 étudiants qui n'ont répondu par l'affirmative à aucun des items du CAGE, constituent le groupe de référence pour la suite de l'étude. Les 33 sujets qui ont donné deux réponses positives ou plus représentent le groupe à haut risque d'addiction éthylique. Les 20 étudiants qui ont répondu positivement à un seul des items du questionnaire d'alcoolisme ont été classés comme présentant une tendance à consommer de l'alcool, considérés comme douteux ils n'ont donc pas été pris en compte dans la suite de la recherche. A des fins de comparaison, nous avons procédé sur les étudiants des groupes de référence et à haut risque de dépendance alcoolique au calcul des scores obtenus aux échelles d'alcoolisme de McAndrew, de tendance

17

KABARO

J, 1-2 (15-22),

2000

à l'addiction (APS) et d'addiction admise (AAS)du MMP/.2.
ensuite recherché, réponses données, l'inventaire. si des différences entre ces deux existent, groupes

Nous avons en ce qui concerne les pour les 567 items de

RÉSULTATS

ET DISCUSSION

SCORES

OBTENUS

AUX ÉCHELLES

DE MCANDREW,

APS ET AAS DU MMPI.2

Curieusement le groupe des 33 étudiants diagnostiqués comme « alcooliques », n'a donné de réponses déviantes qu'aux items 36 et 407 des 49 items de l'échelle de McAndrew, qu'à l'item 159 des 39 items de l'échelle APS et qu'aux items 264, 429 et 487 des 13 items de l'échelle AAS (tableau I).
TABLEAU I
N° DE L'ITEM 36 157 264 407 429 487 ÉCHELLE Mc ANDREW APS AAS Mc ANDREW AAS AAS INTITULE Je tousse DE L'ITEM

la plupart du temps.
pensent de moi ne me dérange pas. de boissons un châtiment alcoolisées. sévére pour mes péchés. jamais de

Ce que les autres J'ai abusé Je mérite

Sauf sur ordonnance médicale, je ne prends médicaments ou de pilules pour dormir. J'ai pris plaisir à consommer de la marijuana.

LISTE DES ITEMS DÉVIANTS

AUX ÉCHELLES

DE MCANDREW, ALCOOLIQUES

APS ET MS,

CHEZ LES ÉTUDIANTS

DIAGNOSTIQUÉS

La comparaison des notes obtenues des groupes de référence et d'alcooliques

aux trois échelles donne les résultats

par les sujets suivants:

TABLEAU Il
ÉCHELLES McANDREW APS AAS ALCOOLIQUES 64,97 49.75 60,51 NON ALCOOLIQUES 57,85 55,50 53,42

«

T » DE STUDENT

P<O,05 ns ns

NOTES « T »

18

J.-F.

HAMON

& al.,

CULTURE

ET PERSONNALITÉ...

Bien qu'une différence faiblement significative existe en ce qui concerne l'échelle de McAndrew, les valeurs moyennes obtenues à chacune des trois échelles par les deux groupes d'étudiants sont faibles et ne permettent pas de discriminer les sujets à haut risque de dépendance alcoolique des étudiants du groupe de référence. En effet, les étudiants non-alcooliques ont des notes proches de la moyenne théorique et l'élévation des notes chez ceux diagnostiqués alcooliques est de l'ordre de + 1,5 G. Ce résultat surprenant pourrait témoigner d'une spécificité du profil des alcooliques à Madagascar.
ITEMS DU MMPI.2 DÉVIANTS CHEZ LES SUJETS À HAUT RISQUE DE DÉPENDANCE L'ALCOOL À

La recherche de différences entre les réponses des deux groupes d'étudiants aux 567 items du MMPI.2 a été effectuée au moyen du test de l'hypothèse nulle (X2). Le seuil de significativité a été fixé à P < 0,05. Nous avons relevé des différences significatives pour 35 des items qui, si nos résultats étaient confirmés sur un échantillon représentatif de la population malgache, pourraient constituer les éléments d'une échelle empirique d'alcoolisme pour cette population. Les 35 items du MMPI.2 déviants sur les alcooliques malgaches sont les suivants: 11 - 32 - 34 - 36 - 39 - 101 - 111 - 138 - 157 - 165 - 200 - 208 - 209 - 216 264 - 307 - 315 - 316 - 319 - 332 - 334 - 336 - 340 - 355 - 361 - 371 - 378407 - 416 - 429 - 487 - 488 - 497 - 517 - 530. Les réponses déviantes sont « faux» pour les items 34 - 165 - 208 et 371. Les réponses déviantes sont « vrai» pour les autres items. Les numéros d'items en caractères gras correspondent aux items communs avec les échelles de McAndrew, APS et AAS. Ces items étaient ceux constatés déviants chez les alcooliques qui ont participé à l'étude. Les 35 items déviants chez les étudiants malgaches du groupe à haut risque de dépendance correspondent dans l'ordre aux questions suivantes du MMPI.2 :

La plupart du temps j'ai l'impression d'avoir une boule dans la gorge? J'ai eu des expériences particulières et très étranges? Je n'ai jamais eu d'ennui à cause de mon comportement sexuel? Je tousse la plupart du temps? Mon sommeil est agité et troublé? J'ai souvent l'impression que ma tête est prise dans un étau? J'ai beaucoup de troubles digestifs? Je crois qu'il se complote quelque chose contre moi? Ce que les autres pensent de moi ne me dérange pas? Ma mémoire semble bonne?

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KASARO

l, 1-2 (15-22),2000

Je peux facilement demander un service à des amis même si je ne peux pas le leur rendre? Je n'ai presque jamais ressenti de palpitations et je ne suis presque jamais hors d'haleine? J'aime parler de sexe? Quelqu'un a essayé de me dépouiller? J'ai abusé de boissons alcoolisées? J'entends parfois si distinctement que cela me gêne? J'ai tendance à me tenir sur mes gardes avec les gens qui ont une attitude plus amicale? J'ai des pensées étranges et particulières? J'entends des choses étranges quand je suis seul? J'ai parfois pris plaisir à être blessé par quelqu'un? Je me sens mal à l'aise à l'intérieur des maisons? J'adore aller danser? A une ou plusieurs reprises dans ma vie, j'ai eu l'impression que quelqu'un me faisait faire des choses en m'hypnotisant? Quelqu'un a essayé d'influencer mes pensées? J'ai souvent désiré être de l'autre sexe? Je me mets en colère quand ma famille ou des amis me donnent des conseils sur ma façon de vivre ma vie? Je mérite un châtiment sévère pour mes péchés? J'ai vraiment des convictions politiques? Sauf sur ordonnance médicale, je ne prends jamais de médicaments ou de pilules pour dormir? J'ai pris plaisir à consommer de la marijuana? La maladie mentale est un signe de faiblesse? Il m'est difficile de garder un travail? Parfois je me coupe ou je me blesse sans savoir pourquoi? Cela m'ennuie beaucoup de penser à faire des changements dans ma vie? Quelqu'un contrôle mon esprit? Nous avons ensuite, procédé au calcul de la moyenne (X) et de l'écart type (0) obtenus à ces items par les sujets de l'étalonnage français et comparé ces valeurs aux moyennes et écarts types obtenus chez les deux groupes d'étudiants malgaches (tableau 2). Entre les moyennes obtenues aux 35 items par les sujets de l'étalonnage français et ceux du groupe de référence d'étudiants malgaches on n'observe pas de différence significative (ddl = 1, t = 1,8 ns). La moyenne du groupe de référence est très proche de la moyenne calculée à partir des données de l'étalonnage français. On peut donc utiliser pour cette échelle, la moyenne et l'écart type issus de l'étalonnage français. Sous ces conditions l'élévation des notes relevées chez les étudiants malgaches du groupe d'alcooliques par rapport à la norme est très significative.

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J.-F.

HAMON

& al.,

CULTURE

ET PERSONNALITE...

TABLEAU III
ÉTALONNAGE X BRUT cr BRUT XT. crT. MOYENNES ET ÉCARTS (XT, TYPES FRANÇAIS 6,52 2,78 50 10 AUX 35 ITEMS OBTENUS ALCOOLIQUES 18,49 4,57 93,05 16,45 PAR L'ÉTALONNAGE NON ALCOOLIQUES 7,57 3,21 54,10 11,57 FRANÇAIS ET LES

DEUX GROUPES D'ÉTUDIANTS MALGACHES crT = MOYENNES ET ÉCARTS TYPES TRANSFORMÉS)

échelle, si elle était validée serait donc beaucoup plus pour la population malgache que les échelles d'alcoolisme et d'addiction du MMPI.2. Un avantage et non des moindres de cette échelle est que très peu d'items font directement référence à l'alcool (1 seul: j'ai abusè de boissons alcoolisées). En d'autres termes, lors de la passation on ne s'aperçoit pas qu'il s'agit d'un questionnaire sur l'alcool. Reste à présent à réaliser un véritable étalonnage de cette échelle sur la population malgache et à la mettre à l'épreuve de la clinique dans les services d'alcoologie de la grande Île pour prouver sa validité. Nous avons procédé à l'heure actuelle à l'élaboration du questionnaire et de sa grille de correction et en sommes à la phase de l'étalonnage dans plusieurs entreprises d'Antananarivo. discriminante
CONCLUSION

Cette nouvelle

Le fait que les échelles de McAndrew, APS et AAS du MMPI.2 ne soient pas discriminantes sur les alcooliques malgaches étudiés et, que 35 items sur les 567 que compte cet inventaire permettent clairement de distinguer les étudiants alcooliques des étudiants non alcooliques, suggére que les signes qui indexent l'alcoolo-dépendance différent selon la culture des individus. Il faudrait donc, avant d'employer tout inventaire de personnalité sur une nouvelle population procéder à un ré-étalonnage de ses échelles cliniques sur ces populations, sous peine d'obtenir des résultats biaisés et sans aucune utilité pour l'aide au diagnostic clinique. D'un point de vue anthropologique, nos résultats militent aussi en faveur de l'hypothése que les troubles psychiques, en l'occurrence, l'addiction à l'alcool dans notre étude, constituent des catégories culturelles (Charuty, 1992). Ce qui pose la question de la validité universelle des concepts et principes d'action de la psychiatrie (Yap, 1951) et la nécessité de créer des outils psychométriques adaptés aux individus auxquels ils s'adressent.

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KASARO

l, 1-2 (15-22), 2000

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KASARO

1,1-2 (23-40), 2000

APPRENTISSAGES
DANS

FORMEL

ET INFORMEL

LE RITUEL

HAZOMANGA

DU SUD DE MADAGASCAR

JEANNE
UNIVERSITÉ

RAVAOSOLO
DE TOLlARA

Résumé

Abstract
This sotio-anthropological stuqy deals with the apprentÙuhip of commullication rituals of the IivÙl3 lvi/h their amutors by means of the sacriJICe of all ox in the south of Madagascar (hazomanga). It shO/vs tbat apprenticeship tbrough imitatioll (action) conJtitutes an illstrl/ment q( appropriation of knolvledge, illvolvlIIg both fO'7llal and informal Jki/!.r.

Cette étude traite de l'apprentissage

au travers de l'approche socio-anthropologique des rites de communication des vivants avec les ancêtres par l'intermédiaire d'un sacrifice de bœuf dans le sud malgache (hazomanga). Elle montre que l'apprentissage par imitation (par l'action) constitue un instrument de communication et d'appropriation de connaissances qui fait à la fois appel à des compétences formelles et informelles.

Mots
hazomanga.

clés:

apprentissage,

rites,

Keywords: apprellticeship,
hazomanga.

ritual,

INTRODUCTION

L'individu acquiert différents types de comportements selon le contexte situationnel. Pour cela, il s'appuie sur des connaissances individuelles (personnelles) et traditionnelles. Les recherches anthropologiques ont fait prendre conscience de l'importance des variations culturelles sur le comportement social. Elles ont donné à la notion de culture une signification scientifique pour désigner des manières d'être en société variant selon les groupes déterminés par des valeurs, des usages et des représentations qui leur sont propres. La définition de Linton (1977, p. 33) souligne « qu'une culture est la configuration des comportements appris et de leurs résultats, dont les éléments composants sont partagés et transmis par les membres d'une société donnée ». Le mot « configuration» désigne l'aspect général de différents comportements et de leurs conséquences, sous forme de

ANTHROPOLOGIE

f ANTHROPOLOGY

KASARO

1,1-2 (23-40),

2000

modèles qui constituent une culture donnée. « Les comportements appris» font partie d'une configuration culturelle et sont acquis par le moyen de l'apprentissage. La culture est considérée comme le « résultat» des pratiques et de leur apprentissage, qui détermine les attitudes, les systèmes de valeurs chez l'individu en interaction avec son milieu. La participation individuelle aux « éléments composants» repose sur leur transmission par des membres du groupe. De là surgit l'identité collective, charpente à partir de laquelle se bâtissent les identités individuelles au sein du groupe. L'apprentissage et la transmission ne constituent pas, traditionnellement, des objets d'étude de l'ethnologie, qui admet globalement que l'acquisition se fait par « la voie de l'empreinte passive, du conditionnement, de l'imitation, de l'enseignement et de l'apprentissage actif, ou encore d'une combinaison de ces diverses méthodes» (CavalliSforza et al. 1982). « L'imitation» et « l'enseignement passif» désignent les situations d'apprentissage plutôt que les processus d'acquisition. L'empreinte et le conditionnement désignent des mécanismes d'apprentissage élémentaires. Ces différents concepts font référence soit à l'apprenant (imitation, conditionnement), soit à celui qui transmet (enseignement) et qui revient à l'un (apprenant) ou à l'autre (enseignant) dans ces processus de transmission et d'acquisition de la culture. Selon Winnykamen (1990), dans la relation interpersonnelle « novice/expert», l'imitation joue un double rôle: elle sert à acquérir des connaissances et à communiquer avec autrui. Or le problème auquel je m'intéresse concerne les processus d'acquisition, d'une part, et de transmission des savoirs, d'autre part, c'est-à-dire la manière dont, plus ou moins progressivement, se construisent des connaissances, des comportements culturellement acceptables, en relation avec les modes de transmission. L'apprentissage est un domaine d'étude privilégié de la psychologie depuis fort longtemps. Pour expliciter le mot « apprentissage», deux définitions du grand dictionnaire de Psychologie (Larousse, 1991) établissent le changement dans les comportements d'un organisme résultant d'une interaction avec le milieu, c'est-à-dire une transformation au niveau de l'interface entre l'organisme et l'environnement. Elles situent le processus de l'apprentissage au niveau comportemental: le processus de

l'apprentissage,

c'est

({

l'évolution

qu'on

peut percevoir

au cours de

(dictionnaire LePetitRober1). d'orientations très diverses, s'intéressent aux mécanismes de jeu dans l'apprentissage, et pour ce faire utilisent des situations d'apprentissage très circonscrites. Piaget (1974a, 1974b) étudie chez l'enfant les relations entre les réussites pratiques et leur compréhension dans des situations qui sont de l'ordre de la « résolution de problème» (exemple: problème de la balance). Ces situations d'apprentissage se caractérisent par le fait qu'elles l'apprentissage ou d'expériences répétées» Actuellement, de nombreux travaux

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