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Anti-Onfray 1

De
185 pages
Emile Jalley poursuit sa tâche de longue haleine d'une critique générale de la psychologie scientifique et des neurosciences contemporaines menée en vue d'une défense argumentée de l'importance de la psychanalyse dans les sciences humaines et la culture françaises et européennes. Cette confrontation avec le phénomène Onfray poursuit cette question en l'élargissant vers l'analyse d'une configuration de crise plus vaste et multiforme : opposition d'une contreuniversité à l'université officielle, débat sur le statut de la psychanalyse au sein des sciences humaines et des autres sciences, conflit social et politique larvé entre une tendance populiste et un bastion élitiste.
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Émile Jalley

Ancien élève de l’École normale supérieure, agrégé de philosophie, psychologue diplômé d’état, professeur émérite en épistémologie et psychologie clinique à l’Université Paris Nord.

ANTI-ONFRAY 1 Sur Freud et la psychanalyse
Sommaire En guise de bref discours de la méthode, 9 Chapitre 1 : Nietzsche déguisé en Charlot, 15 1.1. Une rhétorique de l’invective contre un Idéal du Soi à expulser, 15 1.2. La philosophie à coups de marteau organisant les jeux du cirque, 19 1.3. La caricature risible d’une idée géniale de Nietzsche, 24 1.4. Swift et Hegel : le grand homme assailli par les nains du jardin, 35 1.5. De la littérature sur la soi-disant littérature de la pensée freudienne, 37 Chapitre 2 : Freud habillé en satyre, 41 2.1. Freud et la philosophie : l’ambivalence n’est pas du tout la haine, 41 2.2. Une réelle incompétence en histoire de la psychologie, 44 2.3. L’imaginaire œdipien n’aurait jamais existé avant la fable freudienne, 50 2.4. D’autres aberrations en matière d’histoire des sciences, 56 2.5. La contre-vérité sur l’absence de cas cliniques, 60 2.6. Un totalitarisme encore pire que celui reproché à l’adversaire, 61 2.7. La profanation des tombeaux comme genre littéraire nouveau, 65 Chapitre 3 : Gare aux chiens de garde, 73 3.1. La contradiction ingérable d’un renversement total de perspective, 73 3.2. Le problème difficile de l’ « influence » dans l’histoire des idées, 82 3.3. Une avalanche de contradictions chez un philosophe de métier, 91

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Chapitre 4 : L’histoire des idées vue par Cadet Rousselle, 105 4.1. Une conception rudimentaire de la nature de la science, 105 4.2. La psychanalyse sauvage de l’inventeur de la psychanalyse, 116 4.3. Des oublis et des erreurs par ignorance ou par mauvaise foi, 124 Chapitre 5 : Tartuffe à la pêche en eau trouble, 141 5.1. La farce impayable du juif antisémite et complice des dictateurs, 141 5.2. L’histoire rocambolesque d’un complot universel, 160 5.3. La contre-histoire au détriment de la véritable histoire critique, 161 5.4. L’auteur masqué en Descartes qui s’avance masqué, 170 Coda, 175 Références, 183

En guise de bref discours de la méthode Le titre de notre ouvrage se légitime non d’une hostilité particulière à l’égard de la personne même de Michel Onfray, mais se voudrait plutôt une sorte de citation en hommage rétrospectif au célèbre Anti-Dühring d’Engels (1878), dont la lecture des ouvrages, entre autres, aura compté, « au temps de ma jeunesse folle » ainsi que dit Villon, autant que celle de Nietzsche - lui dont par ailleurs ne serait pas seul à pouvoir se réclamer notre célèbre auteur normand. Dans la suite de mon développement, je dirai Onfray plutôt que Michel Onfray ou Monsieur Onfray. Honni soit qui mal y pense : dans le débat entre philosophes, et nous en sommes l’un et l’autre, on ne dit pas d’habitude Emmanuel Kant, Georg Wilhelm Friedrich Hegel (!), Henri Bergson, Jean-Paul Sartre, mais bien plutôt Kant, Hegel, Bergson, Sartre. La lecture de Nietzsche a beaucoup compté pour moi, comme celle de Freud. Je l’ai lu bien entendu intégralement moi aussi, Nietzsche, et depuis longtemps, Freud également, en entier plutôt deux fois qu’une, et je suis un peu étonné de voir ce qu’a fait des deux la lecture personnelle de Michel Onfray. Chacun suit sa fantaisie, son fantasme, son goût, son penchant, son plaisir : Trahit sua quemque voluptas (Virgile). Les hasards de mon existence professionnelle et de mon trajet de lecteur et de chercheur ont fait que je n’avais jamais été amené à rien lire de Michel Onfray. C’est ainsi, je ne me suis jamais forcé, fût-ce en picorant et en zappant, à tout « lire » de ce qui paraît et passe pour important, afin de pouvoir satisfaire à propos à la conversation de mon prochain intellectuel. J’ai suivi depuis toujours un chemin personnel, aussi inconfortable que dis-

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cuté par les instances collégiales de ma discipline, tenu autant que possible à l’écart de toute forme de pensée unique en mon champ de recherche, et ne lis jamais qu’en fonction des objectifs qui jalonnent celui-ci de loin en loin. Cependant, je connaissais d’Onfray son trajet existentiel qui me semblait original et courageux. Claquer la porte de l’Éducation nationale pour aller fonder sa propre Université au fond de la Normandie, il faut beaucoup de courage, d’esprit de décision, de cran, de morgue et de panache pour faire cela, et le réussir en plus. Je l’avais entendu parler pendant ses cours d’été sur France-Culture avec abondance, brio, une sorte de pétulance, d’une voix engagée et dynamique, peut-être trop vite pour à la fois de la part de l’auditeur comprendre et prendre des notes, sauf avec le moyen moderne du magnétophone. Il parlait, les quelques fois où je l’ai écouté, de manière très intéressante de ces socialistes anglais et français que la critique de Marx a probablement trop vite enterrés : Owen, Blanqui, Cabet, etc., ceux vers lesquels le philosophe politicien Vincent Peillon a récemment tourné luimême son attention. L’athéisme virulent et de bon aloi d’Onfray, à une époque où tout retourne à la révérence aussi débile et démoralisante qu’obséquieuse du religieux, me plaisait et me semblait même une singularité aujourd’hui presque unique en son genre. Je me disais plutôt naïvement, en faisant le panorama mental de la vie intellectuelle française, que les philosophes conséquents qui subsistent, après la disparition de la très grande génération des années 70-80, pouvaient être bien vite comptés, Alain Badiou et Michel Onfray, ajoutez-y Régis Debray. Quant à Bernard-Henri Lévy, Roger Finkielkraut, Élisabeth Badinter même, franchement ralliés avec toutes sortes de nuances - mais non moins incontestablement à l’ordre établi des choses, je les laisse volontiers au goût d’autrui plutôt qu’au mien. Allons au fait : je tiens la culture hébraïque comme l’un des piliers de la mentalité occidentale, ce dont bien des Juifs ont souvent une conscience peu claire, quand ils ne le dénient pas, mais les tendances sionistes des deux premiers ne me conviennent pas. C’est une opinion très personnelle, et je conçois que l’on puisse en entretenir d’autres. Survient alors un entretien entre Jacques-Alain Miller et Michel Onfray dans le numéro de février de Philosophie Magazine : je découvre de la part de ce dernier des critiques de la psychanalyse d’une banalité vraiment éculée,

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par ailleurs une confiance naïve dans les données du Livre Noir de la psychanalyse, cette sentine, ce livre bâclé à la serpe au mépris de toute méthode scientifique élémentaire en un tel domaine (ni référence précise, ni bibliographie, des Index des noms et des matières rudimentaires pour un tel volume), ce pavé d’une démarche démagogique, sommaire et vulgaire, d’une inculture agressive et militante brandie comme telle devant un public qui en bave d’aise et de haine, l’ensemble enfin, de la part d’Onfray, sur le fond d’une conception de la science à peu près du niveau d’un Résumé pour le baccalauréat : savoir pétrifié et pétrifiant, issu de perceptions contrôlées, vérifié par des méthodes proposées comme objectives, le tout reproductible et prenant appui du consensus croissant, en outre de capacité cumulative régulière, comme les intérêts du capital, donc indubitable, quasi intangible et comme doré sur tranche, forme de Bible laïque, sans la moindre idée de la relativité, de la précarité et de la fragilité des savoirs scientifiques, de la crise de confiance croissante qu’ils inspirent surtout dans le domaine des sciences humaines, sans soupçon non plus que l’idéologie sociale et la manipulation politique puissent s’y infiltrer, l’orienter, le dérouter, l’égarer, le pervertir, le corroder, l’effriter de partout. Les bras vous en tombent. Je me réservais alors - occupé par autre chose, le livre de Jean-Jacques Rassial intitulé Pour que cesse la guerre des psys - de faire un compte rendu de cet entretien de février dans pas trop longtemps. Mais le pire était à venir, comme si Onfray s’était encore modéré avec Miller, ce qui est fort probable. Dans le débat avec Miller, Onfray ne parle pas avec tout ce détail précis de sa conception de la nature de la science, mais on sent aussitôt que c’est celle-ci qui est en cause pour lui, une conception étroitement positiviste de la science, dont toute forme se réduirait au modèle des sciences de la nature, et encore celles d’avant Heisenberg et Einstein, où le sujet est un point fixe qui reflète simplement l’objet, « la science » référée aux « faits bruts », à « l’irréfutabilité du vrai », la conception de Monsieur Fenouillard, quoi ! Ou à peu près. Ce point est essentiel : dans une pareille vision des choses, il n’y a pas de situation ni d’épistémologie indépendantes des sciences humaines par rapport aux sciences de la nature. Ce présupposé est capital, toute l’époque est là : les sciences humaines fleurissent de partout, mais il s’agit de les résorber, de les engloutir dans les sciences de la nature.

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Une fois qu’on a compris cela, on a presque tout compris de la fureur de certains débats contemporains. Je conçois que de telles discussions semblent très difficiles pour le public intéressé par ces choses, mais on n’y peut rien, il faut en passer par là. Les sciences humaines, et surtout les sciences psychologiques, dont la psychanalyse, sont les plus difficiles de toutes les sciences, bien que ce soit celles aussi qui captivent le plus la passion du public. On laisse pour le moment ce point sur lequel on reviendra plus tard. Survient pour moi la parution échelonnée à peu de jours d’intervalles des articles du Point, du Nouvel Observateur, et enfin de Marianne, des interventions d’Élisabeth Roudinesco, de Gori et d’autres, des réponses aussi apportées à celles-ci par Onfray, la prise de connaissance également d’autres contributions identifiées par moi-même dans la presse ou adressées par l’obligeance de collègues. J’avais d’abord pris le parti, qui m’a semblé pour moi le plus commode, de me confronter aux déclarations personnelles d’Onfray, telles qu’elles surgissaient, évoluaient et se construisaient au fur et à mesure dans les médias. On y saisit à vif le mouvement de la pensée de l’auteur. J’ai eu par la suite la surprise de constater que le livre d’Onfray, consulté après ses déclarations médiatiques, et les mises au point que celles-ci entraînaient d’abord chez les historiens spécialisés (É. Roudinesco, A. de Mijolla entre autres), ne m’apportait rien de franchement nouveau, quitte à compléter sur quelques points de détail ce que j’avais d’abord appris. C’était plutôt le contraire, les déclarations postérieures à la parution du livre apportant des précisions nouvelles qui n’y étaient pas contenues. Après un certain temps, il m’a paru néanmoins nécessaire, par rigueur à la fois éthique et méthodologique, de présenter d’abord la lecture critique de l’ouvrage, quitte à enchaîner sur celle-ci, à titre de compléments, les informations apportées par la communication venue des médias. Tel est l’ordre des raisons, comme dit Descartes, qui se trouve ici le même que l’ordre des matières, ce qui n’est pas toujours le cas. Le livre d’abord, les réactions médiatiques ensuite. Ce qui est intéressant, c’est qu’un certain nombre des informations venues des médias ne font pas que confirmer ce

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qu’on sait déjà par le livre, mais qu’elles apportent du nouveau, et qui fait parfois surprise.

CHAPITRE 1 Nietzsche déguisé en Charlot

1.1. Une rhétorique de l’invective contre un Idéal du Soi à expulser J’appelle Idéal du Soi, par analogie avec ce que Freud appelle couramment idéal du moi, et dont la compréhension est passée dans le bon sens ordinaire, l’ensemble des représentations collectives qu’une époque historique, l’Esprit du Temps (le Geistzeit de Hegel) se forme des valeurs culturelles et spirituelles, éthiques enfin, à partir de certains modèles qui en sont proposés par de grandes personnalités : Freud et Marx en ont fait partie. Pour Marx, c’est terminé, on a eu sa peau, chargée qu’elle a été de tant de crimes. Pour les crimes de Freud, voyez-vous, c’est en cours, en France avec plus de violence que partout ailleurs, qu’aux États-Unis en tout cas, d’après ce qu’on peut en savoir, et il y a de quoi surprendre. Notez que Marx aussi bien que Freud ont un esprit commun, n’entrons pas là-dedans pour le moment, même si c’est incontestable, qui les rattache à la culture hébraïque - c’est un sujet encore plus délicat - qui a fait jonction elle-même, à un certain moment de l’histoire, à l’époque alexandrine et peu après, avec la culture grecque comme avec le christianisme. Une remarque ingénieuse qui a été faite par Julia Kristeva, dans l’entretien avec Onfray dans le cadre du Nouvel Observateur, est que c’est tout cet arrière-fond gréco-judaïco-chrétien, base de l’humanisme traditionnel, que tenterait de basculer, de liquider l’époque contemporaine, c’est-à-dire celle où s’esquisse le nouvel Idéal, ce qu’elle ne dit pas et que j’ajoute, de l’Homme-Machine intégral, ce qui n’est pas très original, car formulé déjà par un Aldous Huxley (Le meilleur des

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mondes), un Fritz Lang (Metropolis), voire un Orwell (1984). Non, non, non, protestent-ils : « Vivre, penser et aller mieux sans Freud » avec les thérapies cognitivo-comportementales, il ne s’agirait que de cela ! Un drapeau qui cache un autre combat, l’arbre qui dissimule la forêt, et même du pipeau, si on nous permet. Il s’agit de réformer l’ensemble de l’ordre social en rejetant en sa totalité l’ensemble de la culture ancienne, pour aller vite et sans entrer dans le détail. Après la dépouille de Marx, celle de Freud, et même celle de Jésus, si étonnant que cela paraisse ! À cet égard, J. Kristeva met le doigt au bon endroit. Athènes, Alexandrie et Rome entre le IV e siècle av. J.-C. et le IVe siècle ap. J.-C. à peu près, c’est ce qui peut rester des adhérences à cet ancien fond culturel dont l’époque moderne ne veut plus avant d’entreprendre de promouvoir l’Homme-Machine intégral. Et la psychanalyse est bien attachée à tout cet arrière-fond, comme l’était Marx, dont on serait enfin débarrassé. Même si le lecteur dans un premier mouvement peut se dire que de tels propos sont un peu tirés par les cheveux. Par rapport à un tel contexte, la démarche d’Onfray ne s’inscrit pas dans la lignée d’un débat intellectuel ordinaire, encore moins philosophique, ce qui pose problème à propos de quelqu’un qui se présente comme un philosophe. Le ton est passionné, passionnel, c’est celui d’un registre particulier du discours, un discours à charge, envenimé, partial, emporté, démagogique, un discours de combat, celui, pamphlétaire d’un certain journalisme, du libelliste, du feuilletonniste, de l’avocat de la partie adverse, du procureur, du politicien, au moins d’une certaine catégorie classique de ce type de personnages, qui ont appris en général aujourd’hui à faire dans le registre plus doucereux, insinuant et patelin. Ce n’est pas la logique d’un discours philosophique rigoureux, celle de l’Académie de Platon, du Lycée d’Aristote, du Jardin d’Épicure, des Universités de Königsberg, Munich et Berlin (Kant, Schelling, Fichte et Hegel), du Collège de France de Bergson, c’est celle des démagogues, des sophistes et des sycophantes de l’Agora dans le déclin d’Athènes, celle des procès de Moscou et de Prague, celle du procès mené contre Villepin, dont les adversaires annonçaient des « crocs de boucher » et « du sang contre les murs », la logique aussi du discours non seulement du prétoire mais encore de l’arène médiatique ordinaire, celui de l’assemblée politique, du meeting, fondée sur une parole du vraisemblable,

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du plausible, du démontrable à l’endroit et à l’envers selon l’occasion, une logique de la persuasion, de la conviction à instiller puis à emporter, logique du quiconque et du quelconque, bref du n’importe quoi. La rhétorique qui porte un tel discours fait un fréquent appel à un autre registre que celui de la pure et simple description de l’objet de l’énoncé, dite référentielle, quitte à ce que celle-ci ouvre sur une critique calme, froide et argumentée. Cet autre registre est celui d’un discours exclamatif, où se trouve impliquée l’expression émotionnelle et personnelle du sujet de l’énonciation. Les développements d’Onfray montrent partout des points de suspension (…) ayant pour fonction d’introduire, de façon matérielle, infraintellectuelle, mais suggestive, le soupçon, la défiance, le doute. JacquesAlain Miller (Philosophie Magazine, février 2010) a bien noté que « l’ouvrage est parsemé partout aussi de points d’exclamation, qui signifient : qui peut croire de pareilles sornettes ? L’inconscient fait des calembours ! Il est illogique ! Insaisissable ! On ne le voit jamais ! Et Freud qui a le toupet de nous parler de tout ça ! Et Freud qui se contredit ! M. Onfray jamais. Il ne se fie qu’à « la raison raisonnante et raisonnable » ». L’un des procédés paradémonstratifs familiers d’Onfray est également l’usage constant d’épithètes à forte charge émotionnelle : stupéfiant, sidérant, extravagant, la révélation constante de « perles » (46, 60, 81, 83, 240, 264, 287, 424, 434). On peut lui en faire tout autant, afin de faire progresser le débat français. La démonstration exclamative pratiquée par Onfray combine également les points de suspension avec de petits slogans disposés en fin de paragraphes, dans le genre des annotations ironiques dont certains enseignants agrémentent l’en-tête des copies d’élèves : « Hypothèse tentante… », « Habile lecture rétrospective… », « - puisque Freud le dit… » (187, 264, 290). Il y a aussi les allusions à des personnalités bien connues que nous ne nommerons pas, ainsi à « la foi déraisonnable de l’hystérique qui n’hésite pas à recourir aux plus graves insultes » (34). On pourrait lui rendre aussi la pareille sans faire avancer non plus beaucoup la discussion. Même Le Figaro littéraire (29/4/2010) note qu’il s’agit surtout d’un « procès fait à Freud », que le livre, qui « passe en revue la vie et l’œuvre de

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Sigmund Freud, plaide avec brio, mais souffre des excès du polémiste, que son propos s’affaiblit (en chemin), démontre moins qu’il n’assène, que cette enquête biographique se révèle frappée du sceau du parti pris et de la véhémence quand il s’agi(rai)t d’analyser (avec objectivité) l’héritage du freudisme » (21). Même une certaine presse conservatrice donc ressent que la conception particulière, quasi exclusive, d’un angle d’attaque de type psychobiographique sur l’héritage freudien est un prétexte en or, un levier commode, l’instrument le favorable - on y reviendra - pour atteindre l’objectif partisan que se propose dès l’origine l’auteur : « Dans la dernière partie de son livre, Onfray montre le bout du nez et trahit ce qui le dérange au fond, chez Freud. Avec sa vision noire d’un genre humain travaillé par la haine et la rivalité, Freud n’était pas un progressiste mais un conservateur. De là à en faire un homophobe, un misogyne ou un raciste, il n’y a qu’un pas… Onfray l’accuse même d’être un idéologue de la contre-révolution, avec le chancelier autrichien Dollfuss et Benito Mussolini en héros présumés ! Idéologue, Freud ? Peut-être à ses heures, comme tout un chacun ». Donc, même Le Figaro n’y croit pas, c’en est très étonnant, à ce tissu d’affabulations monté par celui même qui dénonce « l’affabulation freudienne ». Un Freud à droite, et même à l’extrême droite, Le Figaro, qui sait ce dont il parle, sait bien que Freud n’est pas de ce côté-là. Ce serait plutôt le socialiste libertaire tel que se présente l’auteur qui pourrait bien, en cette période de grand découragement politique de la nation gauloise, glisser - à l’insu de son plein gré, comme disait le champion cycliste Richard Virenque convaincu de dopage, justement de ce côté où il prétend localiser Freud, par ce type renversement projectif propre au discours paranoïaque. C’est toi qui le dis qui y es, comme disent encore les enfants dans les cours de récréation. Mais c’est lui, Onfray, l’affabulateur ! Même Le Figaro ne veut pas marcher dans ces Contes de Ma-Mère-L’Oie, ne veut pas s’en laisser accroire par de telles fariboles. De mon point de vue, rien que par exemple à lire le Sommaire de l’ouvrage, je suis sensible à ce que j’appellerai une sorte de couleur préoedipienne et plus précisément de qualité sadique-anale : cela veut dire qu’un aspect de violence déchaînée et un autre aspect plus serein, plus proche du

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