Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 15,75 €

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Apport de l'approche territoriale à l'économie du développem

247 pages
Se voulant manuel à la pointe de la recherche scientifique, produite par plusieurs écoles concernées par le territoire et le développement, aussi bien dans les aspects microéconomiques que macroéconomiques, ce volume confronte ces recherches avec des réalisations concrètes dans plusieurs pays du monde, notamment du Sud.
Voir plus Voir moins

ApPORT

DE L'APPROCHE

TERRITORIALE

À L'ÉCONOMIE

DU DÉVELOPPEMENT

L.édition de ce livre a été effectuée sous la responsabilité de Pierre Croce, Chargé de mission sur la politique de publication, Université Pierre ~'fendès France, Grenoble 2. Cette édition a été réalisée avec l'appui du programme TE~JPUS ~fED_A. de la Commission Européenne

<Q2007 -« Économie

critique », 1, rue Hamza, Rabat .A.gdal, 1.1aroc,

@ L'Harmattan, 2007 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris http://www.1ibrairieharmattan.com diffusion.harmattan @wanadoo.fr harmattan1 @wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-03518-8 EAN : 9782296035188

Jean Lapèze (Ed.)

ApPORT DE L'APPROCHE À L'ÉCONOMIE TERRITORIALE

DU DÉVELOPPEMENT

L'Harmattan, Paris & Économie î'ritique, Rabat

« Côté cours»

« Côté cours» est une série de la collection «La éditions L'Harmattan. Elle reçoit des ouvrages distances de l'UPMF. Elle prépare les étudiants de certains Masters de Sciences économiques et

Librairie des Humanités» aux destinés à l'enseignement à du DEUG, de la Licence et de Droit.

La Librairie des Humanités. Collection de l'Université Pierre Mendès France de Grenoble, dirigée par Thierry Ménissier, docteur de l'EHESS, Maître de conférences de philosophie et Pierre Croce, chargé de mission sur la politique de publication de l'UPMF. Elle est destinée à recevoir, dans ses diverses séries, des textes couvrant tout le champ des sciences sociales et humaines, son caractère universitaire lui fait devoir et privilège de promouvoir des travaux de jeunes auteurs autant que de chercheurs chevronnés. Membres du Conseil scientifique de la collection: Thierry Ménissier: Alain Spalanzani: Fanny Coulomb: Jérôme Ferrand: Pierre l<.ukawka: Jacques Fontanel: Jean-William Dereymez : Sciencesde l'Homme Gestion Economie Droit Politique et Territoire Série« Côté Cours» Série« Les sentiersde la Liberté»

Dé.jàparu dans la série« Côté cours» :
Frédéric Jacques CARLUER, Pouvoir économique et espace: AnalYses de la divergence régionale, 2004. (( FONTANEL, La globalisation en analYse )), 2005. SADI, La p,ivatisation des entreprises publiques en Algétie, 2005.

Nacer-Eddine

.L\kim .L\' T AÏROU, analYse et décisions financières, 2006.

Dé.jà paru: « Economie critique» (Rabat)
~fichel Claude Jean HOLLARD Une petite désillusion comment peut-on Tenitoire être coopérant au Alaroc ?, 2006. COUR.LET (Dir.), Nacer et développement éff)Jl0mique au Maroc, 2006. LMIRANI, Economie des tenitoires, 2007. j\fichel HOLLARD (DIR.), Economie des

LAPÈZE,

EL I<ADIRI, Nouzha Noureddine

j\fohammed

BENSAÏD,

EL .L\OUFI,

organisations, 2007.

LISTE

DES

AUTEURS

ALTUZARRA Amaia Escuela Universitaria, Universidad del Pais Vasco, Espana BENSAHEL Liliane Chercheur au CREPPEM Université Pierre Mendès France, Grenoble 2 COURLET Claude Professeur d'économie, Président de l'Université Pierre Mendès France, Grenoble 2 ESTEBAN Marisol Catedratica de Universidad, Universidad del Pais Vasco, Espana GAROFOLI Gioacchino Università dell'Insubria, Varese, Italia GUMUCHIAN Hervé Professeur à l'Institut de Géographie Alpine Université Joseph Fourier, Grenoble 1 JOURDAM Hélène Expert-Consultant, Bamako, Mali LAPÈZE Jean Professeur associé Université Pierre Mendès France, Grenoble 2 MATTEUDI Emmanuel Maître de conférences Institut d'Urbanisme de Grenoble Université Pierre Mendès France, Grenoble 2

MOFLIH Youssef Docteur en économie, chercheur-consultant, Université Pierre Mendès France, Grenoble 2 PEYRACHE-GADEAU Véronique Maître de conférences, Université de Savoie, Chambéry RODRIGUEZ Arantza Escuela Universitaria, Universidad del Pais Vasco, Espana TRAORÉ Dédéou Chef du Programme d'Appui au Développement Local de Tombouctou, Mali VAZQUEZ BARQUERO Antonio Professeur, Université autonome de Madrid, Espana

PLAN

DE L'OUVRAGE

Préface par Claude Courlet & JacquesFontanel
Introduction par Jean Lapèze . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..

7
11

I. Claude Courlet
Développement économique et territoire: Quels rapports?
. . . . . . . . . . . . . . . . .. 29

II. Marisol Esteban et alii Territoires intelligents, villes créatives - Les clés du débat actuel III. Antonio Vazquez-Barquero
Développement endogène: points analytique et politique.

53

. . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 67

IV. Gioal~(hino Garofoli
Développement endogène et systèmes productifs localisés. . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 93

V. Youssef Moflih SPL et compétitivité: le cas du textile-habillement dans la région casablancaise VI. Véronique Peyrache-Gadeau L'approche territoriale renouvelée à partir des enjeux de spécification et de vulnérabilités VII. Jean Lapèze Production de biens collectifs et innovation institutionnelle? VIII. Hervé Gumuchian
Le concept d'acteur territorialisé : action/discours/intentions

109

131

149

163

I)(.]jJ.nJ.nanuelA1atteudi
La participation dans les projets de développement. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 177

)(. Liliane Bensahel Tourisme, ressources territorialisées, développement )(I. Dédéou Traoré Décentralisation et appui technique aux collectivités du Mali... )(. l1éœneJourdaln
Le dispositif
Table

195

215

financier
des

de la décentralisation.
matières.

. . . . . . . . ..

227

analytique

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 239

Préface
Par Claude
Professeurs

COURLET
à L'Université

et Jacques

FONTANEL
2

Pierre ~fendes France, Grenoble

La question du territoire fait l'objet de nombreux débats socioéconomiques. Elle s'inscrit aujourd'hui dans le cadre de la globalisation et de l'économie de marché. Si l'on se réfère à l'essence même des théories qui fondent la pensée du système de libre-échange, la notion de territoire n'existe pas ou peu. Ce n'est pas un élément déterminant des choix des acteurs économiques, sauf pour les économies de rente. Dans ce contexte, le territoire n'a pas de volonté propre, il s'inscrit dans une perspective concurrentielle d'agents fondamentalement privés, avec des services publics minimaux, limités aux expressions traditionnelles de l'État-gendarme. .L-\ la fm vec des économies planifiées, la pensée libérale s'est organisée autour du fameux consensus de Washington. Celui-ci est fondé sur une double analyse de deux Prix Nobel d'économie. - Celle d'.L-\rthur Lewis d'abord, qui considère que le développement économique dépend des investisseurs riches, les seuls capables d'accumuler du capital, ce qui doit inciter les États et les territoires à leur accorder des avantages économiques importants, notamment fiscaux, au prix d'inégalités économiques croissantes. - Celle de Simon Kuznets ensuite pour lequel l'inégalité constitue l'une des premières nécessités du développement, lequel, ensuite, tend à les résorber. Dans ce contexte, tous les territoires du monde, quelles que soient leurs dimensions, se doivent d'encourager les revenus du capital et de soutenir le règne sans partage de l'initiative privée. Il est donc contre-productif et inefficace de contrôler les investissements directs de l'étranger (IDE), car cette politique lèse les consommateurs nationaux et locaux et les producteurs étrangers. Sur la base de ces deux analyses, le F~fI a incité les États à ouvrir leurs frontières Le consensus de Washington est fondé sur dL"'\: principes libéraux:

8

PRÉFACE

- La libéralisation des marchés f1nanciers - La libéralisation du commerce, - L'augmentation des échanges internationaux, - La privatisation des entreprises publiques, - Le développement de la «dérégulation» par la concurrence dans tous les secteurs de l'économie, - La garantie du droit de propriété, secteur informel compris, - Le retour nécessaire à l'orthodoxie f111ancièrepublique, - Le contrôle des dépenses de l'État1, - La réforme du système des impôts, notamment en proposant la diminution des taux d'imposition pour les revenus élevés, procédure jugée dissuasive et contre-productive, - L'incitation à l'investissement étranger en lui accordant, notamment, les mêmes droits que ceux qui s'appliquent à l'investissement national. Le FJ\11 a recommandé la libéralisation du commerce et des marchés ftnanciers, la privatisation des entreprises et l'équilibre budgétaire. Les politiques régionales n'ont pas de sens dans le cadre de la régionalisation, sauf à faire respecter la libre concurrence et l'ouverture des marchés des capitaux. L'essor du secteur privé au détriment de l'action du secteur public est recommandé et soutenu. Cette politique engagée par le FJ\11 n'était que l'expression doiminante des politiques de développement défendues par les grands du Quad 0 apon, Canada, USA. et UE). Cependant, Joseph Stiglitz2 (autre Prix Nobel d'économie) note que les règles ne sont pas des fms en soi et qu'elles ne sont certainement pas applicables dans tous les pays, quelles que soient leurs conditions économiques réelles. Une attitude plus pragmatique peut conduire à l'émergence d'un développement soutenable démocratique. Or, l'application de la «purge libérale» aggrave souvent la maladie, ce qui, aujourd'hui, est assez majoritairement reconnu. Les réalités économiques de chaque pays et régions doivent être pris en compte.. Pour faciliter le transfert des compétences économiques du secteur public vers le secteur privé, de nombreuses organisations internationales ont eu une influence considérable sur la vie quotidienne des citoyens. Pourtant, au moins quand le marché fonctionne mal, les pouvoirs publics doivent intervenir et il existe des biens publics pour lesquels le marché n'est pas adapté. Pour .i.-\dam Smith, il existe des biens d'un grand intérêt pour l'ensemble de la société qui ne dégagent aucun profit privé, car ils ne mettent pas les agents économiques en rivalité et n'excluent aucun d'entre eux. De ce fait, les individus ne peuvent pas, seuls, les prendre en charge. Les biens publics ne se cantonnent pas à la satisfaction des besoins d'une seule

1 Le consensus et favorable aux dépenses publiques d'infrastructures tion), mais il est défavorable de toutes les autres formes de subventions spécifiques modifiant les conditions de la concurrence. 2 Stiglitz, J.E., 2002, La grande désillusion, Paris, Fayard.

(dont la santé et l'éducaet d'actions économiques

C. COURLET & J. FONTANEL

9

nation, ils opèrent aussi bien localement (pollutions domestiques) que mondialement (lutte contre le «troU» de la couche d'ozone). .L-1.U fond, les «externalités» n'ont que faire des frontières3 et les questions d'aujourd'hui impliquent souvent des réponses collectives. C'est le cas de la lutte contre le terrorisme, du changement de climat, de l'instabilité f111ancière internationale, de la «crise» de l'eau ou des contrôles épidémiologiques. côté des «public goods» (biens publics) se prof.tlent les « bad goods» (maux publics), comme le trafic de la drogue, l'esclavage, le travail des enfants ou l'exploitation des femmes. Le choix entre le caractère privé et public d'un bien est souvent historique et social. La globalisation rappelle l'interdépendance des États et les bénéfices des interactions économiques. Plusieurs questions sont alors posées: - Qui décide de la nature privée ou publique d'un bien? La propriété privée est un phénomène récent à l'échelle de l'humanité, c'est une institution sociale, dont l'élargissement dépend du consensus social d'un pays. - Qui décide de la nature nationale ou internationale d'un bien public? Les États ou les territoires peuvent s'engager mutuellement à créer un bien public. Celuici peut s'exercer dans tous les secteurs de la vie sociale (alliance militaire, infrastructures communes ou lutte contre la pollution et pour l'environnement, politiques de développement). - Quels sont les avantages relatifs au caractère global d'un bien public? .L-1.vece processus de la globalisation, les consommateurs, l les producteurs et les citoyens du monde ont des intérêts communs ou des oppositions que seules des organisations internationales peuvent résoudre. La lutte contre la corruption ou le crime organisé implique l'intervention internationale des forces de répression-l.
.L\

Les textes qui suivent s'interrogent surtout sur le territoire, mais il était utile de replacer celui-ci dans le contexte des débats entre mondialisation-régionalisationterritorialisation, biens publics-biens privés, laissez-faire intégral et intervention collective des acteurs économiques d'une même entité sociale ou territoriale. Tous ces articles ont été présentés à Rabat les 12 et 13 février 2007, dans le cadre de la fmalisation du programme Tempus-Omar. Celui-ci a permis d'appuyer la mise en œuvre du 11aster spécialisé intitulé «Economie des territoires» auprès de l'Université 110hammed "\T.L-1.gdal Rabat, au 11aroc, 1'faster qui s'inscrit aujourde d'hui dans le cadre d'un réseau africain de troisième cycle coordonné par l'Université Pierre 1'fendès France de Grenoble. Il a pour objectif la production d'un manuel à la pointe de la recherche scientifique produite par plusieurs écoles concernées par le territoire et le développe-

3 lVIusgrave R..r\., lVIusgrave P.B., 2003, "Prologue", globalization (edited by Kaul, I., Conceiçao, P., Le Goulven, PNUD, Oxford University Press, New York, Oxford.

in Providing global public goods. l\lanaging K., lV'Iendoza, R.U., published pour Ie

-J Kaul L, Conceiçao P., Le Goulven K., lVIendoza R.U., 2005, Providingglobal public goods. lv[anagingglobalization, (edited by) published for The PNUD, Oxford University Press, New York, Oxford.

10

PRÉFACE

ment, aussi bien dans les aspects microéconomiques que macroéconomiques, et de confronter ces recherches avec des réalisations concrètes dans plusieurs pays du monde. -\ini, il constituera un point de rencontre entre théoriciens et praticiens à l'heure où les analyses territoriales sont en pleine effervescence et où il devient donc important de connaître l'ensemble des théories qui se développent dans le monde ainsi que leurs applications. L'ouvrage qui en constitue le résultat sera d'abord destiné aux étudiants de l\:faster. -\fin d'améliorer la performance de nos formations, il apparaît aujourd'hui indispensable, notamment pour l'enseignement par correspondance utilisant les NTIC que nous avons installées dans les universités du réseau et permettant de renforcer les relations inter universitaires, d'établir un bilan des toutes dernières évolutions scientifiques concernant les théories économiques des territoires et des régions. Il s'agit en effet de mettre en évidence les dernières analyses développées par plusieurs écoles qui ont, certes des relations universitaires régulières, mais qui ne sont pas toujours formalisées dans des écrits qui engagent la réflexion scientifique.

Président

de l'Université

Pierre

j\lendes

France,

Claude Courlet Grenoble 2

Jacques Fontanel

vice-Président

UPj\fF, Grenoble 2, responsable

du projet Tempus-Omar

Introduction
Jean LAPÈZE
Professeur associé à L'Université Pierre Mendes France, Grenoble 2

En partant de la genèse de la pensée économique qui a donné lieu aux écoles actuelles de développement des territoires comme un phénomène de mondialisation conçue autrement que du point de vue des économistes fondamentalistes, il est aujourd'hui nécessaire de passer en revue les différents courants, anciens et actuels, qui ont donné lieu à l'apparition des sciences du « territoires». Ces territoires sont caractérisés par leur histoire et leur culture, leur environnement, leur savoir-faire et leurs mécanismes de transmission, leur organisation et leur cohésion sociale, autant de valeurs sociales qui constituent les piliers de l'émergence de nouvelles ressources et de leur valorisation en vue d'une intégration de la production de richesses et de bien-être dans un système économique globalisé. Le rôle de l'information comme source d'innovation, des circuits de transmission de connaissances et la part que prennent ici l'histoire mais aussi le maillage social et sectoriel, l'art et la culture en général, sont essentiels à la formation des territoires, dont ils constituent aussi le résultat le plus marquant de l'évolution de l'Homme dans son milieu. Des exemples montreront que le chemin n'est pas tout tracé et qu'il n'est pas facile, la pratique questionnant bien souvent la théorie. 11algré tout, il est nécessaire de produire une vision unifiée du concept de territoire et des acteurs qui le fabriquent. .L-\prèsles textes fondateurs d'.L-\dam Smith et les analyses de Karll\:farx, il a fallu attendre .L-\lfredl\farshall et Josef Schumpeter pour voir formuler des théories qui permettent de schématiser la dynamique des systèmes économiques. La vision de l\larshall relève d'un monde économique caractérisé par la continuité, celle de Schumpeter d'un processus de développement qui se produit par bonds, de façon discontinue (C. Courlet et B. Pecqueur). Pour .L-\lfred l\larshall, il existe une forte

12

INTRODUCTION

corrélation entre la conception continue du temps et l'apparition des économies externes: ces dernières assurent la continuité du progr~s technique à long tenne par la capacité d'adaptation des idées existantes à l'évolution sectorielle globale induisant une irréversibilité du processus de changement. Dans ce cadre, l'histoire, la culture, les coutumes d'une zone peuvent expliquer son développement. ..I.-\.insi, la plupart des économies externes dépendent de la localisation de l'activité productive ce qui fait des processus de développement, et, par voie de conséquence, d'innovation, des processus sociaux. Pour Schumpeter, l'entrepreneur est le moteur de l'innovation dans la mesure où il en tirera profit. Ses motivations se heurtent naturellement à de nombreuses réticences: faire apparaître un nouveau mode de pensée (et donc faire l'effort sur soi pour y accéder) qui bouscule les conformismes et entraîne des résistances d'ordre politique, productif et social par rapport aux voies classiques, connues et éprouvées, de développement de la société. En d'autres termes, l'entrepreneur, fondamentalement innovateur, introduit des idées et des comportements nouveaux mettant ainsi à mal le chemin rassurant de ce qui est connu. Cette perception explique la vision de discontinuité d'une part, la non prise en compte de l'espace d'autre part. Dans ce cadre, le comportement de l'entrepreneur innovateur peut s'observer partout, sauf dans l'espace du sous-développement caractérisé par l'absence de capacité d'innovation. Ce clivage essentiel entre les deux théories se retrouve chez les pionniers du développement que sont François Perroux et ...\lbert Hirschman, avec parfois des points de convergence non négligeables entre leurs deux analyses. Pour Perroux, la dynamique de l'inégalité se réfère à l'entrepreneur innovateur issu des industries motrices ou dominantes, alors que les économies externes contribuent à expliquer le processus de développement, ce qui en soi n'est pas contradictoire dans la mesure où les industries motrices obligent, pour rester dominantes, les résistances vis-à-vis de l'inconnu à évoluer. Pour .J.\Ibert O. Hirschman, c'est une analyse de causes à effets qui montre une interdépendance entre entreprises et entre secteurs de production, mais également des interrelations de type social entre acteurs de différentes origines, économiques, sociales, géographiques. L'actuation de chacun a des incidences sur celle des autres. Ici, le territoire constitue une «base pour la recherche de nouvelles rationalités conduisant au développement ». L'approche du développement continu débouche à son tour sur la prise en compte du territoire comme composante permanente du développement économique, que ce soit en termes de milieu innovateur ou de développement endogène. Plusieurs théories en ont présenté les contours: L'analyse des théories évolutionnistes tion. de la production et de l'innova-

L'application des théories de croissance endogène et des théories évolutionnistes à la Géographie.

J. LAPÈZE

13

Les analyses des districts industriels et de leur transformation qui caractérisent la dynamique de la discontinuité d'une part, et la présentation et l'analyse du territoire comme forme de régulation sociale d'autre part. Les réflexions de l'école italienne et de son approche nomie industrielle des districts industriels. en termes d'éco-

Et enfm, l'école américaine fondée sur la géographie économique. Or, force est de constater que le territoire est un lieu où se réunissent ces deux grands courants. Du coup, cette confrontation et le débat qu'elle suscite amènent sur le devant de la scène trois réflexions fondamentales: Qu'appelle-t-on ressources pour le développement et quelles sont les interactions entre ressources données (<< considérées comme un stock indépendant de la production, homogène, mobile et redéployable ») et ressources construites « directement issues de la dynamique territoriale », entre ressources génériques et ressources spécifiques? Par voie de conséquence, comment prendre en compte l'atmosphère ou la culture industrielle et les effets relationnels que l'une ou l'autre induit sur et avec les autres composantes de la société? Enfin, comment analyser l'impact de la structure sociale sur les résultats économiques? Comment identifier, construire et valoriser les ressources locales grâce à une transformation progressive de la société basée sur les interrelations entre les mondes économique, politique, social et culturel? Cette interrogation renvoie à l'impact de ces interrelations sur le processus de développement (phénomène « d'encastrement social ») intégrant les dimensions globale et locale, ce qui ne néglige pas pour autant le rôle leader des entrepreneurs dans le processus d'innovation. La question de l'innovation comme processus de mise en valeur des ressources locales, et de la société de la connaissance dans laquelle elle s'insère, est alors posée, la connaissance, la créativité et l'innovation constituant les piliers du nouveau modèle socioéconomique 0\1. Esteban). Ici, territoire, innovation et compétitivité acquièrent un nouveau sens: tout en se situant dans l'économie globale, ils doivent aussi intégrer et structurer la société locale, la ville jouant ici un rôle fondamental par son phénomène d'agglomération et donc, de diversification, aspects particulièrement importants pour affronter la concurrence globale dont dépend le bien-être de l'individu et donc, sa capacité de participation à l'ensemble du système. C'est au sein de l'articulation entre global et local que se trouvent les fondements de nouveaux processus de transformation urbaine et territoriale, les points forts des politiques urbaines et régionales, locales et globales, capables de garantir le dynamisme des villes et des territoires» avec de nouvelles formes de gouvernance. Ce dernier point n'a pu

14

INTRODUCTION

apparaître que dans le contexte de changements structurels profonds liés à la globalisation de l'économie et des communications, à la révolution des technologies de l'information et à la diffusion généralisée de l'urbanisation. La connaissance représente donc un facteur décisif pour affronter ces changements, ce qui fait de la capacité à créer ou à innover un facteur central de l'articulation entre le global et le local, assurant ainsi au secteur des services, incluant les industries technologiques, une suprématie sur le monde de la production stricto sensu (activités scientifiques analytiques et/ou synthétiques, art et communication, biens culturels, propriété intellectuelle des idées originales). Du coup, les processus de génération et de diffusion de la connaissance ne peuvent être compris en dehors de l'analyse du contexte culturel et institutionnel local où agissent les agents et les acteurs responsables de l'innovation, c'est-à-dire, en dehors du territoire, ce qui contribue fortement à l'intérêt croissant pour la dimension territoriale du développement économique. Par voie de conséquence, la compétitivité des territoires et des villes, fondement du bien-être économique et social, est très étroitement liée à l'action publique et donc au débat politique. Comment appuyer l'accroissement de la participation aux marchés, notamment international, des entreprises locales? Dans ce contexte, il s'agit de trouver des réponses concernant les «effets d'attraction» de la région sur l'investissement privé ou public, local ou étranger, sur la main d' œuvre qualifiée et sur les nouvelles entreprises qui favoriseront la création de technologies. C'est à partir de ces questionnements que l'on voit émerger ce que nous appellerons des « régions intelligentes» et des «villes créatrices» grâce à la recherche de développement« d'externalités régionales ou de ressources externes aux entreprises individuelles» générées, directement ou indirectement, par ces entreprises. Celles-ci doivent avoir la capacité d'avoir une influence sur leur efficacité respective, leur capacité d'innovation, leur flexibilité et dynamisme, c'est-à-dire sur leur productivité et avantage compétitif », ce qui implique, outre la capacité d'innovation, une capacité d'apprentissage collectif inter entreprises d'une part, entre les entreprises et les autres composantes de la société d'autre part. On ne peut cependant considérer ce processus efficace à un niveau régional, que s'il existe ou que si se crée un réseau de villes assignant à chacune un rôle stratégique dans le modèle de développement, sous peine de voir l'individualité créatrice s'épuiser face à la concurrence globale. La complémentarité génère les conditions de la diversité économique tout en laissant la place à la spécialisation, laquelle permet à chaque espace de contribuer à la constitution d'un capital humain ou créateur spécifique et remarquable. «Du coup, la question principale qui se pose est de savoir comment environnement... créateur» ? générer un

Pour répondre à cette question, le pas à franchir passe par la description et l'analyse du développement endogène conçu « comme une approche capable d'analyser les changements de dynamique économique et structurels », ce qui en fait « un instru-

J. LAPÈZE

15

ment d'action pertinent» dans la mesure où il « essaie de stimuler les forces et les mécanismes qui façonnent l'accumulation de capital et le développement économique» c.A..Tazquez-Barquero). \ .L-\.u cours du temps, les solutions apportées aux problèmes 'posés par l'organisation de la société ont fait émerger de nouveaux problèmes. Pour y répondre, l'innovation et la diffusion de la connaissance trouvent toute leur importance dans un monde globalisé aux changements extrêmement rapides accentués par l'échec des politiques mises en œuvre par les fondamentalistes du capital qui n'ont fait qu'accroître le sous-développement de certaines régions, notamment au Sud. En réponse spontanée à cet échec, l'approche du développement endogène née dans les années 1980, se base sur l'espace plutôt que sur la fonction, sur des études de cas plutôt que sur des analyses transversales et, du coup, sur l'efficacité des politiques de développement conduites par les acteurs locaux plutôt que sur celles menées par des administrations centrales. En d'autres termes, le développement endogène peut se caractériser par l'interaction de l'ensemble des acteurs d'un territoire qui construit un milieu innovateur grâce à un « réseau d'intérêts de plusieurs communautés territoriales ». Le phénomène des villes joue ici un rôle très important, basé sur la répartition des fonctions urbaines et la mise en réseau de ces fonctions plutôt que sur la taille de telle ou telle vile, les fonctions assumées par chaque centre urbain permettant de construire un capital humain spécifique, lequel permet à son tour une complémentarité des espaces favorable à l'accumulation de capital. Cette dernière résulte de la combinaison entre savoir-faire et gains de productivité nés de la capacité d'innovation de chacun des espaces. Cet ensemble entre dans un cercle vertueux où se retrouvent l'organisation flexible de la production, la diffusion de l'innovation, le développement urbain du territoire et l'évolution et l'adaptation des institutions. On assiste alors à l'apparition de districts industriels et de clusters de petites et moyennes entreprises producteurs d'économies d'échelle à l'intérieur du territoire. Les questions qui se posent alors sont les suivantes: « comment fonctionnent ces forces qui facilitent la croissance de la productivité et le développement économique? Quels sont les mécanismes qui neutralisent la tendance vers un état rigide? Comment peut-on activer les forces déterminantes que sont l'accumulation de capital et de connaissances? Comment émergent les économies cachées qui existent au sein des systèmes productifs et urbains? Qu'en est-il de la réduction des coûts de transaction et de production induite par le modèle institutionnel? ». Le système productif d'un territoire repose sur l'organisation du système de production engendrant une division du travail entre les entreprises et un système local d'échanges. Il y faut donc un réseau d'entreprises, des ressources humaines et en infrastructures, des activités économiques diversifiées et des relations d'interdépendance et d'échanges entre les acteurs. son tour, la diffusion de l'innovation et de la connaissance résulte de ces interdépendances et permet « la transformation et la rénovation des systèmes productifs locaux ». L'innovation doit donc être « considé.L\

16

INTRODUCTION

rée comme un processus d'apprentissage collectif» qui permet un élargissement de la gamme des produits, l'ouverture de nouveaux marchés, l'adaptation des technologies favorisant la diversification, créant ainsi des économies externes et internes qui induisent l'accroissement de la productivité et de la compétitivité. Le milieu urbain, par la concentration et la diversification de ses activités, devient le territoire le plus favorable à l'innovation et à sa diffusion. Cependant, cette même diffusion ne peut être efficace sans de profondes racines institutionnelles et culturelles qui permettent une organisation stratégique entre acteurs et organisations locales. C'est cet ancrage culturel et social qui favorise l'apparition de nouvelles organisations locales telles que des réseaux d'entreprises, des centres de soutien à l'activité ou des parcs technologiques, apportant des services aux entreprises locales pouvant aller jusqu'aux services fmanciers. .A.son tour, cet ensemble implique une capacité accrue de communication donnant lieu à la réalisation d'infrastructures importantes, ainsi qu'une capacité à renforcer le tissu social, ce qui se caractérise, par exemple, dans de nombreuses villes autour du globe, par la restauration des centres anciens et l'introduction d'activités culturelles et de loisirs. Enf111, tout ceci s'accompagne de nouvelles formes de gouvernance caractérisées par une approche stratégique et par l'apparition croissante d'agences de développement économique local souvent soutenues par les grands organismes internationaux. ~Jalgré tout, «le succès de la politique dépend de l'adaptation des actions aux conditions économiques et sociales de chaque localité ou territoire ». Cet ensemble ouvre la voie à une réflexion générale sur « les rapports entre développement économique et territoire» caractérisés par «une forte cohésion sociale, un lien avec les spécificités culturelles et sociales locales, l'introduction d'une forme de régulation sociale au niveau local, la révélation des relations sociales et des rapports de confiance réciproque entre les opérateurs, etc. » (G. Garofoli). C'est à partir de ces considérations empiriques qu'une recherche sur le territoire a fait progressivement apparaître le paradigme de développement par le bas permettant de faire émerger les potentiels locaux basés sur la petite et moyenne entreprise. Il en ressort que le« modèle de développement endogène garantit l'autonomie du processus de transformation du système économique local, soulignant le rôle central des processus décisionnels des acteurs sociaux locaux et leur capacité à contrôler et à internaliser connaissances et informations venant de l'extérieur, assumant généralement des caractéristiques de développement auto soutenable. Le processus de transformation se base donc sur quelques spécificités locales et sur la capacité de commandement de quelques variables fondamentales », ce qui introduit la notion de l'espace généralement absent des théories économiques classiques. Plutôt que comme un coût additionnel pour les entreprises, le territoire est dorénavant perçu comme un milieu favorable pour le développement des entreprises. En effet, il est« le lieu des diverses formes de coopération entre les entreprises; il est le lieu où se décide la division sociale du travail; il est, en défmitive, le point de rencontre entre les forces du marché et les formes de régulation sociale ».

J.

LAPÈZE

17

Dans cet espace, l'autonomie des acteurs et celui du système local sont des éléments fondamentaux du développement endogène. .A.u même titre apparaissent les spécificités locales ou ressources spécifiques, qui caractérisent le mode d'organisation de la production et révèlent les facteurs de compétitivité observables et qu'on ne trouve pas dans d'autres territoires. ...\insi, le territoire devient producteur de ressources et un élément d'attractivité. On peut ainsi introduire le concept de système productif local, basé sur de petites entreprises, qui favorise l'apparition d'une identité socio-économique locale, l'émergence d'intérêts communs aux entreprises et aux collectivités locales, et l'identification de problèmes également communs dont le traitement passe par des «formes spécifiques de régulation sociale au niveau local ». Ici, il existe donc une forte interrelation entre le système productif et le système socio-institutionnellocal qui permet de dire que les trois dimensions, économique, territoriale et sociale, ne peuvent être dissociées. De la même façon, on ne peut dissocier le concept de système productif local de celui d'innovation, cette dernière constituant le moteur du processus de développement et de reproductibilité du système local. -l-delà des relations inter entreprises, il doit donc exister une relation forte entre le monde de la production et celui de la recherche, relation qui sera facilitée par l'adaptation des institutions locales et qui marque l'ouverture du territoire vers l'extérieur aussi bien avec la conquête de nouveaux marchés qu'avec la capacité de s'associer à des organismes extérieurs de production de connaissances et de technologies afm d'internaliser leurs savoirs. En d'autres termes, le développement endogène et le système productif local qui le caractérise, « n'est autre qu'une capacité d'innovation (et de production «d'intelligence collective ») au niveau local ». ...\ l'inverse des modèles d'économie fermée, le développement endogène est un modèle dynamique en permanente mutation aussi bien dans les interrelations entre les entreprises, avec le milieu local et avec les institutions que dans les «interrelations avec le marché, avec les autres zones concurrentes, avec les systèmes de production de connaissances et de technologies, avec les autres systèmes territoriaux. Les conditions de survie du système local passent par le changement ou mutation, et innovation. Cette survie doit donner lieu à des politiques d'intervention appropriées de valorisation des interrelations et des synergies entre le système productif, les institutions locales et les agences de développement économique. Ceci passe par le développement prioritaire de la fonction d'animation des acteurs qui permet de construire des réseaux de relations et de coordination de celles-ci avec les savoirs et compétences externes. C'est ainsi que se trouveront favorisées l'accumulation des connaissances et l'amélioration croissante des compétences technico-professionnelles à l'intérieur du système local. En d'autres termes, il faut que les institutions locales se dotent de cette capacité d'animation territoriale qui renforce les capacités stratégiques des entreprises du territoire. La tentative de création de systèmes productifs locaux du textile habillement de Casablanca illustre bien les éléments analysés ici, et leur diversité, ainsi que

18

INTRODUCTION

certaines difficultés qui leur sont inhérentes (Y. 1Joflih). Ici, au point de départ, tous les éléments de la mise en place de l'activité industrielle, la première au 1\faroc, sont exogènes. La situation de la ville, sa population, son port notamment en ont fait un site d'attraction pour l'industrie coloniale, satisfaisant les besoins des marchés métropolitains. .A.ujourd'hui, cœur de l'économie marocaine, Casablanca constitue la plaque tournante du Royaume avec des activités très diversifiées où l'industrie occupe une place prépondérante induisant l'extension et la densification du tissu urbain. Les secteurs les plus dynamiques y sont le textile et le cuir, suivis de loin par la mécanique, la métallurgie, l'électricité et l'électronique. Locomotive de l'économie marocaine, on ne peut aujourd'hui dissocier la compétitivité de Casablanca de celle de l'économie nationale. Pourtant, si les organisations professionnelles y sont présentes, leur efficacité demeure limitée. Par ailleurs, on ne peut pas réellement parler de spécialisation industrielle malgré la forte domination du textile et du cuir, tous les secteurs industriels, traditionnels et modernes, y étant représentés. La région en elle-même regroupe plusieurs espaces productifs peu homogènes, montrant ainsi d'importantes disparités. 11algré tout, les entreprises du textile habillement se sont essentiellement concentrées dans trois espaces distincts: la région d'.A.in Chock, regroupant des entreprises familiales informelles caractérisées par une forte solidarité tant familiale qu'ethnique, travaillant pour le marché intérieur mais s'ouvrant aussi sur les marchés extérieurs grâce à une forte relation entre les secteurs formel et informel; la région de 1\Iaârif, zone industrielle spontanée basée sur les petites entreprises « connues ou clandestines », qui entretiennent des relations marchandes avec des entreprises de secteurs complémentaires; enfm, la zone industrielle de Ben S'1\1ik, avec de grandes P1\JE de création récente liées par un réseau institutionnel de coopération traitant essentiellement des aspects professionnels. C'est la concentration géographique de ces entreprises qui permet de dégager des externalités positives et de diminuer les coûts de transaction. Cet ensemble obéit à deux rationalités: d'une part, une recherche de spécialisation, d'autre part, une bonne offre d'infrastructures et la diversité de l'activité économique, ensemble qui, sur la base des économies d'agglomération liées à la diversification des secteurs industriels, introduit la notion « d'économie d'urbanisation ». Cette dernière dépend en effet de «la concentration de la population et du niveau général d'activité, ainsi que de la présence d'infrastructures et d'activités tertiaires ». 11algré tout, existe en parallèle une «économie de localisation» liée à la spécialisation dans un même secteur d'activité et dans une même zone, qui facilite par ses échanges, la diffusion de la connaissance pour une plus grande spécialisation et la rotation d'une main d'œuvre spécialisée, répondant en cela aux caractéristiques des districts industriels marshalliens. Cependant, les principaux débouchés du textile marocain ayant été créés de manière artificielle et avec l'entrée récente de la Chine au sein de l'GAIC, il semble que l'industrie textile présente une compétitivité insuffisante face à l'étroitesse du marché intérieur, à la faiblesse des infrastructures publiques ainsi qu'à

J. LAPÈZE

19

l'insuffisance du capital humain. l\lalgré tout, les activités correspondantes demeurent génératrices d'emplois, de revenus et d'apprentissage et elles stimulent tant la production que la consommation grâce a1LX relations sociales. Cet ensemble favorise la souplesse et la capacité d'adaptation des entreprises ancrées localement, grâce à la stratégie d'acteurs qu'il engendre dans le cadre des relations entre l'organisation de la production, la qualité des produits et le savoir faire local. .Ainsi, la forte cohésion sociale constitue un facteur de réaction des mécanismes d'adaptation lesquels permettent aux entreprises de résister aux contraintes d'un marché en crise et d'acquérir une certaine autonomie en tant que groupe. Cet exemple montre bien la nature multidimensionnelle du territoire et de l'économie attachée au territoire. On peut donc dire que l'approche territoriale doit permettre d'identifier des enjeux inhérents à des situations et problématiques locales et d'y apporter des solutions dès lors que les dynamiques territoriales acquièrent un caractère durable, c'est-à-dire dès lors qu'on s'interroge sur la «vulnérabilité des ressources et des organisations productives» (\T. Peyrache-Gadeau). Ceci introduit un double questionnement: quels sont les divers processus de construction et de valorisation des ressources favorables au développement durable ?; quelle est la capacité des acteurs locaux à prendre conscience des difficultés et des fragilités du territoire, donc à en identifier les contraintes pour mieux organiser leur action? Ces deux interrogations renvoient aux notions de développement durable d'une part, de ressources d'autre part. L'objectif du développement durable est en fait une «mise en perspective », un projet de nature à provoquer un changement des représentations théoriques et pragmatiques, mais il n'existe pas de modèle de référence universel. On peut dire que «le développement durable n'est pas un objectif consensuel ». Il a une forme plurielle, une variété de formes de développement et des horizons temps variables, le renouvellement de la ressource constituant une «condition déterminante de la dynamique économique». Par voie de conséquence, la valorisation des ressources, longtemps considérée comme une problématique de «prélèvement» (disponibilité et prix), devient une problématique de «révélation », concept mettant en évidence les interrelations entre les acteurs favorisant la modélisation de l'innovation. En d'autres termes, les ressources sont construites par les acteurs, ce qui les rend spécifiques, générant ainsi une différenciation entre les territoires et de nouvelles formes de concurrence. .L\insi, la ressource spécifique est dynamique dans le sens où elle relève d'un volontarisme des acteurs. Il en résulte que la production de ressources et celle du territoire constituent un seul et même processus. Elles incluent des logiques politiques et des constructions collectives liées à des contextes de proximité, sur la base d'une construction identitaire. C'est sur une base d'appropriation et de processus de mise en valeur que se différencient les ressources souvent liées à des enjeux économiques sectoriels ou catégoriels. L'animation territoriale devient un facteur essentiel dans la mesure où «c'est bien dans le cadre d'une coordination territoriale, associant des initiatives endogènes et exogènes au sein des milieux locaux, que s'expérimentent les solutions nouvelles pour la gestion des ressources ».

20

INTRODUCTION

Il existe donc bien une relation très étroite entre ce « milieu innovateur» (celui qui est capable de générer de la ressource par la coordination des acteurs), le mode de valorisation des ressources et le sens qu'on donne au développement durable. Un exemple en est donné par l'analyse des « destinations touristiques comme organisations territoriales plus ou moins durables », qui mettent en évidence la cohérence des économies territoriales touristiques et les formes de vulnérabilités des territoires touristiques. D'un autre côté, « relier tourisme et ressources territorialisées donne des éléments de gouvernance ou de régulation qui permettent d'insérer le tourisme parmi les dynamiques de développement» (L. Bensahel). Le rôle du tourisme dans le développement économique est fortement controversé. Il est en effet parfois considéré comme destructeur des sociétés locales. Dans d'autres cas, c'est une activité importante pour le développement engendrant de fortes attentes de pays et

collectivités qui l'inscrivent dans leurs schémas de développement.

.A.

la fois « élé-

ment de dynamique» et « outil de dépendance forte du pays récepteur », contribuent donc à imaginer des formes alternatives du tourisme en tant qu'activité économique pouvant structurer un territoire. Tout secteur d'activité ne pourra avoir d'effets positifs que s'il est en relation avec les autres secteurs d'activité et que si la coordination de ces activités fait l'objet d'une gouvernance pour respecter les objectifs d'un développement durable. Il est en effet nécessaire que ce secteur d'activité, au même titre que les autres au demeurant, devienne une ressource territorialisée, c'est-à-dire « utilisée comme élément de synergie pour l'ensemble des activités» avec lesquelles elle entretient un lien direct ou indirect. Pour cela, il est important de repérer quelles sont ses diverses ressources et comment celles-ci sont reconnues par les acteurs locaux comme une richesse spécifique, ce qui s'inscrit dans la lignée des nouvelles formes de tourisme - solidaire, équitable -. Cette perspective est en contradiction avec le tourisme de masse qui entretient peu de rapports avec le territoire. Cette conception implique une nouvelle approche du tourisme dans laquelle le touriste acquiert une approche cognitive et respectueuse du milieu tout en participant au coût de sa construction. Ici, la valorisation et la reproduction de la ressource deviennent respect et responsabilité de chacun. Reposant sur un patrimoine conférant une identité territoriale et donc, impliquant la nécessité de relations de proximité, le tourisme, au même titre que toute ressource territorialisée, constitue un lien entre le passé, le présent, l'homme, l'environnement et le territoire. Du coup, il a besoin d'infrastructures, de savoir-faire et de mécanismes de valorisation et de transmission de ces savoir-faire, d'événements, d'environnement, autant d'éléments de dynamique participant à la spécificité du territoire d'une part, à la différenciation des territoires d'autre part. Il tient donc compte « des trois dimensions de base de toute activité humaine: la société, l'économie, l'environnement ». Encore faut-il créer les conditions du sentiment d'appartenance à une communauté et à des réseaux, de participation aux décisions collectives, et donc d'appartenance à un territoire comme support du développement

J. LAPÈZE

21

local assumant les aspects aussi bien positifs que négatifs. Dans ce contexte, chaque individu devient un acteur en tant «qu'homme au centre d'activités qu'il exerce en relation avec son espace de vie ». Il convient alors d'engager «une politique publique forte vivifiant le partenariat public-privé [comme] atout important de développement ». C'est autour d'un autre aspect de ce partenariat et de la cohésion qu'il implique qu'un autre exemple est donné concernant l'évolution institutionnelle porteuse d'innovation, dans le cadre d'une opération contractuelle qui a permis d'apporter aux petites entreprises locales une avancée notable en termes de savoirfaire technologique et de dynamisme fondé sur un accroissement de la division du travail. Il fallait traiter le problème de la durabilité de ce type d'expérience développée dans un milieu social très traditionnel, voire retardé, où les décideurs politiques majeurs, inféodés à quelques grandes familles propriétaires de la majorité du foncier et de l'immobilier, ressentaient l'évolution des structures comme une menace à leur pouvoir O. Lapèze). On comprend bien ici que la pratique ne rencontre pas toujours la théorie et induit donc des questionnements pragmatiques. Cet exemple en effet pose un certain nombre de questions importantes: si cette opération appelée contrat de développement économique de bassin et ayant pour objectif de dynamiser et de diversifier le secteur industriel local n'avait pas été impulsée de l'extérieur (Conseil régional) et si elle n'avait pas permis aux élus locaux de redorer un blason terni par des pratiques de « saupoudrage », elle n'aurait jamais eu lieu. Ne pouvant être portée que par une agence de développement local réunissant la majorité des communes de la zone concernée, la question de la capacité d'une zone à se doter d'une pluralité politique réellement indépendante et d'assurer une cohésion sociale porteuse d'évolution s'est alors posée. Par ailleurs, cette même opération n'a pu fonctionner, au départ, que grâce à l'implication d'établissements de grandes multinationales que l'on peut considérer comme endogènes du point de vue de l'ancienneté de leur implantation et de la culture industrielle qu'ils ont su générer, tout en demeurant exogènes au niveau de leurs centres de décisions (ce qui pose la question du sens même du terme endogène). Enfm, le dynamisme apporté par cette opération ayant été enterré par les élus locaux d'une part et par la décision de délocalisation des établissements susnommés d'autre part (mais qui aurait certainement pu se prolonger sans eux), une question ambiguë mérite cependant d'être posée: s'il est clair que la prise de décision doit revenir au politique, comment construire des contrepouvoirs permettant de pérenniser une action dynamisante? En effet, sur la base d'une observation permanente de la zone qui a permis d'en détecter les besoins communs à une pluralité d'acteurs et les potentialités d'une part, de générer une évolution institutionnelle d'autre part en faisant apparaître une association d'entreprises qui a rapidement intégré l'agence porteuse de développement local et vice-versa, se sont mis en place quatre sous-programmes:

22

INTRODUCTION

Un sous-programme de formation a permis de mutualiser des moyens (confiance réciproque), d'établir des référentiels métiers et de compétences qui ont ensuite permis aux entreprises locales de s'inscrire dans la démarche qualité (division du travail et avancée technologique), de réfléchir aux moyens de gestion de l'alternance (relations inter entreprises), d'accompagner les petites entreprises à l'import et à l'export (ouverture de nouveaux marchés), de créer un centre de formation inter entreprises (innovation) ; Un sous-programme entre collectivités locales, entreprises, universités permettant d'une part une connaissance flne du territoire pour une meilleure projection (aspect stratégique et relations de proximité) et de donner d'autre part accès aux petites entreprises à de la recherche et développement (diffusion de la connaissance, innovation, nouveaux marchés) ; Un sous-programme de soutien à la création d'entreprises ciblé vers les services aux entreprises (accroissement de la division du travail) ; Enfln un sous-programme de communication permettant d'attirer de nouvelles entreprises sur la base des outils construits. Ces quatre sous-programmes s'inscrivaient dans un cercle vertueux. Issus de l'observation territoriale, les sous-programmes montraient que si les entreprises avaient des personnels mieux formés, elles devenaient plus performantes et, pour maintenir cette performance, avaient besoin de recherche et développement et d'une amélioration des relations de production de proximité. Une mise à niveau permanente par rapport au gain de performance renvoyait alors au volet formation. Par ailleurs, l'apparition de services locaux renforçait les moyens des entreprises, mais nécessitait aussi une adaptation à ces mêmes entreprises, ce qui renvoyait au volet formation mais également aux volets de relations de proximité et de recherche et développement. Les nouvelles entreprises qui s'implantaient avaient besoin de ces trois outils qu'elles contribuaient également à faire vivre; enfin, le constat du fonctionnement de ces outils (observation) devait faire émerger de nouveaux besoins. Le point intéressant de cet exemple est que la défmition du territoire peut alors être comprise comme «une coordination d'acteurs entraînant la recherche d'un objectif commun tout en satisfaisant les intérêts particuliers de chacun ». En effet, le dynamisme apporté par cette opération s'est traduit, outre l'accroissement de l'emploi local et l'apparition d'un certain nombre d'entreprises nouvelles, par l'émergence de deux programmes de soutien aux petites entreprises en matière de labellisation qualité et de maîtrise de l'environnement soutenus par rUE, mais aussi par la conception d'un projet de gestion de la valorisation du déchet industriel banal associant les activités rurales, artisanales et industrielles. Ce dernier point, considérant la destruction de cette dynamique par un nombre restreint d'élus locaux, pose la question du rôle des acteurs et de l'émergence de contrepouvoirs capables d'assurer la pérennité de l'action.