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Approche du devenir social des jeunes issus de l'immigration algérienne

De
272 pages
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Ajouté le : 01 janvier 0001
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EAN13 : 9782296363137
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APPROCHE DU DEVENIR SOCIAL
DES JEUNES ISSU~ DE L'IMMIGRATION ALGERIENNE

Collection Recherches Universitaires et Mif!.rations

Mireille GINEZy-GALANO, Les immigrés hors la cité. Le système d'encadrement
dans les foyers (1973-1982). 1984, 416 pages.

Belkacem HIPI, L'immigration algérienne en France. Origines et perspectives de non-retour. 1985, 256 pages. LE Huu KHOA, Les Vietnamiens en France. Insertion et identité. Le processus d'immigration depuis la colonisation jusqu'à l'implantation des réfugiés. 1985, 300 pages. Abdellah BOUDAHRAIN,Nouvel ordre social international et migrations dans le cadre du monde arabe et de l'espace euro-arabe. 1985, 200 pages.

Irène REGNIER

APPROCHE DU DEVENIR-SOCIAL DES JEUNES ISSUS DE L'IMMIGRATION " ALGERIENNE
Etude de cas dans une zone rurale semi -industrialisée en Bourgogne

Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

C.I.E.M.I. 46, rue de Montreuil 75011 Paris

Collection:

Recherches Universitaires

et Migrations

Chaque année, en France, plusieurs thèses sont soutenues sur le thème migratoire. Souvent, leurs auteurs appartiennent aux nouvelles générations issues de l'Immigration ou bien, ce sont des Français ayant séjourné longtemps dans les Pays d'origine des populations immigrées résidant en France. Il s'agit d'un regard tout particulier, souvent neuf, qui change le discours tenu sur les étrangers à partir des sources autochtones. Un regard posé sur les immigrés en tant qu'acteurs sociaux et interlocuteurs à part entière dans les conflits et dans la construction du projet social. C'est ce regard neuf que cette nouvelle collection veut privilégier en sortant des bibliothèques universitaires, où ils sont condamnés à rester enfermés, les travaux universitaires qui méritent une diffusion dans certains secteurs (bureaux d'études des administrations, des syndicats, des partis politiques, du réseau associatif militant) concernés par l'évolution rapide des comportements des populations immigrées. Une collection
l'immigration,

qui voudrait

donc

nourrir
menées

la réflexion

et le débat

sur

en valorisant

les recherches

-

au niveau universitaire

-

par les étrangers eux-mêmes ou par ceux qui ont essayé de fournir des données précises et localisées sur leurs luttes. Ceux qui pensent que leur recherche entre dans le cadre de cette nouvelle collection peuvent prendre contact avec Antonio Perotti, Louis Taravella cio C.LE.M. 46, rue de Montreuil 75011 Paris

@ L'Harmattan et C./.E.M./., ISBN: 2-85802-659-9 ISSN : 0767-1532

1986

«Mon père est venu. Il a toujours travaillé sans parler. Je suis la suite qui va

parler.

»
MOUSSA

INTRODUCTION

Lorsque j'ai entrepris cette étude, je bénéficiais d'une certaine expérience sur la question de la jeunesse algérienne, compte tenu de mon origine Kabyle. Sans doute, le choix même de ce sujet est-il lié à des motivations profondes - conscientes et inconscientes - se rapportant à ma propre expérience. Le fait même d'avoir abandonné mon métier initial pour travailler au bureau d'information des travailleurs étrangers 1 est chargé de signification. Après avoir débuté comme jardinière d'enfants en Algérie, je suis venue en France (mon immigration) pour parfaire une formation dans le secteur de l'éducation (1961). rai exercé ce métier quelques années. Je prolongeais ce choix par l'expérience de femme au foyer pour élever nos trois enfants. Je ne peux pas passer sous silence pendant cette période la lutte acharnée, riche d'enseignements, pour aboutir à la guérison d'un de nos enfants condamné aux yeux de la science et de la médecine. Je me sentais alors disposée et prête à travailler dans le circuit fermé aux gens du milieu, qu'est celui des services chargés des migrants. J'avais le sentiment profond d'avoir un rôle à jouer dans ce domaine. Je m'étais assignée deux objectifs:

D'une part, je voulais arriver à démolir l'image de l'immigré

2

misérable, qui est souvent repris et exploité par les médias répondant aussi aux exigences de ses auditeurs en cette matière. On nous présente l' « immigré» comme un marginal, un cas social qui a nécessairement besoin d'aide et d'assistance et qu'il faut prendre en charge pour la défense de ses intérêts. Et toutes les questions proposées alors ne sont envisagées qu'à travers le « modèle» de la civilisation occidentale, ce qui revient à ne pas poser les problèmes dans leurs termes réels. Ainsi, on justifie et on perpétue l'assistance et le contrôle social et on étouffe les solidarités.
1. Bureau d'information des travailleurs étrangers. C'est au début des années 70 que l'Etat cherche à donner une impulsion à la politique sociale en direction des travailleurs immigrés et de leurs familles. La circulaire du 30 mai 1973 a créé le réseau National d'Accueil d'Information et d'Orientation des travailleurs immigrés et de leurs familles (R.N.A.). Le financement est assuré par le Fonds d'Action Sociale (F.A.S.). 2. Quelle est donc cette définition? Qu'est-ce donc qu'un immigré? «Un immigré c'est essentiellement une force de travail, et une force de travail provisoire, temporaire, en transit A. Sayad in Peuples méditerranéens} avril-juin 1979, p. 7.

7

D'autre part, je me refusais à ce que le problème de l'immigration soit presque toujours considéré de 1'« extérieur », c'est-à-dire en dehors du contexte où il se situe réellement et à travers un système de références auxquelles le travailleur migrant reste étranger. Il faut au contraire, pénétrer à l'intérieur de l'immigration pour saisir les tenants et les aboutissants complexes de cette réalité. Je citerai volontiers A. Perotti 3 : «(...) On ne peut pas respecter les jeunes issus de l'immigration et les cultures qu'ils véhiculent si on ne respecte pas les générations dont ils proviennent. (...)>> A cette connaissance du milieu et à cette pratique professionnelle, je dois ajouter une pratique militante, syndicale et associative. J'ai pu participer et soutenir toutes les luttes de ces dix dernières années qui ont été menées par les travailleurs immigrés. Cette étude fait donc largement appel à mon expérience professionnelle et personnelle. Les travailleurs immigrés et leurs familles ont eu à vivre, cette dernière décennie, une période de précarité, d'hostilité et d'insécurité auxquelles s'est ajoutée une forte pression au retour (1977-1980). Les jeunes issus de l'immigration familiale étaient placés devant un dilemme, partir ou s'assimiler. Il m'apparaissait que ces jeunes interpellaient avec force la société française et qu'ils mettaient en évidence le dysfonctionnement du discours politique d'assimilation ou de retour. La politique du 10 mai 1981 a le mérite de dépasser ce dilemme et de poser clairement la problématique de l'insertion des communautés immigrées dans la société française. Je voudrais donner la parole aux jeunes, car ils sont toujours objet et jamais sujet. C'est pourquoi, dans le cas concret de cette recherche, je me propose de laisser la parole aux jeunes issus de l'immigration algérienne d'un village rural semi-industrialisé, d'observer leurs différentes conduites sociales et de mettre en évidence leurs aspirations à partir des espaces: - scolaire - familial - social sachant qu'ils sont en outre affrontés à un problème juridique en matière de nationalité. Mon objectif est de tenter d'affirmer que l'insertion de ces jeunes est possible dans le tissu social français mais en tant qu'acteur et auteur réciproquement impliqué: acteur dans la société et auteur dans l'action 4.

3. Perotti (A.), préface in La seconde génération ou les nouvelles générations. Quelques commentaires sur la question de la «deuxième génération JO,par Verity Saifullah Khan, C.LE.M., 3' trimestre 1981, 21 p. 4. Desroche (H.), «Les auteurs et les acteurs », in Archives de sciences sociales de la coopération, C.N.R.S. et l'E.H.E.S.S., 1982, n° 59, pp. 39-44. 8

1

CHAMP DE LA RECHERCHE

Chapitre premier

CADRE DE L'ÉTUDE

INTRODUCTION
Dans un premier temps, je décrirai le cadre géographique dans lequel s'est déroulée l'investigation et dont les caractéristiques justifient d'avoir été retenues. Puis je resituerai l'immigration algérienne de Saint-Marcel (1950 à 1976) dans le cadre de l'histoire sociale de l'immigration des

Algériens vers la France, en m'aidant de l'analyse faite par A. Sayad 1 dans
les «trois âges de l'immigration ». La population concernée, adultes et enfants, appartient aux deuxième et troisième «âges ». Cette partie comprend: - Saint-Marcel: son histoire liée à celle de son usine, - l'immigration algérienne: son histoire à Saint-Marcel France, - les familles algériennes à Saint-Marcel. 1. SAINT-MARCEL2 Il ne s'agit pas ici de faire la monographie de Saint-Marcel, mais il me paraît utile de présenter le bourg dans lequel a pris corps et évolue la population étudiée.
HISTOIRE LOCALE

et en

Saint-Marcel, chef-lieu de canton en pays bourguignon se situe aux confins d'une région bien connue des manuels de géographie: le plateau de Sergnal.
1. Sayad (A.), «Les trois âges de l'immigration algérienne en France, in Revue Actes de la recherche en sciences sociales, n° 15, juin 1977, pp. 59-79. 2. Conformément à l'usage, j'ai éliminé tout ce qui aurait permis d'identifier la population concernée dans cette étude, de même j'ai changé les noms du village et de la contrée. 11

On peut supposer que les premiers défrichements ont été effectués sur le territoire de Saint-Marcel par l'homme à l'âge de la pierre. Mais on fait plus communément remonter l'histoire locale aux premiers siècles de notre ère. Quelques vestiges récemment mis à jour témoignent d'une activité certaine datant de l'époque gallo-romaine. La nouvelle cité va prospérer et rayonner dans la région. Elle sera rasée au sortir du Moyen Age, mais ses habitants la reconstruiront. De très anciennnes maisons nous rappellent cette histoire ainsi que sa magnifique église du XIIIesiècle et ses deux très belles chapelles, dont une est une ancienne léproserie construite à l'écart du village. Plus récemment, pendant la seconde moitié du siècle dernier, Saint-Marcel, son canton ainsi que les cantons voisins vont fournir la main-d'œuvre indispensable à l'industrie naissante. La population ira se concentrer vers les deux villes voisines distantes de 35 km, voire la région parisienne 3. Toutefois, une décélération se produit à Saint-Marcel après la Première Guerre mondiale et puis l'on assiste au phénomène inverse, à savoir un accroissement très net de la population qui \Ta doubler en quelques vingt-cinq années à partir de la Seconde Guerre mondiale.
LA S.B.A.M. (SOCIÉTÉ BOURGUIGNONNE D'APPAREILS MÉNAGERS)

Paradoxalement, alors que l'exode sévissait à Saint-Marcel, un artisan ambulant d'origine auvergnate, décide de s'y installer définitivement vers 1850. Il y crée un atelier qui, quelques années plus tard, deviendra une véritable petite entreprise employant près d'une soixantaine de personnes. Celle-ci va maintenir son activité pendant la première moitié de ce siècle. Elle se spécialise entre les deux guerres dans la fabrication d'appareils ménagers. Une société est alors constituée entre trois frères, les arrière-petits-fils de l'artisan créateur.

Elle prend le nom de

«

Société Bourguignonne d'Appareils Ména-

gers» (S.B.A.M.). Elle emploie environ deux cents salariés. Le recrutement de la main-d'œuvre ne posait pas de problèmes majeurs, étant entendu qu'il était possible de bénéficier de l'apport de la main-d'œuvre migrante de cette époque. Un certain nombre de Polonais et d'Italiens sont ainsi venus s'installer à Saint-Marcel à la fin des années 20 et au début des années 30. Puis, pendant la guerre d'Espagne (1936-1939), quelques réfugiés politiques sont également venus chercher refuge et travail. Pendant la Seconde Guerre mondiale, l'usine a été réquisitionnée pour la fabrication de masques à gaz et a vu de ce fait, son effectif doubler. Le contexte est quelque peu différent en 1945. Le pays a besoin de
3. Le graphique ci-après reproduit l'évQ:\ytion de la population totale de Saint-Marcel et des 3 cantons limitrophes, Puits, Ferney et TeHon. Il souligne la similitude de l'exode pour les 4 cantons. TeHon voit sa courbe évoluer différemment au début du siècle. Cette modification provient d'un développement de l'activité locale liée au passage de la voie ferrée et à l'implantation d'une gare. 12

Nbre haÎ>.
10000

9000

8000 7500 7000

6000

5000 St Marcel 4000

Fermey 3000 2500 2000

100

Source INSEE

1851

1901

21

36

46

5462

68.7582,

.Anne"

Tableau 1. -

Evolution de la population de Saint-Marcel et des 3 cantons

tous ses bras pour faire repartir son économie. La main-d'œuvre rurale est de nouveau canalisée vers les villes ou l'industrialisation bat son plein. Saint-Marccel va connaître de réels problèmes comparables à ceux des grandes cités industrielles. La S.B.A.M. met au point un appareil culinaire qui, très rapidement va connaître un succès sans précédent, tant sur le marché national que mondial. Pour faire face à cette expansion rapide, l'entreprise va drainer la main-d'œuvre de tous les villages avoisinants, et dans le même temps un grand nombre de salariés vont venir s'installer à Saint-Marcel. L'entreprise 13

va de succès en succès, en mettant sur le marché de nouveaux appareils ménagers. La S.B.A.M. va donc étendre ses activités dans le chef-lieu de canton voisin Tellon. Puis, elle sera ramenée à faire l'acquisition d'autres sociétés dans plusieurs régions de France (Vosges, Pyrénées, RhôneAlpes). Enfin, elle va créer tout un réseau international de production et de commercialisation. Actuellement, l'établissement de Bourgogne de la S.B.A.M. comprend trois unités de production dans un rayon de quelques kilomètres (Saint-Marcel, Tellon et NovaI), avec un effectif au 31 décembre 1981 de 1 314 salariés dont 115 étrangers (79 Algériens). Ce développement économique ne se fera pas sans poser de problème au niveau du village. Très rapidement, le problème du logement se fait sentir. Le patron de l'usine va trouver la solution dans la création d'une entreprise générale qui compte jusqu'à 140 salariés, des travailleurs algériens pour la plupart. Elle sera chargée de la restauration et de la construction de logements neufs. L'entreprise va faire l'acquisition et restaurer ainsi près de deux cents logements et construire 160 maisons neuves. Elle va poursuivre son activité débutée en 1953, jusqu'en 1964, année au cours de laquelle elle déposera son bilan. En réalité, le problème du logement sera donc réglé d'une façon très étroite entre la S.B.A.M. et l'entreprise générale. L'habitat individuel a été préféré au collectif, style cité H.L.M. Actuellement, la S.B.A.M. possède encore 150 logements qu'elle loue à ses salariés. Elle en a eu jusqu'à 200 et en a revendu une cinquantaine à ses locataires. Il semble qu'elle veuille poursuivre cette politique, afin de ne plus avoir à gérer un tel service. Cette volonté affichée de maîtriser un habitat individuel va de pair avec celle de garder à Saint-Marcel son caractère de ruralité.
AUJOURD'HUI A SAINT-MARCEL

C'est actuellement un bourg de 2 500 habitants environ. Il a toutes les caractéristiques des villages bourguignons groupés autour de leur église. Saint-Marcel est traversé par la Levelle, petite rivière qui va grossir l'affluent de la Saône. Ceci confère naturellement au village sa partie basse par rapport à l'autre, la partie haute. La partie basse était autrefois habitée par des tanneurs qui avaient installé leurs ateliers le long de la rivière. Une

rue

« chemin

du foulon 4 ou du batteur », parallèle à ladite rivière nous
« ceux

rappelle aujourd'hui que Saint-Marcel portait en elle les premiers signes de l'industrialisation à venir5. Bien que le tannage ait disparu, on parle encore

aujourd'hui de

du dessus et de ceux du bas ».

4. Le foulon ou moulin à foulon était une machine destinée à fouler les cuirs pour leur donner l'apprêt. 5. La matrice cadastrale des propriétés bâties établie le 15-2-1882 recensait 426 maisons, 2 moulins, 1 foulon, 1 huilerie, 7 tanneries. 14

2 500

2 000

1 50

1 000

500

----.
1946 1.954 1962 196E 1975
1982

Tableau

2. -

Evolution

-

population totale de Saint-Marcel population algérienne

La population peut trouver dans le commerce local l'essentiel des articles nécessaires à la vie courante. Au niveau associatif, temps libre, loisirs, Saint-Marcel offre à sa population dans le cadre du foyer rural, la possibilité de pratiquer certains sports: football, bowling, tennis, judo, lutte, tennis de table. De plus, de mai à septembre, une piscine chauffée permet la pratique de la natation. Du point de vue scolaire~compte tenu de la poussée démographique de ces dernières années, de nouvelles classes ont pu être ouvertes. 15

Actuellement,

les enfants peuvent être confiés:

S'ils sont très jeunes: au jardin d'enfants dépendant de la S.B.A.M. à l'école maternelle qui en dehors des heures d'ouverture en garderie municipale.

-

fonctionne

S'ils sont d'âge scolaire: aux deux groupes d'écoles pnmaIres qui comprennent 13 classes, dont une de perfectionnement, - au collège récemment construit (1979), pour les classes de 6e à celle de 3e. Enfin, il faut noter la présence à Saint-Marcel d'une école privée s'adressant aux jeunes filles désireuses de faire l'apprentissage de carrières sociales ou administratives.

2. L'IMMIGRATION

ALGÉRIENNE

A SAINT-MARCEL

L'appel à la main-d'œuvre étrangère n'est pas un hasard dans la mesure où l'entreprise connaissait un essor exceptionnel et ne trouvant pas sur place la main-d'œuvre nécessaire à son développement, est amenée à recruter des travailleurs d'Algérie. Eux seuls acceptent d'accomplir des tâches de manœuvres indispensables à la croissance économique. Dans les années 50, des hommes dans la pleine force de leur âge viennent offrir leurs bras. Les premiers arrivent de Kabylie6. Ils auraient aimé travailler pour le compte de la S.B.A.M. en pleine expansion, mais le responsable du personnel n'en voulait pas. Ils seront embauchés par le patron de l'usine dans le cadre de l'entreprise générale. Parallèlement à l'immigration Kabyle, se présentent des Algériens de la région frontalière du Maroc. Ils arrivent d'un petit village lui-même composé de hameaux. Les premiers venus font savoir aux frères, cousins, amis qu'il y a du travail à Saint- Marcel. Pendant les dix années de fonctionnement de l'entreprise générale, un grand nombre de travailleurs algériens vont aller et venir. L'objectif que s'était donné le patron de la S.B.A.M., loger décemment sur place son personnel, se réalise d'année en année. Pendant la bonne saison, on construit des maisons neuves, essentiellement des maisons de pierres qui sont trouvées sur place et pendant l'hiver, on restaure des maisons anciennes du village. L'entreprise ira jusqu'à embaucher un officier français en retraite ayant servi au Maroc et parlant courammênt l'arabe. Suite au dépôt de bilan en 1964 de l'entreprise générale, les salariés seront repris par la S.B.A.M. En effet le chef du personnel avait fini par
6. On peut noter qu'au niveau national, la première immigration algérienne a toujours été Kabyle. 16

accepter l'embauche d'une jeune fille algérienne six mois auparavant. Celle-ci, très travailleuse, avait eu raison de ses dernières résistances. Pour mieux saisir l'immigration algérienne de Saint-Marcel, il est important de la resituer dans l'histoire de l'immigration algérienne en général, et non la renfermer dans sa propre histoire locale. L'immigration algérienne de Saint-Marcel s'inscrit dans l'histoire des bouleversements sociaux et économiques provoqués par la colonisation française. Quant à son évolution, on peut faire référence aux «trois âges de l'émigration algérienne en France» définis par A. Sayad 7.
PREMIER AGE DE L'IMMIGRATION ALGÉRIENNE AVANT 1938

Les bases de l'émigration sont contenues dans le fait colonial lui-même. Les colonisateurs, en dépossédant les paysans de leurs terres ont provoqué une rupture profonde en détruisant les structures paysannes traditionnelles. En instituant des lois foncières qui vont légaliser ces usurpations de 1840 à 1930 (senatus-consulte de 1863, loi Warnier de 1873, prolongé par celle de 1887, loi de 1897 etc.) comme l'expliquent P. Bourdieu et A. Sayad 8, le but recherché est« de favoriser la dépossession des Algériens en pourvoyant les colons de moyens d'appropriation. appa.remment légaux ». Cette dépossession des terres avait un double objectif de destructurer les unités traditionnelles (ex: tribu), en s'attaquant aux racines mêmes, qui avaient été «l'âme de la résistance contre la colonisation» (...) «1875 marquant la fin des grandes insurrections tribales» . Les paysans algériens regroupés dans des cantonnements, sont réduits à aller cultiver les champs des colons en devenant ouvrier agricole (en 1917, les colons s'étaient appropriés 36 % des terres labourables) ou en fuyant vers les villes qui, grâce au développement économique, faisaient appel à la main-d' œuvre indigène. Après le salariat agricole et le travail en ville, l'émigration est la dernière ressource du paysan prolétarisé qui luttait pour sa survie et attendait de l'émigration qu'elle lui donne les moyens de se perpétuer en tant qUÎ tel. M. Ath. Messaoud et A. Gillette9 résument parfaitement l'ensemble de cette évolution: «colonisation, dépossession, prolétarisation, ainsi la France avait-elle tracé, non sans violences, le chemin de l'émigration ». En 1912, on comptait 4 à 5 000 Algériens en France. Ce sont les raffineries et huileries de Marseille qui firent appel à des immigrés Kabyles
7. Sayad (A.), «Les 3 âges de l'immigration algérienne en France », in Actes de la recherche en sciences sociales, n° 15, juin 77, pp. 59-79. 8. Bourdieu (P.), Sayad (A.), Le déracinement - la crise de l'agriculture traditionnelle en Algérie, Paris, Ed. Minuit, 1964, p. 16. 9. Messaoud (Ath.), Gillette (A.), L'immigration algérienne en France, Ed. Ententes Minorités, 1976, p. 25.

17

pour la plupart, afin de briser la grève de leurs ouvriers italiens. Ce mouvement allait s'accentuer durant la Première Guerre mondiale, le gouvernement français fera appel à l'émigration pour remplacer les hommes qui sont partis au front. C'est ainsi que 240 000 Algériens (plus du tiers des hommes de 20 à 40 ans) avaient participé à l'effort de guerre. A la fin de cette guerre, la majorité de ces travailleurs est rapatriée. Un grand nombre d'entre eux reviendront dès 1936, à l'occasion de la reprise économique. En fait, les avantages sociaux acquis par la classe ouvrière, la semaine de 40 heures, les congés-payés... sont à l'origine de la création d'un grand nombre d'emplois. Par décret, en date du 17.7.1936, la libre circulation est rétablie entre la France et l'Algérie, ceci pour satisfaire les besoins de l'économie française. Pour l'année 1937, on comptait 46 562 Algériens. La défaite de 1940 arrête le moment migratoire et provoque un retour massif des Algériens. Les candidats à l'émigration étaient mandatés par le groupe ainsi que l'explique A. Sayad 10 : «destinée à sauvegarder l'ordre paysan, l'émigration sur ordre du premier "âge", était aussi une émigration ordonnée. Aussi, de multiples mécanismes de contrôle étaient-ils mis en œuvre, à tous les moments du processus (...) assurer précisément l' "ordre" dans l'immigration et en perpétuant dans le contact constant avec le "pays", le souvenir du pays, de perpétuer et de soutenir
l'ordre paysan»

(...).

LE DEUXIÈME «AGE» DE L'IMMIGRATION

L'immigration n'a pas permis à la société paysanne algérienne de se perpétuer. Ce n'est plus la société paysanne qui commande à l'émigration, mais l'immigration qui commande la société paysanne. On assiste à une « dépaysannisation »11 favorisée par la prise de conscience des disparités entre la ville et la campagne et ce, en donnant l'occasion aux émigrés de connaître les avantages de la monnaie qui leur a permis une vie plus confortable. Nous assistons donc à une rupture avec la communauté paysanne. L'émigration devient une entreprise individuelle: «émigrer non plus pour assister le groupe, mais pour s'émanciper de ses contraintes» 12. . Cette émigration était en moyenne plus jeune que la précédente, et son séjour en France est allé en s'allongeant jusqu'à devenir quasi permanente; «l'individualisme se développe et on apprend à ne compter que sur soi»13. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, pour des raisons politiques et économiques, la France fera encore appel à la main-d' œuvre
10. 11. 12. 13. 18 Sayad (A.), op. cit., pp. 64-65. Tel que l'explique Bourdieu (P.), op. cit.. Sayad (A.), op. cit., p. 66. Bourdieu (P.), Sayad A.), op. cit., p. 93.

algérienne. Le nombre des départs sera multiplié par 6 pour atteindre en 1955 le maximum de 201 620. L'immigration algérienne reste marquée par l'afflux de cette période, 30 % des Algériens ont émigré entre 1951 et 1960 (24 travailleurs sur les 39 du groupe résident actuellement à Saint-Marcel) Tableau 3, p. 21. Aux départs individuels s'ajoutent les recrutements collectifs. M. Ath «la tendance au regroupement en Messaoud et A. Gillette 14 constatent: France fut d'une part, très tôt renforcée par nécessité d'un soutien mutuel face aux difficultés et d'autre part, voulue par les employeurs (..), les patrons jouèrent de cette solidarité traditionnelle élargie jusqu'aux dimensions de la tribu. Ainsi, l'embauche fut-elle souvent uniformisée par régions de provenance ». Nous constatons ce phénomène à Saint-Marcel, où 32 familles sur les 39 présentes, proviennent de la même micro-région. En outre 29 de ces familles ont des liens de parenté entre elles. D'autre part, il apparaît important de souligner que de nombreuses autres familles du secteur de FASEB (Willaya de Tlemcen) se sont installées en Bourgogne et dans des régions proches de Saint-Marcel. Après 1950, accélération du mouvement de l'immigration familiale

Les premiers signes de l'immigration familiale étaient apparus dès 1938; à partir de 1949 ce mouvement reprit avec une vigueur accrue. L'article 10 du décret du 24.9.1945 stipule qu'il faut «définir et appliquer une politique de peuplement visant à assurer une répartition satisfaisante de la population sur le territoire métropolitain ». De ce fait, le gouvernement français a favorisé le principe de l'immigration familiale. Ce qui fait dire à B. Granotier 15 «le cas algérien présente l'intérêt d'une immigration de travail en passe de devenir depuis 1952/1954 une immigration de peuplement ». En 1953, on comptait 5 000 femmes algériennes et 11 000 enfants, dont un tiers habitaient la région parisienne. La guerre de libération
Première étape

nationale 1954-1962
des familles à Saint Marcel.

de la venue

-

Le

mouvement dont il vient d'être fait état n'a pas cessé de prendre de l'ampleur. C'est à la faveur de la guerre d'Algérie que les femmes et les enfants algériens partirent en grand nombre vers la France. L'instauration d'un système de visas en 1956, resté en vigueur jusqu'à l'indépendance en 1962, oblige le travailleur émigré à présenter certaines garanties politiques aux yeux des autorités françaises afin d'avoir la permission de se rendre auprès de sa famille en Algérie. Face à toutes ces conditions, craignant pour son travail, voire pour sa vie, l'émigré algérien préfère faire venir femme et enfants. C'est ce que certains chercheurs ont appelé la migration
14. Ath Messaoud (M.), Gillette (A.), op. cit., p. 37. 15. Granotier (B.), Les travailleurs immigrés en France, Maspero, Paris, 1976, p. 81.
19

de « refuge» (A Saint-Marcel, 21 familles sur les 39 ont émigré entre 1957 et 1962). La période de la révolution algérienne a connu également la migration de « désespoir ". L'homme en raison de sa situation économique très précaire émigrait pour la première fois en même temps que toute la famille. Ceci est dû souvent au problème des régions dévastées et lié à celui des villages de regroupements décidés par l'armée française (c'est ainsi que 6 travailleurs et familles sur 39 ont connu le processus de ce mouvement, comme le rapporte un jeune de Saint-Marcel: « j'ai connu la misère de mes parents, quoi. Mes parents quand ils sont arrivés en France, ils étaient... Ils sont arrivés avec un bout de papier, avec une adresse comme quoi ils devaient aller à telle adresse. Ils savaient pas parler français, rien du tout. Ils y ont été. Ils ont quand même réussi à trouver. Et puis après ils ont trouvé du travail, du travail de manœuvre, mon père spécialement (...) quand mon père est arrivé, il a amené sa femme, 3 enfants. Ils avaient 3 enfants, ils avaient ma sœur (.. .) qui avait 8 ans, mon frère (...) qui avait 6 ans, mon autre frère (...) qui avait 1 an ». Comme il vient d'être constaté, la première phase de l'immigration familiale à Saint-Marcel se situe dans l'immigration de « refuge» et de « désespoir ». Depuis l'indépendance de l'Algérie jusqu'à l'arrêt de l'immigration: 1962-1974 Deuxième étape de l'immigration algérienne à Saint-Marcel. L'indépendance a provoqué un important mouvement de retour, il a été estimé à 80 % de la population algérienne, mais un bon nombre pour en repartir assez rapidement. Comme l'explique M. Ghorbal16 « on aurait pu penser que la fin de la guerre d'Algérie allait stopper le processus, que le lien colonial enfin rompu, la migration algérienne en tant que fait social allait disparaître. L'étude des statistiques 17 apportera un cinglant démenti. Jamais, l'immigration n'a été aussi importante ». Ce retour vers la France s'explique d'une part, par la pression du chômage en Algérie qui découle directement de la guerre et des méfaits de l'O.A.S., et d'autre part, en raison des difficultés de fonctionnement de l'appareil économique du jeune Etat algérien qui a été désorganisé entre autre, par le départ massif des cadres européens. De plus, les années 60 ont été une période de forte expansion de l'économie française. Les accords d'Evian de 1962, garantissant la libre circulation entre la France et l'Algérie, ont été à nouveau le signal d'une immigration familiale massive. Les éléments de l'étude de l'arrivée des familles à Saint-Marcel
16. Ghorbal (M.), Esquisse de la personnalité Maghrebine. A propos de la deuxième génération, Lyon, 1977. 17. De 50 000 qu'ils étaient en 1946 passent à 350000 en 1962, à 884 000 en 1975 et 808 176 au 1-1-1981 (D.C.D.E. rapport juillet 1981).

20

Travailleurs familles Années 1950
1951

Nbre des Travail.

Nbre des Familles

Années d'arrivée du travail. + code N° famille du tableau n° 10

2 3 2 3 2 2 4 2 1 1 2
-

1952 1953 1954 1955 1956 1957 1958 1959 1960 1961 1962

7 4 1 4 1

51 (n'2) 52(25) 54(23) 55(22) 56(17) ) 57(27 52(24) 54(15) 58(14) 53 (16) 52(n'36) 56(no35)60(no5 ) 60(11) 53(no28) 50(no18) 50(n'34)
~55(no33)

3 2 3 1 1 1 2 1
-

62(9

) 62(3)

57(no12)

1963 1964 1965 1966 1967 1968 1969 1970 1971 1972 1973
1974

2 1 3 1 3 2 2 2 1 38
-

51 (n' 26) 64(no19) 64(n° 7) 51 (no10) 64(no38) 65(6 ) 56(no20) 62(n° 4) 66(no37) 68(39) 66 (n' 31)

-

70(n° 1)

1
1
-

63(n'13) 67(n° 8) 73(no32) 73(71.i.-6) 56(no30)

1975
TOTAUX

40

Tableau 3 Tableau chronologique d'arrivée des travailleurs et de leurs farnilles

confirment cette évolution; en effet, 15 travailleurs et 17 familles sont arrivés entre 1963 et 1974 (se reporter au tableau 4).

3. LES FAMILLES ALGÉRIENNES

A SAINT-MARCEL

Aujourd'hui, on peut dire que c'est une véritable micro-société qui s'est constituée et qui a abouti à une réelle transposition de la vie du village où se tisse tout un réseau de relations comparables à celles existant au pays. 21

lIombre de trava111eurs et fam111es

48 44 40 36 32 28 24 20 16 12

4

1950 51

52

53

54

55

56

57

58 59

60

61

62

63

64 65

66

67

68

69

70 '71

72

73 74

75

L'arr1vée dee hommes et des fam111es a connu l'évolut1on que 11re.sur le graph1qus. On remarquera le parallé11smepresque parfa1t dss courbesà part1r del'on pourra pendant laquelle (8 fam111.s 1957 année sur 39) ont reJo1nt Saint Marcel.

Tableau 4 Evolution cumulée de l'arrivée des travailleurs et de leurs familles LES FONCTIONS DE LA FAMILLE

J'ai observé que la solidarité, basée sur les liens de parenté, se manifeste entre eux avec la même force qu'au village d'origine, et selon les mêmes formes, même si ces liens tendent à se relâcher au niveau des Jeunes. Il m'est apparu également important de souligner l'existence de transplantation de lieux de sociabilité à Saint-Marcel. Le lieu de

prédilection pour les hommes est la reproduction de la « Djemma », qui se
situe sur la place du village, en face du café, lieu de passage et de contrôle. «La Djemma est ressentie comme une patriarchie c'est-à-dire comme

l'exercice collectif de la paternité sur le village ou sur le Douar

18.

»

Pour les

femmes, ce sont les bords de la Levelle, la rivière, là où les tanneurs avaient autrefois installé leurs ateliers. Elles vont y laver les couvertures, le linge. C'est la ré-interprétation de la fontaine. Ces lieux, ainsi que le marché, sont des lieux d'information, d'échange et de décision. Pratiquement, tous les jeunes ont évoqué ces lieux comme des lieux de contrôle de la

communauté. Certains ont même ajouté:

«

on ne peut pas bouger le doigt
rapide, mars 1970, Secrétariat

18. Touat (L.), «Algérie nouvelle et semblable ", in Information social d'Alger n° 8.9.10, p.57.

22

que déjà là-bas au village en Algérie, tout le monde le sait ». Tout le monde s'observe et se jalouse pour tout. Les enfants sont de véritables enjeux. L'honneur est ici encore plus développé qu'au village d'origine. L'observance de telles pratiques accentue le phénomène d'imitation. Les parents restent couramment aux aguets et à l'écoute de cette partie d'eux-mêmes que sont les enfants. M. Kandriche 19,à partir de l'approche développée par R. Ogien et J. Katuszewski 20 sur les réseaux sociaux des individus et des familles, indique que le type de relations d'une famille est révélateur de son rapport à la société française tout comme les divers modes d'insertion. En restant au niveau descriptif, on peut distinguer des familles avec un réseau social: a) à dominante «traditionnelle », i.e. entretenant des liens étroits et constants avec la famille large, soit en France, soit en Algérie (cas de Saint-Marcel). b) à dominante «institutionnelle », i.e. une famille liée à une série d'organisations ou d'associations d'entraide (allant des services sociaux dé régime commun jusqu'aux associations particulières) qui interviennent à divers moments clés (...). c) à dominante «nucléaire », i.e. ne participant ni au premier, ni au second type, mais beaucoup plus calquée sur des comportements proches des normes de la société française. Les séjours effectués en Algérie par les adultes sont très réguliers. Tous ces aspects seront approfondis dans la partie relative à l'analyse de la famille.
STRUCTURE DE LA FAMILLE

La monogamie est la structure familiale dominante à Saint-Marcel. Néanmoins, j'ai rencontré deux ménages bigames. Dans le premier cas, la deuxième épouse étant elle-même issue de l'immigration familiale, sa situation mériterait à elle seule une étude particulière. Son histoire est révélatrice et pose le problème des jeunes filles issues de l'immigration. Dans le deuxième cas, la première épouse est restée en Algérie, la deuxième épouse étant la veuve du frère aîné, tué suite à un accident de la route. On compte deux mariages mixtes.
NOMBRE D'ENFANTS DANS LA FAMILLE Dans l'ensemble, les familles ont un nombre d'enfants élevé: les 39 familles totalisent 234 enfants - 127 filles et 107 garçons - (soit une
19. Kandriche (M.), Stades de développement situations migrations et formes de réinsertion: le cas algérien. Thèse Doctorat 3' cycle, juin 1980. .), Ogien (R.), Réseau total et fragments des réseaux. La formation et le 20. Katuszewski développement de réseaux sociaux d'immigrants dans les centres urbains, Cordes-Ceruson, Université de Provence, 1978.

a

23

moyenne de 6 enfants par famille), parmi lesquels 58 sont nés en Algérie et 176 en France. Toutefois 41 enfants, sur les 58 nés en Algérie, sont arrivés en France avant l'âge de 6 ans. On peut également observer que dans 17 familles, il y a deux générations, d'un côté les aînés qui sont nés en Algérie, de l'autre ceux qui sont nés en France. Dans le témoignage de Zahoua dans «les enfants illégitimes21 » nous pouvons lire: «il y a un véritablepartage qui passe à l'intérieur e la d famille, ça se sent bien, il y a une frontière. C'est même plus qu'une

frontière(...)

Ça fait deux générations dans la même maison et entre les
(...).

deux, il y a ma sœur, c'est elle qui fait la transition

Code de la famille n° n° n° n° n° n° nO n° n° n° n° n° n° n° n° n° n° 12 16 24 14 19 18 5 31 28 22 25 34 11 37 36 17 35

An.de nais. de l'ainé 1950 1950 1951 1951 1954 1955 1955 1955 1955 1956 1956 1957 1958 1958 1959 1959 1960

Nombre d'enf. 7 9 9 6 10 9 9 6 7 10
11 11 ')

An.de nais. du dernier 1971 1973 1971 1970 1969 1980 1975 1967 1970 1975 1970 1971 1976 1980 1972 1971 1976

Différence d'âge 21 ans 23 20 19 15 25 20 12 15 19 14 14 18 22 13 12 16

10 6 7 9

Tableau 5 Différences d'âge entre les aînés et les derniers

On peut constater que 50 % des enfants issus des 39
âgés entre 11 et 21 ans.

familles

sont

CARACTÉRISTIQUES DE LA FAMILLE ALGÉRIENNE

La population

algérienne de Saint-Marcel
22

répond

très bien à la

problématique qui est posée par Touat

«Algérie nouvelle et semblable ».

«Son désir d'être nouvelle et semblable

(...) on

est prêt à tous les

24

21. Sayad (A.),« Les enfants illégitimes" inActes de la recherche en sciences sociales, janvier 1979 1" partie, 2' partie, mars-avril 1979 (61.81), pp. 117-135.

22. Touat (L.), op. cit., p. 52.

~Garçons nés en
---------

I i

Total

Filles nées on
--------

Total

Enf. nés en ------- Tot. A 1 2 3 3 4 6 5 4 4 3 2 1 3 1 5 1 1 4 2 1 1 1 F 1 2 3 3 4 6 5 5 7 10 10 9 11 9 15 9 1> 12 13 10 14 13 4 14 6 5 9 -3 4 2 234

Années 1949 1950 1951 1952 1953 1954 1955 1956 1957 1958 1959 1960 1961 1962 1963 1964 1965 1966 1967 1968 1969 1970 1971 1972 1973 1974 1975 1976 1977 1978 1979 1980 TOTAUX

A 1 2 1 3 3 3 3 2 3 1 2
"I

F

Gar. 1 2

A

F

Fil.

3 1 3 3 3 3 4 5 3 5 5 3 7 7 9 7 3 1 4 6 3 5 1 3 4 2 3 1 107 26 2 1 3 2 1 2 1 1 1 3 1 1 2

3 2 1 3 2 2 3 5 7 4 6 6 8 2 7 5 10 9 10 7 1 9 5 2 5 1 1 1 127

2 2 2 4 3 3 5 6 9 4 3 1 3 6 3 5 1 3 4 2 3 1

1 1 5 6 4 5 5 5 2 6 4 8 9 10 7 1 8 5 1 5 1 1 1 101

1 3 7 8 8 8 8 10 8 15 8 11 10 13 13 4 13 6 4 9 3 4 1

2 1 3 1

1 1

32

75

58

76

Les jeunes

Tableau 6 Algériens de Saint-Marcel

changements, sauf à ceux qui nous changeraient nous-mêmes (...) cette personnalité de base est quêteuse de chance et ceci la rend disponible au changement et inassouvie par aucune nouveauté. De plus, elle est soucieuse de dignité et de fierté: ceci la rend possessive de soi. Or, si elle est quêteuse de chance et soucieuse de dignité, c'est qu'elle se veut fidèle à soi. Mais, du fait de la façon d'être en société, cette fidélité à soi est vécue dans le besoin d'unanimité entre soi et d'identité à la face des autres (...) ». Les sociologues qui ont tenté d'étudier les caractéristiques de la 25

famillealgérienne,sont

loin d'être tombés d'accord. Néanmoins, il me

semble que les trois aspects fondamentaux comme l'explique A. Zehraoui en se référant à Descloitres R. et Debzi L., se retrouvent à Saint-Marcel, à savoir: sa dimension, son organisation et ses fonctions. Parmi ces aspects, A. Zehraoui explique: «la deuxième caractéristique de la famille algérienne est la structure de son habitat. En effet, plusieurs générations d'une même famille habitent toutes soit dans une maison commune, soit dans plusieurs maisons regroupées dans une cour

sérieusement protégée des regards "indiscrets" du monde extérieur»

23.

Le type d'habitat à Saint-Marcel, maisons individuelles avec grandes cours intérieures, des murs élevés séparent les habitations de la rue principale (comme nous l'avons expliqué au début de ce chapitre), allait particulièrement convenir aux familles algériennes. Il n'est pas superflu de souligner combien ce type d'habitat a joué dans le processus d'insertion des familles à Saint-Marcel. Aussi, le patron de la S.B.A.M. a tenu à ce que les familles algériennes soient disséminées dans le village pour éviter le phénomène de ghetto et de rejet et ainsi favoriser leur acceptation par la population locale. De plus, pour permettre une bonne adaptation de ces familles, le patron par relation sollicite une assistance sociale algérienne, originaire de Constantine, de 1957 à 1962, qui éduquera et expliquera aux femmes les coutumes françaises (habillement, cuisine, etc.). Actuellement 9 familles sont propriétaires de leurs maisons et un certain nombre d'autres en ont fait le proJet.

"'ftat. Loyer
Famil.

STATUT Prop. Loc.

LOYER 150à 250F 13 250 350 6 31 350 500 9 500 800 3

SURFACE M2

S~
9

SBAM HLM
Ap. M.I.

30à 50 4

50 "00 24 40

100 150 12

Familles TOTAUX

28
9 + 31

2
40

1

=

Logement

Tableau 1 des familles à Saint-Marcel

Trois familles habitent des logements H. L.M. ; en effet, en 1978, l'office départemental H.L.M. a construit à Saint-Marcel 2 blocs de 45 logements Fl à F4 et 15 pavillons F4-F7 pour familles nombreuses.

23. Zehraoui (A.), Les travailleurs Algériens la vie familiale, Paris, Maspero, 1976, p. 30.

en France. Etude sociologique

de quelques

aspects de

26

Catégories

sodo-professionnelles

des

39

chefs

de

famille

Comme il en a été fait mention au début de ce chapitre, les travailleurs algériens de Saint-Marcel ont été recrutés en premier lieu afin de subvenir aux besoins de main-d'œuvre de l'entreprise générale. Ensuite, ils ont été affectés au service de la S.B.A.M. Le travail des femmes Sur les 40 épouses des chefs de famille, 17 sont salariées, dont 16 comme O.S. à la S.B.A.M. et 1 comme femme de ménage à la Mairie (soit 40 %). Ce pourcentage est supérieur à la moyenne nationale des femmes

algériennes au travail

«

20 %). Les maris n'ont pas été les éléments de
MAIRIE BaRS ST MARCEL ANPE TOT.

SEAM ~~urs
Travailleu s~

Hommes Femmes Jeunes H. Jeunes F. TOTAUX

34 16 16 5 71 1 1

5

39 17

5 1
11

4 8 12

25 14 95

Tableau 8 Répartition des emplois en fonction du sexe et de l'âge

~OS2 145 Travail. Hommes Femmes
Jeunes H.

OS3 155 6 1 4

P1 170

P2 190

215

Tot.

20 15 11 3 49

3

4

1

34 16

1 2

16 5
71

Jeunes F. TOTAUX

11

3

4

l,

Tableau 9 Répartition des qualifications selon le sexe et l'âge pour les travailleurs de la S.B.A.M. 27