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Archéologie de la représentation politique

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296 pages
Ce livre prend pour objet ce que l'on appelle la "crise de la représentation" : partant de l'idée qu'elle est affaire de discours, il se propose d'en mettre au jour les régimes de vérité.La représentation politique a été conçue, à ses origines, comme l'invention d'une communauté qui ne lui préexiste pas. Cest pourquoi les discours critiques de la représentation se référant à la réalité du peuple, et à la "bonne représentation", ont toujours existé, et peuvent être lus à la lumière de trois grandes présuppositions relatives au peuple "réel" : l'unité substantielle, trahie par des divisions politiques factices, la diversité dopinions fallacieusement réduite par la représentation, les majorités réelles auxquelles manquent les courroies de transmission qui permettraient de les traduire.L'ouvrage, sappuyant sur le cas français, analyse ainsi les critiques émises au cours de quatre périodes de l'histoire du régime parlementaire en France, et s'interroge sur la persistance de la "crise de la représentation" dans la période contemporaine, alors que l'économie du régime représentatif a été transformée par les partis politiques et, en particulier, par l'avènement du phénomène majoritaire.En définitive, les individus ne sauraient se reconnaître durablement dans la représentation qui est donnée deux, en raison de l'indéfinition des fins, propre à la modernité démocratique. La "crise de la représentation", ainsi, se confond ultimement avec le politique lui-même en régime de modernité.
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Mineur_flash_def:Mise en page 1 29/04/10 15:47 Page 1
Fait politique
Didier Mineur
ARCHÉOLOGIE DE LA REPRÉSENTATION POLITIQUE
Structure et fondement d’une crise
Ce livre prend pour objet ce que l’on appelle la « crise de la
représentation » : partant de l’idée qu’elle est affaire de discours, il se
propose d’en mettre au jour les régimes de vérité.
La représentation politique a été conçue, à ses origines, comme
l’invention d’une communauté qui ne lui préexiste pas. C’est pourquoi les
discours critiques de la représentation se référant à la réalité du peuple
et à la « bonne représentation » ont toujours existé, et peuvent être
lus à la lumière de trois grandes présuppositions relatives au peuple
« réel » : l’unité substantielle, trahie par des divisions politiques factices,
la diversité d’opinions fallacieusement réduite par la représentation, les
majorités réelles auxquelles manquent les courroies de transmission qui
permettraient de les traduire.
L’ouvrage, s’appuyant sur le cas français, analyse les critiques émises
au cours de quatre périodes de l’histoire du régime parlementaire
et s’interroge sur la persistance de la « crise de la représentation » Archéologie de
dans la période contemporaine, alors que l’économie du régime
représentatif a été transformée par les partis politiques et, en la représentation politiqueparticulier, par l’avènement du phénomène majoritaire.
En définitive, les individus ne sauraient se reconnaître durablement
dans la représentation qui est donnée d’eux, en raison de
l’indéfinition des fins, propre à la modernité démocratique. La « crise de la Didier Mineur
représentation », ainsi, se confond ultimement avec le politique
lui-même en régime de modernité.
Didier Mineur est agrégé de philosophie et docteur en science politique ; ses
travaux concernent la philosophie politique et la théorie du droit. Il enseigne
à Sciences Po Paris.
9 782724 611601 24 €
ISBN 978-2-7246-1160-1 - SODIS 727 050.1
Design Graphique : Hémisphères & compagnie
Didier Mineur
Archéologie de la représentation politiqueArchéologie
de la représentation
politique
004108 UN01 07-05-10 16:07:10 Imprimerie CHIRAT page 1Domaine Fait politique
Dirigé par Pascal Perrineau et Janine Mossuz Lavau
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Nicky Le Feuvre, Fatou Sow (dir.)
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e3 édition revue et augmentée d’une préface inédite
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2009 / ISBN 978-2-7246-1125-0
004108 UN01 07-05-10 16:07:11 Imprimerie CHIRAT page 2Archéologie
de la représentation
politique
Structure et fondement d'une crise
Didier Mineur
004108 UN01 07-05-10 16:07:11 Imprimerie CHIRAT page 3Catalogage Électre-Bibliographie (avec le concours de la Bibliothèque de Sciences Po),
Archéologie de la représentation politique: structure et fondement d’une crise / Didier
Mineur – Paris: Presses de Sciences Po, 2010.
ISBN 978-2-7246-1160-1
RAMEAU:
– Représentation politique: France: Histoire
– Régime représentatif: France: Histoire
DEWEY:
– 321.8: Régimes démocratiques
Public concerné: public motivé
Photo de couverture:
Pablo Picasso, Les ménines, Succession Picasso 2010
Pablo Picasso, Las Meninas (conjunt), Museu Picasso, Barcelona 2010 – Foto: Gasull
Fotografia
La loi de 1957 sur la propriété intellectuelle interdit expressément la photocopie à usage
collectif sans autorisation des ayants droit (seule la photocopie à usage privé du copiste
est autorisée).
Nous rappelons donc que toute reproduction, partielle ou totale, du présent ouvrage est
interdite sans autorisation de l’éditeur ou du Centre français d’exploitation du droit de
copie (CFC, 3, rue Hautefeuille, 75006 Paris).
2010, PRESSES DE LA FONDATION NATIONALE DES SCIENCES POLITIQUES
ISBN - version PDF : 9782724683165
004108 UN01 07-05-10 16:07:11 Imprimerie CHIRAT page 4SOMMAIRE
REMERCIEMENTS 7
PRÉFACE DE JEAN-MARIE DONEGANI 9
AVANT-PROPOS 17
L’écart entre représentants et représentés 17
La crise de la représentation:
l’abstraction de la volonté étatique 20
Les principes du gouvernement représentatif 22
La «réalité» du peuple opposée à la représentation 26
Les manifestations de la crise de la 27
I - GENÈSES DE LA REPRÉSENTATION 35
Chapitre 1 / PHILOSOPHIE DE LA REPRÉSENTATION 41
La communauté politique, un fait de nature 42
La objet d’une représentation 55
La politique, représentation conventionnelle
des individus 70
Chapitre 2 / L'INVENTION DU GOUVERNEMENT REPRÉSENTATIF 89
Les anciennes théories de la représentation 91
La doctrine juridique traditionnelle: l’invention de l’unité 106
La représentation politique
entre abstraction et reproduction 127
II - «CRISES» DE LA REPRÉSENTATION 145
Chapitre 3 / LA REPRÉSENTATION ENTRE UNITÉ ET PLURALITÉ 151
La diversité sociale et l’unité politique latente 153
La politique 171
L’effort de traduction des majorités 186
004108 UN02 14-05-10 10:57:59 Imprimerie CHIRAT page 56
ARCHÉOLOGIE DE LA REPRÉSENTATION POLITIQUE
Chapitre 4 / LA REPRÉSENTATION EN «CRISE» 199
Les crises des années 1890 et 1930 201
La crise de la représentation sous le régime gaullien 217
La crise des années 1990 228
Chapitre 5 / LA REPRÉSENTATION IMPOSSIBLE 245
L’inconsistance du regroupement 247
Représentation et identité 256
L’indéfinition des fins 270
CONCLUSION 283
INDEX DES NOMS 289
004108 UN02 14-05-10 10:57:59 Imprimerie CHIRAT page 6Remerciements
’exprime ici ma profonde gratitude à Jean-Marie Donegani,
pour le soutien indéfectible et la chaleureuse confiance qu’il
m’a témoignés tout au long de la préparation, sous sa direction,J
de la thèse de doctorat en science politique dont cet ouvrage est issu.
Mes remerciements s’adressent aussi à Marc Sadoun, dont la
bienveillance à l’égard de ce travail a également été un grand
encouragement, ainsi qu’à Bastien François, Michel Miaille, Philippe Portier,
et Yves-Charles Zarka, pour avoir bien voulu siéger dans le jury de
soutenance à laquelle il a donné lieu, en décembre 2004.
004108 UN03 23-04-10 09:59:32 Imprimerie CHIRAT page 7Préface
Jean-Marie Donegani
a démocratie libérale repose sur un régime d’évidence selon
lequel
salégitimitédépenddesoncaractère«représentatif».CettereprésentativitédésignelacorrespondancesupposéeentredesmandantsL
et des mandataires. Une volonté est exprimée par le peuple souverain
au moment des élections et cette volonté est transmise à des
représentantsquiontpourmissiondelatraduireendécisions.Cetarrangement
est démocratique puisque le peuple est à l’origine du pouvoir et il est
représentatif puisque le pouvoir n’est pas exercé directement par le
peuple mais par les représentants qu’il désigne.
Or l’évidente simplicité de ce dispositif est tout à fait trompeuse. En
réalité,commel’asoulignéJosephSchumpeter,leplussouventlepeuple
ne veut rien ou ne sait pas ce qu’il veut. Surtout, même si une volonté
précise s’exprimait lors de l’exercice du suffrage, celle-ci ne
soumettrait nullement les représentants puisque ceux-ci ont à prendre des
décisions qui n’ont pas toutes été prévues lors du débat électoral et
puisque les commettants ne disposent pas des moyens nécessaires au
contrôle permanent de leurs commis.
Si cette conception du régime représentatif est la plus commune,
notamment parce qu’elle remplit une fonction de légitimation du
système en posant que la volonté politique est bien issue du peuple
souverain, elle ne rend pas compte de la réalité d’un fonctionnement
qui laisse une grande latitude d’action à ceux qui sont habilités à
gouverner et à décider par le mandat dont ils disposent. C’est pourquoi,
sans doute, le thème de la «crise de la représentation» parcourt toute
l’histoire du régime démocratique moderne, ouvrant plus loin à des
critiques de la démocratie elle-même considérée comme un système
mensonger destiné à servir les intérêts d’une oligarchie coupée du
peuple et inspirée par le seul souci de la jouissance du pouvoir et de
son utilisation à des fins propres.
Cette crise de la représentation est d’autant plus cruciale que, dès
sesorigines,lapenséelibéraleaédifiéuneconceptiondupouvoirselon
laquelle la représentation ne signifie nullement la transmission d’une
004108 UN04 20-04-10 10:44:17 Imprimerie CHIRAT page 910
ARCHÉOLOGIE DE LA REPRÉSENTATION POLITIQUE
volonté populaire mais la manifestation d’un savoir propre aux élites
éclairées.Si,pourEmmanuel-JosephSieyès,représenternesignifiepas
refléter un état antérieur mais créer une rationalité nouvelle, si, pour
François Guizot, la représentation n’est qu’un «procédé naturel pour
extraire de la société la raison publique qui seule a le droit de
gouver1ner », alors le ressort du gouvernement représentatif ne réside plus
dans la transmission d’une volonté et la fidélité recherchée entre cette
volonté précédente et la décision suivante, mais au contraire dans
l’indépendance même dont peut faire preuve le représentant, au nom
de la généralité de la raison, à l’égard de vouloirs partiels et ignorants.
Oncomprendalorsquelacrisedelareprésentationpuissenepasêtre
considérée comme un dysfonctionnement susceptible d’être surmonté
mais comme l’identité même d’un dispositif conçu dès le départ sous
le
signed’uneindépendanceentrevouloiretpouvoiretd’unerecomposition du pouvoir sous le signe du savoir.
C’est l’intérêt premier du travail de Didier Mineur que de mettre en
lumière cette essence de la représentation et cette implication
nécessaire entre le mécanisme représentatif et sa saisie sous les espèces de
la crise. Il ne s’agit plus de décrire l’écart supposé entre représentants
etreprésentésmaisdecomprendrelareprésentationelle-mêmecomme
écart essentiel, comme séparation manifeste entre deux ordres de
raisons que plus rien ne vient légitimement conjoindre. Il reste alors à
saisir l’origine de cet écart, à en comprendre non seulement les motifs
institutionnels et historiques mais, plus profondément, les raisons
philosophiques, c’est-à-dire les structures de pensée qui organisent
toutàlafoisl’assomptiondelareprésentationetcelledesoncaractère
critique. Une «archéologie» de la doit viser le
transcendantal de cet écart donné pour constitutif du mécanisme même
de la représentation, et pour cela, examiner les régimes de vérité qui
donnent leur assise aux processus politiques d’abord envisagés.
Ici, Didier Mineur dirige sa réflexion vers l’identité de la modernité
en supposant que le divorce nouvellement porté par la théorie de
la représentation fait signe plus profondément vers l’effondrement
moderne des fins communes et l’arrachement de la politique aux
dictéesdel’ordrenaturel.Dèsquel’ordrepolitiquen’estplusconçucomme
naturellement ordonné aux finalités naturelles de l’être, dès qu’il est
1. François Guizot, Histoire des origines du gouvernement représentatif en
Europe, Paris, Didier, 1851, tome II, p. 150.
004108 UN04 20-04-10 10:44:17 Imprimerie CHIRAT page 10
11
Préface
vouluàpartirdelamultiplicitéetdel’indéterminationdesbutsindividuels et non plus de l’unité de la création, dès que le tout politique
n’est plus considéré comme précédant et obligeant les individus mais
commedestinéàl’accomplissementdeleurvieprivée,alorslaquestion
se pose d’une fondation artificielle de l’ordre politique, permettant de
subsumer les différences dans une unité de destination et de volonté,
toujours révisable et fragile. Si le social est donné comme un lieu de
confrontationetnonplusdedestination, sil’accordminimalsur lapaix
publiqueetleretraitde l’Étatàl’égarddetouteconceptionsubstantielle
du bien viennent remplacer l’ordination à une nature commune et à
uneloirévélée,alorsl’édificepolitique
devientlelieuuniquedetranssubstantiation du social et de figuration d’une unité toujours défaite
par la multiplicité même à laquelle elle est soumise. La représentation
est induite par la séparation nouvelle entre société et politique, et elle
est nécessairement critique en raison du caractère toujours inaccompli
de la correspondance entre les deux ordres de
réalité.
L’unitédoitêtreconstruitepuisqu’ellen’estplusdonnéeparlacontemplation de l’ordre naturel. Mais le constructivisme politique envisagé
comme l’un des traits identitaires de la modernité ne suffit pas à
comprendrelanaturedelacrisedontilestquestion.Celle-cis’enracine
beaucoupplusprofondémentdanslesplisdecetteconceptionnouvelle
du langage et de son lien à la réalité qui sourd de la métaphysique
hobbésienneetplustarddelagrammairedePort-Royal.Onsaitdepuis
Michel Foucault qu’à la conception traditionnelle du langage selon
laquelle une correspondance naturelle est inscrite comme une
signature dans le corps même des objets représentés se substitue à partir du
e
XVII siècle l’idée selon laquelle le lien entre les mots et les choses est
conventionnel,lalanguen’étantqu’unsystèmeartificield’écartsentre
signifiants sans aucun lien de nature ontologique avec les signifiés.
L’artificialisme politique s’ancre donc plus profondément dans
une
conceptionduréelcommeinassignableàtoutedescriptionontologiquementfidèleetquidoitenconséquenceêtredésignéconventionnellement
par des mots communs. On sait que cette dégradation du langage
expressif est donnée par Jean-Jacques Rousseau comme le lit de la
dégradation politique puisqu’à la transparence naturelle des passions
et des sentiments se substitue l’artifice des idées et de la raison. Le
langage ne renvoie plus à la vérité du sujet et l’écriture achève le
processus,nefaisantpluscorpsaveclevivant.L’extérioritéquelelangage
introduitenl’hommetientàsasoumissionprogressiveauxseulsbesoins
qui sont par essence séparateurs. L’évolution du langage pose le
problème de la politique moderne, laquelle en se donnant pour objectif
004108 UN04 20-04-10 10:44:18 Imprimerie CHIRAT page 1112
ARCHÉOLOGIE DE LA REPRÉSENTATION POLITIQUE
ultimelasatisfactiondesbesoinsdeshommesrisquedemettreenpéril
les principes de leur
union.
Onaiciuneévocationsymptomatiquedelasortiedel’universaristotéliciendanslequelilnepouvaityavoirdeséparationentrelescitoyens
parce que la naturalité de la politique était pensée comme
détermination de l’humanité de l’homme. Aristote est le premier à appliquer le
termedekoinoniaàlacité,lapolis,formeaccomplieduvivreensemble.
Il n’y a pas dans cet univers d’antagonisme entre le lien social et le
pouvoir. La politique n’est pas un élément surajouté à une société déjà
constituée mais une dimension constitutive de la société elle-même.
Autrement dit, l’homme est un animal politique parce que c’est le seul
être parlant. Et la nature a donné à l’homme la parole parce qu’il en
a besoin pour mener une vie de citoyen. Ce n’est pas simplement la
phoné, la voix, qui suffit pour communiquer mais c’est le logos,la
parole, qui est indispensable pour débattre. L’homme est
consubstantiellement défini par le logos et la politéia.
Dans l’univers individualiste et contractuel de Rousseau, il faut
établir que le régime politique est un régime de communication. Car la
parolenaturelledel’homme,quiestpureexpressivité,n’estpasencore
le langage rationnel. Et ici, l’entrée dans le contrat, l’association et la
politique conduit, au contraire des présupposés aristotéliciens, à une
séparation entre le langage et l’homme et donc à une dégradation de
sa propre nature puisqu’il perd la transparence première pour entrer
dans la recherche d’une satisfaction personnelle au risque de miner les
principes de son union avec les autres hommes. On comprend par là
que, pour Rousseau, la liberté authentique tienne au rassemblement
des hommes et à l’expression de soi dans la parole vocative. La
légitimité ne peut provenir que de la présence du représenté, le signifié.
La perversité consiste précisément à sacraliser le représentant ou le
signifiant. La souveraineté est présence et jouissance de la présence.
Dans les deux cas, langage et politique, il s’agit d’une représentation,
d’une présentation seconde, qui rompt avec la présence immédiate du
représenté. Le propre de Rousseau, au contraire du Platon de
Phèdre,
c’estdepenserlarelationentrelelangageetl’êtred’unemanièrehistorique:l’êtreetlavériténesontpasdanslelangagesouslaformed’une
exigenceinterne commechez Platonmais commefaisant l’objetd’une
relation originaire datée qui se distend peu à peu, et l’histoire de cette est aussi l’histoire de l’homme en
société.
Demême,lastructurespéculativedel’œuvredeThomasHobbesarticule la fondation du politique à une métaphysique de la séparation,
004108 UN04 20-04-10 10:44:18 Imprimerie CHIRAT page 1213
Préface
quiintroduitunenouvelledéfinitiondurapportdel’hommeaumonde,
une nouvelle théorie de la perception et du langage. Hobbes s’oppose
à la liaison aristotélicienne entre l’être et la connaissance, l’objet et la
pensée,l’ontologie etl’épistémologie. Repensantl’ordrede
laconnaissanceàpartirdel’hypothèsed’uneannihilationdumondeetreprenant
l’héritage volontariste et nominaliste de Guillaume d’Occam,
notammentl’hypothèsed’unepotentiaabsolutadei,Hobbesposelaséparation
entrelaconnaissanceetsonobjet,etdonnelavolontépourseuleorigine
et seule raison du monde. Si la chose est une substance non sensible
ouvrant à une hétérogénéité radicale entre elle et la sensibilité, alors
son être nous restera à jamais opaque et nous ne pourrons saisir que
l’image qu’elle suscite en nous. La représentation n’est plus une
manifestation extérieure de l’être mais un accident interne de l’esprit.
Cela
neveutpasdirequel’onrenonceàlavéritémaissimplementquecelleci doit être recherchée à l’intérieur même du langage, dans la quête
d’assertionsuniverselles.Leverbe«être»perdsaviséeontologiquepour
revêtiruniquementuneportéecopulative,lemotdevientleconstituant
élémentaire de la connaissance rationnelle, la vérité et l’erreur n’ont
lieu que dans le discours parlé, la production des énoncés et de leur
valeur de vérité est toujours liée à la dimension pragmatique du
langage et à la constitution d’un espace d’interlocution.
Mais si le langage est uniquement conventionnel, son usage
crée
immédiatementuneinstitutionsociale.L’hommen’estpasunêtreparlant, c’est un être qui devient ce qu’il est par l’usage interrelationnel
de la parole. C’est ici qu’intervient la fondation du politique articulée
sur une métaphysique de la séparation.
Il faut fonder une science du politique telle que l’on puisse sortir du
conflitdes opinions.Fonder unescience politiquesur lamétaphysique
de la séparation, c’est lui donner pour condition le nouveau statut du
concept de vérité. Puisque les valeurs ne dépendent plus de la nature
des choses mais de la dynamique interne du désir qui projette sur les
objets des valeurs purement subjectives et relatives, l’ordre politique
ne va plus dépendre d’un ordre ontologique et axiologique
naturel
maisd’uneconnaissancegénétiquesanctionnéeparl’État.Etlafondation de l’État correspond à la construction d’un espace intersubjectif
de la représentation radicalement séparé de toute visée ontologique.
L’intérêt de cet examen du lien entre la métaphysique de Hobbes et
sa science du politique est de comprendre que, dans l’ordre moderne,
la représentation se détache de la triplicité du lien originel entre le
signifiant, le signifié et le monde, entre le représentant, le représenté
004108 UN04 20-04-10 10:44:18 Imprimerie CHIRAT page 1314
ARCHÉOLOGIE DE LA REPRÉSENTATION POLITIQUE
etlesavoirportantsurlasubstancedubienauquelesttendulerapport
de représentation. Au bout du renoncement à la référence tierce il n’y
a plus un ordre duel entre représentant et représenté mais un
ordre
unairedanslequellapersonnereprésentativenesignifienispécifiquement le représentant, ni spécifiquement le représenté, mais l’unité de
l’être de langage et, chez Hobbes, de l’être juridique qu’ils constituent
tous deux car «c’est l’unité du représentant non l’unité du représenté
2qui rend une la personne
».
Cequemetenévidenced’unemanièreextrêmementclaireetconvaincante le livre de Didier Mineur, c’est ce rapport souvent ignoré entre
les conceptions de la représentation politique et les conceptions plus
générales du rapport entre le langage et le monde, du rapport entre la
raison et la volonté, entre la nature et la liberté.
Lapenséeincarnativequiestunepenséedutiersetdusavoirédifiésur
laconfianceenletiersestunepenséeanté-représentative.Dansl’univers
thomiste, la transitivité est parfaite entre les choses particulières, la
perception que nous en avons et la connaissance de l’universel qui
est une forme abstraite par l’intellect des choses particulières mais qui
s’impose à lui. L’universel est une réalité présente dans les êtres
individuels même si elle n’a pas d’existence actuelle en dehors d’eux. La
volonté est donc dans la dépendance de la raison, et la loi éternelle
n’est pas objet de foi mais de connaissance. Toute activité humaine,
notamment morale et politique, consiste à produire une chose selon
ce qu’elle est et non selon ce que nous voudrions qu’elle soit. La loi
est l’actualisation de la nature de l’homme, résultat de la
compréhension par l’intelligence de la réalité de l’ordre naturel. Le bien visé n’est
pas une représentation mais la compréhension du
réel.
Aveclarévolutionnominaliste,iln’yaplusderéalitéquesingulière,
irréductibleàuneformecommune.Etc’estl’intellectquiproduitl’universel, la raison n’étant plus au service de l’intelligence mais de la
volonté. La loi devient la représentation d’un but et non plus
l’actualisationd’unefinprécédente.Àpartirdecettepromotiondelasingularité
et de la volonté, la loi devient nécessairement le fait d’une institution,
seul remède à la défection de l’objectivité du bien et du juste. Et la
volonté du souverain ne devient celle des individus eux-mêmes que par
l’autorisation par laquelle chacun s’engage par avance à reconnaître
2. ThomasHobbes,Léviathan, I,chapitre XVI,traductiondeFrançoisTricaud,
Paris, Sirey, 1971, p. 166.
004108 UN04 20-04-10 10:44:18 Imprimerie CHIRAT page 1415
Préface
pour sienne la volonté d’un autre. La représentation n’est plus la
figuration d’une réalité préexistante mais une réalité artificielle qui se
substitue aux réalités naturelles.
La logique de la représentation moderne est donc bien de l’ordre
de
l’unaireetnonduduel,sonressortestdefairepasserpourdelatransitivité duelle ce qui n’est en réalité que fixé dans l’unité produite par
la représentation. La conception hobbésienne de la représentation est
celledugouvernementreprésentatif telqu’ilsemetenplace enFrance
en 1791. La communauté politique et la citoyenneté n’existent que
par les représentants. Au lieu de l’ancienne persona ficta médiévale
qui n’était que la personnalisation analogique d’une communauté
préexistante, la nation est une personne artificielle dans laquelle les
individus sont citoyens en tant qu’ils sont compris en elle. L’effort de
la représentation politique est donc de produire une réalité nouvelle
qui se substitue à la réalité naturelle de l’individu coupé des autres par
la singularité de son vouloir propre.
Mais si l’artifice est juridiquement fondé, l’effectivité politique de
cette représentation est toujours une gageure et l’identification des
représentés aux représentants est problématique. C’est pourquoi
l’histoiredelareprésentationestl’histoiredesacrise,miseenœuvred’une
abstraction originelle et tentative de la réduire en adossant la volonté
nouvelle produite par la représentation à la supposition d’une
préexistanteetpourtanttoujoursabsente.ChezHobbes,riennegarantit
quel’unité devolontésoit effective.Ilsuffit qu’ellenesoit pasdémentie
publiquement. Dans le libéralisme suivant, même absence de garantie,
mêmecrisefondamentaledelareprésentationmaiscelle-ciestautorisée
à venir au jour puisque la manifestation de l’écart entre représentants
et représentés est à la source de la compétition pour le pouvoir. Il n’en
reste pas moins que l’identification des individus empiriques à un
représentant demeure toujours une convention et une abstraction par
rapport aux volontés singulières.
C’estàcetteréflexionquenousinvitelelivredeDidierMineur,allant
delaphilosophieàlasciencepolitique,dudroitàl’histoire,desthéories
philosophiques anciennes aux discours les plus enracinés dans les
polémiques d’aujourd’hui. On ne peut que saluer un travail qui
éclaire
demanièresivivelesdébatslesplusactuelssurlacrisedelareprésentation en recourant aux outils de la théorie politique, montrant s’il en
étaitbesoinquecelle-ciatoujoursenvuelesoucidecomprendrecequi
rend les hommes tout à la fois si obéissants et si rétifs à l’obéissance.
004108 UN04 20-04-10 10:44:18 Imprimerie CHIRAT page 15Avant-propos
L'écart entre représentants et représentés
Lestermesde«crisedelareprésentation»semblentdésignerunécart
entre représentants et représentés, dont on ne sait pas exactement ce
qu’il est, ni à quoi il tient. Ils indiquent que les représentants ne
représentent pas, ou représentent mal, leurs commettants, sans pourtant
qu’il y ait de mesure objective de la bonne représentation: elle est
1bonne, ou mauvaise, dès lors qu’elle est jugée telle . Évoquer une crise
de la représentation politique, c’est en effet porter une critique contre
l’exercice de la représentation politique, ou du moins faire état d’une
critique partagée de la représentation existante. Il y a donc un effet
performatif de la critique adressée à la représentation: il y a crise de
lareprésentationdèslorsqu’elleestévoquée.Parailleurs,cettecritique
qui fonde une «crise» de la représentation dès lors qu’elle est partagée
dénonce le plus souvent un manque de ressemblance entre
représentants et représentés, quel que soit le critère de la similarité souhaitée.
Autrement dit, la crise de la représentation consiste dans le fait que
se trouve dénoncé le décalage entre la représentation existante et ce
qui est considéré comme la réalité des gouvernés.
Sur la base de ce constat, deux intuitions majeures guident cet
ouvrage: d’une part, on fait l’hypothèse qu’une telle critique et un tel
sentiment sont anciens, quand bien même les termes de «crise de la
représentation» sont relativement récents. Autrement dit, il n’y aurait
pas de crise de la représentation entendue comme un
dysfonctionnement marquant une rupture avec un état normal: la critique de la
1. En ce sens, des indices prétendument objectifs d’une «crise» de la
représentation, tels que, par exemple, un taux important d’abstention lors d’une
élection, peuvent aussi être considérés, dans d’autres contextes ou d’autres
circonstances, comme faisant partie du fonctionnement normal de la
démocratie représentative; ainsi, aux États-Unis, la participation électorale est
traditionnellementfaibleparcomparaisonauxstandardseuropéens,sansque
cette faiblesse soit considérée comme un signe particulier de «crise» par
les observateurs.
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ARCHÉOLOGIE DE LA REPRÉSENTATION POLITIQUE
mal-représentation est une constante de l’histoire du
gouvernement
représentatif.D’autrepart,ilnousestapparuque,silacrisedelareprésentation correspond à l’état permanent du gouvernement représentatif
et non à un dysfonctionnement, la clé de l’élucidation de sa nature
doitsetrouverducôtédesstructuresconceptuellesdelareprésentation
politique, qu’il faut tenter de mettre au jour. Celles-ci nous paraissent
àchercherdansledroitetlaphilosophie:ilexisteeneffetunedoctrine
juridiquedugouvernementreprésentatif,etlaphilosophie,oùleterme
de représentation correspond à un concept de première importance,
nous paraît compter parmi les inspirations majeures de cette doctrine.
Si la crise de la représentation est véritablement un phénomène
récurrent, sinon permanent, ilyaen effet quelque chance qu’elle soit
structurelle et que la doctrine juridique de la représentation, en dépit
des transformations de la pratique du gouvernement représentatif, ait
quelque rapport avec ce phénomène. L’élément le plus frappant de la
doctrine juridique de la représentation que Emmanuel-Joseph Sieyès,
en France, a en partie inspirée, et que l’on retrouve dans beaucoup de
traditions juridiques, est le caractère non préexistant de l’objet de la
représentation. La volonté nationale ne précède pas son expression
par les représentants: le refus du mandat impératif qui s’impose quasi
universellement témoigne de ce que le gouvernement représentatif a
vocationàreprésenterunevolontéune,quirisqueraitd’êtrecontredite
par la dépendance de l’élu vis-à-vis du collège particulier de ses
électeurs.L’indépendancedureprésentantvadepairaveccetteconception
de la représentation politique selon laquelle son objet ne lui
préexiste
pas;lapenséedeSieyès,enFrance,celledeEdmundBurkeenGrandeBretagne,celleaussidesfédéralistesaméricainsne laissentpasdedoute
à ce sujet. La question de l’indépendance du député est indissociable
de la fonction d’invention de l’unité sous l’espèce d’une volonté une,
assignée au gouvernement représentatif. Les fondateurs du
gouvernement représentatif ont cefaisant transposé la fonction d’expression
de
l’unité,duroiauquelelleappartenaitsousl’AncienRégime,auxdéputés élus, mais il n’était pas question que la représentation nationale
prétendîtexprimerunequelconqueunitéprécédente,commecelaavait
pu être le cas dans certaines théories politiques anciennes; l’unité
en
questiondevaitêtreinventéesansaucunrapportaveclesvolontésparticulières des individus.
Par ailleurs, la philosophie a vraisemblablement, elle aussi, quelque
choseàdiredelareprésentationpolitique.Avecl’émergencedelafigure
de l’ego cogito s’est en effet trouvé bouleversé le rapport de l’homme au
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Avant-propos
monde,lequelacesséd’êtredonnépourdésormaisdevoirêtreconstruit
en tant qu’il est mis en perspective par le sujet pensant. S’il est donc un
rapport entre la représentation entendue comme rapport au monde et la
représentationpolitique,c’estbienquel’uneetl’autreconstituentl’objet
qu’elles représentent. De fait, l’une des philosophies où s’accomplit la
rupture avec l’aristotélisme, celle de Thomas Hobbes, fournit en même
temps l’une des premières conceptualisations de la représentation
politique selon laquelle le corps politique ne préexiste pas à sa
représentationsousl’espèced’unevolontéune.L’unitédessujetsdupouvoir
y est donc une donnée extérieure à leur existence propre. Cette
nouvelle conception de l’unité du corps politique, selon laquelle elle
est
reçueparlesindividusd’unreprésentant-Léviathan,nousparaîtrésulterd’unelonguehistoire,quin’estautrequecelledupassagedel’ordre
politique ancien à l’ordre politique moderne et dont le moment crucial
est la fin de l’ancrage en nature de la communauté politique: le lien
social était en effet pensé, dans la tradition aristotélicienne remaniée
par le christianisme, et principalement le thomisme, comme une
donnéenaturelle,enraisondefinscommunesquiunissaientlesindividus.
Partant, le pouvoir ne faisait que les accomplir et se fondait sur une
communauté antécédente. C’est la perte de cette fondation en nature
de la communauté politique, sous l’effet d’un certain nombre de
ruptures dans l’histoire de la pensée, tant scientifique que philosophique,
qui a entraîné la ruine de l’évidence du lien social: les individus sont
désormais pensés comme essentiellement différents les uns des autres,
et l’unité de destination et de volonté autant que l’allégeance à un
pouvoir commun deviennent problématiques. Le pouvoir ne se fonde
plus sur une communauté précédente, mais sur le consentement; et
la
communauté,loind’êtreimmédiate,requiertdésormaisd’individusanimés par des fins divergentes la reconnaissance d’un pouvoir commun.
Selon les catégories de Ferdinand Tönnies, la Gesellschaft s’est
substi2tuée à la Gemeinschaft , le social est désormais pensé comme le lieu
de confrontation d’individus animés par des objectifs, des valeurs et
des intérêts différents, que ne sous-tend plus la cohésion profonde
d’une destination commune à tous, dictant à chacun sa place dans
l’ordre social et déterminant l’unité des volontés. C’est donc au
politique qu’il revient de donner lieu à l’unité du social, à l’aune d’un
pouvoir reposant sur le consentement des individus. En quelque sorte,
l’unité ne fonde plus le pouvoir, elle est fondée par lui. Les causes de
2. FerdinandTönnies,Communautéetsociété:catégoriesfondamentalesde
la sociologie pure, traduction de J. Leif, Paris, PUF, 1944.
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ARCHÉOLOGIE DE LA REPRÉSENTATION POLITIQUE
cette rupture avec l’ancienne conception de la communauté sont
mul3tiples, et sans doute à chercher dans l’histoire des sciences ; ce qui
nous importe est d’en retracer les conséquences sur la
conceptualisation du pouvoir et de la communauté. Il nous semble en effet que
l’histoire de ces répercussions jusqu’à l’artificialisme hobbésien peut
éclairer la nature du dispositif juridique inventé par les concepteurs
du gouvernement représentatif.
Certes, la représentation politique a partie liée avec le libéralisme
politique; les grands théoriciens du gouvernement représentatif, de
SieyèsàBenjaminConstantenpassantparJamesMadison,leconçoivent
comme le seul régime adéquat à la nécessaire séparation des
sphères
socialeetpolitique,privéeetpublique,entantqu’ellepermetauxindividusdepoursuivreleursfinsprivées,enmêmetempsqu’elleconstitue
une médiation indispensable aux passions et aux intérêts particuliers.
La représentation a donc d’abord, chez ces libéraux, une justification
fonctionnelle:ellelaisseauxindividusleloisirdevaqueràleursaffaires.
Cette première justification estcependant indissociable de l’objectif de
constitutiondel’unité,quiressortitàlaproblématiquecontractualiste:
silebonheurestdésormaisaffairepersonnelle,tandisquelebien-vivre
des Anciens ne se pensait que dans le cadre de la cité, il en résulte,
d’une part que le pouvoir a pour tâche d’organiser la coexistence des
fins privées, d’autre part que l’unité du corps politique n’est plus
donnée, puisque les fins ne sont plus naturellement pensées sur le mode
de la communauté. Elle doit donc être construite. Ainsi se comprend
le caractère constructiviste de la théorie de la représentation
politique,
héritéducontractualisme,chezlesfondateursdugouvernementreprésentatif, notamment français.
La crise de la représentation:
l'abstraction de la volonté
étatique
Lesorigineslibéralesdeladémocratiereprésentativesontdonccaractérisées par un dispositif particulier qui résulte d’un héritage de la
philosophie,cristallisédansledroit:ils’agitdeladisjonctiondel’unité
4du peuple et de sa réalité empirique . À partir du constat fondamental
3.
OnpeutnotammentsereporteràAlexandreKoyré,Dumondeclosàl’univers infini, Paris, Gallimard, 1973 [éd. originale 1957].
4. Les analyses de Lucien Jaume sont ici éclairantes, qui soulignent que le
peuple, chez Hobbes, en tant que totalité unifiée représentée par le
représentant-souverain, est un être artificiel et non une réalité naturelle précédant la
relation de représentation: «dans l’unité objectivée de son Représentant, la
multitude trouve la cause efficiente de l’unité que lui imprime le souverain.
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Avant-propos
de la convergencedu contractualisme hobbésien et dela doctrine
juridiqued’unepart,etdelacompréhensionintuitivequel’onadestermes
«crise de la représentation» selon laquelle il s’agit du sentiment d’un
décalage entre la représentation et la réalité supposée des représentés
d’autre part, l’hypothèse s’impose à l’esprit que l’objet de la
représentation politique telle qu’elle a été conçue à ses origines est
fondamentalement une abstraction: l’objectif assigné à la représentation
politique,lareprésentationd’unvouloirun,etlemoyenjuridiqueforgé
par les concepteurs du gouvernement représentatif pour l’atteindre,
l’indépendance du représentant, font de la représentation politique le
lieu de la production d’une idéalité, sans rapport avec le peuple
empirique. Selon la théorie juridique, la représentation nationale est le lieu
et le moment où la collectivité est dotée d’un vouloir un, venant ainsi
à exister en tant que telle. Le vouloir un par lequel juridiquement elle
existe est donc, juridiquement aussi, celui des membres de la
collectivité, et c’est par le postulat ou la fiction – fondée sur l’élection dans
la pensée des constituants, comme elle l’était sur l’autorisation dans la
philosophie de Hobbes – de cette identité entre les volontés des
représentés et la volonté portée par les représentants que la collectivité
existe. Selon cette doctrine donc, il n’y a pas dualité de volontés, il
n’yaqu’unevolonténationale,formuléeparlareprésentation,quiest,
en droit, celle des représentés.
L’identité juridique entre les volontés des représentés et celle que
portent les représentants reste abstraite, cependant, si aucun rapport
desimilitude n’unitcelle-ci àcelles-là, fût-ceà leurmajorité. Tantque
l’unité n’est affaire que de convention, et que l’identité des volontés
des gouvernés avec celles des gouvernants ne dépasse pas le plan de
la fiction juridique, la représentation politique doit faire l’objet de
critiques qui dénoncent son abstraction, c’est-à-dire la différence des unes
aux autres. De fait, au cours de l’histoire du gouvernement
représentatif, il est ordinairement fait état d’une différence entre les volontés
des représentés et celles des représentants. Les critiques qui l’évoquent
signifientaufondquel’unitédelacollectivitéetla«volonténationale»
sont étrangères à des individus qui sont pourtant juridiquement tenus
Laconséquenceenestquelepeupleestluiaussiunêtreartificieletnullement
une réalité empirique prédonnée. Ce qui ne lui enlevait aucune réalité chez
Hobbes,luienlèvecependantbeletbientouteindépendance.»(LucienJaume,
Hobbes et l’État représentatif moderne, Paris, PUF, 1986, p. 113). Nous
tenons à exprimer ici notre gratitude à Lucien Jaume pour l’amabilité et la
cordialité avec lesquelles il nous a fait partager un certain nombre de ses
réflexions sur ces questions et permis ainsi de faire progresser les nôtres.
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