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Art Thérapie

De
177 pages
L'art est une démarche de création; la thérapie en est une autre. L'art-thérapie fait émerger une population faite d'art-thérapeutes, sans aucune déontologie, capables du pire et peut-être du meilleur. Cet ouvrage témoigne du parcours d'une artiste qui place sa démarche de création au coeur de son engagement professionnel. Elle intervient depuis 1975 dans l'hôpital psychiatrique "Gorge Sand" de Bourges, créant, au cours des années, des ateliers, passerelles entre l'hôpital et la cité.
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ART -THÉRAPIE L'artiste c0111pagnon de voyage

@L'Hannatlan,2003 ISBN: 2-7475-4600-4

Marie-Claude JOULIA Artiste Plasticien Vladimir MITZ Chirurgien Plasticien

ART-THÉRAPIE
L'artiste

compagnon de voyage

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

PRÉFACE
Ayant eu connaissance depuis de longues années du travail de recherche que Marie-Claude Joulia a effectué avec des enfants et adultes atteints de pathologies mentales, il m'a intéressé d'explorer plus avant avec elle les relations étonnantes entre l'artiste et l'expression de l'image du corps chez le patient. En effet, la notion de l'art-thérapie me paraissait en permanence remise en question par son statut d'artiste et non pas de psychiatre ou de psychologue; Marie-Claude Joulia évolue parmi des êtres humains dont les capacités artistiques traduisent leurs pulsions profondes et leur inconscient. Confronté moi-même au langage du corps, à ses perversions, à ses attentes souvent exagérées, si ce n'est désespérées, j'ai procédé avec Marie-Claude Joulia à des entretiens répétés: j'ai pu en lui posant les questions de tout un chacun, recevoir des réponses approfondies concernant aussi bien son activité d'artiste travaillant au sein d'une communauté enfermée dans un hôpital que ses motivations plus profondes d'humaniste essayant aussi de s'exprimer dans le monde contemporain. C'est le tribut de ce livre que de mettre en forme telle une sculpture les matériaux bruts issus de ces entretiens qui nous ont pris pratiquement une année; chaque fois nos entretiens ont enrichi ma curiosité, ma connaissance de l'art et ma connaissance des hommes.

Docteur

Vladimir MITZ

AVANT -PROPOS Je tiens à mettre en lumière le véritable architecte de ce travail, en la personne du docteur Vladimir Mitz, praticien d'art de la chirurgie plastique et réparatrice. Sans lui, je n'aurais jamais osé jeter un regard sur cette pratique mal défmie qu'est l'art-thérapie où j'opérais, moi aussi, plutôt dans l'ombre.
Il m'a guidée tout au long de nos entretiens par la clarté de ses investigations, par ses questions directes, incisives, allant à l'essentiel, me repoussant dans mes impasses. Ses provocations volontaires me laissaient parfois si surprise que je ne savais plus quelle branche saisir ! Il a tracé le chemin, mesuré certainement mes limites et sans qu'il n'y paraisse, en me faisant évoquer mes traversées enfouies, a contribué avant tout à éclairer mon travail d'artiste plasticien. Comme au théâtre, le metteur en scène n'est pas forcément sur le plateau. J'ai appris pendant cette année de rencontres qu'il existe des personnes capables d'abnégation, puisqu'il n'y avait aucun caractère d'obligation à cette entreprise. J'ai appris par ses questionnements à saisir sa délicatesse, sa tendresse, sa curiosité pour l'humanité en souffrance. Je ne sais si j'ai été à la hauteur de ses attentes. Merci à Vladimir Mitz je sais qu'il est un talentueux du corps mais aussi un mécène de l'art et de l'âme. chirurgien

M.-C. Joulia

Je remercie chaleureusement Françoise Musi, pour sa patience, son professionnalisme, sa générosité afin d'ordonnancer avec méthode cet ouvrage.

(( Les choses nous rendent regard pour regard. Elles nous paraissent indifférentes parce que nous les regardons d'un regard indifférent. Mais pour un œil clair, tout est miroir,. pour un regard sincère et grave, tout
est profondeur
))

BACHELARD

ChaPitrel

DISCOURS

Le discours thérapeutique et le discours artistique me sont à première vue apparus à des niveaux bien différents, voire opposés. Ils fonctionnent à l'intérieur de leurs propres disciplines. Pendant les quelque vingt années où j'ai créé des ateliers de peinture et de sculpture en Centre Hospitalier Spécialisé, dans le monde égaré des enfants, adolescents, adultes, j'ai traversé bien des états dans ma réflexion et ma pratique. Des états allant de l'interrogation à l'investigation, de l'illusion à la sensation de la découverte du fll conducteur qui s'embrouillait au fur et à mesure que je m'approchais de ce que je croyais être le nœud du problème. Le discours psychiatrique et thérapeutique m'entraînait de réunions en réunions dans des suppositions, des rationalisations d'histoires où le projet, au nom de la sacro-sainte réalité, devait amener un être humain à vivre au mieux, seul, à l'extérieur, «resocialisé », à l'abri de bien des triangulations.

Qu'était-il advenu emballé, douloureux? L'artiste part revient pas.

de

l'imaginaire?

De

cet

imaginaire

dans l'imaginaire

et en revient,

le «fou»

n'en

Le peintre, lors de l'acte créatif, par le geste, passe graduellement du sensoriel au rationnel; «l'art du geste revendique à sa façon les droits de l'être humain devant la civilisation et devant l'histoire ». Le but du geste est immédiat: s'extérioriser, exister, être; son seul spectateur, son seul interlocuteur est son propre être. Le geste est le véhicule de l'inconscient de l'homme, désir immédiat alimenté par la sensibilité indéterminée. Tout homme, tout enfant, en conceptuelles, en dépit de tout contexte des gestes. mû par un

dépit de ses facultés culturel, peut faire et fait

Le geste est une motivation, une tendance; il est la manifestation d'un état primitif d'être, état de déséquilibre, de tension et de désordre qui ne tient pas compte du monde extérieur. Il renvoie à l'être sa figure chaotique et anonyme telle qu'elle existe dans les profondeurs inarticulées de l'inconscient »1. L'artiste par le geste accède à la forme et habite lui-même l'intérieur de cette forme; cette forme occupe l'espace pictural et cet espace formel existe par la matière. La matière suit le geste et épouse le temps du geste - gestes rapides, lents, heurtés, glissés, en pointillé, sont autant de taches, d'éclaboussures, de glacis qui s'organisent en vue de l'élaboration, de la finalité et de l'unité de l' œuvre.

1 Margit Rowell. La peinture,

Ie geste, l'action

- Ed. Klincksieck.

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Il ne s'agit pas uniquement d'être un corps en mouvement; il est question d'une mise en scène, d'une alchimie où le vécu, le senti, l'accumulé, le projeté, le dénoncé, le symbolisé, passent par le flltre de sa propre sensibilité, donnant accès au moment sacré de l'émotion, engendrant elle-même d'autres émotions, à la poursuite d'une image poétique, unique et globale, momentanément satisfaisante. Dans ces ateliers, l'approche de la peinture se fait progressivement; il est avant tout; question de délicatesse, de réassurance; on ne livre pas une trace au regard de l'autre sans un minimum de sympathie et de confiance. Il n'est pas non plus question d'interprétation sauvage. Nous prenons des chemins différents; l'artiste n'est pas là pour être à l'affût d'un symptôme; il n'est pas là pour élargir ou réactiver la douleur de cette blessure. Bien au contraire, il est souvent en face de personnes sensibles, en colère, perdues, absentes, qui n'ont qu'un vague souvenir des dessins scolaires. Nous passons le plus souvent par le griffonnage bien se rapprocher «d'archétypes universels dont quelques exemples chez Pollock» (1). qui pourrait nous avons

L'abstraction de ces images permet de ressentir des sensations et de parvenir au cours des séances vers des sentiments. Dans ces premiers temps, le tracé du geste est la forme symbolique d'une expérience imaginaire qui n'a ni sujet, ni objet. Au fll des jours, ces répétitions picturales occupent le vide, l'absence des formes; des premiers tracés font place à des élaborations soit figuratives, soit abstraites; il Y a incarnation! La 17

forme est alors ce qui permet la mise en ordre du sensible. Souvent à ce moment apparaissent des troubles, parce que le geste allant plus vite que la parole, nous pouvons visualiser ensemble dans quel univers ils voyagent et ressentir du bout des yeux la limite qui fait tout basculer. L'artiste, connaissant bien ce moment d'aventure où l'on se trouve en prise directe avec soi-même, peut par sa présence, par la technique picturale aider à dépasser l'angoisse et au mieux de la rencontre mettre en marche « l'imagination imaginante ». On ne peut s'occuper de l'imaginaire de l'autre si l'on ne connaît pas son . .. propre 11TIaglna1re. En peinture, aussi bien dans l'atelier de l'artiste que dans celui réservé aux malades, il ne suffit pas que de s'exprimer: l'expression n'est rien d'autre que le premier geste, le premier cri. La sélection, l'ordonnancement, le travail de l'œuvre créatrice, se situent bien au-delà dans le temps, dans la profondeur, dans la capacité de se mettre en état d'aventure, de se mettre en danger, en état de transformation de soi et à ne pas réduire tout en un seul facteur. De même que l'attention, la délicatesse, la rigueur, la disposition à accompagner le malade dans ce voyage pictural permet, non pas de tailler dans le vif de la souffrance, mais progressivement de l'amener à dénouer, au travers des répétitions, cet enchevêtrement établi, sans entraîner l'écroulement d'une fonction de défense. Le passage à l'acte artistique permet la transformation de l'acteur et, tout en utilisant ses solutions propres, d'introduire la notion de plaisir et progressivement de revaloriser l'image de soi. Par cette approche, il est question de thérapie. pourrait bien faire de sa thérapie un Art. Tout thérapeute

Affronter le chaos est l'aventure de l'individu. L'artiste par son travail va tenter d'approcher le chaos, ou le vide, structurant la 18

matière, prenant possession de l'espace, en jouant entre ténèbres et lumière, construction et déconstruction, au cœur de son travail, dans la profondeur de son âme, là où l'aventure de la vie et du monde s'affronte à l'ultime question: que devenons-nous? La folie n'est pas l'exaltation de la création: lorsqu'un artiste est malade il ne peut plus créer; la folie est l'unique solution que les hommes ont trouvée pour échapper au vide, aux autres, à euxmêmes. La folie parle de peur, d'obsessions qui remplissent de souffrance, le vide. d'éclatement, ou bien

La folie n'est pas nécessaire à l'œuvre d'art; dans productions « d'art brut» elle témoigne de la répétition. « documents» produits, ex-voto, objets-symptômes, traduisent expression qui, du premier jour de son élaboration jusqu'à la n'évolue pas.

les Les une fin,

Ma recherche pratique et théorique dans le « centre de crise pour adolescents» au CHS de Bourges se construit autour d'un travail et d'une réflexion, en partie apportée par le comportement même de l'adolescent.

A savoir: son rapport à l'espace, qu'il voudrait à l'échelle du monde, et son incapacité à doser son appropriation.
Dans cette traversée où l'adolescent, selon Françoise Dolto, serait un « homard sans carapace », le seul espace serait sa chambre, lieu où les murs se recouvrent des images de ses héros; où les habits s'amoncellent comme des enveloppes successives dans lesquelles ils se lovent. La stratégie d'entrée dans l'espace clos. et de sortie donne un point d'appui, situé

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