Aspects cliniques et pratiques de la prévention de l'autisme

De
Publié par

Ce premier numéro des cahiers de PREAUT ouvre une série de publications avant tout destinées aux professionnels de la prévention, de l'accueil et du soin des enfants autistes, ainsi qu'aux accompagnants de leurs familles. Les différentes interventions de ce numéro abordent les questions posées par l'autisme sur les plans clinique, thérapeutique, institutionnel et social, sans oublier de donner la parole aux familles sur les difficultés qu'elles rencontrent, afin d'ouvrir le débat et la concertation entre parents, professionnels et décideurs.
Publié le : lundi 1 mars 2004
Lecture(s) : 87
EAN13 : 9782296353367
Nombre de pages : 164
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
Éditorial Dr. Jean-Louis SARRADETPrésident de PREAUT L’association loi 1901 PREAUT (Prévention autisme) a été fondée le 25 juillet 1998 par un groupe d’une douzaine de praticiens, psychanalystes, psychiatres, pédiatres qui s’intéressaient à l’autisme infantile : à son étiologie, dépistage, épidémiologie, évolution, et à ses différentes formes de prises en charge et de traitement. Cependant, force était de constater que la plupart des théories étiologiques s’étayaient sur des monographies qui confortaient leurs hypothèses sans avoir mené de recherche véritable. Sauf peut-être une étude anglaise cognitiviste, menée par Simon Baron Cohen et son équipe de 1992 à 1996. Cette étude a fait passer le CHAT (Check List for Autism in Toddlers) à un échantillon de 16.000 enfants âgés de 18 à 24 mois. Elle a dépisté 6 enfants autistes — ce qui est tout à fait conforme aux normes statistiques — dont le diagnostic a été confirmé à 3 ans, âge requis par la norme OMS. On peut de ce fait considérer que les résultats de l’étude de Baron Cohen ont permis d’abaisser l’âge de dépistage de l’autisme de 3 à 2 ans. Mais tout le monde s’accordant à considérer que, plus les troubles autistiques sont dépistés et pris en charge tôt, plus on a des chances d’en modifier l’évolution, nombreuses furent les équipes tentées par l’aventure d’abaisser encore l’âge d’un dépistage possible. Ainsi, l’Association PREAUT s’orienta à son tour vers la mise en place d’une recherche dont l’objectif serait de mettre au point un outil de dépistage d’un risque autistique au cours de la première année de la vie, et comparerait ses résultats à ceux de l’étude de Baron Cohen. Seulement, avant un an, le matériel cognitif employé par le CHAT est inutilisable, car l’appareil cognitif du bébé n’est pas encore en place. C’est ainsi que sous l’impulsion de Marie-Christine Laznik, qui travaillait depuis longtemps sur l’autisme et venait de publier un 1 ouvrage , nous nous sommes appuyés sur la théorie des pulsions, inventée
1 M.C. LaznikVers la parole, Denoël, Paris, 1995  7
par Freud et affinée par Lacan, pour élaborer l’outil de dépistage que devait valider la recherche. La grille PREAUT comporte deux signes : le premier, dit signe du regard, vise à vérifier la capacité du bébé àéchanger des regards spontanésavec sa mère. Le deuxième, dit signe du circuit pulsionnel, vise à vérifier le troisième temps de la pulsion. Selon Freud, le trajet de la pulsion comporte trois temps : un premier temps — actif — où le bébé s’élance dans le monde extérieur à la recherche de l’objet (le sein, par exemple), un deuxième temps auto-érotique — passif — où le bébé se sert de son propre corps pour se satisfaire (tète son pouce, par exemple), et un troisième temps, actif, où le bébése fait l’objetde satisfaction pour l’autre (se fait mordiller, croquer, boulotter par sa mère, par exemple). Nous faisons l’hypothèse que si le premier signe du regard, le regard spontanéavec la mère, existe, il n’est pas besoin d’aller plus loin dans l’examen. S’il est absent, il faut aller chercher le signe de la pulsion. Ce signe, ce bébé qui s’offre, est plus difficile à observer et demande des conditions d’examen plus élaborées et la participation, peut-être, d’autres membres de l’équipe. La recherche doit valider ces deux signes qui ne sont donc actuellement que des indicateurs de troubles de la relation précoce, et ne pourront être reconnus comme annonciateurs d’autisme que dans la mesure où nous le démontrerons par les résultats de l’étude PREAUT. L’étude PREAUT a sollicité le partenariat des médecins de Protection Maternelle et Infantile de 13 départements français pour réunir l’échantillon de 25.000 enfants requis pour son déroulement. Nous avons proposé aux médecins-chercheurs une formation de trois jours pour leur transmettre la capacité d’observer les signes de l’étude. La formation des médecins a commencé en 1999 et devra se terminer fin 2003. Une phase de faisabilité a testé le protocole sur un échantillon de 1.000 enfants dans trois départements pilotes, à savoir les Hauts-de-Seine (92), l’Aude (11) et le Gard (30). Elle se déroule depuis janvier 2002 et doit se terminer fin 2003. Mi 2003, nous avions 1313 bébés inclus dans la faisabilité au ème ème 4 mois ; peu de perdus de vue au 9 mois, et les résultats épidémiologiques sont dans les normes : aucun bébé positif dans l’échantillon compte tenu de la faible incidence du syndrome : 4 à 6 pour 10.000. Le deuxième signe a été recherché sur seulement deux bébés au ème ème 4 mois, et ils se sont négativés au 9 . Par contre, de nombreux bébés (une soixantaine) présentaient de manière incomplète le signe du regard : ceux que nous avons appris à appeler les « bébés 5 à 7 », et qui correspondent bien aux troubles relationnels précoces au sens large sans
8
être spécifiques d’autisme. Ce sont les bébés qui ne regardent pas spontanément leur mère (côtés 7 par l’évaluation), ou même quand elle les sollicite (côtés 5), mais qui par contre, répondent au pédiatre. Ceux-ci sont à surveiller et nous essayons de mettre en place des réseaux pour aider les équipes de PMI dans ce travail. Deux séminaires mensuels accompagnent cette recherche. L’un surtout animé par M-C. Laznik, confronte les théories, examine les recherches récentes sur l’autisme, et accueille des présentations de cas cliniques et des récits de cures d’enfants autistes. L’autre séminaire, impulsé par Graciela C. Crespin, s’organise autour de l’expérience clinique des pédiatres qui amènent des observations d’enfants présentant des troubles relationnels précoces dépistés par leurs équipes. Ces observations et les commentaires qui ont eu lieu lors des présentations trouvent leur place dans les Cahiers PREAUT, dont la présente parution constitue la première livraison. Dans ces observations, il est fréquent de constater que des enfants présentant des troubles variés au cours des premiers mois de la vie — les pédiatres ème n’attendent pas le 4 mois pour se mobiliser autour d’un bébé qui présente des signes de souffrance- se soient négativés au cours de ème l’examen du 9 mois. Ceci confirme nos intuitions quant à l’efficacité d’une prise en charge précoce des troubles relationnels au sens large, et nous permet même d’anticiper que des syndromes autistiques ne s’installeront pas grâce aux interventions des pédiatres et leurs équipes qui savent soutenir une mère en difficulté avec son bébé. Cette recherche est prévue pour durer 5 ans, c'est-à-dire jusqu’en 2007. Elle est bien partie. Bon courage !
9
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.