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ATTENTATS CONTRE LE SEXE

De
172 pages
Ce recueil s’intéresse à l’ancienneté quasi antédiluvienne des mutilations sexuelles sur l’enfant ainsi qu’aux meurtrissures sexuelles des adultes. La circoncision était opérée sans instruments métalliques. L’excision du clitoris avec une simple lame de rasoir est pratiquée par beaucoup d’Africains. Elle est pourtant inconnue des Afro-Américains. Onanisme, sadisme, masochisme, autant d’atteintes contre le sexe ! Nous sommes tous concernés par ces diverses atteintes contre le sexe.
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ATTENTATS CONTRE LE SEXE
ou ce que nous dévoilent les mutilations sexuelles

Collection Sexualité humaine dirigée par Charlyne Vasseur Fauconnet
Sexualité humaine offre un tremplin pour une réflexion sur le désir, le plaisir, l'identité, les rôles féminin et masculin. Elle s'inscrit dans un mouvement socio-culturel, dans le temps et dans l'espace. La sexualité ne peut être détachée de sa fonction symbolique. L'erreur fondamentale serait de la limiter à un acte et d'oublier que l'essentiel est dans une relation, une communication avec l'autre, cet autre fût-il soi-même. Cette collection a pour objet de laisser la parole des auteurs s'exprimer dans un espace d'interactions transdisciplinaires. Elle relie la philosophie, la médecine, la psychologie, la psychanalyse avec des ramifications multiples qui vont de la pédagogie à la linguistique, de la sociologie à l'anthropologie, etc. Dernière parutions
Sexualité et internet, Pascal LELEU. La sexualité féminine en Afrique, Sami TCHAK Le naître humain, Claude-Émile TOURNE. Homme dominant Homme dominé, Mohamed EL BACHARI. Cure en adolescence, Philippe GUTON Sexe et guérison, André DURANDEAU, Charlyne VASSEUR FAUCONNET, Jean-Marie SZTALRYD Une maieutique du sujet pensant, Approche clinique, Renée-Laetitia RICHAUD. Avortement: l'impossible avenir, J-J. GHÉDIGHIAN-COURIER Le sens de l'altérité. Penser les (homo)sexualités, Rommel MENDÈSLEITE. Chroniques socio-anthropologiques au temps du sida, Rommel MENDESLEITE, Bruno PROTH, Pierre-Olivier BUSSCHER. Circoncision masculine, circoncision féminine, SAM! A. ALDEEB ABUSAHLIEH. Des maternités impAnsables, l'accompagnement de l'abandon et des parentalités blessées, Sylvie BABIN Conversations sur l'homo (phobie), PHILIPPECLAUZARD.

Ney BENSADON

ATTENTATS CONTRE LE SEXE
ou ce que nous dévoilent les mutilations sexuelles

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

Du même auteur: Les droits de la femme des origines à nos jours Editions: Presses Universitaires de France Collection Que Sais-Je N°1842, 5è Edition, 1999 Edition turque: Cagaloglu- Istamboul,1990 Edition algérienne: Casbah Editions- Alger>1999 Edition japonaise: Hakushiba Edition espagnole: Fondo de Cultura Economica-Mexico Edition arabe: Editions Oueidat - Beyrouth,2001 La Condition féminine à l'aube du IIIè millénaire Editions Séguier 2001 En coopération: Mosaïques de notre mémoire Editions Centre d'Etudes. Paris, 1982

@ L'Harmattan,

2002

ISBN: 2-7475-3053-1

INTRODUCTION

Depuis sa naissance jusqu'à sa vieillesse, l'être humain se distingue principalement par le sexe auquel il appartient. Quel que soit son genre, à peine est-il né que ses parents en deviennent les maîtres absolus. Cette manière d'être dure au-delà de sa petite enfance, parfois jusqu'à sa majorité. Le dépendance ombilicale peut durer longtemps. Ses parents veilleront sur lui et essaieront de l'élever dans la mesure de leurs moyens suivant leurs règles morales et leurs traditions familiales. Peu de régimes sociaux ôtent ce pouvoir aux parents. Quand ils agissent ainsi, ils désirent sanctionner un comportement jugé abusif. Cette situation est pourtant tout à fait exceptionnelle. Jusqu'à la découverte des pouvoirs procréatifs du sperme par le naturaliste italien Lazzaro Spallanzani, à la fin du XVIIIè siècle, la naissance a été non seulement un mystère, mais aussi et surtout une intervention de la divinité. Tout ce qui était inexplicable, incompréhensible ou mystérieux excluait l'explication humaine, et prenait un caractère divin. On s'imaginait que ce qui permettait d'engendrer n'était pas l'accouplement mais une récompense céleste à laquelle les humains devaient être redevables. En guise de remerciements, on procédait à des offrandes à la divinité. Pour s'exprimer auprès des divinités, l'homme procédait à la construction de Temples et de Palais. Le peuple s'y réunissait pour formuler ses vœux et ses prières.
On y accourait avec des offrandes, des biens matériels, des fleurs, des gâteaux, des mets de toutes sortes. Si la prière n'était pas exaucée, la cause en était l'ire divine. On cherchait toujours comment satisfaire ses dieux, quelque chose qui contenterait ces puissances célestes. On pourrait bien disposer des plus faibles, les vaincus des guerres. Mais, cette solution était inapplicable d'une façon continue.

Dès lors, on se porta sur la personne de son propre enfant, dont on pouvait
disposer à sa guise. Quelle que soit l'opinion qu'on se soit fait des rapports de l'homme avec sa religion, la confrontation des thèses des uns et des autres implique une très grande prudence. Aussi, me suis-je permis d'adresser mon manuscrit, préalablement à son édition aux représentants des Trois Grnndes Religions professées en nos Pays. J'ai fait grand cas de la réponse de l'Archevêché de Paris et, surtout du Professeur Jacques de Longeaux, Professeur à l'Ecole Notre-Dame, qui m'a fait l'honneur de confronter les thèses de l'orthodoxie historique catholique qu'il connaît mieux que quiconque à celles qui pourraient découler de la dialectique cartésienne que j'ai développée. Je ne prétends en aucune façon que le cartésianisme doive primer parce que l'expérience de la vie m'a appris que la réalité dépasse souvent la fiction. La vérité est ce qu'on croit être la vérité. De la même façon que César a fait brûler tout le savoir des temps passés

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contenus dans la Bibliothèque d'Alexandrie, il est certain que nous ne connaissons des faits de l'histoire que ce que nos ancêtres ont pu nous transmettre complétés par des découvertes qui ne sont pas toujours appréciées. Les cendres des dévastations que l'homme laisse sur son passage nous portent davantage vers l'avenir que vers le passé. Nous prétendons connaître aussi bien l'avenir que nous réservent les sciences que le temps présent. Mais, le passé est enveloppé de voiles divers qui nous laissent deviner, entrevoir, mais difficilement tout connaître. Quels que soient les systèmes sociaux dans lequel évolueront les familles,

les tribus ou les clans, les

naissances alliaient

leurs caractères

merveilleux à la propriété de cet être nouveau. Sauf, peut -être, dans l'Antiquité, à Sparte, dont l'histoire éphémère est parsemée de guerres, de conquêtes et de défaites. Les Doriens au VIllè siècle avant notre ère, y avaient instauré la prééminence de la Communauté par rapport à la famille et aux droits que s'étaient attribués les parents. L'éducation des enfants était l'affaire de tous les spartiates. Ce régime durn à peine deux siècles, la Grèce et puis surtout l'Empire Romain le soumettant bientôt aux institutions imposées par les Patriciens. Ceux-ci descendirent d'Albe-Ia-Longue à Rome pour imposer au Monde jusqu'à nos jours, et à quelques de très rares exceptions près, la structure du pouvoir familial, avec à la tête de la pyramide, le chef de la famille. Ce fut d'abord et sans conteste le père. Puis la mère vint le partager, ou bien l'un et l'autre. Tous deux auront exercé ou exerceront l'autorité sur l'enfant, et sur l'ensemble de ses droits. Lors du sommet mondial des enfants qui s'est tenu à New-York, en mai 2002, le Secrétaire Général de l'ONU, Monsieur Kofi Annan, a déclaré devant 70 chefs d'États et de Gouvernements, que "Nous, les grandes personnes, nous avons misérablement échoué à protéger beaucoup de droits essentiels des enfants. "
suffisamment à faire avec ses propres enfants. On n'a que faire des enfants de miséreux du tiers-monde et encore moins de ceux du quart-monde. La globalisation réussira-t-elle à rétablir un équilibre qui n'a jamais été atteint entre ceux qui ont eu la chance de naître dans le pourpre et ceux dont la misère est la seule référence? Personnellement, je m'enorgueillis d'avoir eu accès à un enseignement de qualité, et de vivre dans un système démocratique où les efforts personnels sont récompensés en même temps qu'on admet le doute ou la discussion. y a-t-il de plus effroyable sentiment de frustration que celui de l'échec imposé, celui de l'horizon définitivement bouché, voire de celui d'être envahi par un sentiment d'impuissance devant l'injustice? Vivre dans un Pays libre est une récompense de tous les instants des jours et de toutes les nuits de la vie.

La communauté toute entière n'assume pas l'obligation d'élever et d'instmire les enfants. Les familles, la Nation considèrent avoir

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L'instruction qui m'a été donnée m'a pennis d'exercer pendant plusieurs décennies le métier d'Avocat que j'avais choisi. Mener sa propre vie comme on l'entend est un luxe dont peu de personnes peuvent jouir parce que la société ne pennet que rarement que l'on puisse appartenir à soi-même. Les attaches sociales dont on peut difficilement se libérer créent un lien indéfectible de l'individu avec sa propre communauté, avec son milieu d'origine. Camus avouait qu'il est un moment dans la vie des peuples où chacun doit rejoindre sa communauté. J'ai pu de ce fait connaître les bonheurs et les misères de l'Humanité, me voir certaines fois confronté à des situations invraisemblables comme celle que j'ai vécue dans l'ex-Congo, où devant revoir un Procureur Général pour une visite professionnelle protocolaire, j'ai été informé sans ambages que ce personnage avait été cannibalisé par ses compatriotes quelques jours après ma première visite: la vie de ce haut fonctionnaire appartenait à sa communauté, ce que j'ignorais, mais que ses concitoyens savaient et n'ont pas manqué de le lui faire savoir. J'ai appris que le vase ne peut pas être rempli par son seul contenu. La possession corps et âme par ses parents de ce que la femme va engendrer prévaut depuis la fécondation de l'ovule. Le droit de vie et de mort sur l'embryon qui vient d'être formé et qui va devenir fœtus est reconnu de nos jours par un grand nombre de législations qui réglementent le droit à l'avortement, dit IVG, c'est-à-dire interruption volontaire de grossesse. Pendant la période qui va de la naissance à l'adolescence, des fois plus tard ou plus tôt, les parents exerceront le pouvoir que la société leur reconnaît et leur impose d'exercer.

Ce pouvoir se manifeste de diverses façons, suivant les Pays, et, à
l'intérieur même de ces Pays, suivant les religions à laquelle appartiennent les parents de l'enfant. Une des singularités des liens de parenté est que la filiation entraîne l'adhésion de l'enfant à la religion des parents. Aucun choix n'est permis. Ce sera le fatum en son acception absolue. La nationalité pourra varier entre les parents et les enfants suivant de multiples critères, mais la religion doit être la même. Aucune exception à cette règle absolue. il y a bien des conversions qui sont en général acceptées du bout des lèvres, mais aucun choix n'est en principe pratiqué. La circoncision des enfants du sexe masculin chez les populations juive et musulmane, l'excision du clitoris des fillettes dans certaines régions d'Afrique et d'Asie, le simple baptême des enfants au sein des populations chrétiennes, la démarche obligatoire pour tous les nationaux d'un pays de l'inscription du prénom et du nom du nouveau-né dans les registres de l'état-civil, ou les cérémonies pratiquées à l'occasion d'une nouvelle naissance dans une famille suivant les préceptes de Bouddha confmnant que "la naissance est souffrance", comme le seront aussi le déclin, la maladie et tout ce qui est éphémère, autant d'actions qui caractérisent ce

Il

droit qui aura des effets pendant toute la vie de cette progéniture. Ce droit ou plutôt ce pouvoir s'exercera parfois sans limites. En marque de supplique, j'ai assisté avec effroi au Maroc, à une scène hallucinante au cours de laquelle une grand-mère a offert son petit-fils à l'un de ses serviteurs préféré afin qu'il ne la quitte pas à la veille d'une réception qu'elle organisait chez elle. Cependant, l'enfant a été vite récupéré par son père sans autre dommage.

Peu importe le pays, des rives de l'Océan Pacifique à celles de la
Méditerranée, ou de la Baltique à l'Océan Atlantique, nous assisterons à la même affection des parents pour leurs enfants, mais aussi à la même autorité ou plutôt au même pouvoir. La diversité des mœurs se manifeste davantage sur la question de l'évaluation de l'âge de l'enfant soumis à l'exercice de cette autorité. Cependant, plus la famille manquera de ressources, plus tôt l'émancipation de l'enfant interviendra, en échappant à la houlette de ses parents. L'âge auquel l'enfant arrivera à se soustraire au contrôle pennanent de ses parents va de pair avec les capacités matérielles, morales et intellectuelles de ceux -ci, à leurs ressources. Plus l'âge de l'enfant laissé en liberté sera bas, plus la cause en sera des parents souvent miséreux, un peu comme si les ressources dont disposent les parents étaient proportionnelles à leurs vigilances. La misère de certains entraîne l'abandon de leurs prérogatives. Par contre, l'abandon d'une situation n'est pas toujours le produit de la misère, tant s'en faut. Le droit de cuissage qu'imposait le suzerain sur la femme de ses serfs la nuit de noces n'était pas un vain mot puisqu'il était réellement exercé quel que fût l'amour que se portaient les nouveaux-mariés. Sans être le moins du monde puissant,tout au plus curieux des mœurs de ce monde, au cours d'un de mes voyages dans le Matto-Grosso, au Nord du Brésil, un chef a voulu m'offrir une des femmes de sa tribu pour m'accompagner le jour et la nuit. J'ai refusé, non sans d'énonnes précautions diplomatiques pour ne pas vexer ce donateur inattendu mais si aimablement attentionné. Cette pratique n'est pas exceptionnelle puisque les esquimaux le font dans les régions glaciales du Pôle Nord.

L'abandon de ses droits individuels les plus élémentaires peut aussi
provenir d'un manque qui produit un renoncement et un changement, voire un déguisement. L'adieu à la chair d'où naît Carnaval en est une des formes les plus populaires, comme l'étaient jadis les fêtes de nos anciens qui s'amusaient comme des dingues aux Bacchanales, aux Saturnales ou à la fête des fous. Se déguiser, paraître un autre ou une autre, signifie devenir ne serait-ce qu'un instant un autre soi-même, sous un uniforme différent, l'habit quotidien se révélant insuffisant. Un jour, avant Carême, à Caracas au Vénézuéla, j'avais été étonné de voir, à l'entrée d'une salle de bal, sur la table des contrôleurs, des annes dangereuses comme des pistolets et

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revolvers en tous genres que venaient déposer de belles créatures. Celles-ci s'avéraient être en réalité des hommes qui se déguisaient en femmes. Que ce soit à Caracas, à Rio de Janeiro, à Venise, ou ailleurs, les déguisements préférés des hommes sont des maquillages féminins, des tenues de soubrettes avec des perruques parfumées. Les fantaisies les plus diverses feront que celui qui se déguise voudra absolument parnître autrement. L'imagination de l'être humain n'a pas de limites. Doué d'une créativité puissante, Pierre Brueghel, dit le Vieux, a créé des illustrations inoubliables de la vie populaire. Au Musée de Naples, la "Parabole des Aveugles" montre, en file indienne, des aveugles levant la tête vers les étoiles qui leur sont invisibles. Ils n'ont pas besoin d'yeux pour suivre le chemin que leur trace leur imagination inventive. En se déguisant, l'homme voudra au contraire parnître femme, et la femme devenir l'espace de ce nouvel accoutrement un homme. Pour l'être humain, son imagination lui fera avoir l'illusion de la réalité comme la peinture en trompe-l'oeil. Des fois, elle lui fera franchir des obstacles que la vie en société lui

impose.

.

Éternel insatisfait, il montera de façon continue l'échelle de Jacob vers l'infmi des cieux qui sera aussi l'infmi de son imagination. Dorian Gray voulait garder éternellement la beauté de sa jeunesse ou la jeunesse de sa beauté. Pour lui et rien que pour lui, le temps devait suspendre son vol et le figer à jamais dans l'état de béatitude narcissique dans lequel il se complaisait. Sinon, à l'instar des Indiens Chimborazos d'Équateur, il se laissera voguer vers le finnament avec la fumée des feux de paille qu'ils allument afin que l'esprit s'y accroche et s'envole vers les cieux pour y trouver accueil et refuge.
Jadis, à Rome, les ombres étaient confondues avec les mânes.

Le poète irlandais William Butler Yeats emprunte aussi l'image de l'ombre, de cette ombre qui flotte devant lui, "homme ou ombre, ombre plus qu'homme, plus image qu'une ombre". Au cours de cet essai, le mot" sexe" est pris dans le sens des organes génitaux. Les parents ont usé de pratiques sur leurs enfants, pour suivre les préceptes de leurs religions ou des traditions familiales, comme eux-mêmes les ont subies, croyant détenir la vérité qui leur enjoignait d'agir ainsi. La tradition que l'on hérite en même temps que la religion sont porteurs d'une réalité transcendantale. Cette vérité indémontrable est la foi qui n'a pas besoin de preuves, comme elle n'a pas besoin de retour en arrière. Chez les êtres les plus divers, infliger des actes irréversibles à leurs enfants qui représentent ce à quoi ils tiennent le plus sur terre, leur portant une

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affection sans failles, semble être une action tout à fait naturelle. Ces parents n'ont pas besoin de donner d'explications. fis peuvent alléguer un agnosticisme reposant sur une logique cartésienne qui règle leur vie avec une constance et une discipline qui ne peut laisser le moindre doute sur leurs convictions. Pourtant, ils n'hésitent pas à soumettre leur descendance aux mêmes rites que ceux auxquels ils ont été soumis, s'imaginant à tors ou à raison qu'une interruption de ces actes dont ils seraient à l'origine arrêterait la marche de l'wrivers ou le cours de l'Histoire dont ils seraient les seuls responsables.

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LIVRE PREMIER
Les 1D.utilations sexuelles chez l'enfant

Quand j'ai visité le Musée d'Arles, une sculpture étrange datant de la période hellénistique du IIIè siècle avant notre ère, a capté d'emblée ma curiosité. Il s'agit d'un buste de femme grecque, à l'aspect jeune et aux traits d'une rare beauté. Cette sculpture se fait remarquer par une singularité: son bout du nez qui devait être droit et effilé était tranché, l'aspérité de ses contours laissant deviner la brutalité de l'acte du bourreau qui avait occasionné cette blessure béante. L'hannonie du visage était violemment rompue. Elle laissait entrevoir une profonde tristesse en baissant timidement les yeux. Elle était coiffée avec soin quelques tresses formant une couronne autour de sa tête. Son attitude dénotait une extrême humiliation. Dans l'Antiquité, les actions humaines qui blessaient grièvement autrui aussi bien physiquement que moralement étaient parfois considérées comme des crimes et réprimandées comme telles. En matière d'adultère par exemple, si le marl considérait que son épouse l'offensait par cet écart de conduite, la punition infligée était assortie de peines corporelles, mutilantes et visibles, pour que la sanction ait une forte résonance sociale et se révèle exemplaire. Personne ne devait oublier cet outrage, ni son auteur, ni sa victime. Le nez tranché est la peine à laquelle était condamnée la femme adultère en Égypte Ancienne. Cette législation était tout de même moins cruelle que le Code Manou en Inde qui lui infligeait une condamnation à être dévorée par les chiens dressés. Son complice subissait la peine de l'immolation. La mutilation a été une peine fréquemment employée dans les civilisations passées. Il s'agissait le plus souvent de faire appliquer la loi du Talion qui était communément en cours dans la presque totalité des codes anciens qui la reproduisaient presque mot pour mot. La peine identique au dommage causé a prévalu, un œil pour un œil , une dent pour une dent. Il n'était pas question pour la victime d'accepter un autre dédommagement que celui que lui inspirait la vengeance à l'état pur. La vengeance est le sentiment humain le plus communément répandu. Le poète dramatique Philippe Quinault(1635-1688) faisait clamer à Médée dans sa tragédie "Thésée" cet hymne à la vengeance: "Vous, dont la fureur inhumaine Dans les maux qu'elle fait trouve un plaisir si doux, Démons, préparez-vous à seconder ma haine: Démons, préparez-vous à servir mon courroux. " L'auteur énumère dans ces vers les ingrédients auxquels s'attelle le vengeur qui n'a que faire de la répression légale parce qu'elle ne sera jamais la sienne. Lui seul pourra attiser sa soif de vengeance avec l'aide des démons qu'il implore pour qu'ils viennent en renfort, pour prêter main forte à sa haine et servir son courroux. La justice qui prévalait voulait que le criminel suive le même sort que sa

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victime. Si la victime avait été mutilée, son bourreau devait l'être de la même façon, si possible de la même partie de son corps. Telles étaient les mœurs pratiquées, celles que les peuples imposaient, les seules qu'ils fussent en mesure d'accepter, d'autant plus que leur justice divine prescrivait cette conception de la vie sociale et communautaire. Les codes et les législations suivaient généralement les religions révélées qui prévoyaient les sanctions basées sur le Talion. De nos jours, les lois démocratiques s'opposent à l'exercice pur et simple de la loi du Talion par les particuliers, alors que les États de quelque régime qu'ils soient, démocratique ou dictatorial, s'autorisent sous le couvert d'un autre mot de faire exactement la même chose. Dans ce cas, le mot employé sera différent: il s'agira de "représailles." Pourtant, il s'agit d'une même conception de l'existence dans la vie publique quand on exerce des représailles que dans la vie privée quand il est question de vengeance. Les préceptes religieux étaient souvent empreints de cruauté à l'exemple du sacrifice de son fils Isaac que Dieu imposait à Abraham, ou des nombreuses versions mythologiques du déluge dont le but clairement défini était celui d'anéantir la mce hwnaine "corrompue et remplie d'iniquité" . Cette théorie revient de façon quasiment identique dans la plupart des civilisations de la préhistoire qui évoquent le déluge pour châtier l'être hwnain: - L'arche de Noé de la Bible - Utnapishtim ou Atrahasis dans la mythologie akkadienne en Mésopotamie - Manou seul survivant du déluge dans la mythologie brahmane. Voltaire relate que dès la plus haute Antiquité, les pratiques religieuses sanguinaires phéniciennes offraient aux divinités les premières victimes de sacrifices humains. n rappelait en outre que "les Romains avaient immolé deux gaulois et deux grecs pour expier le crime d'une vestale" et que "les gennains égorgeaient les hommes dévoués à la mort et jugeaient de l'avenir par le plus ou le moins de rapidité de sang qui coulait de la blessure. " Lorsqu'un peuple atteint un haut degré de civilisation et qu'il légifère de telle façon que les citoyens connaissent leurs droits et remplissent leurs devoirs, l'ensemble de ces lois est appelé Code, dont les plus anciens que l'on connaisse sont les Codes Manou et Hammourabi. En général, on situe le premier en Inde vers le XVè siècle avant notre ère et vers 1792-1750 avo J.C. pour le second. Un certain nombre d'articles de loi fixent les peines appliquées en cas d'infractions graves, dont les exemples sont nombreux: Quiconque arracherait un oeil à autrui aurait son propre oeil extirpé (art. 196 du Code Hammourabi) 18

Ablation des deux seins de la femme qui allaiterait un enfant sans le consentement de ses parents (art. 194) Le shudra ( hindou qui fait partie des gens sans classe) qui insulterait gravement quelqu'un issu d'une caste supérieure devait avoir sa langue arrachée (Code Manou VIII, 270). L'Exode de l'Ancien Testament rappelle les règles de la loi du Talion que nous connaissons:"Œil pour œil , dent pour dent, main pour qmin", ou encore:"Celui qui verse le sang de l'homme, par l'homme son sang sera versé" . L'historien Josèphe a écrit qu'il était néanmoins loisible au tortionnaire de rechercher un terrain d'entente avec sa victime s'il voulait tenter d'échapper à la sévérité de l'application de cette loi. Homère relate dans l'Iliade comment Achille sacrifie douze jeunes troyens aux mânes de Patrocle. Saint - Matthieu, évangéliste et l'un des douze Apôtres, prône dans le Nouveau Testament un comportement charitable et, pour l'époque, révolutionnaire: il consistait en l'abandon indispensable de ce caractère sanguinaire de la loi parce que le progrès de la civilisation nécessitait un changement de mœurs. fi dénonçait "L'œil pour œil et dent pour dent, et moi je vous dis de ne point résister aux mauvais traitements; mais, si on te frappe sur la joue droite, présente lui encore l'autre. " Prédication révolutionnaire mais aussi tout à fait exceptionnelle parce qu'à la même époque, les Grecs coupaient la langue aux traîtres et aux faux-monnayeurs, et arrachaient les yeux aux femmes adultères. Par ailleurs, chez d'autres peuples anciens, la perte d'un être cher donnait lieu à des manifestations de désarroi, les proches du défunt se portant des blessures qui devaient être sanglantes. Euripide relatait dans son drame "Oreste" que lorsque le peuple commémorait le sacrifice de ce héros, le prêtre pouvait faire des blessures au cou d'un homme et lui faire verser du sang, symbole du cha~ causé par le deuil. Parfois, la mutilation des cadavres devait avoir un caractère magique. Lucien Lévy-Bruhl (1857-1939) rappelle dans "L'âme Primitive", comment, dans certaines ethnies de Binnanie (appelée Union de Myanmar depuis 1989), pour s'assurer que le mort est bien mort et restera à jamais une dépouille, son ennemi devait se rendre auprès du cadavre afin de l'écarteler, seule façon de le mettre définitivement hors d'état de nuire. Une fois mutilé, le cadavre restera désormais inoffensif et ne reviendra pas sur terre, empêchant ainsi toute résurrection possible. A Kiwaï, île située à l'embouchure du fleuve Fly, dans le golfe de Papouasie, en Nouvelle Guinée, un sorcier nommé Ségère, voyant sa mort prochaine, ordonna qu'à son décès, son corps et ses organes fussent dépecés et éparpillés sur le territoire pour que la solidarité entre tous les membres de son groupe social, vivants et morts, puisse s'exercer à plein, au-delà de la vie. Ses membres épars seraient le meilleur engrais pour les

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