Au pays des Mundang

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Les Mundang : qui sont-ils ? Où vivent-ils ? D'où seraient-ils venus ? Comment sont-ils organisés ? A quels problèmes sont-ils confrontés ?. Entre les légendes et les récits transmis de bouche à oreille, les quelques écrits conservés dans les archives administratives, les observations et analyses de l'auteur, le lecteur s'offrira une véritable excursion dans l'espace et dans le temps, aux confins tchado-camerounais. Plusieurs communautés historiques partageant les vastes plaines et collines de cette région du Sahel avec les Mundang seront survolées.
Publié le : vendredi 1 octobre 2004
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EAN13 : 9782296375086
Nombre de pages : 188
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AU PAYS DES MUNDANG

cgL'Harmattan, 2004 ISBN: 2-7475-7199-8 EAN : 9782747571999

Enoch DJONDANG

AUPAYSDESMUNDANG
Recueil de traditions orales, essai de chronologie et aperçu sur l'environnement sociologique et économique

L'Harmattan 5-7,rue de l'ÉcolePolytechnique 75005 Paris

L'Harmattan

Hongrie

Kossuth L. u_ 14-16 1053 Budapest HONGRIE

L'Harmattan ltalia Via Degli Artisti, 15 10\24 Torino ITALIE

FRANCE

Dédié: à mon père feu René DJONDANG BIAKPAME à mon grand frère Paul DJONDANG à mes enfants que je ne voudrais pas voir souffrir de l' acculturation aux amis informateurs cités à la mémoire de mes oncles: Serzouné, chef du village Zadjouli Djalo, notable du Gong de Guégou Bervourba, Gong de Guégou A mon cousin feu Gong-Haï Gonlanné II au grand souvenir de mon ami feu Sayamba à feu Passang Madi TEZERE à Tchombou Tebeubé Antoine à l'abbé Jean PAGOU aux ancêtres ayant emporté avec eux la gloire et les mystères d'une époque définitivement révolue

Introduction générale Qui sont donc ceux qu'on appelle aujourd'hui les Mundang ? D'où viennent-ils? Voilà les questions les plus importantes auxquelles nous allons, au regard de la tradition orale, tenter de donner des réponses. Aussi pour atteindre la diversité, la richesse et le sérieux des sources orales recueillies, nous avions partagé pendant près de six années (1979-1986) les confidences des conteurs les plus sérieux de la région, et dont certains ne sont plus aujourd'hui. En effet, notre premier souci, c'est de présenter les Mundang et leur société dans la globalité. Nous allons d'abord, pour la clarté du sujet, parler de l'installation de la double dynastie actuelle des gongs Daba. Ensuite nous ferons une sorte de tableau de la situation du pays des Mundang à l'époque de Damba, le fondateur de la nouvelle dynastie. Nous nous attarderons sur la fondation et sur le développement des royaumes de Léré et Guégou. Nous retracerons l'histoire de l'installation des Mundang dans la région de Lara (Kaélé) et de Torrock. Autant que possible, bien que n'étant pas spécialiste, nous avons trouvé intéressant de partager nos observations et recherches sur les aspects économiques, sociaux et dialectiques de la vie de cette population à laquelle nous appartenons par le sang. Ce qui n'affecte nullement notre liberté de ton et d'analyse, notre œuvre n'étant pas liée à une demande professionnelle ou universitaire mais exprimant une quête nécessaire des racines. Dans cette transcription des sources orales, le lecteur devra se familiariser avec des termes et idiomes de la langue Mundang désignant des sites, des personnages ou des objets. Nous l'avons voulu ainsi pour, d'une part respecter le style des sources orales recueillies (et qui pourraient être éventuellement contestées par d'autres sources ou détails), et intégrer le lecteur dans cette logique propre du conte en Afrique, pour sa curiosité et son plaisir d'autre part. 9

Situation géographique et caractéristiques générales: D'une manière générale, la région habitée par le peuple Mundang est d'accès difficile, et présente un relief particulièrement accidenté. Du Nord au Sud, nous allons de 10°10 à 9°10 de longitude et de 14° à 15°10 de latitude d'Ouest en Est dans l'hémisphère Nord, soit une zone quadrillée par les villes camerounaises de Rey Bouba, Bibémi, Figuil, Guider et Maroua, et les villes tchadiennes de Binder, Fianga et Pala. L'installation des premiers groupes Mundang dans cette région s'expliquerait plutôt par des considérations de sécurité collective que par la recherche de terres fertiles pour l'exploitation agricole et pastorale. Cette hypothèse se confirme aisément à l'observation des sites des villages les plus anciens: ces sites se situent souvent en hauteur ou à l'abri d'éléments naturels tels que forêts ou collines. La plus grande partie du pays des Mundang se situe au Tchad dans l'actuel département du Lac Léré et comprenant les cantons Léré, Guégou, Biparé, Binder, Lagon, Bissi Mafou et Guélo. Dans le département du Mayo Dallah, nous avons les cantons de Doué, Lamé, Torrock, Gouin et GOÏ-Goudoum. Dans la partie camerounaise, on dénombre les cinq cantons Mundang autour de Kaélé et Lara et des localités importantes comme Zaloumi, Padarmé et Figuil. Les cours d'eau: seul le Mayo Kebbi, qui traverse les lacs de Tréné et de Léré et se jette dans la Bénoué, est un cours d'eau permanent. Les puissants torrents du Mayo Binder au nord des lacs et du Mayo El Ouaya au sud ont largement contribué au peuplement de la région. Les collines: elles se rencontrent un peu partout mais ne sont pas élevées. Elles sont particulièrement rocheuses avec une érosion de plus en plus accentuée par la conjugaison des pluies et de la conquête humaine. Les plaines: elles contrastent avec les collines et se distinguent selon qu'elles sont inondables ou non. Les plaines sont des bandes de terrains assez fertiles entre les collines. 10

Elles sont soit rocailleuses comme dans les environs de Léré, soit sablonneuses comme à Guélo, soit argileuses et gluantes pendant l'hivernage comme à Dissing. Les plaines inondables sont des zones couvertes par les crues des lacs ou des cours d'eau. Les cantons de Guégou et de Biparé concentrent les terres les plus riches de la région. La nature du sol est un élément important de distinction des moyens de culture, des types de cultures, de rentabilité du travail et de densité de population. Sols et végétation: les sols sont en général des sols de dépôt ou des sols d'érosion d'une fertilité moyenne (500 à 600 kg/ha de coton). Les sols d'érosion étant les plus répandus dans la région, l'obligation de changer constamment de champ s'impose au paysan, ce qui aura aussi pour conséquence le déplacement des sites d'habitat de façon périodique. Voilà donc les éléments naturels qui encadrent le peuplement par les Mundangl de la région définie, en partage avec d'autres groupes négro-africains.

1 Les tennes idiomatiques commencent en majuscule dans tout le texte, même sous fonne composée ou d'adjectif 11

Photo 1 : Le grand tam-tam "dam' du Gong de Léré(au milieu et protégé par une toiture de paille), un symbole de la royauté chez les Mundang

TITRE I :

HISTOIRE PRE COLONIALE DES MUNDANG

Photo 2 : Le Gong Daba 11/(régna de 1964 à 1998) le plus sage des gongs de Léré

Chapitre I:

Du terme "Mundang"

Il n'est pas facile, bien souvent, de connaître exactement ce que signifie le nom collectif donné à tel ou tel peuple. Plusieurs versions sont alors avancées, les unes aussi plausibles que les autres. En ce qui concerne les Mundang, bien que ceux-ci se soient donnés réciproquement des désignations localisées ou sobriquets, tous sans exception s'identifient ou plutôt se reconnaissent comme étant Mundang, comme appartenant à la grande famille Mundang. Par exemple, les gens du royaume de Guégou désignent ceux du royaume de Léré "Za Sing" c'est-à-dire montagnards, par opposition à eux-mêmes, car l'essentiel des villages du royaume de Guégou sont situés dans la vaste plaine prolongeant vers l'ouest le lac de Léré. Les" Za Sing" appelant à leur tour les Mundang du royaume de Guégou les " M'bâré", déformation volontaire de "Mor-bâré", c'est à dire ceux qui vivent à l'ombre des caïlcédrats, abondants dans la région. Les Mundang de Léré et de Guégou désignent communément les Mundang du sud (vers Pala) par l'appellation "Za Lâmé" et le Mundang vivant au Nord de Léré les "Goeweuré". Mais il ne faut pas confondre les clans Mundang "Ban Lâmé" venus du sud, avec les gens de Lamé dans le département de Pala. La même confusion est à éviter dans la suite de l'exposé en ce qui concerne les clans Mundang "Ban Goeweuré" avec les Baïnowa de Guider et autres voisins du Nord du pays Mundang appelés eux également "Goeweuré" par ces derniers. Cependant "Za Sing", "M'bâré" et autres ne représentent que les diverses régions occupées par les Mundang. Ce ne sont même pas des tribus au sens premier du terme. Car ce sont les mêmes familles qu'on retrouve ici et là dans tout le pays. Il n'y a qu'une seule désignation: c'est le terme "Mundang" autour duquel se reconnaissent et se regroupent tous ces gens. Le terme "Mundang" couvre toutes 15

les réalités du pays des Mundang. Nous évoquerons ici trois versions relatées par les traditions orales pour tenter d'expliquer l'origine et le sens de ce terme. AI La première version: Selon cette version, le terme Mundang serait lié à la dynastie des Mundang Gong Daba. En effet, quand Damba le prince chasseur de Libé (village de la région de Guider au Nord Cameroun) a été intégré dans la cité de Zalbi (ancienne capitale sous la dynastie Kijéré), on lui avait demandé quel était son nom. Il ne voulut pas faire connaître ses origines, par crainte, étant étranger dans la communauté d'accueil. Il aurait répondu simplement qu'il s'appelait "Mundang", à comprendre par "me man dang" autrement dit "pour nous tous". Damba voulait-il ainsi dire qu'il avait oublié son passé et qu'il s'identifiait désormais à la nouvelle communauté d'accueil? Les conséquences de cette version sont que la dynastie actuelle, ainsi que tous les clans d'origine étrangère portent le nom Mundang avant le terme particulier les désignant. En exemple nous citons les Mundang Seuka de Kaabi, les Mundang Sing, les Mundang Léré, etc. ... BI La seconde version: Elle est moins connue. D'après celle-ci, les Mundang à l'origine s'appelaient ou étaient appelés "Te 'ndang" parce qu'ils avaient de grandes oreilles et de longs poils aux narines. Cette version ne paraît pas très sérieuse pour retenir l'attention. CI La dernière version: Selon cette version, les Mundang formeraient avec les M'boum et d'autres peuplades linguistiquement et culturellement proches, un même peuple qui aurait connu une vague de migrations depuis l'Ouest africain. Certains prétendent alors que le groupe se serait scindé à la faveur de la traversée d'une chaîne montagneuse. D'autres affirment plutôt que ce serait au cours d'une guerre périlleuse que l'une des composantes du groupe aurait lancé le slogan « Mundang !» (<<Mourons nsemble!»), devenu le nom e commun de l'ethnie qui le porte aujourd'hui.

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Chapitre II : Damba, fondateur de la nouvelle dynastie Au début du 18è siècle, le centre de ce qui correspondait au pays Mundang d'alors était dominé par le clan dynastique des Kijéré, peuplant actuellement la région de Bissi Mafou à 60 Km au sud de Léré. Les Kijéré avaient leur capitale à Ijuu, village actuel de Zalbi (13 Km à l'Ouest de Léré) sur la colline. Il est très difficile à l'heure actuelle de retrouver l'arbre généalogique de cette ancienne dynastie, car comme nous allons le voir, les circonstances du changement de pouvoir avaient été violentes. Elles mettent en relief un personnage légendaire du nom de Damba. Section I: L'arrivée de Damba en pays Mundang La vie paisible que menaient les Kijéré fut troublée par l'arrivée insolite près du village-capitale de Ijuu d'un chasseur Baïnowa (Guider) du nom de Damba. Qui était Damba? C'était un prince de Libé, en pays Guider (Cameroun), mal aimé semble-t-il de ses frères et qui errait dans la brousse vivant de la chasse. Aussi son activité solitaire et ambulante l'avait-il mené jusqu'au bord du Mayo Binder à Ijuu (Zalbi), capitale des Kijéré. Damba, à la poursuite du gibier, se reposait donc à l'ombre d'un arbre quand deux princesses Kijéré sont venues pour puiser de l'eau. Elles ont vu le chasseur qui attendait là et elles étaient effrayées par son aspect. En effet, Damba, outre ses armes de chasse, portait une gibecière, des bracelets et de nombreuses amulettes. Le chasseur portait aussi des vêtements de peaux et avait des cheveux ébouriffés. Dans tous les cas, Damba fit signe aux filles qu'il voulait se désaltérer. La princesse qui était de mère "toeuré" (grand clan Mundang) a refusé de le servir, car c'était un inconnu. Mais l'autre princesse dont la mère était du clan Mundang appelé "Ban Seu" a accepté de lui donner à boire. Les "Toeuré" (clan du génie de l'eau) et les "Ban Seu" (clan du buffle) sont cités parmi les plus anciens clans des Mundang 17

ayant donné le pouvoir à Damba. En récompense, Damba sortit de sa gibecière de la viande boucanée qu'il a donné à la princesse diligente. Celle-ci l'a apporté à sa mère qui en avait fait un copieux repas ayant beaucoup plu au roi Kijéré, car on ne connaissait pas encore localement ce type de viande. Le roi Kijéré se renseigna et ordonna à sa fille de repartir au même endroit rencontrer Damba et de tout faire pour qu'il accepte de venir au village. Devant la crainte et le refus de celui-ci, un groupe de guerriers a été envoyé et ce fut de force que Damba a été conduit au roi. D'autres informateurs nous disent que Damba aurait accepté de plein gré de venir à Ijuu. Cependant le roi Kijéré lui a donné en mariage sa fille et l'a fait installer au village. Section II : La prise du pouvoir Damba le chasseur Guider était donc devenu un habitant de la cité de Ijuu-Zalbi. Il était gendre du roi Kijéré et avait eu un fils de la princesse qu'il avait épousée. Or, lors des grandes fêtes comme la fête des Mundang (Fîng Mundang) le roi Kijéré avait l'habitude d'offrir à ses sujets un festin à base de haricots. Mais depuis l'arrivée de Damba, les sujets allaient savourer le festin fait de viande sauvage offerte par Damba. Cette nouvelle offre du chasseur étranger allait le rendre très populaire et les notables lui ont proposé de devenir roi à la place des Kijéré. Cependant il fallait trouver les moyens de réaliser le "coup d'Etat", d'où le déclenchement d'une conspiration profonde. Avant de parler de cette conspiration, nous précisons que son objectif était de détruire les armes de guerre, en l'occurrence les arcs utilisés par les guerriers du roi Kijéré. Autrefois, les armes de guerre étaient stockées en temps de paix au palais royal jusqu'à ce que l'alerte soit donnée. Et comme les mouvements au palais étaient surveillés, il fallait procéder de manière discrète pour réussir ce sabotage des armes. C'est ainsi qu'on avait utilisé le fils même de Damba, parce qu'en tant que "wadjiri" c'est-à-dire fils de princesse, il 18

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