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Autour d'Everett C. Hughes

144 pages
La sociologie de Hughes et sa postérité aux États-Unis : Hughes et l’école de Chicago : méthodes de recherches, réputations et réalités (Jennifer Platt), La prise en compte de cas inhabituels dans l'analyse sociologique : les conseils de Hughes (Howard S. Becker), Le travail de terrain après Hughes : continuités et changements (Robert Emerson), E. C. Hughes, initiateur et précurseur critique de la Grounded Theory (Didier Demazière, Claude Dubar).
Hughes, la sociologie française et les relations intellectuelles entre générations : Une française à l'école de Hughes (Paule Verdet), A propos du témoignage de Paule Verdet (Viviane Isambert-Jamati), Une rencontre avec Everett C. Hughes (Jean-René Tréanton), Souvenirs sur Everett C. Hughes (Robert Weiss), Premiers obstacles dans la recherche en sociologie : un témoignage (Cécile Desmazières-Berlie)
Conclusion : La conception de la sociologie empirique d’Everett Hughes (Jean-Michel Chapoulie)
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N° 27

. JUILLET. 97

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PUB LIÉ AVEC LE CONCOURS DU CENTRE NATIONAL DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE DE L'INSTITUT DE RECHERCHE SUR LES SOCIETÉS CONTEMPORAINES ET DU CENTRE NATIONAL DU LIVRE

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16

I

H ARM
RUE 75005 DES

AT TAN ÉCOLES
PARIS

DIRECTION

EDMOND PRETECEllLE
BERNARD PUDAL

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COMITÉ DE RÉDACTION
OLIVIER CA YLA

ALAIN CHENU DOMINIQUE DAMAMME ALAIN DEGENNE JEAN-MARIE DUPREZ MICHÈLE FERRAND MARIE-CLAIRE LAVABRE EDMOND PRETECEILLE BERNARD PUDAL CATHERINE RHEIN DOROTHÉE RIV AUD-DANSET , PATRICK SIMON LUCIE TANGUY

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ABONNEMENTS PARTENT

ET VENTE ET EN COURS

LES ABONNEMENTS SONT ANNUElS DU PREMIER NUMÉRO DE L'ANNÉE
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1997 POUR 4 NUMÉROS:

FRANCE 300 F - ÉTRANGER 340 F LES DEMANDES

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7, RUE DE l'ÉCOLE VENTE

L'HARMATTAN POLYTECHNIQUE

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AU NUMÉRO À LA LIBRAIRIE l'HARMATTAN ET DANS LES LIBRAIRIES SPÉCIALISÉES @ 1997 l'HARMATTAN
ISBN: 2-7384-5570-0 ISSN : 1150-1944

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SOCIÉTÉS CONTEMPORAINES N° 27 juillet 1997 AUTOUR D'EVEREn C. HUGHES

. . .

JEAN-MICHEL

CHAPOUlIE

INTRODUCTION

7

r. LA SOC'OIOG'.
JENNIFER PLATT

D' HUGH'S .., SA POS"IÉR"1ÉAUX IÉ.,A'rS-UN'S
MÉTHODES DE RECHERCHES, 13

HUGHES ET L'ÉCOLE DE CHICAGO: RÉPUTATIONS ET RÉALITÉS
HOWARD S.
BECKER

LA PRISE EN COMPTE DE CAS INHABITUELS DANS L'ANALYSE SOCIOLOGIQUE: LES CONSEILS DE HUGHES
ROBERT EMERSON

29

LE TRAVAIL DE TERRAIN APRÈS HUGHES: CONTINUITÉS ET CHANGEMENTS
DIDIER DEMAZIÈRE, CLAUDE DUBAR

39

E. C. HUGHES, INITIATEURET PRÉCURSEURCRITIQUE DE LA GROUNDID THIORY .2. HUGHES, LA SOCIOIOG'.

49

.., l'S .ELA.,'ONS ,N.,.I.I..C.,UII.I..S EN.,.E GIÉNIÉU"'ONS
PAULE VERDET

FUN~A'S'

UNE FRANÇAISE
VIVIANE

A L'ÉCOLE DE HUGHES

59 67 73 79

ISAMBERT-JAMATI

A PROPOS
JEAN-RENÉ

DU TÉMOIGNAGE. DE. PAULE. VE.RDE.T
TRÉANTON

UNE RENCONTREAVEC EVEREn C. HUGHES
ROBERT WEISS

SOUVENIRS SUR EVEREn C. HUGHES
CÉCILE DESMAZIÈRES-BERLlE

PREMIERS OBSTACLES DANS LA RECHERCHE EN SOCIOLOGIE:

UN TÉMOIGNAGE

89

...I...
3

PRÉNOM

NOM

AUTEUR.

. . . . . . . . . . . . . . . .
97

CONCLUSION
JEAN-MICHEL CHAPOUlIE

LA CONCEPTION DE LA SOCIOLOGIE EMPIRIQUE D'EVEREn HUGHES

.....
JEAN-CLAUDE KAUFMANN

LE MONDE SOCIAL DES OBJETS

111

.....
TABLE OF CONTENTS ABSTRACTS 127 129

4

. . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . .

La parution du numéro de Sociétés Contemporaines consacré à Everett C. Hughes suit de près celle du Regard sociologique (Éditions de l'École des hautes études en sciences sociales, 1996), recueil de vingt-deux articles, préfaces et communications initialement publiés



l'exceptiûn

d'un inédit

- de

1945 à 1974. Ras-

semblés et présentés par Jean-Michel Chapoulie, impeccablement traduits, ces textes offrent une vue d'ensemble de l'œuvre de celui qui fut à Chicago, avec Herbert Blumer, le principal pivot entre la génération des Thomas, Park, Burgess et celle de H. S. Becker, A. I. Strauss, E. Freidson, D. Roy, E. Goffman. S'ajoutant au texte de Jean-Michel Chapoulie «E. C. Hughes et la tradition de Chicago» qui ouvre le recueil paru aux éditions de l'EHESS, les articles réunis ici permettront d'élargir le cercle de ceux qui savent comment Everett Hughes pouvait dégager des perspectives inattendues sur les activités sociales les plus humbles ou les plus prestigieuses, et combien son oeil de sociologue était vif. La rédaction

Sociétés

Contemporaines

(1997) n° 27

5

. . . . . .

JEAN-MICHEL

CHAPOULIE

. . . . . .

INTRODUCTION

Cet ensemble d'articles est issu des conférences données à l'occasion d'une journée d'études organisée à l'ENS Fontenay Saint-Cloud, le 25 mars 1996 1. L'objectif initial de celle-ci était de proposer une présentation de l'œuvre du sociologue américain Everett Hughes (1897-1983), de replacer celle-ci dans son contexte, au moment où s'achevait la première traduction française de ses essais 2. Parmi les conférenciers invités figuraient notamment des associés et anciens élèves de Hughes à différentes étapes de sa carrière. J'avais cependant en tête deux autres idées en organisant cette journée. En étudiant l'histoire de la sociologie américaine et, plus ponctuellement, une étape du développement de la sociologie française, j'étais devenu attentif à la difficulté de compréhension entre les deux traditions nationales, alors même que les contacts ont été relativement intenses depuis 1945 3. Lorsque j'avais interviewé des sociologues de la génération qui a fondé notre discipline - et notamment Viviane Isambert-Jamati - j'avais découvert simultanément l'ampleur de l'ignorance des sociologues de ma génération à l'égard de ce qu'avaient accompli leurs homologues de la génération immédiatement précédente. Il s'agissait évidemment non pas de l'ignorance de leurs travaux, mais d'une incompréhension des préoccupations et des références culturelles qui sont si essentielles qu'elles restent en grande partie tacites dans les publications. Lorsque j'ai retrouvé le même phénomène en assurant l'encadrement des travaux de jeunes chercheurs d'une nouvelle génération, j'ai fini par admettre que cette ignorance est d'une certaine manière normale.

1.

Pour la réalisation de l'ensemble de ce projet, j'ai bénéficié, comme dans bien d'autres occasions, de l'aide matérielle et intellectuelle de lean-Pierre Briand, lean Peneff, et Henri Peretz que je remercie ici. Je remercie également losée Tertrais qui a notamment assuré une partie du travail de préparation des versions finales des conférences et Cécile Desmazières-Berlie dont j'ai sollicité à maintes reprises l'avis. Le Regard Sociologique. Paris: Éditions de l'EHESS. d'essais du même auteur est en cours d'achèvement. 1996. Vn second recueil de traductions

2.

3.

Voir notamment la version anglaise d'un article paru en 1984 dans la Revue Française de Sociologie: lean-Michel Chapoulie, « Everett C. Hughes and the Development of Fieldwork in Sociology», Urban Life, 1987, 15, (3-4), p. 259-98 ; et ,sur les débuts de la sociologie française «La seconde fondation de la sociologie française, les Etats-Vnis et la classe ouvrière », Revue française de sociologie, 1991,32 (3), p. 321-364. Contemporaines (1997) n° 27 (p. 7-9)

Sociétés

7

JEAN.MICHEl

CHAPOUlIE

.

. . .

. . . . . . . . . . . .

Ces deux cas d'incompréhension - entre sociologues français et américains; entre génération successives - et la difficulté de la transmission de «l'esprit» qui inspire une perspective de sciences sociales permettent de voir combien ces perspectives sont dépendantes de l'expérience élémentaire du monde social que chacun de nous doit à sa propre biographie. Il n'est d'ailleurs pas très difficile, en prenant des exemples dans le passé, de mesurer l'importance de ce qui reste inévitablement implicite dans les enseignements de sciences sociales. Ce genre de barrière peut sans doute être plus facilement franchie grâce à une certaine sensibilité historique, mais une conscience au moins partielle de son existence est nécessaire à tous les chercheurs en sciences sociales pour comprendre ce qu'ils font. Les articles réunis ici portent sur les thèmes que je viens d'évoquer: la sociologie de Hughes; les relations intellectuelles entre traditions nationales et entre générations; l'expérience de l'apprentissage de la recherche empirique en sciences sociales. Cette dernière question ramène d'ailleurs à Hughes puisqu'elle occupe une place importante dans ses essais, ce qui traduit l'importance de l'expérience de l'enseignement dans le développement de la sociologie de Hughes. Aux textes des conférences prononcées lors de la journée d'études qui constituent l'essentiel de ce dossier, j'ai eu la possibilité d'ajouter deux autres contributions. Au moment où se tenait la journée de conférences de Fontenay, une session consacrée à la sociologie de Hughes était en effet organisée à Boston par l'Eastern Sociological Society. Robert Weiss a bien voulu me communiquer le texte qu'il avait présenté à celle-ci. Jean-René Tréanton, l'un des premiers sociologues français à avoir lu attentivement Hughes, comme le montre sa réflexion sur l'idée de canière parue en 1959 dans le premier numéro de la Revue française de sociologie, a accepté d'ajouter son témoignage 4. Les textes ont été ici regroupés en fonction des thèmes évoqués plus haut. La première partie, ainsi que l'article de conclusion, offre différents aperçus sur la sociologie de Hughes et peut donc servir d'introduction à celle-ci, en mettant en garde contre les interprétations stéréotypées et simplistes. Jennifer Platt examine la sociologie de Hughes dans le contexte des travaux réalisés à l'Université de Chicago pendant la même période, ainsi que la postérité qu'elle a eue, et celle qu'elle aurait pu avoir. Howard S. Becker dégage l'une des démarches qui ont assuré la réputation d'originalité et de fécondité de la sociologie de Hughes (que celui-ci déclare expressément avoir empruntée à l'un de ses auteurs favoris, Simmel). Robert Emerson examine la contribution de Hughes à la réflexion sur le travail de tenain, à la lumière des débats sur l'usage de cette démarche qui ont pris place postérieurement aux États-Unis chez les anthropologues et les sociologues. Enfin Didier Demazière et

4.

On pourra lire dans les Acte.f de la Journée, publiés par le CRSHE, l'ensemble des contributions des jeunes chercheurs - Anne-Marie Arborio, Didier Demazières, Cécile Desmazières-Berlie, Fabrice Jacob, Stéphanie Pryen, Marc Suteau, Karine Vassy - qui ont participé à la table ronde organisée par Jean-Pierre Briand dans ce cadre; celle-ci était consacrée aux utilisations récentes de la sociologie de Hughes en France. Deux de ces contributions sont reprises ici.

8

. . . . .-. . . . . . . . . . . .

INTRODUCTION

Claude Dubar _comparent les démarches d'analyse suivies par Hughes et celle de la Grounded Theory proposée un peu plus tard par Barney Glaser et Anselm Strauss 5. La seconde partie porte à la fois sur l'enseignement de Hughes, sur les orientations divergentes des sociologies française et américaine au cours des années quarante et cinquante, et sur les problèmes de l'apprentissage du type d'approche qu'illustre sa sociologie. Ces contributions ont presque toutes la forme du témoignage et de la réflexion sur le témoignage, et non celle de l'analyse générale. La rareté des instruments conceptuels dont l'on dispose dans les domaines de la sociologie de l'apprentissage des sciences sociales et dans celui des relations entre traditions intellectuelles laisse penser qu'il serait un peu prématuré de formuler des analyses plus générales. Les itinéraires de Paule Verdet et de Viviane Isambert-Jamati dans leurs apprentissages respectifs de la sociologie permettent d'apercevoir les différences qui séparaient, dans les premières années de l'après-guerre, les contextes intellectuels et socio-politiques dans lesquels se déveloPP!lient la sociologie à la manière de Hughes et les premières recherches empiriques françaises; on peut ainsi comprendre les difficultés des sociologues travaillant dans le contexte français à s'approprier la sociologie de Hughes. À partir de sa propre expérience et de ses souvenirs d'un passage à l'Université de Chicago dans les années cinquante, Jean-René Tréanton rappelle le contexte aujourd'hui tout à fait oublié des premiers contacts de la jeune sociologie française avec la sociologie américaine, ainsi que la place de Hughes et des chercheurs de son entourage dans ces premiers contacts. Le témoignage de Robert Weiss met l'accent sur l'une des difficultés intrinsèques de la formulation donnée par Hughes à sa pensée, ainsi que sur la question des conditions qui permettent à un jeune chercheur de prendre la distance nécessaire pour mener à bien une recherche de terrain (et, probablement toute recherche empirique en sciences sociales). L'article de Cécile Desmazières, témoignage sur son expérience de l'appropriation de son sujet de recherche, revient sur ce thème évoqué dans la contribution précédente, mais du point de vue d'une première expérience de recherche. Le texte de conclusion, issu de la conférence que j'avais préparée, mais non prononcée, lors de la journée du 25 mars, tente d'éclairer les difficultés de compréhension du point de vue spécifique de Hughes sur la recherche, en évitant les pièges de l'exégèse de la pensée d'un auteur qui, parce qu'il se refuse en général à formuler des principes, n'offre pas de vocabulaire pour exposer ceux-ci.
Jean-Michel CHAPOULIE CRS HE, ENS Fontenay Saint-Cloud 31, avenue Lombart BP 81 92266 Fontenay-aux-Roses Cedex

5.

B. G. Glaser, A. L. Strauss. 1967. The Discovery Research. Chicago: Aldine.

of Grounded

Theory:

Strategies

for Qualitative

9

. . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . .

1
LA SOC'OLOG'IE DIE HUGH lES 1Er SA PosrÉR,rÉ AUX ÉrArS-UN'S

Sociétés

Contemporaines

(1997) na 27

. . . . . . .

JENNIFER

PLATT

. . . . . . .

HUGHES ET L'ÉCOLE DE CHICAGO: MÉTHODES DE RECHERCHE, RÉPUTATIONS ET RÉALITÉ

RlisUMII : Hughes a été associé en matière de méthodes de recherche à l'École de Chicago aux démarches qualitatives et, plus particulièrement, à l'observation participante. L'article Î discute la pertinence de c~tte interprétation induite par les réputations trompeuses de la première et de la seconde Ecole de Chicago. Il examine les processus à l'origine de réputations stéréotypées et remarque que la réputation associée à Hughes et à Chicago a été créée pour fournir un ancêtre légitime à des programmes de recherche plus récents. D'autres réputations auraient pu tout aussi bien être associées à Hughes: celle de Canadien d'adoption ou de sociologue industriel.. la tradition du travail de terrain aurait pu alors être associée au rival de l'Université de Chicago, Harvard. En évitant la théorisation explicite Hughes a permis à d'autres chercheurs de projeter sur son œuvre leurs propres interprétations de celle-ci.

Bien que Hughes ait joué plusieurs rôles importants dans la sociologie américaine, entre les années 1940 et les années 1970, il n'est pas présenté comme une figure majeure par les histoires générales de la discipline. S'il a occupé une position centrale dans l'une des principales institutions où s'est développée la sociologie, Hughes a joui par la suite d'une réputation associée à la marginalité et à la révolte contre les tendances dominantes. Il est considéré comme le symbole de 1'« École de Chicago» et des méthodes qualitatives, et plus particulièrement de l'observation participante. Il a été par conséquent revendiqué par ceux qui souhaitent affirmer leur appartenance à cette tradition et, par là, se dissocier du style de recherche dominant associé aux méthodes quantitatives. Je me propose d'examiner les facteurs sociaux qui structurent ce genre de réputations; je me demanderai ensuite dans quelle mesure ces facteurs parviennent à rendre compte du cas de Hughes. Quels sont mes titres pour entreprendre cette tâche? J'ai été étudiante à l'Université de Chicago pour y préparer une maîtrise, même si je n'y ai passé qu'une seule année. Je suis arrivée dans le département peu avant le départ de Hughes, mais je ne me souviens pas l'avoir jamais rencontré, ou même avoir entendu des

1.

Texte issu d'une conférence donnée à l'ENS Fontenay Saint-Cloud, de Catherine Marcangeli révisée par l'auteur et J.-M. Chapoulie. Contemporaines (1997) na 27 (p. 13-27)

le 25 mars 1996. Traduction

Sociétés

13

JENNIFER

PLATT

. . . . . . . . . . . . . . . . .

conversations à son sujet; je ne peux donc pas prétendre l'avoir connu directement ou personnellement. Néanmoins, bien des années plus tard, j'ai commencé à m'intéresser à l'histoire des méthodes de recherche sociologique et à rassembler des données sur ce sujet. Dans le cadre de cette recherche, j'ai interviewé un grand nombre de sociologues américains actifs entre 1920 et 1960, y compris des professeurs et des étudiants passés par l'Université de Chicago au cours de cette période, mais pas Hughes lui-même. Sur cette base, j'ai publié plusieurs articles sur l'École de Chicago et sur la réputation du département à différentes périodes. Ainsi, bien que n'ayant pas consacré d'étude spécifique à Hughes lui-même, je dispose de données qui me permettent d'examiner sa carrière et de le replacer dans un contexte plus large. Hughes a commencé sa carrière comme étudiant en thèse de Robert Park à l'Université de Chicago, pendant l'entre-deux-guerres, à l'heure de gloire du département de sociologie; il présenta sa thèse de doctorat en 1928. La réputation dont jouissait à l'époque ce département sera examinée plus loin. À partir de 1927, Hughes enseigna à l'université canadienne McGill jusqu'à son retour comme enseignant à Chicago en 1938, où il fut nommé professeur en 1949. Membre du comité de rédaction de l'American Journal of Sociology, la revue publiée par le département de sociologie, entre 1940 et 1952, il en devint ensuite rédacteur en chef de 1952 à 1960 ; de 1954 à 1956, il fut directeur de ce département. Pendant presque toute la période où Hughes y exerça, le département de sociologie faisait partie d'une petite élite au sommet de la hiérarchie interne de la discipline et produisait une partie appréciable des doctorats en sociologie. Il connut cependant une période de crise à partir du milieu des années 50 : les professeurs les plus coimus et les plus anciens quittèrent le département ou partirent à la retraite, et ils furent remplacés par des enseignants plus jeunes qui n'avaient pas la même formation, et dont certains venaient de l'Université Columbia. Hughes n'apprécia pas cette évolution qui amenait un changement d'orientation, associé surtout à une nouvelle tradition, l'enquête par questionnaires, avec laquelle Hughes se sentait peu d'affinité. En 1961, il partit pour Brandeis où il continua de transmettre la tradition de Chicago (Reinharz 1995). Hughes peut donc être associé à la fois à la sociologie de Chicago de l'avantguerre et à celle de l'après-guerre, à la «Première École de Chicago» et à la «Seconde ». La «Première », sous l'impulsion de Park, Burgess et Thomas, est représentée par la célèbre série de monographies, écrites pour la plupart par des étudiants avancés du département. On y trouve The Hobo (Anderson, 1923), The Gold Coast and the Slum (Zorbaugh, 1929), ou encore The Taxi Dance Hall (Cressey, 1932). Ces monographies sont d'habitude présentées comme des exemples remarquables et véritablement novateurs dans le domaine des recherches qualitatives et, en particulier, de l'observation participante. La «Seconde École de Chicago» comprend à la fois la cohorte d'étudiants qui firent leur thèse dans le département juste après la guerre, dont beaucoup sont devenus des figures majeures de la discipline, et certains professeurs qui étaient leurs mentors. Par la suite, cette cohorte a aussi bénéficié d'une réputation de défenseurs des méthodes qualitatives, et plus particulièrement de l'observation participante. Ces deux réputations sont, comme on va le voir, discutables.

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