Aux bords du divan

De
Publié par

Les auteurs de cet ouvrage travaillent avec des patients dans différentes institutions ou en libéral. Ils ont tous la boussole analytique chevillée au corps. Ils écoutent, accueillent les silences et les trous de langage. Ils accompagnent tout au long d'un chemin parfois ardu qui oblige à faire preuve d'inventivité. La psychanalyse n'est ni un dogme ni une théorie dépassée. La clinique dite « du trauma » pousse à trouver des pratiques différentes, à élaborer chaque jour une clinique vivante.
Publié le : jeudi 1 octobre 2015
Lecture(s) : 28
EAN13 : 9782336392578
Nombre de pages : 240
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
Sous la direction de Christine Loisel-Buet
Aux bords du divanAspects cliniques du trauma
Avec la participation de Hélène Avyn, Christelle Bouchire, Emeline Caret, Bertrand Drothiere, Isabelle Marlière et Catherine Weyrich
Aux bords du divan
Psycho - logiques Collection fondée par Philippe Brenot et dirigée par Joël Bernat Sans exclusives ni frontières, les logiques président au fonctionnement psychique comme à la vie relationnelle. Toutes les pratiques, toutes les écoles ont leur place dans Psycho - logiques. Déjà parus Michel DAVID,Soigner les méchants. Éthique du soin psychiatrique en milieu pénitentiaire, 2015. Roland BRUNNER & Luce JANIN-DEVILLARS,Le coaching clinique psychanalytique, 2015. Florence LAFINE,Du sensoriel au sens social. Naissance de la pertinence et de la normativité sociale chez le bébé, 2015. Cécile CHARRIER,Réflexions pour une thérapeutique de la violence. Violence et Créativité, 2015.Riadh BEN REJEB (dir.),Le rituel. De l’anthropologie à la clinique, 2015.Radu CLIT,Le travail institutionnel en milieu psychiatrique et de l’enfance inadaptée, 2015. Jean Michel PÉCARD,Essai de psychologie analytique, 2015. Sébastien PONNOU,Lacan et l’éducation. Manifeste pour une clinique lacanienne de l’éducation, 2014. Sophia DUCCESCHI-JUDES,Portrait de folies ordinaires. Petit guide de psychopathologie pour tous, 2014. Anna CURIR,Les processus psychologiques de la découverte scientifique, L’harmonieuse complexité du monde, 2014.Jean-Pierre LEGROS,Stratium, Une théorie de la personne, 2014.Aurélie CAPOBIANCO (dir.),Peut-on parler au téléphone ? Stratégies cliniques pour entendre au bout du fil, 2014.Christel DEMEY,Stimuler le cerveau de l’enfant, 2013. Audrey GAILLARD et Isabel URDAPILLETA, Représentations mentales et catégorisation, 2013. Jean-Luc ALLIER,La Fragilité en pratique clinique, 2013.
Sous la direction de Christine Loisel-Buet Aux bords du divan
Aspects cliniques du trauma
Avec la participation de Hélène Avyn, Christelle Bouchire, Emeline Caret, Bertrand Drothiere, Isabelle Marlière et Catherine Weyrich
© L’Harmattan, 2015 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-07004-9 EAN : 9782343070049
REMERCIEMENTSLe film est fini. Impatient, Raphaël, 5 ans, tire sur la main de l'adulte pour quitter la salle obscure. Puis sans ralentir la marche, il sautille en cherchant son regard, tout le corps en mouvement tant est grande l'importance de ce qu'il veut dire : 1 - J'ai compris ! Le Roi Plumes il fait tout ça parce qu'il voulait s'équiper ! - S'équiper ? Qu'est-ce que tu veux dire ? - Oui, parce qu'on ne peut rien construire tout seul ! Il voulait une équipe pour pouvoir construire des villes, des ponts, tout ça... » Ces textes, pas plus que les villes ou les ponts du petit garçon, n'auraient pu voir le jour sans la participation, les écrits, les questions, les apports de tous les participants qui se sont succédés pendant onze ans dans notre groupe de travail. Psychanalystes et psychologues, mais aussi pédagogues, orthophonistes, psychomotriciens, artistes, philosophes, sociologues...la diversité des horizons a permis à la pensée de chacun de se frayer d'autres chemins.Soyez en tous chaleureusement remerciés. Votre présence autant que vos mots habite ces pages.
1 « A la poursuite du Roi Plumes », Esben Toft Jacobsen, film d'animation, 2014.
Christine Loisel-Buet Introduction : « Où est la psychanalyse ? » Fraises Tagada, oursons en guimauve et chocolat... Enfants, parvenez-vous à ne pas terminer le sachet entamé ? Et maintenant que l'âge a fait son œuvre, que vous évoquent pralines croustillantes, foie gras des landes, omelette aux truffes et vins vieux ? Attention... un accès de gourmandise par semaine pendant trois mois, constitue, selon le DSM5, un trouble alimentaire, le syndrome d'hyperphagie. Mais alors, les mercredis gourmands chez la Mère-Grand, galette et petit pot de beurre inclus ? Et les agapes entre amis où se déclinent produits locaux et petits vins blancs, bus sous la tonnelle à l'occasion ? Direction le psy ! Plus préoccupant : Si vous pleurez encore la mort d'un être aimé plus de quinze jours après son décès, le DSM fait de vous un déprimé. Direction le psy là aussi, il existe un traitement. De nos jours, Madame, la dépression, ça se soigne. Oui, aujourd'hui encore, les messieurs pleurent moins souvent que les dames chez leur médecin... Reste-t-il des gens normaux parmi vous ? Parce que si c'est le cas, peut-être ne connaissent-ils pas encore tous les domaines où sévit La Norme ? J'ai rencontré Tom quand il avait 4 ans. Deuxième de trois petits garçons nés en quatre ans. Des parents chaleureux aux repères éducatifs incertains tant ils rejetaient les conduites de leurs parents respectifs quand ils étaient enfants, une famille aux repères symboliques défaillants. Ses grands-parents le gardaient souvent. Le grand-père alcoolique qui roule dans l'escalier, la grand-mère presque autant alcoolisée qui hurle
ses insultes, frappe son mari, une ou deux fois avec un couteau, le sang qui coule devant le petit. C'est une scène de la vie ordinaire dans la famille paternelle. Les grands-parents ensuite peuvent en rire. Jusqu'à la prochaine fois. Leur fils, le père de Tom, était parfois laissé sans manger, quand il était petit. « Il ne mangera pas MA nourriture ! » hurlait son père pris par sa colère. Le petit Tom était vif, intelligent, joyeux, mais il frappait beaucoup les enfants à l'école. D'où la demande de consultation fortement suscitée par l'institutrice. Et puis il était traversé par des angoisses que ses parents ne comprenaient pas. Pour ma part, je trouvais aussi que ce petit garçon très expressif utilisait peu les mots ou mal à propos. Au cours du suivi, son langage se structure rapidement, il s'enrichit, et Tom se saisit de plus en plus des ouvertures proposées par cet autre monde qu'il adore, l'école. Jusqu'à ce que ses parents se séparent quand il a 6 ans. Il va bientôt entrer au CP. Sa mère, sans ressources et sans logement, ne peut héberger ses enfants. Du jour au lendemain ou presque, son père part dans une autre ville, le suivi s'interrompt brutalement. Rien n'en est dit. Je ne le vois plus, c'est tout. Tout comme les enfants ne verront plus leur mère ni n'en auront aucune nouvelle pendant quatre ans. Leur père travaillant très tôt ou très tard, Tom et ses frères sont souvent hébergés le jour et parfois la nuit, chez leurs grands-parents paternels auxquels ils sont très attachés. Chez eux l'ambiance va se dégrader jusqu'à la mort de la grand-mère, tombée dans l'escalier. Lors d'une de leurs violentes disputes alcoolisées ? Le grand-père décompensera ensuite sur un mode délirant qui débordera les thèmes plus habituels liés à l'alcoolisme. Ses visions du fantôme de son épouse dans la maison laisseront Tom très dérouté sur le sens à leur donner...
8
J'apprends ces éléments quand je revois Tom. Il a 13 ans, il est en 5ème. Son père l'a mis dehors avec son jeune frère, suite à une dispute plus forte que les autres. Il ne répond pas aux messages de ses fils, ou seulement par des SMS d'insultes. Les deux garçons vivent donc depuis peu chez leur mère et son compagnon, et n'ont plus, de ce fait, de contact avec leur frère aîné. C'est suite à cette nouvelle rupture que Tom reprend rendez-vous. Je le reçois depuis quatre mois quand Tom me dit : « Normalement, comme je suis dyslexique, je ne devrais pas retenir mes leçons, mais je ne comprends pas comment ça se fait, maintenant je lis mes leçons une seule fois et je les sais par cœur ». Quand Tom est entré au CP dans sa nouvelle école, les difficultés en lecture ont entraîné une consultation dans un nouveau centre où il a rencontré un pédopsychiatre et une orthophoniste. C'est là qu'a été posé le diagnostic de dyslexie pour lequel il a été suivi en orthophonie pendant cinq ans. C'est son orthophoniste qui lui a expliqué les symptômes liés à ce diagnostic. Son nom lui échappe... Tom est porteur d'un diagnostic qu'il pense immuable. Il est dyslexique comme il a les yeux bleus. Ce qui lui semble étrange aujourd'hui, c'est de ne pas ou plus coller aux signes que l'experte lui a décrits, c'est de découvrir un changement qui s'est fait à son insu. Malgré ce diagnostic et sa propre conviction quant à celui-ci ? Des exemples comme ça, nous en avons tous. Ce qui est plus remarquable, c'est qu'à son retour dans la ville de sa mère, Tom a demandé un rendez-vous avec moi. Après ces sept années, il se souvenait de mon nom. Sa mère pas, qui ne se rappelait que celui de l'institution dans laquelle je l'avais reçu.
9
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.