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BANLIEUES ET UNIVERSITÉS EN ILE-DE-FRANCE

De
248 pages
L'attention portée à l'enseignement supérieur et au monde universitaire peut être soit strictement fonctionnelle, soit plus large avec un aspect animation urbaine. Dans le premier cas, l'attitude sera plutôt fermée vis-à-vis des relations à la ville, dans le second, plus ouverte. De ces deux modèles découlent des attitudes différentes de la part des enseignants et des directions universitaires, mais aussi, indirectement, de la part des étudiants. L'auteur montre ces deux attitudes à travers la description d'une confrontation entre habitants des quartiers et milieu universitaire dans les villes de Cergy et Saint-Denis.
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Raymond CURIE

BANLIEUES ET UNIVERSITÉS EN ÎLE-DE-FRANCE
Pouvoirs, intérêts et conflits entre institutions et habitants

Préfacede Marcel RONCA YOLO

L'Harmattan 5-1, rue de l'École Polytechnique 15005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 31 10214 Torino ITALIE

Collection Travail du Social dirigée par Alain Vi/brad

La collection s'adresse aux différents professionnels de l'action sociale mais aussi aux chercheurs, aux enseignants et aux étudiants souhaitant disposer d'analyses pluralistes approfondies à l'heure où les interventions se démultiplient, où les pratiques se diversifient en écho aux recompositions du travail social. Qu'ils émanent de chercheurs ou de travailleurs sociaux relevant le défi de l'écriture, les ouvrages retenus sont rigoureux sans être abscons et bien informés sur les pratiques sans être jargonnants. Tous prennent clairement appui sur les sciences sociales et, dépassant les clivages entre les disciplines, se veulent être de précieux outils de réflexion pour une approche renouvelée de la question sociale et, corrélativement, pour des pratiques mieux adaptées aux enjeux contemporains.

Dernières parutions

Gilles ALLIÈRES, Les sous-mariniers et leurs familles, 2000. Jean LAVOUÉ, Éduquer avec les parents, 2000. Armelle MABON, L'action sociale coloniale. L'exemple de l'Afrique occidentale française du Front populaire à la veille des Indépendances, 2000. Alberto GODENZI, Laura MELLINI, Jacqueline De PUY, VIH / sida, lien de sang, lien de cœur, 2001. Maryline BARILLET-LEPLEY, Sexualité et handicap: le paradoxe des modèles,2001. Marie-Christine HÉLARI, Les éducateurs spécialisés entre l'individuel et le collectif, 200 I. Gilles SERAPHIN, Agir sous contrainte, 2001.

BANLIEUES ET UNIVERSITÉS EN ÎLE-DE-FRANCE

@ L'Harmattan, 2001 ISBN: 2-7475-1067-0

En hommage à mes parents

"Je conçois dans l'espèce humaine deux sortes d'inégalités: l'une que j'appelle naturelle ou physique, parce qu'elle est établie par la nature et qui consiste dans la différence des âges, de la santé, des forces du corps et des qualités de l'esprit ou de l'âme; l'autre qu'on peut appeler inégalité morale ou politique, parce qu'elle dépend d'une sorte de convention et qu'elle est établie ou du moins autorisée, par le consentement des hommes."
Jean-Jacques Rousseau. Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité panni les hommes. Paris: Sociales, 1971.

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Remerciements
Tout d'abord je tiens particulièrement à remercier Monsieur Marcel Roncayolo pour ses précieux conseils mais aussi pour ses apports théoriques concernant ce travail. Je remercie également Anne Dusart, Annick Tanter et Philippe Milburn pour leurs remarques concernant la construction de ma recherche. En ce qui concerne la relecture qui a été un travail de longue haleine, je remercie Mehdi Farzad, Hugues Bazin et tout particulièrement Gilles Montigny pour leurs différents apports successifs ainsi qu'Alain Vilbrod et Geneviève Abily pour la mise en forme définitive du texte. Je n'oublie pas non plus d'adresser mes remerciements à Jocelyne Pierens, Sophie Blaize, Corinne Delot et Natacha Wadoux pour leur aide efficace dans le décryptage de mes cassettes d'enregistrement. Je tiens à associer aussi à ce travail toutes les personnes qui ont bien voulu accepter de répondre à mes questions à Cergy et à Saint-Denis au cours des entretiens et qui m'ont permis d'éclaircir certains points délicats de mon travail de recherche, tout particulièrement Madame Irène Sokologorsky, Madame Isabelle Massin, Monsieur Patrick Braouezec et Monsieur Robert Vivian. Enfm je remercie sincèrement les membres de mon jury de thèse: Monsieur Marcel Roncayolo (Directeur d'études à l'EHESS), Monsieur Jean-Claude Combessie (professeur de sociologie à l'université Paris VIII), Monsieur Michaël Darin (professeur à l'Ecole d'architecture de Nantes) et Monsieur Gilles Montigny (professeur d'histoire économique et sociale au Lycée Hoche de Versailles).

Préface
Etudier la place des universités dans un espace urbain et essayer d'en juger à toutes les échelles où des questions peuvent apparaître ne sont pas quelque chose d'aisé. En effet l'université peut se qualifier par son contenu scientifique et pédagogique, c'est-à-dire entrer dans une sorte de compétition avec d'autres universités et le résultat ne se juge alors qu'au niveau national ou international de la complémentarité entre ses enseignements et la recherche. C'est une première question et c'est une question qui intéresse le milieu universitaire, le fonctionnement de l'université plutôt que l'espace dans lequel elle se trouve. Il faut cependant reconnaître que, dans la valorisation de certaines parties de la ville et de la banlieue où même d'espaces géographiques plus vastes, la présence de l'université peut être un élément de prestige, d'identité, de connaissance et de reconnaissance extérieure. La seconde échelle est à l'autre extrême en quelque sorte, c'est-àdire que c'est la manière dont l'université s'organise elle-même et en particulier aussi bien sur le plan pédagogique, sur celui de ses laboratoires que sur le plan plus matériel de ses emprises, de la distribution des bâtiments et de la relation entre bâtiments. Or nous savons tous que cette géographie interne des établissements universitaires est une question qui peut être importante, en particulier quand ils sont extérieurs, quand il s'agit plus ou moins de campus. Entre les deux, se trouve un problème plus difficile à cerner et qui ne concerne pas uniquement l'université. Ce problème porte d'une part sur les rapports entre la fondation universitaire et d'autre part sur le contexte géographique proche dans lequel elle se trouve. Alors, même si l'université n'est pas le meilleur type d'équipement de proximité, elle peut localement répondre à la fois à des questions d'équipement, de mise en valeur d'un territoire local qu'il s'agisse d'une commune, d'un groupe de communes ou d'un

secteur de banlieue ou de ville mais elle peut aussi avoir des rapports plus concrets et par conséquent avoir à régler des situations plus difficiles à définir, notamment en ce qui concerne les contacts avec l'environnement géographique immédiat dans lequel elle se trouve. C'est tout le problème de l'articulation entre l'université et les autres quartiers, qu'ils soient de résidences ou d'activités dans un espace local propre. C'est ce troisième point de we, sans négliger les interférences possibles avec les deux premiers, que Raymond Curie met en valeur et essaie d'analyser d'une manière très précise à partir d'études locales et de cas dans un contexte qui est celui de la banlieue française, en particulier dans un contexte de banlieues qui ne sont pas de ces villes parfaitement identifiées socialement et qui dans le fond ne poseraient aucun problème mais qui sont au contraire des banlieues dites difficiles et qui sont d'autre part des villes en changement ou de création relativement récente. Il y a donc l'exemple de l'université placée dans le contexte d'une vieille ville ouvrière, née en pleine transformation, c'est-à-dire Saint-Denis, et il y a l'exemple d'une nouvelle ville avec Cergy-Pontoise. A partir de ce moment-là, le rapport n'est plus seulement entre l'université en tant que cOIpS, en tant qu'institution et le local mais c'est le rapport entre des populations, d'une part la population universitaire que ce soit celle des enseignants, des chercheurs, des étudiants et d'autre part la population qui vit ou travaille autour d'elle. Jusqu'à quel point ya-t-il entraînement et effet positif de l'université? Dans quelle mesure peut-elle se mettre au service ou tout au moins être l'occasion de services pour cette population proche? Dans quelle mesure au contraire peut-il y avoir des conflits possibles, des incompréhensions possibles, que celles-ci portent sur les expressions culturelles de chacun de ces groupes ou sur des conflits plus matériels, par exemple l'occupation des terrains. Le fait de se trouver à tel ou tel endroit, dans telle position par rapport aux voies de circulation et donc d'entrer dans une sorte de compétition spatiale finalement avec les autres utilisations de la localité est à prendre en compte. 10

Une telle question sur ces aspects concrets interroge; Raymond Curie, s'appuyant sur des lectures sociologiques sérieuses sans trop les mettre en évidence, essaie de saisir des phénomènes qui sont relativement récents, puisqu'on avait jadis l'image un peu simplifiée, un peu nostalgique actuellement du quartier étudiant, du quartier latin. L'image était celle d'une université parfaitement établie dans un contexte bourgeois traditionnel. Ici nous sommes dans un cas géographique un peu particulier et dans le cadre de la France. Il est évident que les campus américains pourraient être rapprochés topographiquement des cas fumçais même si les distances par rapport aux différents ftagments de la ville américaine sont plus grands. Cependant ces cas ne se retrouvent pas chez nous, puisque la banlieue n'a pas le statut social, ni les caractéristiques, ni les aspects de développement social et les pratiques de l'université qu'ont une grande partie des banlieues américaines. Alors dans ces conditions, il faut aller au terrain et le principal mérite de ce livre est d'exprimer et de traduire toute une série de contacts entre l'auteur et les échantillons de population, échantillons qui ne sont peut-être pas représentatifs en soi mais qui nous montrent quels sont les types de réactions de part et d'autre que le milieu universitaire et le milieu social environnant peuvent avoir. Il s'agissait non seulement d'aller voir les institutions mais aussi les associations qui peuvent exprimer plus fortement dans une certaine mesure, soit la compétition, soit les essais de réorganisation ou d'organisation de rapports, seraient-ils périphériques, seraient-ils ludiques plus que scientifiques entre le lieu universitaire, les résidences et les lieux de travail. Le travail nous montre qu'il faut être très prudent dans l'enquête; il faut trouver des interlocuteurs privilégiés souvent plus peut-être que simplement pour une enquête d'opinion faite de manière rigoureuse sur un échantillon aléatoire. Il faut essayer de mettre en valeur des types; c'est un peu la méthode de

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l'idéal-type de la réaction qui est peut.être sorti de cette enquête concrète en le formulant d'une manière un peu plus schématique plutôt que le résultat d'une enquête d'opinion. La deuxième difficulté, c'est que souvent les résuItats de ces enquêtes sont contradictoires. On voit sans cesse que ces créations universitaires peuvent être prises comme des éléments de valorisation, non pas seulement symboliques mais aussi de valorisation très concrète de la vie dans les quartiers et qu'elles sont prises aussi de part et d'autre comme un élément étranger difficile à digérer en quelque sorte, difficile à installer, d'où la naissance d'un certain nombre de conflits, de ruptures et en même temps les variations que peuvent avoir soit les pouvoirs publics, soit les responsables des institutions, en particulier des universités à l'égard de l'ouverture ou de la fermeture par rapport au pouvoir local. La lecture est d'autant plus intéressante qu'il s'agit là de deux banlieues de types totalement différents, dans la banlieue parisienne et dans l'ensemble universitaire qui est considéré comme puissant. Cet ensemble est dans une certaine mesure capable de trop concentrer la qualité scientifique et pédagogique et le nombre d'étudiants par rapport au reste de la France mais, en même temps, il est aux limites d'une ancienne organisation très concrète et d'une nouvelle organisation qui, depuis la création des universités périphériques, tend au contraire à s'établir plus largement à l'intérieur de l'ensemble de la région parisienne. Je crois qu'il faut lire de très près tous ces éléments qui ne peuvent pas conduire à une conclusion nette mais montrent plutôt l'ampleur des problèmes dans une sorte de manifestation qui n'est pas un résultat mais un processus engagé. Par conséquent, les succès sont relatifs, les accrochages possibles qu'ils soient déjà réels ou projetés et d'autre part, il ne faut

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pas perdre de vue que des conflits assez durs peuvent se développer. La fermeture de l'un à l'autre qui est peut-être une fermeture intellectuelle, un sentiment d'étrangeté partagé est peut-être aussi une peur, les habitants ayant peur que l'université ne vienne s'étendre au détriment du monde dans lequel ils vivent et l'université ayant peur d'être débordée finalement par une population qui ne correspond pas à ses fonctions traditionnelles. Ce livre mérite donc une lecture très approfondie et devrait encourager toute une série d'études de cette nature pour mieux comprendre ce processus engagé. Marcel Roncayolo, directeur de recherche à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, Paris, 1999.

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Avant-propos
Après avoir effectué une étude du CNRS1 de 1991 à 1993 pour
le Plan urbain et la SCIC (Société centrale immobilière de la Caisse des dépôts et consignations) consacrée à l'implantation de résidences universitaires dans le quartier de la Croix-Petit à Cergy, j'ai décidé de poursuivre mes recherches afin de préparer une thèse de sociologie, tout en participant au séminaire « Etudes urbaines» de Marcel Roncayolo à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales de Paris. L'intitulé de mon doctorat obtenu en 1997 était: Origines et caractéristiques de la confrontation entre milieu universitaire et habitants des quartiers dans les villes de banlieue: l'université et la ville en région parisienne. Au cours de mes deux années de travail à Cergy-Pontoise, j'ai constaté que des problèmes importants surgissaient entre les habitants de la Croix-Petit et le milieu universitaire, les élus de la ville étant plus ou moins en position de médiateurs du conflit. Deux attitudes différentes liées à des références de classes sociales se manifestaient même si celles-ci n'apparaissaient pas clairement d'où des stratégies différentes. D'un côté des revendications d'habitants et un chômage important, de l'autre une expansion territoriale et des évolutions de carrières propres au milieu universitaire. Deux mondes se côtoyaient sans se connaître et des conflits apparaissaient. Une distance sociale s'approfondissait régulièrement entre ces deux mondes ~pourtant des étudiants issus du quartier de la Croix-Petit et quelques professeurs avec des étudiants de
Monique Leroux, Raymond Curie, Chantal Mougin, Philippe Milburn, JeanFrançois Laé, Confrontations et accommodations dans la ville: l'implantation
des résidences universitaires à la Croix-Petit; d'une turbulence urbaine. Rapport de recherche: analyse ethnosociologique GRASS-CNRS, 1993.
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l'ENSEA (Ecole nationale supérieure de l'électronique et de son application) ont lancé quelques idées pour éviter la coupure totale. La SCIC et la municipalité lançaient ou relayaient les projets. Dans ce cadre-là, l'étude de type ethnographique commanditée par le Plan urbain et la SCIC avait pour but d'analyser la problématique de l'implantation des résidences universitaires sur le quartier tout en essayant de tracer des perspectives d'ouverture entre les habitants et le milieu universitaire. C'est en comparant le développement de l'université de Cergy et celui de plusieurs grandes écoles dans la ville nouvelle avec un autre exemple que je connaissais, celui de l'Université Paris VIII à Saint-Denis, que j'ai pensé pouvoir prendre ces deux villes comme terrains de recherches pour ma thèse. rai arrêté de recueillir des données et d'effectuer des entretiens en 1995. Ensuite, en retravaillant certaines parties de mon texte initial, j'ai souhaité publier cette recherche sous l'intitulé Banlieues et universités en Ile-de-France Pouvoirs, intérêts et conflits entre institutions et habitants.

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Introduction
De nombreuses recherches engagées ces dernières années par des universités, le CNRS ou le Plan urbain ont apporté des connaissances nouvelles et des moyens d'interprétation sur un mouvement de développement universitaire sans précédent. Ce mouvement ne peut se comprendre sans l'analyse des villes qui accueillent ces universités et qui, elles aussi, jouent un rôle de plus en plus important dans l'aménagement du territoire. Plusieurs chercheurs ont travaillé sur le thème des rapports entre l'université et la ville ces dernières années, notamment François Dubet, François-Xavier Merrien, Michel Grossetti, Pierre Merlin et Anne Querrien. Certains ont abordé les mutations de l'université, d'autres les perspectives d'ouvertures, d'autres encore la question du territoire. L'histoire des universités souligne la parenté des questions posées par leur implantation avec celles que l'urbaniste tente de résoudre concernant l'ensemble des fonctions urbaines et du tissu urbain. Un grand nombre de villes ont conçu par le passé leurs établissements d'enseignement supérieur en fonction de certaines opportunités foncières ou immobilières et en fonction des choix des universitaires. L'aménagement urbain des universités représente un enjeu de développement local qui prend sa place dans les projets destinés à adapter les villes aux conditions économiques et sociales qu'elles veulent développe~. L'attention que l'on porte à l'enseignement supérieur et au monde universitaire en général peut être, soit strictement fonctionnelle, soit plus large avec une dimension d'animation urbaine. De ces deux modèles découlent deux attitudes différentes
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André Bruston, avant-propos du livre:
1994.

Universités et villes, Paris,

L'HannattaD,

de la part des enseignants et des directions universitaires mais aussi, indirectement, de la part des étudiants. Dans le premier cas, l'attitude sera plutôt fermée vis-à-vis des relations à la ville et, dans le deuxième cas, elle sera plutôt ouverte. Des attitudes intermédiaires peuvent bien évidemment se rencontrer. Une troisième position pour l'université est celle qui consiste à jouer un rôle de développement local pour une ville avec une dimension régionale dans certains cas. Il ya un problème d'échelle. Est-ce que l'université a des effets généraux sur une agglomération composée de plusieurs villes au niveau du prestige ou de l'économie par exemple ou joue-t-elle plutôt un rôle sur une échelle plus réduite au niveau d'un quartier ou de la ville où elle est implantée? A Saint-Denis l'université est ouverte sur l'ensemble de la banlieue parisienne mais son rayonnement principal s'étend sur la banlieue nord et Paris. Les villes de Saint-Denis, Aubervilliers, Aulnay-sous-Bois, Drancy et Montreuil sont celles qui fournissent les plus forts pourcentages d'étudiants d'après les statistiques de l'université pour 1995. L'augmentation du nombre des étudiants a posé la question de l'extension. A Cergy, l'université rayonne principalement sur le Val-d'Oise et sur une partie de la banlieue nord de Paris, la création de l'université entraînant des modifications importantes de l'espace urbain. Il fi\ut rappeler ici l'origine du mot banlieue, au niveau étymologique. Au Moyen-Age la banlieue était la zone large d'une lieue (4 km) qui se trouvait sous le ban, c'est-à-dire sous la domiliàtion et la justice de la ville. Les paysans en échange profitaient de l'abri rassurant des remparts en cas de guerre ou de brigandage. Puis par extension, les faubourgs et ensuite les banlieues ont désigné les villages puis les villes se situant autour d'une villecentre. En fonction de l'histoire, de la situation géographique ou de l'économie, une ville de banlieue aura (Saint-Denis) ou n'aura pas (Cergy) d'identité forte. Certaines villes comme

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Cergy chercheront à se construire une identité alors que d'autres comme Saint-Denis feront évoluer cette identité. C'est pourquoi nous commencerons par analyser dans une première partie l'évolution de la ville nouvelle de Cergy et l'implantation de l'université puis l'histoire de Saint-Denis et l'implantation de Paris VIII. Ensuite après avoir abordé les stratégies des élus et des universitaires dans une deuxième partie, nous essaierons dans une troisième partie d'illustrer les trois attitudes citées plus haut, à travers la description d'une confrontation entre habitants des quartiers et milieu universitaire, tout en ayant au préalable rappelé les origines de cette confrontation dans les deux villes de Cergy et de Saint-Denis lors de l'implantation ou de l'extension des inffastructures universitaires. Nous serons amené également à parler des tensions qui existent préalablement et qui seront renforcées ensuite dans les deux quartiers proches des universités. Dans les deux cas, des revendications spécifiques apparaissent mais également une attitude de méfiance et de repli sur soi, comme si ces implantations universitaires et leurs occupants dérangeaient particulièrement le mode de vie des populations locales dans leur espace urbain. A propos de la division sociale de l'espace, voici ce que pense Yves Grafmeyer3: « Les différences de ressources économiques et la segmentation des parcs immobiliers ne sont cependant pas les seuls ressorts de la division sociale de l'espace. Dans la limite des marques de liberté certes très inégales dont disposent les personnes, le choix d'un lieu d'habitat est en même temps, peu ou prou, le choix d'un mode d'habiter, d'un type de voisinage, d'un style de vie locale. Dans ces stratégies résidentielles où souvent l'emporte la préférence pour un environnement homogène, les logiques de distinction sociale peuvent être au principe de regroupements

3 Yves Grafineyer, « La ségrégation dans la ville », in L'exclusion, ['état des savoirs, Paris, La Découverte, 19%.

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territoriaux que le simple jeu des revenus et des prix ne suffirait pas à expliquer. » Dans les deux exemples de Cergy et de Saint-Denis que nous allons exposer, des volontés explicites de mise à distance et de séparation se manifestent avec une vigueur particulière chez les habitants des quartiers en question lorsque sont en jeu des appartenances sociales mais aussi et surtout lorsqu'apparaissent des différences d'origine et de culture. Une méfiance, voire une hostilité, se manifeste vis-à-vis de l'inconnu et des transformations urbaines. Dans une quatrième partie, nous parlerons des similitudes et des différences du malaise social dans les deux villes puis nous terminerons par un dernier chapitre sur les ouvertures possibles des universités. Un autre aspect qui sera abordé dans ce travail, c'est l'importance de l'aménagement des espaces urbains à proximité des universités. Dans ce cadre-là, à Saint-Denis, plusieurs études ont déjà été menées notamment sur la réhabilitation de la cité Allende et la création de la future station de métro. Une autre étude parle de la faisabilité de l'aménagement de la zone des Tartes à Pierrefitte menée par l'Observatoire "Banlieue, ville, lien social". En effet, ce projet d'aménagement est assez ancien et ce secteur est directement cotlcurrencé par les zones d'aménagement de l'aéroport de Roissy et celles des autoroutes qui passent à proximité. Cette zone se situe à proximité d'un secteur d'habitat social assez dense (Cité Allende à Saint-Denis, Clos SaintLazare à Stains) et non loin de l'Université Paris VIII. A Cergy, plusieurs études d'aménagement urbain ont été réalisées de même que des études sociologiques et ethnographiques dont celle réalisée par le GRASS-CNRS présentée précédemment, à propos de l'implantation de résidences universitaires.

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Mm d'expliciter le thème retenu, il est important de préciser ce que sous-entend l'étude des rapports entre l'université et la ville.

Que signifie l'expression:

l'Université et la ville?

A l'échelle d'une agglomération, l'insertion des créations et des extensions universitaires dans la dynamique urbaine se réalise à travers les politiques locales vis-à-vis de l'infrastructure des transports, des logiques de localisation, mais aussi à travers une politique foncière appuyée sur un projet global. Certaines universités, notamment en province, acquièrent aussi une dimension régionale beaucoup plus marquée. D'après les propos d'Agnès Vince cités dans le livre Universités et villes (éditions l'Harmattan 1994), certaines conditions doivent cependant orienter l'amélioration des situations existantes et devenir peu à peu incontournables dans l'évaluation des nouvelles implantations. Sur la quasi-totalité des universités, des schémas directeurs de développement ont été confiés à des architectes-urbanistes. Pour un certain nombre d'universités, c'est l'arrivée d'une ligne de métro, de RER ou d'un autre transport en commun qui symbolise le début d'une restructuration urbaine. En effet les zones d'habitations se trouvent plus valorisées surtout quand il s'agit de cités éloignées du centre ville. L'arrivée du métro à SaintDenis Université doit permettre une meilleure dynamique urbaine dans ce secteur de la ville. Sur les sites existants, l'apport d'une mixité de fonctions est un thème qui revient régulièrement dans les projets du «PAN Université» (programme d'architecture nouvelle, concours d'idées ouvert aux architectes sur le thème de l'université). Les propositions d'ouverture des installations universitaires sur la ville l'ont été par l'introduction de programmes urbains dans l'université et par la mise à disposition d'équipements universitaires. C'est la question de l'ouverture/fermeture qui se pose ICI. 21

Le désenclavement des universités devait s'appuyer sur la suppression de la notion d'emprise foncière unique, les espaces verts des campus devenant petit à petit des parcs urbains publics. Des tentatives de remise en cause de l'imperméabilité des campus aux flux urbains se développent. Ces propositions d'architectes et d'urbanistes se heurtent aux idées hostiles de certains présidents d'établissements, émises lors de la mise en place des schémas directeurs de campus. A Paris X-Nanterre et Paris XIII-Villetaneuse, après une consultation partenariale très large, des propositions envisageant la traversée du domaine universitaire par une voie recevant voitures et autobus furent émises mais elles n'ont pas été reçues favorablement par les établissements concernés.

Le développement bains

universitaire

au service des enjeux ur-

Des dysfonctionnements urbains existent dans certaines villes de la banlieue parisienne. Face à ces problèmes les élus et les décideurs locaux se sont servis de l'université comme moteur d'un projet urbain. Ainsi, pour requalifier des quartiers, éliminer des friches industrielles ou relier un secteur à un centre-ville, ils ont soutenu l'extension de l'université; c'est le cas de Saint-Denis pour Paris-VIII, alors qu'à l'origine l'université a été implantée sans l'avis de la municipalité. La quête d'une requalification spatiale et sociale des banlieues peut être un enjeu sur lequel le développement universitaire est susceptible d'opérer de façon significative. En ce qui concerne les universités de Paris-XIII, Paris-VIII, Toulouse-Le Mirail et Lyon-Bron, un appel à l'action a été lancé sous les angles pédagogiques, sociaux et spatiaux. Cependant entre les projets de départ et les réalisations, il y a une déperdition énorme, par exemple à Lyon-Bron où il n'y a pas eu articulation entre le projet urbain des collectivités locales et le projet de développement universitaire.

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Des ponts plus modestes peuvent pourtant être construits entre les territoires universitaires et les quartiers de grands ensembles. L'exemple de Toulouse-Le Miraille prouve. Des relations spatiales bâties sur les connexions existantes se développent, l'insertion de logements étudiants dans les ensembles HLM y jouant un rôle non négligeable. Pourtant ce genre d'expériences ne peut être viable que s'il ya regroupement des appartements étudiants par immeubles ou par cages d'escalier. Nous montrerons à ce sujet les problèmes de cohabitation qui se sont posés à Cergy dans le quartier de la Croix-Petit. En ce qui concerne les autres ouvertures possibles aux niveaux économique, culturel et artistique notamment, les universités oscillent entre deux positions extrêmes: la fermeture et le repli sur l'enseignement strictosensu d'une part, l'ouverture à de nouvelles pratiques extra-universitaires d'autre part. Entre ces deux situations, plusieurs positionnements existent, caractérisant ainsi les différentes universités en France. Ainsi lors de l'aménagement urbain provoqué par la création ou l'extension d'une université, mais aussi au cours des débats sur l'ouverture ou la fermeture des universités et pendant des confrontations faisant suite à des enjeux différents, trois catégories d'acteurs apparaissent: les élus, les universitaires et les habitants. Pour bien poser le problème de l'ouverture/fermeture des universités et afin de parler des retombées que cela peut entraîner, nous insisterons sur: -le développement des universités, l'évolution des effectifs et des comportements étudiants. -les critères de références des directions universitaires et des professeurs. -les options prioritaires de développement urbain chez les élus. -l'évolution du mode de vie et des réactions des habitants.

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A travers ces quatre directions de recherche, nous montrerons les enjeux des différents acteurs à Cergy et à Saint-Denis. Tout au long de ce travail, nous allons donc nous efforcer de mettre en évidence les origines et les caractéristiques de la confrontation entre habitants des quartiers et milieu universitaire dans deux villes de banlieue (Cergy et Saint-Denis), en expliquant les différentes interactions qui se nouent entre ces deux milieux. Puis nous montrerons ensuite les ouvertures possibles entre l'université et la ville qui ont commencé à apparaître et qui peuvent se développer à l'avenir dans d'autres villes également tout en posant la question de leur utilité et de leur opportunité.

Bilan du PAN-Université 1990-1991. "L'université et la ville" : (*) Développement universitaire et straté2ies urbaines Plusieurs lignes directrices se distinguent quand on analyse les modes d'insertion de l'université dans l'espace urbain. Repenser les campus existants Le campus à la française, emblématique de la rupture entre université et tissu urbain, a suscité de nombreuses propositions. Plusieurs projets primés et d'autres également se sont attachés à la requalification des sites. Les formes d'intervention diffèrent autour de certaines préoccupations communes: densification, désenclavement, restructuration des voieries, aménagement paysager.

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