Berceuses et comptines arabes de Djibouti

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Cet ouvrage est un recueil de berceuses et comptines recueillies auprès des femmes de la communauté arabo-djiboutienne. Il constitue le premier ouvrage écrit sur la littérature orale de ce peuple, ce qui en fait une oeuvre inédite. Les textes recueillis y sont transcrits en alphabet arabe et en alphabet phonétique international, et également traduits en français. Voici une opportunité pour les passionnés de littérature orale de découvrir des textes originaux révélant la condition de la femme arabo-djiboutienne d'hier et d'aujourd'hui.
Publié le : mardi 1 mars 2016
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EAN13 : 9782140002786
Nombre de pages : 184
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Berceuses et comptines arabes de Djibouti Souad Kassim mohamed
Cet ouvrage est un recueil de berceuses et de comptines recueillies
auprès des femmes de la communauté arabo-djiboutienne. Il
constitue le premier ouvrage écrit sur la littérature orale de ce
peuple, ce qui en fait une œuvre inédite. Les textes recueillis
y sont transcrits en alphabet arabe et en alphabet phonétique
international. Cette transcription est accompagnée d’une glose qui
permet de distinguer la valeur grammaticale de chaque morphème.
L’objectif est de permettre aux linguistes sémitisants, arabisants
en particulier, d’avoir à leur disposition un corpus détaillé issu
de variétés dialectales arabes inconnues parce que, jusque-là, très
peu étudiées. Les textes sont également traduits en français, ce
qui permettra aux passionnés et aux professionnels francophones Berceuses et comptines
des littératures orales de découvrir des textes originaux révélant la
condition de la femme arabo-djiboutienne d’hier et d’aujourd’hui.
arabes de Djibouti
Souad Kassim mohamed PhD est actuellement maître de
conférences en sciences du langage à l’université de Djibouti
et chercheur au centre de recherche universitaire de Djibouti.
Ses travaux, en linguistique, portent sur les variétés
arabodjboutiennes. Elle est l’initiatrice et la responsable d’un projet de
sauvegarde du patrimoine immatériel arabe de ce pays.
ISBN : 978-2-343-07722-2
18 €
Souad Kassim mohamed
Berceuses et comptines arabes de Djibouti










Berceuses et comptines arabes de Djibouti





Souad Kassim Mohamed












Berceuses et comptines arabes
de Djibouti




























































































*


























































© L’Harmattan, 2016
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-07722-2
EAN : 9782343077222
Les Arabes ont fait de la poésie populaire le critère
de leur notion du bien ou du mal et la référence
principale de leurs connaissances et de leur sagesse.
Ibn Khaldoun, [La Mouqaddima - trad. V. Monteil, 1997, éd.
Sindibad] A toutes les femmes qui ont accepté de me faire
partager leur répertoire.
A ma mère qui m’a appris à entonner mes
premières berceuses.
A Marie-Claude, à Djama Saïd Ared et à Amina
Saïd Chiré, pour le temps qu’ils ont généreusement
consacré à la relecture de ces textes et pour leur
soutien indéfectible. Introduction
La république de Djibouti (désormais RDD), si
l’on se réfère aux résultats du recensement de 2009,
compte environ 818 159 habitants. On y distingue
1 principalement trois grandes communautés :
- les Somali, principalement concentrés dans la
capitale et au sud du pays dans les régions d’Ali-Sabieh
et de Dikhil, dominent sur le plan numérique et
politique ;
- les Afar vivent dans la capitale, au sud du pays,
dans la région de Dikhil et au nord où ils sont
numériquement dominants, en particulier dans les régions de
Tadjoura(h) et d’Obock ;
- les Arabes, minoritaires, sont essentiellement
concentrés dans la capitale, même si l’on retrouve un
petit nombre d’entre eux au nord (Tadjoura(h) et
Obock) et au sud du pays (Dikhil).
1 À l’heure actuelle, il n’existe pas de statistiques récentes et
fiables sur le récensement des différentes communautés de la
République de Djibouti. Les statistiques que l’on trouve,
proposent des chiffres qui varient en fonction des sources. Ainsi, les
Somali sont estimés entre 60 et 61.1% (Wikipedia,
http://www.universalis.fr/encyclopedie/issa), les Afar entre 33
et 35% (Wikipedia, http://www.universalis.fr/
encyclopedie/Afar) et les Arabes entre 5 et 15% (Wikipedia,
http://www.universalis.fr/encyclopedie /issa, Le mal
djiboutien : Rivalités éthniques et enjeux politiques (Ali Cuba, 1995,
Paris : L’Harmattan).
11 Carte 1 : Répartition des principales communautés Cette dernière communauté, bien que détentrice
d’un patrimoine culturel, littéraire et linguistique riche
et varié, a fait rarement l’objet d’un intérêt
scientifique quelconque. On recense peu de
travauxifiques consacrés à son histoire, son organisation
sociale, sa littérature, ses us et coutumes, bref son
patrimoine immatériel. À titre indicatif, je
cite2 3rai l’article de Simeone-Senelle (2002), la thèse
4(2012) et un article (2015) de Souad Kassim qui
portent sur ces variétés dialectales et un article, déjà
an5cien, d’Alain Rouaud (1997) qui retrace une partie de
son histoire. Au niveau littéraire, il n’existe aucune
trace écrite des différents genres populaires existant, à
savoir, les contes, les berceuses, les comptines, les
proverbes, les chants de travail, les incantations, pour
ne citer que les plus courants. Aujourd’hui, la
modernisation et la mondialisation, ajoutées au fait que cette
2 Simeone-Senelle (2002) « L'arabe, langue maternelle de
citoyens djiboutiens du nord de la République de Djibouti. »
Proceedings of the 4th Conference of the International Arab
Dialectology Association (AIDA), Marrakesh, Apr. 1-4. 2000. In
Honour of Professor David Cohen. A. Youssi, F. Benjelloun,
M. Dahbi and Z. Iraqui-Sinaceur. Rabat, AMAPATRIL:
140150.
3 « Description du parler Hakmi de Djibouti. Arabe
vernaculaire de la capitale. », Thèse de linguistique présentée et
soutenue le 21 décembre 2012 par Souad Kassim Mohamed
(INALCO/LLACAN).
4 « Système de négation chez les locuteurs hakmi et souqi de
Djibouti-ville : description et comparaison, Revue Universitaire
de Djibouti n°8, 2015.
5 Rouaud A., (1997), « Pour une histoire des Arabes de
Djibouti 1896-1977 », Cahiers d’Etudes Africaines, Paris : Éditions
EHESS, 319-348.
13 communauté soit minoritaire, font que ce patrimoine
immatériel est, plus qu’ailleurs, menacé. Le présent
ouvrage se veut une contribution modeste à la
sauvegarde de la littérature orale pour enfants que sont les
berceuses et les comptines.
Lors de mes recherches, j’ai pu constater combien
cette littérature était menacée pour ne pas dire en voie
d’extinction. Les berceuses traditionnelles illustrent à
plus d’un titre ce désinterêt croissant que manifestent
ostensiblement les générations actuelles pour la
culture des anciens. Jugées obsolètes, les jeunes femmes
leur préfèrent les chansons plus modernes venues
d’Egypte, du Liban, ou de la France. De ce fait, rares
sont celles qui chantent encore aujourd’hui les
berceuses d’antan. Seules les locutrices de plus de
quarante ans sont encore capables d’entonner quelques
couplets. Toutefois, à cause des caprices d’une
mémoire vieillissante, aucune d’entre celles que j’ai
interrogées ne parvenait à se souvenir du texte intégral
ou du moins d’un nombre important de couplets. Les
comptines anciennes partagent ce même sort. Très
peu d’enfants continuent à chanter et à danser sur les
airs des comptines anciennes. L’influence
grandissante de la télévision par transmission satellite, fait,
qu’aujourd’hui plus que jamais, femmes et enfants
tournent le dos à une littérature locale mal perçue, car
considérée comme « désuète » si l’on se réfère aux
représentations des membres de cette communauté, et
ce, au détriment d’une littérature hautement appréciée
diffusée par les chaînes égyptiennes, libanaises ou
koweïtiennes. Dès lors, ces vieux chants anonymes
qui ont longtemps bercé notre enfance font
progressi14 vement place à des chants venus d’ailleurs,
unilatéralement perçus par les Arabo-djiboutiens comme plus
modernes et plus prisés. Force est, donc, de constater
aujourd’hui, que les chansons populaires, enfantines
en particulier, tendent à disparaitre progressivement,
mais sûrement du champ littéraire local.
Le fait que cette littérature menacée soit orale et
pas documentée impose un véritable travail
d’archivage qui s’inscrit dans un vaste programme de
sauvegarde du capital littéraire arabo-djiboutien. Ce
volume constitue, le premier pas pour la
concrétisation de ce projet. Il présente une trentaine de
berceuses et de comptines traditionnelles de longueurs
différentes et de thèmes variés. Ces chansons
enfantines proviennent d’enregistrements effectués entre
février et août 2004, dans un premier temps, puis
entre 2005 et 2012, à Djibouti-ville, dans les quartiers
d’Ambouli [ħumbúli], de Djebel [gabal], les quartiers
1, 2, 3 et 4. Elles ont été recueillies, auprès des
femmes de la communauté arabophone de Djibouti.
Les récitantes, toutes d’origine yéménite,
appartiennent à des tribus différentes et possèdent des variétés
dialectales différentes. Elles sont locutrices de souki,
hakmi, maschlahi, darhimi ou de mawza’i. Agées
entre 40 et 65 ans, elles sont pour la majorité des
6femmes au foyer, le plus souvent non scolarisées .
Les circonstances d’enregistrement sont classiques.
C’est généralement sous ma demande qu’elles
accep6 ? ???? ??? ? ?? ??? ?? ??? ????? ?? ?? ???? ??? ????
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15
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??? ?? ??? ???? ? ???? ??? ?? ?? ???? ???? ? ?? ???? ? ?? ????tent (sans toutefois quelques réticences) à entonner
quelques berceuses, simulant souvent un bercement
virtuel.
Après les avoir enregistrées, j’ai transcrit les
données en API, au plus près des textes des récitantes.
Ensuite, elles sont glosées et traduites mot à mot
avant d’en donner une traduction plus littéraire. Les
oublis de la mémoire des récitantes font que beaucoup
de textes recueillis sont souvent incomplets et
lacunaires. Pour avoir des textes plus complets, j’ai dû
procéder à un travail d’assemblage, de reconstitution
de plusieurs extraits d’une même berceuse recueillis
auprès de différentes récitantes. Une fois ce travail
d’assemblage terminé, je l’ai présenté à mes
informatrices qui l’ont corrigé, complété et réajusté. C’est
pourquoi, il n’est pas rare que certaines berceuses
transcrites dans ce recueil, soient l’œuvre de plusieurs
récitantes.
Dans cet ouvrage, une première partie présente les
chansons transcrites en alphabet arabe tout en
respectant la prononciation des récitantes. Chaque texte en
arabe est suivi de sa traduction en français et d’un
commentaire fournissant des données sociales et/ou
anthropologiques afin de mieux en saisir le sens des
textes et de mieux comprendre leur contexte. Les
versions transcrites en API et glosées sont présentées
dans une seconde partie, afin de permettre aux
linguistes d’avoir une idée précise du fonctionnement de
la langue des récitantes. Ces chansons sont, ici,
regroupées par rapport à leur fonction dominante :
prière, éloge, complainte, avertissement, invective ou
éducative.
16 Mais avant de présenter ces textes, il m’a semblé
important, pour le contexte social et linguistique, de
fournir un bref aperçu sur la communauté
arabodjiboutienne et sur leurs différents parlers afin de
mieux percevoir et de mieux comprendre l’origine de
ces chants, mais aussi leurs caractéristiques
linguistiques.
1. Arabes de Djibouti
1.1 Histoire
La proximité géographique entre le golfe de
Tadjoura(h) situé au nord de la RDD et la partie sud-ouest
du Yémen (voir carte 2) a fait que les marins
yéménites, les pêcheurs, les trafiquants, les négociants…,
ont fréquenté depuis des siècles les côtes de l’actuelle
RDD sans pour autant y former une colonie de
peuplement à proprement parlé (Rouaud, 1997 : 322). Le
pays constituait un lieu de passage pour les caravanes
qui le traversaient pour aller de l’Ethiopie au Yémen
et vice versa. En même temps, des pêcheurs
yéménites se sont momentanément installés sur la côte.
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