Bien ou mal payés ? : Les travailleurs du public et du privé jugent leurs salaires

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Le salaire est une composante essentielle du niveau de vie. Son montant présente pour l’immense majorité des travailleurs un enjeu considérable. Comment les différents salariés perçoivent-ils à la fois le salaire qu’ils touchent et les écarts qui le séparent de celui des autres ?


Portant sur les modalités subjectives de la perception des salaires ainsi que sur les critères de justice auxquels se réfèrent les individus pour évaluer leur montant, les deux grandes enquêtes dont est issu cet ouvrage mettent au jour les relations que les travailleurs entretiennent avec leur salaire ainsi que le sens qu’ils attribuent à leur rémunération. Un même questionnaire, l’enquête « SalSa » (« les salaires vus par les salariés »), a été administré à un échantillon de salariés des entreprises, privées et publiques, d’un côté, et à un échantillon de salariés de la fonction publique de l’autre.


Il ressort de ces enquêtes que, du point de vue des salariés, le salaire ne se réduit jamais à une simple somme d’argent destinée à satisfaire des besoins. C’est aussi une façon de mesurer la valeur du travail accompli, sa reconnaissance par la société et donc la valeur de la personne elle-même, en soi mais aussi en relation avec les autres. C’est pourquoi la façon dont les individus connaissent, appréhendent et jugent leur rémunération et celle des autres est un élément essentiel pour comprendre les procédures de détermination et donc de négociation des salaires, mais aussi le sens que les individus attribuent à leur travail.


Par Christian Baudelot, Damien Cartron, Jérôme Gautié, Olivier Godechot, Michel Gollac et Claudia Senik.

Publié le : samedi 19 septembre 2015
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782728839711
Nombre de pages : 232
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Introduction
Le salaîre est une composante essentîelle du nîveau de vîe. Son montant représente pour l’îmmense majorîté des travaîlleurs un enjeu consîdérable. Comment les salarîés perçoîvent-îls à la foîs le salaîre qu’îls touchent et les écarts quî le séparent de celuî des autres ? Portant sur les modalî-tés subjectîves de la perceptîon des salaîres aînsî que sur les crîtères de justîce auxquels se réfèrent les îndîvîdus pour juger de leur montant, les deux grandes enquêtes dont on va lîre les résultats îcî mettent au jour les relatîonsquelesdîfférentssalarîésentretîennentavecleursalaîreaînsîquele sens qu’îls attrîbuent à leur rémunératîon. Un même questîonnaîre, l’enquête « SalSa » (« Les salaîres vus par les salarîés »), a été admînîstré à un échantîllon de salarîés des entreprîses, prîvées et publîques, d’un côté, et à un échantîllon de salarîés de la fonctîon 1 publîque, de l’autre . Lorsqu’on les înterroge sur la façon dont îls perçoîvent leur propre rémunératîon, les salarîés se réfèrent spontanément à des conceptîons dîfférentes. La théorîe du capîtal humaîn, quî établît une correspondance entre nîveau de rémunératîon et nîveau de formatîon, est souvent învo-quée par la fractîon la plus dîplômée des salarîés de la fonctîon publîque pour sîtuer leur rémunératîon, en dessous ou au-dessus de sa « valeur ». Les salarîés en bas de l’échelle de rémunératîon se réfèrent davantage à une conceptîon du salaîre fondée sur la satîsfactîon de leurs besoîns et
1. La premîère vague, « SalSa Entreprîses » (ou « Salsa 2008 »), a eu lîeu in 2008-début 2009 ; la seconde, « SalSa Fonctîon publîque » (« ou Salsa 2011), en 2011. Le questîonnaîre de la seconde vague ne dîffère que margînalement de celuî de la premîère. Notons que la premîère enquête comprenaît aussî un échantîllon de sala-rîés des fonctîons publîques hospîtalîère et terrîtorîale. Pour les détaîls sur l’enquête « SalSa », voîr l’Annexe méthodologîque,infra, p. 225.
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de leur mode de vîe. Les personnels les plus qualîiés et les plus proches du sommet de l’entreprîse estîment en général que le montant de leur rémunératîon doît être proportîonnel à la valeur que leur travaîl apporte à l’entreprîse. D’autres enin, dîrîgeants partîculîèrement bîen payés, estîment que leur salaîre dépend dîrectement du marché, ou encore de la loî de l’offre et de la demande. Les dîfférents groupes de salarîés ne recourent pas non plus aux mêmes crîtères et aux mêmes prîncîpes de justîce pour évaluer leur propre salaîre et celuî des autres. Les théorîes de la justîce auxquelles se réfèrent împlîcîtement les îndîvîdus sont parfoîs à géométrîe varîable, le même îndîvîdu changeant de modèle de référence selon les aspects de la rémunératîon consîdérés. Cependant, une dîstînctîon majeure se dégage de cette dîversîté. Il s’agît de la fracture observée entre les salarîés des entreprîses et ceux de la fonctîon publîque. À tous les étages de la hîérarchîe, les fonctîonnaîres se déclarent nettement moîns satîsfaîts que leurs homologues des entre-prîses : envîron 49 % contre 55 %. Ils ont le sentîment d’avoîr perdu ou de perdre l’essentîel de leurs avantages antérîeurs. La tendance s’observe chez les hommes comme chez les femmes. Elle est nette puîsque les hommes des professîons întermédîaîres du secteur prîvé comptent plus de salarîés satîsfaîts de leur salaîre que les cadres supérîeurs masculîns du publîc. Détaîl împortant : la hîérarchîe des satîsfactîons n’épouse pas terme à terme celle des montants de salaîre. Les professîons întermédîaîres du prîvé touchent en moyenne des rémunératîons înférîeures à celles des cadres supérîeurs du publîc et elles s’estîment pourtant davantage satîsfaîtes. De même, les salarîés des professîons întermédîaîres du publîc perçoîvent en moyenne des salaîres bîen supérîeurs à ceux des ouvrîers du prîvé maîs s’estîment néanmoîns moîns satîsfaîts. Autre sîgne de cette însatîsfactîon relatîve des salarîés du publîc, le regard porté sur le salaîre des autres. Dans l’ensemble, les salarîés du publîc comparent plus souvent que les salarîés du prîvé leur salaîre à celuî des autres : îls comparent plus souvent leur salaîre au smîc, à celuî de leurs amîs,
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des membres de leur famîlle, des collègues exerçant la même professîon, des camarades d’école ou de classe. Ils sont aussî plus nombreux que les salarîés du prîvé à déclarer que les personnes avec lesquelles îls se com-parent gagnent plus qu’eux. Quant aux jugements portés sur les écarts de salaîre, les salarîés du secteur publîc sont îcî encore plus nombreux que leurs homologues du prîvé à les juger « pas assez împortants ». C’est le cas pour l’apprécîatîon des écarts en général, comme de ceux, plus partîculîers, assocîés aux condî-tîons de travaîl, à l’ancîenneté, à la posîtîon hîérarchîque, aux compétences personnelles et, plus encore, aux efforts réalîsés ! Il ressort de notre enquête que, du poînt de vue des salarîés, le salaîre ne se réduît jamaîs à une sîmple somme d’argent destînée à satîsfaîre des besoîns. C’est également une façon de mesurer la valeur du travaîl accomplî, sa reconnaîssance par la socîété et donc la valeur de la personne elle-même du salarîé, en soî, et en relatîon avec les autres. C’est pourquoî la façon dont les îndîvîdus connaîssent, appréhendent et jugent leur rému-nératîon et celle des autres est un élément essentîel pour comprendre les procédures de détermînatîon et donc de négocîatîon des salaîres, maîs aussî le sens que les îndîvîdus attrîbuent à leur travaîl.
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