Bilan d'une réflexion de quatre décennies et enjeux du futur

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Quel est l'apport scientifique du CEDIMES après quarante années d'existence ? Ce livre part d'une rétrospective analytique sur la pertinence des choix des problématiques arrêtés depuis 1972, puis évalue les résultats obtenus autour de huit thématiques : l'entrepreneuriat et le marché, l'entrepreneuriat et les structures, le développement, le développement durable, la mondialisation, les politiques économiques, les apports des autres disciplines et l'aménagement territorial.
Publié le : vendredi 1 mai 2015
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EAN13 : 9782336380872
Nombre de pages : 192
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BILAN D’UNE RÉFLEXION
DE QUATRE DÉCENNIES
Sous la direction de
ET ENJEUX DU FUTUR
Roger Tsafack NanfossoQuel est l’apport scientifque du CEDIMES après quarante années d’existence ? C’est à cette question
que cet ouvrage tente de répondre. En partant d’une rétrospective analytique sur la pertinence des
choix problématiques arrêtés depuis 1972, une évaluation des résultats obtenus est engagée autour
de huit thématiques : Yvon GASSE (Canada) pour l’entrepreneuriat et le marché, Bardyl CEKU
(Albanie) pour l’entrepreneuriat et les structures, Blanche Nirina RICHARD (Madagascar) pour le BILAN D’UNE RÉFLEXION
développement, Jean-David AVENEL (France) pour le développement durable, Alain BIENAYME
(France) pour la mondialisation, Maria NEGREPONTI-DELIVANIS (Grèce) pour les politiques DE QUATRE DÉCENNIES
économiques, Anne-Marie LAULAN (France) pour les apports des autres disciplines, et enfn,
Daniela SARPE (Roumanie) pour l’aménagement territorial. ET ENJEUX DU FUTUR
Une pépinière de chercheurs labélisés CEDIMES peuvent mettre en avant leurs compétences
en matière de connaissances théoriques et analytiques, tout comme leur maîtrise des outils
techniques liés aux mathématiques et à l’économétrie. Dans la même lignée, peut être évoqué
le développement des incubateurs dédiés à la pluridisciplinarité et donc à l’ouverture aux
autres sciences capables de densifer le discours de l’Institut. L’institut CEDIMES poursuit
ses analyses sur la base de celles posées par Jacques Austruy s’attachant à voir dans le
développement un « scandale » pour l’esprit, un basculement d’un état dans un autre par
une mutation de structure où le pouvoir, sa source, sa légitimité et ses valeurs sont
au cœur du processus. Claude Albagli a poursuivi cette ligne et a transformé ce
pôle de réfexions et de recherches en un réseau académique mondial s’insérant
résolument dans la francophonie et doté d’outils opérationnels. Le
vice-recteur Roger Tsafack Nanfosso présente un bilan lucide
de ces quatre décennies pour en projeter les missions
prochaines… et la résonnance avec les
enjeux planétaires.
Roger Tsafack Nanfosso est professeur agrégé de sciences économiques et de gestion Préface de Claude Albagli
à l’Université de Yaoundé II (Cameroun), major du concours d’agrégation Cames
Président de l’Institut CEDIMES(Conseil africain et malgache de l’enseignement supérieur) en sciences économiques,
en 2001. Il est aujourd’hui vice-recteur de cette université et membre du Conseil
d’administration de l’institut CEDIMES. Son champ de recherche scientifque
s’articule essentiellement autour des comportements économiques des individus et
de l’analyse du marché du travail en contexte sous-développé. Il a publié plusieurs
contributions dans les ouvrages collectifs et de nombreux articles dans des revues
scientifques internationales, en Afrique, en Europe et aux États-Unis. Il a reçu les
insignes de Chevalier dans l’Ordre des palmes académiques françaises.
Mouvements Économiques et Sociaux
isbn : 978-2-343-05531-2
19,50 €
BILAN D’UNE RÉFLEXION
Sous la direction de
DE QUATRE DÉCENNIES ET ENJEUX DU FUTUR
Roger Tsafack Nanfosso




















Bilan d’une réflexion
de quatre décennies
et enjeux du futur


















QUARANTIÈME ANNIVERSAIRE
DE
L’INSTITUT CEDIMES

Sous la direction de
Roger TSAFACK NANFOSSO











Bilan d’une réflexion
de quatre décennies
et enjeux du futur





Préface de Claude ALBAGLI
Président de l’Institut CEDIMES





















Collection
Mouvements Economiques et Sociaux




INSTITUT CEDIMES























































© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-05531-2
EAN : 9782343055312
Collection Mouvements Economiques et Sociaux
Dirigée par Claude ALBAGLI
La collection « les Mouvements Economiques et Sociaux » présentée par
L’HARMATTAN et l’INSTITUT CEDIMES se propose de contribuer à l’analyse
des nouveaux aspects de la mondialisation en embrassant les phénomènes
économiques, sociaux et culturels. Elle vise à faire émerger des recherches et des
contributions originales sur les mutations du développement et de la mondialisation.

ALBAGLI Claude, « Le surplus agricole, De la puissance à la jouissance »,
L’Harmattan, Coll. M.E.S., 2001.
DELIVANIS-NEGREPONTI Maria, « La mondialisation conspiratrice »,
L’Harmattan, Coll. M.E.S., 2002.
RUBY Marcel (sous la direction), « Une mondialisation humaniste », Préface du
Ministre Délégué de la Coopération et de la Francophonie, Pierre-André WILTZER
L’Harmattan, Coll. M.E.S., 2003.
RAJEMISON Sahondravololona & ALBAGLI Claude (sous la direction),
« Mutations contemporaines et développement », Préface du Ministre de
l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, Jean-Théodore RANJIVASON,
L’Harmattan, Coll. MES, 2003.
MAYOUKOU Célestin, ALBAGLI Claude, TORQUEBIAU Emmanuel et
THUILLIER Jean-Pierre (Coordonnateurs), « Gouvernance du Développement
local », CIRAD, L’Harmattan, Coll. M.E.S., 2003.
ALBAGLI Claude (Coordonnateur), « Alter-Développements et développements
altérés, Hommage à Jacques AUSTRUY », L’Harmattan, Coll. M.E.S., 2003.
KIM Yersu & ALBAGLI Claude (Coordonnateurs), « Corée du Sud, le modèle et
la crise », Commission Nationale Coréenne UNESCO, L’Harmattan, Coll. M.E.S.,
2004.
TREMBLAY Rodrigue, « L’Amérique impériale », L’Harmattan, Coll. M.E.S.,
2004.
HUCHET Jean-François & RICHET Xavier (Coordonnateurs), « Gouvernance,
coopération et stratégie des firmes chinoises », L’Harmattan, Coll. M.E.S., 2005.
DUPRIEZ Pierre (sous la direction), « Entreprises roumaines en transition,
Etudes de cultures organisationnelles », L’Harmattan, Coll. M.E.S., 2005.
COURTHEOUX Jean-Paul, « La socio-euphémie, Expression, modalités,
incidences », AELF, L’Harmattan, Coll. M.E.S., 2005.
GUERRAOUI Driss & RICHET Xavier (sous la direction), « Intelligence
économique et veille stratégique, Défis et stratégies pour les économies
émergentes », Co-édition ARCI, L’Harmattan, Coll. M.E.S., 2006.
SCHMITT Christophe (sous la direction), « Université et Entrepreneuriat, des
relations en quête de sens », L’Harmattan, Coll. M.E.S., 2006.
AUSTRUY Jacques, « Islam face au développement », L’Harmattan, Coll. M.E.S.,
2006.
GERN Jean-Pierre (sous la direction), « Les sciences sociales confrontées au défi
du développement », L’Harmattan, Coll. M.E.S., 2006.
PATUREL Robert (sous la direction), « Dynamique entrepreneuriale et
développement économique », L’Harmattan, Coll. M.E.S., 2007.
TRAIMOND Pierre, « Jean-Charles BORDA, 1733-1799 », L’Harmattan, Coll.
M.E.S., 2007.
TSAFACK-NANFOSSO Roger A. (sous la direction), « L’économie solidaire
dans les pays en développement », L’Harmattan, Coll. M.E.S., 2008.
ALBAGLI Claude, « Les sept Scénarios du Nouveau Monde », Préface du
Sénateur Jean-François LE GRAND, L’Harmattan, Coll. M.E.S., 2009.
GASSE Yvon (sous la direction), « Vers une francophonie entrepreneuriale »,
L’Harmattan, Coll. M.E.S., 2009.
TRAIMOND Pierre, « Le développement aux périls de la finance, Essai »,
L’Harmattan, Coll. M.E.S., 2010.
KIYINDOU Alain (sous la direction) « Cultures, technologie et mondialisation »
L’Harmattan, Coll. M.E.S., 2010.
KOULAKOUMOUNA Etienne, « Réglementation et performance,
L’enseignement supérieur au Congo », L’Harmattan, Coll. M.E.S., 2013.
PATUREL Robert (sous la direction), « Projets et entrepreneuriat dans des pays
émergents », L’Harmattan, Coll. M.E.S., 2013.
LEVY-TADJINE Thierry et SU Zhan (sous la direction), « Entrepreneuriat,
PME durables et réseaux sociaux », L’Harmattan, Coll. M.E.S., 2013.
BEN ABDELKADER Fahmi et LABARONNE Daniel (sous la direction),
« Institutions de gouvernance, confiance et développement, Application aux pays
arabes de la Méditerranée », L’Harmattan, Coll. M.E.S., 2014.
DELIVANIS-NEGREPONTI Maria, « La Grèce assassinée de sang froid (Vers
un retour à la drachme) », L’Harmattan, Coll. M.E.S., 2014
ZHANG-FERNANDEZ Rong, « Précis de civilisation chinoise », L’Harmattan,
Coll. M.E.S., 2014.
TSAFACK-NANFOSSO Roger A. (sous la direction), « Bilan d’une reflexion de
quatre décennies et perspectives », Préface de Claude ALBAGLI, Président Institut
CEDIMES, L’Harmattan, Coll. M.E.S., 2015.
ZHAN SU et LOUICIUS Michel (sous la direction), « Modèles de développement
des pays émergents: caractéristiques, portée et défis », L’Harmattan, Coll. M.E.S.,
2015 (En préparation).
LAFAY Gérard, (sous la direction), « Grèce et Euro, Quel avenir ? »,
L’Harmattan, Coll. M.E.S., 2015 (En préparation).






« Le développement est, à la réflexion, un
scandale pour l’esprit et une exception
historique, ce qui explique, sans doute, sa
difficile traduction dans les termes de la théorie
économique » et « la conséquence d’une
conjonction rare et imprévisible des
circonstances ».


Jacques AUSTRUY (1930-2010)
[Fondateur du CEDIMES]
Le scandale du développement,
Editions M. Rivière, 1965, pp. 21 & 31















Sommaire

Préface
Claude ALBAGLI (France) .................................................................. 11

Introduction
LES 40 ANS DU CEDIMES : QUEL BILAN SCIENTIFIQUE ? ................... 21
Roger TSAFACK NANFOSSO (Cameroun)

CHAPITRE I - ENTREPRENARIAT (MARCHÉS) ...................................... 39
Yvon GASSE (Canada)

CHAPITRE II - ENTREPRENARIAT (STRUCTURES) ................................ 53
Bardhyl CEKU (Albanie)

CHAPITRE III – DÉVELOPPEMENT ....................................................... 59
Blanche Nirina RICHARD (Madagascar)

CHAPITRE IV - DÉVELOPPEMENT DURABLE & RSE ........................... 81
Jean-David AVENEL (France)

CHAPITRE V – MONDIALISATION ........................................................ 87
Alain BIENAYME (France)

CHAPITRE VI - POLITIQUES ÉCONOMIQUES ...................................... 101
Μaria NEGREPONTI-DELIVANIS (Grèce)

CHAPITRE VII - APPORTS DES AUTRES DISCIPLINES ........................ 121
Anne Marie LAULAN (France)

CHAPITRE VIII - AMÉNAGEMENT TERRITORIAL .............................. 131
Daniela SARPE (Roumanie)

Conclusion
Remarques finales : « 40 ans et quoi d’autre ? » ............................ 145
Roger TSAFACK NANFOSSO (Cameroun)

9


PRÉFACE



Claude ALBAGLI
Président Institut CEDIMES



Lorsqu’en 1968, Jacques AUSTRUY ouvrait son ouvrage fondateur en posant que
le développement était d’abord un étonnement, une sorte d’incongruité dans
l’Histoire de l’humanité, bref un « scandale » de la pensée, il attira l’intérêt de
la communauté scientifique qui s’interrogeait sur les voies et moyens de
1l’émergence des pays du Tiers Monde. Il fallait considérer d’abord le
développement des pays industrialisés comme un fait tout à fait singulier, et
non la norme puisque cela ne concernait jusqu’ici qu’une fraction
embryonnaire des 80 milliards d’individus répertoriés depuis les origines, un
fragment de la population contemporaine concernant de surcroît une parcelle
très restreinte de notre planète.

Si le développement devenait une aspiration universelle, la question soulevée
portait moins sur cette conversion à une société de consommation attractive,
car présentée toujours sous ses aspects les plus ludiques, que sur les moyens
contraignants pour y parvenir. Une première piste consista à favoriser
l’accroissement des moyens de production pour augmenter les quantités de
grains, de textile ou d’acier : elle ne convainquait pas Jacques AUSTRUY.
Effectivement, les échecs patents de ces vaines tentatives initiées dans les
fièvres des Indépendances, suggéraient que certains facteurs avaient sans doute
été omis pour rendre ces tentatives opérationnelles.

L’Ecole historique allemande avait proposé une interprétation de la progression
de l’humanité à travers des états successifs, découpant les temps historiques en
différentes phases caractérisées par des attributs économiques et sociaux
2distincts . Jacques AUSTRUY en retint la méthode : le développement était une
affaire de mutation des structures. Mais cette analyse descriptive péchait par

1 AUSTRUY Jacques (1965), Le scandale du développement, Marcel Rivière.
2 LIST Friedrich (1841), Le système national d’économie politique. Il distingue cinq stades dans
l’évolution des nations : l’état sauvage, pastoral, agricole, agricole manufacturier, et
agricolemanufacturier-commercial ; SOMBART Werner (1938), Le socialisme allemand : une théorie
nouvelle de la société, Payot. Voir aussi HILDEBRAND Bruno, KNIE Karl Gustav, ROSCHER
Wilhelm, par exemple.
11 son mode opératoire : il ne disait rien sur la méthode qui permettait de basculer
d’un état à l’autre. W. W. ROSTOW, dans « Les cinq étapes de la croissance
1économique » , adopté dans les années 60-70 comme ouvrage de référence,
s’appliqua à reprendre le principe des phases, mais en se focalisant sur la
recherche des variables socioéconomiques qui déterminaient les seuils au-delà
desquels on basculait. Mais plus élaborée que l’énonciation descriptive des
types successifs de sociétés, l’analyse souffrait malgré tout, d’au moins deux
limites : 1° elle offrait aux pays s’engageant dans le développement une vision
univoque de leur futur, en invoquant comme unique viatique, le chemin
emprunté par les précurseurs ; 2° elle explicitait peu les moyens qui
permettaient à une société d’obtenir les effets de seuils pour basculer dans un
autre état. Si l’on savait que l’eau avait besoin d’être chauffée à une certaine
température pour parvenir à l’état gazeux, encore fallait-il que quelqu’un
trouve les moyens de chauffer l’eau !

C’est à ce point que Jacques AUSTRUY apporta une réponse novatrice et
stimulante : le développement était une affaire de mutation de structures, une
discontinuité sociale comme lorsque le papillon éclot de sa chrysalide, ni tout à
2fait lui-même, ni tout à fait un autre . Mais ce qui était de nature à favoriser
cette mutation ou d’en bloquer l’avènement, c’était le Pouvoir, compris comme
processus de contrôle sur la société et analysé dans son essence et non pas
décrit dans sa capacité discrétionnaire de contraintes au quotidien. C’est ce que
résumera le titre éponyme de son ouvrage : « Le Prince et le Patron ». L’enjeu
était donc de discerner les éléments du seuil et d’en obtenir l’apparition pour
qu’une société agreste, tribale et rentière devienne urbaine, bureaucratique et
3financière .

Le Pouvoir qui comptait réussir ce changement, devait : 1° modifier les
mentalités de telle sorte que les changements de paramètres rendent rationnels
de nouveaux comportements qui ne l’étaient pas antérieurement ; 2°
transformer l’infrastructure de telle façon que la nouvelle logique puisse
trouver un cadre qui l’assiste, l’entretienne et la perpétue ; 3° réorienter les
4intérêts matériels de telle manière qu’ils s’adaptent à la situation nouvelle .
Ainsi, la mutation n’avait rien d’inéluctable, ni de spontané. Les acteurs
économiques pouvaient même douter de l’intérêt à s’engager sur le chemin des
précurseurs qui provoquerait, non pas leur perpétuation doublée d’un
enrichissement, mais un bouleversement social, une mutation des paradigmes
et de nouvelles logiques d’appropriation desquels ils pouvaient être balayés. Si
le développement se médiatisait sous ses formes consuméristes et ludiques, il
ne communiquait guère sur la transformation sociale qu’il entraînait avec
l’étroite subordination au salariat qui constituait l’envers de cette médaille

1 ROSTOW W. W. (1963), Les étapes de la croissance économique, Paris, Le Seuil.
2 AUSTRUY Jacques (1992), La chenille et le papillon : l’économie des métamorphoses, Cujas.
3 A Jacques (1972), Le Prince et le Patron, Cujas, p. 132.
4 AUSTRUYLe Prince et le Patron, Cujas, p. 125.
12 prometteuse… On redécouvrait le dilemme qu’avait analysé John STUART MILL
lorsque la Grande Bretagne affermissait son pouvoir colonial : soit elle laissait
les pouvoirs en place, mais c’était consentir à ce que la société n’évolue guère,
car les détenteurs de l’autorité tenait leur légitimité d’une structure sociale et
leur puissance d’une légitimité perpétuée ; soit elle se substituait au pouvoir en
place par une tutelle coloniale, mais c’était s’engager sur de nouvelles voies,
risquer de violenter une mutation sociale sans que le décideur final légiférant à
des milliers de kilomètres, mesure toutes les répercussions sur les populations
1concernées …

Le « Scandale du Développement » fut publié dans la tourmente universitaire
de 1968, mais c’est après être parti pour l’Université d’Antananarivo à
Madagascar (1970-1972), que Jacques AUSTRUY revint à l’Université
PanthéonAssas (Paris II), publia sa synthèse « Le Prince et le Patron » et créa avec les
2 3Professeurs Luc BOURCIER de CARBON et Christian LABROUSSE , le Centre
d’Etudes du Développement International et des Mouvements Economiques et
Sociaux, dont l’acronyme est aujourd’hui devenu un patronyme : CEDIMES. Le
èmelaboratoire jumelé à une formation de 3 cycle d’études approfondies (DEA)
ayant pour thème « Développement et Civilisation », initia au fil des années,
des centaines d’étudiants dont plusieurs dizaines entreprirent des thèses d’Etat
sous la direction des fondateurs. Ces docteurs essaimèrent aussi à travers le
Maghreb et l’Afrique subsaharienne où ils devinrent les conseillers du Prince,
avec des fortunes diverses. Jacques AUSTRUY avait coutume de dire que la
moitié de ses anciens étudiants accédaient aux plus hautes marches tandis que
l’autre connaissait l’ostracisme ou les geôles, mais que ces positions alternaient
le plus souvent…

Je rejoignis Jacques AUSTRUY qui avait initié ma réflexion sur le développement
et inspiré ma recherche doctorale, après un séjour d’une quinzaine d’années en
Afrique Noire en y servant au titre de la Coopération pour y remplir des
fonctions académiques et décanales au sein de divers établissements
universitaires. Pour davantage ancrer les réflexions de ce laboratoire à l’espace
géographique auquel il s’intéressait et pour répondre à une demande effective
de cloner ce laboratoire dans les établissements partenaires, j’initiai, en 1992,
avec l’assentiment de Jacques AUSTRUY, un « Institut CEDIMES » à l’issue
d’une réunion fondatrice dans une cave de l’Université Paris II à laquelle

1 STUART MILL John (1848), Principes d’économie politique. PITTS Jennifer, (2008), Naissance
de la bonne conscience coloniale : les libéraux français et britanniques et la question impériale
(1770-1870), Préface MANCERON Gilles, Les Editions de l’atelier, p. 40.
2BOURCIER de CARBON Luc (1972), Essai sur l’histoire de la pensée et des doctrines
économiques, Tomes I, II et III, Montchrestien.
BOURCIER de CARBON Luc (1972), Démographie géo-économique, Cours de droit.
3 LABROUSSE Christian & Wallon Alain (1992), La planète des drogues, organisation criminelle,
guerre et blanchiment, Seuil. LABROUSSE Christian (2000), Les grands problèmes de l’économie
contemporaine, Litec.
13 1participaient Mme Sahondravololina RAJEMISON pour Madagascar , Célestin
MAYOUKOU pour le Congo Brazzaville, Ibrahim MAROUN pour le Liban et
Mohammed EL FAÏZ pour le Maroc auxquels vinrent, dans les deux années
suivantes, se rattacher la Turquie, le Canada, la Chine et la Hongrie. Le Réseau
Académique International ancré dans la Francophonie prenait son essor,
structuré non en filiales essaimées, mais en partenaires novateurs. Vingt ans
plus tard, plus de 2.000 chercheurs avaient participé à cette aventure
intellectuelle, 34 centres nationaux avaient été créés par le monde dont souvent
Recteurs et Doyens assumaient la Direction. Les deux Vice-Présidents de
l’Institut CEDIMES, le Recteur Maria NEGREPONTI-DELIVANIS et le Recteur Ion
CUCUI concoururent plus particulièrement au développement du réseau, l’un par
la notoriété de ses approches dans nos débats scientifiques, l’autre par son aura
traduite dans ses capacités de réseautage. Depuis l’an 2000, d’éminentes
personnalités ont encouragé notre entreprise en la parrainant : ce fut d’abord
Pierre MESSMER, ancien Premier Ministre et Chancelier de l’Académie
2Française, et Maurice ALLAIS , encore seul français honoré du Prix Nobel
3d’économie . Après leur disparition, nous avons bénéficié du parrainage
d’Abdou DIOUF, ancien Premier Ministre et Président du Sénégal et Secrétaire
Général de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), et de celui
de Jean-Pierre RAFFARIN, ancien Premier Ministre de France et Vice Président
du Sénat, illustrant respectivement notre attachement profond d’une part à
4l’Afrique et d’autre part à la Chine .

Le mot d’ordre de notre communauté scientifique était et reste simple. Il ne
s’agit pas d’adopter un corpus idéologique néo quelque chose, mais d’être à
l’écoute attentive : venez au CEDIMES, répétons-nous, tels que vous êtes,
porteurs de vos acquis, de votre culture et de votre croyance, sachant qu’autour
de la table où vous serez accueilli, chacun est porteur de ses propres spécificités
différentes des vôtres. C’est dans une mutuelle écoute que notre réseau
s’enrichit, et que nous tentons d’approcher une compréhension de notre monde
complexe, car la mondialisation joue ses effets de façon distincte à Bamako et à
Tokyo, mais l’une et l’autre participent aux mêmes forces planétaires en

1 Une pensée particulière est dédiée à Mme le Professeur Sahondravololona RAJEMISON (1949 -
2014), Directeur du CEDIMES-Madagascar, Co-fondatrice du réseau international de l’Institut
qui nous a quittés douloureusement en 2014. Elle a participé activement au rayonnement et à
l’expansion du réseau en y insufflant beaucoup derigueur.
2 ALLAIS Maurice (1999), Mondialisation, la destruction de la croissance et de l’emploi.
L’évidence empirique, Clément Juglar.
3 Maurice ALLAIS a reçu le Prix Nobel d’Economie en 1988. Gérard DEBREU, un de ses anciens
étudiants français, était devenu entretemps américain lorsqu’il reçut cette distinction en 1983.
Jean TIROLE est devenu le second Prix Nobel français en 2014. Cette distinction a été créée en
1969 par la Banque Centrale de Suède.
4 Jean-Pierre RAFFARIN préside la Fondation Prospective et Innovation qui se donne notemment
pour objectif d’initier des échanges fructueux entre les universitaires, les entrepreneurs et les
responsables politiques, en scrutant plus particulièrement la Chine et ses conséquences sur
l’équilibre du monde.
14 gestation. L’Institut CEDIMES ne pouvait alors ancrer ses analyses du
processus de développement qu’en se contextualisant, en amont, avec la
globalisation et en l’illustrant par sa dynamique en aval avec l’entrepreneuriat.
Il définissait du même coup la triangulation de ses recherches, mais en
l’ouvrant à d’autres disciplines : droit, politique, communication, agronomie…
même si les économistes et les gestionnaires constituaient la part dominante de
ses membres.

Lorsque Jacques AUSTRUY me proposa à sa succession, j’avais engagé ma
propre réflexion sur ses pas dans quatre directions :

La première était dans l’approfondissement de l’analyse du surplus dans les
sociétés agraires pour mieux en comprendre les ressorts et identifier les verrous
du développement. Cela permettait de réajuster l’idée supposée de
démographie galopante des sociétés traditionnelles pour s’attacher à montrer la
quête d’un niveau optimal en maximisant le surplus agricole. Une maîtrise
insuffisante engendrait la genèse des cycles de civilisations et découvrait
l’étroite imbrication de la logique de puissance émanant du Prince. Pour se
pérenniser, il devait assurer par la stabilité sociale, la création de ce surplus,
puis savoir le capter en en légitimant cette confiscation, puis l’agréger pour
transmuter ces vils grains en signes tangibles d’une magnificence
civilisationnelle. Cette logique valorisait l’âge d’or d’un état stationnaire et
rendait improbable, le basculement naturel et spontané d’une société agraire
1vers une société de croissance et d’initiatives créatrices …

La seconde s’inscrivait dans le jeu de la mondialisation et ses interactions sur le
développement. D’une part, elle cherchait à scruter comment les nouvelles
logiques du marché interféraient sur la structure de production quand
s’imposaient la croyance des avantages partagés du libre échange, les progrès
considérables issus de la containerisation des transports, l’abondance des
capitaux et les nouvelles technologies d’information et de communication. Le
grand puzzle industriel international appelle de nouvelles réflexions sur ce
2développement en métastases . Mais en même temps, il s’agissait dans ce
contexte d’interactions planétaires, de scruter les respirations régionales pour
différencier les comportements des agents économiques et les particularismes
des interventions de l’Etat selon les latitudes. Cette quête recadrant dans un
temps long, les évolutions des grands ensembles géographiques, a été nourrie
par une expérience de terrain très dense aux « quatre coins » de la planète
offrant des supports pédagogiques à une initiation internationale. Elle
complétait des approches sans ancrage pragmatique ou trop dépendantes de

1 ALBAGLI Claude (1989), L’économie des dieux céréaliers, L’Harmattan et (2001), Le surplus
agricole : de la puissance à la jouissance, Coll. MES, L’Harmattan.
2 ALBAGLI Claude (2002), « Globalisation et localisation : un processus interdépendant »,
Géoéconomie, N° 24 - Hiver 2002, pp. 9-34 ; La souveraineté est-elle soluble dans l’euroland ?,
Synonme, SoR.
15 1l’instant médiatique . Cet intérêt des espaces culturels et du temps long se
retrouvera dans les travaux de Samuel HUTINGTON, mais il sera source de
controverses quand il se focalisera sur les interactions de ces émergences
identitaires. Il fera des sphères culturelles, l’élément post-moderne décisif des
enjeux géopolitiques sensé consacrer le dépassement programmé des nations et
2des Etats et un cadre rénové des affrontements guerriers .

La troisième visait à s’ouvrir sur la ressurgence de la problématique du
développement assorti du déterminant « durable ». Dorénavant, par médias
interposés, presque toutes les populations ont été acquises au festin
consumériste avec cette avidité accumulatrice qui n’était jusque là que
l’apanage d’une fraction privilégiée de l’humanité. Mais cette conversion
mondialisée s’acquiert au moment même où les « happy fews » constatent
qu’ils surexploitent la planète. La perspective ouverte pour un accès prochain
au développement, bascule soudainement en trompe-l’œil : il n’y a pas assez de
ressources pour satisfaire les espérances ainsi soulevées. Le défi écologique
nécessite un réajustement de l’équation offre-demande des ressources de la
planète. En inventoriant les chemins du possible, nous esquissons des futurs
écologiques attractifs, aléatoires ou inquiétants. Les prémisses sont déjà
présentes dans notre quotidien, mais restent encore trop faibles pour préfigurer
les arbitrages du monde de demain. Sept scénarios découlent de cette analyse,
ils ne sont pas nécessairement le gage d’un monde meilleur. Cependant, la
bonne nouvelle est que cet éventail nous laisse une capacité de choix, la
mauvaise est que le développement généralisé n’apparaît plus ni probable, ni
3faisable, ni même souhaitable en l’état !

Enfin, la quatrième orientation s’attache à un espace géographique privilégié en
s’ouvrant sur le monde asiatique, et plus particulièrement chinois, peu présent à
4l’origine . Jacques AUSTRUY s’était, lui, très tôt intéressé au monde arabe et à
l’Islam et en avait développé une analyse suffisament fine pour que 45 ans plus
5tard, son texte puisse être republié avec pertinence . Dans cette ligne, le terrain
peut vérifier que les idées les mieux répandues ne sont pas nécessairement
celles les plus dignes de foi. L’Afrique Noire n’est-elle pas réputée pour la
sclérose de ses paysans, incapables de s’ajuster aux défis d’une meilleure
productivité pour nourrir l’explosion urbaine ? La révolution du manioc au
XVIème siècle, dans le contexte des guerres de captures et de traite
esclavagiste, puis celle à la charnière des XIXème et XXème siècles, des

1 ALBAGLI Claude (1991), Economie du développement, typologie des enjeux. Préface de
Christian Labrousse, Litec et La souveraineté est-elle soluble dans l’euroland ?, Synonme, SoR.
2 HUNTINGTON Samuel P. (2000), Le choc des civilisations, Odile Jacob.
3 ALBAGLI Claude (2001), Les sept scénarios du nouveau monde, Coll. MES, L’Harmattan.
4 KIM Yersu & ALBAGLI Claude (Coordonnateurs), Corée du Sud, le modèle et la crise,
Commission Nationale Coréenne UNESCO, Coll. MES, L’Harmattan, 2004.
5 AUSTRUY, J. (1961), L’islam face au développement économique, ED. OUVRIÈRES, puis
A Jacques (2006), L’islam face au développement, MES, L’Harmattan.
16 cultures de rente dont le succès fut inouï démontrent cette capacité d’adaptation
des paysans. C’est l’absence de la troisième révolution qui leur a valu cette
réputation alors que son échec tient pour beaucoup aux politiques agricoles à
contre-temps des pouvoirs urbains…

Pour la Chine, les caricatures sont démultipliées ad nauseam. Ce pays ne
devrait son émergence qu’au travail de ses enfants et des prisonniers, à la mise
en œuvre de contrefaçons, à la turpitude des procédés de fabrication et à une
monnaie manipulée et sous-évaluée ! Et cette énumération, loin d’être
exhaustive, reprise en boucle par les médias, formate l’opinion. Si l’existence
de certains faits est avérée, ils gardent une pertinence explicative résiduelle,
l’écume ne fait pas le courant. Ne serait-il pas plus pertinent d’aviser les
opérateurs français, par exemple, que les concurrents chinois échaudés par une
mondialisation avortée au XVème siècle avec leur Amiral Zheng HE, sont bien
1décidés à ne pas laisser échapper cette nouvelle opportunité pour se convaincre
que les Chinois travaillent beaucoup, apprennent vite et que les ressorts de leur
succès ont bien d’autres bases que les faits énoncés. Mais l’incompréhension
prend racine dans les assises culturelles d’une Europe attachée aux respects
primordiaux des procédures et d’une Chine valorisant d’abord le résultat aux
prix éventuels de quelques accomodations…

Mais la communauté scientifique de l’Institut CEDIMES a inventorié et exploré
des pistes complémentaires pas moins fécondes. Il convenait de faire le point
après 40 ans de développement représentant une longévité peu fréquente dans
un monde de la recherche soumis à des restructurations incessantes. Le réseau
s’est affirmé comme un lieu de rencontres scientifiques francophones,
interculturelles et intergénérationnelles.

Au fil des ans, il a développé des outils qui permettent de valoriser les
recherches et d’en diffuser les résultats :

- Nos colloques ponctuent chaque année universitaire avec des thèmes
fédérateurs et des orientations plus géographiques ou à problématique
plus pointue. En 2015, l’Institut organisera son XXVIème colloque
fédérateur.
- L’institut a créé deux supports : 1° sous la direction de Petia KOLEVA,
puis de Marc RICHEVAUX, une revue scientifique semestrielle (Les
Cahiers du CEDIMES) invitant un rédacteur en chef pour chacun de ses
numéros, 2° une collection d’ouvrages (Mouvements Economiques et
Sociaux) avec un rythme de deux ou trois ouvrages par an depuis l’an
2000.

1 GERNET Jacques (1990), Le Monde chinois, Armand Colin, pp.347-351. Zheng HE parvint
jusqu’aux côtes du Mozambique, à quelques centaines de kilomètres du Cap de Bonne
Espérance. Imaginons leur débarquement en Europe, cinquante ans avant que Barthélémy DIAZ
ne découvre ce Cap dans un sens inverse !....
17 - Le CEDIMES dynamise la recherche par des Collèges doctoraux
interuniversitaires régionaux qui stimulent méthodes et résultats dans
de nombreuses thèses. Il récompense par des Prix, les travaux
d’excellence avec sa huitième édition en 2015, en couronnant thèses et
mémoires portant sur « les processus de développement ».
- Il organise des universités d’été en Chine, pour initier un public
estudiantin à des réalités qu’il trouve au retour, bien peu conformes aux
idées reçues.
- Les adhérents du CEDIMES participent à de nombreux programmes de
recherches et CEDITER (CEDIMES-Territoires), sous la houlette de
Claude BROUDO, se focalise sur les questions de l’aménagement du
territoire et du positionnement des mégapoles.
- Enfin, dans le cadre de la Francophonie, l’Institut a initié et coordonne
un programme européen itinérant avec diplômation française. Il inscrit
sa démarche résolument dans la francophonie avec des enseignements
en langue française pour un cursus de gestion, grâce au concours d’un
consortium d’universités d’Etat européennes qui ouvre ses portes à la
1rentrée 2015 .

L’enrichissement de notre vivier académique autour de personnalités
internationales marquantes et reconnues, avec l’attraction de jeunes chercheurs
enthousiastes et prometteurs aux racines culturelles et géographiques les plus
diversifiées, sont les gages annonciateurs d’un futur où nous saurons pérenniser
« à défaut d’une doctrine, une méthode, à défaut d’un formatage, un creuset, à
défaut d’un conformisme convenu, une curiosité aiguisée ». Nous avons tâché
de poursuivre l’œuvre initiée par Jacques AUSTRUY en s’inspirant de sa
maxime : « Entre le possible et le probable, il y a le désespoir ou la
compréhension et l’action ! ». Nous avons le sentiment d’y avoir contribué.

Nous avons tenté de faire l’inventaire de notre réflexion et de notre action avec
ce temps d’arrêt pour notre quarantième anniversaire. Durant toute une semaine
à Paris, à la Cité des Sciences et de l’Industrie, à la Sorbonne, au CNRS
Sciences de la Communication, à l’UNESCO et son grand auditorium, au
Campus de la Mondialisation et du Développement Durable, nous avons
compté plus de 250 inscrits pour participer à notre bilan scientifique, élargir
notre réflexion avec le monde de l’entreprise, accueillir les représentants de la
Francophonie et du Ministère des Affaires Etrangères, et célébrer notre
évènement en nous associant à l’œuvre créatrice de Madame Sylvie
NÈGRELEROY pour présenter son opéra de la Paix.

Ce sont les résultats scientifiques que nous avons voulu consignés dans cet
ouvrage monté et coordonné avec grand talent par notre collègue, le Vice-

1 On se reportera au site www.cedimes.org
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