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Bonheur et économie

De
124 pages
Jusqu'où l'économie peut-elle favoriser ou compromettre le bonheur ? A quel point le capitalisme est-il soluble dans la recherche du bonheur ? Les sciences économiques devraient-elles être subordonnées à la psychologie du bonheur ? Ces recherches commencent à infuser les sciences économiques et les sciences politiques promettant un avenir meilleur pour chacun.
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BONHEUR ET ÉCONOMIE
Le capitalisme est-il soluble dans la recherche du bonheur?

Collection «L'esprit économique»
fondée par Sophie Boutillier et Dimitri Uzunidis en 1996 dirigée par Sophie Boutillier, Blandine Laperche, Dimitri Uzunidis Si l'apparence des choses se confondait avec leur réalité, toute réflexion, toute Science, toute recherche serait superflue. La collection « L'esprit économique» soulève le débat, textes et images à l'appui, sur la face cachée économique des faits sociaux: rapports de pouvoir, de production et d'échange, innovations organisationnelles, technologiques et financières, espaces globaux et microéconomiques de valorisation et de profit, pensées critiques et novatrices sur le monde en mouvement... Ces ouvrages s'adressent aux étudiants, aux enseignants, aux chercheurs en sciences économiques, politiques, sociales, juridiques et de gestion, ainsi qu'aux experts d'entreprise et d'administration des institutions.

La collection est divisée en cinq séries: Economie et Innovation, Monde en Questions, Krisis, Clichés et Cours Principaux.

Le

Dans la série Economie et Innovation sont publiés des ouvrages d'économie industrielle, financière et du travail et de sociologie économique qui mettent l'accent sur les transformations économiques et sociales suite à l'introduction de nouvelles techniques et méthodes de production. L'innovation se confond avec la nouveauté marchande et touche le cœur même des rapports sociaux et de leurs représentations institutionnelles. Dans la série Le Monde en Questions sont publiés des ouvrages d'économie politique traitant des problèmes internationaux. Les économies nationales, le développement, les espaces élargis, ainsi que l'étude des ressorts fondamentaux de l'économie mondiale sont les sujets de prédilection dans le choix des publications. La série Krisis a été créée pour faciliter la lecture historique problèmes économiques et sociaux d'aujourd'hui lies métamorphoses de l'organisation industrielle et du travail. comprend la réédition d'ouvrages anciens, de compilations textes autour des mêmes questions et des ouvrages d'histoire la pensée et des faits économiques. des aux Elle de de

La série Clichés a été créée pour fixer les impressions du monde économique. Les ouvrages contiennent photos et texte pour faire ressortir les caractéristiques d'une situation donnée. Le premier thème directeur est: mémoire et actualité du travail et de l'industrie; le second: histoire et impacts économiques et sociaux des innovations. La série Cours Principaux comprend des ouvrages simples, fondamentaux et/ou spécialisés qui s'adressent aux étudiants en licence et en master en économie, sociologie, droit, et gestion. Son principe de base est l'application du vieil adage chinois: « le plus long voyage commence par le premier pas ».

Renaud GAUCHER

BONHEUR ET ÉCONOMIE
Le capitalisme est-il soluble dans la recherche du bonheur?

L'Harmattan

A Madame Carla Bruni-Sarkozy, en espérant qu'on lui souffle deux mots sur ce livre, qu'elle en lise quelques pages et plus encore, qu'elle y trouve des idées intéressantes et qu'elle en discute avec un monsieur fort occupé et fort actif.

Je voudrais remercier mon meilleur ami, Philippe Gagnepain, qui est schizophrène, et qui, contrairement à beaucoup de gens

dits « normaux », a toujours été là pour moi dans les moments
difficiles. Philippe, je n'y serais pas arrivé sans toi. Ce livre est aussi le tien. En espérant qu'il cicatrise un peu les plaies sans cesse réouvertes par la dureté de ceux qui te jugent sans te connaître autant que je te connais.

@ 5-7, rue

L'HARMATfAN,

2009 75005 Paris

de l'École-Polytechnique;

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan I@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-06916-9 EAN : 9782296069169

A V ANT -PROPOS

Même si dans l'histoire il n'en a pas été toujours ainsi, le bonheur est aujourd'hui quelque chose d'important. Avec raison. En psychologie, être heureux témoigne d'un très bon fonctionnement psychique. En outre, par ce bonheur même, parce qu'il permet de développer les ressources personnelles, parce qu'il améliore la santé physique et psychique, parce qu'il participe au développement du soi, la personne heureuse favorise son avenir, son bonheur futur. Traditionnellement, les économistes pensent que plus de richesse c'est plus de bien-être et donc plus de bonheur. Depuis plus d'une trentaine d'années, des études ont montré que cela n'était pas aussi simple, que la croissance économique ne permettait pas forcément d'augmenter le bonheur, qu'il était même fréquent que la croissance économique ne favorise pas du tout le bonheur. Un nouveau courant de l'économie s'est ainsi développé, l'économie du bonheur. Faire de l'économie, c'est s'intéresser aux être humains et à leurs relations. Sans regard sur les hommes, l'économie est déshumanisée, ce n'est plus une science sociale, c'est une science robotique, c'est une non-science. L'économie du bonheur, en prenant ses fondements dans les avancées les plus récentes de la recherche en psychologie, ré-humanise l'économie, car la culture de la psychologie porte en son sein le respect pour chaque individu, pour chaque personne. Comme le sociologue Geoffey Ingham, je pense que la fragmentation des sciences sociales amène une perte de compréhension sur la façon dont le monde fonctionne. Je crois aussi que le développement des cursus bi-scientifiques est le

futur des sciences sociales. Mon chemin est à l'image de ces idées. J'ai choisi de faire successivement des études universitaires en histoire, en psychologie et en économie, afin de développer une multiculturalité scientifique. Le livre que vous tenez dans vos mains est le premier témoignage de cette multiculturalité. Il constituera par ailleurs une introduction et un cadre pour deux autres livres. En économie du bonheur, le point de départ ne peut être que le bonheur, ne peut être que ce que les recherches scientifiques nous disent sur le bonheur. Or ce ne sont pas les chercheurs en économie qui sont les grands connaisseurs de cette question, mais les chercheurs en psychologie et en particulier ceux qui oeuvrent dans le champ de la psychologie positive. Le bonheur fait aujourd'hui l'objet de très nombreuses études chaque année. On en connaît bien aujourd'hui les composantes, comment il s'insère dans la vie quotidienne, ses liens avec le malheur. On sait bien aussi comment devenir plus heureux. Dans le premier chapitre, je présente un tableau de ce que les recherches en psychologie nous disent aujourd'hui sur le bonheur. Partir de ce point permet de donner à l'économie sa juste place, une place qui n'est pas forcément centrale. En effet, le bonheur coûte souvent moins cher qu'on ne pense. Si, statistiquement, il semble qu'il vaille mieux être riche que pauvre pour être heureux, accroître la richesse n'est cependant pas la meilleure stratégie pour augmenter le bonheur à partir d'un seuil dont la définition varie selon les études. Divers phénomènes expliquent cela. De nombreux éléments constitutifs du bonheur ne coûtent rien ou coûtent peu. Avoir trop de choix de consommation ou être centré sur des valeurs d'argent, de pouvoir ou de statut limitent le bonheur. L'argent peut aussi être utilisé comme un masque à certaines souffrances. Enfin, quel que soit le niveau de richesse d'une société, il y a une adaptation à ce niveau de richesse et une comparaison sociale. Si la croissance de la richesse, la croissance économique, n'a pas l'influence positive qu'on lui prête, la question de son rôle potentiellement néfaste sur le bonheur peut être moins difficilement posée. La croissance économique, dans le capitalisme, nécessite qu'il y ait des chômeurs. Pas de croissance sans chômeurs dans le capitalisme. Or le chômage est un puissant destructeur de bonheur. Rendre la croissance heureuse, c'est donc notamment mettre en place des politiques qui cherchent à neutraliser la perte de bonheur des chômeurs. 8

C'est aussi rechercher une croissance incluante et donner du sens à la croissance. Dans le capitalisme, les entreprises naissent des entrepreneurs et ces créations d'entreprise sont une recherche de bonheur. Mais les employés des entreprises ne sont pas dans cette situation. Surtout, ils se trouvent dans une compétition croissante, sans fin et sans signification, de moins en moins propice à leur bonheur. Des moyens existent pour améliorer le bonheur des employés sur leur lieu de travail comme la restructuration du travail, le travail en équipe, le management transformationnel ou le développement fondé sur ses propres forces. Ces interventions, en favorisant le bonheur, peuvent favoriser la performance, même si en économie du bonheur ce qui doit être recherché ce n'est pas le bonheur pour la performance mais le bonheur pour le bonheur. Les politiques économiques sont aujourd'hui fondées sur l'idée que maximiser la croissance économique maximise le bonheur. Si cela peut être vrai dans les pays pauvres, dans les pays riches, une politique économique pro-bonheur est une politique qui limite les inégalités car des inégalités trop marquées limitent le bonheur. Par ailleurs, la diminution du temps de travail semble préférable à l'augmentation du niveau de vie, mais c'est loin d'être une règle. Les politiques probonheur ne se limitent pas aux politiques économiques. Le bonheur doit devenir une dimension centrale de l'éducation, mais cela n'est possible que dans des sociétés faiblement inégalitaires. En matière de droit, un régime politique probonheur est un régime qui favorise la confiance, la tolérance et l'expression de soi. Au moment où j'écris ces lignes, je suis toujours professeur d'histoire. L'histoire est ma formation universitaire initiale, l'histoire est ma langue maternelle. Je ne conçois pas que l'on puisse étudier un sujet sans que l'on s'inscrive dans le temps long de l'histoire, cette reconstruction du passé faite par les historiens au moyen d'une méthodologie scientifique. Si l'histoire du bonheur des êtres humains est une histoire qui reste à construire, ses prodromes apparaissent, qui peuvent amener à penser qu'un temps nouveau est possible. Un petit appendice suggérant comment améliorer son bonheur sous la contrainte de ses revenus est mis en marge du livre. Pas de solution miracle, juste quelques réflexions.

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En espérant que le temps que vous mettrez à lire ce livre sera pour vous un temps plaisant et utile - oserais-je dire, un temps heureux - je vous souhaite bonne lecture. Renaud Gaucher

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CHAPITRE I C'EST QUOI LE BONHEUR? (CE QU'EN DISENT LES PSYCHOLOGUES)

C'est quoi le bonheur? Les philosophes s'intéressent à cette question depuis des millénaires. Au temps de la Grèce classique, Socrate se demandait déjà comment être heureux 1. Bien que la question soit ancienne, les psychologues ont mis du temps avant de s'y intéresser. Ils ont eu et ont toujours tendance à se concentrer sur ce qui marche mal plutôt que sur ce qui fonctionne bien, comme s'il existait un biais négatif fondamental dans leurs recherches. Ce n'est qu'à partir des années 1960 que se développe en psychologie l'intérêt d'une recherche sur le bonheur, même si l'on peut trouver des études marginales bien avant. Alors pourquoi faire ici l'état de la question selon ce qu'en disent les psychologues et ne pas faire grand cas de la philosophie, qui s'intéresse pourtant depuis bien plus longtemps à la question? La psychologie a ceci de différent qu'elle est une science: elle a le souci de la preuve. L'introspection, l'intuition, les habitudes de pensée et de pratique, le bon sens, l'expérience personnelle, tout cela est source de connaissance, mais rien de cela n'est une preuve. Or la psychologie cherche à prouver, et pour ce faire utilise tout un ensemble de méthodes: construction d'échelles, études longitudinales, techniques d'exploration du cerveau, expériences de laboratoire, méthode des jumeaux, outils statistiques et bien d'autres encore.
1

McMahon

(2006).

LES COMPOSANTES

MAJEURES

DU BONHEUR

Alors qu'est-ce que le bonheur? Qu'en disent aujourd'hui les psychologues? Les recherches distinguent deux grandes composantes du bonheur: les émotions positives et la satisfaction 1. En fait cela revient à distinguer une partie émotionnelle et une partie cognitive, c'est-à-dire tous les jugements, les idées, les évaluations que l'on peut porter sur soi. n arrive fréquemment qu'une troisième composante soit ajoutée: l'absence d'émotion négative2, car la présence d'émotions positives ne signifie pas forcément l'absence d'émotions négatives. Nous pouvons ressentir en même temps des émotions positives et négatives. Par exemple, la mort d'un parent peut être accompagnée d'un sentiment de soulagement. Les gsychologues ont construit des échelles pour mesurer le bonheur et tout ce qu'ils pensent pouvoir le composer. Ces échelles consistent en des questions. Certaines échelles ne comportent qu'une seule question. Par exemple, «A quel point êtes vous heureux? » ou «A quel point êtes vous satisfait de votre vie prise dans son ensemble? ». La plupart sont beaucoup plus longues et précises. Les réponses obtenues ne sont pas forcément justes, soit que l'on veuille donner une bonne image de soi par sa réponse4, soit que l'on se mente aussi à soi-même. Il existe cependant des moyens d'évaluer la confiance que l'on peut donner aux réponses. Crowne et Marlowe (1964) ont ainsi développé l'échelle de désirabilité sociales. Ces études peuvent être menées sur une période plus ou moins longue, on parle alors d'études longitudinales. Cela permet de voir les évolutions dans le temps mais aussi de limiter les imperfections des études instantanées et de faire apparaître des causalités. Les résultats obtenus lors des études font l'objet d'un traitement statistique, notamment des tests de corrélation à l'intérieur de ces échelles ou entre elles. Les tests de corrélation permettent de voir à quel point des données évoluent de manière parallèle. La mise en évidence d'une corrélation forte ne signifie pas forcément qu'il y ait derrière un lien de
I Argyle (2001). 2 Andrews et Withey (1976). 3 Que l'on appelle aussi bien-être subjectif. 4 C'est le biais de désirabilité sociale. 5 Social Desirability Scale.

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