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Brésil et Argentine : la compétitivité agricole et agro-alimentaire en question

320 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1996
Lecture(s) : 318
EAN13 : 9782296324541
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BRÉSIL

ET ARGENTINE:

LA COMPÉTITIVITÉ AGRICOLE ET AGRO-ALIMENTAIRE

EN QUESTION

Dans la collection "Alternatives rurales" Dirigée par Dominique Desjeux et Babacar Sali
Dernières parutions: D. Sheridan, L'irrigation. Promesses et dangers. L'eau contre lafaim ? N. Eimer, Les paradoxes de l'agriculture française. L. Timberlake, L'Afrique en crise. La banqueroute de L'environnement. A. Cadoret (sous la direction de), Protection de la nature: histoire et idéologie. De la nature à l'environnement. E. Beaudoux, M. Nieuwerk, Groupements paysans d'Afrique. Dossier pour l'action. P. Maclouf (textes réunis par), La pauvreté dans le monde rural.

J. Clément,

S. Strasfogel,

Disparition

de laforêt.

Quelles

solutions

à la

crise du bois de feu ? R. Verdier, A. Rochegude (sous la direction de), Systèmes fonciers à la ville et au village. Afrique noire francophone. H. Lamarche (Sous la coordination de), L f\g riculture familiale T.I. Une réalité polymorphe. T.2. Entre mythe et réalité. B. Hervieu (Etudes rassemblées par), Les agriculteurs français aux urnes. B. Hervieu, R.-M. Lagrave (sous la direction de), Les syndicats agricoles en Europe. Y. Lambert, O. Galland, Les jeunes ruraux. D. Gentil, Mouvements coopératifs en Afrique de l'Ouest. Intervention de l'Etat ou organisation paysanne? D. Gentil, Pratiques coopératives en milieu rural africain. M.-C. Guéneau, Afrique. Les petits projets de développement sont-ils efficaces? M. Bodiguel, Le rural en question. Politiques et sociologues en quête d'objet. D. Desjeux, Stratégies paysannes en Afrique Noire. Essai sur la gestion de l'incertitude. Le cas du Congo. M.-D. Riss, Femmes africaines en milieu rural. V. Pfeiffer, Agriculture au Sud-Bénin: passé et perspectives. A. Guichaoua, Destins paysans et politiques agraires en Afrique Centrale. Tl : L'ordre paysan des hautes terres du Burundi & Rwanda, T2: La liquidation du monde paysan congolais. Ledea-Ouedraogo, Entraide villageoise et développement. Groupements paysans au Burkina-Faso. J. Le Monnier, Créer son emploi en milieu rural. T. Mama, Crise économique et politique au Cameroun. @ INRA, 1996 ISBN: 2-7380-0683-3

(Ç) L'Harll1attan,

1996

ISBN: 2-7384-4567-5

Jean-Pierre

BERTRAND, Guillermo

HILLCOAT

BRÉSIL

ET ARGENTINE.

LA COMPÉTITIVITÉ AGRICOLE ET AGRO-ALIMENTAIRE EN QUESTION

LE CAS DES CÉRÉALES ET DES OLÉO-PROTÉAGINEUX

INRA 147, ruc de l'Université 75~3g PUlis cedex ()7 L'Harmattan
5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE L 'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

Des mêmes auteurs

. .

BERTRAND

J.P.

(Dir).

(1988)

- Le monde

des

oléo-

protéagineux : Politiques Economica, Paris.

des Etats et stratégies

des acteurs.

BERTRAND J.P., LAURENT

C., LECLERCQ

V (1983)

- Le

monde du soja. Repères, La Découverte, Paris.

REMERCIEMENTS

Le présent ouvrage a été rédigé à partir du rapport scientifique d'une recherche sur les politiques agricoles et les échanges agro-alimentaires du Brésil et de l'Argentine qui a été réalisée dans le cadre d'un contrat entre le Commissariat Général du Plan et l'INRA. Ce travail est le fruit d'une collaboration active et prolongée des auteurs avec de nombreux chercheurs et enseignants français, brésiliens et argentins. Nous remercions tout particulièrement pour leur aide dans le rassemblement de l'information: l'ambassade de France à Brasilia, Silvio GOMES de ALMEIDA (FLACSO), Mauro LOPES (C.FP), Carlos LEON (Banque mondiale) et Edith S. de OBSCHATKO (Il CA). Mesdames BOUDART et HERZOG (CEPII) et Pascal RICHARD(INRA) nous ont aidé pour l'accès aux bases et le traitement des données sur le commerce international (base CHELEM du CEPII). Nous remercions aussi nos collègues du GREITO (Université Paris XIII et Université Paris I-IEOES), du CREDAL (Université Paris Ill) et de l'INRA pour les discussions que nous avons pu mener autour de ce travail. Enfin, nous remercions Béatrice HAVET pour son aide pour la dactylographie du manuscrit et Catherine CANSOT pour sa présentation finale.

INTRODUCTION

Etre ou ne pas être compétitif, tel semble être le nouveau dilemme que pose le développement du commerce international et le renforcement de la concurrence. Le Brésil et l'Argentine qui sont choisis ici pour notre démonstration n'échappent pas à la règle. L'objet de cet ouvrage est de proposer une analyse des changements qui sont intervenus, au cours des 25 dernières années, dans les politiques agricoles et macro-économiques et dans les caractéristiques des systèmes productifs du Brésil et de l'Argentine, afin de mettre en évidence les facteurs de la compétitivité de ces deux pays sur les marchés internationaux des produits agricoles et des industries agricoles et alimentaires (IAA). L'évolution des complexes "grains" - nous entendons par "complexe" l'ensemble des acteurs concernés par la production, la transformation, le négoce et la consommation de produits tels que le blé, le maïs, le soja et le tournesol - retiendra particulièrement notre attention et nourrira une réflexion sur les déterminants de la compétitivité de ces deux pays sur les marchés agro-alimentaires internationaux. En 1990, le Brésil était le premier exportateur mondial de tourteaux de soja tandis que l'Argentine venait au premier rang pour les exportations d'huile de soja et au troisième rang pour les exportations de graines et de tourteaux de soja. Cette percée du Brésil et de l'Argentine sur les marchés du soja et des produits dérivés va-t-

7

INTRODUCTION

elle se confinner ? Dans quelle nlesure l'Argentine, premier exportateur mondial de graines et d'huiles de tournesol peut-elle maintenir sa place? Le Brésil, qui était le principal Ünportateur latina-américain de blé jusqu'au début des années 80, et qui a fortement accru sa production grâce à un soutien de l'Etat peut-il conserver cette position face à son partenaire argentin alors que le MERCOSUR, marché conlnlun des pays du cône sud dont ils sont les principaux acteurs avec l'Uruguay et le Parat,ruay,prévoit la baisse de la protection aux frontières à partir du 1er janvier 1995 ? Au cours des années 80, les deux pays ont fait face à des difficultés de nlênle nature: endettelnent considérable, inflation perInanente et ralentissenlent de la croissance. Quelles ont été les conséquences des chocs macro-économiques auxquels les deux pays ont été soumis sur l'évolution de la production et des échanges de produits agricoles et des lM ? Quel peut être l'iInpact de la politique d'intégration qu'ils ont anlorcé depuis 1986 et qui a abouti à la création du MERCOSUR sur leurs échanges réciproques et sur ceux qu'ils développent avec le reste du monde, notalnnlent avec la Conlll1unauté Européenne? En d'autres termes, cela revient à se denlander si, et dans quelles conditions, le Brésil et l'Argentine peuvent conserver, voire 111ênle accroître leur position agro-exportatrice nette ell Inatière de graÏ1ls, et pour un certain nonlbre de produits agricoles et des lM du type de ceux produits en Europe ou aux Etats-Unis. Et si la politique d'intégration est susceptible de Inodifier les conditions de cette concurrence. En eHet, de la constitution d'un grandlnarché sont attendues plusieurs conséquences bénétlques : constitution de firnles plus grandes, éconOll1ies d'écllelle et rationalisation des réseaux de transport, établissell1ent de nOll11esconlmunes et éventuellement politiques conjointes en Inatière de recherche et sur le plan commercial. Lors des négociations du GATT qui viennent de s'achever, le Brésil et l'Argentine Ollt rejoint le groupe de Cairns qui défendait
8

INTRODUCTION

des positions ultra-libérales de démantèlement de toutes les formes de protection de l'agriculture. Si de leur point de vue, quelques progrès ont été accomplis, les grands pays n'ont pas totalement baissé leur garde, singulièrement l'Union Européenne (UE) qui diminue certes le niveau de sa protection mais en modifie surtout la forme en se rapprochant du système américain. On retiendra pour notre propos que l'UE a accepté de brider sa production d'oléagineux dans le cadre de l'accord de Blair House sur une surface maximale de 5,128 millions d'hectares ce qui place désormais plus que jamais la concurrence avec les deux pays latino-américains sur le terrain des rendements c'est-à-dire p1us fondamentalement de la productivité. L'hypothèse que nous chercherons à vérifier est la suivante: les différences de compétitivité du Brésil et de l'Argentine sur les marchés internationaux des produits agricoles et des lAA (et particulièrement des grains et produits dérivés) ne s'expliquent pas uniquement par des avantages relatifs de coût de production agricole mais sont liés, d'une part, aux coûts sur l'ensemble de la filière production-transformation-exportation et/ou importation des produits agro-alimentaires et, d'autre part, à de très nombreux éléments "hors-coût", notamment: - les différences de maniement par chacun des deux Etats des politiques macro-économiques: politique de change, politique de taux d'intérêt, politique budgétaire et fiscale, politique de commerce extérieur; - les différences dans la construction des avantages (ou désavantages compétitifs) créés par la politique agricole et la politique macro-économique. Ces politiques avec leurs caractères spécifiques forment un "système" de protection (ou de déprotection) de l'agriculture et des activités liées avec sa mémoire et son inertie propres, qui autorise un certain dynamisme ou qui, au contraire, pèse sur les capacités de réponse de ce complexe agro-alimentaire à une situation nouvelle; - le degré très inégal d'organisation de la production et des marchés et les stratégies différentes des organisations agricoles et

9

INTRODUCTION

industrielles, et des groupes agro-alimentaires (privés, publics ou coopératifs, nationaux et multinationaux) qui agissent dans chacun des espaces nationaux étudiés (et pour certains dans les deux pays) et se traduisent par des objectifs et des modalités d'insertion différentes du Brésil et de l'Argentine dans les réseaux d'échanges internationaux. Ainsi, le dynamisme commercial (recherche de la qualité et souci de fidéliser sa clientèle) est davantage présent au Brésil, tandis que la flexibilité des structures productives agricoles semble plus importante en Argentine. Cet ouvrage comprendra sept chapitres:

- après une brève introduction sur les hypothèses de travail et la méthodologie utilisée, nous présenterons quelques données sur l'évolution de la compétitivité du Brésil et de l'Argentine sur les marchés internationaux des produits agricoles et agro-alimentaires (chapitre 1) puis sur l'évolution de leurs positions sur les marchés internationaux des grains et des produits dérivés (chapitre 2) ~
_

ensuite, nous analyserons les politiques agricoles et de com-

merce extérieur - resituées dans leur contexte macro-économique du Brésil (chapitre 3) et de l'Argentine (chapitre 4) ainsi que les principaux éléments de la politique d'intégration menée entre les deux pays depuis 1986 et ses conséquences possibles sur leurs échanges agro-alimentaires (chapitre 5) ~ - puis, nous tenterons de dégager les déterminants principaux de leur compétitivité, en distinguant ceux qui rapprochent et ceux qui différencient les deux pays (chapitre 6) ~

- enfin, le chapitre 7 apportera un certain nombre de compléments d'information sur les principaux évènements intervenus depuis le début des années 90 susceptibles de modifier les conditions générales de la compétitivité.

10

CHAPITRE

1

UNE APPROCHE GLOBALE DE LA COMPÉTITIVITE

INTRODUCTION

Le Brésil et l'Argentine sont deux pays agro-exportateurs importants, notanlment sur les nlarchés internationaux des céréales, des oléo- protéagineux et des produits issus de leur trallsfornlatio11 industrielle. Dans le cadre de la négociation nlenée au GATT ces deux pays ont rejoint le groupe de Cairns des exportateurs dits "loyaux" (1) et il est incontestal)le que la plupart cles études comparatives sur le niveau de protection accordé à l'agriculture (Banclue Mondiale, 1987, USDA, 1987), les situent panl1i ceux qui la soutienne11t peu et mênle dans le cas de l'Argentine clui la taxent. Ils font face à des difficultés de même nature dans les années 80 :
_

endettenlent considéral)lequi s'est accru au cours clesannées
80 : la dette totale est ainsi passée cIe Il,7 milliards de dollars en 1977 à 54,7 nlilliards en 1987 en Argentine et de 53,4 milliards de dollars en 1978 à 121,3 milliards en 1987 au Brésil ~

- inflation croissante débouchant sur des situations hyper-inflationnistes : 90lj{)en 1986, 131 °/6en 1987, 342lj{1en 1988, 3079(~ e11 1989 en Argentine, respectivement 145°k, 23096, 682(X1,1327°t) pour les nlênles années au Brésil, près de 50(~ par 1110is n décenlbre 1989 dans les deux pays ~ e
Il

UNE APPROCHE GLOBALE DE LA COMPÉTITIVITÉ

- ralentissement de la croissance, surtout en Argentine: le taux de croissance du PIB en termes réels aura été de +0,3°16 de 1986 à 1989 (-5 °h en 1989) contre -1,8°16 sur la période 1981-85 et +2,6°16 pour les années 1971-80 en Argentine. Dans le même temps, le Brésil affiche des performances supérieures, mais très éloignées de celles qu'il obtenait dans les années 70 : +3,5°16 sur la période 1986-1989 et +0,9°16 en 1981-85, contre +8,6°16en 1971-80. Pourtant ces deux pays ont des comportements et des performances sur les marchés internationaux des produits agricoles et des IAA, et particulièrement des grains, qui restent très dissemblables. Quels sont les déterminants de la compétitivité du Brésil et de l'Argentine sur les marchés internationaux des produits agricoles et agro-alimentaires et notamment des grains?

I. INTERNATIONALISATION, ET RÔLE DE L'ÉTAT

COMPÉTITIVITÉ

Si l'on définit la compétitivité comme l'aptitude pour un pays à vendre ce qu'il produit de manière profitable, de multiples facteurs sont à prendre en compte. Nous privilégierons ici les déterminants économiques, sans toutefois négliger certains facteurs sociaux et politiques. La compétitivité peut être analysée à trois niveaux: micro-économique, méso-économique et macro-économique Le premier niveau concerne les entreprises, le second les filières de production-transformation et commercialisation de produits ou d'ensemble de biens proches et substituables et le troisième le système productif national. Pour l'essentiel, notre analyse relèvera du second et du dernier niveau.
UNE APPROCHE GLOBALE, "SYSTÉMIQUE" DE LA COMPÉTITIVITÉ

Nous proposerons une approche globale, macro-économique de la compétitivité fondée non seulement sur les différences relatives de coûts entre les deux pays, Inais aussi sur de nombreux fac12

UNE APPROCHE GLOBALE

DE LA COMPÉTITIVITÉ

teurs "hors-coûts" : qualité des produits et des réseaux de commercialisation, capacité à fidéliser sa clientèle, capacité d'adaptation de la politique agricole et de la politique macro-économique aux conditions mouvantes des marchés internationaux. De ce point de vue, le Brésil apparaîtra comme plus volontariste, développant une stratégie active d'insertion dans les nouveaux créneaux ouverts ces dernières années sur les marchés internationaux et soutenant son agriculture et son agro-industrie. Tandis que l'Etat argentin a eu jusqu'à une période récente un comportement plus "prédateur", considérant l'agriculture comme un moyen de financement de ses activités et du reste de l'économie. Pourtant, l'agriculture argentine parvient à rester compétitive. Depuis le début des années 80, le Brésil comme l'Argentine ont développé, pour faire face à leurs engagements internationaux, des politiques d'ajustement structurel, d'inspiration "orthodoxe" ou "hétérodoxe", mais qui en réalité revêtent un caractère mixte et tentent de s'adapter à des conditions très mouvantes à l'intérieur comme sur les marchés internationaux. Leurs impacts semblent avoir été différents sur la compétitivité agricole et agro-alimentaire dans les deux pays. Mais un élément est commun: l'apparition de soldes commerciaux positifs et croissants comme le montrent les données suivantes: Tableau 1. Solde commercial global et agro-alimentaire Brésil et de l'Argentine (Fob-Fob, milliards de dollars) 1982 Brésil solde total solde ag-alim (1) Argentine solde total solde ag-alim
(1) agro-alimentaire: Source:

du

1984 +13,1 +8,9 +4,0 +5,9

1986 +8,3 +5,1 +2,4 +4,3

1988 +19,1 . +9,7 +4,2 +5,7

1990

1992

+0,8 +5,7 +2,7 +4,7
produits

+10,7 + 15,2 +7,4 +9,8 +8,3 +7,5 -1,15 +7,0

agricoles + produits

des lAA

base Chelem du CEPII

13

UNE APPROCHE

GLOBALE

DE LA COMPÉTITIVITÉ

Pour les deux pays, et tout particulièrement pour l'Argentine l'agro-exportation reste une source importante de devises et la contribution au solde du complexe agro-alimentaire est déterminante (Voir graphiques 1 et 2). Graphique
6500 6000 5500 5000
CI)

1. Brésil: soldes agricole et des IAA (1967-1992)

4 500

-2 4 000
~
~
3000
2 500

:g 3 500 ,,
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o == 2000

~

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1 500 1000 500
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67 68 69 70 71 72 73 74 75 76 7778 79 80 81 82 83 84 85 86 87 88 89 9091 92

_

Agricole

Agro-alimentaire

Graphique 2. Argentine: 4500
4000 3500

soldes

agricole

et des IAA (1967-1992)

~ 3 000 o :g 2 500
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Source: CEPn

14

UNE

APPROCHE

GLOBALE

DE LA COMPÉTITIVITÉ

la compétitivité agricole et des industries agricoles et alimentaires (IAA) et celle des complexes "grains" du Brésil et de l'Argentine sont-elles solides et durables? Sur quels facteurs spécifiques économiques, politiques et sociaux s'appuie-t-elle?

Quel peut être l'impact de la politique d'intégration des deux pays sur cette compétitivité, sur leurs échanges réciproques et les échanges avec la CEE (nature des produits, formes de l'échange, orientation des flux) ?

LE MARCHÉ

COMME

ORGANISATION

les marchés des produits agricoles sont souvent choisis dans la littérature économique comme l'archétype des marchés où s'exerce une concurrence pure et parfaite. Or la condition première pour que ce cas de figure soit pertinent est en réalité souvent 'absente: l'homogénéité du produit. Même pour des produits à première vue aussi banalisés que le blé, le tourteau de soja ou le maïs, il existe un certain nombre de cas où la qualité du produit explique la préférence pour une origine. Cette différenciation est encouragée par les évolutions de la demande finale alimentaire (et non alimentaire) et par la demande de biens intermédiaires et de matières premières par l'industrie (alimentaire mais aussi et de plus en plus chimique, pharmaceutique ou productrice d'énergie). Ces industries réclament des produits ayant des caractéristiques de composition, de forme ou de résistance aux conditions de transport, de stockage ou de fabrication qui peuvent constituer des avantages "hors prix" sur les marchés. Certes la variété de gamme est moins élevée pour le blé, le tourteau ou l'huile de soja que dans le cas de l'industrie automobile mais elle existe bel et bien. Dans les cas que nous étudierons, sans aller jusqu'au label, c'est-à-dire à la définition de critères d'origine liée à un terroir ou à un savoir-faire particulier, la qualité peut expliquer la préférence pour le tourteau de soja brésilien ou le maïs argentin.

15

UNE

APPROCHE

GLOBALE

DE LA COMPÉTITIVITÉ

L'existence d'un marché à terme organisé pour les grains étudiés permet en principe de définir une norme de référence - en général, celle du marché américain - mais la différenciation s'opère à partir de cette norme et la qualité offerte constitue un élément non négligeable dans la concurrence. A cela peuvent s'ajouter des facteurs de sécurité de l'approvisionnement - fiabilité et fidélité dans les rapports commerciaux - qui jouent également un rôle marquant sur des marchés fortement influencés par des variables politiques. Nous verrons que ces facteurs ont eu un rôle déterminant dans les "succès" importants mais provisoires de l'Argentine sur le marché soviétique du blé ou sur l'implantation plus durable du Brésil sur les marchés des graines et tourteaux de soja de la CEE, de l'URSS et des pays de l'Est européen.

LA PRISE

EN COMPTE DE L'ÉTAT

DE L'INTERNATIONALISATION

ET LE RÔLE

RÉGULATEUR

Notre approche sera à dominante macro-économique mais ne négligera pas certains apports méthodologiques des théories micro-économiques. Peut-on se passer d'une analyse du comportement des acteurs et de leurs stratégies en concours avec l'Etat? Or ces dernières ne peuvent être appréhendées - compte tenu des données disponibles et de l'expérience de l'observateur- qu'à un niveau souvent intermédiaire, méso-économique, et nous utiliserons l'analyse de "filière" et de "complexes" d'acteurs en prenant en compte le degré croissant d'internationalisation des économies nationales étudiées. L'internationalisation des systèmes économiques nationaux se manifeste par l'accroissement des échanges de toute nature et notamment de capitaux et de "services" porteurs d'information. Ce mouvement s'accompagne de phénomènes de délocalisation d'industrie ou de segments d'industrie et par l'intensification des échanges de technologies et de "savoir-faire", de "modèles" et de connaissances. Les agents actifs de cette internationalisation des systèmes productifs sont non seulement des entreprises produc16

¥~"'f"l
UNE APPROCHE GLOBALE DE LA COMPÉTITIVITÉ

tives, commerciales, financières ou de services, mais aussi les consommateurs qui imitent ou qui s'adaptent aux modèles et normes diffusés à l'échelle internationale. Tous les acteurs de ces systèmes nationaux en voie d'internationalisation - y compris les firmes dites transnationales - doivent tenir compte de l'Etat dans la définition de leur stratégie. Ce dernier agit comme régulateur et arbitre des conflits pour l'accès aux ressources rares (espace, crédit, matières premières et technologie) et pour le contrôle des marchés de différentes natures: marchés des marchandises et des capitaux, marchés du travail et des technologies. l'espace national (et parfois régional) reste donc un lieu essentiel de définition des politiques économiques dans le cadre de l'internationalisation des économies. Mais ce phénomène crée des
interdépendances nouvelles

-

actions

et réactions

- dont

la poli-

tique de régulation des marchés domestiques extérieur doivent tenir le plus grand compte.

et celle du commerce

C'est le rôle des politiques de protection et/ou d'ouverture sur les marchés internationaux de régler cette question. Et on observe, en général, dans chaque pays une combinaison de mesures, variable selon les branches et les produits, qui forment ce que l'on peut appeler la structure spécifique ou sectorielle de protection (ou de prélèvement) à laquelle s'ajoutent les effets de la politique macro-économique. la compétition entre les systèmes économiques nationaux fait intervenir non seulement un certain nombre de facteurs objectifs (des déterminants structurels et de coût), mais aussi et de plus en plus des éléments organisationnels, politiques ou liés à l'existence de stratégies conscientes, volontaristes définies par les Etats en concours avec les acteurs économiques et résultat de compromis complexes. l'agriculture et les activités qui se développent autour d'elle sont particulièrement soumis à cette intervention étatique qui est l'enjeu de négociations périodiques comme celle qui s'est déroulée dans le cadre du GATT.

17

UNE APPROCHE GLOBALE DE LA COMPÉTITIVITÉ

II. LA COMPÉTITIVITÉ:

QUELLES MESURES?

La compétitivité peut être mesurée de plusieurs manières à l'aide d'indicateurs simples ou plus complexes. Nous les utiliserons à diverses échelles et niveaux d'agrégation successifs en partant d'un point de vue global, "systémique" (2). Pour marchés tivement on peut
ANALYSE

mesurer la compétitivité du Brésil et de l'Argentine sur les internationaux des produits agricoles et des lM - respecdes grains: soja, tournesol, blé, maïs et produits dérivés combiner plusieurs approches complémentaires.
EN TERMES DE FILIÈRE ET DE COMPLEXES D'ACTIVITÉS

Il s'agit en premier lieu de tenir compte de la division internationale du travail, de la décomposition et de l'internationalisation des processus productifs. Nous nous livrerons à une analyse de l'évolution de la production et des échanges de produits agricoles et des lM (de grains et produits dérivés) à l'aide de la méthode des bilans globaux nationaux. Dans le cas de l'analyse spécifique des grains et des produits dérivés le niveau le plus fin sera pris en compte: blé et farine de blé (et autres co-produits), maïs et produits transformés (dans l'alimentation animale notamment), graines de soja et de tournesol, huiles et tourteaux (usage alimentaire direct et indirect, usage non alimentaire des huiles). Ces éléments sur 12.production, la première transformation et les échanges seront croisés avec l'examen des politiques sectorielles et globales qui les ont impulsés et/ou freinés, notamment: la politique de crédit à l'agriculture et à l'exportation et/ou l'importation, les politiques commerciales et la politique de change. Notre objectif est non seulement de fournir des éléments qualitatifs et quantitatifs permettant d'apprécier le degré de soutien et/ou de "déprotection" instantané de la production-transformation des grains (et plus généralement des produits agricoles et agro-alimentaires) au Brésil et en Argentine dans une période marquée par

18

UNE APPROCHE GLOBALE DE LA COMPÉTITIVITÉ

une très grande instabilité sur le plan politique et macro-économique, mais aussi de tenter de montrer comment les avantages (ou désavantages) accordés par ces politiques ont été construits au cours du temps, en dynamique.
PARTS DE MARCHÉ, SOLDES RELATIFS

Plusieurs types d'appréciation de la compétitivité seront tour à tour envisagés selon différents niveaux d'agrégation: branche agricole, branche agro-alimentaire (produits des IAA), complexes "produits" (blé, maïs, soja et tournesol): Nous partirons d'abord d'une approche en terme de parts de marché et de soldes relatifs et bilatéraux. A ce niveau nous avons utilisé la base CHELEM du CEPII (3). Le degré d'agrégation choisi par les constructeurs de la base est bien adapté pour prendre la mesure des évolutions du poids respectif des produits agricoles bruts par rapport aux produits issus de la transformation par les industries agricoles et alimentaires (IAA). L'étude du commerce extérieur d'un pays tente de porter un jugement sur plusieurs aspects de la relation d'échange: la qualité de la spécialisation (de l'exportateur), le degré de dépendance (à l'importation), les déséquilibres dans les échanges réciproques entre pays ou zones. Plusieurs indicateurs sont classiquement utilisés. Les parts de marché indiquent pour un pays importateur j (le marché j) la structure des exportations de ses fournisseurs: Xij /Xoj Les parts d'exportations expriment pour un pays exportateur la structure de ses exportations vers ses différents clients: Xij/Xio Xij: exportations du pays (ou de la zone) i vers le pays (ou la zone) j Xoj et Xio: importations totales du pays j et exportations totales du pays i Le calcul peut s'effectuer sur des valeurs ou sur des volumes (en quantités physiques). Pour saisir la dynamique d'évolution de ces parts de marché, il peut être utile de calculer des parts normées,

19

UNE APPROCHE

GLOBALE

DE LA COMPÉTITIVITÉ

c'est-à-dire ramenées à 100 pour une année de référence donnée. La structure apparente des échanges ainsi décrite dépend de la taille des économies et des préférences commerciales entre les pays (fonction des "proximités" géographiques, politiques ou culturelles). Des indicateurs relatifs peuvent être construits pour rendre compte de ces relations. Les parts de marché ou d'exportation relatives neutralisent les effets de taille et font apparaître les fournisseurs et clients privilégiés. Le déséquilibre commercial entre deux pays est en général apprécié par le solde (export-import) de leurs échanges réciproques ou par le taux de couverture ( export/import). Ici aussi on peut calculer des indicateurs de déséquilibre relatif: soldes relatifs ou taux de couverture relatifs (taux de couverture des échanges entre deux pays sur le rapport des taux de couverture pour tous leurs partenaires des deux pays). Enfin on peut calculer à partir de là des soldes en valeur courante et une position relative sur le marché international.
AVANTAGE COMPARATIF RÉVÉLÉ

'Rappelons que les notions de compétitivité et d'avantage comparatif sont distinctes: la première concerne les comparaisons entre pays (pour un produit donné), alors que la seconde se mesure entre des produits (pour un pays donné). Gérard LAFAY souligne que la compétitivité est de manière générale soumise à la conjoncture macro-économique (notamment aux évolutions des taux de change réels), alors que l'avantage comparatif a un caractère plus structurel et donne une indication sur la spécialisation du pays (LAFAY, 1990, pp.26-43). Pour mesurer l'avantage comparatif révélé par le commerce international, Gérard LAFAY propose de calculer un indicateur de contribution au solde commercial qui a la même structure logique que les indicateurs de spécialisation déjà présentés mais qui tient compte d'une double pondération par le commerce extérieur total et la production intérieure brute (tableau 2).

20

UNE APPROCHE GLOBALE DE LA COMPÉTITIVITÉ

Le calcul de ces avantages comparatifs (agricole et des IAA) du Brésil et de l'Argentine sera effectué à partir de la base Chelem du CEPII, mais cette base est insuffisante pour traiter de l'évolution particulière des complexes d'activités pour les produits qui nous intéressent, les grains. Un second éclairage est nécessaire. Les résultats des travaux menés sur les marchés internationaux des céréales et des oléoprotéagineux sont utilisés et la place de l'Argentine et du Brésil sur ces marchés est examinée ainsi que la dynamique des avantages comparés pour le blé, le soja et les produits dérivés. Tableau 2. Avantage comparatif filière produits des IAA révélé du Brésil en 1980 pour la Filière (Y) Produit intérieur brut (milliards de dollars) Exportations Importations Total des échanges Poids de la filière g= (Xk+Mk)/(X.+M.) Solde commercial Solde rapporté au PIB= 1000(X-M)/Y Imputation g*y(total) de solde 2,19 -20,25 4,843 0,465 5,308 0,12 +4,378 18,28 Total 239,522

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(X-M) (y)

(z)

(0 y-z

Avantage ou désavantage + 16,09 0

Source: élaboréà partir de la méthodologiedu CEPn (1989)

21

UNE APPROCHE GLOBALE DE LA COMPÉTITIVITÉ

TAUX DE CHANGE RÉELS

Enfin, il nous a semblé utile de compléter ce tableau par une mesure plus globale de la compétitivité appréhendée par divers types de taux de change réels. Il faudra bien sûr garder à l'esprit le caractère hautement agrégé de cette mesure et les difficultés de son interprétation, notamment dans les situations proches de l'hyperinflation. La comparaison internationale de la croissance et de la compétitivité de différents pays pose de nombreux problèmes méthodologiques. En effet, la conversion des diverses données nationales de volume des productions et des prix en une devise de référence comme le dollar, par exemple, est insuffisante, car ces données n'appartiennent pas à un même système de prix. La solution adoptée pour rendre possible la comparaison est d'utiliser des taux de change réels. Pour cela on rapporte les taux de change nominaux à une norme dite de "parité de pouvoir d' achat" (PPA) dont la fonction est d'égaliser les niveaux de prix des différents pays. Le taux de change réel d'un produit (le blé), d'une branche (les produits agricoles) ou d'un agrégat (la consommation des ménages) permet de comparer le pouvoir d'achat des différentes devises. Mais il présente aussi l'intérêt, au niveau des branches marchandes d'une économie, d'exprimer la compétitivité-prix des pays les uns par rapport aux autres (Baulant C., 1988). Outre le choix de l'indicateur pour mesurer la compétitivité (prix d'exportation, prix à la consommation ou à la production, coût salarial unitaire), trois problèmes doivent être résolus: la mesure de l'inflation interne du pays étudié ~le choix de l'année de base ~le système de pondération. Ainsi on peut calculer la compétitivité-prix Brésil et les Etats-Unis: Taux de change CrIUS$ = indice prix Brésil/indice prix EUA bilatérale entre le

Taux de change nominal CrIUS$

22

UNE APPROCHE GLOBALE DE LA COMPÉTITIVITÉ

Le calcul est en général réalisé en évolution, année de base.

par rapport à une

Un indicateur de compétitivité-prix multilatérale (taux de change réel effectiD prendra en compte les prix des pays partenaires du Brésil et les taux de change de chaque devise de la manière suivante: TCR effectif Cr/i =
Lxi.Pi indice LXi.ei * prix Brésil

i= 1 à n

où Pi: prix des pays partenaires du Brésil ~ ei: taux de change de chaque devise exprimé par rapport à la monnaie brésilienne ~xi: poids attribué à chaque pays, qui dépend du système de pondération retenu ("simple", "double" ,"global").

La pondération est "simple" ou "double" si les indices de prix et de taux de change sont pondérés par le poids des partenaires dans le commerce extérieur de chaque pays. Les indices de compétitivité ne sont alors pas comparables entre eux. Dans une pondération "globale" on prend en compte le poids respectif des pays dans le commerce mondial. Il est possible dans ce cas de faire une comparaison internationale. Compte tenu des données disponibles au Brésil et en Argentine et du poids particulier des Etats-Unis pour ces deux pays, soit comme débouché, soit comme concurrent direct pour les produits agricoles et agro-alimentaires, nous avons retenu des indicateurs de compétitivité-prix bilatéraux utilisant l'indice des prix de gros américain comme déflateur (PPA en système de prix américain). Divers indices de prix internes ou externes (prix payés aux agriculteurs, prix alimentaires, prix à l'exportation) déflatés par cet indicateur ont ensuite été utilisés pour mesurer l'évolution de la compétitivité-prix du Brésil et de l'Argentine par rapport à l'année de base 1980. En toute rigueur, il aurait été préférable d'utiliser un déflateur de type PPA en prix mondiaux, mais la distorsion introduite dans le cas du Brésil et de l'Argentine n'est pas considérable, dans la mesure où nous nous intéressons à l'évolution en dynamique de cet indicateur pour chacun des deux pays et non pas à une cornparaison spatiale.

23

,JIll
UNE APPROCHE GLOBALE DE LA COMPETITIVITE

Il faut rapl)eler que nous ne cherchons pas ici à produire une nouvelle théorie des phénomènes observés, mais plutôt à comprendre cette réalité avec les outils disponibles. Notre démarche est "systéTIlique" et donne un poids particulier à la TIlonnaie conlme rapport constitutif dans les sociétés analysées, surtout quand il s'agit d'appréhender l'évolution de systènles productifs nationaux plongés clans des situations d'hyper-inflation comme
cela a été le cas au cours des années 80.

III. LA COMPÉTITIVITÉ DU BRÉSIL ET DE L'ARGENTINE SUR LES MARCHÉS AGRICOLES ET AGRO-ALIMENTAIRES INTERNATIONAUX
Quelles sont les positions du Brésil et de l'Argentine dans le réseau nlondial des échanges aglicoles et agro-alimentaires (respectivenlent des grains et produits dérivés) et comment ont-elles évolué au cours des années 80 ? Quelle place originale occupe la CEE dans cette dynanlique? Quel est l'état des échanges réciproques entre les deux pays et conlnlent ont-t-ils évolué en fonction de la politique d'intégration anlorcée depuis 1986 ? Au delà du poids très différent des deux pays sur les nlarchés aglicoles et agro-ahll1entaires - le Brésil pèse environ deux fois plus lourd que l'Argentine C'tltcnl1CSglobaux - ce qui est frappant c'est l'inlportance au Brésil des produits transfonl1és dans la dynamique exportatlice. Dès le ll1ilieu des années 70, le Brésil substitue les exportations de tourteaux puis de viande de volailles à celles de graines de soja. Dans le cas dcs agrll1neS, c'est le créneau du jus d'orange qui est directenlent visé. L'Argentine amorce un mouvement du 111êIne type dans le cas du cOInplexe soja nlais plus tardiveInent (avec dans ce cas un effet de rattrapage) et continue d'exporter un très grand nonlbre de produits en l'état.

24

UNE APPROCHE

GLOBALE

DE LA COMPÉTITIVITÉ

On

notera que les deux pays rencontrent des difficultés dans les

années 80 à poursuivre leur progression sur les marchés internationaux : les exportations tant des produits bruts que des produits des lAA deviennent plus instables, soumises aux influences des facteurs externes (taux de change, taux d'intérêt) et internes, nous y reviendrons.
UNE INSTABILITÉ MARQUÉE DES PARTS DE MARCHÉ

En termes relatifs, le Brésil voit sa part décliner en tendance sur les marchés internationaux pour les produits agricoles bruts (de 4,5°ib environ du marché international en 1967-68 à 3,5°ib en 1987 et 2°ib en 1992). Pour les produits transformés, sa part qui avait fortement augmenté au cours des années 70, de l°h en 1967 à 5°h en 1981, décline depuis le début des années 80 et s'élève à 3,5°ib en 1987 et à 2,7°ib en 1992 (Graphique 3).

Graphique
5,5 5,0 :; -6 > 4,5 4,0 3,5
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3. Brésil: part des marchés internationaux des produits agricoles et des IAA
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67 68 69 70 71 72 73 74 75 76 77 78 79 80 81 82 83 84 85 86 87 88 89 90 91 92

agricole
Source: CEPIl

agro-alimentaire

25

UNE APPROCHE GLOBALE

DE LA COMPÉTITIVITÉ

La

part de l'Argentine sur les marchés des produits des IAA

décline en tendance depuis le milieu des années 60 : elle diminue de moi tié en treI 967 (3,6 Dib)et 1986 (1,8 Dib)pu isse stab ilis e ensuite autour de 2 Dib.Par contre, sa part sur les marchés des produits bruts se maintient autour de 2 Dib dans les années 70, connaît une légère croissance au début des années 80 mais s'effondre en 1986 et se redresse légèrement en fin de période (Graphique 4). Graphique
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4. Argentine: part des marchés internationaux des produits agricoles et des IAA

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agricole Source: CE PlI

agro-alimentaire

En ce qui concerne la destination des produits exportés, l'UE et les Etats-Unis sont les marchés principaux pour le Brésil, la CEE et l'URSS (au tout début des années 80) pour l'Argentine. La diversification géographique des exportations brésiliennes est plus grande que celle de l'Argentine. Le Brésil pratique une politique active d'accord et de troc avec ses fournisseurs de pétrole du Moyen-Orient, d'Afrique et d'Amérique latine. Avec le Japon, le Brésil a mis en oeuvre un programme de développement agricole conjoint (dans la région des Cerrados) qui entraîne des échanges accrus de graines de soja vers le Japon (plus de 500 000 tonnes en 1987 et 1988). 26

UNE APPROCHE GLOBALE DE LA COMPÉTITIVITÉ

Graphique 5. Brésil: soldes agricoles bilatéraux pour les principaux pays ou zones (1967-1992)
2000 1 750 1 500 1 250 1 000
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-

Etats-Unis Japon

- - - - - AutresAmérique Latine
Source: Base Chelem du CEPII

Graphique 6. Brésil: soldes bilatéraux en produits des IAA pour les principaux pays ou zones (1967-1992)
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CEE8

-

Etats-Unis
Japon

- - - - - AutresAmérique
Latine
Source: Base Chelem du CEPIl

URSS

27

UNE APPROCHE

GLOBALE

DE LA COMPÉTITIVITÉ

On notera que le Brésil substitue une part importante de ses importations de produits agricoles grâce au développement de sa production: c'est le cas du blé et de certains fruits tempérés. Seule l'Argentine parvient à conserver une place sur le marché brésilien, grâce aux accords d'intégration entre les deux pays. Dans la CEE, les Pays-Bas, la France et la RFA sont les meilleurs clients du Brésil pour les produits des lAA (qui incluent rappelonsle les tourteaux de soja). Pour l'Argentine, le marché brésilien vient au second ou au troisième rang pour les produits bruts, au quatrième ou cinquième rang pour les produits transformés en fonction du poids pris par l'URSS au début des années 80.

Graphique 7. Argentine: soldes agricoles bilatéraux pour les principaux pays ou zones (1967-1992)

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États-Unis Brésil
Source:

- - - - -. URSS

Base Chelem du CEPlI

28

UNE APPROCHE GLOBALE DE LA COMPÉTITIVITÉ

Graphique 8. Argentine: soldes bilatéraux en produits des IAA pour les principaux pays ou zones (1967-1992)
1400 1300 1200 1100

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CEE8 Brésil

-

États-Unis
Source: Base Chelem du CEPII

- - - - -. URSS

Conséquence directe de l'embargo américain sur les exportations de céréales vers l'Union soviétique en janvier 1980, le boom des exportations argentines vers cette zone est très éphémère: en 1986, l'URSS retourne au cinquième rang des meilleurs clients de l'Argentine pour les produits agricoles bruts et transformés après avoir occupé respectivement la première place sur les marchés des produits agricoles bruts entre 1980 et 1985 et la seconde pour les produits des lM en 1981. Dans la CEE, les Pays-Bas et l'Italie sont les deux meilleurs clients de l'Argentine pour les produits agricoles bruts. Pour les produits des IAA, les Pays-Bas viennent également au premier rang, mais suivis cette fois de la RFA. La France occupe la cinquième place sur ces deux créneaux, ce qui est a priori peu surprenant, l'Argentine étant directement concurrente de la France sur plusieurs marchés élémentaires: blé, maïs notamment. On notera l'effet "guerre des Malouines" sur les échanges avec la GrandeBretagne qui chutent brutalement à partir de 1983. 29

UNE

APPROCHE

GLOBALE

DE LA COMPÉTITIVITÉ

AVANTAGES
ARGENTINE

COMPARATIFS
ET POUR

RÉVÉLÉS:
DES

AVANTAGE

AGRICOLE

EN

LES PRODUITS

lAA

AU BRÉSIL

Mesuré par sa contribution relative au solde commercial, l'indicateur d'avantage comparatif révélé de la branche agricole et celui des lAA montrent des évolutions contrastées au Brésil. Pour l'agriculture, tout en étant positif, l'avantage comparatif diminue entre 1970 et 1981, se redresse légèrement entre 1982 et 1985 et puis reprend sa marche déclinante. A l'inverse, l'avantage comparatif pour les produits des lAA construit surtout à partir du milieu des années 70, rencontre des difficultés pour se consolider dans les années 80, surtout après 1983. On note tout au long de cette période de fortes fluctuations de cet indicateur.

Graphique

9. Brésil: avantage comparatif révélé agricole et agro-alimentaire (1967-1992)
agricole

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Source:

Base Chelem du CEPll selon la méthodologie

CEPlI (1989)

30

UNE

APPROCHE

GLOBALE

DE LA COMPÉTITIVITÉ

Dans le cas de l'Argentine, les avantages comparatifs agricole et agro-alimentaire évoluent dans le même sens et accusent de très fortes fluctuations qui ne semblent pas pouvoir s'expliquer seulement par l'évolution des prix sur les marchés internationaux des grains. Nous verrons plus loin comment on peut essayer d'interpréter de tels mouvements.

Graphique 10. Argentine: avantage comparatif agricole et agro-alimentaire (1967-1992)

révélé

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Source:

Base Chelem du CEPlI selon la méthodologie

CEPll (1989)

Dans le cas du blé et du soja, le Brésil et l'Argentine montrent des trajectoires différentes de leur avantage ou désavantage comparatif. Ce sera l'objet de ce travail et notamment des chapitres 4, 5 et 6 d'en découvrir les causes.

31

UNE APPROCHE

GLOBALE

DE LA COMPÉTITIVITÉ

Graphique Il. Brésil: avantage comparatif révélé pour le blé et le complexe soja (1967-1987)
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Blé

Graphique 12. Argentine: avantage comparatif révélé pour le blé et le complexe soja (1967-1987)

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Source:

blé
CEPlI (1989)

Base Chelem du CEPlI selon la méthodologie

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