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C'était la démocratie

De
142 pages
Voici une présentation attractive et commentée de la démocratie athénienne à travers les textes d'historiens, de philosophes, d'orateurs, de tragédiens, de poètes comiques de l'Antiquité : Eschyle, Sophocle, Euripide, Aristophane, Hérodote, Thucydide, Platon, Isocrate, Aristote, Eschine, Démosthène. On comprend combien leur approche de la politique était moderne et à quel point certaines difficultés de l'époque sont proches de celles que nous connaissons aujourd'hui.
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Philippe Ségur
C’était la démocratie
Sait-on que les Grecs procédaient à la désignation par tirage au
sort de leurs dirigeants ? Qu’ils contrôlaient très rigoureusement
leur gestion et pouvaient les exiler par un vote ? Que les
simples citoyens percevaient une rémunération pour siéger en
assemblée ? Que la démagogie a d’abord servi la démocratie C’était la démocratie
avant d’en devenir une dérive ? Que le partage des richesses
et l’assistance sociale furent un grand débat de la démocratie
athénienne ? Anthologie commentée de textes
Sur ces points comme sur d’autres, les propos des hommes
sur la démocratie antique, du temps se révèlent souvent d’une brûlante actualité. Cet
ouvrage propose une présentation attractive et commentée de ses réussites et ses dérives
la démocratie athénienne à travers les textes d’historiens, de
philosophes, d’orateurs, de tragédiens, de poètes comiques de
l’Antiquité : Eschyle, Sophocle, Euripide, Aristophane, Hérodote,
Thucydide, Platon, Isocrate, Aristote, Eschine, Démosthène.
Leur lecture permettra de comprendre combien leur approche
de la politique était moderne et à quel point certaines diffcultés
rencontrées à l’époque sont proches de celles que nous
connaissons aujourd’hui.
Philippe Ségur est professeur de droit public à
l’université de Perpignan Via Domitia. Ses travaux
portent notamment sur les institutions politiques de
l’Antiquité. Il a publié plusieurs ouvrages en droit
constitutionnel aux éditions Albin Michel, Ellipses,
Buchet-Chastel et aux Presses Universitaires de
France.
Photo Emilio García (CC) : Cariatides, Athènes.
ISBN : 978-2-343-04441-5
14 €
LOGIQUES-JURIDIQUES_SEGUR_C-ETAIT-LA-DEMOCRATIE.indd 1 04/10/14 12:26
LOGIQUES
JURIDIQUES
Philippe Ségur
C’était la démocratie











C’était la démocratie





Logiques Juridiques
Collection dirigée par Gérard Marcou

Le droit n'est pas seulement un savoir, il est d'abord un
ensemble de rapports et pratiques que l'on rencontre dans
presque toutes les formes de sociétés. C'est pourquoi il a
toujours donné lieu à la fois à une littérature de juristes
professionnels, produisant le savoir juridique, et à une
littérature sur le droit, produite par des philosophes, des
sociologues ou des économistes notamment.
Parce que le domaine du droit s'étend sans cesse et rend
de plus en plus souvent nécessaire le recours au savoir
juridique spécialisé, même dans des matières où il n'avait
jadis qu'une importance secondaire, les ouvrages
juridiques à caractère professionnel ou pédagogique
dominent l'édition, et ils tendent à réduire la recherche en
droit à sa seule dimension positive. A l'inverse de cette
tendance, la collection Logiques juridiques des Éditions
L'Harmattan est ouverte à toutes les approches du droit.
Tout en publiant aussi des ouvrages à vocation
professionnelle ou pédagogique, elle se fixe avant tout
pour but de contribuer à la publication et à la diffusion
des recherches en droit, ainsi qu'au dialogue scientifique
sur le droit. Comme son nom l'indique, elle se veut
plurielle.

Déjà parus

Laurie SCHENIQUE, La Réforme de la phase préparatoire du
procès pénal, 2014.
Valérie DA SILVA, De l’incapacité à la protection en matière
personnelle, 2014.
Salma ABID MNIF, L’option entre la responsabilité
contractuelle et la responsabilité individuelle. Comparaison des
droits français et tunisien, 2014.
Marcelle BONGRAIN, Cent familles et sans famille, 2014.
Eugène BAKAMA BOPE, La justice congolaise face aux
crimes internationaux commis en RDC, 2014.
Philippe Ségur










C’était la démocratie
Anthologie commentée de textes
sur la démocratie antique,
ses réussites et ses dérives




















































































Du même auteur


La Ve République, éd. Ellipses, 2014.
Le pouvoir monstrueux, éd. Buchet-Chastel, 2010.
Introduction à la pensée politique classique, éd. Ellipses, 2004.
La responsabilité politique, éd. P.U.F., 1998.
La crise du droit d’asile, éd. P.U.F., 1998.
Le pouvoir et le temps, éd. Albin Michel, 1996.
Le politique, éd. Ellipses, 1996.




























































































































© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-04441-5
EAN : 9782343044415















Pour Nicolas Monachon Duchêne.

















« Entre tant de merveilles du monde,
la grande merveille, c’est l’homme. »

Sophocle









Introduction

LA CULTURE DÉMOCRATIQUE


En 405 avant J.-C., le poète comique Aristophane
présente sa dernière pièce aux Athéniens : les Grenouilles.
L’action se situe aux enfers. Le dieu Dionysos y descend
pour servir d’arbitre au duel fictif qui oppose Eschyle et
Euripide, deux des plus grands auteurs tragiques qu’ait
connus la Grèce. Devant la scène, quatorze mille
spectateurs issus de tous milieux s’amusent ensemble de
citations et d’allusions à ce que la littérature grecque a
produit de plus raffiné et de plus élevé.
Un tel niveau d’éducation et de goût faisait dire à
Aristote que « la foule porte des jugements exquis sur les
œuvres de musique, de poésie ; celui-ci juge un point,
1celui-là un autre, et le corps entier juge de l’ensemble » .
Comment cette qualité et cette homogénéité culturelles
ont-elles été possibles ? C’est que le théâtre grec est
apparu comme le produit fulgurant de deux traits majeurs
de toute littérature commençante : l’oralité et le sentiment
d’appartenance. Il a, en outre, été lié de manière
indissociable aux institutions démocratiques de la cité.
L’alphabet grec aurait été inventé vers les IXe-VIIIe
siècles av. J.-C., peut-être pour le divertissement d’une
classe aristocratique raffinée qui y a vu le moyen de

1 Aristote, Politique, liv. 3, chap. 6, 1271 b.
11
2transcrire des œuvres poétiques . Premier système
scripturaire à posséder des voyelles, cet alphabet portait en lui
la possibilité de sa démocratisation, puisqu’à la différence
des alphabets consonantiques antérieurs, il pouvait être
déchiffré sans que le lecteur connaisse préalablement les
mots utilisés dans le texte. Ainsi la cité pourra-t-elle se
l’approprier au VIIe siècle av. J.-C. pour afficher ses lois
ou rendre grâce à ses divinités protectrices.
Malgré cela, la culture littéraire grecque est restée
largement orale. C’était la condition pour qu’elle fût
partagée par tous sans distinction de classes sociales et le
théâtre était un moyen de sa diffusion. Dès lors, la cité ne
pouvait se désintéresser d’une activité théâtrale qui, en
célébrant la culture issue de la démocratie, en célébrait
aussi le régime. C’est pourquoi Athènes versait une
allocation pour permettre aux plus pauvres d’assister aux
représentations. Par l’éducation et l’assistance, se voyaient
ainsi remplies les conditions d’une culture de masse
ambitieuse et synonyme de cohésion sociale.


Homère et le sentiment du « nous »

Avant d’être consignés dans les textes, les mythes et les
épopées de l’Antiquité ont été transmis pendant des
générations par la parole. C’est le cas des récits que l’on
prête à Homère sans savoir si celui-ci a réellement existé.
L’émergence de cette littérature orale a traduit l’apparition
d’une société consciente d’elle-même, de son passé, de ses
valeurs et de sa relative unité. Si les cosmogonies
racontent l’histoire de l’univers, si les théogonies comme
celle d’Hésiode racontent celle des dieux, l’épopée est un

2 J. Février, Histoire de l'écriture, Payot, 1984, p. 395 et s.
12
long poème narratif qui met en scène une communauté
humaine pourvue d’une identité.
Chez Homère, le récit de la guerre de Troie sert de
patrimoine commun à ceux que les Romains appelleront
plus tard les Grecs et qui, s’ils ne forment pas encore une
nation, se nomment déjà entre eux les Achéens. « Et nous,
tous ensemble, ainsi que nous sommes, allons par la vaste
armée achéenne », déclare Nestor dans L’Iliade au
moment où les peuples s’unissent pour assiéger la cité de
3Priam .
Qu’il soit question des exploits d’Ulysse ou de ceux
d’Achille et de ses compagnons, il s’agit toujours d’exalter
des hommes soudés à la fois par l’inconstance des dieux et
par des antagonismes de groupes. L’idée d’une histoire
commune joue ici un grand rôle et il est possible que
L’Iliade garde le souvenir d’une guerre menée par la
Grèce mycénienne avant que sa civilisation ne s’effondre.
L’archéologie atteste, d’ailleurs, que Troie fut
effecti4vement détruite entre 1250 et 1200 av. J.-C. Quant à
L’Odyssée, certaines de ses scènes semblent comporter des
réminiscences du régime de palais qui caractérisait cette
civilisation.
Même après l’invention de l’alphabet au VIIIe siècle av.
J.-C., la forme oratoire continuera de dominer la littérature
grecque – épopée, tragédie, dithyrambe. L’impact de
l’oralité demeurera si puissant que la lecture silencieuse
sera inconnue jusqu’au début de l’ère chrétienne et que les
livres – encore rares et écrits à la main sur des rouleaux de
papyrus peu commodes d’utilisation – resteront longtemps

3 Homère, Iliade, chant II, v. 438-440.
4 Dossiers d’Archéologie, « Néolitique, découverte d’un berceau
anatolien », n° 281, mars 2003 ; Le trésor de Troie. Les fouilles
d’Heinrich Schliemann, Moscou, Musée des Beaux-Arts-Pouchkine,
Gallimard Electa, 1996 ; H. Duchêne, L’or de Troie ou le rêve de
Schliemann, Découvertes Gallimard Archéologie, n° 250, 1995.
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